| R. Chudeau. — Sahara Soudanais. | Pl. XXIII. |
Cliché Chudeau
43. — LA DUNE DE NOUAKCHOTT (MAURITANIE). — VERSANT EST.
Au premier plan, Euphorbes déchaussées par le vent.
Cliché Chudeau
44. — BIR EL AIOUDJ (MAURITANIE, 21° 20′ LAT. N.).
Groupe de “ Talah ” (Acacia tortilis Hayne).
| R. Chudeau. — Sahara Soudanais. | Pl. XXIV. |
Cliché Cauvin
45. — LE POSTE DE BEMBA.
Cliché Laperrine
46. — PALMIERS “ BOUR ”.
| R. Chudeau. — Sahara Soudanais. | Pl. XXV. |
Cliché Cauvin
47. — ZONE SAHELIENNE.
Halte sous un “ Gao ” (Tamarindus) dans la région de Goundam.
Cliché Cauvin
48. — ZONE SAHELIENNE.
Bouquet d’arbres, sur les bords du Niger dans la région de Gao.
Le conflit ne paraît pas insoluble ; le péril n’est d’ailleurs pas immédiat et l’on est arrivé, en Algérie tout au moins, à établir un équilibre à peu près satisfaisant entre les besoins des agriculteurs et ceux des bergers.
II. Irrigations artificielles. — Ce second type exige une intervention active de l’homme, qui doit capter l’eau nécessaire aux cultures. Les principaux types d’oasis, peu nombreux, sont bien connus[123]. Parfois un oued est alimenté assez régulièrement en eau pour que ses alluvions restent humides à peu de distance de la surface ; dans ces oasis de rivière, dont Silet est un excellent exemple, les palmiers poussent sans aucun soin. Dans le Souf, les conditions sont analogues, quoique un peu moins bonnes : il faut choisir, entre les dunes, une profonde dépression, enlever le sable sec, traverser un banc imperméable de gypse épais parfois de un mètre, sous lequel se trouvent les alluvions humides : un jardin est une sorte de puits profond de 10 à 15 mètres. Les boutures de palmier n’ont besoin d’être arrosées que jusqu’à leur reprise ; le principal travail du cultivateur sera de défendre son jardin contre le sable qu’y amène chaque coup de vent et qui aurait tôt fait de combler l’excavation et d’ensevelir les arbres. Ces jardins du Souf sont forcément très exigus ; les plus grands contiennent une centaine de palmiers, les plus petits une demi-douzaine.
Habituellement les travaux nécessaires au captage de l’eau sont beaucoup plus considérables ; ils nécessitent des puits nombreux, ordinaires ou artésiens : c’est le type habituel du M’zab et des oasis du Sud constantinois et l’on sait combien, depuis l’occupation française, les procédés de forage perfectionnés ont permis d’accroître la richesse de Touggourt et d’Ouargla. La même technique a donné quelques résultats intéressants au Tidikelt ; il y a même un « lac » à Tit [Cortier, D’une rive à l’autre..., p. 63.]
Mais, dans l’archipel touatien, le procédé de captage est en général différent : de longues canalisations souterraines, les foggaras, vont chercher l’eau à plusieurs kilomètres en amont des jardins. Gautier a décrit en détail, dans le premier volume, ce travail considérable.
Dans les maigres jardins de l’Ahaggar, on trouve encore quelques foggaras ; plus au sud elles semblent disparaître ; d’ailleurs en dehors du Sahara algérien, les dattiers, ne donnant plus que des produits médiocres, sont en petit nombre et la culture par irrigation devient insignifiante. Elle ne se développe un peu qu’auprès de certains centres de caractère spécial, où elle est surtout de la culture maraîchère.
C’est le cas d’Agadez, situé dans un demi-désert suffisant tout au plus à la vie de nomades, et où des nécessités commerciales ont réuni un millier d’habitants : les jardins d’Alar’sess leur fournissent des légumes. C’est aussi le cas de Gourselik, gros village qui vit de l’industrie du natron : le mil est acheté au dehors et l’on cultive surtout des patates, des oignons magnifiques, des tomates et du tabac. Une petite place est réservée au coton et au maïs, ainsi qu’au blé qui paraît fort négligé, en général, dans cette partie du Soudan.
Plantes sauvages. — Dans tout le Sahara, la récolte des plantes sauvages joue un rôle important : dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, au début de la saison des tornades (première quinzaine de juin) les pâturages sont maigres depuis longtemps et le lait devient rare. La plupart des Ifor’as sont à leur aise et possèdent assez de troupeaux pour ne pas trop souffrir de cette mauvaise période ; quelques pauvres cependant ne possèdent qu’un très petit nombre de chèvres, et ces miséreux vivent alors uniquement des fruits qui sont mûrs à cette saison.
Une orobanche, le dahnoun (Phelipæa lutea Desf.), souvent parasite sur le guétaf, est consommée dans tout le Sahara ; dans l’Ahaggar, la récolte en paraît assez régulière ; elle se fait en mars. Le dahnoun, réduit en farine et desséché, est conservé par les haratins ; c’est, d’après Voinot, un aliment amer et coriace dont seuls un targui ou un nègre peuvent se contenter. On ramasse en même temps et pour le même usage une sorte d’asperge, à tissu spongieux, blanc rosé à l’intérieur, rouge foncé à l’extérieur, l’aokal, qui est bien probablement le Cynomorium coccineum L.
Chez un grand nombre de nomades sahariens, la récolte des fruits de graminées sauvages est faite assez régulièrement. Pour la rendre plus aisée, certains oueds sont interdits : il est défendu d’y mener paître des troupeaux ; il n’est pas permis à une caravane de s’y arrêter même quelques heures. Dans les pays riches, comme l’Adr’ar’, cette interdiction est rare ; elle est fréquente à l’Ahaggar. Pour le drinn (toulloult en tamahek, Aristida pungens) la récolte a lieu de mai à juin ; pour le mrokba (afez’ou, Pennisetum dichotomum), de juillet à septembre. Les graines ainsi recueillies sont conservées comme des céréales quelconques.
En cas d’urgence, les nomades les plus pauvres ont recours à un autre procédé ; ils fouillent certaines fourmilières et en tirent tout le grain qui y a été rassemblé. Cette pratique est très répandue dans le Tegama où quelques tribus, très miséreuses, n’ont même plus de troupeaux et sont obligées, lorsqu’elles déménagent, de traîner sur des branches d’arbres leur maigre matériel ; à chaque pas, on trouve des fourmilières éventrées et vidées.
Cet usage n’est pas spécial au Tegama et on le retrouve, au moins dans le folk-lore, chez des tribus moins pauvres.
Lorsque la noble ancêtre des Kel R’ela, des Taïtoq et des Tedjéhé Mellet, l’illustre Tin Hinan, vint du Tafilalet à l’Ahaggar, elle était accompagnée de Takamat, sa fidèle suivante. La route était longue, les vivres commençaient à manquer et la faim devenait pressante, quand Takamat aperçut une fourmilière. De suite, elle fit baraquer son méhari et alla prendre le grain que les fourmis avaient péniblement amassé ; elle partagea son butin avec sa maîtresse qui, comme il convient à une femme de haut rang, n’avait pas quitté son akhaoui[124]. Le souvenir de cet incident de voyage s’est conservé, et pour en célébrer la mémoire, les Dag R’ali et les Kel Ahnet, fils de Takamat, paient tous les ans, sans murmurer, l’impôt, la tioussé, aux Touaregs de race noble.
Remarques sur quelques espèces. — Duveyrier a écrit une phrase malheureuse : « J’ai scrupuleusement recueilli les noms indigènes, en langue arabe et en langue temâhaq, parce que je crois la connaissance de cette double synonymie nécessaire aux personnes auxquelles l’avenir réserve des voyages avec les caravanes. Cette synonymie n’a pas les défauts de celle des noms vulgaires assignés aux plantes par nos paysans en Europe ; chez les peuples pasteurs, chacun connaît exactement le nom, les stations et les propriétés de chaque plante, et les noms, quand les caractères distinctifs sont bien tranchés, ne varient pas d’une localité à une autre, mais se conservent tant que la même langue est parlée. Or comme la langue arabe est connue dans tout le monde musulman, et la langue berbère, dont le temahaq est un des dialectes, dans tout le nord du continent africain, il y a presque certitude d’être compris des indigènes en leur nommant une plante dans l’une de ces deux langues. » [Les Touaregs du Nord, p. 147-148.]
