«JE NE PEUX DONNER A CHACUN DE VOUS QUE DEUX CENTS ÉCUS D’ARGENT: LES VOICI.»

LES SIX FRÈRES PARESSEUX

____

I

Il y avait une fois un vieux seigneur qui avait six enfants, six garçons.

On les avait nommés: Ronan, Alain, Laouïc, Hélo, Stevan, Armel.

Ils étaient tous les six grands et bien faits, mais si paresseux, si paresseux, qu’ils se seraient plutôt laissés mourir de faim que de prendre la peine d’apprêter à manger! Leur père s’en désolait, mais ni ses fâcheries, ni ses remontrances n’avaient sur eux le moindre effet.

«Notre père commence à radoter, se disaient-ils entre eux, à quoi bon l’écouter?»

Et pourtant, de jour en jour, le vieux seigneur devenait plus inquiet. Il avait eu autrefois une grande fortune. La guerre lui en avait fait perdre la moitié, la négligence et le gaspillage de ses fils l’acheminaient grand train vers une ruine complète.

Un matin, il les réunit tous autour de lui et leur parla ainsi:

«Mes enfants, vous n’avez pas voulu m’écouter jusqu’à présent, mais vous allez être forcés de le faire. Nos revenus ont tellement diminué que je suis obligé de vivre avec la plus sévère économie, pour garder mon rang. Je ne puis pas vous entretenir plus longtemps dans l’oisiveté: il faut nous séparer. Malgré tout ce que je vous ai dit, vous n’avez pas voulu apprendre un métier qui puisse vous faire vivre. Allez courir le monde et chercher fortune! Tout ce que je puis faire pour chacun de vous, et à grand’peine, c’est de lui donner deux cents écus d’argent. Les voici,... mais ne comptez sur rien de plus à l’avenir!»

A ce discours, nos six frères ne répondirent rien, tout d’abord, se sentant tout troublés, car ils trouvaient fort à leur goût la vie de douce fainéantise qu’ils avaient menée jusqu’alors. Mais comme, après tout, ils avaient bon cœur malgré leur paresse, ils embrassèrent leur père en pleurant, le remercièrent de ses bontés, et, le soir même, firent leurs préparatifs de départ.

Le lendemain, à l’aube, ils partirent tous ensemble, un peu chagrins de quitter le manoir paternel, mais très contents d’avoir dans leur poche une somme d’argent qui leur semblait énorme, et de se sentir libres de courir le monde.

Au premier carrefour, où aboutissaient six chemins, ils se séparèrent en se jurant amitié et fidélité, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune.

L’aîné des frères, Ronan, arriva vers le soir dans une ville où il vit beaucoup de peuple rassemblé sur une place. Tout ce monde regardait en l’air dans la même direction.

«Que se passe-t-il donc? et que regarde-t-on? demanda-t-il.

—A quoi vous servent vos yeux? répondit celui qu’il avait interpellé. Ne voyez-vous pas cet individu qui grimpe avec tant d’audace jusqu’au haut du clocher de l’église?»

Ronan vit, en effet, un homme escaladant avec une agilité prodigieuse les arêtes aiguës du haut clocher à jour, l’orgueil du pays. Rien n’arrêtait ce hardi grimpeur, il se jouait des passages les plus difficiles et arriva, en quelques minutes, jusqu’à l’extrémité de la flèche. Là, il se mit à cheval sur le dos du coq, déroula une flamme rouge qu’il avait apportée, et la fit flotter dans l’air, aux grands applaudissements de la foule. Puis il la replia, la remit tranquillement dans son gilet et descendit encore plus vite et plus aisément qu’il était monté.

A peine avait-il posé pied à terre, que le jeune voyageur alla droit à lui, et, tout émerveillé, lui dit:

«Je donnerais tout ce que j’ai pour savoir grimper comme toi! Veux-tu m’apprendre?

—Oui, si tu me payes bien.

—Oh! tu seras bien payé! tu auras ma bourse et ce qu’elle contient.

—Combien donc?

—Deux cents écus!

—C’est bien, puisque tu n’as pas davantage. Donne-moi tes deux cents écus, je t’apprendrai mon métier.»

Le marché fut conclu. Le grimpeur emmena son nouvel élève partout avec lui et, en peu de temps, arriva à le rendre aussi agile que lui-même.

Le second des six frères, Alain, ne marcha pas longtemps sans trouver son affaire. Comme il approchait d’un gros village, il vit, assis bien tranquillement sur un petit talus au bord de la route, un vieux bonhomme qui semblait fort affairé à faire tenir ensemble les morceaux d’une grande jatte de porcelaine à fleurs peintes. Il les rajustait si bien que, lorsqu’il eut fini, on aurait pu croire qu’elle n’avait jamais subi le moindre dommage.

