Par Achille Delaroche. D’un point de vue esthétique à propos du peintre Paul Gauguin.
Il ne me siérait d’étudier, sous le rapport technique la peinture de Paul Gauguin. C’est affaire aux peintres, ses émules. Mais, outre que souvente fois l’artiste est moins impartialement apprécié de ses pairs que d’un étranger, il y aurait un intérêt, ce semble, à s’entendre entre ouvriers d’arts voisins sur les grandes lignes d’une esthétique générale.
Et ceci n’est point par dilettantisme. J’édifierai donc cette simple causerie sur des assises imaginaires, certes, de telle vision de couleur et de dessin idéalement surgies, mais aussi en tant que signes éminents d’une méthode nous intéressant tous, rêveurs ou artistes.
Il est hors de doute, aujourd’hui, que les divers arts, peinture, poésie, musique, après avoir suivi séparément des routes longtemps glorieuses, pris d’un soudain malaise qui fait éclater leurs mornes séculaires désormais trop étroits, tendent, comme pour mélanger leurs flots en un lit primitif commun, élargi, à déborder sur les territoires prochains.
Sur les ruines de vénérables édifices et de leur synthèse dont un monde esthétique se lève, inouï, paradoxal, sans règles définies, sans classifications, aux frontières flottantes et imprécises, mais riche, intense, puissant, d’autant qu’il est sans limites, idoine à émouvoir jusqu’aux fibres les plus mystérieuses de l’être humain.
Les gardiens stricts du temple, perdus en ce cataclysme et impuissants à utiliser les petites étiquettes qu’ils aimaient coller sur le dos de chaque manifestation intellectuelle, s’en affligent: mais qu’y faire? mesure-t-on la vague et définiton la tempête? D’aucuns, croyant l’enrayer, mais qui témoignèrent ainsi de peu d’aptitude à se spiritualiser, essayèrent quelques airs de flûte bien pauvres et puérils: car le ridicule n’a que faire en art. Au reste, les artistes n’eurent point à s’en plaindre: on ne raille que les forts, le reste inspire plutôt la pitié. D’autres invoquèrent lamentablement l’esprit gaulois, les races latines, l’éducation grecque, etc... qui n’étaient pas en cause, et pensèrent avoir démontré par A + B l’illégitimité et l’avortement final de cette évolution. Cependant, les réponses leur arrivaient de tous côtés, irréfragables: par le lyrisme musical de Wagner et de son école, par les poèmes des écrivains symbolistes, par les toiles, pleines de merveilleux, des peintres récents.
Entre ceux-ci, une place très haute et bien à part doit être faite à Paul Gauguin, non seulement pour la priorité, mais pour la nouveauté de son art. Ce fut en les enchantements d’une féerie de lumière que l’on marchait lors de la récente exposition où il nous convia. Lumière si intensément éblouissante qu’il semble impossible, au sortir, de regarder, autrement que comme pénombre antithétique, les toiles de nos imagiers habituels.
Gauguin est le peintre des natures primitives: il en aime et possède la simplicité, l’hiératisme suggestif, la naïveté un peu gauche et anguleuse. Ses personnages participent de la spontanéité inapprêtée des flores vierges. Il était donc logique qu’il exaltât pour notre fête visuelle les richesses de ces végétations tropicales où luxurie, sous des astres heureux une vie édénique et libre: traduite ici, avec une prestigieuse magie de couleurs, sans pourtant aucun ornement inutile, ni redondance, ni italianisme.
C’est sobre, grandiose, imposant. Et comme elle écrase la vanité de nos fades élégances, de nos agitations puériles, la sérénité de ces naturels! Tout le mystère des infinis est en marche en la perversité naïve de leurs yeux ouverts sur la nouveauté des choses.
Qu’il y ait, en ces peintures, exacte reproduction au nom de la réalité exotique, peu me chaut. Gauguin se servit de ce cadre inouï pour y localiser son rêve, et quel plus favorable décor impollué encore par nos mensonges de civilisés! Mais de ces figures humaines, de ces flores ardentes, l’irréel et le merveilleux se dégagent aussi bien et mieux que des chimères ou attributs mythologiques de tels autres. Il fut de mode alors, de se pâmer de rire au scandale de ces anatomies vraiment par trop simiesques et si peu vivantes! devant ces paysages verticaux qui ne s’aèrent pas de suffisante perspective. Pouvait-on déformer ainsi la nature? Et l’on invoqua à plaisir l’habituelle eurythmie de la plastique grecque, de la peinture italienne. Mais outre qu’il serait facile de rappeler l’art égyptien, le japonais, le gothique qui tinrent peu de compte de ces lois soi-disant imprescriptibles, l’école hollandaise, en pleine floraison du classique, démontra, certes, que le laid aussi saurait être esthétique. Il conviendrait donc de laisser à la porte les préjugés de nos Académies avec leurs lignes convenues, leurs décors clichés, leur rhétorique de torses, si l’on veut apprécier justement cet art étrange.