Cette phrase, prise trop à la lettre, a été l’origine de travaux importants, dont le plus considérable est probablement l’ouvrage de Foureau[125] ; il est pénible de constater qu’un semblable catalogue, qui représente un très gros effort, soit à peu près inutilisable. Certains noms arabes ou berbères, relatifs à des formes très caractéristiques, semblent avoir une certaine valeur : le had paraît être toujours le Cornulaca monacantha Del ; le Calotropis procera R. Br. est le tourha des Ahaggar, le tourdja des Maures ; les Arabes du Sud algérien l’appellent korounka, et en Égypte, il devient l’oschur. Ces quatre noms s’appliquent bien à la même plante. Mais dès que l’on s’adresse à des formes moins nettement tranchées, la plus grande confusion règne : l’halfa des hauts plateaux d’Oranie est le Stipa (Macrochloa) tenacissima L. ; en Tripolitaine, et déjà dans l’Est algérien, ce nom s’applique au Lygæum Spartum L., une graminée toute différente, qui cependant donne lieu à la même exploitation. En Égypte, d’après Ascherson [in Rohlfs, Kufra, p. 496] tout au moins, l’halfa désigne l’Eragrostis cynosuroïdes Retz. Quant au Stipa tenacissima, il prend en Tripolitaine le nom de bechna qui, presque partout ailleurs, désigne une céréale, le petit mil.
Le diss du Tell est l’Ampelodesmos tenax Link, grande graminée poussant par touffes, à feuilles retombantes, très caractéristique des côteaux arides de l’Atlas méditerranéen au sud duquel elle disparaît. Le même nom s’applique à presque toutes les grandes graminées à feuilles dures que le bétail dédaigne en général ; quelques-unes poussent dans l’eau comme le cosmopolite Imperata cylindrica L. qui, à Koufra, prend le nom d’halfa (Ascherson, l. c., p. 503) ; dans les vallées à peine humides d’Abalessa, les Arabes m’ont désigné comme diss l’Eragrostis cynosuroïdes (halfa des Égyptiens) ; dans la haute plaine sèche et aride du Tegama, ils appliquent le même nom à divers Andropogon. D’après Ascherson le diss serait aussi parfois le Juncus maritimus Lam. [l. c., p. 506] ou le J. subulatus Forsk. [l. c., p. 543] d’une famille toute différente.
Le mrokba (oum rokba, bou rokba) n’est guère mieux défini ; ce nom s’applique à de nombreuses graminées (Panicum turgidum Forsk., Pennisetum dichotomum Forsk., etc.) à tiges d’ordinaire fasciculées et nettement genouillées aux nœuds : c’est sans doute à cette particularité qu’elles doivent leur nom arabe[126] (rokba, genou).
Le doum est en Algérie le nom du palmier nain (Chamærops humilis), en Égypte et au Soudan du Cucifera thebaïca. En Syrie, le doum serait, paraît-il, le fruit d’un jujubier, le Zizyphus Spina Christi.
Il serait facile d’allonger indéfiniment cette liste, mais les quelques exemples donnés me paraissent suffisants pour montrer que, pas plus chez les nomades que chez les paysans d’Europe, les noms vulgaires n’ont un sens bien défini. Quelques plantes, comme chez nous le chêne ou le châtaignier, sont connues de tous et sous le même nom ; d’autres qui présentent, au point de vue utilitaire surtout, quelques caractères communs, sont désignées sous un nom unique : le mrokba est un bon pâturage, au contraire du diss dont l’âne seul consent à manger. Dans une description d’itinéraire, l’emploi de ces noms est sans inconvénient, et il a le gros avantage de définir assez exactement et en peu de mots la valeur alimentaire d’un oued ou d’une nebka. Mais cet emploi devient dangereux dès qu’à côté du nom vulgaire, on accolle, à coups de dictionnaire, un nom scientifique qui le plus souvent est choisi à faux, et fait croire que certaines espèces, très localisées, ont une extension géographique considérable ; il est impossible d’utiliser, pour des recherches précises, des indications qui ne reposent pas sur des déterminations faites au laboratoire par un spécialiste compétent.
L’emploi du nom technique, malgré sa forme souvent ridicule, est nécessaire et peut seul conduire à des conclusions rigoureuses à condition qu’il n’ait pas été donné au hasard.
Ceci justifiera, je pense, les quelques remarques[127] qui suivent sur diverses plantes du Sahara et du Sahel, remarques insuffisantes toutefois pour une étude précise.
Atil. — Une essence qui n’apparaît que vers R’at et dans la partie méridionale de l’Ahnet est l’iatil (atil, adjar). C’est un arbre de 4 à 5 mètres de haut à feuilles entières, à branches dressées, à écorce grise et lisse, qui, chez les Touaregs, a mauvaise réputation : demeure habituelle des djinns et des éfrits, il est dangereux la nuit de reposer à son voisinage à moins que quelques coups frappés violemment sur le tronc n’aient mis le génie en fuite ; presque tous les iatils ont leur écorce tailladée de coups de sabre ; souvent, dans les régions sablonneuses, une grosse pierre, posée religieusement entre les branches de l’arbre, permet au passant désarmé de célébrer le rite et de dormir sans crainte. Cette même légende se retrouve au Soudan et en Mauritanie.
Ce nom s’applique au moins à deux arbres différents, appartenant tous deux à la même famille, et dont le fruit est comestible ; Mœrua rigida R. Br. et le Cadaba farinosa Forsk. Mœrua (20 espèces) est un genre de l’Afrique tropicale, de l’Arabie et de l’Inde ; Cadaba (14 espèces) se trouve dans les mêmes régions, et en plus dans l’Afrique australe.
Boscia senegalensis. — Un arbuste à port d’arbousier, à feuilles luisantes et assez grandes, le Boscia Senegalensis Lam. [tadan (tam.), berei (bambara), hauza (haoussa)] est commun dans toute la zone sahélienne ; dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, j’ai noté les premiers pieds à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest d’In Ouzel dans l’oued Tessamak ; dans l’Aïr, il est fréquent autour d’Iférouane. Je ne l’ai jamais vu plus au nord et je ne sais ce que vaut l’indication de Foureau qui le signale [Doc. Sc., I, p. 498] près de Tadent (23° Lat. N.).
Cet arbuste descend très loin vers le sud, jusqu’au voisinage du 9° de latitude. Son fruit est comestible ; les nomades le récoltent avec soin et on le vend sur le marché de Tombouctou.
Au genre Boscia, appartiennent 3 espèces de l’Afrique tropicale et australe. — Cadaba, Mœrua et Boscia, comme le câprier, sont des Capparidées.
Baobàb[128]. — Ce genre comprend plusieurs espèces dont la mieux connue est l’Adansonia digitata B. Juss. Il est commun dans presque toute l’Afrique chaude. Il manque cependant dans les régions élevées (Fouta-Djalon, Ouganda, Abyssinie, etc.) et dans la forêt équatoriale ; il fait également défaut à l’est du Chari et ne reparaît que dans le Soudan égyptien. Il n’est vraiment abondant d’ailleurs qu’au voisinage du littoral où il forme souvent des peuplements très importants, comme autour de Thiès. Dans le bassin du Niger, on ne le trouve qu’auprès des villages et il est bien probable qu’il a été planté : les noirs font un large usage alimentaire de ses feuilles. Il existe peu dans la zone sahélienne : la ligne d’étapes de Zinder à Gouré suit à peu près la limite de son extension ; commun dans les villages situés au sud de cette ligne, il manque dans ceux qui sont au nord. Quelques pieds mal venus cependant existent à Tombouctou. Récemment, le long du littoral de Mauritanie, à 6 ou 7 kilomètres de la côte, j’en ai compté au nord de Saint-Louis, sur un parcours de 250 kilomètres, une dizaine, dont le dernier à trois heures de marche au sud de Nouakchott. Ces baobabs n’ont que quelques mètres de haut et sont en dehors de leur habitat normal.
