Réponse.
Ce serait une injustice de croire que les rires excités par le Pet, sont plutôt des signes de mépris et de pitié, que la marque d'une véritable joie. Le Pet contient en lui-même un agrément essentiel, indépendant des lieux et des circonstances.
Auprès d'un malade, une famille en pleurs attend le fatal moment qui va lui enlever un chef, un fils, un frère, un époux. Quel tableau désespérant et terrible! tout-à-coup, un PET parti avec fracas du lit du moribond, suspend la douleur des assistans, fait naître une lueur d'espérance et excite encore au moins un sourire. Si, près d'un moribond, où tout n'inspire que le deuil, le Pet peut égayer les esprits et dilater les cœurs, doutera-t-on du pouvoir de ses charmes? En effet, susceptible de diverses modifications, il varie ses agrémens, et doit par-là plaire généralement. Tantôt précipité dans sa sortie, impétueux dans son mouvement, il imite le fracas du canon; alors il plaît à l'homme de guerre; tantôt, retardé dans sa course, gêné dans son passage par les deux hémisphères qui le compriment, il imite les instrumens de musique. Bruyant quelquefois dans ses accords, souvent flexible et moëlleux dans ses modulations, il doit plaire aux ames sensibles, et presqu'à tous les hommes, car il en est peu qui n'aiment pas la musique, puisque les brutes même en sont touchées. Le Pet étant agréable, son utilité particulière et générale étant bien démontrée, sa prétendue indécence combattue et détruite, qui pourra lui refuser son suffrage? Cicéron, liv. I. des Offices, dit: Ce qui est utile, agréable et honnête, est censé avoir une bonté et une valeur réelle.
Loin de blâmer les péteurs, les anciens encourageaient au contraire leurs disciples à ne se point gêner. Les Stoïciens dont la philosophie était la plus épurée de ces tems-là, disaient que la devise des hommes était, à la liberté. Les plus grands philosophes, et Cicéron lui-même, préféraient la doctrine stoïque aux autres sectes qui traitaient de la félicité de la vie humaine. Tous, par des argumens sans réplique ont obligé leurs adversaires, de convenir que parmi les préceptes les plus salutaires à la vie, non-seulement les pets, mais encore les rots, devaient être libres. On peut voir ces argumens dans la 9e. épître familière de Cicéron à Pœte, 174, et l'on y verra, entre une infinité de bons conseils, celui-ci: Qu'il faut faire et se conduire en tout selon que la nature l'exige. Il est donc inutile d'après cela, d'alléguer avec emphase les lois de la pudeur et de la civilité qui, toutes respectables qu'elles sont, ne doivent pourtant pas l'emporter sur la conservation de la santé et de la vie même.
Mais enfin, s'il est encore quelqu'esclave de ce préjugé, sans le dissuader de péter, nous allons lui donner le moyen de dissimuler au moins son pet. Il aura donc soin de l'accompagner d'un vigoureux hem, hem. Si ses poumons ne sont pas assez forts, il affectera un grand éternuement; alors, il sera accueilli, fêté même de toute la compagnie, et comblé de bénédictions. S'il ne peut ni l'un, ni l'autre, il crachera bien fort, ou remuera bien fort sa chaise. S'il ne peut faire tout cela, qu'il serre les fesses bien fort. La compression et le resserrement du grand muscle de l'anus rendra femelle ce qui devait être mâle. Cette malheureuse finesse fera payer bien cher à l'odorat ce qu'elle épargne à l'ouïe, mais je ne garantis pas des suites funestes de cette ruse, et je conclus qu'il vaut mieux, comme l'archevêque que je vais citer, appeller l'attention sur un autre objet, par une transition ingénieuse:
Dans le siècle dernier, une vieille femme, sourde comme un pot, faisait ses prières dans l'église de Bonne-Nouvelle, à Paris. Profondément baissée devant l'image de Marie, elle lâchait à plusieurs reprises des pets assez intelligibles. «Bonne femme, lui dit charitablement quelqu'un qui, placé derrière elle, les recevait de la première main, bonne femme, vous pétez... Ah! monsieur, répliqua-t-elle, je vous demande bien pardon; j'ai le malheur d'être sourde, et je croyais que c'était seulement des vesses». Il arriva la même chose à Œthon, qui n'était pas sourd, au rapport de Martial, livre 12. épigr. 78., qui finit ainsi:
Mes lecteurs me sauront gré de leur offrir l'énigme suivante:
Solutio.