Tant que l’art plastique, d’accord en cela avec l’art littéraire et la métaphysique, se cantonne en son domaine strict de définition formelle et objective: immémorialiser les traits du héros ou du bourgeois, illustrer tel paysage, rendre sensibles et distinctes les forces naturelles ou supérieures, cela fut bien et ne pouvait être que par un ensemble de lignes préconçues, traduisant cette catégorie d’idéal. Nous eûmes alors les Discoboles, les Vénus génitrix, les Apollons au geste harmonieux, les madones de Raphaël, etc... qui peuplent nos musées et que déshonorent les incohérentes dissertations des professeurs en esthétique. Mais aujourd’hui qu’une vie plus subtile de la pensée a pénétré les diverses manifestations créatrices, le point de vue anecdotique et spécial cède la place au significatif et au général. Un torse gracieux, un pur visage, un paysage pittoresque, nous apparaissent comme les efflorescences magnifiques et multiformes d’une même force inconnue et indéfinissable en elle-même, mais dont le sentiment s’affirme irrésistiblement à notre conscience. L’artiste nous intéressera donc par une vision tyranniquement imposée et circonscrite, si harmonieuse soit-elle par sa vertu suggestive, propre à aider l’essor imaginatif ou comme décorateur de notre rêve, ouvrant une porte nouvelle sur l’infini et le mystère.
Gauguin, mieux que tout autre, jusqu’ici, nous paraît avoir compris ce rôle du décor suggestif. Il procède éminemment par raccourci de traits, par synthèse d’impressions. Chacun de ses tableaux est une idée générale, sans que, pourtant n’y soit observé assez de réalité formelle pour solliciter la vraisemblance. Et en nulle œuvre d’art ne s’extériorise mieux la concordance constante de l’état d’âme et du paysage si lumineusement formulée par Baudelaire.
S’il nous représente la jalousie, c’est par un incendie de roses et de violets où la nature entière semblait participer comme être conscient et tacite; si l’eau mystérieuse jaillit pour des lèvres altérées d’inconnu, ce sera dans un cirque aux teintes étranges, tels les flots d’un breuvage diabolique ou divin, on ne saurait. Ailleurs, un irréel verger offre ses flores insidieuses au désir d’une Ève édénique dont le bras se tend peureusement pour cueillir la fleur du mal, tandis que susurre sur ses tempes le battement des ailes rouges de
Les ailes sont lourdes. Le tout est primitif
Non dépourvues de Sentiment.
la Chimère. Puis, c’est la forêt luxuriante de vie et de printemps: des passagers s’y dessinent, lointains en le calme fortuné de leur insouciance, des paons fabuleux y font rutiler leurs plumes de saphir et d’émeraude: mais s’interpose la cognée fatale du bûcheron qui frappe les branchages, et derrière lui un mince filet de fumée s’élève, qui avertit du transitoire destin de cette fête. Là, en des paysages légendaires, se dresse, hiératique et formidable, l’idole: et le tribut des végétations rejaillit en laves de couleurs sur son front, et d’idylliques enfants chantent sur la flûte pastorale le bonheur infini des édens, tandis qu’à leurs pieds s’apaisent comme les génies du mal qui veillent, les héraldiques chiens rouges, charmés. Plus loin, un vitrail lumineux de riches fleurs végétales et humaines; son enfant divin à l’épaule, une apparition auréolée de femme, devant laquelle deux autres joignent les mains parmi les fleurs, au geste d’un séraphin d’où s’exhalent, ainsi que d’un calice miraculeux, les paroles mystiques. Flore surnaturelle qui prie et chair qui fleurit, sur le seuil indécis du conscient et de l’inconscient.
Toutes ces toiles et les autres encore, sur lesquelles même remarque peut être instituée, dénote assez, chez Gauguin, la corrélation intime du thème et de la forme. Mais l’harmonisation savante de couleurs, surtout, y est significative et parachève le symbole. Les tons se fondent ou s’opposent en dégradations qui chantent comme une symphonie aux chœurs multiples et variés et jouent leur rôle vraiment orchestral.
Traitée ainsi, la couleur, qui est vibration, de même que la musique, atteint ce qu’il y a de plus général et, partant, de plus vague dans la nature: sa force intérieure. Il était donc logique, dans l’état actuel du sentiment esthétique, qu’elle envahît peu à peu la place du dessin, dont l’utilité suggestive passe désormais au second plan.
Et ici, se précise le but où tendent les divers arts et quasi le lieu de leur rencontre: édifier la cité future de la vie spirituelle, dont la poésie qui est état d’âme serait le geste ordonnateur, la musique, l’atmosphère et la peinture, le décor merveilleux. En effet, les essais épars, tentés jusqu’ici, ne signifient rien, s’ils ne sont les ébauches premières et comme la divination de cette ère de construction idéale. L’humanité sent plus ou moins obscurément que son état actuel de réalité besogneuse et quotidienne n’est que transitoire; et le craquement sourd des vieilles formes sociales est l’indice significatif de cette impatience à établir enfin, après la sécurité des instincts de nutrition, le jeu désintéressé d’une vie cérébralement sensitive.