Autour de lui, une quantité d’objets de toute nature attendaient leur tour pour être réparés. Il y avait des pots de faïence aux brillantes couleurs, des coffrets de bois des îles, des boîtes de laque dorée, des horloges de cuivre poli, des coupes de cristal, des chandeliers d’argent, et jusqu’à des miroirs encadrés et des chaises de bois sculpté, à personnages.

Le jeune homme s’était arrêté, ébahi à la vue de ces merveilles, et il restait là, debout, sans faire un mouvement, comme un pieu fiché en terre, regardant travailler le petit vieillard qui n’avait pas même levé les yeux de la pièce qu’il réparait. C’était une horloge où l’on voyait un coq qui battait de l’aile et criait trois fois «cocorico!» quand l’heure sonnait. Le raccommodeur l’essaya plusieurs fois pour s’assurer que la réparation était bonne. Alain, en extase, n’osait pas respirer, de peur de déranger un si habile artiste. Enfin, il poussa un grand soupir:

«Ah! que vous savez bien vous servir de vos doigts! dit-il. Je donnerais tout ce que j’ai pour savoir travailler comme vous!»

Le petit vieillard le regarda d’un air malicieux:

«Vraiment, tu as tant de goût que cela pour le métier? Au fait, pourquoi ne te prendrais-je pas comme apprenti? Tu es jeune et vigoureux, tu as une bonne poitrine, tu pourras m’être utile en portant mes outils et en criant: «Voilà le raccommodeur!» ce que ma voix cassée m’empêche souvent de faire.

—Mais vous me montrerez à bien raccommoder?

—Hem! je ne dis pas non, mais je veux être payé.

—Je vous donnerai tout ce qu’il y a dans ma bourse.

—C’est à dire...?

—Deux cents écus; est-ce assez?

IL S’ÉTAIT ARRÊTÉ, ÉBAHI.

—Il faut bien que je m’en contente, puisque tu n’as que cela. D’ailleurs, comme je le disais, tu peux me rendre quelques petits services. Allons, marché conclu! assieds-toi là et souffle mon feu.»

Alain était, par nature, patient et tranquille; les occupations sédentaires ne lui déplaisaient pas, au contraire. Il fit donc très bon ménage avec son vieux maître et profita si bien de ses leçons, qu’au bout de six mois il était devenu un très habile raccommodeur.

Laouïc, le troisième des frères, était d’un tempérament tout différent. Il n’aimait que les bois, la chasse, et tous les exercices d’adresse. Son chemin le conduisit à travers une forêt. Il y marcha longtemps et arriva à un grand rond-point, où il aperçut un homme jeune et bien découplé, vêtu de drap vert, coiffé d’un bonnet de fourrure, orné de deux plumes précieuses. Pour le moment, il semblait s’amuser à tirer en l’air, car aucun oiseau ne se montrait.

Laouïc s’approcha de lui et le saluant d’un air gai:

«Bonjour, l’ami! dit-il. Quel gibier tirez-vous donc?—Je suis chasseur, moi aussi, comme vous voyez,—il montra son arc qu’il portait en bandoulière,—mais je ne comprends pas pourquoi vous perdez ainsi vos flèches.

—Je ne les perds pas, répondit le jeune tireur en riant, ne vois-tu pas que chacune a porté juste? Regarde de plus près.»

Laouïc se baissa et ramassa une des flèches tombées sur le gazon. Alors, en examinant la pointe, il vit une mouche, percée de part en part, qui s’y agitait encore.

«Peste! s’écria-t-il avec admiration, quel tireur vous faites! Je me croyais très adroit, mais, auprès de vous, je ne suis qu’un novice.

—Mais oui, dit le chasseur en riant, je ne tire pas trop mal. Cependant quand on ne veut pas se rouiller, il faut exercer un peu son talent. Je m’amusais là à tirer les mouches au vol; je n’en ai manqué qu’une depuis le matin: c’est, je crois, que je suis un peu nerveux aujourd’hui.

—Que je voudrais donc tirer aussi bien que vous! s’écria Laouïc; mais c’est impossible, ajouta-t-il avec découragement.

—Impossible? non, si tu veux t’y appliquer.

—Et vous consentirez à me montrer vos secrets?

—Ceci dépend du prix que tu m’en donnerais, car tu comprends que tu useras et me feras user bien des flèches et bien des cordes d’arc, avant de savoir tuer seulement une mouche. Et puis, il est juste que tu me dédommages de la peine que je prendrai pour t’instruire.

—Certainement, dit Laouïc. Il tira sa bourse et la montra au chasseur.

IL VISAIT UNE MOUCHE ET LA PERÇAIT DE PART EN PART.

—Qu’y a-t-il là-dedans? demanda celui-ci.

—Deux cents écus d’argent, que mon père m’a donnés ce matin.

—C’est bien, je m’en contente. Je commençais à m’ennuyer de parcourir, toujours seul, cette vaste forêt. Tu as l’air d’un gentil garçon, tu dois être bon compagnon. Nous chasserons ensemble toute la journée, et le soir, en faisant la pointe de nos flèches, nous chanterons des chansons de chasse; j’en sais de très jolies et tu m’en apprendras de nouvelles; ainsi tope là, c’est affaire faite!»

