De l’usage de l’Histoire.

1°. A l’égard de l’usage de l’Histoire, on a un petit Livre de l’Abbé de S. Réal qui est bon ; mais ce qui vaut mieux, sans comparaison, c’est ce qu’a dit M. de Voltaire dans son septieme tome, édition de 1757, des mélanges de Philosophie, de Littérature & d’Histoire, chapitre 60 61, ce qu’il a inséré dans quelques Préfaces. Quand il établit des vérités, personne ne les établit mieux & ne les présente si bien ; il n’est pas possible de redire ce qu’il a dit, sans l’affoiblir. Ainsi je me contente, sur cette partie, d’y renvoyer les Maîtres. Qu’ils lisent aussi la judicieuse Préface de Polybe dans son Histoire, le commencement des Réflexions & Anecdotes de la Reine Christine, de l’Eloge historique de l’Abbé Terrasson, par M. d’Alembert, ils seront plus instruits que par des volumes de Méthodes de Thomassin, de Possevin, de Rapin, de Menestrier, qui tous ensemble, ne valent pas un livre d’Histoire bien fait, celle de l’Empereur Julien, par exemple.

Des principes sur la certitude historique, ou de la critique.

2°. Il est nécessaire d’avoir des principes sur la certitude historique, & de savoir sur quoi elle est fondée.

On est certain des faits que l’on voit & que l’on entend. On sait par relation ceux que les autres voient & qu’ils entendent. Le témoignage est une des voies les plus étendues de la connoissance humaine, mais pour produire la conviction, il doit nous mettre à la place de ceux qui ont vu & qui ont entendu eux-mêmes.

C’est le point de vue où les Historiens doivent se placer pour y placer leurs lecteurs ; & les faits qui sont appuyés sur ce fondement, sont d’une certitude à exclure le plus léger doute.

C’est-là le principe le plus général de la certitude historique, & d’où dérivent tous les autres principes.

Ainsi quand on veut examiner un fait, il faut savoir d’abord de quelle nature il est : est-il conforme à la commune expérience & au cours ordinaire des choses, ou y est-il contraire ? Cet examen demande des réflexions particulieres : par qui est-il attesté ? par un ou par plusieurs Historiens ? Ces Historiens sont-ils témoins, sont-ils contemporains ou voisins du temps où le fait s’est passé ? Peut-on dire qu’ils le tiennent immédiatement de la premiere main ? Citent-ils leurs garants ? Ont-ils les uns & les autres les qualités nécessaires pour témoigner ? On doit discuter leur témoignage & leurs rapports, comme on discute les témoins en Justice ; s’il y a d’autres Historiens, voir s’ils sont contraires, lire à charge & à décharge, examiner le but des Ecrivains, pourquoi, à quelle occasion ils ont écrit, mettre leur témoignage à la balance, savoir s’il a passé jusqu’à nous dans son intégrité, ou s’il n’a point été corrompu ; on peut prononcer ensuite, soit en affirmant, s’il y a des preuves, soit en niant ou en doutant, si les preuves ne sont pas suffisantes ; car entre douter & croire, il y a des nuances différentes qui n’ont pas même de nom particulier.

Des temps où l’on peut remonter dans l’Histoire.

3°. Quant aux temps auxquels on peut remonter, & aux Histoires auxquelles on doit ajouter foi, la regle la plus sûre est de tenir pour suspect tout ce qui précede les tems où chaque Nation a reçu l’usage des Lettres. Un autre principe également certain, est que quand il y a des interruptions & de grands vuides dans une Histoire, tout ce qui les précede est faux ou suspect.

Aussi rien n’est-il plus incertain que toute l’Histoire ancienne, dont les Auteurs rapportent les faits arrivés long-tems avant eux. Dans les siecles postérieurs, & même dans ceux qui sont les plus proches du nôtre, on trouve la même incertitude, lorsque les Mémoires des contemporains manquent, ou qu’ils sont défectueux ; ce qui exclut de la certitude presque toute l’Histoire ancienne d’Egypte ou d’Orient, dont à peine il s’est conservé quelques vestiges ; tout ce qui précede les Olympiades chez les Grecs, & à peu près la seconde guerre Punique chez les Romains ; en un mot, les origines de toutes les Nations, excepté celle du Peuple Juif dont on ne perd point la trace.

On peut mettre dans le même rang la plus grande partie de l’Histoire du moyen âge, non qu’elle soit dépourvue d’Auteurs contemporains, mais leurs Mémoires sont si défectueux, & les lacunes si grandes, qu’il n’est pas possible de les remplir. Rien n’est plus juste ni plus ingénieux que ce que dit sur l’Histoire ancienne M. de Fontenelle, dans l’éloge de M. Bianchini.

« Si d’un grand Palais ruiné on trouvoit les débris confusément dispersés dans l’étendue d’un vaste terrein, & qu’on fût sûr qu’il n’en manquât aucun, ce seroit un prodigieux travail de les rassembler tous, ou du moins sans les rassembler, de se faire, en les considérant, une idée juste de toute la structure de ce Palais ; mais s’il manquoit des débris, le travail d’imaginer cette structure, seroit plus grand & d’autant plus grand, qu’il manqueroit plus de débris & il seroit fort possible que l’on fît de cet édifice différens plans qui n’auroient presque rien de commun entr’eux. Tel est l’état où se trouve parmi nous l’Histoire des tems les plus anciens. Une infinité d’Auteurs ont péri ; ceux qui nous restent ne sont que rarement entiers. De petits fragmens & en grand nombre, qui peuvent être utiles, sont épars çà & là dans des lieux fort écartés de routes ordinaires, où l’on ne s’avise pas de les aller déterrer ; mais ce qu’il y a de pis, & ce qui n’arriveroit pas à des débris matériels, ceux de l’Histoire ancienne se contredisent souvent, & il faut ou trouver le secret de les concilier, ou se résoudre à faire un choix qu’on peut toujours soupçonner d’être un peu arbitraire. Tout ce que des Savants du premier ordre & les plus originaux ont donné sur cette matiere, ce sont différentes combinaisons de ces matériaux d’antiquité ; & il y a encore lieu à des combinaisons nouvelles, soit que tous les matériaux n’aient pas été employés, soit qu’on en puisse faire un assemblage plus heureux, ou seulement un autre assemblage. »

De la Critique.

Les principes & les regles qui doivent servir de guides dans la lecture de l’Histoire, forment ce qu’on appelle la Critique, & j’entends par-là, non cet art qui s’arrête à restituer des passages, à vérifier les variantes d’un texte ; mais celui qui apprend à juger des faits, à en examiner les preuves, à distinguer les faits véritables de ceux qui sont supposés ou incertains, les faits certains de ceux qui ne sont que probables ; enfin, cet art qui sait peser les différens degrés de certitude, & fixer, s’il est permis de parler ainsi, les différentes nuances du vrai & du vraisemblable ; art de la plus grande utilité & d’une vaste étendue ; c’est proprement une Logique de faits aussi nécessaire pour diriger le jugement dans la croyance des événemens, que la Logique pour conduire la raison dans la découverte de la vérité. Leur réunion forme l’homme judicieux & raisonnable. Toutes deux sont le fondement des connoissances en tout genre, & l’instrument des autres études.

