EU.—LE CHATEAU

CHAPITRE XI

LE TRÉPORT.—EU.—LA PÊCHE CÔTIÈRE

Nous abordons une succession de plages charmantes, voisines de campagnes, dont la muraille élevée et grisâtre des falaises ne laisse pas deviner les surprises merveilleuses.

A quelques instants de marche, on trouve, après le bain salutaire, le plaisir de promenades dont il est presque impossible de se lasser, car les aspects changeants du sol, sa verdure luxuriante, les cours d'eau qui le fertilisent composent un tout bien fait pour reposer l'âme et les yeux.

Chaque année, les plages reçoivent un nombre plus considérable de baigneurs; malheureusement, toutes sont menacées par les galets qu'apporte, en quantités énormes, un courant dirigé du sud-ouest au nord-est. Une étude attentive de la côte a prouvé que ce courant ronge, chaque année, les falaises sur une étendue d'environ trente-trois centimètres.

La mer, pourvoyeuse admirable, instrument sublime de civilisation, n'en reste pas moins une ennemie, contre les efforts de laquelle le génie humain doit réagir sans repos.


La Seine-Inférieure n'a pas moins de cinq bons ports sur la Manche, et, dans ce nombre, le Havre, favorisé par une situation exceptionnelle, compte au rang des premiers ports de commerce français. Il y existe, également, beaucoup de petites stations d'échouage. Parmi elles, on trouverait peut-être sans peine la position désirée pour l'établissement d'un second port militaire sur la Manche.

Non que nous soyons admirateur sans réserve d'aucune marine militaire. Combien de forces vives y sont englouties sans profit pour un pays!... Mais, puisque l'ère de la paix universelle est encore reléguée dans le domaine de l'utopie, il faut tout faire pour ne rester en arrière sur aucun terrain....

Comme il ne rentre point dans notre travail d'aborder ces questions, reprenons simplement la route du touriste et parcourons le beau littoral normand.


Situé à l'embouchure de la Bresle, l'Ulterior Portus des Romains était, ainsi que l'indique son nom, le vrai port de la ville d'Eu, bâtie à quatre kilomètres du rivage.

En 1056, Robert, duc de Normandie, le dota d'une abbaye consacrée à saint Michel et, peu à peu, il prit le rang d'une ville importante. Les guerres du quinzième siècle arrêtèrent son essor. Plusieurs descentes des ennemis y causèrent d'irréparables ravages.

Pourtant, ses marins gardaient un grand renom de courage et d'intrépidité. Souvent, ils firent payer cher aux Anglais leur façon de comprendre une lutte entre peuples civilisés. Quelques chroniques citent des expéditions de corsaires du Tréport sur les côtes britanniques.

La première moitié du quinzième siècle vit ce port tout à fait ruiné. Une surprise (1545) favorisa la flotte anglaise, qui répara l'échec, subi vingt-deux ans auparavant, en brûlant impitoyablement la ville. Ensuite eut lieu le retour de Calais à la nationalité française. Autant de causes pour que le Tréport rentrât dans l'obscurité.

Un moment, il espéra revivre par les soins de Richelieu; mais ce ministre de génie savait calculer. Il comprit les obstacles sans nombre de la position et refusa de dépenser, sans utilité réelle, l'argent que l'on pouvait mieux employer ailleurs.

Le duc de Penthièvre, comte d'Eu, qui faisait un noble emploi de son immense fortune, se préoccupa du Tréport. C'est, vraiment, des travaux exécutés par son ordre que date la reprise d'activité de la ville.

Une forte écluse, chassant les eaux de la Bresle au moment du reflux, aide à désobstruer le chenal d'entrée et la petite rade des sables et des galets.

Plus tard, une digue, très bien comprise, a été opposée aux coups de mer, et un bassin à flot, complété par le canal de la Bresle à la ville d'Eu, rendent le Tréport excellent comme station de relâche. Les navires à destination de Dieppe en savent quelque chose quand, les vents contraires soufflant sans interruption, ils sont obligés de fuir devant eux et manquent l'entrée du chenal dieppois.

Le Tréport n'a pas été négligé dans les projets en cours d'exécution sur nos côtes. Avant peu, il pourra rendre des services plus importants, et sa vaillante population de pêcheurs y gagnera un surcroît de bien-être.


Les bains de mer du Tréport sont, chaque année, plus suivis. La plage s'étend sur une longueur d'un demi-kilomètre et un joli casino y a été construit. Mais, en dehors de cet attrait, la ville possède un joyau véritable: son église paroissiale, dédiée à saint Jacques.

Elle est bâtie sur une colline, au sommet de laquelle on parvient en gravissant un long escalier à pic.

L'ascension en est rude. Toutefois, on se trouve amplement dédommagé de la peine prise.