En son enfance émerveillée au mirage nouveau des choses elle situa, parmi les lianes inextricables de ce monde extérieur, les palais enchantés où règnent les fées. Puis vint la période d’abstraction où se formulèrent les méthodes scientifiques riches en divisions, classifications et catégories de toute sorte. Chaque objet fut pris à part, étudié, pesé, disséqué, défini. Fier de sa dialectique, l’Esprit humain en vint à la considérer en elle-même et, sophistiquement, à la croire, comme fit Kant, seule réelle. Mais l’illusion dura peu. Des penseurs hautains rejetèrent loin d’eux ce vain instrument, dont la stérilité est comparable à celle d’une machine qui fonctionne à vide. Les mystiques déjà, pour leur compte ne trouvant point en cette sécheresse des syllogismes la satisfaction du sentiment, s’étaient rejetés vers l’extase comme voie plus directe de connaissance et plus sûre. Mais, outre que cet état est peu accessible aux âmes vulgaires, et, dangereux vertige, la passivité contemplative laisse sans objet toute la part d’action qui est en nous.
L’art, tel qu’il est considéré aujourd’hui, l’art orphique semble donc de venir à point pour succéder à la faveur des modes discursifs de la pensée discrédités et nous conduire à la belle conquête, lui qui attendrit les fauves et fait se mouvoir en cadence harmonieuse les môles informes. L’art, en effet, symbolise avec la nature, étant création: et cette création équivaut à une idée, puisque créer, c’est comprendre. Il renferme donc en lui le trait d’union du conscient et de l’inconscient. D’où il est permis d’espérer que, par un processus analogue à l’intuition de Schelling, qui entrevit le vrai, se formulera une sorte d’agnosticisme esthétique, magnifiant l’Olympe suprême de nos rêves, dieux ou héros.
Entre tous autres, la peinture est l’art qui préparera les voies en résolvant l’antinomie du monde sensible et de l’intellectuel. Et, en présence d’une œuvre telle que celle de Gauguin, on se prend à imaginer quelque des Esseintes, non le maniaque gâteux que nous savons, collectionneur de bibelots inanes, pourvoyeur d’hystéries ou artificier chinois, mais bellement intellectuel qui de libre fantaisie édifierait la haute lice de ses rêves. Les fresques lumineuses d’un Gauguin y figureraient le paysage mural, où chanteraient en mystère les symphonies d’un Beethoven ou d’un Schumann, tandis que les paroles sacrées des lyrismes scanderaient solennellement la légende spirituelle de l’odyssée humaine.
A. Delaroche.
Les crevettes roses.
(Avant.) Hiver 86.
La neige commence à tomber, c’est l’hiver; je vous fais grâce du linceul, c’est simplement la neige. Les pauvres gens souffrent. Souvent les propriétaires ne comprennent pas cela.
Or, ce jour de décembre, dans la rue Lepic, de notre bonne ville de Paris, les piétons se pressent plus que de coutume, sans aucun désir de flâner. Parmi ceux-là un frileux, bizarre par son accoutrement, se dépêche de gagner le boulevard extérieur. Peau de bique l’enveloppe, bonnet de fourrure,—du lapin sans doute,—la barbe rousse hérissée. Tel un bouvier.
Ne soyez pas observateur à demi et malgré le froid ne passez pas votre chemin sans examiner avec soin la main blanche et harmonieuse, l’œil bleu si clair, si enfant. C’est un pauvre gueux assurément.
Il se nomme Vincent Van Gogh.
Hâtivement il entre chez un marchand de flèches sauvages, vieille ferraille et tableaux à l’huile à bon marché.
Pauvre artiste! tu as donné une parcelle de ton âme en peignant cette toile que tu viens vendre.
C’est une petite nature morte, des crevettes roses sur un papier rose.
—Pouvez-vous me donner pour cette toile un peu d’argent pour m’aider à payer mon loyer?
—Mon Dieu, mon ami, la clientèle devient difficile, elle me demande des Millet bon marché: puis vous savez, ajoute le marchand, votre peinture n’est pas très gaie, la renaissance est aujourd’hui sur le boulevard. Enfin, on dit que vous avez du talent et je veux faire quelque chose pour vous. Tenez, voilà cent sous.
Et la pièce ronde tinta sur le comptoir. Van Gogh prit la pièce sans murmure, remercia le marchand et sortit. Péniblement il remonta la rue Lepic; arrivé près de son logis, une pauvre, sortie de Saint-Lazare, sourit au peintre, désirant sa clientèle. La belle main blanche sortit du paletot; Van Gogh était un liseur, il pensa à la fille Élisa et sa pièce de 5 francs devint la propriété de la malheureuse. Rapidement, comme honteux de sa charité, il s’enfuit l’estomac creux.
INDD
(Après).
