[33] The Romance of Chastisement; or Revelations of the School and Bedroom. By an Expert.
Ce livre roule principalement sur la Castigation de jeunes filles et l'auteur semble y trouver un réel plaisir. Il croit qu'une femme opérant sur elle-même ou sur quelqu'un de son propre sexe éprouve dans la même mesure du plaisir.
Dans l'exposé de ses théories l'auteur cherche à démontrer que celui qui reçoit les coups en éprouve également de la jouissance et ce, presque au même degré que celui qui inflige la correction.
Un seul passage est vraiment nouveau et pittoresque, dans lequel l'auteur affirme l'existence de derrières qui rougissent de honte, tout comme le visage.
Il cite à l'appui un cas particulier.
L'auteur de cet ouvrage avait un manuscrit qui n'a pas été publié et qui se trouve actuellement en possession d'un bibliophile de Londres. Il comprend les contes suivants: «Les Vacances de Richard», «Un Plongeon dans l'Atlantique», «Le château de Cara» et «L'Histoire de Sam[34].» Il y a encore huit morceaux en prose et en vers soit: «Les Leçons d'Allemand», «Devait-il le faire?», «Récits de l'École», «Le four de la Reconnaissance, ou Réminiscences rivales», «Réminiscences de Félix Easyman Esq.»—y compris «Autobiographie» et «Barnania», «l'Eton d'Antan» (comprenant l'Histoire de Kitty et l'Histoire d'Esther) etc., etc. Puis un supplément au Roman de la Castigation[35].
[34] Harry's Holidays. A Dip in the Atlantic; Castle Cara; Sam's Story.
[35] «The German Lessons», «Did he ought to do it?», «Tales out of School», «The Reckoning Day or Rival Recollections», «Reminiscences of Felix Easyman Esq.», «Eton of Old» etc., etc.
La Sublimité de la flagellation, en lettres de Mme Termagant Flaybum, de Birch-Grove, à lady Harriet Tickletail, de Bumfiddle-Hall. Dans lequel sont présentés le magnifique conte de la Coquette châtie (sic) en français et en anglais et Le Brosseur de derrières du pensionnat ou les Détresses de Laure. Orné d'une superbe planche.
Longtemps tourmenté, sans savoir exactement par quoi, je dévorais d'un œil ardent, chaque belle femme; mon imagination les rappelait sans cesse à ma mémoire, uniquement pour les dompter à ma façon et les transformer en autant de demoiselles Lambercier.
(J.-J. Rousseau, Confessions, vol. I.)
Londres. Imprimé pour George Peacock.[36]
[36] Sublime of Flagellation; In Letters from Lady Termagant Flaybum, of Birch-Grove, to Lady Harriet Tickletail, of Bumfiddle-Hall. In which are introduced The Beautiful Tale of La Coquette Chatie (sic), in French and English, and The Boarding-School Bumbrusher; or the Distresses of Laura. Decorated with a superb Print.
Long tormented, without knowing by what, I devoured with an ardent eye every fine woman; my imagination recalled them incessantly to my memory, solely to submit them to my manner, and transform them into so many Miss Lamberciers.
(Rousseau, Confessions, vol I.)
London: Printed for George Peacock.
Ce volume contient quelques anecdotes piquantes, mais au demeurant, il peut être placé au même rang que les ouvrages médiocres de ce genre. Il présente cependant une nouveauté en ce sens que l'honneur y est mêlé. Une jeune danseuse, amante d'un riche lord, ne veut pas répondre à l'amour du fils de ce dernier, qu'elle a des scrupules de trahir, mais elle assouvit la passion du jeune homme qui l'idolâtre, en lui distribuant généreusement force coups de cravache, ce dont l'amoureux paraît ravi.
Vénus Maîtresse d'école; ou Sports du bouleau. Par R. Birch, traducteur des Mémoires de Manon.
Imprimé pour Philosemus, embelli d'une jolie planche. Prix: 10s. 6d.[37].
[37] Venus School Mistress; or Birchen Sports. By R. Birch, Translater of Manon's Memoirs. Printed for Philosemus. Embellished with a Beautiful Print. Price 10s. 6d.
Cet ouvrage fut réimprimé à plusieurs reprises. C'est une œuvre très mal écrite qui relate les aventures de miss Birch, la fille d'une femme qui dirigeait un externat et qui ne laissait jamais passer une occasion de fesser ses élèves. Miss Birch y prend goût et en fin de compte monte à son tour une école avec une de ses amies. «Et maintenant, dit-elle, nous vivons ensemble et fouettons, comme deux petits diables aussi bien les petits garnements que les grands.» Les aventures relatées dans ce volume sont très terre à terre, à l'exception peut-être de quelques passages.
Un détail à noter: une deuxième page—faux titre—d'une édition réimprimée vers 1830 par Carmon, porte la désignation suivante:
«Aphrodite flagellatrix: Sive Ludi Betulani De gustibus non est disputandum. Romæ Apud Plagossum Orbilium, In viam flagrorum sub signo flagelli 1790[38].»
[38] Vénus Flagellatrice.
Il ne faut pas discuter sur les goûts. A Rome: Chez Plagosus Orbilius. Dans la rue des Flagrants, à l'Enseigne des Verges. 1790.
La Favorite de Vénus; ou Secrets de mon Mémorandum: expliqué dans la vie d'une Dévote du Plaisir. Par Thérésa Berkley.
«Ciels! Quelle sensation! Comment puis-je décrire les plaisirs de la verge!—Son contact magique est si enivrant—si enchanteur—si—…»
Illustré avec de belles illustrations. Londres: Imprimé et publié par J. Sudbury, 252, High-Holborn[39].
[39] The Favorite of Venus; or, Secrets of my Note Book: Explained in the Life of a Votary of Pleasure. By Theresa Berkley.