Un porche, couvert de sculptures de l'effet le plus pittoresque, conduit à l'intérieur du monument où, entre autres détails, on ne peut se rassasier d'admirer de superbes et gracieux pendentifs. Puis, si l'on ne redoute pas un supplément de fatigue, on gravit la rampe du clocher pour se plonger au milieu d'un horizon immense, plein de lumière et de couleur.

Ce beau clocher sert d'amer[10] à la côte entière.

[10] On sait que le mot, ainsi employé désigne, pour les marins, tous les objets d'une côte facilement reconnaissables en plein jour, tels: un clocher, un roc bizarrement découpé....

Les campagnes voisines offrent d'intéressants buts d'excursion et la ville d'Eu, distante à peine de quatre kilomètres, mérite bien que l'on se dérange pour la parcourir.


Eu, affirment les antiquaires, doit sa fondation aux Romains; la meilleure preuve de la valeur de cette opinion se trouve dans la voie militaire, facilement reconnaissable, et dans quelques débris de construction.

La ville ne remonte pas au delà du dixième siècle, répondent plusieurs historiens. Elle se groupa autour de la forteresse bâtie par Rollon, conquérant de la Normandie, qui voulait mettre garnison sur ce point pour défendre la frontière de sa principauté nouvelle.

Rapidement, Eu prit de l'importance; car, dès 996, on l'érigeait en comté pour un fils du duc Richard Ier. Au treizième siècle, la maison de Brienne devenait maîtresse du comté. Elle le posséda peu de temps.

Jean II, roi de France, accusa de trahison le connétable de Brienne, à qui la peine capitale fut infligée, et Jean d'Artois reçut le comté en apanage.

Après notre cruelle défaite à Azincourt (octobre 1415), Henri V, roi d'Angleterre, s'empara d'Eu. Plus tard, redevenue française, la seigneurie échéait au comte de Nevers, mais sa prospérité déclinait. Elle succomba tout à fait lorsque Louis XI, craignant de voir les Anglais s'emparer de la ville, ordonna de la brûler.

Eu tomba alors au rang de simple demeure princière. Henri de Guise, le Balafré, ayant épousé Catherine de Clèves (veuve d'Antoine de Croï, de la maison de Nevers), résolut de faire bâtir un château dans sa nouvelle cité. La construction fut digne du propriétaire.

Classé au rang des monuments historiques, le château forme un vaste édifice en briques rouges et pilastres de pierre de la plus noble apparence, se développant sur une étendue de près de cent mètres.

Les bâtiments ne datent pas tous de l'époque du duc de Guise. Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, Mademoiselle, ainsi que la dénommait l'étiquette de la cour, avait acheté le château et s'y plut beaucoup, en dépit de son humeur fantasque. Non seulement elle le fit achever, mais elle s'appliqua à l'embellir, trompant, par une activité incessante, le chagrin dont l'abreuvait Louis XIV, qui refusait de reconnaître son mariage avec Lauzun.

Le moment vint cependant, où le Roi-Soleil, comprenant à miracle ses intérêts, écouta les sollicitations de sa cousine et rendit à la liberté Lauzun, que le caprice de Mme de Montespan avait envoyé dans la forteresse de Pignerol. Mais la Grande Mademoiselle se vit forcée de payer cette faveur par l'abandon de son comté normand au duc du Maine.

Le duc de Penthièvre, qui mérita le surnom de vertueux, en devint le maître et le donna en dot, avec d'autres biens formant un total immense, à sa fille Adélaïde, la femme infortunée du duc d'Orléans, le futur Philippe-Égalité.

Les événements politiques en France, depuis bientôt un siècle, ont fait changer souvent le nom des seigneurs d'Eu. Aujourd'hui, le château est redevenu propriété du comte de Paris.

Après avoir parcouru la royale résidence et ses jardins splendides, il reste à visiter l'église paroissiale, ainsi que la chapelle du collège. Toutes deux mériteraient d'être détaillées à loisir. La première fut bâtie en remplacement de la vieille église collégiale qui vit célébrer le mariage de Guillaume le Conquérant avec sa cousine Mathilde, fille du comte de Flandre.

Cette union était une infraction aux lois canoniques. Nous pourrons, plus tard, à Caen, admirer ce qui reste des deux abbayes fondées par les époux royaux pour obtenir, du pape Nicolas II, la régularisation de leur situation.

Des anciennes constructions il reste deux tours, de style roman, et quatre piliers.

LE TRÉPORT

Ce fut dans la chapelle du collège, autrefois propriété de la Compagnie de Jésus, que Bourdaloue donna les prémices de son talent pour la prédication.

Deux tombeaux, chefs-d'œuvre attribués à Germain Pilon, et que le génie de l'illustre sculpteur ne répudierait certainement pas, recouvrent les sépultures du Balafré, victime de Henri III, à Blois, et de sa femme, Catherine de Clèves. La chapelle, elle-même, fut érigée par Catherine, qui passa à Eu les longues années de son veuvage, et signala sa présence par beaucoup d'œuvres de bienfaisance éclairée.