De la Critique & de la Logique.

L’esprit juste, cet esprit qui sert à gouverner les Etats, comme à conduire les affaires des Particuliers ; qui guida Sully, Turenne & Catinat ; qui dicta les Consultations de Charles Dumoulin, les Pareres de Savary, les Essais de Locke, de Nicole, & les Discours de Fleury ; qui inspira dans leurs conjectures sur les événements futurs, Thémistocle, Polybe, Dossat, Richelieu & Charles de Lorraine ; cet esprit, dis-je, n’est qu’un jugement solide qui saisit l’état des questions, le véritable point de vue des affaires, & fait choisir en tout les raisons décisives : c’est ce bon sens si utile dans le monde ; tandis que ce qu’on appelle esprit ne sert souvent qu’à le ravager ; aussi estimable quand il enseigne une bonne administration de Justice & de Finance, que quand il trace les plans d’une campagne.

Les hommes sensés dans tous les temps ont connu les principes et les regles. Quand Scipion conversoit avec Polybe, & qu’en épuisant la science de gouverner, ils prophétisoient le changement de la République Romaine ; quand du fond de la Macédoine, Philippe remuoit toute le Grece ; quand César prenoit de si justes mesures pour subjuguer les Gaulois ou pour détruire le parti de Pompée ; quand Richelieu s’occupoit des moyens d’abaisser le Maison d’Autriche ; tous ces grands Hommes s’appuyoient-ils sur d’autres fondements que sur une connoissance exacte des personnes, sur des notions justes des choses, sur des faits circonstanciés, ou sur de fideles rapports ; croyoient-ils légérement tous les discours, tous les bruits populaires ?

Le bon sens est la regle de toutes les vertus & de toutes les bonnes qualités : il distingue l’homme raisonnable de celui qui ne l’est pas ; le vrai savant de celui qui n’a qu’un savoir confus, la vertu de la superstition, le grand homme de celui qui n’est que héros. Avec cette faculté de plus, l’Empereur Julien & Charles XII, eussent été peut-être les plus grands hommes de l’univers.

Le bon sens est toujours utile sans la science, parce qu’il sait s’arrêter aux choses qui sont à sa portée. La science sans le bon sens, est souvent pernicieuse & toujours ridicule.

II y a des notions primitives qui servent de base à toute certitude, auxquelles il est impossible de se refuser sans renoncer au sens commun. Telle est en fait de témoignage, la notoriété ou l’évidence d’une chose de fait généralement reconnue, qui est le résultat d’une multitude de perceptions sensibles ; telle est en fait de raisonnements, la perception immédiate résultant de la simple vue de l’esprit ou du sentiment intérieur.

Mais les bornes de la raison ne sont pas fixées, & personne n’a droit de proposer la sienne pour regle de celle des autres. La raison n’ayant donc point de mesure commune bien déterminée, il faut des principes & des regles pour la guider, pour l’aider à discerner le vrai du faux, en matiere de raisonnements comme en matiere de faits ; c’est ce qu’on appelle la Logique & la Critique.

Est-il vrai qu’il y a un art de penser & de raisonner, qu’on enseigne en cinq ou six mois à de jeunes gens dans les Ecoles de l’Europe ? on ne l’apprend point aux femmes ni aux enfants qu’on ne fait pas étudier ; cependant il se trouve à la longue que les uns raisonnent à peu près aussi-bien que les autres, & souvent ceux qui ont enseigné cet art, raisonnent le plus mal. Il n’est pas étonnant que cela répande des doutes sur l’utilité des regles, ou du moins sur celle de la méthode qu’on emploie pour les enseigner.

On ne commence à apprendre la Logique aux enfants qu’à la fin des études ; on ne leur apprend rien sur la Critique ; on attend presque qu’ils aient l’esprit faux pour le redresser. On regarde les sciences comme des pays différents, où l’on fait successivement voyager les jeunes gens.

Toutes les regles générales, tous les préceptes de quelque art que ce soit, ne servent à rien, si on n’en fait pas l’application : on ne retient, à proprement parler, que les choses dont on a fait usage, & dont on a l’expérience. Les regles de la Poésie & de la Peinture, sont plus connues & plus parfaites que du temps d’Homere & de Virgile, de Raphaël & du Titien. Avons-nous de meilleurs Poëtes & de meilleurs Peintres ? Avons-nous des meilleures têtes qu’Hypocrate, Aristote & Platon ?

Je connois toute l’utilité des regles & même leur nécessité ; elles servent à écarter les causes des mauvais raisonnements, & à dévoiler les sophismes, mais seules, elles n’ont jamais poussé loin les connoissances des hommes. Après le caractere naturel de l’esprit, c’est l’application, c’est l’expérience, c’est la connoissance des faits, qui font qu’un homme raisonne mieux qu’un autre homme.

Voilà l’avantage que nous avons sur les Anciens ; nos connoissances sont plus exactes & plus étendues, nous avons une plus grande expérience des faits & des choses ; nous sommes détrompés de quelques préjugés & de quelques erreurs qu’ils avoient adoptés.

Quand ils n’ont raisonné que de ce qui étoit à leur portée, ils ont jugé aussi bien que nous. En fait de Politique, de Morale civile, de Loix, je ne crois pas qu’on puisse le leur contester.

Pourquoi & par où notre siecle surpasserait-il les précédens ? C’est que depuis environ 250 ans on a fait une infinité de découvertes dans tous les genres ; on a étudié toutes les Langues ; on a vérifié les textes des Auteurs anciens ; les Livres véritables ont été distingués des Livres supposés ; l’Histoire sacrée & profane, la Géographie, la Chronologie, la Critique, la Fable, le Droit, les Médailles, les Inscriptions, &c. tout a été débrouillé & éclairci : on a presque trouvé les bornes des Mathématiques.

Depuis les temps de Galilée & de Bacon, on a observé avec soin tous les corps, on les a examinés dans toutes les circonstances, on leur a fait subir tous les changemens imaginables, par les grands agens naturels, l’air, l’eau & le feu ; ceux qu’on n’appercevoit pas, sont devenus sensibles : avec le secours du télescope & du microscope, les extrêmes se sont rapprochés, les corps situés à une distance immense, & ceux qui sont près de nous sont devenus des objets de curiosité, de recherches & de connoissances.

Des voyages entrepris dans toutes les parties du monde, ont grossi le nombre des Observateurs, & multiplié les observations. L’invention de l’Imprimerie, l’établissement des Académies, ont servi à publier, à conserver les découvertes, & à garantir leur certitude. Malgré les traverses & les embarras de toute espece, l’industrie & le travail opiniâtre ont franchi les plus grands obstacles. Voilà ce qui a perfectionné notre art de penser ; & si l’ouvrage n’est pas aussi parfait qu’il devroit être, c’est aux systêmes de Philosophie, à l’abus des idées arbitraires, & aux querelles Théologiques, qu’on doit l’imputer.

Un homme acquiert la supériorité sur les autres hommes, par les mêmes raisons & par les mêmes moyens qu’un siecle devient supérieur à un autre. Il paroît donc raisonnable d’employer pour apprendre & pour instruire, les mêmes principes & les mêmes regles. On doit éviter en particulier les défauts qui en général avoient arrêté le progrès des connoissances.