«Heavens! what a sensation! how can I describe the pleasures of the Rod!—its magic touch is so enthralling—so enchanting—so…
Illustrated with Fine Engravings. London: Printed and Published by J. Sudbury, 252 High-Holborn.
Ce livre traite des amours d'un garçon livreur qui va porter aux clients les marchandises achetées dans la boutique de son père. Mais comme cette clientèle se compose presque uniquement de femmes entretenues et de prostituées, les épisodes sont d'une nature quelque peu triviale et l'ouvrage en lui-même est très terre-à-terre, sans grande valeur littéraire.
Les Camarades d'École; ou Guide des Jeunes Filles en Amour, En une série de lettres. Y compris quelques anecdotes-curieuses sur la Flagellation. Auxquelles on a ajouté, la singulière et divertissante Histoire de la Vie et de la Mort d'un Godemiche, enrichie de fines gravures. Première partie. Londres; imprimé par John Johnes, Whitefriars[40].
[40] The School-Fellows; or, Young Ladies' Guide to Love. In a Series of Letters. Including Some Curious Anecdotes of Flagellation. To which is added, The Singular and Diverting History of The Life and Death of a Godemiche. Enriched with Fine Engravings. Part the First. London; Printed by John Jones, Whitefriars.
En neuf lettres Cécile et Émilie rappellent l'une à l'autre les moments qu'elles ont passés ensemble à l'école et retracent les aventures amoureuses qu'elles ont eues depuis leur séparation. Ces lettres roulent principalement sur la masturbation et la flagellation. Le style est très pauvre, les expressions triviales et le sujet dépourvu d'intérêt.
La Nuit de noces; ou Batailles de Vénus, une Révélation voluptueuse, formant la Vie Intéressante d'une courtisane de qualité, forcée par le besoin à Prostituer son Corps pour de l'Or; elle est prise en garde par différentes Personnes Riches et Pieuses et devient fameuse par ses méthodes Artistiques et Licencieuses de ranimer les instincts animals, de faire renaître l'énergie décroissante avec l'âge, et pour rendre à la Torche qui s'éteint une nouvelle Lumière. Dans cet ouvrage on trouvera quelques curieuses Anecdotes sur la Flagellation et sur d'autres succédanés pratiqués en cette science méritoire sur les Vieux et les Jeunes. Le tout formant la narration (sic) la plus intéressante d'intrigues et de débauche qui ait jamais été offerte au public!!![41]
[41] The Wedding Night; or, Battles of Venus, a Voluptuous Disclosure, being the Interesting Life of a Courtezan of quality, compelled by necessity to Prostitute her Person for Gold, etc., etc… In this Work will be found some CURIOUS ANECDOTES OF FLAGELLATION and of other strange succedaneums practiced in the meretricious science upon old and young. etc., etc. Illustrated with curious Engravings. J. Turner, 50 Holywell street. Price 3s. 6d.
Illustré de curieuses gravures. J. Turner, 50 Holywell Street. Prix 3s. 6d.
Le titre de cet ouvrage n'a absolument rien de commun avec son contenu. Il n'est pas question du tout d'une nuit de noces, pas même en passant. Le livre n'est nullement obscène. Il retrace la vie d'une jeune fille de tempérament ardent que les instincts sensuels, les revers de ses parents et d'autres circonstances jettent dans les bras d'un homme de position qui l'entretient, mais qu'elle ne parvient pas à aimer. Elle change d'amant, mais ne trouve le bonheur qu'auprès d'un jeune homme pauvre qui, mourant bientôt, la laisse de nouveau seule.
Elle mène une existence aventureuse, fait le trottoir, et parvient, au moyen de ses économies, à monter une maison hospitalière, où les vieux messieurs trouvent tout ce qu'il leur faut. Ayant amassé un magot, elle se retire à la campagne où elle mène la vie d'une veuve d'officier colonial, finit par se marier avec un gentilhomme campagnard qui la trompe et s'enfuit en Jamaïque avec la jeune servante. L'épouse trompée se voue au bien et ferme les yeux de son mari repentant auquel elle a pardonné à son retour.
The Cabinet of Fancy, or Bon Ton of the Day; A Whimsical, Comical, Friendly, Agreeable Composition; Intended to please All, and offend None; suitable to amuse Morning, Noon, and Night, Writte (sic) and compiled by Timothy Fiekle Pitcher.
London, printed for J. Mc. Lean, Lhips Alley, Wellelsse Square; F. Sudbury, No 16 Tooby Street Borough; and Sold by all the Booksellers in Town and Country.
The Charm, The Night School, The Beautiful Jewess and The Butcher's Daughter. All Rights reserved.
Brussels 1874. Hartcupp et Cie, 8 fr.
(Le Charme, l'École de Nuit, La Belle Juive, la Fille du Boucher.)
Tous Droits réservés, in-12. A Bruxelles chez Hartcupp et Cie. 1874. 8 fr.
Jupes troussées, par E. D. Auteur de la Comtesse de Lesbos. Londres, 1899, 1 vol. in-12.
Voici 180 pages superbement érotiques. Un avant-propos donne au lecteur—qui doit s'armer de patience… et de courage pour avaler le récit entier—toutes explications sur le but poursuivi dans cette publication.
«Un bibliophile français de mes amis—y est-il dit—chercheur érudit et infatigable, a réuni une collection d'anecdotes sur la flagellation à diverses époques, collection que nous avons à notre disposition, jointe à ses souvenirs personnels. Nous donnons ici une partie de ses souvenirs, et à la suite quelques extraits de sa collection, pour ne pas grossir démesurément le volume.»