Henri Bebelle, dont les facéties composées en 1506 sont si rares, que M. de la Monnoye lui-même paraît n'en avoir eu aucune connaissance, puisqu'il n'en dit rien, et que l'on ne trouve le titre de ce livre sur aucun catalogue, nous a conservé le trait suivant:
Un orateur lâcha un PET, en présence du grand Sigismond, duc d'Autriche, qu'il haranguait: «Si vous voulez parler, dit-il en se retournant vers son derrière, il faudra que je me taise». Puis, sans faire paraître le moindre embarras, il continua sa harangue. Sa présence d'esprit et son ton flegmatique, dans un moment si périlleux, plurent tant à ce Prince qui aimait la gaîté, qu'il eut depuis lors toutes sortes d'égards pour cet orateur facétieux. Voilà la fortune d'un littérateur due à un pet. Il y a tant d'ouvrages encore meilleurs que celui-ci, qui ont conduit l'auteur à l'hôpital!
En voici encore un tiré du même auteur:
Un prêtre baptisait un enfant. Lorsqu'il en fut à ces paroles de l'exorcisme: il fit de la boue avec son crachat, la sage-femme qui tenait l'enfant et qui se baissait pour ramasser de la poussière, lâcha un pet énorme. Le prêtre étonné quitte sa lecture. «Voyez, dit-il aux assistans, quelle est la force miraculeuse des paroles sacrées, j'ai commandé à Satan de sortir, il est sorti, en remplissant l'air de sa puanteur, comme vous devez le sentir». La femme déconcertée, et qui n'a pas entendu ce qu'a dit le prêtre, dit que c'est l'enfant qui a pété et non pas elle.—Que le mal Saint-Jean t'arde, répond l'autre irrité. Car si tu es aussi impoli en naissant, en présence d'un prêtre respectable et dans un lieu saint, que feras-tu donc, dans un âge avancé?»
Le père des Calembourgs, le fameux marquis de Bièvre, a dit plusieurs choses très-plaisantes sur le Pet. Comme j'écris de mémoire, et que cette partie de mon moral, jadis bien fournie, me manque souvent au besoin, je citerai seulement cette plaisanterie. Quelqu'un disait dans une société où il se trouvait, que la guerre était un terrible fléau, mais qu'heureusement il courait des bruits de paix (de pet.) oh! pour cela, dit le marquis, ce n'est pas sans fondement. L'orateur qui se disposait à faire de l'esprit sur son texte, fut arrêté tout court, au milieu de son vol, et tout le monde rit encore. (Le lecteur ne trouvera pas à présent le mot très-neuf).
Mais je m'aperçois avec chagrin que le nombre obligé des pages que doit avoir mon volume, me force de finir, je remets donc à une autre édition tout ce qui me reste à dire sur le Pet, ou aux deux ouvrages indiqués dans ma préface, si toutefois vous pouvez les trouver; et avant de fermer le volume, je veux vous donner un conseil dont vous sentirez toute l'importance.
Si vous êtes dans un cercle nombreux, où un ignorant incroyable trouve le secret d'ennuyer, s'il vous assomme depuis une heure par mille impertinences débitées en arrangeant sa cravatte, relevant ses bottes, montrant ses dents, étalant ses grâces, soyez sûr que cet impitoyable ennemi de la société ne pourra résister à l'attaque d'un Pet, qui l'arrêtera tout court, au milieu de l'éructation de ses sottises, tirera tous les esprits de la captivité, en faisant diversion au babil assassin de leur ennemi commun.
S'il arrive qu'une assemblée brillante garde depuis deux heures un silence plus morne que celui des anciens chartreux; si, les uns par ignorance, les autres par timidité, enfin par cérémonie, on est près de se séparer sans avoir prononcé un seul mot, soyez sûr que le Pet va ranimer tout le monde, épanouir les figures, dilater les cœurs, et prodiguer tous les charmes d'une conversation enjouée, saupoudrée de critique et de plaisanterie. D'où je conclus que le Pet est le père de la joie, de la santé, de l'esprit, et de la liberté. J'ai fini. Adieu.
Claudite jam rivos pueri, sat prata biberunt.
P. S. Il a paru, il y a longtemps, un Art de péter, parodié sur l'art poëtique de Boileau, et une pièce intitulée: Généalogie de Milord Pet; mais il m'a été impossible de me procurer ces ouvrages. Il vient de paroître une pièce intitulée Caquire, par M. de Vessaire, parodiée de Zaïre, 1 vol. in-8o. qui se trouve chez les mêmes libraires.
Tout récipiendaire doit avoir un état au moins honnête, de l'aisance et une sorte de crédit dans le monde.
Il ne sera admis qu'aux deux tiers des suffrages.
L'épreuve sera d'un an entier.
On ne prendra point d'argent pour la réception d'un Franc-péteur. On devrait payer au contraire les hommes assez courageux pour oser devenir libres et procurer la liberté aux autres.