Regles de la Logique & de la Critique.

Une des principales regles qui remédieroit en même tems à un de ces défauts, c’est d’écarter les suppositions des systêmes qu’on emploie pour expliquer des choses dont on ne sçauroit d’ailleurs rendre raison, c’est de ne prononcer que sur ce qui est à sa portée, sur quoi l’on a des connoissances acquises, des élémens assurés : quand on n’a pas ces élémens, ou quand on n’en a pas assez pour juger, la raison veut que l’on suspende son jugement.

La seconde regle également importante pour prévenir l’abus des abstractions, est de fixer les idées & de les déterminer : le moyen d’y parvenir, est de réduire les idées abstraites, & composées, à des idées particulieres & simples, ou aux élémens qui les composent ; c’est ce qu’on appelle définir, car la définition n’est que l’énumération des idées simples renfermées dans une idée complexe & abstraite.

A la rigueur, les idées simples sont indéfinissables ; on ne peut les fixer qu’en réfléchissant sur la maniere dont on les a acquises, aussi ne les définit-on ordinairement qu’en les rendant par des équivalens ou par des synonymes. La plupart des hommes n’ont point de notions fixes & déterminées, parce qu’ils ne remontent presque jamais à leur origine ; cependant ils décident hardiment les questions les plus obscures & les plus compliquées. Je n’en veux pour exemple que les équivoques qu’on fait tous les jours sur les mots de religion, de vérité, de gloire, d’honneur, de justice, de devoir, de piété & de dévotion, &c.

Pour définir exactement un terme qui désigne une idée complexe, il suffit de trouver dans la Langue les mots qui signifient les idées simples & caractéristiques dont elle est formée ; & c’est dans la Langue commune qu’il faut chercher ces mots, parce qu’on ne doit s’écarter du langage ordinaire, que le moins qu’il est possible.

Sous le nom de définition, je comprends la description des choses naturelles qu’on ne peut définir qu’en les décrivant ; car il est impossible d’expliquer par des définitions la nature même & l’essence des choses. Ce n’est qu’en faisant des descriptions exactes des sujets, en recherchant avec soin toutes leurs propriétés, en distinguant ce qui leur est propre & ce qui n’est qu’accidentel, qu’on peut parvenir à en acquérir la connoissance.

La troisieme regle est de s’assurer des faits avant que d’en chercher les causes, si on ne veut pas s’exposer, comme on a souvent dit, au ridicule de trouver la raison de ce qui n’est point.

Si les faits étoient assurés ; si les termes étoient exactement définis ; si les sujets étoient décrits avec précision, la plupart des questions seroient terminées. On voit par-là l’utilité des définitions, &, ce qui est encore plus utile, la maniere de les faire ; mais ce Dictionnaire philosophique doit être composé par des Philosophes.

La quatrieme regle est d’appliquer à chaque sujet la preuve qui lui est propre. C’est avoir fait bien du progrès, que de sçavoir en chaque matiere, de quel genre de preuves on doit se servir, en matiere de raisonnement, de faits, d’observations & d’expérience. Tout ce qu’on peut dire & écrire, se réduit là ; de bonnes raisons, des témoignages irréprochables, des expériences certaines : c’est le moyen le plus assuré de ne pas confondre les choses & les preuves ; de ne pas employer des raisonnemens, lorsqu’il est question de faits ; & des faits ou des autorités, lorsqu’il s’agit de raisonnemens ; de ne pas exiger de la démonstration, où l’on ne peut obtenir que de la vraisemblance ; & de ne pas se contenter de vraisemblance, où l’on peut avoir de la démonstration.

Je ne parle point des querelles théologiques ; elles sont l’opprobre de la Religion & de la raison, le fléau des Etats, des lettres & des bonnes études. Que n’eussent point fait pour les sciences & pour les arts les Arnauds, les Nicoles & les Lancelots, si des brouillons malheureusement trop puissans, un Annat, un Ferrier, un la Chaise, ne les eussent persécutés cruellement & forcés à s’occuper de ces disputes & de ces bagatelles sacrées !

Les principes & les regles qu’on vient d’établir, outre leur importance dans ce qu’on appelle Logique & Critique, servent à prouver la maxime qu’on a suivie dans ce Plan d’Education, que la base de toute méthode d’enseigner & d’apprendre, est de lier les connoissances à des notions sensibles, à des perceptions immédiates, à des idées simples ; c’est la preuve d’une regle d’arithmétique par une autre. Quand on est parvenu jusques-là, on ne peut remonter plus haut, & l’examen est fini.

On doit en conclure que c’est à acquérir ces notions, qu’il faut appliquer les enfans, à meubler leur tête de faits utiles ; à leur procurer par l’usage l’expérience qui leur manque ; à former le caractere de leur esprit ; à appliquer les regles simples & sûres de la Logique & de la Critique, non à les discuter minutieusement.

Une bonne méthode est une application continuelle des regles d’une saine dialectique sur toutes sortes de sujets.

Tout livre bien fait est une bonne Logique, tout exercice qui accoutume les jeunes-gens à mettre de l’ordre & de la netteté dans leurs pensées : une bonne Grammaire, par exemple, qui leur apprendroit à arranger de suite les objets du discours, à concevoir nettement les raisons simples & naturelles des regles, seroit une dialectique plus utile que tout l’artifice du syllogisme.

Voilà pourquoi les Elémens de Géométrie, lus avec attention, sont la meilleure des Logiques.

C’est en lisant les bons Critiques, les Grotius, les Petaus, les Sirmonds, les Valois, les Saumaises, qu’on peut apprendre l’art critique.

L’art physique le plus parfait, ou l’art de faire des expériences, se trouve dans les Mémoires des Académies.

Jusqu’ici on a fait des Logiques pour des Philosophes ou pour des Théologiens ; on a fait des Critiques pour les Sçavans ; on a fait des systêmes métaphysiques. Il a été utile que des gens habiles aient éclairci ces sciences ; mais à présent qu’on a tant écrit sur toutes sortes de matieres, il faut des méthodes qu’on puisse appliquer à l’usage de la vie ; car tout le monde est obligé de raisonner juste, non seulement dans les sciences, mais dans la vie civile, dans tous les âges, dans toutes les professions.

C’est là le fondement de ce qu’on appelle sçavoir, connoissance, érudition, raisonnement : posséder de pareilles méthodes, être accoutumé à les bien appliquer, c’est être Philosophe & Sçavant.

De la Métaphysique.

La Logique & la Critique sont des instrumens qui apprennent à penser ; la Métaphysique est la science des principes ; c’est elle qui instruit du but où tendent les facultés de l’homme, de leur étendue, de leurs bornes & de leur usage. Il n’appartient qu’à cette science, de fixer ce que c’est que la vérité, en quoi consiste l’erreur, & quels sont les moyens de l’éviter : elle démontre par l’expérience, que tout aboutit aux connoissances sensibles & à la perception immédiate ; avec la Logique, elle apprend à découvrir les vérités, à les déduire de leurs véritables principes, à les ranger par ordre ; enfin elle est la base des autres sciences, dont elle contient le germe & l’ébauche.

Elle démontre l’existence de Dieu, ses attributs ; elle justifie sa providence ; elle établit la liberté humaine, les loix naturelles, l’immortalité de l’ame.