Qui s'en plaindrait? Personne. Le lecteur, puisqu'il y a lecteurs pour ce genre de littérature, ne verrait aucun inconvénient à quelques pages de plus. D'autre part, le chercheur, qui voit là matière à dissertation—voire à philosophie—ne demande qu'à recueillir le plus possible. D'ailleurs la préface de Jupes troussées nous fait espérer une suite. Voyez plutôt:
«Si la présente publication obtient auprès de nos lecteurs le succès que nous sommes en droit d'en espérer, je m'empresserai de publier la suite de la collection, qui pour ma part, m'a vivement intéressé, par le charme du récit, et par le piquant des descriptions des jolies scènes qui s'y déroulent, et qu'on sent prises sur le vif. C'est comme le panorama de la discipline, de la fin du siècle dernier à nos jours.»
Que voilà belles promesses. Et allez donc. Dix chapitres s'offrent au lecteur qui peut y puiser maints enseignements, peut-être aussi répulsion et dégoût!
Et maintenant, voulez-vous quelques extraits de ce livre? En voici le prologue, l'entrée en matière, le frontispice en quelque sorte.
«Comment je devins professeur d'anglais, dans le pensionnat que dirigeait Mme Tannecuir»—pourquoi toujours ces noms appropriés au sujet?—«dans une des plus grandes villes de France, cela importe peu à ce récit. Il suffit de savoir qu'un mois après mon installation dans l'établissement, j'avais acquis un autre titre auprès de la maîtresse, qui était devenue doublement la mienne. Après un siège assez court et bien mené, la place s'était rendue à discrétion.»
Voilà qui promet. Cependant le style est doux, tout doux, trop doux pour ce genre d'ouvrage, mais n'ayez crainte, dès la seconde page l'auteur se rattrape. Un portrait de ladite directrice «fouillé jusqu'aux moindres détails»; une description du pensionnat, et les verges entrent en danse.
Des verges, encore des verges, toujours des verges! C'est tantôt une méchante écolière, qui a battu une de ses petites compagnes, qui est conduite dans la salle de discipline. «C'est une mignonne petite blonde de treize ans, déjà grassouillette, deux yeux très tendres, figure douce. Elle rougit, tremble de honte. On l'assoit sur les genoux de la directrice, et flic, flac,» etc., etc., cliché connu.
Et d'une.
Autre scène:
Cette fois «c'est Eliane de P. qui a un caractère indomptable; toutes les réprimandes qu'on lui adresse sont sans effet sur elle. Et la voilà qui crache à la figure d'une sous-maîtresse.
Eliane est une superbe créature, beauté troublante, dix-huit ans, svelte, bien cambrée, beaux dessous, belles chairs… Toute la lyre, quoi.
Et de nouveau voilà un postérieur qui rougit, car Mme Tannecuir a pris sur une table une longue verge souple et élastique, et l'applique sur le beau postérieur, d'abord sans trop de sévérité, rosant à peine le satin, pour préparer la peau à un plus rude châtiment. Quand la croupe a pris une teinte plus colorée, réchauffée par les légères atteintes, Mme Tannecuir, jugeant que la préparation est ainsi suffisante, accentue la force de ses coups, qui rougissent la surface cinglée.
Et de deux.
Vous croyez que c'est terminé. Patience, il n'y a encore que deux chapitres de passés.
Une fustigation par chapitre ce n'est point trop. Il est vrai qu'ils sont singulièrement allongés par les scènes intimes qui se passent entre la directrice et le professeur d'anglais. Vous savez, la flagellation, c'est un puissant aphrodisiaque… Demandez plutôt à Mme Tannecuir, ou non lisez les chapitres suivants. Vous y trouverez que le professeur d'anglais ne peut suffire à éteindre les feux de cette extraordinaire directrice qui s'adresse à des personnes de son sexe.
En tout bien, tout honneur; c'est sans témoins: malheureusement, ce satané professeur d'anglais qui est partout et voit tout, s'aperçoit d'un spectacle charmant qui se passe tout près de sa cachette, et est assez peu galant pour troubler ces… ces… comment dirai-je… ces… débats.
Et voilà une scène du plus haut érotisme qui termine l'histoire.
Déjà? Oui, et il y en a dix chapitres!
Il est vrai que je ne vous ai pas donné tous les détails des corrections infligées à Mlle Héloïse de R…, «un joli tendron de dix-sept ans aux cheveux blond cendré, aux doux yeux de gazelle, dont la candeur angélique ne laissait pas soupçonner que la mignonne était la plus indisciplinée des pensionnaires», ni à Rosine de B…, «une belle brune, au teint lilial, de seize ans, la taille parfaite, entre les deux, développée pour son âge»; des charmes! des charmes mystérieux! ni à «la tendre Victoire, blondinette de treize ans qui va recevoir une fessée pour la guérir de sa paresse habituelle», ni à la blonde sous-maîtresse elle-même, «qui prend un grand plaisir à voir donner le fouet».
Je ne vous ai pas parlé non plus de ce qui se passait pendant ces corrections où l'on bandait les yeux aux victimes pendant que le professeur d'anglais et Mme Tannecuir… mais j'allais en dire trop long. Lisez l'ouvrage, il en vaut la peine.
D'ailleurs, cette très véridique histoire est suivie de La discipline au Couvent, à l'abbaye de Thétien 1780-1788. «Extraits des mémoires du R.-P. Chapelain—je copie exactement—de l'abbaye de Thétien, copiés textuellement sur les souvenirs écrits de sa main, trouvés dans son secrétaire après sa mort.
Et ainsi commencent ces extraits:
«Deux tendres novices embéguinées depuis six mois, sœur Véronique et sœur Gudule, la première, une mignonne blonde de dix-neuf ans, la seconde, une belle brune de vingt ans, ont fait un accroc à leur robe d'innocence.»
Figurez-vous qu'on les a trouvées dans la même couche, égrenant un chapelet qui n'était pas leur chapelet habituel.