Le baobab est un des arbres les plus caractéristiques de la savane ; le volume de son tronc est extrêmement considérable relativement à l’ensemble des feuilles et lui permet d’emmagasiner des réserves d’eau importantes. Cette disproportion entre le bois et l’appareil foliaire est fréquente dans toutes les savanes du monde, mais elle est loin d’être la règle absolue et nombre d’arbres y ont assez exactement le port et l’aspect des essences européennes.
Balsamodendron africanum. — L’aderas (ar. et tam.) (Commiphora africana Engl. = Balsamodendron africanum Arn.) joue un grand rôle dans les parties les plus arides de la zone sahélienne ; son nom haoussa, daz’i ou dachi, désigne non seulement la plante, mais aussi la brousse où elle domine ; c’est un arbuste dont les feuilles rappellent celles de l’aubépine ; le fruit ressemble à une petite prunelle à noyau rouge.
Il s’en écoule une gomme résine, le « bdellium[129] », le mounas des Maures, que l’on fait brûler en guise d’encens et qui, chez les Haoussas tout au moins, remplace dans la correspondance la cire à cacheter.
Le genre Commiphora renferme une soixantaine d’espèces des régions sèches de l’Inde, de Madagascar, de l’Arabie et de l’Afrique tropicale et australe.
Jujubiers. — Les jujubiers (Zizyphus), [sedra (arabe), magaria, (haoussa), tabekat (tamahek)] font défaut dans le Sahara proprement dit ; ils ont de vraies feuilles, à faces dissemblables et ne sont pas adaptés à la sécheresse ; on ne les trouve que dans les parties élevées du massif central (Ahaggar, Ifetessen, etc.). Ils sont communs dans la zone sahélienne, dès le nord de l’Adr’a’r et de l’Aïr. Ils appartiennent à plusieurs espèces, les unes de petite taille et formant des buissons (Z. lotus Desf., Z. saharæ Batt., etc.), les autres plus élevées et vraiment arborescentes (Z. orthacantha D. C., etc.). Leurs fruits sont recueillis par les nomades et parfois vendus sur les marchés.
Le bois des grands Magaria est assez recherché ; il passe pour inattaquable par les termites.
Balanites Ægyptiaca. — Le Balanites Ægyptiaca Del., [teborak (tamahek), soump (wolof), adoua (haoussa)] se rencontre dans la Sierra Leone et le Sénégal ; dans le bassin du Chari, il apparaît à Gosso (9°,30). Il est commun dans toute la zone sahélienne et s’avance assez loin dans le Sahara : sur la route de N’Guigmi à Bilma, il s’arrête au sud de Beduaram ; Foureau le signale par 27° Lat. N. (tassili des Azdjer) ; on le connaît en quelques points isolés du Tidikelt et il devient fréquent au sud du 23°. Dans l’Ahaggar, il ne paraît pas dépasser l’altitude 1000 mètres.
Son fruit, de la grosseur d’une datte, est comestible ; il arrive à maturité en novembre, dans le Tegama.
Les légumineuses. — L’Acacia arabica Willd. = A. Adansoni Guill. et Per. [tamat, pluriel timiouin (tamahek), bagarua (haoussa)] est un bel arbre qui, en Afrique, paraît spécial à la zone sahélienne : il est commun dans l’Adr’ar’ des Ifor’as ; dans l’Aïr, on le trouve dès l’oued Tidek (fig. 62). Au sud du Tchad, sa limite méridionale est le lac Iro (10° Lat. N.) ; il est l’espèce dominante dans le Baguirmi, où on le trouve dans tous les bas fonds inondés à l’hivernage [Chevalier, Afr. centr. franç., p. 343]. En dehors de cette zone, il est souvent cultivé dans les oasis (Fezzan, Tripolitaine).
On ne le rencontre que dans les vallées humides et les mares ; à la mare de Tin Teboraq, les traces laissées sur le tronc par les crues étaient à un mètre du sol. C’est un bel arbre dont le tronc atteint 1 mètre de diamètre. Il est facile à distinguer du talah par ses fleurs qui sont d’un beau jaune d’or et, par son fruit, non en tire-bouchon, qui, à maturité, se découpe en articles contenant chacun une graine. Les fruits de l’A. arabica sont très riches en tanin (jusqu’à 45%) et les indigènes les emploient pour la préparation des peaux, en particulier des filali. Pour simplifier la récolte de ces fruits, les nomades coupent souvent les branches, ce qui donne à l’arbre un port tout particulier (Pl. XVI, phot. 32).
Le véritable gommier (Acacia verek Guil. et Per. = A. Senegal L.), bien reconnaissable à sa gousse plate, apparaît dans la zone sahélienne, dès l’Aïr, où il est rare ; il devient très commun plus au sud et forme le fond de la brousse entre le Mounio et le Tchad ; il est abondant dans le Kanem (Chevalier) ; il donne lieu, surtout à l’ouest de Tombouctou, au commerce important de la gomme. C’est le plus souvent un arbuste de 2 à 4 mètres de haut, qui en atteint exceptionnellement 7 à 8.
L’Acacia tortilis Hayne [talah, (ar.), abesar’, (tam.)], et peut-être d’autres espèces confondues sous ce nom, se trouve dans tout le désert, depuis le Sud marocain et tunisien jusqu’au Soudan. Il est très résistant à la sécheresse et se rencontre dans presque tous les oueds. Souvent de petite taille, il atteint avec l’aide de l’humidité une taille d’une dizaine de mètres, et un tronc ’de 0 m. 50 à 0 m. 70 de diamètre.
| R. Chudeau. — Sahara Soudanais. | Pl. XXVI. |
Cliché Cauvin
49. — PATURAGE DANS LA RÉGION D’ARAOUAN.
Cliché Cauvin
50. — PATURAGE DANS LA RÉGION D’ARAOUAN.
| R. Chudeau. — Sahara Soudanais. | Pl. XXVII. |
Cliché Posth
51. — CANARIS A MIL. — ANSONGO (RIVE DROITE DU NIGER).
Au premier plan, les trous d’où on a extrait l’argile, pour les constructions du village.
Cliché Posth
52. — CANARIS A MIL. — KALFOU (ADR’AR’ DE TAHOUA).
Son fruit en tire-bouchon permet seul de le reconnaître avec certitude.
Au Sahara, malgré le vent, il affecte rarement la forme en parasol qui passe pour fréquente au désert. En réalité, au désert, les arbres, toujours rabougris, isolés, poussent comme ils peuvent : chacun d’eux a sa forme propre ; la forme en parasol n’est commune que dans la zone sahélienne, où les arbres croissent en bouquets : elle est certainement la plus répandue de beaucoup, entre Chirmalek et le Tchad, chez l’A. verek.
Sur le littoral de Mauritanie, à courte distance du rivage, les talah poussent en buissons elliptiques hauts de 1 mètre à 1 m. 50, et de 7 à 8 mètres de diamètre. Cette forme, en bouclier, a été observée partout au bord de la mer, chez divers végétaux.
Le genre Acacia renferme environ 450 espèces, des régions chaudes du globe, surtout en Afrique et en Australie.
Le Bauhinia rufescens Lam. [delga (haoussa), andar (maure)] est un bel arbuste, commun dès le sud de l’Aïr ; on le trouve dans tous les endroits frais ; il est abondant autour des mares du Tegama ; on le connaît à Tombouctou et en Mauritanie. Il est facile à reconnaître à ses belles grappes de fleurs blanches, rappelant celles de l’acacia d’Europe, à son écorce blanche et surtout à ses feuilles assez petites et échancrées au sommet. Cet arbre, au moins en pays touareg, est souvent mutilé : pour savoir quelle sera la durée de sa vie, le Touareg prend les deux rameaux qui terminent une branche de delga et cherche à les séparer ; si la branche se fend, sans rupture, jusqu’au tronc, la mort de l’opérateur est lointaine ; l’expérience, qui réussit facilement, est fréquente, si l’on en juge par l’aspect des arbres.
Le Bauhinia reticulata L. (kalgo en haoussa), un peu plus méridional que le précédent, se rencontre, du Nil au Sénégal, dans toutes les parties humides de la zone sahélienne qu’il dépasse largement vers le sud, jusqu’en Mozambique ; il forme des buissons, hauts de 3 à 4 mètres, avec des feuilles coriaces et luisantes, à nervures bien marquées, larges comme celles du lilas, mais en forme de cœur renversé, échancrées au sommet ; il apparaît dans le Tegama vers le 15° de Lat. N.