Laouïc frappa de bon cœur dans la main que lui tendait son maître et ami et ne le quitta plus, à partir de ce jour, quoiqu’en peu de mois il put rivaliser avec lui d’adresse et de justesse de tir.

En quittant ses trois frères aînés, Hélo, le quatrième, s’en allait le cœur un peu gros; il était doux et affectueux, et regrettait d’avoir laissé son vieux père seul au foyer de famille.

«Quand et comment y reviendrai-je? pensait-il en lui-même, et qui sait ce qui se sera passé en mon absence?» Tout à coup, les sons d’un violon se firent entendre à quelque distance. Hélo releva la tête et courut dans la direction d’où ils venaient, car il aimait passionnément la musique. Il se trouva bientôt en face d’un homme entre deux âges, grand, sec, maigre, avec une figure bizarre, entourée de longs cheveux gris qui flottaient au vent. Il jouait, d’un air inspiré, toutes sortes d’airs, sans faire attention à la foule qui s’amassait autour de lui. Quand sa musique était triste, tout le monde se mettait à pleurer, car il tirait de son violon des sons à fendre l’âme, et il n’y avait cœur si dur qui ne pensât alors à ses malheurs passés et à tous ceux qui pourraient lui arriver encore; mais quand il jouait des airs gais, chacun riait, se frottait les mains d’aise ou échangeait des sourires de bonne humeur avec son voisin. Et, quand il entama un air de danse, dès les premières mesures, enlevées d’un coup d’archet endiablé, toutes les jambes se mirent à frétiller, les pieds, bon gré, mal gré, se détachaient du sol; en quelques minutes, jeunes et vieux, grands et petits, malades ou bien portants, tous furent emportés dans un branle général. Le musicien jouait toujours, tapant du pied pour marquer la mesure, et l’on sautait, on tournait, on virait. S’il eût joué dans un cimetière, les morts eux-mêmes auraient levé la pierre de leur tombe et dansé comme les vivants.

Hélo s’était joint à la danse. A peine eut-elle cessé, que, tout essoufflé encore, il arriva près du joueur de violon.

QUAND IL ENTAMA UN AIR DE DANSE, LES JAMBES SE MIRENT A FRÉTILLER.

«Quel talent extraordinaire vous avez! lui dit-il. Ah! comme je vous admire! Si vous vouliez me donner des leçons, je serais le plus heureux des hommes.»

Le musicien sourit de l’ardeur naïve du jeune homme.

«Vous le croyez du moins, répondit-il. Je n’aime pas à donner des leçons.

—Et si je vous payais bien?

—Je ne dis pas que je refuserais, car je suis très pauvre; seulement, je ne veux point apprendre mon art à ceux qui ne sont pas capables de l’exercer. Est-ce que vous n’avez jamais joué du violon?

—Si, bien souvent, quand j’étais chez mon père; je m’imaginais même être d’une certaine force, mais depuis que je vous ai entendu, je vois bien que je ne suis qu’un ignorant.

—Prenez mon violon, et jouez-moi un air.»

Hélo obéit. Quoiqu’il ne fût pas bien savant, on sentait en l’écoutant qu’il était musicien dans l’âme.

«C’est bien, dit le violoniste, quand il eut fini;—je ferai quelque chose de vous.

—Mais je n’ai que deux cents écus à vous donner...

—Ils me suffisent.

—Et vous m’enseignerez à tirer de mon violon des sons qui ressusciteraient les morts, comme je vous l’ai entendu faire tout à l’heure?

—J’essayerai du moins.

—Je vous promets d’être un bon élève, maître», dit Hélo d’une voix grave.

Et il suivit dès lors le joueur de violon.

 

Stevan, le cinquième fils de la famille, était grand, fort, robuste comme un chêne, et très adroit, quand, par hasard, il consentait à secouer sa paresse. Il se mit donc en route assez gaiement, car il aimait à voir du pays. Vers le soir, après avoir longtemps cheminé dans la grande forêt, comme Laouïc, il commençait à se demander s’il ne serait pas forcé de s’y établir pour la nuit, sans autre abri que le vert feuillage, quand il vit l’horizon s’éclaircir sous bois, et il entendit le bruit régulier des coups de marteau et le grincement de la scie.

«Il y a une coupe par ici, pensa-t-il, et sûrement quelques huttes de forestiers ou de charbonniers; je vais leur demander l’hospitalité.»

«COMBIEN ME DONNERAS-TU?—DEUX CENTS ÉCUS.»