Et pour punir un crime à ce point atroce, voilà la mère abbesse—la sainte femme!—qui fouette vigoureusement les deux coupables, sous les yeux ébahis et fort satisfaits du Père Prieur.
Flic, Flac, et flic et flac, et voilà quatre chapitres sur le même sujet.
Inutile de dire qu'on fouette d'abord une sœur Radogune, «une superbe professe de trente ans—bigre!—plantureuse brune, aux rondeurs opulentes,» ou bien c'est «une tendre novice, qui s'offre toute rouge de honte, avec un délicieux corps de vierge blonde, grassouillette, dodue, aimablement (?) potelée», et encore Hélène de Belvèlize, une mignonne petite blonde potelée, qui a eu dix-sept ans aux dernières cerises, toute ronde, replète, bien garnie partout; une belle chevelure blonde encadre son front virginal—(encore! elle aussi)—tordue ordinairement en deux longues tresses, dont les pointes nouées d'une faveur bleue, lui battent les… jambes; mais les tresses sont défaites et les cheveux épars sur les épaules tombent dans le dos: deux grands yeux bleus limpides et languissants, fendus comme une longue amande, sont ombragés par des franges dorées de cils longs et soyeux, surmontés d'épais sourcils plus foncés, qui se rejoignent au-dessus d'un nez pur et délicat, dont les ailes transparentes palpitent, au-dessus d'une toute petite bouche, fendue dans une cerise».
Clic, clac, et clic et clac.
Et sœur Sévère, et sœur Hache-Cuir (!) s'en donnent à cœur que veux-tu.
Voici venir «Yolande de Beaupertuis, une superbe fille, à qui on donnerait plutôt dix-huit ans que seize sous une opulente chevelure noire, un teint mat de la blancheur des lis, fait ressortir ses épais sourcils d'ébène, et les longs cils soyeux, qui descendent sur deux grands yeux noirs veloutés mais hautains dont l'éclat n'est pas fait pour atténuer l'orgueil qu'elle porte dans ses traits.
Une petite bouche aux lèvres ronges, sensuelles complète cette belle figure de Diane chasseresse.»
Et en route pour cent coups de martinets administrés sous la compétente direction du Père Prieur, qui moralise à sa façon.
Un point, c'est tout.
Suivent deux pièces de vers, intitulées La discipline au couvent (1830).
Et l'auteur avoue modestement que ces deux pièces, extraites des souvenirs rimés de l'aumônier de couvent des Lorettes de L. vers 1830, sont tout simplement le chef-d'œuvre du genre.
Jugez-en un peu par ces extraits:
Ouf! Et d'un. Point ne se termine là ce chef-d'œuvre. Oyez encore:
Flic, flac, ô poésie, voilà de tes coups!
Voici la fin de la première poésie:
Soyons discret! Après dix pages de versification érotique! Dieu grand, il était temps!
Enfin le volume se termine par une séance au Club des Flagellants, traduction d'une lettre écrite par un certain John Seller qui a assisté, déguisé en femme à cette séance.
Peu intéressante cette lettre.
Beaucoup d'obscénités. Pas le moindre effort littéraire.
Je n'en parlerai donc pas.
Les Callipyges ou Les Délices de la Verge, par E. D. Paris. Aux dépens de la Compagnie, 1892, 2 volumes.
C'est là le compte rendu de conférences qui auraient été faites aux séances d'un comité formé de dix charmantes femmes, aux formes opulentes, qui s'étaient donné le titre bien approprié de «Callipyges».
L'ouvrage est donc divisé en chapitres différents pour chaque conférence. Nous les passerons rapidement en revue.
Voici d'abord une Conférence sur l'Utilité et l'Agrément de la verge. La conférencière parle des causes qui font donner le fouet dans les pensionnats, puis du but poursuivi en cela. Ici nous citons: le passage en vaut la peine.
«Pour nous, et pour vous aussi, mesdames, qui m'avez fait l'honneur de me demander mon avis franc et sincère, il y a un double but, que résume admirablement ce proverbe latin: utile dulci, mêler l'utile à l'agréable.»
On n'est pas plus franc, en effet.
Après le but, voilà les moyens: ils sont nombreux, et… accompagnés d'exemples.
Passons. Suit une conférence sur le pantalon, «ce recéleur charmant des plus riches et des plus aimables trésors».
Hum! hum!
Mrs Flog va nous dire ce qu'elle pense de la Pudeur et de la Confusion. Voilà qui, placé dans une telle bouche, promet d'être intéressant. Elle commence ainsi:
«Un des plus séduisants attraits de la flagellation, c'est sans contredit la confusion qui empourpre les joues d'une pudique jeune fille, à la seule pensée qu'elle va montrer son postérieur nu.»
Celte confusion n'a rien qui nous étonne, mais que ce soit là un attrait séduisant?…
A l'appui de ces dires, Mrs Flog organise une conférence expérimentale, tenue chez elle, et soyez certains que les expériences sont poussées dans leurs détails les plus extrêmes. La cruauté et la luxure s'y sont donné rendez-vous; mais en somme, ce n'est qu'un roman.
La fin du premier volume contient quelques observations du plus haut intérêt, mais comme elles sont enjolivées (?) de scènes plus ou moins… odieuses, nous regrettons de ne pouvoir citer que les titres des chapitres, savoir:
Conférence expérimentale, tenue chez Mrs Flog.
Five O'Clock chez Lady Fine (conférence anecdotique).
Conférence sur les diverses manières de fouetter.
Conférence anecdotique chez Lady Richbut.
Enfin: Conférence expérimentale tenue chez Mrs S. Tear, et nous passons au second volume.
En voici les principaux chapitres:
Sur les pratiques voluptueuses pendant la flagellation.
Sur la sévérité dans le châtiment.
Sur la discipline dans la famille.
Sur la discipline entre amies.
Le tout semé d'anecdotes et de conférences expérimentales.