Le genre Bauhinia comprend environ 150 espèces des régions tropicales.
Le genre Cassia renferme de nombreuses espèces (150 ?) surtout de l’Amérique chaude. Il est représenté au Sahara par quelques sous-arbrisseaux dont le plus répandu (C. obovata Col.) fournissait autrefois le séné, toujours usité par les Touaregs. J’ai déjà indiqué quelle était sa limite nord (p. 157).
Les Genets (Genista, dont Retama n’est qu’une section) sont représentés par 80 espèces environ qui sont répandues en Europe, dans le nord de l’Afrique et l’ouest de l’Asie ; vers le sud, ce genre, surtout méditerranéen, ne dépasse guère le Sahara algérien.
Tamarix. — Les tamarix, communs en Algérie et dans le Sahara arabe, sont encore fréquents dans l’Ahnet et les contreforts de l’Ahaggar ; plus au sud, ils deviennent très rares ; dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, il en existe quelques pieds à Tin Zaouaten ; vers l’est, ce genre se montre encore près de Tin Azaoua ; Foureau le signale dans l’Aïr ; je l’ai rencontré à Nava (100 km. à l’est de Gouré) ; Barth l’indique à Buné (sud du Mounio). On le connaît aussi à l’est du Tchad, dans les dépressions de l’Eguei et du Bodelé. Il forme de véritables forêts, hautes de trois à quatre mètres, sur le littoral de Mauritanie, au sud de Nouakchott (T. gallica L., T. passerinoïdes Del.).
Le genre tamarix compte une vingtaine d’espèces (d’aucuns disent cinquante) répandues surtout dans le bassin méditerranéen ; il s’étend fort loin en Asie où il occupe toute la zone des steppes, des steppes salées surtout ; il est représenté aussi dans l’Asie tropicale et, comme nous venons de le voir, envoie quelques représentants assez loin vers le sud en Afrique. Il est, au Sahara, le seul genre arborescent qui vienne actuellement du nord. Un tamarix caractériserait, paraît-il, les régions calcaires du désert ; je n’ai pas assez de documents pour confirmer cette indication. Les tamarix sont souvent des halophytes, des arbres de régions salées : les plus beaux peuplements que j’en aie vus sont dans l’oued Tit, près d’Abalessa, et dans l’oued Tamanr’asset, au pied du Tin Hamor ; dans l’oued Zazir, au sud de l’Adr’ar’ Aregan et dans l’oued Igharghar (celui du sud) les tamarix sont abondants ; il en est de même, d’après Voinot, dans les contreforts orientaux de la Coudia. Le long de ces différents oueds, on voit souvent des dépôts de sel provenant du lavage des roches volcaniques : le guétaf (Atriplex halimus L.) qui est une plante des alluvions légèrement salées, accompagne habituellement les tamarix.
L’étude de ce genre est très délicate ; Battandier[130] en indique 12 espèces en Algérie et dans son hinterland ; une treizième, le T. senegalensis D. C., remonte assez haut sur le littoral de Mauritanie.
Une seule espèce, T. articulata Vahl, est facile à distinguer à ses feuilles très courtes, formant autour des rameaux une gaine complète. C’est un des arbres les plus caractéristiques du désert ; on le connaît depuis l’Inde et l’Arabie jusqu’au Sénégal. Il semble que le nom d’étel, ar., tabarekkat, tam., lui est habituellement appliqué, bien que Ascherson [l. c., p. 414, p. 465] indique aussi étel pour T. Gallica L. L’étel produit une galle très recherchée pour la teinture.
Toutes les autres espèces se ressemblent beaucoup et sont confondues sous les noms de tarfa, ferzig, ou aricha en arabe ; az’aoua ou taz’aouat en tamahek. Le bois des tamarix est tendre et facile à travailler : c’est ce bois qu’emploient les Touaregs pour la confection de leurs ustensiles culinaires (écuelles, cuillères), d’un travail habituellement très soigné et ornés à la pyrogravure d’élégants dessins géométriques. Le bois de talah ou de teborak, beaucoup plus dur, est réservé à la confection des r’ala, des selles de méharis.
Le plus beau tamarix de l’Ahaggar est sans doute celui de Tamanr’asset, qui est particulièrement protégé : une branche coupée entraîne une amende d’un âne (Voinot). Faut-il voir, dans cet usage, un souvenir des arbres fétiches du Soudan ?
Ombellifères. — La famille des ombellifères, répandue surtout dans les régions tempérées du globe, fournit aux hauts plateaux de l’Afrique mineure quelques grandes formes (Thapsia, etc.) qui donnent au paysage un élément caractéristique. Quelques-unes, une quinzaine, pénètrent dans le nord du Sahara algérien.
L’un des genres sahariens de cette famille appartient à une section, celle des carottes, dont les fruits sont d’ordinaire accrochants : par exception, les fruits d’Ammodaucus ont perdu cette particularité et le fait est à rapprocher des exemples fournis par le kram-kram et les Ægilops.
Les Deverra [guezzah (ar.), tataït (tam.)], ombellifères à odeur forte, sans feuilles et qui ressemblent à des joncs, ont quelques représentants dans le Tell ; ce genre devient fréquent dans le Sahara algérien (Mzab,) et une espèce (D. fallax Batt.) se trouve dans l’Ahaggar, au-dessus de 1000 mètres.
Plus au sud, cette famille disparaît ; elle manque dans la zone tropicale et se montre à nouveau dans l’Afrique australe.
Salvadora persica. — Le Salvadora persica L. [siouak, irak, tihak, tichak, abesgui] que l’on rencontre depuis le Sénégal jusqu’en Syrie, a une distribution assez irrégulière. Duveyrier le signale dans le tassili des Azdjer ; au sud du Touat, il apparaît dans l’Ahnet (près de Taloak) et devient très commun dans l’Adr’ar’ des Ifor’as. Dans l’Ahaggar, il forme un très beau peuplement à Silet ; au-dessus de 1000 mètres, j’en ai vu un seul pied dans une vallée abritée à quelques kilomètres au sud de Tamanr’asset. Abondant dans l’Aïr et le Tibesti, il manque dans le Tegama, reste rare dans le Demagherim et redevient fréquent à nouveau autour du Tchad, où il joue un rôle industriel notable (préparation de sel par lessivage de ses cendres). Il fait défaut au sud du lac.
Salvadora est un genre tropical et, comme plusieurs autres plantes échappées de la zone forestière, S. Persica a certains traits des lianes : ses branches se tordent parfois ou s’enroulent les unes autour des autres ; lorsque par hasard il trouve un support, il profite de son aide pour quitter la forme de buisson et envoyer quelques rameaux à de grandes hauteurs, où ses grandes feuilles, d’un vert franc, le font distinguer de loin.
C’est un des rares arbres du Sahara qui donne vraiment de l’ombre. L’odeur de ses feuilles, très goûtées des chameaux, est assez forte. Les fruits, longtemps rouges, noircissent à maturité (vers juin-juillet). Ils forment des grappes ressemblant à de minuscule raisins, que les nomades pauvres recueillent et font sécher. Ses feuilles servent à préparer des infusions.
Asclépiadées. — Les asclépiadées, famille importante surtout dans la zone tropicale, doivent, à l’aigrette soyeuse qui couronne leurs graines, de s’être répandues en grand nombre au Sahara, où elles forment plus de 3 p. 100 de mes récoltes (Battandier).
En Algérie, les asclépiadées représentent à peu près 1/300 de la flore phanérogamique ; en France 1/1000.
Deux espèces surtout méritent une mention : le Calotropis procera R. Br. (korounka-oschur-tourha-tourdja) est un arbuste haut de 4 à 5 mètres ; ses grandes feuilles, rappelant celles du chou, ses fleurs blanches, bordées de violet, et son fruit énorme ont attiré l’attention de tous les voyageurs. Lorsqu’il est blessé, il laisse échapper un suc blanc, laiteux, qui passe pour très toxique ; cette particularité l’a fait souvent confondre avec les euphorbes et il est désigné sous ce nom très inexact dans un grand nombre de rapports relatifs au Soudan. On a signalé sa présence dès le sud de l’Algérie à Methlili [Duveyrier, l. c., p. 180].