Elle découvre la foiblesse de l’esprit humain, mais elle en apprécie les forces : elle prouve que la raison est l’unique moyen naturel qu’ait donné aux hommes l’Auteur de leur être, pour les conduire ; que tout ce qui est intelligible, est de son ressort ; que rien ne lui est étranger que ce qui est incompréhensible : que c’est à elle à marquer les caracteres & les bornes de l’autorité, & par conséquent à distinguer les cas & les objets de soumission, à peser les motifs de crédibilité ; que croire, c’est juger que la raison oblige de reconnoître sur la force des preuves externes, l’existence, ou la propriété d’un être ou d’un objet ; qu’ainsi il lui appartient de régler les limites qui sont entre elle & la Foi, parce qu’elle précede, accompagne & suit toujours une soumission raisonnable.

Une partie de cette science, qui n’est pas la moins utile, est celle qui apprend jusqu’où l’on peut parvenir en fait de raisonnement, & où l’on doit arrêter ses recherches. Cette science négative, s’il est permis de parler ainsi, seroit d’un aussi grand prix que les connoissances positives.

C’est rendre un grand service au genre humain, que de fixer les limites qu’il ne peut passer sans s’égarer.

Plutarque, dans la Vie de Thésée, dit que comme les Géographes, quand ils ont situé sur les Cartes les pays habités & découverts, mettent au-delà terres & côtes inconnues, mers inabordables, les Historiens devroient en user de même pour les temps reculés, inconnus & fabuleux ; c’est ce que j’ai essayé dans les réflexions précédentes sur l’Histoire.

Il seroit encore plus utile de poser les limites des connoissances dans le raisonnement, & de marquer jusqu’où il peut ou ne peut pas pénétrer, & ce seroit le fruit le plus précieux d’une bonne méthode. C’est étendre l’esprit humain, que d’en faire connoître les bornes ; c’est ménager ses forces, que de ne les pas employer inutilement : un fleuve qu’on reserre dans ses bords, n’en devient que plus rapide.

Ce principe d’une saine Métaphysique, que l’évidence irrésistible & la certitude ne sont attachées qu’à des perceptions immédiates, prouve manifestement l’incertitude de tout systême dans les sciences de raisonnement.

Où la perception immédiate manque, il est nécessaire de suspendre son jugement : voilà la véritable regle de l’époque que les Pirrhoniens ont si mal appliquée. Par cette seule regle la plupart des systêmes sont réfutés ou renvoyés dans le pays des chimeres.

Ces opinions qui causent tant de bruit pendant un siecle, & qui dans le siecle suivant, tombent en oubli, sont démontrées fausses ou incertaines par cette seule raison qu’elles ne sont pas appuyées sur les principes de la connoissance.

La perception immédiate manque dans toutes les questions où entre l’idée de l’infini, par exemple, l’espace, le vuide, le plein infini, l’immensité, l’éternité, la création, la prescience, la promotion physique, le concours, les décrets divins, à l’exception des faits clairement révélés ; dans celles qui regardent la nature ou l’essence des choses existantes, des êtres ou qualités, toutes les fois que l’objet de la question va au-delà de l’expérience, comme l’union de l’ame & du corps, les causes occasionnelles, l’harmonie préétablie, les monades, &c. Elle manque dans celles dont on n’a point d’élémens assurés, comme l’astrologie judiciaire, les systêmes sur la divination ancienne & moderne, les imaginations de la cabale, &c. dans toute la Physique de pur raisonnement, & qui ne peut être que conjecturale ; dans tout ce qui concerne la région des possibles, comme de sçavoir s’il y a plusieurs mondes, & quels peuvent être leurs habitans ; presque tout ce qui regarde la vie future, à l’exception de ce que Dieu a révélé formellement, ou ce qui en est une conséquence nécessaire ; enfin dans les espaces vagues des abstractions dont on n’a que des connoissances idéales & confuses, telles que sont les idées de la substance unique de Spinosa, de l’être en général, du monde intelligible, de la vision en Dieu de Mallebranche, &c.

Dans toutes ces questions au-delà des connoissances sensibles & de la perception immédiate, on peut dire, comme Plutarque, terres & côtes inconnues, mers inabordables.

De la Logique des vraisemblances.

Presque tout ce que l’on a dit jusqu’ici ne doit s’entendre que des vérités nécessaires ou des conséquences nécessaires de faits certains, au-delà desquelles ne sont pas encore parvenues la Logique & la Critique ordinaire.

M. de Leibnitz, qui connoissoit si bien le fort et le foible de la Philosophie, qui avoit vu les bornes des sciences, & qui étoit fait pour les prescrire ou pour les étendre, avoit déjà dit qu’il manquoit une partie de l’art, qui servit à régler le poids des vraisemblances, qui pesât les apparences du vrai & du faux.

Cette Logique est sur-tout nécessaire dans la morale & dans la pratique, où les hommes ne pouvant pas toujours s’assurer de trouver la vérité, sont souvent obligés de se régler sur des indices ou sur des vraisemblances, & ce qu’on appelle en Droit des présomptions ; il y en a de différents degrés & d’une force différente.

Comme elle est la base de la plupart des actions & des jugements, il seroit très-important qu’on y apportât plus d’attention qu’on n’a fait jusqu’à présent, & qu’on tâchât de la perfectionner. Il est vrai que l’esprit en s’accoutumant aux démonstrations rigoureuses & aux principes certains, devient plus capable de distinguer la force ou la foiblesse des preuves, & cette partie dépend beaucoup de la connoissance des hommes, qui ne peut s’acquérir que par l’expérience.

De l’Esprit philosophique.

De la pratique continuelle d’une Logique exacte & d’une bonne Critique, qui seroient fondées sur les principes solides d’une Métaphysique éclairée, naîtroit l’esprit philosophique.

Cet esprit de lumiere utile à tout, applicable à tout, qui rapporte chaque chose à ses véritables principes, indépendamment des opinions & de la coutume.

L’esprit philosophique est différent de la Philosophie, & lui est autant supérieur que l’esprit géométrique l’est à la Géométrie ; que la connoissance de l’esprit des loix est au-dessus de la connoissance même des loix. C’est le fruit et le but de la Philosophie ; elle connoît & discute les vérités particulieres, l’esprit philosophique les apprécie toutes.

La Philosophie est une science, l’esprit philosophique comprend toutes les sciences.

S’il est question d’Histoires, il en montre les usages & le but ; il rapproche les temps & les âges pour les comparer : placé dans une perspective élevée, il voit d’un coup d’œil des termes de rapports éloignés, dont il tire ou des ressemblances singulieres, ou des contrastes frappants.

S’agit-il de Philosophie, il sçait quelles sont les vérités connues, leur usage & leurs rapports, ce qui manque aux connoissances actuelles & ce qui peut y être ajouté. Il voit non seulement quelques principes, mais l’étendue des principes, la force et la foiblesse des preuves sur lesquelles on les appuie.

Il observe les progrès et les retardemens de l’esprit & de la raison dans les sciences spéculatives & pratiques, dans les mœurs des hommes, dans les différens siecles.