Mais, en approchant, il vit que ce qu’il avait pris pour une simple clairière était en réalité un chantier de construction. Un homme, dans la force de l’âge, montrant ses bras nerveux, nus jusqu’au coude maniait tour à tour, avec une force et une habileté prodigieuses la cognée, la hache, la scie et le marteau, donnant en même temps ses ordres à une centaine d’ouvriers qu’il surveillait d’un coup d’œil. Comme par enchantement les pièces se rejoignaient, s’ajustaient, s’emboîtaient si parfaitement qu’il n’y avait pas un coup de rabot à donner.

Stevan le regardait avec admiration; puis, comme frappé d’une idée, il s’avança vers lui d’un air résolu.

«Que faites-vous donc ici, maître? demanda-t-il.

—Des bâtiments qui vont sur la terre et sur l’eau.

—Voulez-vous m’apprendre votre métier? Je vous donnerai ce que je possède.»

Le charpentier toisa d’un coup d’œil le robuste et beau garçon qui s’offrait à lui comme ouvrier.

«Est-ce que tu n’as jamais manié la scie, la hache et le marteau? dit-il.

—Si fait, et même je ne suis pas trop maladroit; et puis, surtout, j’ai du goût pour cette besogne-là, je voudrais devenir aussi habile que vous.

—Peste! tu n’es pas dégoûté! mais tu m’as l’air d’un gars solide et bien bâti, tu me plais, je veux bien te prendre à l’essai pendant trois mois. Seulement tu payeras ton apprentissage. Combien me donneras-tu?

—Deux cents écus, c’est tout ce que mon père m’a donné et me donnera jamais.

—Euh! ce n’est pas beaucoup! Mais tu travailleras pour moi, pendant six mois, sans recevoir de paye. Cela fera compensation, si tu me fais de bon ouvrage. Et maintenant, assez causé, je n’aime pas qu’on perde son temps; voilà une hache, va équarrir ces troncs de sapins là-bas.»

Stevan obéit sans hésitation ni embarras. Il se mit au courant de son nouveau métier avec une facilité extraordinaire, et, au bout de six mois, son maître convint lui-même qu’il n’avait plus rien à apprendre.

 

Le dernier des six frères, le joli Armel, avait à lui seul plus d’esprit que tous les autres ensemble.

Bien qu’il aimât tendrement son vieux père, il avait quitté le manoir sans regret, car il comprenait que la paresse et l’ignorance où ses frères et lui végétaient étaient pour beaucoup dans la ruine de la famille. Mais, moitié apathie, moitié résignation à ce qu’il ne pouvait empêcher, il n’avait fait jusqu’à présent aucun effort pour remédier au triste état des choses. Le parti énergique qu’avait enfin pris le vieux seigneur le tira de son indifférence, et il résolut de s’instruire et de faire son chemin dans le monde par ses talents. Il ne fut pas longtemps à en trouver l’occasion.

Dans la première ville qu’il traversa, il vit, sur la place du marché, beaucoup de gens réunis autour d’une sorte d’estrade, sur laquelle un petit vieillard, vêtu d’une longue robe de drap fourré, était assis auprès d’une table chargée de livres.

«Qu’est-ce que fait donc là ce bonhomme? demanda Armel à un bourgeois près duquel il se tenait. Est-ce que c’est un sorcier?»

Le bourgeois regarda le jeune gentilhomme d’un air scandalisé.

«Un sorcier! Est-ce que vous croyez, jeune homme, que, dans notre bonne ville, on laisse les sorciers exercer en place publique? pour qui nous prenez-vous?

—Je n’ai pas eu intention de vous offenser, dit Armel. Je viens de la campagne, je n’ai jamais quitté le manoir paternel et il n’est pas étonnant que ce spectacle pique ma curiosité. Je ne demande qu’à m’instruire.

—Eh bien! dit le bourgeois, radouci par cette explication, je vais vous dire ce qu’il en est: Ce vieillard est un devin, un grand savant, il répond sans se tromper à toutes les questions qu’on lui pose, il résout tous les problèmes, il sait faire retrouver les objets perdus et découvrir les voleurs. Quand il vient ici, tout le monde s’empresse d’avoir recours à sa science. Il rend de grands services, on le paye bien; aussi voyez que d’or et d’argent il amasse! Ce grand plat d’étain sur la table en est rempli!»

Armel ne répondit pas, il était absorbé dans son admiration pour la science du devin, qu’aucune question, si compliquée qu’elle fût, ne parvenait à mettre en défaut. Il se poussa si bien dans la foule qu’il finit par arriver tout contre le premier degré de l’estrade. Il s’embarrassa même les pieds dans les plis du tapis qui la couvrait et faillit trébucher. Il se retint d’une main aux draperies de la table; ce geste attira l’attention du vieillard, qui sourit en voyant cette jeune figure si attentive et ces beaux grands yeux fixés sur lui avec une curiosité avide.

Il fit signe à Armel de venir plus près:

«Vous voudriez bien être aussi savant que moi? dit-il d’un air bienveillant.

—Oh! oui, s’écria Armel, mais je ne pourrai jamais y parvenir; je suis trop ignorant!»