Il est commun au Touat ; mais dans la région des Oasis, il ne sort pas des jardins et il n’est pas certain qu’il ne soit pas introduit : le charbon que l’on en tire passe pour le meilleur pour faire la poudre, et les indigènes attribuent quelque valeur thérapeutique à cet arbre. Il est sûrement spontané dans le sud de l’Ahnet ; les puits de l’oued Amdja (Anou ouan Tourha) doivent leur nom à une vingtaine de Calotropis qui croissent au voisinage.
Très commun dans l’Adr’ar’ des Ifor’as et dans l’Aïr, où il forme, près d’Iférouane, un véritable taillis, il ne semble pas s’élever au delà de 1000 à 1100 mètres dans les contreforts de l’Ahaggar.
On le retrouve abondant autour du Tchad ; dans le bassin du Chari, Chevalier le mentionne à partir du Dékariré (11° Lat. N.). Il est commun autour de Tombouctou et en Mauritanie, jusqu’à l’Agneitiz ; vers l’est, on le connaît en Égypte, en Arabie et en Perse.
Il ne pousse que quand la nappe aquifère est peu profonde, aussi manque-t-il complètement dans le Tegama.
Les deux autres espèces de ce genre sont de l’Asie et de l’Afrique tropicale.
Le Leptadenia pyrotechnica Del. = L. Spartum Wight (asabai, ena, abesgui) ressemble absolument par son port au genêt d’Espagne ou au retem, dont il semble prendre la place à partir de l’Ahnet. Duveyrier [sub Genista, l. c., p. 161] le signale entre R’at et Mourzouk ; il ne dépasse pas, dans le sud de l’Ahaggar, l’altitude 1000. Leptadenia spartum est extrêmement répandu dans toute la zone sahélienne, du Sénégal à l’Arabie, sauf dans les régions trop sèches comme le Tegama ; il est très commun entre Mirrh et le Tchad où il atteint 4 ou 5 mètres de haut ; il est parfois aussi élevé dans l’Adr’ar’ des Ifor’as. Sur le littoral de Mauritanie, il n’est pas rare au sud de Nouakchott. Les pêcheurs indigènes le connaissent sous le nom de « titerek », et emploient ses fibres à la confection de leurs filets.
L’asabaï s’avance peu dans la zone soudanaise ; au sud du Tchad, Chevalier indique sa limite au lac Baro (13° Lat.).
Le genre Leptadenia contient une douzaine d’espèces des régions chaudes de l’ancien continent.
S’appuyant sur des renseignements indigènes, Chevalier [La végétation de la région de Tombouctou, p. 24] avait indiqué avec doute l’Henophyton deserti Coss. et Dur. au voisinage de Gao, où il est désigné sous le nom d’asabaï et de ana. Ces deux noms semblent montrer qu’il y a eu confusion avec le Leptadenia qui est commun partout sur la rive du Niger. Ce n’est que dans le nord, qu’ils s’appliquent à l’Henophyton.
Quelques détails ont été donnés, dans les pages précédentes, sur d’autres asclépiadées (Dœmia, Boucerozia).
Euphorbes. — Les euphorbes sont assez abondantes au Sahara ; dans le Sahara arabe, l’E. Guyoniana Bois. et R. est une herbe à feuilles rares et couvertes d’un revêtement cireux ; dans le Sahel, l’espèce la plus notable est l’E. Balsaminifera Aït. [afernane (arabe), agoua (haoussa)]. Elle forme de gros buissons ligneux, parfois presque des arbres (pl. XXII) et se trouve depuis les Canaries jusqu’au voisinage du Tchad ; elle pourrait peut-être caractériser une province occidentale de la zone sahélienne.
A cause de l’âcreté de son lait, le bétail n’y touche pas et elle est souvent employée comme clôture ; elle est très facile à bouturer et il est possible que l’homme ait contribué à sa dissémination.
Les euphorbes cactoïdes n’existent qu’au voisinage du littoral, surtout vers le Maroc, et dans la zone soudanaise.
Palmiers. — Les palmiers sont surtout des arbres tropicaux et quatre d’entre eux seulement intéressent les régions qui nous occupent.
Le palmier nain (Chamærops humilis L.), le doum d’Algérie, appartient à la partie occidentale du domaine méditerranéen. Nulle part il ne pénètre au Sahara.
Le palmier d’Égypte, qui porte le même nom indigène (doum, kaba en haoussa) (Cucifera thebaïca Del., Hyphæna thebaïca L.), est facile à reconnaître à son tronc, haut de 5 à 8 mètres, plusieurs fois bifurqué. Lorsqu’il a été coupé, les repousses forment des buissons que l’on a parfois confondus avec le palmier nain. Le palmier d’Égypte est bien caractéristique de la zone sahélienne ; on le connaît dans l’Adr’ar’ des Ifor’as ; dans l’Aïr, il y en a quelques pieds à Iférouane (19° Lat. N.), et de vrais bouquets à partir d’Aoudéras (17° 40′ Lat. N.). Il existe dans le Tibesti ; sur la route de Mourzouk au Tchad, Nachtigal le signale à l’oasis de Yât (20°,30′ Lat. N.). Dans la vallée du Nil, il remonte jusqu’au 27° et atteint le 29° sur la côte orientale de la presqu’île du Sinaï.
Dans la zone sahélienne, on le trouve partout où l’eau est à une faible profondeur ; il fait cependant défaut au Tegama, même autour des mares permanentes. Il est commun dans les dallols, et plusieurs vallées importantes de la région du Zinder lui doivent leur nom (Goulbi n’Kaba). On le rencontre dans toutes les mares de la région du Manga ; l’indication de Monteil [De Saint-Louis à Tripoli par le lac Tchad, Paris, 1895, p. 200] qui donne ce palmier comme caractéristique des grandes vallées, est, par suite, inexacte.
Vers le sud, il pénètre parfois dans la zone soudanaise ; Chevalier signale sa première apparition dans le bassin du Chari, près du village de Palem (9°,30′ Lat. N.).
Son fruit, à peine gros comme le poing, presque sphérique, est récolté, pour leur nourriture, par les indigènes pauvres ; on le vend sur le marché de Tombouctou.
Le rônier (Borassus Æthiopicus Mart.) est un bel arbre à tronc droit et jamais bifurqué ; il appartient à la zone soudanaise dont il sort rarement.
Ces trois palmiers (palmier-nain, doum, rônier) ont de larges feuilles en éventail, ce qui les distingue au premier coup d’œil du dattier (Phœnix dactylifera L.).
Il semble inutile d’insister sur l’importance de la culture du dattier dans les oasis et sur les nombreuses variétés que l’on y distingue.
Cosson, à une époque où l’on ne connaissait que le nord du désert, avait songé à définir le Sahara par la culture en grand du dattier. Cette idée n’est plus soutenable ; dès le sud du Tidikelt, dans l’Ahaggar, les dattes ne jouent plus qu’un rôle insignifiant : toutes les belles oasis sont localisées dans le Sahara algérien.
Dans la zone sahélienne (Adr’ar’ des Ifor’as, Aïr, Kanem, Borkou) les palmeraies sont en général d’une exiguïté ridicule ; elles ne produisent que des fruits peu estimés, tout juste comestibles ; la chair est sèche et à peine sucrée, le noyau démesurément gros. Les dattes d’In Gall, de Bilma, de Kidal, n’ont qu’une réputation locale. La quantité est aussi médiocre que la qualité : la moindre pluie suffit à entraver la fécondation et il pleut tous les ans au Sahel.
L’origine du dattier est inconnue[131] et tous ceux que l’on trouve au Sahara, ont été plantés ; son adaptation n’est pas réelle ; malgré les traînées de noyaux que laisse derrière elle chaque caravane, le dattier ne se propage pas en dehors des cultures ; il a besoin de soins pendant les premières années. Il est vrai que, devenu grand, il se défend mieux : les palmiers « bour » persistent longtemps après l’abandon d’une oasis (Pl. XXIV, phot. 46).