Eu possède une belle forêt renfermant un monument gallo-romain, dit d'Augusta. C'est peut-être à lui que la ville dut son nom.

On éprouve un véritable plaisir à parcourir les sentiers ombreux des jardins du château et de la forêt. L'esprit se reporte aux époques où tout était animation dans ce pays, maintenant si calme.


Après les expéditions des Northmen, les chevauchées des hommes d'armes des ducs; après les surprises guerrières, la retraite mélancolique de Catherine de Clèves, la cour bruyante de Mlle de Montpensier et les allures plus discrètes de celle du duc de Penthièvre. Que de grands personnages ont passé là.... malgré l'état des routes dont on ne se tirait pas toujours aisément. Témoin le duc de Penthièvre, prisonnier pendant plusieurs heures au fond de son carrosse renversé! Mais, alors, on prenait très philosophiquement son parti de tels inconvénients; ce qui ne nous empêche pas, au contraire, de préférer les routes modernes.... lorsqu'il nous est donné de les parcourir au hasard de notre fantaisie.


La principale, on pourrait dire la seule industrie des habitants de la côte, c'est la pêche. Ils s'y adonnent avec une intrépidité absolue. Bien rarement, les soudains caprices de la Manche les empêchent de draguer avec ardeur le moindre point de l'espace marin qui s'ouvre devant eux. On les accuserait, plutôt, de ne point apporter à leur travail assez de discernement, car beaucoup du fretin pris eût gagné à vivre quelque temps encore et aurait, ainsi, fourni mieux que des arêtes.

Mais, bon ou mauvais, le produit de la pêche est attendu par des familles nombreuses et, dans ce combat pour l'existence, il faut bien sacrifier.... le poisson.


Nous n'ajouterons pas (plein de respect pour le courage et les services rendus par ces vrais hommes de mer) l'intérêt du consommateur.

Seulement, songeant à la délicatesse de chair, à la finesse de goût des poissons, des mollusques, des crustacés pris sur les fonds sablonneux du littoral normand, souhaitons qu'ils se multiplient beaucoup, en dépit de la guerre à outrance qui leur est faite.


Voisin d'Eu, se trouve un village, Floques, dont le nom est inscrit au livre d'or de la marine française.

Jacques Sore, fameux armateur, devenu, par la confiance de Jeanne d'Albret, amiral de Navarre, y naquit.

Nul marin de l'époque (dernière moitié du seizième siècle) n'éclipsa sa renommée. Il fut surtout redoutable aux Espagnols, et sa valeur, sa science nautique, contribuèrent beaucoup à fortifier, en France, le parti protestant.

C'était le rival en courage, en audace, en succès, du fameux capitaine Polain, le même dont Brantôme a dit: «Longtemps après sa mort, il sembla que les flots bruissaient du nom et des exploits du capitaine Polain.»

Rassasié de gloire, Jacques Sore voulut mourir dans son hameau natal. M. Léon Guérin a tiré son nom de l'oubli.

Eu.—Vue générale de l'église et du château.
Dieppe Ville et Port de Mer de Normandie sur la coste Septentrionale
Fait par Aveline avec Priviléges du Roy

1. la Citadelle.
2. le Chateau.
3. le Canal où la Manche qui fait partie de l'Ocean
4. Porte d'Ouest ou Occidentale
5. Saint Remy.
6. les Prisons
7. Porte de la Barre
8. les Iesuites
9. Rempart des Marais
10. les Minimes
11. Porte de la Poissoniere
12. Religieuses de l'Hôpitale
13. Saint Iaques.
14. Hotel de Ville.
15. Religieuses Vrsulines
16. Fort de Polet ou Spolet
17. La Tiserie
18. Le Polet
19. Cimetiere des Protestans autrefois des Pestiferez
20. Mont Acas.
21. Hopital des Pestiferez.
22. Riviere d'Arques

CHAPITRE XII

LA COTE JUSQU'A DIEPPE—PUYS—LA CITE DE LIMES

Depuis le Tréport, la ligne des falaises tend de plus en plus à s'élever. Leur flanc, d'un blanc grisâtre, devient presque vertical et se troue, à grand'peine, pour livrer passage aux nombreuses petites rivières qui, humbles ou murmurantes, veulent s'épancher directement dans la Manche.

On suit la côte, se livrant au plaisir de contempler l'aspect toujours nouveau de la mer. Par une de ces belles matinées de septembre tout inondées de soleil, quoique légèrement embrumées, le moindre objet prend un relief saisissant.

Le flot, verdâtre ou bleui, mord ou baise les contours dorés de la plage, paresseusement étendue entre les écueils sertissant le pied des falaises et les falaises elles-mêmes. Les barques passent, comme endiamantées par la frange écumante de la vague, et les goélands, les mauves font étinceler en rapides tourbillons leur plumage d'argent.

