Ulysse Fait Son Lit

JEAN DE BOSSCHERE

Ulysse glorieux, revenu des batailles

Choisit une terre, dans la ville qui sourit à sa paix

Il est à eux; il s’est donné avec la paix.

Tous le touchent, et

S’il pose la main sur les yeux

Tous crient

“Il songe à trahir, il est orgueilleux

Peut-être croit-il nous faire honneur

Même en ne nous regardant pas.

Nous ferons deux nouvelles statutes pour toi, Ulysse!

Tu seras bien forcé à te tenir parmi nous.”

Or, Ulysse ne songe pas à fuir.

Il sait l’homme dans les cuisines

Dans l’aréopage, dans les batailles

Il les aime avec leurs écailles de poisson

Leurs nageoires sur un corps de truie

Et la tête est celle du canard,

Les pattes celles du coq,

Avec des ailes de moineau;

Il aime leur saveur de mauvais pain d’épices

Mais souvent, le soir, l’odeur de chat,

L’odeur est trop forte

Et il ne peut plus embrasser ses amis

“Que ma statue et ma penseé soient avec eux” dit-il.

Dans sa terre, autour d’un sycomore

Il elève un mur rond de pierre et de bois;

À la hauteur du front, il coupe une porte;

Elle n’est pas plus large que des épaules d’homme

Puis il la ferme avec des planches

Comme les cinq doights de la main cachent une blessure

“Comme un pied appliqué aux vastes fesses des hommes”

Dit-il; mais il rougit

“Comme un couvercle sur le monde

Comme un couvercle sur un pot de fromage piqué de vers.”

Dit-il; mais il rougit.

Et se frappe trois fois la poitrine.

La foule regarde le mur

Il n’y a pas de fenêtres.

“Ulysse n’a pas le droit de se mettre au tombeau.”

Le jeune Franklin s’accroche aux branches du sycomore

Se hisse, et regarde par dessus le mur.

Il retombe sur ses pieds de sycophante;

“Ah! il scie le tronc de l’arbre” crie-t-il.

“Il nous trahit, il nous vend, il nous renie.”

Ulysse regarde par le trou ouvert, dans la pierre

Ils sont mille autour du mur rond

Et il entend que les hommes disent

“A-t-il ses armes?

Vous savez combien des la mamelle il fut malin

Habile aux armes

Et méchant”

Il voit que les hommes sont chargés de fagots.

Il y a un bûcher autour de la maison.

Les femmes l’arrosent avec l’huile des lampes

Et y versent celles de leur toilette,

Les cuisiniers l’huile des poissons conservés,

Les charrons la poix des charrettes,

Le batelier apporte une marmite de goudron,

Et un capitaine, vêtu de ses médailles de sioux

Pousse la flamme d’une torche sous le bûcher.

Ils cuisent Ulysse

Car il est bien à eux.