En dehors de son importance économique, le dattier a fourni aux météorologistes d’importantes données sur le climat ancien de la Méditerranée ; quatre siècles avant Jésus-Christ, à l’époque de Théophraste, comme de nos jours, le dattier pousse et fructifie à Athènes, mais ses fruits n’y mûrissent pas. Une température moyenne plus élevée de un degré permet la maturation des dattes ; avec un degré de moins, le dattier pousse mal et ne fructifie pas. Ce fait joint à quelques autres analogues, établit nettement que depuis vingt-quatre siècles, la température de la Méditerranée est restée immuable ou tout au moins qu’elle a à peine varié.
Les animaux qui habitent le Sahara sont encore moins connus que les plantes ; il semble cependant que leur étude doive conduire à des conclusions analogues : aux formes particulières au désert, répandues de l’Arabie à l’Atlantique, viennent se joindre quelques immigrés provenant de la Méditerranée ou du Soudan.
Cœlentérés. — Les Méduses que l’on a cru longtemps essentiellement marines, ont été signalées dans quelques lacs de l’Est africain, en particulier dans le Tanganika. Il en existe aussi, et presque certainement la même espèce, Limnocnida tanganicæ Günther, dans le Niger jusqu’à Bamako.
La présence, assez insolite, d’une méduse dans les eaux douces africaines est une belle confirmation des rapports qui existent, ou ont existé, entre tous les bassins de l’Afrique tropicale ; elle vient à l’appui des observations de Pellegrin sur les poissons, et de Germain et Anthony sur les mollusques, qui, en gros tout au moins, sont les mêmes du Nil au Sénégal[132].
Insectes. — Parmi les insectes on trouve d’abord une série d’espèces spéciales au désert et ayant en général une large extension géographique. Les plus frappantes sont des scarabées noirs (Tenebrionides) : les indigènes les désignent sous les noms de khanfousa (pl. khanéfis) en arabe et de edjéré en tamahek ; ces différents mots sont fréquents dans la toponymie.
L’examen des quelques listes d’insectes déjà publiées[133] montre qu’à ces formes sahariennes viennent s’ajouter des espèces méditerranéennes et des espèces du Soudan : le Papilio Machaon L., nettement paléarctique, a été recueilli à Tamanr’asset (22°,47′ Lat. N.) ; le Callidryas Florella F. qui habite toute l’Afrique tropicale, remonte jusqu’à l’oued El R’essour (vers 22° Lat. N.) ; le Scolia unifasciata Cyrill. de la Méditerranée se trouve encore au sud de l’Ahaggar et l’Eumenes Caffra L., qui habite toute l’Afrique chaude, a été capturé au nord de l’Aïr (Taghazi, oued Tidek).
Ces quelques faits, qu’il serait facile de multiplier, suffisent à montrer l’importance du Sahara comme barrière entre la faune européenne et la faune tropicale : le désert, en laissant de côté les espèces adaptées spécialement à ses rudes conditions climatiques, est une sorte de territoire contesté vers le milieu duquel viennent se joindre les émigrés du nord et les émigrés du sud. La désignation assez bizarre d’équateur zoologique, que Pucheran[134] avait donné naguère à la ceinture de déserts qui, vers le tropique du Cancer, fait le tour du globe, correspond bien à une ligne de démarcation de premier ordre.
Enfin un Méloïde, de type très spécial, capturé à Tamanr’asset, est peut-être à rapprocher, au point de vue géographique, des plantes caractéristiques des hauteurs de l’Ahaggar.
Termites. — Les termites constructeurs, à termitière monumentale, turriforme, font leur première apparition dans la zone sahélienne. Leur limite nord n’est connue qu’en quelques points ; ils dépassent le 18° Lat. N. sur le littoral atlantique ; dans le Télemsi, ils apparaissent au sud de Tarikent (17°,30′ Lat. N.) ; dans le Tegama, j’ai noté les premiers vers Tin Teborak (15°,30) ; plus à l’est, leur limite s’infléchit de plus en plus vers le sud : elle passe à peu de distance au nord du Koutous (14°,30), puis fait un brusque crochet vers le sud : on voit les derniers à mi-chemin entre Chirmalek et Kakara ; ils manquent tout autour de la partie nord du Tchad. Leur distribution dans la zone qu’ils occupent est assez singulière ; presque toujours ils abondent dans les bas-fonds et manquent dans les endroits secs ; ils évitent d’ordinaire les dômes granitiques : le poste de Zinder en est exempt bien qu’à quelques cents mètres ils deviennent communs ; cependant auprès de Gouré, dans le Mounio, quelques termitières sont établies au sommet des mamelons granitiques. Il y a certainement plusieurs espèces de ces termites constructeurs, mais leur étude reste à faire.
Quant aux termites souterrains, on les trouve dans tous les points habitables du Sahara ; autour de Tamanr’asset (1300 m.) leurs galeries abondent sur un grand nombre d’arbrisseaux.
Insectes des tanezrouft. — Les insectes existent dans tout le Sahara ; ils sont relativement communs dans les pâturages, partout où il y a des arbres ou des herbes ; dans les tanezrouft ils sont naturellement plus rares, cependant ils ne font pas complètement défaut. En mai 1905, pendant les 60 kilomètres de traversée de la sebkha Mekergan, au nord de l’Achegrad, j’ai compté, du haut de mon méhari, onze Eromophila, genre voisin de la mante religieuse du sud de l’Europe, et essentiellement carnassier ; la marche s’est faite surtout de nuit et je ne pouvais voir, dans la journée, que les insectes qui partaient sous les pieds de mon chameau. Dans le tiniri d’In Azaoua, la densité des Eromophila est à peu près la même. Les végétaux manquent complètement dans la sebkha, comme dans le tiniri.
Pour que des insectes carnassiers puissent vivre dans de semblables conditions, il faut de toute nécessité qu’ils trouvent des victimes ; ils peuvent, par un coup de vent heureux, être ravitaillés en sauterelles arrachées à des pâturages éloignés, mais cette ressource est bien aléatoire et ils doivent trouver sur place, dans les Mélasomes, les Khanfousa des Arabes, une proie plus régulière. La présence assez fréquente de Lézards[135] (des agames et des geckos surtout) est une autre preuve de l’abondance relative des insectes.
Les Mélasomes sont des coléoptères lourds et sédentaires : ils meurent où ils sont nés. Ils ne peuvent guère se nourrir, dans ces régions où il ne pousse rien, que des graines que le vent dissémine partout ; c’est là un petit point de biologie qu’il serait intéressant d’élucider, si l’on pouvait séjourner dans le désert. On peut surtout se demander ce qu’ils boivent. Lameere, dans le voyage qu’il a fait au Sahara en compagnie de Massart[136], s’est préoccupé de cette question et semble en avoir donné une solution satisfaisante. Un premier point est bien clair : l’eau à l’état libre est l’exception au Sahara ; dans le tanezrouft, elle n’existe pas ; dans les pâturages, les plantes, par leurs longues racines, vont chercher l’eau en profondeur ; parfois aussi, les sels déliquescents qui couvrent leurs feuilles leur permettent de fixer pendant la nuit un peu de la vapeur d’eau atmosphérique ; en tous cas, elles contiennent de l’eau dont savent se contenter les herbivores sahariens, mammifères ou insectes. Cette ressource fait défaut aux tanezrouft ; les cadavres d’animaux qui viennent y mourir sont aussitôt momifiés ; la seule nourriture possible pour les insectes est une nourriture desséchée.
Les Mélasomes, mieux encore que la plupart des insectes, sont armés pour lutter contre l’évaporation ; leurs téguments sont imperméables et leur permettent d’interrompre tout échange avec l’atmosphère : dans un flacon de cyanure, où meurent rapidement, en quelques minutes, la plupart des insectes, un Mélasome peut vivre plusieurs jours. J’ai observé un fait analogue pour un scorpion à Tamanr’asset : après un séjour de plusieurs heures dans une solution concentrée de sublimé, je le croyais mort : un bain de soleil de dix minutes a suffi pour le remettre sur pied. Cette imperméabilité réduit presque à rien la perte d’eau par évaporation, mais c’est tout ce qu’elle peut faire.