Il n’osa pas dire: «trop paresseux», car maintenant sa paresse lui faisait honte.

«Avec de la bonne volonté, de la patience et du travail, on peut aller très loin, dit le vieillard.

—Ah! si vous vouliez me prendre comme serviteur! Jamais vous n’en auriez eu un plus docile!

—C’est possible, mais je ne veux point payer les gages d’un serviteur.

—Je n’en demanderai point.

—Et sa nourriture?

—Voici de quoi vous dédommager des frais qu’elle vous occasionnera», dit Armel, en montrant sa bourse.

Le devin la soupesa...

«Elle n’est pas bien lourde, dit-il. Il y a là deux cents écus, tout au plus;—ce n’est guère...

—Je n’ai pas plus à vous offrir.

—Non, je le sais, ton père n’est pas riche; il a fait, pour tes cinq frères et toi, tout ce qu’il pouvait, et au delà.

—On ne peut rien vous cacher, dit Armel; mais, puisque vous me connaissez, vous savez aussi que j’ai un vif désir de m’instruire. Laissez-moi aller avec vous. Si peu que j’apprenne, rien qu’en vous voyant et en vous écoutant, ce sera toujours cela de gagné pour moi.

IL FIT SIGNE A ARMEL DE VENIR PLUS PRÈS.

—Ta réflexion est judicieuse, dit le vieillard, et peut-être ferais-je bien de te prendre avec moi, car je deviens vieux, je n’ai plus bien longtemps à vivre et ce serait dommage que tous les beaux secrets que j’ai appris fussent ensevelis avec moi. Donne tes deux cents écus, monte sur l’estrade et tiens-toi bien tranquille; j’ai encore plus d’une consultation à donner.»

A partir de ce moment, Armel ne quitta plus le devin. Il avait un charmant caractère et beaucoup d’intelligence; le vieil homme s’attacha à lui comme s’il eût été son fils; il lui montra tous ses secrets, lui apprit à résoudre les questions les plus délicates, lui fit lire, en les lui expliquant, tous ses livres de science, et, quand il mourut,—ce qui arriva l’année d’après,—il lui laissa tout ce qu’il possédait.

II

Au bout d’un an et un jour, les frères se retrouvèrent sur la grande lande où ils s’étaient donné rendez-vous, pour s’y réunir avant de se présenter devant leur père. Le premier arrivé fut Ronan; puis Alain, Laouïc, Hélo et Armel vinrent, l’un après l’autre, le rejoindre. Ils s’embrassèrent cordialement, tout heureux de se revoir.

«Où est notre frère Stevan? dit Ronan. Il manque seul au rendez-vous; lui serait-il arrivé quelque malheur? Ce retard m’inquiète...»

On entendit alors un grand bruit dans les bois; les oiseaux s’enfuirent affolés; on vit les buissons s’écarter et livrer passage à un beau navire qui marchait sur terre comme sur mer.

Stevan se tenait sur l’arrière, fier comme un roi.

Ses frères poussèrent de grands cris de joie et d’enthousiasme en le reconnaissant; ils ne pouvaient en croire leurs yeux. Aussitôt que son bâtiment fut arrêté, ils coururent au-devant de lui. C’était à qui l’embrasserait le premier.

«Quelle machine extraordinaire as-tu là, frère Stevan? lui dirent-ils. Où as-tu pu la trouver?

—C’est moi qui l’ai construite, répondit-il tout glorieux, et je vous en ferai une pareille, quand vous voudrez. Ce navire va aussi bien sur l’eau que sur terre, et il suffit d’un seul homme pour le faire marcher. Vous voyez que je n’ai pas perdu mon temps depuis que nous nous sommes quittés.

—Moi non plus, dit Ronan: j’ai appris à grimper comme un chat, sur les arbres, les maisons, les clochers; aucune ascension n’est trop difficile pour moi.

—Quant à moi, dit Alain, je possède à fond le métier de raccommodeur; en un tour de main, je répare tout ce qui est rompu, détraqué, abîmé en quelque façon que ce soit, et je sais si bien remettre les objets dans leur premier état, ils reprennent si bien leur lustre et leur solidité qu’on les croirait neufs.»

Laouïc, cependant, sifflotait entre ses dents un air de chasse.

«Et toi, frère Laouïc, que sais-tu faire de beau?» lui demanda Ronan. Pour toute réponse, le jeune homme banda son arc, ajusta une hirondelle qui fendait l’air au-dessus de lui... Elle tomba morte,—la flèche lui avait percé le cœur.

«C’est merveilleux! s’écrièrent ses frères tout d’une voix. Qui t’a rendu si habile tireur?

—Un chasseur que j’ai rencontré dans la forêt; il m’a appris même à tuer les mouches au vol.

—Tu n’as pas perdu ton temps. Et toi, Hélo?

—Moi non plus; je veux que vous en jugiez!»

Et il commença à jouer sur son violon des airs de toute sorte, et selon qu’ils étaient tristes ou gais, ses frères, entraînés par la mélodie, pleuraient ou riaient, ou dansaient.

