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Arrivée de Galilée à Rome en 1616. — Accueil qui lui est fait. — Ses espérances présomptueuses.

Galilée, fils d’une société indifférente et corrompue où l’on vivait pour jouir, eût voulu échapper à cette fatalité de la persécution. Quoi qu’il en coûte de le constater et d’effacer ainsi la légende populaire de son héroïsme, il se montra aussi étourdi dans la provocation qu’impuissant à la défense.

C’était une faute présomptueuse d’aller à Rome braver ses ennemis.

Rome, inquiète et menacée, sentait autour d’elle et malgré elle fermenter l’esprit d’indépendance et de libre recherche ; dans le nord de l’Italie des essais de réformes venaient de se produire : Venise s’insurgeait ouvertement contre l’autorité papale ; fra Paolo Sarpi, l’un des plus ardents à la lutte, soutenait hardiment les principes anti-catholiques ; Giordano Bruno, Guillaume-César Vanini, Thomas Campanella venaient de secouer le joug de la tradition et de dénoncer hautement les abus de l’Église ; Marc Antonio de Dominis, archevêque de Spalatro, levait l’étendard de l’apostasie. Le trouble s’introduisait dans les consciences qui s’essayaient à la révolte et se sentaient emportées vers la liberté.

Galilée, venant dans un pareil moment à Rome (en 1616) ne pouvait y rencontrer qu’hostilité et mauvais vouloir. N’était-il pas, lui aussi, un innovateur ? Ne voulait-il pas toucher à l’arche sainte ? et donner aux Écritures une interprétation contraire à celle que les siècles avaient consacrée ?

N’était-on pas autorisé à lui dire : Quiconque n’est pas avec nous est contre nous ?

Lui, cependant, était à la fois avec l’Église et contre elle ; de bonne foi, avec cette naïveté étrange qui est souvent l’apanage du génie. Il se sentait sincère et ne supposait pas qu’on pût douter de sa sincérité ; il respectait les dogmes et ne croyait pas qu’on pût suspecter sa vénération ; il voulait la gloire de l’Église et s’imaginait travailler à cette gloire en ralliant à elle les découvertes de la science, en lui conciliant la raison et la vérité.

Il arrivait donc à Rome plein d’espérance. Il ne se souvenait même pas que son livre sur les taches solaires avait, à la fin de l’année précédente, occasionné de nouveaux scandales. Il ne comprenait rien aux exigences de la politique, rien aux intrigues de la jalousie.

Il se croyait fin, et il était la dupe de toutes les finesses ; il se croyait fort, et son crédit s’affaiblissait de jour en jour. Il se fiait à de vaines lettres de recommandation que lui avait données le grand-duc pour le cardinal Orsini qui alors jouissait à la cour d’une haute influence ; il se fiait à son éloquence, à la justesse de ses calculs, à l’autorité de son nom, à son génie. Il espérait ramener à lui les incrédules, persuader le pape, entraîner les membres du sacré collége ; il espérait venir, voir et vaincre.

D’ailleurs n’avait-il pas au besoin la science du monde, la finesse, la flatterie ; — suprêmes ressources ?

Déjà pour rentrer en grâce auprès des Médicis, il avait donné leur nom aux satellites de Jupiter, et le moyen lui avait réussi. Pourquoi ne réussirait-il pas encore ? Pourquoi ne dédierait-il pas au pape un de ses ouvrages ? Il lui dédia, en effet, son Traité du flux et du reflux, dans lequel, entraîné par son idée dominante au point de se tromper scientifiquement, il attribuait ce phénomène au mouvement de la terre.

Mais la flatterie n’a pas toujours raison des rancunes. En vain le cardinal Orsini recommanda chaudement l’affaire au pape ; plus Galilée mettait d’ardeur à la défense de sa cause et plus il éveillait de craintes. L’inquisition était lasse de ces menées, de ces audaces ; elle ne permettait plus qu’on mît en doute son infaillibilité ; elle ne voulait pas être éclairée ; — elle, dépositaire unique de toutes les lumières.