L’esprit philosophique est une science réelle, & il est le résultat des sciences comparées : c’est pourquoi il ne vient ordinairement qu’à leur suite. Le seizieme siecle fut celui de la science & de l’érudition, le dix-septieme celui-ci des talens, & le caractere du dix-huiteme siecle est la Philosophie. Cujas & Dumoulin n’eussent pas vraisemblablement fait le livre de l’Esprit des Loix ; mais peut-être que M. De Montesquieu ne l’eût pas fait non plus, si Cujas & Dumoulin n’eussent frayé le chemin de la Jurisprudence.

Usserius & Petau ont fait des Annales remplies des plus grandes recherches ; M. de Bossuet a fait une Histoire universelle très-éloquente ; M. de Voltaire a élevé sur ces fondemens une Histoire philosophique ; ce sont des chefs-d’œuvres d’érudition, d’éloquence & de philosophie.

Cet esprit philosophique porté à un dégré éminent, vient de produire des éléments de Philosophie, auxquels il ne manque que d’être plus étendus.

On ne peut que recommander l’esprit philosophique, qui doit présider à toutes les sciences, même aux Belles-Lettres ; mais l’homme doit toujours se garder des extrêmes. Il est à craindre que dans l’Histoire, découvrant de plus loin, il ne distingue pas si exactement les objets intermédiaires ; que dans la Philosophie il ne veuille remonter trop haut, & pénétrer jusqu’aux premiers principes, qui seront toujours enveloppés de nuages épais : que dans les Belles-Lettres il ne donne trop à une analyse qui refroidiroit le sentiment. Enfin on auroit de trop grands reproches à lui faire, s’il attaquoit la Religion, & s’il abandonnoit la science & l’Erudition sur lesquelles il doit être fondé, & qui lui ont servi d’échelon, s’il est permis de s’exprimer ainsi.

De l’Art de l’Invention.

Au-delà de la Philosophie & au-dessus de l’esprit philosophique s’éleve, non un art proprement dit, car ce n’est point une méthode de faire quelque chose suivant certaines régles ; non une science, car ce n’est point la connoissance des choses dans lesquelles on est instruit ; mais un art supérieur aux regles & aux instructions, l’art d’inventer, ce génie créateur qui est le sublime de la raison, &, si on peut s’exprimer ainsi, l’ultimatum de la Philosophie, qui n’est donné qu’à des ames privilégiées ; car on compte dans les Annales des Nations les inventeurs célébres. Je ne parle pas seulement de ceux qui ont fait des découvertes dans les sciences, dont les Mathématiques fournissent le plus d’exemples & les plus illustres ; mais dans tous les arts & dans tout ce qui peut être utile au genre humain.

On a dit que celui qui inventa la charrue dans les tems grossiers eût été un Archimede dans des temps postérieurs.

Il y a tel problême de politique qui demande plus de finesse, plus de combinaisons que les plus forts problêmes d’Algebre.

La maladie donnée, trouver le remede, c’est le problême de la Médecine.

Des faits donnés, conclure ceux qui doivent arriver, c’est la problême de la politique.

Cet art de juger par avance de l’avenir, que possédoit supérieurement Thémistocle, (futura callidissimè prospiciebatk) est parallele à l’invention. Il y a des génies à qui Dieu semble avoir départi une portion de sa prescience. C’est un don de la nature seule, & tout l’art humain ne peut y atteindre ; mais comme il n’y a aucune faculté de l’esprit qui ne doive sa perfection à l’art & à l’exercice, toute opération qui porte sur des élémens connus, suppose que la chose n’est pas impossible à découvrir, & que le problême peut être résolu.

S’il y a un moyen de développer ce germe précieux dans les génies éminens où la nature l’a placé, c’est celui d’une bonne éducation dirigée suivant les principes d’une exacte Philosophie.

S’il peut y avoir quelque art à inventer, il consiste dans l’habitude & dans l’exercice de l’invention. Au lieu de résoudre des problêmes, que l’on s’accoutume à les deviner : voilà pourquoi je préférerois les Elémens de Géométrie & d’Algébre, de M. Clairaut, qui sont trop négligés par les Maîtres, & qui meneroient les enfans par la route que la nature a indiqué elle-même.

A l’égard de la conduite de la vie & des affaires, l’expérience est le premier & le plus grand maître, peut-être le seul ; mais il ne faut pas négliger les aides & les secours. On ne les peut trouver que dans des exemples : une bonne morale & l’histoire prépareront les voies. Que celui qui voudra s’instruire dans l’art de conduire de grandes affaires, lise, par exemple, les Lettres du C. d’Ossat, du P. Jeanin ; qu’il remarque le sujet leur négociation, leur objet, les moyens de réussir, & les obstacles prévus, il verra que les obstacles sont toujours venus du côté où ils les avoient annoncés, & les moyens de réussir de même : il ne pourra s’empêcher d’admirer le génie prophétique de ces hommes qui semblent inspirés. Qu’on lise le résultat des conversations de Scipion avec Polybe, sur la constitution de Rome, les Epitres de Ciceron à Atticus, la Lettre de M. le Maréchal de Saxe à Folard, sur le blocus de Prague & sur les affaires de Bohême, on reconnoîtra que l’art de ces grands Hommes a été de bien voir, de ne rien ajoûter aux faits, d’avoir présens, sans en omettre aucun, tous les Elémens nécessaires pour prévoir. Une seule circonstance oubliée eût pu causer un paralogisme dangereux.

Ces lectures formeroient à la prudence & elles seroient toujours utiles, quand ce ne sauroit que pour connoître la maniere des grands hommes ? & si l’on veut comparer maniere à maniere, que l’on examine Dossat & Duperron dans les Lettres où ils rendent compte dans le même tems de la même négociation, du même événement, on verra, comme quelqu’un a dit ingénieusement de Racine & de Pradon, que ces deux Négociateurs ne sont jamais si différens que quand ils disent les mêmes choses.

L’esprit inventeur & celui qui discute, est le même ; mais le premier franchit, par lumiere & comme par instinct, de plus grands intervalles ; il voit d’un coup d’œil plus d’objets à la fois ; il voit la liaison de plusieurs théorêmes éloignés les uns des autres : ce sont toujours les mêmes vérités vues de la même maniere.

C’en est sans doute trop sur une matiere, qui n’est pas susceptible de regles, & qui ne peut être que le fruit du génie. Mais il n’est pas inutile de proposer la perfection aux hommes ; ils n’iroient jamais si loin, sans le desir ardent de se surpasser eux-mêmes & de vaincre leurs semblables.

De la Morale.

La Logique & la Critique ont pour but de former l’esprit & de prévenir ou de corriger les erreurs ; la Morale a pour objet de former le cœur & de combattre les vices ; mais comme tous les vices sont fondés sur de fausses options & sur des erreurs, le Logique & la Critique servent beaucoup à la Morale même.

Il est vrai que l’homme ne suit pas invariablement ses principes : mais celui qui n’en a point ou qui en a de mauvais, agira sûrement & presque toujours mal. Celui qui a des connoissances solides ne fera pas toujours le bien qu’il voit ; mais il le fera plus souvent, il y reviendra plus aisément : c’est un état violent, que d’être en contradiction avec soi-même. La lumiere conduit ordinairement à la vertu, les ténebres & l’ignorance conduisent au vice.