«Ton violon ressusciterait les morts! dit Armel, et tu en joues d’une façon surprenante. Tu fais honneur à ton maître. Qui est-il?

—Un musicien ambulant que j’ai rencontré le jour même où nous nous sommes séparés et à qui je me suis attaché fidèlement.

—Comme moi à mon vieux maître», dit Armel.

Et il raconta à ses frères tout ce qu’il avait appris avec le vieux savant; combien il avait été heureux avec lui, le legs généreux qu’il en avait reçu, et comment il savait maintenant prédire l’avenir, dévoiler le passé, résoudre les problèmes, deviner les énigmes, faire retrouver les choses perdues, et découvrir les voleurs.

A mesure qu’il parlait, ses frères le regardaient avec une admiration mêlée d’un certain respect. Quand il eut fini, ils restèrent muets un instant, ne sachant que répondre.

Hélo rompit le silence:

«Te voilà devenu un grand savant, un vrai devin, frère Armel, dit-il en plaisantant. Puisque tu en sais si long, dis-nous donc un peu ce qu’il nous faut faire pour tirer le meilleur parti possible de nos petits talents, car il ne suffit pas de dire à notre père que nous ne sommes plus des ignorants et des paresseux, il faut le lui prouver; sans quoi, il ne nous croira pas.

—Oui! oui! Hélo a raison! s’écrièrent en chœur Ronan, Laouïc, Alain et Stevan; dis-nous ce qu’il faut faire, Armel, puisque tu connais tant de choses.»

Armel réfléchit un moment.

«Eh bien! dit-il, il faut nous associer tous les six, pour mener à bonne fin quelque entreprise difficile, dont le succès nous comblera d’honneurs. Je ne doute pas que nous ne réussissions, car il est peu d’aventures dont on ne puisse se tirer à sa gloire avec toutes les ressources que nous possédons.

—Très bien! tu as raison; mais en sais-tu une?

—Oui, je vous propose d’essayer la délivrance de la princesse aux cheveux d’or, qui est retenue captive par un serpent, un monstre hideux, dans son château d’or.

—Où est ce château?

IL S’ACCROCHAIT AUX GARGOUILLES.

—Dans les airs, au-dessus d’une île qui est au milieu de la mer; mais, pour que le vent ne l’enlève pas, il est amarré par quatre chaînes d’or, attachées aux quatre coins de l’île.

—Allons délivrer la princesse aux cheveux d’or! s’écrièrent, tout d’une voix, les cinq frères enthousiasmés. Mais comment nous y prendre?

—Je vous l’enseignerai. Pendant mon séjour chez le devin, mon maître, j’ai vu dans ses livres tout ce qu’il faut faire pour réussir dans une entreprise si difficile. Vous n’avez qu’à vous fier à moi, je dirai à chacun de vous quel sera son rôle. Et pour commencer, nous allons tous monter sur le beau navire de notre frère Stevan.»

On obéit au jeune devin: les six frères s’embarquèrent sur le bâtiment qui était bien approvisionné de vivres. Il partit aussitôt, traversant, avec une rapidité étonnante, les landes, les prés, les bois même. Aucun obstacle ne l’arrêtait, il écrasait tout sur son passage et arriva rapidement au bord de la mer, où il entra sans peine, laissant derrière lui un sillage d’écume et filant droit, comme un brick sous voiles, poussé par un bon vent. Avant la fin du jour, les voyageurs aperçurent l’île et, très haut, au milieu des nuages, le château d’or qui brillait sous les rayons du soleil couchant.

«Nous allons débarquer, dit Armel; la première chose à faire c’est de remplir d’étoupe la grande cloche que vous voyez entre les quatre chaînes d’or. Elle sonne d’elle-même, dès qu’on touche aux chaînes. Le serpent l’entend, il quitte le château, vient planer au-dessus de l’île, car il a des ailes qui le soutiennent, et s’il aperçoit un être animé, homme ou bête, peu importe, il vomit des torrents de feu et le réduit en cendres.»

Alain sauta à terre le premier, et courut à la cloche, emportant avec lui une masse d’étoupe. Il avait une telle dextérité, qu’en moins d’une minute le battant fut emmailloté et réduit au silence.

Ronan l’avait suivi de près, il saisit l’une des chaînes d’or et s’aida si bien des pieds et des mains qu’il arriva promptement au pied du château.

La nuit était venue, sombre et sans lune; à la faible clarté des étoiles, le hardi grimpeur poursuivit sa périlleuse entreprise, s’accrochant aux gargouilles, aux clochetons, aux saillies des balcons, à tout ce qui lui offrait un point d’appui. Il parvint sans encombre jusqu’à la fenêtre de la princesse.

IL COMMENÇA A DESCENDRE, S’AIDANT D’UNE SEULE MAIN.

«On ne la ferme jamais, lui avait dit Armel, et c’est par là que tu pourras entrer.»