Vers le bord extrême de la côte, le terrain, aride, se couvre à peine d'une herbe courte, sèche; mais, plus en arrière, les champs, les arbres, se pressent nombreux. La fumée des métairies s'envole grisâtre sur le ciel d'un bleu laiteux....

Des bœufs, lourds de graisse; des chevaux à la croupe brillante; des moutons, déjà revêtus de leur parure d'hiver, croisent les sentiers....

On écoute les voix multiples formant la voix des solitudes et.... tout à coup, un abîme s'ouvre, au fond duquel s'élargit le ruisseau à peine regardé trois ou quatre lieues au delà, tellement son cours était insignifiant.

Sur ses berges nouvelles, des villas se groupent, des jardins improvisés exhalent leurs parfums.

Le hameau inconnu, tapi au creux de la grève, devient une élégante station de bains de mer, et, sans trop regretter le passé, on dévale ou on escalade les pentes abruptes, sous l'œil bienveillant des colons aux joues rougies par la santé recouvrée.

Ainsi, presque sans interruption, d'un point à l'autre de la mer de Normandie! Ces rivages fortunés ont, maintenant, moisson double et triple, tout comme ces champs qui, après avoir fourni le pain, engraissent des bestiaux succulents, donnent un cidre très apprécié....


S'arrêter à chacune de ces stations serait impossible. Contentons-nous de citer Biville, Berneval, Belleville, mais donnons une matinée à Puys; d'abord parce qu'un grand écrivain, Alexandre Dumas fils, a découvert ce charmant petit village; ensuite, parce que, d'ici, nous pouvons, sans fatigue, faire une excursion à la curieuse enceinte gauloise (?) romaine (?) connue sous le nom de Cité de Limes ou Cité d'Olyme.


Elle s'allonge, en forme de triangle, sur un espace occupant près de soixante hectares et on ne peut mieux choisi, au point de vue de la défense des soldats qui s'y renfermèrent. Borné d'un côté par la mer, d'un autre par l'échancrure où Puys est bâti, le camp gaulois ne pouvait être attaqué que du côté de Bracquemont, et cette partie faible avait été creusée de larges fossés, renforcés d'une muraille atteignant au moins quinze mètres d'élévation. Trois portes fermaient le refuge. Il n'en reste plus que les baies. Aussitôt franchies, le pied heurte des tombes et soulève la poussière crayeuse des ruines de pauvres chaumières achevant de s'éparpiller au souffle du large.

L'impression ressentie est douloureuse. De quels combats fut témoin ce camp retranché? Au prix de quels sacrifices essaya-t-on de le défendre? Combien fallut-il d'assauts, ou quelles ruses durent être mises en œuvre pour le ravir à ses possesseurs?

Pas un pouce de terrain au monde qui n'ait été abreuvé de sang! L'homme a-t-il donc été uniquement créé pour ces luttes sauvages?

Cessons de philosopher, le temps et le soleil sont propices. Ils rendent faciles le petit trajet de cinq kilomètres qui nous sépare de Dieppe.

Anciens costumes des environs de Dieppe.

Dieppe

CHAPITRE XIII

DIEPPE

Nous arrivons dans une ville datant à peine de huit cents ans, mais que l'illustration d'un grand nombre de ses enfants a rendue très célèbre.

Au commencement du onzième siècle, Dieppe n'avait encore pour habitants que des pêcheurs établis à l'embouchure de la petite rivière appelée Deep, c'est-à-dire profonde. Depuis, ce cours d'eau a pris le nom d'Arques; toutefois, la première appellation a eu l'honneur de s'imposer à la ville. Telle est l'opinion des étymologistes: tout s'accorde pour leur donner raison.

A l'époque où se fonda Dieppe, on n'avait point encore apprécié l'importance des bassins naturels du lieu qui, cinq cents ans plus tard, devait prendre ce nom universellement connu: Le Havre-de-Grâce.

Bénéficiant de cette ignorance, Dieppe ne tarda pas à devenir un admirable centre commercial et maritime.

Les Dieppois, on peut le dire avec justice, furent, au moyen âge, de véritables rois de la mer. Intrépides navigateurs, ils portaient leur pavillon sur tous les océans.

Les immenses ressources offertes par le continent africain attirèrent leur attention. Ils fondèrent, à l'embouchure de la Gambie[11], deux villes, qu'ils appelèrent fièrement le Petit Dieppe et le Petit Paris; ces comptoirs devinrent pour leur commerce un entrepôt donnant d'incalculables bénéfices.

[11] Grand fleuve de la côte occidentale d'Afrique qui a un cours d'environ 1700 kil. tombe dans l'océan par plusieurs embouchures.

A peu près vers la même époque, ils retrouvaient les fameuses îles Fortunées, appelées de nos jours Canaries.