Il est fâcheux que l'auteur de ce volume ne l'ait pas écrit en termes pins modérés et plus… littéraires. L'ouvrage y eût gagné.
Que ne soigne-t-on pas davantage l'impression. Nous relevons dans notre lecture une moyenne de trois ou quatre fautes par page!
Mémoires d'une procureuse anglaise, faisant suite à l'ouvrage Fillettes et Gentlemen. Paris. A la librairie de Cupidon, 1891.
Un affreux petit ouvrage, où les fautes abondent; mal imprimé. Quelques scènes de flagellation sans importance, où, seule, la note érotique est cherchée.
Étude sur la flagellation A TRAVERS LE MONDE, AUX POINTS DE VUE HISTORIQUE, MÉDICAL, RELIGIEUX, DOMESTIQUE ET CONJUGAL, AVEC UN EXPOSÉ DOCUMENTAIRE DE LA FLAGELLATION DANS LES ÉCOLES ANGLAISES ET LES PRISONS MILITAIRES.
Dissertation documentée basée en partie sur les principaux ouvrages de la littérature anglaise en matière de flagellation et contenant un grand nombre de faits absolument inédits avec de nombreuses annotations et des commentaires originaux. Paris, 1899, 1 vol. in-8o tiré à 500 exemplaires sur papier de Hollande.
Préface à «l'étude sur la flagellation». En publiant cette étude, nous avons voulu franchement rompre en visière avec un préjugé suranné qui veut que certains sujets d'une nature parfois—mais pas toujours—scabreuse soient systématiquement exclus de la discussion. La Flagellation, dont l'origine remonte aux époques les plus éloignées est un de ces thèmes que l'on s'est plu à classer dans la catégorie des questions délicates que l'on ne doit aborder qu'avec la plus extrême réserve. Notre but n'est pas d'imprimer aux idées de nos lecteurs une direction bien déterminée dans un sens ou dans un autre; de porter aux nues, grâce à une surexcitation pernicieuse des sens, cette antique institution qui, de nos jours, quoi qu'on en dise, n'en subsiste pas moins sous une forme identique au fond mais modifiée dans les détails de son exécution; nous nous bornons à soumettre au public un exposé aussi complet que possible, un recueil très consciencieux de toutes les théories émises sur ce sujet, une collection de faits s'y rattachant, sans commentaires, tels qu'ils nous sont transmis par d'antiques chroniques et de plus récentes études. A nos lecteurs d'en tirer la conclusion qui leur plaira. Déviant cependant du point de vue essentiellement documentaire auquel nous nous plaçons en ce qui concerne strictement la publication de cet ouvrage, nous croyons tout de même pouvoir émettre un avis tout à fait personnel, qui peut se résumer en quelques mots: «La flagellation n'est, en somme, qu'un moyen comme un autre de provoquer une surexcitation des sens, que l'on a employé de tous temps plutôt dans ce but réel que dans un autre et qui a constitué, comme il le constitue encore aujourd'hui, un moyen détourné de faire naître chez les émoussés des désirs et des jouissances qui doivent fatalement amener un assouvissement d'appétits charnels. Le fanatisme religieux, les pénitences ascétiques et tous les autres prétextes qui ont servi de couverture à cette pratique n'ont dû avoir cependant qu'un résultat unique qu'il conviendrait plutôt de considérer et d'analyser au point de vue médical.»
Ce recueil, qui contient un certain nombre de faits et de relations entièrement inédits, intéressera certainement le lecteur à quelque classe qu'il appartienne: la lecture de cette étude produira sur lui, selon son tempérament ou ses principes, des impressions bien diverses: il pourra y puiser de l'étonnement; il pourra aussi s'en délecter, comme également il n'y trouvera peut-être qu'une amusante distraction, peut-être même éprouvera-t-il un certain dégoût. Mais ce dernier cas se produirait-il, que nous ne saurions nous en plaindre, parce que nous aurions au moins réussi à faire prendre par ce lecteur-là, en légitime horreur cette manie qui n'a pu éclore et n'éclôt encore qu'en des cerveaux maladifs.
Nous n'éprouvons aucun embarras pour déclarer ici franchement que nous considérons la flagellation comme une des passions vicieuses inhérentes au genre humain. A ce titre, nous croyons le sujet digne d'attirer toute notre attention, et nous sommes persuadés que son analyse et sa discussion s'imposent. Au grand public de s'ériger en juge de nos efforts, qui ne s'appuient certainement pas sur une pudibonderie déplacée. Nous pouvons, en effet, avec une légère variante, faire nôtre, en la circonstance, un adage latin: «Castigat scribendo mores.»
En présence des lois de la nature, lois que certainement l'homme n'a pas inspirées, nos préjugés surannés, nos vertus hypocrites s'évanouissent comme fumée: la réalité, la vérité nous apparaît nue, entièrement nue, et quand nous cherchons à la travestir nous commettons tout simplement un crime de lèse-nature: ce n'est plus la vérité, ce n'est plus la réalité dès qu'on l'affuble des oripeaux de nos conventions stupides qui permettent bien de penser en toute liberté de conscience, mais n'admettent pas que cette liberté se traduise franchement et sans ambages, nous mettant ainsi dans l'obligation de vivre en un perpétuel mensonge à l'égard de nous-mêmes.
On nous a enseigné que le mariage, c'est-à-dire l'accouplement des deux sexes en vue de perpétuer la race humaine, tel qu'il nous est imposé par les lois, est le seul et unique système de copulation logique et légitime, l'idéal de l'hyménée, et que tous les autres systèmes, c'est-à-dire les rapports sexuels basés sur des principes différents, sont illicites et criminels et comportent forcément la damnation.
Cette théorie est identique à celles qui règlent toutes les religions: elle est trop consolante, trop idéale, pour répondre à la réalité des faits, car elle implique la bonté excessive et la vertu, ainsi que l'abnégation à toute épreuve chez les deux sexes.
