Depuis que la Réforme religieuse avait éclaté, le catholicisme italien était devenu plus fervent et plus âprement politique. Galilée ne voulut point trahir la cause catholique, celle de son enfance et de ses pères.
Chrétien sincère et plein de foi, il espéra concilier avec l’autorité qui lui imposait l’obéissance les instincts de son génie.
Voilà ce qui était difficile et ce qui le perdit. Philosophe solitaire, rêveur ingénu, tout occupé des lois de la statique et des affaires du soleil, il s’engagea dans cette route sans issue, voulant comme disait Guicciardini, concilier l’inconciliable.
Cet ambassadeur historien, peu instruit des choses du ciel et beaucoup de celles de la terre, jugeait très-bien Galilée, qui, selon lui, aurait dû « rester coi et laisser passer les années. S’il avait voulu prendre ce parti, il aurait pu se défendre en secret, agir habilement, et gagner à sa cause beaucoup de personnes qui l’auraient servi…
« Mais le philosophe ne voulait rien entendre… En vain chacun lui criait de se tenir tranquille ; qu’il lui était impossible de se défaire de tant d’ennemis et de triompher de tant de rivaux ; qu’enfin il s’attirerait mille nouveaux désagréments. Il n’écoutait personne. Il se plaignait même d’être reçu avec froideur ; il ne voyait pas que c’était lui qui fatiguait nombre de cardinaux de ses importunités. Toute cette conduite n’était pas du goût du cardinal Orsini, pour lequel vous lui aviez donné une si chaude lettre de recommandation, et qui le jeudi de la semaine dernière avait parlé en sa faveur avec modération et habileté en plein consistoire. Le pape Urbain VIII a répondu qu’il donnerait à Galilée toute facilité de se disculper ; le cardinal ayant voulu pousser encore le pape, celui-ci a brisé la conversation, et dit brusquement que Galilée répondrait au Saint-Office. »
On avait fait vibrer la corde sensible des âmes lâches, la vanité. Galilée passait pour un méchant et un railleur ! Il avait dénigré ce cardinal, et cette dame, et le pape !
Les amis tremblaient, le pape retirait sa main, les envieux riaient, le peuple passait indifférent.
« C’est alors, dit très-bien Guicciardini, qu’un homme qui sait son monde se voile le front, se replie », attend que l’orage soit passé, que la calomnie ait essuyé sa bave ; devient modeste, se plonge dans la solitude, y vit de silence et de résignation, et n’essaye pas de livrer la guerre à la calomnie, comme un enfant ; de saisir l’éclair et de lutter contre la foudre. Galilée ignorait que la calomnie est plus terrible que la foudre ; la ruse de l’envie, plus subtile que l’éclair, mille fois plus rapide, et plus indomptable, et plus insaisissable.
On avait juré de le perdre ; et le complot savamment ourdi contre lui réussissait ; la ligue était formée, les puissants étaient de bronze, les parents se taisaient, les cœurs étaient de glace.
« Il ne faut ni semer ni labourer quand il gèle, dit l’adorable Fénelon, alors que la terre est dure. »