Un jour viendra et je le vois comme s’il était venu. J’entre à la salle nº 9 de l’hôtel des Ventes; le commissaire-priseur vend une collection de tableaux, j’entre. «400 francs les Crevettes roses, 450, 500 francs. Allons, Messieurs, cela vaut mieux que cela.»
Personne ne dit mot. Adjugé les Crevettes roses par Vincent Van Gogh.
*
* *
Au dix-septième de latitude sud, là comme ailleurs, conseillers généraux, juges, fonctionnaires, gendarmes, et un gouverneur. Toute l’élite de la société. Et le gouverneur dit: «Voyez-vous, mes enfants, dans ce pays, il n’y a pas d’autre chose à faire que de ramasser des pépètes.»
Un conseiller général, très sage du reste, propose d’incarner entre deux chapitres du rapport un petit aléa (ne cherchez pas): il veut dire incarcérer un petit alinéa concernant l’argent chilien.
Un gros procureur, procureur de la République, après avoir interrogé deux jeunes voleurs, me rend visite. Dans ma case, il y a des choses bizarres, puisque non coutumières: des estampes japonaises, photographies de tableaux, Manet, Puvis de Chavannes, Degas, Rembrandt, Raphaël, Michel-Ange, Holbein.
Le gros procureur (un amateur qui a un très joli coup de crayon, dit-on), regarde, et devant un portrait de femme de Holbein du musée de Dresde, il me dit: «C’est d’après une sculpture... n’est-ce pas?
—Non. C’est un tableau de Holbein, école allemande.
—Eh bien, ça ne fait rien, ça ne me déplaît pas, c’est gentil.»
Holbein? gentil.
Sa voiture l’attend, et il va plus loin en vue de l’Orofena déjeuner gentiment, sur l’herbe, entouré d’un gentil paysage.
Est-il gentilhomme? je ne sais.
Le curé aussi (la classe instruite), me surprend en train de peindre un paysage.
«Ah Monsieur! vous tirez là une bien belle perspective!»
Rossini disait: «Je sais bien que ze ne souis pas un Bach, mais ze sais aussi que ze ne souis pas un Offenbach.»
Je suis le plus fort joueur de billard, dit-on, et je suis Français. Les Américains enragent et me proposent un match en Amérique. J’accepte. Des sommes énormes sont engagées.
Je prends le paquebot pour New-York, tempête affreuse; tous les passagers sont affolés. Je dîne parfaitement, je bâille et je m’endors.
Dans une grande salle luxueuse, luxe américain, la fameuse partie s’engage: mon partner joue le premier. 140 points! l’Amérique se réjouit.
Je joue. Toc, tic et toc, et toujours comme cela, lentement, également. L’Amérique se désespère. Soudain une fusillade bien nourrie assourdit la salle. Mon cœur n’a pas sursauté: toujours lentement, également, les billes zig-zaguent. Toc tic et toc: deux cents, trois cents.
L’Amérique est vaincue.
Et toujours je bâille; lentement, également, les billes zigzaguent. Toc, tic et tac.
On dit que je suis heureux... Peut-être.
Le grand tigre royal, seul avec moi dans sa cage: nonchalamment il demande la caresse, me faisant signe de sa barbe et de ses crocs que les caresses suffisent. Il m’aime, je n’ose le battre; j’ai peur et il en abuse: je supporte malgré moi son dédain. Et cette peur me rend heureux.
La nuit ma femme cherche mes caresses, elle sait que j’en ai peur et elle en abuse: et tous deux, des fauves aussi, nous menons la vie, avec peur et bravoure, avec joies et douleurs, avec force et faiblesse, regardant le soir à la lueur des quinquets, suffoqués des puanteurs félines, la foule stupide et lâche, affamée de mort et de carnage, curieuse du spectacle horrible des chaînes de l’esclavage, du fouet et de la pique, à jamais assouvie des hurlements des patients. A la sortie, mon vieux perroquet, intelligemment dit aussi son mot: «As-tu déjeuné, Jacquot?»
A ma gauche, la baraque aux animaux savants. L’orchestre cacophone pour entretenir l’harmonie: deux pauvres pitres, des hommes. Les rois de la création se donnent des giffles, des coups de pied. Les singes si instruits ne veulent les imiter.
A ma droite, la modeste baraque des mineurs. Les enfants jolis, innocents entrent là-dedans et suivent de leurs yeux si doux des créatures humaines en fer et en miniature grattant la terre et c’est noir. Au sortir les bébés émerveillés disent que c’est bien joli.
Le marchand de journaux passe en criant: «Demandez la grève des mineurs.»
Image de la vie et de la société.
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Critiques anodines.
Dans des sentiers convergents des figures campagnardes, nulles de pensées, cherchent on ne sait quoi.
Cela pourrait être de Pissarro.
Sur le bord de la mer un puits: quelques figures parisiennes de rayures habillées et bigarrées, assoiffées d’ambition sans doute, cherchent dans ce puits tari l’eau qui pourrait les désaltérer. Le tout de confetti.