Malheureusement l'homme, tout comme la femme, et cette dernière peut-être à un bien plus haut degré, sont dominés, subjugués par des passions qui ne sauraient obéir aux lois humaines, parce qu'elles subissent l'impulsion de la nature, souveraine maîtresse en ces sortes de choses.
Et ce sont précisément ces passions qui font naître en nous ces manies baroques, ces extravagances voluptueuses qui provoquent, de la part de notre pudibonderie de convention, les hauts cris que l'on pousse quand, par hasard, il se trouve quelqu'un qui s'attaque à la matière et entreprend de la disséquer et de l'analyser au point de vue psychologique.
De toutes les passions, la luxure est précisément celle qui s'impose le plus tyranniquement au genre humain: La flagellation,—et c'est un fait indéniablement établi,—est un des agents les plus actifs de cette luxure innée, à laquelle la chasteté la plus stricte n'échappe que très rarement.
L'homme a de tous temps cherché et trouvé dans la souffrance et dans l'influction de douleurs corporelles une âpre jouissance; il n'a pas seulement puisé d'étranges sensations dans son propre martyre, mais il a aussi joui d'étrange, de cynique, et, disons-le, de révoltante façon des tortures infligées à son semblable.
Dans les Chants de Maldoror (Paris et Bruxelles, «chez tous les libraires,» 1874, in-18) nous cueillons ce passage qui le dit bien:
«… Tu auras fait le mal à un être humain et tu seras aimé du même être: c'est le bonheur le plus grand que l'on puisse concevoir.»
Il serait oiseux, dans cette préface, de refaire en abrégé l'historique de la Flagellation qui se développe avec toute l'ampleur que comporte le sujet dans le volume que nous présentons à nos lecteurs.
Notre rôle se borne ici à expliquer le but que nous poursuivons en publiant cet ouvrage. Nous voulons propager, dans la mesure du possible, la connaissance approfondie d'une passion humaine qui se présente sous des aspects tellement divers et revêt des formes si variées qu'elle offre un champ d'études très vaste. On pourra puiser dans notre Étude sur la Flagellation maints enseignements, en tirer maintes moralités et se faire une idée exacte des différentes anomalies de la nature humaine dans ses vices, au point de vue des jouissances toutes charnelles, qui n'empiètent en rien sur le domaine intellectuel et moral. On ne saurait en effet, taxer l'âme de tares qui n'affectent que la vile enveloppe humaine, le corps, et constituent, tout aussi bien que d'autres défauts constitutionnels, des aberrations physiques, c'est-à-dire un état maladif latent, dont, en somme, elles procèdent.
Cet ouvrage était accompagné de sept eaux-fortes représentant des scènes de flagellation.
Ces illustrations, d'un caractère artistique indéniable, ont été poursuivies et détruites par le Parquet, sur la dénonciation et à la requête d'une Société anglaise. Toute la presse parisienne a été unanime à flétrir ces poursuites. Nous donnons quelques extraits des principaux journaux qui se sont élevés avec indignation contre les procédés employés en cette occurrence:
Du Radical, 7 juillet 1899, sous le titre: Les dessins de la Flagellation.
La neuvième chambre correctionnelle a condamné hier, à 200 francs d'amende, pour outrage aux bonnes mœurs, M. Carrington, éditeur, à raison de divers dessins qui accompagnent l'Histoire de la flagellation à travers les âges, ouvrage publié par sa maison.
C'était Me Albert Meurgé qui assistait le prévenu. Il a fait remarquer, non sans ironie, que ce fut la plainte d'une Société anglaise, la «National Vigilance Association» qui mit en mouvement le parquet français. Et il a ajouté, aux rires de l'auditoire, que ce qui avait offensé cette vertueuse Société, c'était une publication antérieure de M. Carrington, les Dessous de la pudibonderie anglaise, où l'hypocrisie de ces messieurs d'Outre-Manche se peut voir à nu.
Des Droits de l'Homme, 7 juillet 1899, sous le titre: Pudibonderie anglo-française.
M. Carrington, éditeur à Paris, a publié un ouvrage intitulé l'Histoire de la flagellation au point de vue médical, historique et religieux.
A la suite d'une dénonciation d'une société de puritains anglais la «National Vigilance Association», le parquet a trouvé que les gravures de l'Histoire de la flagellation étaient obscènes et M. Carrington a comparu devant la neuvième chambre du tribunal correctionnel.
Me Meurgé assiste le prévenu.
C'est bien ce qu'on peut appeler l'internationalisme de la répression, le parquet parisien s'étant mis à la remorque d'une société anglaise.
M. Carrington avait publié récemment un livre intitulé les Dessous de la pudibonderie anglaise. Cette publication ne doit pas être étrangère aux représailles de la présente poursuite.
Malgré les efforts de Me Meurgé, M. Carrington a été condamné à 200 cents francs d'amende.
Du Petit Bleu, 6 juillet 1899, sous le titre: Pudeur Anglaise:
M. Carrington, a publié en France un ouvrage qui a pour titre: la Flagellation à travers l'histoire. M. Carrington a raconté les fustigations légendaires dont certains personnages historiques furent les héros ou les victimes: telle, la rivale de la duchesse du Barry, flagellée sur l'ordre de la favorite par «quatre robustes chambrières»; tel le chevalier de Boufflers à qui une épigramme irrévérencieuse valut une correction de même nature.
M. Carrington a fait suivre ses récits de certaines eaux-fortes, dans le goût des dessins du XVIIIe siècle, ayant un caractère artistique incontestable, mais ayant aussi, paraît-il, un caractère obscène.
Qui s'en est plaint? Personne en France. Mais notre «Ligue contre la licence des rues» a été mise en mouvement par une société analogue qui, vigilante et inexorable, fait bonne garde autour de la pudique Albion.