Leur activité sans bornes les poussa, des premiers, vers le nouveau monde. C'est aux Dieppois que plusieurs colonies de l'Amérique du Nord doivent leur origine, et la ville de Québec, au Canada[12], a été fondée également par eux.

[12] Découvert, pour la plus grande partie, par un Malouin, Jacques Cartier.


Les traditions locales vont jusqu'à affirmer que la découverte du continent américain reviendrait à un enfant de Dieppe, Jean Cousin, dont le voyage remonterait à 1488. Malheureusement, la ruine de la ville, en 1694, entraîna la destruction des archives de sa marine et l'on en est réduit à de simples conjectures.

Quoi qu'il en soit, et même cette dernière prétention restant à l'état hypothétique, on comprend sans peine le haut degré de renommée atteint par les Dieppois.

Leur courage donna à la cité une auréole nouvelle; ils ne manquèrent pas de se signaler pendant les guerres constamment renouvelées entre l'Angleterre et la France.

Ces guerres furent trop souvent une cause de ruine pour Dieppe; toujours, cependant, l'énergie des habitants répara les désastres accumulés.

Les cruels événements du règne de Charles VI firent de la ville une place anglaise. Elle resta prisonnière jusqu'en 1435, époque à laquelle un vaillant Dieppois, le capitaine des Marais, surprit la garnison ennemie.

Talbot, le fameux général, vint assiéger Dieppe, mais ne put réussir à s'en emparer. L'histoire a conservé le trait héroïque de Louis XI, alors dauphin, qui, envoyé par son père au secours de la ville, réduisit la garnison d'une forteresse construite, par Talbot, sur la falaise dominant Dieppe.

Les soldats français, découragés par l'insuccès d'une première attaque, allaient reculer, quand le dauphin lui-même leur donna l'exemple d'une intrépidité sans égale.

Depuis cette époque, la ville resta française, mais subit le contrecoup de tous les événements dont la patrie eut à souffrir.

Deux des derniers combats intéressant Dieppe furent, le premier, une victoire complète; le second, une défaite cruelle. En 1690, Tourville battait, au large du port, les flottes réunies d'Angleterre et de Hollande.

Par malheur, quatre années plus tard, ces mêmes flottes, revenues, s'acharnaient à un bombardement si effroyable que, de Dieppe tout entier, il resta seulement trois monuments: le château, l'église Saint-Jacques et l'église Saint-Remy.

Cette catastrophe sembla être le signal de la décadence de la ville. Le développement toujours croissant du Havre porta une atteinte irrémédiable à son commerce. Enfin, les amoncellements de galets, charriés par le courant qui ronge les plages cauchoises, firent délaisser le port; il resta, cependant, le plus profond et le plus sûr des mouillages de la mer de la Manche.


Mais le courage des Dieppois ne s'est pas laissé abattre, tout le possible a été fait, et, malgré les obstacles, ils maintiennent leur bonne renommée de navigateurs et de commerçants. Le cabotage est considérable, les armements sont importants pour la pêche de la morue, du maquereau et du hareng.

Vieux Dieppe.

La pêche côtière est très active, l'envoi du poisson frais à Paris augmente tous les jours.

Les pêcheries de la ville sont célèbres par la qualité de leurs produits. Aussi, comme à Boulogne, des trains spéciaux, dits de marée, apportent-ils, en quatre heures à peine, sur le carreau des Halles, le contenu, toujours très recherché, de nombre de mannes et paniers.


Le chiffre des marchandises expédiées à l'étranger, par le port, ou reçue de lui, tient une belle place sur nos livres de douane.

Des communications fréquentes avec l'Angleterre ont nécessité l'établissement d'un service de paquebots entre Dieppe et New-Haven.

A ces éléments de prospérité, se joint la fabrication de tabletterie très estimée. Qui n'a admiré les merveilleux objets en os et en ivoire dus aux artistes dieppois? On dirait que, pour ce genre de travail, ils ont pris des leçons d'adresse et de patience des Chinois et des Japonais, leurs rivaux.

L'horlogerie, les dentelles forment encore deux branches appréciables du commerce de la ville. Quant à la corderie, à la tonnellerie pour les salaisons, aux scieries de bois: en un mot, quant à tout ce qui concerne la navigation, l'activité ne se ralentit jamais.

Dieppe, on le voit, ne s'est pas abandonné à d'inutiles lamentations au sujet de la prospérité du Havre. Il travaille et travaille encore: c'est la meilleure manière de vaincre les coups contraires de la fortune.


Deux très belles jetées protègent le port de Dieppe, qui peut recevoir des bâtiments jaugeant[13] 1500 tonneaux. Deux bassins à flot réuniraient facilement, entre eux, six cents navires et barques de pêche. Un bassin de retenue s'étend à plus d'un kilomètre de la ville, le long du cours de la rivière d'Arques, dont il contient les eaux, par le moyen de portes d'écluse, pendant la marée haute. A marée basse, les portes s'ouvrent et la rivière s'épanche librement dans l'avant-port.