Cela pourrait être de Signac.
Les belles couleurs, sans qu’on s’en doute, existent et se devinent derrière le voile que la pudeur a tiré. D’amour conçues les fillettes évoquent la tendresse, les mains saisissent et caressent.
Sans hésiter je dis que c’est de Carrière.
La vidangeuse, le vin à quatre sous, la maison du pendu.
Impossible à décrire. Faites mieux, allez les voir.
D’un compotier les raisins mûrs dépassent la bordure: sur le linge, les pommes vert pomme et celles rouge prune se marient. Les blancs sont bleus et les bleus sont blancs. Un sacré peintre que ce Cézanne.
Avec un camarade devenu célèbre il se rencontre en se croisant sur le pont des Arts. «Tiens, Cézane, où vas-tu?—Comme tu vois, je vais à Montmartre et toi à l’Institut.»
Un jeune Hongrois me dit qu’il était élève de Bonnat. Mes compliments, lui ai-je répondu, votre patron vient de remporter le prix au Concours du Timbre-Poste avec son tableau au salon.
Le compliment fit son chemin; vous pensez si Bonnat fut content et le lendemain le jeune Hongrois faillit me battre.
X un pointilliste. Ah! oui celui qui les fait le plus rond.
*
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Les vases cloisonnés.
Là bas, bien loin de mon patelin, la campagne niponne est couverte de neige; tout le monde est dans les fermes.
Pour vous éviter d’entrer par la cheminée, les portes étant fermées, je vais vous introduire par le seul fait d’une narration au milieu d’une famille niponne. Paysans neuf mois de l’année, artistes les trois mois d’hiver. Et ce que vous aurez vu dans une maison suffira à votre enseignement; toutes sont pareilles, animées de la même vie, des mêmes travaux, et surtout de la même gaieté. L’intérieur est tout ce qu’on veut, une petite fabrique, un dortoir, un réfectoire, etc... rappelant par la petite boîte si bien décrite par notre grand académicien Pierre Loti.
Vous ne trouverez pas non plus la petite Chrysanthème sœur de Rarahu la Tahitienne; toutes deux incapables de comprendre un cœur distingué de jeune homme déjà blasé et pourri. Pourri aussi le jeune homme japonais, mais pas encore désillusionné. Il n’a d’ailleurs pas encore à côté de lui son frère Yves pour pouvoir s’épancher. Dans une maison japonaise tout est simple et composé, la nature et l’imagination. On fonctionne et l’on mange à tous les fruits et la nature est riche en fruits. Vous m’entendez bien, Loti, mais il faut savoir y goûter, oublier qu’on est officier. Que diable! on ne couche pas avec ses épaulettes.
Le sucre et le poivre. Goûtez-y, ce n’est pas si mauvais que cela.
Ah! que le thé a un bon parfum quand on le boit dans une tasse qu’on a faite soi-même, si librement décorée.
Et ces adorables petits paniers que chacun prépare pour la cueillette des cerises au beau temps revenu: tressés par des doigts agiles: arabesques japonaises leur donnent une signature.
Et ces merveilleux vases cloisonnés qui demandent tant de patience, d’adresse et de goût. Chaque paysan japonais fabrique son vase pour y mettre à la belle saison des bouquets.
Paysan! en dehors des lettrés, gens de la campagne, gens de la ville, c’est la même chose.
Voulez-vous que nous assistions à l’opération? ce sera l’affaire de deux ou trois mois pour ceux-là, et quelques instants pour vous et moi. Je ne mettrai pas votre patience à l’épreuve par de longues narrations (histoire de remplir des pages). Les éditeurs n’aiment pas cela quand le livre ne rapporte pas des billets de mille.
D’ailleurs ceci n’est pas un livre, tout au plus un bavardage.
Tout d’abord le paysan nipon fait avec soin son dessin et sa composition sur un morceau de papier qui déroulé est de même surface que celle du vase. Il sait dessiner, pas précisément comme chez nous d’après nature, mais à l’école tout enfant on lui a appris un schéma général établi d’après les maîtres.
Les oiseaux au vol, au repos, les maisons, les arbres, tout enfin dans la nature, a une forme invariable que l’enfant arrive vite à posséder au bout des doigts. La composition seule ne lui est point enseignée et l’imagination la plus vagabonde est encouragée.
Voilà donc notre habitant nipon installé avec un vase de cuivre devant lui, son dessin bien en vue à côté de lui.
Des pinces, des cisailles, fil de cuivre aplati: voilà son outillage.