En effet, il enjamba lestement la balustrade de pierre, sauta sur le balcon, et, poussant les battants de la fenêtre qui étaient restés entr’ouverts, il pénétra sur la pointe des pieds dans la chambre.

La lueur discrète d’une lampe d’albâtre lui permit de se guider à travers la pièce, et il approcha du lit, où, sous la soie et les dentelles, reposait une princesse d’une merveilleuse beauté. Sa longue chevelure était éparse autour d’elle, l’enveloppant de ses ondes dorées.

Ronan la contempla un instant avec ravissement, mais il se souvint qu’il n’y avait pas de temps à perdre. Il la prit dans ses bras robustes, si doucement qu’il ne l’éveilla pas, et commença à descendre, s’aidant d’une seule main et, de l’autre, soutenant la princesse, toujours endormie.

Elle ne se réveilla qu’à bord du navire, et vit tout d’abord les six frères en extase autour d’elle, immobiles comme des statues, tant ils la trouvaient belle. Elle comprit tout de suite qu’elle était délivrée de son horrible prison et remercia ses sauveurs avec la plus vive reconnaissance.

«Tout n’est pas fini, madame, dit Armel, mais j’espère que nous réussirons à vous emmener loin de cette île funeste. Allons, frères, mettons à la voile le plus tôt possible. Frère Stevan, presse la marche de ton navire, car le serpent va se réveiller aussitôt qu’il fera jour. Il se rendra, comme de coutume, chez la princesse et, quand il s’apercevra que sa prisonnière lui a échappé, il se mettra à notre poursuite. Nous n’avons que trop tardé déjà!»

Et ils partirent... Le vent et la marée étaient favorables, ils s’éloignaient rapidement de l’île; le ciel était clair et le soleil montait radieux à l’horizon, se jouant sur les vagues en mille rayons dorés, mêlés des lueurs roses du matin.

La princesse admirait ce beau spectacle et se plaisait au mouvement rapide du navire qui l’emportait sans secousse et sans arrêt, comme dans un rêve.

«C’EST LA, JUSTE LA, QU’IL FAUT L’ATTEINDRE POUR LE TUER.»

Tout à coup, elle poussa un cri d’effroi! Une grande ombre se projetait au-dessus des flots; on eût dit tout d’abord celle d’un nuage poussé par un vent violent, mais bientôt elle prit des formes plus accusées...

«C’est le serpent! il va nous atteindre! cria Armel. A toi, frère Laouïc, de nous montrer ton adresse. Attends que le monstre soit au-dessus du bâtiment; alors tu apercevras sur son corps, à l’endroit du cœur, un petit point blanc. C’est là,—juste là,—qu’il faut l’atteindre pour le tuer. Vise bien, ou nous sommes tous perdus!

—Sois tranquille, mon frère», dit Laouïc, d’un ton calme; et, sans se presser, il ajusta une flèche sur son arc.

Le serpent ailé arrivait sur eux... Aussitôt qu’il fut droit au-dessus du navire, Laouïc tira...

Un rugissement épouvantable déchira les airs; on l’entendit à plus de cent lieues à la ronde; puis, en quelques secondes, le monstre battit des ailes, déroula ses anneaux, et vint tomber tout d’une masse sur le bâtiment, qui, sous le choc, fut rompu en deux moitiés, et coula à pic. Mais il était si bien construit qu’il remonta immédiatement et se remit à flot.

«Allons, c’est à ton tour de travailler, frère Alain, dit Armel. Fais vite,—vite et bien. Je vais plonger pour ramener la princesse, qui est restée au fond de l’eau.»

Et il se jeta à la mer.

Alain fit son devoir avec tant d’activité et d’une façon si habile que, lorsqu’Armel revint sur l’eau, avec le corps de la jeune fille dans les bras, le navire était complètement réparé et voguait à pleines voiles.

Mais la pauvre princesse aux cheveux d’or n’était plus qu’un cadavre; on l’aurait cru, du moins. Ses membres inertes, son corps affaissé, ses beaux yeux fermés, ses longs cils reposant sur ses joues pâlies, sa chevelure toute humide et mêlée d’algues et de goémons, sa robe blanche, d’où l’eau dégouttait en longs ruisseaux sur le pont du navire, faisaient peine à voir.

Les six frères la regardaient d’un air navré.

«Eh quoi! pensaient-ils, s’être donné tant de peine! avoir couru de si grands périls! s’être vus à la veille de réussir dans son entreprise! et la voir échouer ainsi!!!...»

Ils en pleuraient de rage et de chagrin. Armel se remit le premier.

«Elle n’est pas morte, dit-il, prenez courage. Hélo, as-tu ton violon?

—Le voilà, dit le jeune musicien, il n’a pas disparu quand le navire a été rompu, heureusement!

—Eh bien! joue-nous un de tes plus beaux airs; tu commenceras doucement, et puis tu iras plus vite, toujours plus vite; tu joueras... comme pour ressusciter les morts!»