[13] On appelle jauge la capacité d'un navire en chargement. De ce mot est venu le verbe jauger, pour dire mesurer.

Ces beaux travaux ont rendu de grands services à la navigation.

Les quais ont été très soigneusement construits; ils présentent toujours un aspect animé. Toutes les nations de l'Europe entretiennent des consuls à Dieppe.

Le chemin de fer n'a pas tardé à développer le commerce de la ville, et la mode, depuis bien longtemps, a adopté la plage dieppoise. L'établissement des bains de mer est un des plus importants et des mieux entendus.

Si l'on est fatigué des bains, et que les promenades à pied semblent préférables, on n'a vraiment que l'embarras du choix: les jetées, le jardin anglais, créé entre la ville et la plage, sur une longueur de plus de mille mètres, le cours, et, surtout, les falaises, offrent des aspects toujours nouveaux.


DIEPPE.—AVANT-PORT.

Au sommet de la colline qui s'élève près du casino, apparaissent les tourelles du château, très curieux à visiter, car il a conservé le cachet de l'époque où il fut bâti. Aussi est-il, avec raison, rangé parmi les monuments historiques.

Dieppe.—Eglise Saint-Jacques.

Les deux églises méritent d'être vues. Saint-Jacques, la plus ancienne, date de 1354. On y trouve une chapelle dite de Jean Ango, parce qu'elle renfermait le tombeau du célèbre armateur dont l'histoire est devenue presque fabuleuse, tellement elle renferme d'événements extraordinaires et pourtant, strictement vrais.


Jean Ango, né vers la fin du quinzième siècle, était fils d'un riche armateur. Devenu armateur lui-même, après la mort de son père, son génie commercial se développa rapidement.

Bientôt, une colossale fortune récompensa son labeur incessant. Ses navires formaient une flotte nombreuse, trafiquant avec le monde entier.

Il se sentit de force à rivaliser avec les rois et en donna une preuve irréfutable. Les Portugais étaient alors (1530) en paix avec la France; cependant, la jalousie porta quelques armateurs de cette nation à s'emparer d'un des navires de Jean Ango, leur concurrent redoutable dans le commerce avec l'Afrique et les Indes.

Le fier Dieppois résolut de venger cet outrage et de le venger seul. Ne prenant conseil que de lui-même, il arma toute une flotte nouvelle, en envoya une partie bloquer le port de Lisbonne et l'autre partie ravager, jusque dans les Indes, tous les établissements portugais.


En vain, le roi de Portugal voulut combattre; il ne possédait pas, comme Ango, d'incalculables richesses. Après quelques mois de lutte impuissante, il fut bien obligé d'envoyer un ambassadeur à Dieppe! Encore, François Ier dut-il employer ses bons offices pour obtenir que le roi Ango consentît à la paix!...


C'était là un glorieux succès pour l'armateur qui, du reste, se montrait bon Français, et tint à honneur de recevoir splendidement le roi François Ier, quand ce souverain, en 1532, visita Dieppe. Charmé de l'accueil d'Ango, le monarque lui conféra des titres de noblesse et la dignité de gouverneur de la ville.

Cette prospérité merveilleuse devait avoir un terme. Après la mort de François Ier, Ango éprouva d'énormes pertes qui parurent le conduire à une ruine complète. Il n'en fut pas ainsi, néanmoins; mais ces revers frappèrent l'armateur d'un coup terrible. Il ne put supporter l'idée de voir sa puissance décroître avec sa fortune: il mourut de chagrin en 1551.

Dieppe lui devrait bien une statue; car, certainement, il contribua dans une large mesure à rendre fameuse sa ville natale.


Un autre enfant de Dieppe a obtenu cet honneur. Sur la place du Marché, s'élève la statue d'Abraham Duquesne, le vaillant chef d'escadre, l'illustre marin dont la carrière ne compte que des succès.

Né en 1610, Duquesne, fils d'un très habile capitaine, prouva de bonne heure ses talents. Il avait à peine vingt-sept ans, quand il chassa les Espagnols des îles de Lérins (Provence). Chacune de ses campagnes fut marquée par une victoire.

Plus tard on le voit, impatient de l'inaction où Mazarin laissait la flotte française, demander la permission de s'engager au service de la Suède, alors en guerre avec le Danemark. Grâce à lui, les Danois furent vaincus.

Mais des succès plus éclatants allaient le signaler à l'Europe entière et lui mériter la glorieuse épithète de Grand, que l'on ne saurait oublier lorsque l'on prononce le nom de Duquesne.