Dans beaucoup de sciences on peut raisonner juste sans avoir le cœur droit : mais dans tous les cas où les intérêts & la passion peuvent entrer, c’est-à-dire, dans presque toutes les affaires de la vie, la justesse d’esprit & la droiture du cœur sont inséparables ; & comme l’esprit est souvent la dupe du cœur, le cœur est aussi quelquefois la dupe de l’esprit : ainsi travailler à se rendre l’esprit juste, c’est travailler en même-tems à se rendre le cœur droit. Ensorte qu’il pourroit se faire que la vertu eût été bien définie,16 la justesse de l’esprit appliquée à la conduite de la vie & aux mœurs.

Les actions des hommes sont ordinairement une conséquence de leurs principes, & les principes semés de bonne heure, dans l’esprit, produisent tôt ou tard leur effet. Tant que l’ame gouvernera le corps, les notions des hommes influeront sur leur conduite. Leur influence agit toujours, quoiqu’elle n’entraîne pas toujours, & elle agira plus ou moins à mesure que les notions seront plus ou moins fortement enracinées ; elles porteront au bien ou au mal, selon qu’elles seront bonnes ou mauvaises.

Les notions des hommes moderent jusqu’à un certain point le cours des passions. Il faut en convenir : ce monde n’est habitable, & la société du genre humain ne se maintient que par les idées dominantes, quoique souvent confuses, d’ordre, de vertus, de devoirs.

Dans les Ecoles on rejette la Morale à la fin des autres parties de la Philosophie ; & on l’a réduite à quelques questions scholastiques & inutiles17. On a oublié, que de toutes les sciences, c’est la plus importante, & qu’elle est autant qu’aucune autre, susceptible de démonstration.

Les regles des actions tirent leur origine, ou de la droite raison, ou des loix divines & humaines ; la premiere partie compose les loix naturelles, ou la Morale proprement dite, qui est également divine & immuable ; car l’existence d’un Dieu Législateur, n’est pas moins nécessaire à la Morale, qu’est à la Physique celle d’un Dieu Créateur ; mais la Morale précede toutes les loix positives, divines & humaines, & par conséquent elle subsisteroit, quand même ces loix n’eussent jamais été portées.

Il étoit vrai avant Moyse, & chez tous les Peuples même destitués de la lumiere de la révélation, qu’il faut faire aux hommes le plus de bien & le moins de mal qu’il est possible. Il étoit vrai que Caïn ne pouvoit pas faire violence à son frere ; que Sichem ne pouvoit pas prendre de force la fille de Jacob ; que les frères de Joseph commettoient une injustice à son égard, lorsqu’ils attentoient à sa liberté ; que Pharaon faisoit l’action d’un tyran, en opprimant les Hébreux, & en massacrant leurs enfans.

Ce n’est point la Loi écrite qui a révélé aux hommes la turpitude & l’injustice énorme de ces actions. Il est une loi naturelle également divine, écrite dans tous les cœurs, dont la conscience rend témoignage, comme dit l’Apôtre, elle est de tous les siecles, de tous les Pays, de toutes les nations &, pour ainsi dire, de tous les mondes. C’est de cette loi que Ciceron dit qu’elle est née avec nous, que nous ne l’avons point reçue de nos peres, ni apprise de nos maîtres, ni lue dans nos livres ; nous l’avons prise, tirée & puisée du fond même de la nature ; une loi dont nous ne sommes pas simplement instruits, mais dont nous sommes, pour ainsi dire, imbus & pénétrés. Est hæc non scripta, sed nata lex, quam non didicimus, accepimus, legimus verùm ex natura ipsa arripuimus, hausimus, expressimus ; ad quam non docti, sed facti ; non instituti, sed imbuti sumus. Et ailleurs, Lex est insita in natura quæ jubet ea que facienda sunt, prohibetque.l

Seroit-il donc inutile de recommander aux hommes les vertus morales que les Payens même ont tant recommandées.

Ne peut-il pas y avoir, n’y a-t-il pas en effet un commerce de mœurs entre les Peuples les plus différens de Religion ? Qu’est-ce qu’un Catholique, un Protestant, un Juif, un Mahométan qui traitent & qui trafiquent ensemble, exigent réciproquement l’un de l’autre ? Et dans la Religion même n’est-ce pas par ces principes que l’on peut entretenir la probité & l’humanité si nécessaires parmi ceux qui ont le malheur de n’être pas assez sensibles à des motifs d’un ordre supérieur ?

La seconde partie compose le droit positif divin, le droit des gens, le droit civil ; droits qui emportent chacun leur obligation particuliere.

La difficulté de traiter ces droits différens, vient de ce que l’on a perpétuellement confondu les loix différentes dont ils dérivent. Les uns apportent des raisons pour preuve de faits, les autres des faits en preuve de raisons ; ce qui est également contre le bon sens & contre les loix d’une saine dialectique. Par exemple, à l’égard du mariage, les Théologiens & les Philosophes, les Jurisconsultes brouillent à tous momens les loix naturelles & les loix divines, avec les loix civiles & les loix ecclésiastiques.

Un grand Philosophe, en distinguant la morale par rapport aux devoirs, l’a divisée en ce que les hommes se doivent, comme membres de la société générale, en ce que les sociétés particulieres doivent à leurs membres ; ce qui renferme, 1°. la loi naturelle, ou la morale de l’homme ; 2°. la morale des Législateurs, ou le droit politique ; 3°. la morale des Etats, ou le droit des gens ; 4°. la morale du Citoyen, ou le droit positif.

Il ajoute une cinquieme branche de morale, celle du Philosophe, qui n’a pour objet que nous-mêmes.

Il ne s’agit pas dans la jeunesse d’approfondir toutes ces Sciences, & je ne prétends pas donner des leçons aux précepteurs du genre humain. Mais il est important que les jeunes gens connoissent les principes du droit naturel, de la morale & de la politique ; ils les trouveront dans l’Abrégé de la Morale de Wolf par Thumisius, qu’on enseigne dans les Ecoles d’Allemagne, Livre élémentaire très-bien fait ; dans l’Abrégé de Puffendorff ; & ces livres suffiront dans les commencements : ils liront & reliront les Offices du Consul Romain à son fils, & les Instructions du Chancelier de France à ses enfans18 ; s’ils ont du goût, ils perfectionneront un jour ces connoissances par la lecture de Nicole, de Mallebranche, de l’Esprit des Loix, de l’Abbé de Saint-Pierre, de Burlamaqui, de Puffendorff, de Grotius & de Barbeyrac, de l’Origine des Loix & des Sciences, par M. Goguet ; des Elémens de Philosophie & de Morale.

Ce dernier livre annonce & promet un Catéchisme de Morale à l’usage commun & à la portée des enfans ; ce seront des leçons pour le genre humain, qu’on attendroit en vain de gens sans raison & sans Philosophie.

Je ne m’étendrai pas davantage sur cette partie, quoique la plus importante de l’éducation. Il suffit d’indiquer les sources : l’Histoire aura servi d’école de Morale ; l’expérience & les lectures développeront les principes, & aideront à tirer les conséquences ; elles apprendront à connoître les hommes ; connoissance qui est le fondement de la Morale & de la Politique.

