Galilée, homme d’un esprit vaste et fertile, n’était pas supérieur à son époque et à son pays ; la force morale lui manquait. Épicurien, asservi aux influences sociales et aux traditions, il n’a su ni défendre héroïquement la vérité, ni éluder les atteintes de ceux qui voulaient le perdre. Il n’a montré aucune grandeur et aucune franchise. Il n’a eu ni ce vaillant amour du vrai qui immortalise de Foë attaché à son pilori et l’honnête abbé de Saint-Pierre chassé par ses collègues, ni même cet acharnement taquin d’Étienne Dolet et de Furetière.
Incertain, épouvanté, équivoque et inutilement souple ; il ne s’est jamais écrié : E pur si muove ! Jamais il n’a déployé cette héroïque résistance qu’on lui attribue. Grand par les lumières, innocent dans sa vie, il était de son temps, il était de son groupe pour le caractère et les idées. Il cédait, pliait, reculait devant l’ennemi et reniait sa doctrine, un peu par timidité et douceur chrétiennes, un peu aussi dans l’espoir stérile d’attendrir les puissants, de désarmer les rivaux, de rentrer en grâce, de se réfugier dans une vie paisible et d’échapper aux orages.
Voyant l’envie conspirer sa ruine, il perdit courage. Cette lutte était trop forte pour lui.
Que ne savait-il attendre et se taire ? ou fuir à Venise, ou passer la mer ? Il aurait pu hardiment, à la face du monde, proclamer sa doctrine et établir le système solaire sur ses bases éternelles.
La postérité ne l’eût pas vu sans admiration, fût-ce vingt ans, trente ans après son exil, serrer de son étreinte mortelle le dominicain persécuteur et le jésuite rival ; découdre la calomnie, arracher les masques, montrer le front bas et la lèvre épaisse du calomniateur, et triompher !
Triompher avec la vérité, la justice et la science ! Tous les philosophes, les gens de cœur et les victimes l’auraient honoré, remercié, applaudi et soutenu à travers les âges.