M. Carrington ayant vendu des exemplaires de son livre en Angleterre, la «National Vigilance Association», ayant son siège à Londres, a demandé à M. le sénateur Bérenger de faire poursuivre la répression de l'outrage aux bonnes mœurs commis par l'auteur.
Le président de la ligne française a transmis la plainte au parquet qui a déféré M. Carrington au tribunal correctionnel.
M. le substitut Rambaud, avec cette largeur d'idées et cette finesse d'esprit qu'on lui connaît, a soutenu la prévention avec austérité mais sans passion.
Me Meurgé a défendu le prévenu, qui déclarait que ses compatriotes avaient voulu se venger de la publication qu'il a faite d'un livre intitulé la Pudibonderie anglaise.
M. Carrington a été condamné à 200 francs d'amende.
La tribunal a ordonné, en outre, la destruction des objets saisis.
Pauvres eaux-fortes galantes!
De l'Intransigeant, 8 juillet 1899, sous le titre: La flagellation en correctionnelle:
Fichtre! on ne s'est pas ennuyé, hier, à la neuvième chambre correctionnelle!
M. Carrington, éditeur à Paris, a publié un ouvrage intitulé: «l'Histoire de la flagellation aux points de vue médical, historique et religieux.
Or, ledit ouvrage est illustré de nombreuses planches, lesquelles on le devine ne manquent pas d'un certain… intérêt.
Tant et si bien que la pudeur anglaise s'est émue, mais émue au point que la «National Vigilance Association» a fait un appel désespéré à la pudeur française, en la personne de son père et vigilant gardien, M. Bérenger; et c'est ainsi que M. Carrington se trouve assis en police correctionnelle en compagnie de ses bouquins.
Voilà-t-il pas Me Meurgé qui, dans sa malice, s'avise de vouloir prouver que, chaque jour, le parquet laisse en vente de pires horreurs! Et alors non, je ne peux pas vous dire tout ce qui défila devant les yeux du tribunal!
Ah! sapristi, c'est un joyeux métier que celui de juges!…
Mais, enfin, les fautes des uns n'innocentent pas les autres, et M. Carrington n'en a pas moins attrapé 200 cents francs d'amende.
Allez donc faire de l'art, après ça!…
Du Rappel, 8 juillet 1899, sous le titre: une Morale d'exportation.
C'est de nos voisins qu'il s'agit.
Nous avons la bonne fortune de posséder une Société qui nous sauve, paraît-il, de la pluie de feu qui détruisait les villes maudites. Ils en ont une en Angleterre! et terrible! auprès de laquelle notre «Bérengère» paraît toute de mansuétude et de tolérance. De très hauts personnages composent le comité de cette National Vigilance Association dont Sa Grâce le duc de Westminster est le président.
Nationale, dit le titre. C'est Internationale qu'il faut lire.
Notre ami Blondeau vous a conté hier le procès fait à un éditeur de Paris, M. Carrington, sur la plainte de cette Société.
L'éditeur a été condamné; il s'agissait d'une publication en langue française. Il est étrange que le parquet ait cru devoir poursuivre sur la plainte d'une association étrangère.
La Vigilance Association a donc des attributions plus étendues que la nôtre, tellement étendues que son action s'exerce surtout, vous vous en doutez un peu, contre les productions littéraires du continent: Sapho de Daudet; les nouvelles de Maupassant; les romans de Zola; la Vie de Bohême de Murger, etc., ont encouru ses foudres et la justice anglaise a poursuivi et condamné les traducteurs et les éditeurs de ces ouvrages.
Faut-il ajouter à cette liste Boccace et Rabelais et la Reine de Navarre? Ceux-là aussi furent proscrits.
Ne rions pas! La Vigilance Association a fait des victimes. Un éditeur estimé de l'autre côté du détroit, M. Vizetelly, dont le catalogue semblait le livre d'or de nos gloires tant il avait pris à cœur de répandre les noms des meilleurs écrivains français, cet éditeur, dis-je, un vieillard de soixante-dix-huit ans poursuivi à la requête des Vigilants pour avoir traduit et publié l'Assommoir d'Émile Zola, fut condamné à dix-huit mois de hard-labour. Il mourut en prison.
Mais, direz-vous, ces poursuites témoignent d'un état morbide de la pensée: toutefois, comme elles sont dirigées contre les traductions en langue anglaise et des éditions faites en Angleterre, nous perdons tout droit de protester, du moins dans une certaine mesure. Cela est évident, mais puisque les pères la pudeur de Londres viennent chez nous, cela devient plus grave.
Qu'a donc publié d'horrible M. Carrington? Une Étude sur la Flagellation au point de vue historique et médical, livre tiré sur grand papier, à petit nombre, pour des souscripteurs, et accompagné de gravures représentant des scènes historiques de flagellation. Dans ces gravures, sans qu'il soit possible d'y découvrir la moindre pensée obscène, les personnages fouettés sont représentés vêtus, n'ayant de découvert que la partie du corps flagellée.
Le délicieux Willette, dans un numéro récent du Courrier Français ne représentait-il pas plus crûment encore et sans que personne pût songer à s'en offenser une scène de ce genre: une horrible scène de flagellation d'une jeune fille… en pays de langue anglaise?
Dans sa spirituelle plaidoirie, Me Meurgé, a fait bonne justice des allégations du parquet. Il a d'ailleurs découvert le véritable mobile non des poursuites engagées mais de la plainte: M. Carrington, sujet anglais, a publié dernièrement les Dessous de la Pudibonderie anglaise. Tout s'explique! L'accès de pudicité est une petite vengeance.