FAC-SIMILE
du vaisseau que montait l'amiral de Brancas, et qui porta successivement les pavillons de Mgneurs d'Harcourt, de Bordeaux et de Brézé

Trois fois opposé au fameux amiral hollandais Ruyter, réputé le plus habile et le plus heureux des hommes de mer du temps, trois fois il le vainquit. Le dernier de ces combats eut lieu devant Catane (Sicile), en 1676. Peu de jours après, Ruyter mourait des suites de ses blessures.

Les guerres de la France avec l'Espagne rendirent Duquesne redoutable aux flottes espagnoles. En deux ans, par ses efforts principalement, notre pays était en possession d'une marine admirable.

Duquesne (d'après un portrait du temps.)

Enfin, pour couronner une si belle carrière, deux éclatants succès étaient réservés à Duquesne.


Alger était alors, comme il le redevint plus tard, un véritable repaire de pirates dont les vaisseaux semaient la terreur sur toute l'étendue de la Méditerranée.

Un moment, Colbert avait songé à faire exécuter une sérieuse expédition dans les États barbaresques. Mais la France était absorbée par trop de complications politiques, et le projet, depuis réalisé en 1830, se borna à une rude leçon donnée par Duquesne.

Deux fois, l'illustre marin vint ranger ses navires devant la capitale du dey. Au premier de ces blocus (1682), on fit usage d'un nouvel engin de guerre: les galiotes à bombes, invention de Bernard Renau d'Élisaçaray (ou Eliçagaray), savant officier de marine béarnais. Cette terrible découverte assura le succès, et, après le second blocus, Mezzo-Morto, qui venait de succéder au dey Baba-Hassan, tué par ses sujets révoltés, se vit forcé d'implorer la clémence de Louis XIV.

Pendant quelque temps, la Méditerranée fut purgée de ses écumeurs.


La dernière campagne de Duquesne se termina encore par un triomphe.

La République de Gênes, si puissante sur mer, eut l'imprudence de croire qu'elle pourrait lutter contre le Roi-Soleil. Duquesne la tira de son erreur.

Le doge, coupable d'avoir prêté secours, non seulement aux Espagnols, mais aux Algériens, dut venir humilier sa fierté à la cour de Versailles.

Événement inouï, sans précédent, qui arracha à l'orgueilleux potentat la réponse célèbre, alors qu'on lui demandait l'impression produite sur son imagination par les splendeurs de la cour.

«Je suis surtout étonné de m'y voir!»


L'expédition contre Gênes termina la carrière maritime de Duquesne, carrière marquée, surtout, par des succès, et de laquelle on a pu faire ce digne éloge:

«De nos jours encore, il est plus d'un habile marin qui regarde Duquesne comme le plus grand homme de mer que la France ait eu. Eh! qui, d'ailleurs, serait assez sûr de son jugement pour oser affirmer que le vainqueur de Ruyter, de Ruyter, qui avait vaincu l'élite des amiraux anglais, n'est pas le plus grand homme de mer, non seulement de la France, mais de toutes les nations modernes! Mais ce qu'on peut dire, sans crainte de contradiction, c'est qu'en tenant compte des changements et des progrès qui sont survenus, si le grand Duquesne a son égal dans l'histoire, il n'a point son supérieur[14]

[14] M. Léon Guérin, les Marins illustres.


Un nom plus modeste est celui de Bouzard.

Simple pilote, il ne figure point parmi ceux qui remportèrent de sanglantes batailles; mais, infatigable dans son dévouement, il se consacra au sauvetage des navires en danger. Le nombre est grand des naufragés qui lui durent le salut!

DIEPPE.—STATUE DE DUQUESNE.

Dieppe a honoré la mémoire de Bouzard en lui élevant une statue, récompense bien méritée d'une existence faite tout entière de sacrifices sublimes.


Beaucoup d'autres Dieppois se sont illustrés dans les arts et dans les sciences. Jean Pecquet, mort en 1674, fit de très importantes découvertes anatomiques. Brugen de la Martinière (dix-septième et dix-huitième siècle) fut un savant géographe. Desceliers (seizième siècle) devint le premier hydrographe de son temps. Dieppe lui doit d'avoir eu, entre toutes les villes maritimes de France, l'honneur d'établir une école d'hydrographie.

Plusieurs biographes font naître à Dieppe le fameux Jean de Béthencourt; c'est une erreur. Harfleur le revendique justement comme sien.

De même, la petite ville bretonne de La Roche-Bernard dispute à la cité normande l'honneur d'avoir été, en quelque sorte, le berceau de la marine militaire française.


Voici, en effet, ce que dit, à ce sujet, l'amiral Thévenard:

«....Le vaisseau la Couronne, de soixante-quatorze canons, fut construit, en 1637, à la Roche-Bernard.... Charles Morieu (de Dieppe) apporta dans sa construction tout l'art que l'on possédait dans ces temps, où ce vaisseau fut la merveille de l'architecture navale.