Avec dextérité il donne à son fil de cuivre placé sur champ toutes les formes exactement semblables au dessin qui est devant lui, puis, au moyen du borax, il soude tous ces contours sur le vase en cuivre, bien entendu à leur place, correspondant au dessin sur le papier. Cette opération terminée, non sans un soin extrême et une grande habileté, remplir tous les vides avec des pâtes céramiques de couleurs différentes n’est plus qu’un jeu d’enfants. Toutefois, avec réflexion et un sens tout particulier des harmonies infiniment variées sans le souci des complémentaires. Le progrès n’est pas encore là: je ne sais si technique il y a. L’artiste a terminé son œuvre d’art et il devient habile céramiste. Il n’a plus qu’à cuire son vase. Le four en terre réfractaire se trouve chez tous les marchands: les paysans en ont toujours de différentes grandeurs. Une petite porte y est ménagée pour y introduire et retirer l’indicateur du degré de cuisson. Les femmes, les enfants entrent en lice: on entoure le four et son contenu avec du charbon qu’on allume doucement, tout doucement. Chacun avec son éventail attise progressivement le feu, et ce sont les jeux innocents.—Monsieur le curé n’aime pas les O—non point des paroles, mais avec des gestes, jeu auquel tous sont très exercés.
Les enchères sont les bijoux, les peignes, tout cela dit et enlevé rapidement. On s’échauffe, l’éventail va, toujours de plus en plus activé: l’œuvre infernale s’accomplit dans la cornue; les rires, les chants accompagnent ce simulacre de Sabbat. Les gages sont vite épuisés et les combattants finissent par être comme au premier âge dans la belle nudité. Pas une seule feuille de vigne. N’ayant plus rien à donner, on se donne, et je vous promets que ni le notaire, ni M. le maire ne régularisent des amours d’un instant qui ne sauraient être éternelles.
Il est tard, et tout se refroidit, les jeunes gens et la terrible cornue, doucement, tout doucement. Le repos après l’œuvre accomplie.
Le matin tout est calme, et sur un de ces petits bahuts japonais incrusté de nacre, le vase fait son apparition première car il n’est pas encore terminé. Mais on veut déjà en jouir un tant soit peu. S’éloignant, se rapprochant, l’artiste examine son œuvre.
S’il gronde, les enfants trouvent le vase très laid, tandis que s’il est gentil et qu’il donne des bonbons, le plus petit, le bébé, dit Oui et se tait; le plus grand admire et dit: «Papa qu’il est beau!» bien entendu il dit cela en japonais.
Pour terminer le vase on travaille chaque jour pour le polir avec soin.
Et au printemps on va par couples gais et heureux, s’égarer dans des forêts de fleurs où au parfum aphrodisiaque les sens reprennent de la vigueur; on fait des bouquets qui vont si bien dans les vases cloisonnés.
P.-S.—Autrefois je racontai cela à quelqu’un que je croyais intelligent et quand j’eus terminé il me dit:
«Mais vos Japonais sont de rudes cochons!»
Oui, mais dans le cochon, tout est bon.
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* *
A ce propos, Remy de Gourmont dans le Mercure dit:
«C’est vraiment un spectacle unique dans l’histoire que cette furieuse préoccupation de la morale sexuelle qui abrutit sous nos yeux indifférents tant d’hommes doux et tant de femmes aimables.»
Bébé youtre va aux Tuileries jouer; sa bonne l’y conduit.
Bébé youtre aperçoit un petit chrétien bien las aussi de jouer avec son superbe cheval de bois: il s’approche et regardant avec dédain le cheval de bois, il dit: «Bien laid ton dada!» puis il joue avec son ballon rouge avec des éclats de joie.
Croquis de toutes sortes, au hazard de la plume, au
hazard de l’imagination; tendances folles. Mais ce n’est pas de
l’illustration. Pourquoi de l’illustration? n’avez-vous pas la
photographie. Mais ce n’est pas sérieux? Vous vous trompez, c’est ce
qu’il y a de plus sérieux; le reste c’est de l’exécution. L’instrument
ne vient qu’après.
Notes de l’auteur—
Les effets ça existe où ça fait bien; ça fait de l’effet. Ne pas trop en abuser cependant si ce n’est pour éviter le dessin et la couleur.
Quand je doute de l’orthographe l’écriture devient illisible. Que de gens usent de ce stratagème en peinture—si le dessin et la couleur les embarrassent.
Chez les Japonais les valeurs n’y sont pas et ma foi tant mieux. Tout cela dépend du point de vue où on se place—Dans les tirs il y a une décoration de perspective. Les tapisseries s’en passent:
Les peintures murales sont dans le même cas. On doit toujours sentir le mur.
D’agréable compagnie sans apprêts. Ce ne sont pas des négresses ce sont
des Maories. L’auteur a soin de le dire histoire de renseigner la
critique.
P.G
Bébé chrétien pleure, puis en soupirant, timidement il dit: «Veux-tu changer.»
Bébé youtre rentre triomphalement à la maison avec le cheval de bois; et le père s’écrie: «Mamour d’enfant, c’est tout mon portrait. Il ira loin.»
Ne conseillez, ni gourmandez quelqu’un qui vient vous demander un service, surtout si vous ne le lui rendez pas.
Prenez garde de marcher sur le pied d’un imbécile instruit: sa morsure est inguérissable.