Il faudra, pour être reçu, n'avoir pas moins de 24 ans, et pas plus de 60.
On exige du récipiendaire une disposition marquée pour l'éloquence, et sur-tout la connaissance de sa langue.
Les Francs-péteurs n'auront au-dehors aucunes marques distinctives. Dans leurs assemblées seulement, ils porteront au cou un ruban blanc, au bout duquel pendra la figure en or de Zéphire, couronné de toutes sortes de fleurs, avec cette devise: A la liberté.
Le lieu des séances se nomme Case.
La formule du serment pour être reçu, est conçue en ces termes: «Tenant à grand honneur d'entrer dans la société des Francs-péteurs, je promets une constante soumission à son directeur et une tendre amitié à tous les frères. Ennemi déclaré du préjugé, je le combattrai en tous lieux, en pétant librement, souvent et méthodiquement».
Cette formule prononcée à haute voix sera suivie d'une canonnade ou salve de pets, en signe d'allégresse.
Les repas se font dans la salle du Zéphire ou de la Liberté.
Les discours d'éloquence ne seront prononcés que dans la Case, ainsi que les bons poëmes et odes, à l'honneur du Pet.
Les petits madrigaux, quatrains, épitres, stances et couplets ne seront reçus qu'à table.
Les Francs-péteurs ne feront des vers que dans l'intention de faire ensuite de meilleure prose.
Les applaudissemens ne se manifesteront que par le bruit des pets. L'improbation, par le silence.
Le recueil sera publié tous les ans, et marchera de pair avec celui des mille et une autres sociétés en vogue.
Tous les deux mois, on tiendra la Case ordinaire.
Le conseil tiendra tous les huit jours.
Chaque année, le premier ventôse, époque où les vents impétueux sont censés faire le plus de fracas, sera l'assemblée générale, où les officiers de chaque case feront l'extrait des délibérations du conseil; les trésoriers y rendront leurs comptes. Les réflexions et observations seront proposées par écrit et signées de leur auteur.
Chaque case est composée d'un directeur, d'un vice-gérent ou directeur en second, d'un orateur, d'un foudroyant, d'un introducteur et d'un trésorier.
Tous les officiers composeront le conseil, et y appelleront les cinq derniers officiers sortans de charge, avec les plus anciens frères; de sorte qu'ils seront toujours au nombre de douze.
Il n'y aura point de chef, ni de secrétaire-général, ou perpétuel, car leur autorité balancerait d'abord et neutraliserait ensuite le pouvoir de l'universalité.
Il ne pourra y avoir absolument qu'une Case d'établie dans chaque ville, excepté à Paris, où il y en aura trois, l'une au centre et les deux autres répondantes à l'orient et à l'occident.
Chaque Case ne pourra être composée que de trente sujets exclusivement. Ils suffisent pour ramener à la liberté des concitoyens de bonne foi.
La société aura des correspondans dans toutes les communes de la République; et dans les pays étrangers, un chef de correspondance, auquel tous les autres associés rendront compte de leurs opérations.
On s'assemblera tous les deux mois, à 8 heures du matin, en été, et à dix en hiver. On fera un dîner honnête, mais frugal.
Il n'y aura point de frères du second ordre.
Nota. Si la société a lieu, on donnera plus d'étendue à ce réglement, mais le nom de la société ne changera pas.
FIN.
Les littérateurs qui, comme moi, voudroient se délasser de travaux plus sérieux, par la traduction des autres éloges comiques, seront bien aise sans doute de connaître l'ouvrage suivant, dans lequel ils trouveront une vaste carrière.
Il est intitulé: Amphitheatrum Sapientiæ Socraticæ Joco-seriæ, hoc est, Encomia et commentaria auctorum quà veterum, quà recentiorum propè omnium; quibus res, aut pro vilibus vulgò aut damnosis habitæ, styli patrocinio vindicantur, exornantur: opus ad mysteria naturæ discenda, ad omnem amœnitatem, sapientiam, virtutem, publicè privatèquè utilissimum, in 2 tom. partim ex libris editis, partim manuscriptis congestum tributumque, à Gaspare Dornavio philosopho et medico. Hanoviæ, typis Vechelianis, 1619, in-folio.
C'est dans ce recueil précieux que j'ai puisé une partie de mon éloge du Pet.
Voy. pag. 349, Rodolphi Goclenii problemata de crepitu ventris; et pag. 355, De peditu ejusque speciebus, crepitu et visio, discursus methodicus in theses digestus, autore Buldriano Sclopetario, Blesense. Clareforti, apud Stancarum Cepollam, sub signo divi Blasii, 1596.