On n’ira peut-être jamais en morale au-delà des principes innés de justice & de vertu, ni du sentiment naturel que la conscience en a gravé dans le cœur de tous les hommes ; comme il y a apparence qu’on n’ira point en Métaphysique au-delà des perceptions immédiates, & en Physique au-delà des qualité sensibles.

Suite des Etudes du dernier âge.

Je joindrai à la morale de Thumisius la Logique & la Métaphysique de s’Gravesande, imprimées en François, & dont les propositions sont dans l’ordre géométrique ; la Physique du même, ou celle de Keil, traduite & développée : je crois que c’est ce que l’on peut trouver de mieux pour les commençans & même pour des personnes plus avancées.

C’est ici le lieu & le tems de perfectionner les connoissances sur la Géographie physique, qui commence à devenir une Science, dont Varénius donna, il y a plus de cent ans, un modèle qui n’a pas été assez suivi ; sur les Mathématiques, dont il y a un assez bon abrégé tiré de Wolff. Les cours de Physique expérimentale, de Chymie & de Botanique commencent à s’introduire dans les Provinces ; c’est un des fruits les plus marqués d’une éducation meilleure que celle des Colleges,

Les jeunes gens liront un jour l’Histoire naturelle dans M. Buffon, & ils verront les Arts dans les manufactures & dans les boutiques ; & sur la terre même, le premier des arts, l’Agriculture. Ils apprendront l’Anatomie ; les Elémens de la Physiologie, ou le Traité de la structure & de l’usage des différentes parties du corps humain, par Haller, sont un modèle de Livre élémentaire exact & profond.

Je suppose qu’ils entretiendront toujours la connoissance qu’ils auront faite avec les bons Auteurs Latins & François, dont plusieurs doivent être appris par cœur, & qu’ils continueront à s’exercer aux opérations du premier & du second âge. Je n’entre point dans les détails, ils sont connus ou faciles à suppléer.

Du soin de la santé ; des affaires & de la Religion.

Il y a trois articles essentiels qu’il ne faut pas oublier dans une institution ; le soin de la santé, les affaires & la Religion.

A l’égard de la santé, je renvoie, pour abréger, aux observations judicieuses de l’Abbé Fleury, sur cet art. chap. 20 du Choix des Etudes. L’éducation morale ne doit pas contredire l’éducation physique ; car c’est l’homme entier qu’il s’agit de former.

J’ajoute que pour déraciner les préjugés des gouvernantes & des meres qui inspirent sans raison à des enfans, de l’aversion pour certains remedes, la saignée, par exemple, le quinquina, &c. il seroit à propos de traduire la partie des Institutions du célèbre Boerhaave, qui traite de la conservation de la santé Lugiene, avec les Commentaires du savant Haller. On se trompera toujours moins quand on aura de bonne Physique, & des expériences pour guides. M. Tissot vient de publier un Traité de Médecine à l’usage du peuple, qui peut être regardé comme un Livre élémentaire.

L’institution sensée d’une Nation telle que la nôtre, mériteroit bien un traité pratique de Gymnastique, ou d’exercices comme ceux des Grecs ; les Carousels & les Tournois, quoique plus agréables que nos jeux de hasard, n’avoient ni le même but, ni la même utilité.

Je renvoie également pour la connoissance des affaires, aux Chapitres de l’Economie & de la Jurisprudence de l’Abbé Fleury. Je dirai seulement que pour faciliter l’étude du Droit public en France, s’il y en a un, on doit montrer en détail l’état de la France, la différence des Ordres du Royaume, la division des Offices, la compétence des Juridictions, Civile, Militaire, Ecclésiastique, dont les limites sont si connues dans la spéculation, & si peu respectées dans la pratique ; toutes matieres assez aisées à déterminer, & qui ne le sont le plus souvent que par la loi du plus fort, ou par le manege du plus intrigant.

Tout François doit connoître les Libertés de l’Eglise Gallicane. C’est une des parties importantes du Droit public de France. On a sur cette matiere un Livre à la portée des jeunes gens, qui devroit être enseigné dans toutes les Ecoles. Il est intitulé, Exposition des Libertés de l’Eglise Gallicane, par M. Dumarsais.

Après avoir examiné, ce qui forme le goût & l’esprit dans tous les genres, on doit rechercher encore avec plus de soin ce qui regarde les mœurs, ce qui constitue la vertu, la Religion.

J’ai parlé de la Morale qui précede toutes les loix positives, divines & humaines ; l’enseignement des loix divines regarde l’Eglise ; mais l’enseignement de cette Morale appartient à l’Etat, & lui a toujours appartenu : elle existoit avant qu’elle fût révélée, & par conséquent elle n’est pas dépendante de la Révélation, quoiqu’elle tire sa plus grande force & les motifs les plus puissans, de la confirmation qu’elle en a reçue.

La Révélation est un fait. La Morale gît toute en droit.

La Révélation est un droit divin positif ; la Morale un droit divin, éternel & immuable.

La distinction de la vertu & du vice, du juste & de l’injuste, vient, comme on a dit, de la raison & de la nature même des choses. L’amour de l’ordre ne peut pas être absolument éteint dans le cœur de l’homme ; car on ne peut pas renoncer entiérement à la raison.

La Révélation ajoute des motifs surnaturels, elle promet des récompenses, & elle annonce des peines ; mais quand elle n’annonceroit ni peines ni récompenses, l’obligation morale n’en subsisteroit pas moins, même dans la fausse hypothese de l’incrédule. Saint Paul & Saint Augustin ont dit : la foi et les prophéties passeront, l’intelligence demeurera éternellement.19

Il s’en suit de là (comme dit l’Abbé Gédouin) que l’on fait trop dépendre les mœurs de la Révélation. « Quelque soin, dit-il, que l’on prenne d’inspirer des sentimens de Religion aux enfans, il vient un âge où la fougue des passions, le goût du plaisir, les transports d’une jeunesse bouillante, étouffent ces sentimens. Si on leur avoit dit que les mœurs sont de tout pays & de toute religion ; que l’on entend par ces mots les vertus morales que la nature a gravées dans le fond de nos cœurs, la justice, la vérité, la bonne foi, l’humanité, la bonté, la décence ; que ces qualités sont aussi essentielles à l’homme, que la raison même, dont elles sont une émanation ; un jeune-homme en secouant peut-être le joug de la Religion, ou s’en faisant une à sa mode, conserveroit au moins les vertus morales, qui dans la suite pourroient le rapprocher des vertus chrétiennes : mais parce qu’on ne lui a prêché qu’une Religion austere, tout tombe avec cette Religion. »

L’expérience prouve la vérité de cette réflexion. Dans ce tems d’une fermentation visible qui agite les esprits, pendant ces crépuscules d’une lumiere qui naît, dirai-je, ou qui s’éteint, la Religion est attaquée, & elle manque de défenseurs (car des condamnations vagues ne prouvent rien, & n’ont jamais convaincu personne) ; elle est compromise par des questions interminables & par des controverses futiles, qu’on a voulu faire regarder comme l’essentiel de la Religion.