On est donc conduit à admettre, avec Lameere, que l’eau, qui forme une fraction notable du poids d’un Mélasome, est créée par l’insecte lui-même : toutes les graines sont riches en matières amylacées et albuminoïdes qui contiennent de l’hydrogène ; la respiration transforme cet hydrogène en eau et il faut que cette eau suffise aux hôtes du tanezrouft. Cette absorption intermoléculaire d’eau est assez analogue au procédé qu’emploient les microbes anaérobies pour respirer sans oxygène. Bien que cette hypothèse paraisse la seule vraisemblable, on aimerait pouvoir l’étayer sur quelque expérience de laboratoire ; on aimerait aussi à savoir comment ces animaux, de couleur foncée, peuvent se promener en plein soleil, sans être tués par la chaleur, sur un sol dont la température dépasse souvent 60°.
Les autres animaux luttent contre l’échauffement par une évaporation active ; pendant les mois de juin et de juillet, nous buvions tous une dizaine de litres d’eau par vingt-quatre heures, et c’était tout juste suffisant.
Il serait intéressant de savoir si les Mélasomes peuvent fabriquer assez d’eau pour se livrer à un pareil gaspillage.
Crustacés. — Pour ce groupe, il y a à noter seulement la fréquence des Apus dans les r’edir. Les œufs de ces curieux animaux ne se développent bien que lorsqu’ils ont été longtemps desséchés ; les mares de la région saharienne sont à cet égard dans d’excellentes conditions. Les Apus abondent dans les dayas, au sud de Laghouat. Mussel en a recueilli dans l’Iguidi. J’en ai rencontré près de Timissao, dans les r’edir de Tin Azaoua.
Mollusques. — Les Mollusques[137] ne présentent pas de formes particulières au Sahara ; il faut se souvenir cependant que la Coudia n’a pas été étudiée à ce point de vue : les quelques ruisseaux permanents que l’on y signale nous réservent peut-être des surprises.
Les seules espèces connues dans le désert, encore en bien petit nombre, sont émigrées : descendant des bords de la Méditerranée, quelques escargots suivent assez loin vers le sud les plateaux calcaires qui s’étendent jusqu’au Tadmaït (Helix candidissima Drap. par ex.) ; le long du littoral Atlantique, l’Helix Duroï Hid. et une espèce apparentée au paléarctique H. Pisana Mull., pénètrent jusqu’au cap Blanc. Le Rumina decollata L., si abondant en Algérie, a été trouvé, subfossile il est vrai, à l’Ilamane dans l’Ahaggar [Flamand, Comité de l’Afrique française, 1903, p. 268] où Guilho-Lohan en a rencontré une variété naine ; j’ai recueilli la même variété dans l’Aouguerout, à Tiberkamine, également dans des tufs.
Les formes terrestres tropicales ne paraissent pas pénétrer dans le Sahara ; les Limicolaria qui remplacent les Helix, dont l’existence est au moins douteuse dans la majeure partie de l’Afrique chaude, n’ont pas été vus au nord du Damergou (15° Lat. N.) où ils sont peu abondants ; la rareté du calcaire et l’abondance du sable expliquent probablement le fait : les sables de Fontainebleau forment autour de Paris une barrière qui a arrêté plusieurs espèces.
Les formes d’eau douce sont plus intéressantes et plus nombreuses : le Planorbis salinarum Morelet, décrit de l’Angola, remonte jusqu’à l’Ahaggar (Abalessa) et au Touat ; le Melanopsis Maresi Bourguignat descend jusque dans l’Iguidi où il a été recueilli par le capitaine Mussel.
La facilité avec laquelle se fossilisent les mollusques permet dès maintenant d’entrevoir que leur étude donnera la solution de quelques questions hydrographiques importantes : le Melania tuberculata, Müller, est une espèce nettement tropicale que l’on connaît déjà dans le Pliocène d’Algérie : il est assez vraisemblable qu’elle y est venue par le Niger et la Saoura, autrefois affluents tous les deux de la mer de Taoudenni.
L’Aetheria elliptica Lam. avec ses nombreuses variétés[138], qui forme actuellement dans tous les fleuves de l’Afrique tropicale des bancs assez importants[139] pour qu’on les utilise à la fabrication de la chaux, paraît une nouvelle venue dans le Niger.
On ne la connaît pas au nord de ce fleuve et l’on peut croire qu’elle n’a pu pénétrer, de la région du Nil, dans l’Afrique occidentale que depuis la capture du Niger à Tosaye : on la trouve en effet dans tous les affluents du Tchad, même le Bahr El Ghazal (Chevalier), et elle existe dans le Quaternaire égyptien.
Il est évidemment prématuré de tirer des conclusions fermes de ces quelques faits, mais la voie est bonne à suivre : toute récolte de mollusques, au Sahara ou dans la zone sahélienne, peut donner de très utiles renseignements.
Batraciens et reptiles. — Les batraciens anoures sont assez fréquents au Sahara ; il y a des grenouilles (?) à El Goléah, dans les oasis touatiens, dans les ar’rem de l’Ahaggar ; elles ne sont pas rares dans l’Aïr, ni dans les mares les moins salées des Teguidda. On sait combien ces animaux sont sensibles à la sécheresse ; on sait aussi que leurs œufs sont très délicats et ne peuvent pas être transportés accidentellement, par le vent ou les oiseaux. En règle générale, il n’y a pas de batraciens dans les îles océaniques.
Leur existence, en des points isolés comme El Goléah ou l’Ahaggar, est le témoignage d’un état hydrographique différent, d’une période où des cours d’eau continus reliaient ces différents points à d’autres bassins fluviaux. L’étude précise des différentes espèces pourra permettre d’affirmer des relations anciennes entre les divers bassins et apportera de nouveaux arguments, très solides, à la reconstitution des réseaux hydrographiques du Sahara. Cette étude est encore à faire entièrement.
Quant aux reptiles, il sont nombreux. Le groupe des lézards est abondamment représenté ; les espèces sont malheureusement encore indéterminées. Il y a surtout des agames, des geckos, des varans.
On a souvent insisté sur la coloration gris jaunâtre de beaucoup d’espèces sahariennes ; l’homochromie est en effet assez fréquente ; cependant, à l’époque de la pariade, beaucoup de lézards prennent des couleurs très brillantes ; en juillet et août, dans l’Adr’ar’ et l’Ahaggar, un agame à tête rouge, avec un corps vert et violet, se distingue de fort loin sur la patine noire des rochers, où il est d’un effet très décoratif.
Les uromastix (fouette-queues) se rencontrent depuis le Sud algérien jusqu’à l’Adr’ar’ des Ifor’as et l’Ahaggar. Ils deviennent presque noirs dans la région basaltique de Silet.
Les tortues sont assez communes dans la zone sahélienne où l’on en trouve fréquemment une forme voisine de la tortue d’Algérie, mais beaucoup plus grosse (elle dépasse souvent une longueur de 50 centimètres) et présentant trois ergots aux pattes postérieures.
Les serpents sont communs. Le plus souvent cité, la vipère à cornes (Cerastes), semble ne pas exister partout : très commune dans le Grand Erg et l’Iguidi, on la retrouve sur le littoral de Mauritanie ; vers le sud elle abonde dans les dunes de l’Ahnet, au delà duquel elle disparaît. On ne la trouve ni dans le tanezrouft d’In Zize, ni dans l’Ahaggar[140] : ses pistes sont tellement caractéristiques qu’il paraît difficile que sa présence puisse échapper.
Son existence est très douteuse dans l’Adr’ar’ des Ifor’ass ; on affirme sa présence dans les dunes qui bordent le Niger ; je n’ai pu avoir la confirmation de ce fait ni à Bourem ni à Bemba. Boulenger [Catalogue of the snakes in the British Museum, 1896] indique que les deux espèces du genre Cerastes ne se trouvent que dans la partie septentrionale du désert, de l’Arabie à l’Atlantique. Leur distribution géographique coïnciderait en gros avec celle des Ergs vivants (fig. 69, p. 245) [Cf. Mocquart, Revue coloniale, 1905].
Oiseaux. — Les oiseaux sont rares au Sahara ; quelques vautours, de couleur claire, suivent les caravanes ; les « ganga » se trouvent dans tous les pâturages ; les tourterelles (2 espèces au moins) et les pigeons sont communs autour de tous les points d’eau. Dès qu’on arrive à la zone sahélienne, ce monde des oiseaux est presque entièrement renouvelé et les formes soudanaises se montrent en grand nombre. J’ai noté les mange-mil, les moineaux du Soudan (famille des Viduinés)[141], à Timiaouin dans l’Adr’ar’ et à Iférouane dans l’Aïr. Les perroquets se montrent à Tin Teborak (15°,30′ Lat.), dans le Tegama. La corneille à plastron (Corvus scapulatus D.) abonde dans toute la zone sahélienne, du Tchad à l’Atlantique, de même que la grande outarde et la pintade.