Parmi les éloges que contient ce recueil, et que nous n'avons pas cités dans la préface de cet ouvrage, pour ne pas la rendre trop longue, voici ceux qui nous paraissent les plus dignes de trouver des traducteurs:
De la Fourmi, par Erasme Ebner, page 80.
De l'Araignée. Ant. Thylesius. 112.
De la Puce de Cath. Desroches. Barn. Brisson. 27.
Du Moucheron. Virgile et Jean Ja comot. 113.
Du Ver luisant. Mich. Gehlerus. 173.
Des Vers. Ulysse Aldrovandus. 171.
De la Paille. Fred. Widebramus. 232.
De la Colombe. Ulyss. Aldrovand. 374.
De la Boue. Joan. Majoragius. 173.
Du Chêne. Gasp. Dornavius. 201.
De la Barbe. Ant. Hotomanni. 318.
Du Cygne. Jean Passerat. 373.
Du Scarabée. Gasp. Dornavius. 126.
Du Cheval. Juste Lipse. 489.
Du Chien. Philippe Camerarius. 517.
Du Lièvre. Titus Strozza. 602.
De la Porte. Jean Campanus. 657.
Des Huîtres. Michael Mayer. 613.
Du Singe. Daniel Heinsius. 539.
De la Petitesse. Ericius Puteanus. 772.
Du Rire. Par le même. 777.
Du Mercure. Mich. Mayer. 604.
Du Fer. Nicolas Monard. 614.
De l'Eléphant. Juste Lipse. 480.
De l'Alouette. Ulys. Aldrovand. 466.
Du Plongeon. Jacq. Eyndius. 468.
De l'Hirondelle. Par le même. 457.
De la Pie. Par le même. 465.
De la Grue. 470.
Du Geai. Par le même. 455.
Du Corbeau. Jov. Pontanus. 454.
De la Chouette. Euricius Cordus. 455.
Du Veau. Mich. Mayer. 505.
Du Mouton. Par le même. 504.
Nota. Je me propose de publier ceux des Poux, de la paille, de la boue, de la cigogne et de l'œuf, si celui-ci a le succès que j'en espère.
A la page 79. Pet de Nonne.
Les nones ont donné le nom de Pet à une de leurs pâtisseries les plus exquises. Tout le monde connaît les pets de nonne, dont les directeurs, les abbés, les pater et les prélats, étaient si friands et toujours si bien approvisionnés. Ce Pet est une espèce de croquignolle, un beignet de forme globulaire, appelé en latin: monialis crepitus.
A la page 106.
Un homme se trouvant dans un cercle nombreux après le dîner, se tenoit debout, appuyé sur la cheminée, et tournant le dos au feu, comme cela se pratique assez ordinairement. La trop vive chaleur du feu, qui l'incommodoit beaucoup, provoqua chez lui un vent des mieux conditionnés. Il s'en excusa en homme d'esprit et sans se déconcerter: «Je vous demande mille pardons, dit-il, mais je suis de la nature du bois verd, quand je brûle, je pète».
Amsterdam, le 15 juin 1797.
Le Gérard de Velsen que j'ai publié n'est que ma propre traduction de votre original, entreprise dans les momens qui me restaient des affaires publiques, en 1793, période où votre Gérard me vint en mains. J'avais d'abord l'idée d'y ajouter quelques notes historiques,[16] mais crainte d'être regardé comme voulant allumer une chandelle au soleil, je m'en suis passé. D'ailleurs, la politique dans laquelle je me trouvais comme enseveli ne m'en laissa guère le loisir.
Agréez l'hommage que le devoir et le sentiment m'inspirent, et que je m'empresse aussi de rendre aux rares talens qui vous distinguent si glorieusement. Daignez m'accorder votre précieuse amitié, en me croyant très-respectueusement, etc.
Guillaume Holtrop.
De Vezoul, le 25 Prairial, an 5.
Je lisais avant-hier vos Nuits de la Conciergerie,[17] mes sens étaient émus, mon imagination exaltée; je jetais? quelques idées sur le papier, j'y ajoutai des rimes, et c'est ce que j'ose vous offrir aujourd'hui. Pardonnez ce faible hommage: souriez à l'essai d'un jeune homme de seize ans qui demande et a besoin d'encouragement et d'exemple.
Quoique votre trop flatteuse lettre, citoyen, et vos jolis couplets ne soient signés que de la lettre initiale B....l, je crois avoir deviné juste, en vous en croyant le père, et j'aime mieux courir le risque d'une erreur, que d'une ingratitude. Recevez l'expression de toute ma sensibilité: si la vérité ne dicte pas vos éloges, c'est au moins l'amitié, et ce dernier sentiment m'est si cher, j'en ai tant besoin, pour supporter mon infortune, que je lui pardonne tout.