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* *
Ce fut à l’époque des Tamerlan, je crois, en l’an X avant ou après Jésus-Christ. Qu’importe? Souvent précision nuit au rêve, décaractérise la Fable. Là-bas du côté où le soleil se lève ce qui fit appeler cette contrée le Levant, en un bosquet odorant quelques jeunes gens au teint basané, mais cheveux longs contrairement aux usages de la foule soldatesque, indice de leur future profession se trouvaient réunis.
Ils écoutaient, je ne sais si respectueusement, le grand professeur Vehbi-Zunbul-Zadi, le peintre donneur de préceptes. Si vous êtes curieux de savoir ce que pouvait dire cet artiste en des temps barbares, écoutez:
Il disait:
«Employez toujours des couleurs de même origine. L’indigo est la meilleure base; il vient jaune traité par l’esprit de nitre et rouge dans le vinaigre. Les droguistes en ont toujours. Tenez-vous-en à ces trois colorations. Avec de la patience vous saurez ainsi composer toutes les teintes. Laissez le fond de votre papier éclaircir vos teintes et faire le blanc, mais ne le laissez jamais absolument nu. Le linge et la chair ne se peignent que si l’on a le secret de l’art. Qui vous dit que le vermillon clair est la chair et que le linge s’ombre de gris? Mettez une étoffe blanche à côté d’un chou ou à côté d’une touffe de roses et vous verrez si elle sera teintée de gris.
«Rejetez le noir et ce mélange de blanc et de noir qu’on nomme gris.
«Rien n’est noir et rien n’est gris. Ce qui semble gris est un composé de nuances claires qu’un œil exercé devine. Qui peint n’a point pour tâche comme le maçon de bâtir, le compas et l’équerre à la main, sur le plan fourni par l’architecte. Il est bon pour les jeunes gens d’avoir un modèle, mais qu’ils tirent le rideau sur lui pendant qu’ils le peignent. Mieux est de peindre de mémoire, ainsi votre œuvre sera vôtre, votre sensation, votre intelligence et votre âme survivront alors à l’œil de l’amateur.
«Il va dans son écurie quand il veut compter les poils de son âne, voir combien il en a à chaque oreille et déterminer la place de chacun.
«Qui vous dit que l’on doit chercher l’opposition de couleur?
«Quoi de plus doux à l’artiste que de faire discerner dans un bouquet de roses la teinte de chacune. Deux fleurs semblables ne pourraient donc jamais être feuille à feuille?
«Cherchez l’harmonie et non l’opposition, l’accord et non le heurt. C’est l’œil de l’ignorance qui assigne une couleur fixe et immuable à chaque objet; je vous l’ai dit, gardez-vous de cet écueil. Exercez-vous à le peindre accouplé ou ombré, c’est-à-dire voisin ou mis derrière l’écran d’objets, d’autres ou semblables couleurs que lui. Ainsi vous plairez par votre variété et votre vérité, la vôtre. Allez du clair au foncé, du foncé au clair. Votre travail ne sera jamais trop long, l’œil cherche à se récréer par votre travail, donnez-lui joie et non chagrin. C’est au faiseur d’enseignes qu’appartient la reproduction de l’œuvre d’autrui. Si vous reproduisez ce qu’un autre a fait, vous n’êtes plus qu’un faiseur de mélanges: vous émoussez votre sensibilité et immobilisez votre coloris. Que chez vous tout respire le calme et la paix de l’âme. Aussi évitez la pose en mouvement. Chacun de vos personnages doit être à l’état statique. Quand Oumra a représenté le supplice d’Ocraï il n’a point levé le sabre du bourreau, prêté au Khakhan un geste de menace et tordu dans les convulsions la mère du patient. Le sultan assis sur son trône plisse sur son front la ride de la colère: le bourreau debout regarde Ocraï comme une proie qui lui inspire pitié, la mère appuyée sur un pilier témoigne de sa douleur sans espoir, par l’affaissement de ses forces et de son corps. Aussi une heure se passe-t-elle sans fatigue devant cette scène plus tragique dans son calme que si la première minute passée l’attitude impossible à garder eût fait sourire de dédain.
«Appliquez-vous à la silhouette de chaque objet; la netteté du contour est l’apanage de la main qu’aucune hésitation de volonté n’affadit.
«Pourquoi embellir à plaisir et de propos délibéré; ainsi, la vérité, l’odeur de chaque personne, fleur, homme ou arbre disparaît; tout s’efface dans une même note de joli qui soulève le cœur du connaisseur. Ce n’est point à dire qu’il faille bannir le sujet gracieux, mais il est préférable de rendre comme et tel que vous voyez que de couler votre couleur et votre dessin dans le moule d’une théorie préparée à l’avance dans votre cerveau.»
Quelques murmures se font entendre dans le bosquet: si le vent ne les eût emportées, on aurait peut-être entendu quelques paroles malsonnantes: Naturaliste, Pompier, etc... Mais le vent les emporta, cependant Mani fronça le sourcil, appela ses élèves anarchistes puis continua.