Malheureusement pour la Vigilance Association, il ne s'agissait pas dans l'espèce d'une officine pornographique, mais d'une librairie d'art et de sciences, de l'éditeur des traductions anglaises du Cabinet secret de l'Histoire du docteur Cabanès (également poursuivies) d'un ouvrage de Tarnowsky, professeur de l'Académie impériale de Russie, l'un des plus célèbres psychologues de notre temps et d'autres livres luxueux et précieux.
Je m'empresse d'ajouter que de courageux et nobles esprits n'ont, en Angleterre même, jamais cessé de lutter contre les agissements de cette pudibonde Société, et j'ai sous les yeux l'admirable plaidoyer que rédigea pour Vizetelly, Robert Buchanan, l'un des maîtres de la littérature anglaise.
Et pour qu'on sache bien à quels esprits nous avons affaire, citons ce dernier trait. Il montrera leur discernement, leur science et leur goût et leur aptitude à mettre sur le même plan quelques ordures indiscutablement ordures et d'admirables œuvres.
Richard Burton, le célèbre voyageur anglais et le merveilleux traducteur des Mille et une Nuits, le premier Européen qui, après Burckhardt, put pénétrer jusqu'à la Mecque, avait recueilli au cours de ses voyages incessants à travers toute l'Asie, un nombre considérable de manuscrits précieux, uniques. Ces manuscrits orientaux formaient une collection que les savants auxquels il fut donné de les parcourir déclaraient inestimable. Ils étaient destinés à jeter un nouveau jour sur une foule de questions littéraires, scientifiques et historiques et des experts consultés les avaient estimés, pour leur seule valeur artistique, à la somme de vingt-cinq mille francs! Ce dernier détail, peu important en soi, a cependant quelque intérêt.
Or,—je n'invente pas, je cite—dans son IIe rapport (1896) la National Vigilance Association annonçait à ses membres qu'elle avait reçu des mains de la veuve de Richard Burton cette collection précieuse et qu'elle l'avait détruite.
Ami John Bull! Vous qui lisez si bien la Bible, consultez un peu l'évangile et, si la paille française vous ennuie, songez à la poutre britannique.
La place nous manque pour donner les extraits de tous les journaux qui se sont occupés de cette affaire.
Nous citerons encore:
Le Temps, le Journal, le Journal du Peuple, la Presse, le XIXe siècle, la Petite République et nombre de journaux anglais: Daily Telegraph, Daily Chronicle, Daily Messenger, Reynolds Newspaper, etc. etc., etc.
Mémoires d'une danseuse russe, par E. D., auteur de Défilé de fesses nues. Paris, sous les galeries du Palais-Royal, 1892, 3 volumes in-18o (Une édition possède des gravures).
L'ouvrage est divisé en trois parties:
1o Mon enfance chez un boyard;
2o Chez la modiste à Moscou;
3o A l'académie impériale de Danse.
Voici quelques extraits de l'avant-propos:
«Je liai connaissance à Paris, pendant l'Exposition de 78, avec une danseuse russe, qui faisait partie d'un corps de ballet en représentation dans un théâtre du Trocadéro. Mariska—c'est le nom que nous donnerons à la danseuse qui l'a pris pour signer ses mémoires—avait trente-huit ans sonnés, et n'en paraissait pas plus de trente, malgré les nombreuses tribulations par lesquelles elle était passée dans le cours de son existence.
«L'ampleur de ses formes postérieures m'intriguait, au dernier point, par le développement qui bombait d'une façon exagérée les jupes repoussées. J'avais, chaque fois que je la rencontrais, une question sur le bout de la langue, mais je n'étais pas encore assez familier avec la ballerine, pour m'informer de la cause d'une pareille envergure, que j'attribuais aux exercices physiques, auxquels devaient se livrer dès leur enfance les élèves de Terpsichore.
«Je tournais autour de la belle Slave, lorgnant d'un œil d'envie le superbe ballonnement, tenté de palper l'étoffe comme par hasard, mais j'osais à peine l'effleurer, craignant des rebuffades, bien que Mariska parût m'encourager de l'œil.
«Un soir, j'eus l'occasion de tâter l'étoffe soyeuse, qui couvrait la somptueuse mappemonde. Nous allions souper au cabaret, deux de mes amis et moi, avec la danseuse, en cabinet particulier. Je montai derrière elle les degrés qui conduisaient au salon du premier; j'en profitai pour prendre dans mes mains la mesure de la circonférence, qui me parut d'un volume remarquable, sans qu'elle s'en montrât le moins du monde offusquée.
«Pendant le souper, arrosé de Champagne frappé, nous la plaisantions sur ce que nous appelions sa difformité. Elle avait un sourire goguenard, comme si elle méditait quelque farce épicée, dont on la disait coutumière dans les soupers où on l'invitait.
«Quand la table fut desservie, elle avait une pointe d'ivresse. Elle avait vidé coup sur coup quatre ou cinq coupes de Champagne, comme pour se donner du cœur. Elle sauta sur la table, s'agenouilla, nous tournant le dos, et sans crier gare! elle se troussa lestement, s'exhibant des genoux à la ceinture.
«Nous crûmes à ce geste qu'elle avait gardé son maillot. Nous fûmes bien vite détrompés le plus agréablement du monde. Elle était nue des genoux aux hanches…
«… Nous étions un peu surpris du sans-gêne et du sans-façon avec lequel la danseuse nous exhibait ainsi toutes ses nudités dans la plus riche indécence.
«—Eh bien, criait-elle, mon postérieur est-il difforme, mes seigneurs?
«Ah! non, il n'était pas difforme. Certain aimable chroniqueur qui les aime amples, larges, opulents, serait tombé en extase devant cette merveille de croupe rebondie.
«Les jupes étaient retombées, la danseuse avait repris sa place sur sa chaise qu'elle garnissait de telle débordante façon, qu'ici encore elle eût fait tomber à genoux le chroniqueur fasciné.