A cet âge dont parle l’Abbé Gédouin, toute l’érudition acquise par un jeune-homme dans les Congrégations & dans les Retraites, succombe sous la moindre objection spécieuse d’un incrédule ; & malheureusement tout l’édifice d’une morale mal étayée, s’écroule. Les jeunes-gens se livrent avec une espece de sécurité, à des passions qui font le malheur de leur vie. Ils se croient dégagés de tous liens ; tout est confondu dans leur tête avec de petites idées de dévotion, dont ils ont honte, & qu’ils viennent à mépriser.

Je ne parle que d’après les faits ; j’énonce ici la voix de presque tous les peres de famille, ce sont des témoins irréprochables, & de meilleurs juges que des hommes étrangers à la société.

J’ose dire que les Anciens, les Payens même paroissent avoir été plus religieux que nous. Leur Législation portoit toute sur la crainte des Dieux ; on peut avoir les Loix de Zéleucus, de Minos, celles des douze Tables, &c. Platon dans ses spéculations sur les Loix, établit la Religion pour premier fondement ; il rappelle à la Divinité dans toutes les pages de ses ouvrages.

Ciceron, en définissant les principes des Loix, dans son premier Livre de Legibus, pose pour base l’existence des Dieux & leur providence.

Chez les Payens c’étoient les Législateurs & les Philosophes qui prêchoient la vertu ; les Prêtres n’enseignoient point la regle des mœurs ; les Scribes & les Pharisiens chez les Juifs la corrompoient par leurs traditions & par leur attachement à de vaines pratiques.

Le Philosophe Panoetius enseignoit la vertu & les devoirs, tandis que l’Augure Scevola ordonnoit les Sacrifices & les cerémonies de la Religion (20). Nous avons un Sacerdoce & des Pontifes qui doivent enseigner toute sorte de bonté, de justice & de vérité, ce qui est agréable à Dieu ; (21) la douceur, la tolérance à se supporter les uns les autres ; (22) tout ce qui est véritable & sincere, tout ce qui est honnête, tout ce qui est juste, tout ce qui est saint, tout ce qui peut rendre aimable, tout ce qui contribue à une bonne réputation, tout ce qui est vertueux, tout ce qui est louable.

Au surplus il y a tout à perdre pour les Etats & pour les Particuliers chez qui se détruit la Religion. Eh ! qu’on dise quel avantage il peut résulter pour le genre humain d’affoiblir dans les Citoyens les motifs de la vertu, & les principes des bonnes actions ! n’est-ce pas autoriser le vice & le crime qui n’ont jamais de digues assez fortes, & que déjà des motifs plus puissans ne peuvent arrêter.

Je demande si l’Histoire fournit un seul exemple de peuples dont la Religion nationale ait été le corps entier de la Religion naturelle, (je dis le corps entier) & si ce n’est pas le Christianisme seul qui l’a notifié à l’univers ? Si les Philosophes modernes ne sont pas redevables de leurs lumieres sur les points les plus importans de cette Religion, à l’avantage qu’ils ont d’être nés dans la Religion Chrétienne ? Si par les seules lumieres de la raison ils eussent été sur les points qu’ils établissent maintenant avec tant de vérité & tant de force, moins vacillans & plus affermis que Socrate, que Ciceron & les plus grands génies de l’antiquité ?

Je demande d’ailleurs, s’il est possible de rendre nationale une Religion purement philosophique ? si une Religion sans culte public ne s’aboliroit pas bientôt, & si elle ne rameneroit pas infailliblement la multitude à l’idolâtrie ?

Quand les incrédules auront résolu ces questions d’une façon satisfaisante, on pourra répondre à des objections qui sont proposées 15 siecles trop tard ; des objections que les Porphires, les Celses, les Juliens ont ignorées, & qu’ils eussent pu faire valoir sans replique, s’ils avoient détruit auparavant trois ou quatre faits de l’établissement de la Religion Chrétienne, qui n’étoit pas éloigné de leur tems.

La méthode d’étudier la Religion, comme science, dérive de la méthode générale des études. Il n’est pas nécessaire d’être Médecin pour savoir le meilleur moyen d’apprendre la Médecine ; & sans usurper le droit d’enseigner la Religion, qui est réservé aux Ecclésiastiques, on peut assurer qu’on l’enseigne mal dans la plûpart des Colleges.

Pendant les premières années, une simple explication du Décalogue, de l’Oraison Dominicale & du Symbole, suffit avec les Catéchismes de Fleury ou de Bossuet. L’Abrégé de l’Ancien Testament où M. de Mésangui a conservé, autant qu’il est possible, les paroles de l’Ecriture, imprimé à Paris en 1732, l’Evangile & les Actes de Apôtres.

Le spectacle de la nature, tel qu’il est représenté dans Fénelon & dans Derham ; la nature même que les jeunes gens connoîtroient en partie, leur auroit déjà prouvé l’Existence d’un Dieu que ses œuvres annoncent à la terre.

Je suppose que dans la Métaphysique ils eussent pris des notions justes des Attributs divins & de la Providence ; il seroit temps vers la fin des études, de leur faire appliquer aux faits de la Religion Chrétienne, les principes de l’art critique, & sans les embarrasser dans des discussions au-dessus de leur portée, on pourroit leur faire lire le Traité de la vérité de la Religion Chrétienne, par Grotius ; ou celui qui est tiré en partie de Turretin, traduit par Vernet, revu & corrigé par un Théologien Catholique, imprimé à Paris en 1753, en 2 volumes par Garnier.

Un jeune homme qui auroit lu ces Livres avec attention, seroit plus affermi dans sa Religion & mieux préparé contre les attaques des incrédules, que par dix ans d’exercices spirituels. Le spectacle de la nature, la connoissance de l’Existence de Dieu & de ses Attributs, est le premier Traité de toute bonne Théologie. Il se prépareroit par ses lectures à lire un jour les excellens Livres qui ont été faits sur la Religion.

Réflexions sur deux abus dans les Colleges.

L’objet d’une bonne méthode doit être également de déraciner les abus, comme d’indiquer & de frayer le chemin.

Je dirai deux mots sur l’abus des Cahiers de Réthorique & de Philosophie, que l’on dicte dans les Colleges ; outre que ce sont de misérables leçons que l’on fait plutôt pour exercer les Maîtres, que pour instruire les enfans ; c’est la perte d’un tems considérable qu’ils emploient à écrire ; il n’y en a point qui les écrive en entier, & sur mille il n’y en a pas un seul qui les ait conservés pendant deux ans, ou qui en ait fait quelque usage dans le reste de la vie. J’en appelle à l’expérience.

Autre abus sur les leçons de Mémoire : on fait apprendre par cœur à des enfans des Rudimens, des Particules, &c. des regles qu’il suffit d’entendre & de concevoir ; on les ennuie, on les fatigue par la longueur des leçons désagréables ; ils perdent le tems qu’ils pourroient employer utilement & agréablement à apprendre les plus beaux morceaux de Littérature Françoise & Latine. Tous ces morceaux joints ensemble ne seroient pas la moitié des leçons qu’on oblige les enfans d’apprendre par jour, depuis la premiere classe jusqu’à la Réthorique.

On ne doit faire apprendre par cœur aux enfans, que ce qu’ils doivent retenir, ce qui peut leur servir de modele. N’y a-t-il pas assez de beaux endroits dans les Auteurs, sans les fatiguer à apprendre ce qu’ils doivent oublier ?