Aux premiers sons du violon d’Hélo, une teinte rosée parut sur le visage décoloré de la princesse,... puis ses lèvres s’entr’ouvrirent,... un souffle léger y passa... Hélo jouait toujours, en y mettant toute son âme; il pressait le mouvement,... elle ouvrit les yeux!... il pressait encore,... elle fit signe de la main qu’on l’aidât à se relever sur son séant... Il jouait maintenant avec une ardeur passionnée, et elle se leva toute droite, et elle saisit les mains d’Armel et de Ronan, et, tous ensemble, entraînés dans une ronde frénétique, dansèrent jusqu’à tomber de fatigue, tandis qu’Hélo, d’un air inspiré, semblait célébrer, par cette musique aux accents triomphants, la délivrance de la princesse aux cheveux d’or!

 

Le lendemain soir, ils se présentèrent chez leur père, qui fut bien joyeux de les revoir et bien fier aussi de leurs talents et de leurs exploits.

«Je ne vous appellerai plus jamais paresseux, leur dit-il, c’est un nom que vous ne méritez plus, et je voudrais pouvoir vous accorder à tous une récompense, pour vous témoigner combien je suis heureux que vous ayez si bien répondu à mes désirs. Voyons, Ronan, parle, tu es l’aîné. Que désires-tu?

HÉLO JOUAIT EN Y METTANT TOUTE SON AME.

—Mon père, avec votre permission, je désire épouser la princesse aux cheveux d’or.

—C’est trop juste; puisque tu l’as sauvée, tu l’auras. Et toi, Alain, que veux-tu?

—Mon père, avec votre permission, je désire épouser la princesse aux cheveux d’or.

—Mais, mon pauvre garçon, c’est impossible, je l’ai promise à ton frère qui l’a sauvée.

—Il ne l’a pas plus sauvée que moi!

—Comment? s’écria Ronan, moi qui l’ai tirée de son château et descendue, avec tant de peine, le long des chaînes d’or, tu oses dire que ce n’est pas moi qui l’ai sauvée!

—Si je n’avais pas refait le navire en un clin d’œil, vous seriez tous au fond de la mer, et la princesse aussi.»

Stevan s’approcha:

«C’est bien moi, par exemple, qui dois épouser la princesse! sans mon bâtiment, comment auriez-vous fait pour l’aller chercher et la ramener ici? Je l’aime, et j’ai tout autant de droits que vous à sa main.

—Et moi, donc! interrompit Laouïc, lequel de vous lui a donné une preuve plus éclatante de son amour? N’ai-je pas tué le monstre horrible qui la retenait captive? Sans ma flèche, serions-nous ici sains et saufs? Avez-vous oublié que le serpent ailé devait nous réduire en cendres en vomissant sur nous feu et flammes?»

Hélo s’avança...

«Je vous ai laissés tous parler à votre tour, dit-il; mais auriez-vous à vous disputer la princesse, si elle était morte? Je la vois encore pâle et inanimée sur le pont du navire. Qui l’a ressuscitée? dites-moi; peut-il y avoir plus grand amour que celui qui sait rappeler l’être aimé de la mort à la vie?»

Les frères restèrent silencieux, mais Armel, qui, depuis le commencement de la scène, causait et riait tout bas avec la princesse, dans l’embrasure d’une fenêtre, vint se joindre à leur groupe.

«Vous avez tous, dit-il, concouru à la délivrance de la princesse, et elle vous en est profondément reconnaissante; mais, vous ne pensez pas à un petit détail, c’est que vous ignoriez même son existence, il y a trois jours. Qui vous l’a révélée? Qui vous a engagés à tenter l’entreprise? Qui vous a appris ce qu’il fallait faire pour y réussir? Qui vous a guidés, soutenus, conseillés, encouragés? Et enfin, qui est allé chercher la princesse au fond de l’eau, où il était si difficile de la retrouver, à cause de la grande profondeur?»

Les cinq frères, ne sachant que répondre, se regardaient en silence, et le vieux seigneur était encore le plus embarrassé de tous. Enfin, une idée lumineuse lui vint. Il alla prendre la princesse par la main, l’amena devant ses fils et lui dit:

«Mon enfant, les six frères que voilà demandent à vous épouser... Comment faire pour les mettre d’accord? Je ne puis me prononcer en faveur d’aucun d’eux, car je les aime tous également, et je conviens qu’ils ont tous les six une part égale à votre délivrance. Choisissez donc pour vous-même.»

La princesse rougit très fort, puis elle tendit timidement sa main à Armel, ce qui ne doit étonner personne, car il était le plus instruit, le plus jeune et le plus joli garçon!

Imité de F. M. Luzel, tome XXVI (p. 312) des Littératures populaires de toutes les nations. Contes populaires de la Basse-Bretagne. (Maisonneuve, éditeur.)

vignette décorative