IL S’AVOUA VAINCU ET FUT ENCHAINÉ. ON DRESSA A LA HATE UN GRAND BUCHER.
Enfin, cédant au nombre et à la férocité des assaillants, aveuglé, abattu, foulé aux pieds, il s’avoua vaincu et fut enchaîné.
On dressa à la hâte un grand bûcher, au milieu de la plaine, on y mit le feu, et le diable y fut jeté: mais il était habitué au feu de l’enfer et il n’y mourait pas. Il essayait même, à tous moments, de s’échapper. Il y eût réussi, sans les animaux qui faisaient cercle autour du bûcher et l’y repoussaient.
Il prit alors son parti et cria que si on le laissait partir, il renoncerait à tous ses droits sur la princesse.
«Signeras-tu ta renonciation avec ton sang? lui répondit Malo.
—Oui, je signerai tout ce que tu voudras.»
Alors, on lui tendit, au bout d’une fourche, un parchemin où on avait écrit l’acte qu’il fallait. Il le signa de sa griffe teintée de sang et les animaux, sur l’ordre du seigneur de Kérodern, le laissèrent partir.
Et voilà pourquoi il vit encore, et fait tant de mal sur la terre. Si on avait pu en venir à bout, pendant qu’on le tenait, on serait sans doute plus heureux en ce monde.
Quant à Malo et à la princesse, ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre, en se voyant tirés d’une si terrible aventure, et célébrèrent leur délivrance par des fêtes magnifiques, des jeux et des festins pendant quinze jours, sans arrêter.
Imité de F. M. Luzel, tome XXVI (p. 181) des Littératures populaires de toutes les nations. Contes populaires de la Basse-Bretagne. (Maisonneuve, éditeur.)