La pintade est souvent domestique et l’on en rencontre dans tous les villages du pays haoussa. Comme il arrive à tous les animaux de basse-cour, son plumage devient très variable et prend souvent des couleurs claires ou presque blanches ; c’est probablement, comme il l’avait pressenti, à ces variétés domestiques d’origine indigène, qu’appartenaient les pintades signalées par Maclaud comme provenant du haut Niger [l. c., p. 257].
L’autruche. — La distribution de l’autruche soulève au moins une question intéressante ; elle est toujours assez répandue dans la zone sahélienne à l’état sauvage ; dans un grand nombre de villages, en pays haoussa comme sur les bords du Niger, on élève des autruches qui sont assez domestiquées pour qu’on les laisse en liberté dans les champs voisins. Les autruches sont plumées vers le mois de juillet ; pendant quelques semaines, ces grandes bêtes, toutes nues, font un effet hideux dans le paysage. La plupart des plumes que l’on trouve sur le marché proviennent de cet élevage, que les noirs savent fort bien pratiquer.
On sait que l’autruche a été commune dans le Sud algérien d’où elle a disparu depuis quelques années. On a habituellement expliqué cette disparition par les chasses abusives des officiers des bureaux arabes. Il peut se faire que cette cause ait contribué à l’extinction des autruches, mais cette explication cesse d’être valable plus au sud ; elle est probablement fausse, ou tout au moins incomplète. Tous les nomades sont d’accord pour dire qu’il y a une cinquantaine d’années, les autruches étaient communes dans tout le Sahara ; Duveyrier mentionne expressément que, dans l’Ahaggar, on ne le chassait pas parce que leurs plumes, usées contre les rochers, n’avaient pas de valeur marchande, et que les Touaregs s’abstiennent de la chair des oiseaux.
Les témoignages unanimes des indigènes sont confirmés par la grande abondance des œufs que l’on trouve souvent, presque intacts, à la surface du sol, dans toutes les parties du Sahara ; ces œufs se trouvent aussi bien dans les feidjs entre les dunes que dans les grands regs du tanezrouft, toujours loin des oasis : on a souvent dit, et l’on trouve encore dans des manuels récents, que l’autruche n’habitait pas le désert, qu’elle ne faisait que le traverser, allant d’oasis en oasis, comme les grands voiliers de l’Océan vont d’île en île ; ceci est tout à fait inexact et l’autruche n’a jamais été signalée que loin des centres habités ; les oasis sont d’ailleurs occupés entièrement par des jardins soigneusement enclos et nul animal sauvage de forte taille n’y peut pénétrer. L’autruche a presque disparu de tout le Sahara ; pendant son beau raid dans l’Iguidi, Flye Sainte-Marie, en a vu une seule piste ; Voinot a aperçu deux ou trois autruches dans l’Amadr’or ; les rapports de tous les officiers des oasis permettraient peut-être d’augmenter ce chiffre de quelques unités et l’on sait quel nombre colossal de kilomètres ils ont couvert.
Au désert, ce n’est certes pas la chasse que l’on peut invoquer pour expliquer cette raréfaction. Un changement de climat est invraisemblable, qui aurait supprimé les points d’eau : notre guide nous affirmait avoir souvent vu, dans son enfance, des autruches entre l’Ahaggar et l’Aïr ; la piste n’a pas changé ; la description que, par renseignements il est vrai, Barth avait recueillie en 1850 est encore parfaitement exacte : ce sont les mêmes puits, et les mêmes pâturages ; les gazelles et les mohors ne sont pas rares le long de cette piste et tous ceux que nous avons tués étaient en fort bon état, preuve qu’ils vivaient largement. Une épidémie, ou ce qui revient au même, une épizootie, ne se comprend guère dans une population aussi disséminée que celle du désert et sous le soleil purificateur du Sahara.
De semblables extinctions, totalement inexpliquées, ont souvent été signalées en paléontologie : un groupe donné d’animaux n’aurait qu’une vie limitée, comme chacun des êtres qui le composent ; il y aurait une mort de l’espèce, comme il y a une mort de l’individu. Cette explication est peu claire, mais les faits dont elle prétend rendre compte paraissent indéniables. L’autruche est certainement un type vieux, un véritable anachronisme ; malgré l’apparence, elle n’est pas un véritable oiseau ; elle n’a avec les oiseaux que des rapports de cousinage éloigné ; elle est un des derniers représentants des grands reptiles, des grands dinosauriens de l’ère secondaire.
Mais il ne suffit pas qu’un type animal soit vieux pour qu’il disparaisse ; encore faut-il une cause, autrement il n’y aurait plus de déterminisme, plus de loi naturelle. Cette disparition de l’autruche du Sahara prend ainsi une certaine importance ; son explication permettrait peut-être d’apporter un peu de lumière dans un des problèmes les plus obscurs de la paléontologie.
Mammifères. — L’étude des petits mammifères (gerboises, lièvres, daman, hérisson, civettes, lynx, etc.) est à peine ébauchée et l’on ne peut rien dire de certain.
Parmi les grosses espèces, un petit nombre se trouvent un peu partout dans le Sahara : la gazelle (G. dorcas L.), avec de multiples variétés encore mal débrouillées, est dans ce cas ; le mohor (Gazella mohr Bennet) que l’on signale jusqu’au Tafilalet, ne devient commun qu’au sud de l’Ahaggar ; dans le nord de la zone sahélienne on le voit plus souvent que la gazelle.
Des fœtus de mohor à terme, provenant de femelles tuées à N’Guigmi dans la seconde quinzaine de février, avaient la robe complètement fauve ; on pouvait à peine distinguer une origine de balsane. Des jeunes de la même espèce, observés en novembre dans le poste de Djadjidouna (Damergou) et ayant par suite huit à neuf mois, avaient à peu près exactement la robe de la gazelle commune ; chez l’adulte, le blanc s’accroît beaucoup, le dos seul reste fauve.
Un peu plus au sud, au voisinage du Tchad et des bords du Niger, de nombreuses antilopes et la girafe apparaissent ; toutes ces espèces sont soudanaises ; elles ne s’éloignent jamais beaucoup ni des mares, ni du fleuve.
L’adax [v. t. I, p. 197], assez commune aux confins de l’Algérie, devient rare dans le Sahara méridional. Elle existe cependant dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, au moins dans sa partie nord.
Le fenek (Canis Zerda Zim.) est également très répandu ; nous en avons pris un jeune, dans son terrier, à mi-chemin entre In Ouzel et Timissao, à 100 km. de tout point d’eau. Les chacals et les hyènes[142] ne s’éloignent pas autant des puits. Le guépard (Cynailurus jubatus Zim.) existe probablement dans l’Adr’ar’ des Ifor’as et l’Ahaggar.
Le mouflon (Ovis tragelaphus Desm., ou une race de cette espèce) se trouve dans toutes les régions montagneuses de l’Afrique septentrionale ; vers le sud, il ne paraît pas dépasser l’Aïr (nous en avons vu près d’Iférouane) et l’Adr’ar’ des Ifor’as : il en a été tué un vieux mâle dans l’Adra’r’ Denat ; Nachtigal le signale dans le Tibesti. Ceci permet de reporter vers le 18° de latitude la limite méridionale de cette espèce, que le catalogue de Trouessart[143] fixait au 24° Lat.
Pendant la saison des pluies, le lion remonte jusqu’à l’Adr’ar’ des Ifor’as ; il habite toute l’année l’Aïr[144], manque, pendant la saison sèche, dans le Tegama où les puits sont profonds, et devient commun dès que l’on arrive à la région des mares.
Les phacochères (P. africanus Gm.) existent dans toute la zone sahélienne ; on les trouve d’ailleurs jusqu’au Zambèze. Une espèce de ce genre a été signalée dans le Quaternaire algérien et figurée par Pomel. J’en ai vu pour ma part, et mangé, dès Teguidda n’Taguei.