«L'ignorance où l'on était alors fit trouver surprenant aux marins de voir ce vaisseau se mouvoir, en tous sens, avec la même facilité et avoir même plus de vitesse qu'un petit bâtiment brûlot, avec lequel il rejoignit l'armée devant Fontarabie (3 juillet 1638), où il fit l'admiration des marins français d'alors et de ceux des nations voisines....»

Entre autres détails curieux, l'amiral ajoute:

«Le grand pavillon de France, que l'on arborait au grand mât dans les solennités, coûtait onze mille écus, chose incroyable, à moins que cette dénomination ne fût d'une valeur beaucoup moins grande que celle d'aujourd'hui.»

Il faut plutôt croire à une erreur du copiste chargé de répéter les chiffres du compte de dépenses. Mais d'un autre côté, M. l'amiral Paris fait remarquer que ces étendards, énormes, tout en soie et brodés avec luxe, devaient, à cause précisément de leur perfection, coûter fort cher.

Quoi qu'il en soit, on vit pendant longtemps, à la Roche-Bernard, les ruines du chantier d'où partit la Couronne, et, comme l'ingénieur était Dieppois, une confusion s'établit au profit de sa ville natale, qui passa pour avoir vu construire le fameux navire.


Dieppe est divisée en deux parties distinctes, la ville proprement dite, et le Pollet, ou port de l'Est, ainsi nommé parce que ce faubourg se trouve à l'est du port.

Un peu partout les vieilles mœurs s'effacent, mais le pêcheur polletais garde encore une physionomie originale. Intrépide, habitué dès la première enfance aux pénibles travaux de la mer, il devient un marin admirable dont le courage ne saurait être surpassé.

Une visite au vieux Pollet est tout particulièrement pittoresque. Ce sont les moindres détails de l'existence, prise sur le vif, de ces familles qui ne connaissent et ne veulent connaître d'autre horizon que la mer.

Déjà, le costume des pêcheurs est une révélation, il ne ressemble à aucun autre.

Les chemises de toile et de laine, les amples gilets bien chauds; une, deux ou, parfois, trois vestes énormes; plusieurs paires de bas, deux pantalons, au moins; d'immenses bottes où se perdent les jambes et les cuisses, et, brochant sur le tout, un grand caban goudronné!...

C'est à se demander comment le pêcheur polletais peut faire un pas.

Mais, aussi, quand il se trouve exposé à l'orage, au brouillard, aux vagues démontées, son armature laineuse le préserve de plus d'une maladie grave. La phthisie, par exemple, l'atteint rarement.

Longtemps (et nous n'affirmerions pas que toute trace en ait disparu) un véritable antagonisme régna entre Dieppois et Polletais. Ces derniers, se livrant surtout à la pêche côtière, restaient un sujet de risée pour les premiers, plus entreprenants, mais qui se gardaient, d'ailleurs, de chercher à frayer avec leurs robustes adversaires.

M. Vitet a donné pour origine de cette rivalité, l'établissement violent, au faubourg du Pollet, d'une colonie vénitienne dont serait descendue la population actuelle. Le savant académicien tirait les plus ingénieuses conjectures de mille traits de mœurs, de costume, de prononciation.

Quoi qu'il en puisse être, ces hardis pêcheurs seraient de dignes fils de la Reine déchue de l'Adriatique.

Les Polletais se montrent d'une hardiesse extrême dès qu'il s'agit de prendre la mer. Leurs bateaux (les Dieppois appellent barques les embarcations similaires) sont, comme eux, lourds d'aspect, mais se comportent admirablement, surtout pour s'élever dans l'aire du vent. Le gréement est celui du lougre, avec quelques modifications spéciales au Pollet. Le jaugeage varie de dix à quatre-vingts tonneaux, et l'équipage, selon l'importance du bateau, présente un ensemble de cinq à trente hommes, presque tous parents: les Polletais se mariant rarement à l'étranger, c'est-à-dire en dehors du faubourg qu'ils habitent.

Une promenade en mer, à bord d'un bateau du Pollet, laisse la plus vive impression d'estime pour ces braves travailleurs si calmes, si froids en apparence, mais toujours prêts à se sacrifier si le pays ou leurs semblables font appel à leur dévouement.

L'époque tourmentée de la fin du dix-huitième siècle et du commencement du dix-neuvième a montré le patriotisme des Polletais. De nombreux sauvetages accomplis prouvent leur humanité.

Il y a peu de temps encore, M. Richepin, l'écrivain bien connu, signalait la conduite héroïque d'un maître haleur du Pollet, Louis Vain, dit Gelée, qui, à lui seul, a déjà sauvé une soixantaine de personnes et a préservé plusieurs navires d'une destruction totale!

Ce serait affaiblir la profonde émotion excitée par de semblables faits que d'essayer même de mettre en lumière leur sublimité.