«Ne finissez point trop, une impression n’est point assez durable pour que la recherche de l’infini détail faite après coup ne nuise au premier jet: ainsi vous en refroidissez la lave et d’un sang bouillonnant vous en faites une pierre. Fût-elle un rubis rejetez-la loin de vous.
«Je ne vous dirai point quel pinceau vous devez préférer, quel papier vous prendrez et à quelle orientation vous vous mettrez. Ce sont là choses que demandent les jeunes filles à longs cheveux et à esprit court qui mettent notre art au niveau de celui de broder des pantoufles et de faire de succulents gâteaux.»
Jugements contemporains.
Une pétulante dame, mûre, trop mûre, une femme qui m’avait effrayé et que moi, Joseph, n’avais pas osé comprendre, dit à ma fiancée: «Voyez-vous, mon enfant, vous allez épouser un honnête garçon, mais ce qu’il est bête! ce qu’il est bête!»
Un peu plus tard, un jeune peintre fraîchement débarqué, dit:
«Gauguin, voyez-vous, c’est un grossier matelot, très adroit à faire des petits bateaux, toutes voiles dessus, et bien encadrés: un tel peut-être le dégourdira.»
Voilà, ce me semble, de quoi se préserver du péché d’orgueil.
Encore plus tard, un autre tout jeune homme précoce écrivit:
«Ardent pionnier j’ai remué la terre, le cerveau plein d’idées, et je n’ai rien trouvé, ce que voyant, Gauguin, plus savant ramassa toutes les richesses.»
De ce chercheur un amoureux d’art a dit: «Il décalque un dessin, puis il décalque ce décalque, ainsi de suite jusqu’au moment où, comme l’autruche la tête dans le buisson il trouve que ça ne ressemble plus et alors!! il signe.
Pour se venger de Gauguin, ce charmant jeune homme entretenu par un mécène croyant écrivit à un ami de Gauguin:
«Mon cher et tendre ami, Gauguin vous a fait cocu.»
Cet ami, convaincu à juste titre de la calomnie répondit: «Que nenni.» Et notre charmant jeune homme pour se venger de cet ami incroyant qui était peintre aussi, mit sur une lettre à son adresse: «Monsieur Z, propriétaire,» ce que voyant l’ami écrivit au Caire: «Monsieur Zéro, locataire.»
Voilà de quoi vous apprendre à ne pas fréquenter les impudents. De tout cela je n’ai garde; le chemin se fait de plus en plus rude, on vieillit. Le souvenir du mal en fumée s’évanouit, le velours sur la conscience cache les épines, adoucit les morsures.
La gloire est peu de chose si le piédestal mal construit s’effondre au moindre souffle. D’ailleurs, les vrais l’évitent; c’est si bon la solitude, si rassérénant l’oubli quand consciencieux du péché, on désire la délivrance tout en redoutant l’Après inconnu.
Géant tu es mortel, cela suffit à t’humilier. Problème qu’on cherche à résoudre, facile au début, sphinx à la mort.
Poignée de menues pièces de monnaie jetées au vent par un Crésus et qu’après dispute le plus fort ou le plus adroit ramasse en minime partie, glorieux de sa victoire. Il doit vite en rabattre quand chez le marchand de tabac il en demande pour sa piécette de deux sous qu’il a si difficilement ramassée.
Mon voisin dit: «C’est quelque chose, la philosophie du Monsieur tant mieux, c’est beaucoup, et moi qui ne suis qu’un serin, je dis c’est bien peu de chose.»
«Mon Dieu, disait-elle, il est très honnête: mais... ce qu’il est bête!!
Ceci n’est pas un livre.
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Dans le sentier muletier, bleus tous deux, rayés argentés deux braves ondulent devant eux, car la ligne courbe certainement est la plus courte: le vin de l’administration dérigide les jarrets, empâte la langue. Que ce serait la même chose que dans la chanson si ce n’était aux Marquises, quand apercevant une petite frimousse dorée que vous ne sauriez appeler Grille d’Égoût ou la Goulue, le brigadier, s’écria: «Pour moi!» et que subséquemment le gendarme répondit: «Brigadier vous n’avez pas raison.»
Et la petite frimousse de répondre aussi sans se fâcher.
Le premier payera deux piastres: le second n’en payera qu’une.
Cette fois le gendarme pensant que la petite était aussi bécarre qu’à Paris répondit: «Brigadier, vous avez raison. Mais non... mais non, à vous monsieur le gendarme de tirer le premier, tout comme les Anglais.»
Mais un gendarme ne saurait passer devant son brigadier. On a beau être aux Marquises, ces dames sont dans le train; d’ailleurs les missionnaires leur disent. Le péché doit avoir son excuse. La monnaie c’est l’excuse...
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Lisant le Journal des Voyages, un homme pense quitter Paris, une civilisation qui l’obsède; il prend le train et le bateau à Marseille, navire somptueux.
Déjà sur le navire, quelques jours de marche et il commence à connaître ce monde colonial qu’il ne soupçonnait pas.