Je me rapapillote
Avec Charlotte.

(Argot du peuple). N.

RAPE: Le dos.

Rape, avare.

—Il est dur comme la rape du menuisier.

C’est de rape qu’on a fait rapiat, pour désigner les auvergnats, qui, comme on le sait, n’attachent pas leur chien avec des saucisses (Argot des voleurs et du peuple). N.

RAPER: Chanter.

Vieille expression de goguette pour qualifier un chanteur qui écorchait les oreilles de ses auditeurs.

Mot à mot: il rapait sa chanson (Argot du peuple). N.

RAPPLIQUER: Revenir.

—Depuis huit jornes que je suis en bordée, je rapplique à la piaule, mince de suif à la clé (Argot du peuple).

RAPIOTER: Fouiller dans les poches de quelqu’un.

Ce devrait être dépioter puisque l’on le fouille dans l’intention de le dévaliser.

Cette expression est néanmoins employée par les voleurs.

Les ouvriers tailleurs sont plus logiques. Pour rapiécer (mettre une pièce), ils disent rapioter (Argot des voleurs et des tailleurs).

RAPPOINTIS: Morceau du fer pointu, forgé par un apprenti.

On appelle ainsi les chétifs (Argot du peuple). V. Avorton. N.

RASEUR: Être ennuyeux, qui vous raconte des riens pendant des heures entières (Argot du boulevard) V. Crampon.

RAT (Courir le): Voler la nuit.

Allusion au chat qui ne sort que la nuit pour chasser le rat, excepté qu’ici il faut retourner le fait, c’est le rat qui chasse le chat—le passant (Argot des voleurs). N.

RAT DE PRISON: Avocat.

Allusion à ce que ces messieurs grignottent à belles dents l’argent des prisonniers qui ont besoin de leurs services.

Sangsue serait plus juste que rat (Argot des voleurs).

RAT DE PALAIS: Clerc d’huissier qui attend les malheureux avant l’audience des référés pour accrocher une pièce de cent sous.

Hommes d’affaires véreux qui passent leur existence dans la salle des Pas-Perdus à la recherche d’un imbécile.

Rat de palais, en un mot tous les rongeurs qui rongent les plaideurs (Argot du peuple). N.

RATATOUILLE (En recevoir une): Être battu.

—Je vais te foutre une ratatouille, numéro un.

On dit également:

—Je vais te tremper une soupe (Argot du peuple). N.

RATÉ: Manquer une affaire, rater un coup... de fusil, un examen.

D’un homme petit, on dit: il est raté.

En littérature, en musique, en peinture, une œuvre est ratée lorsqu’elle est incomplète.

Un homme qui donnait de belles espérances et qui n’arrive à rien est un raté.

En un mot, raté se dit de tout ce qui n’est pas bien (Argot du peuple).

RATEAU: Agents de police.

Ils ratissent les voleurs (Argot des voleurs).

RATIBOISÉ: Plus le sou.

—Je n’ai plus le sou, je n’ai plus de crédit et pas envie de bien faire, je suis ratiboisé (Argot du peuple).

RATIBOISEUR DE CABOT: Voleur de chiens.

C’est une industrie toute spéciale, elle est florissante au printemps quand les chiennes sont amoureuses.

Les chiens une fois volés, sont tondus, maquillés pour les rendre méconnaissables, puis expédiés en Angleterre à une association affiliée aux voleurs parisiens.

Ce vol est des plus simples, il faut être deux pour l’accomplir. Pendant que l’un fait la cour à la bonne qui promène Tom ou Mirza, le complice profite de son inattention, il enlève le cabot (Argot des voleurs). N.

RATIBOISEUR DE LANDAU À BALEINES: Voleur de parapluies.

On les nomme aussi des ratiboiseurs à l’échange.

Le voleur entre dans un grand café, il a un mauvais parapluie à la main, il le place au porte-parapluie, au milieu des autres. Il s’assied a côté pour guigner de l’œil le plus beau, il paye sa consommation, se lève sans affectation en emportant le parapluie sur qui il a jeté son dévolu.

Si l’on s’aperçoit, de l’échange, il s’excuse de s’être trompé, puis s’en va tranquillement.

Il est rare que ce vol ne réussisse pas (Argot du peuple). N.

RATICHON: Curé.

Ratichon est un mot ancien. On le trouve dans Olivier Chéreau à propos des Arche-Suppots chargés de réformer le langage, mais là, il n’est pas pris dans le sens de prêtre (Argot des voleurs).

RATISSER: Voler, retourner la poche d’un individu, le ratisser avec autant de soin que le jardinier en met à ratisser ses allées (Argot du peuple).

RATISSER LE BAS DES

REINS AVEC UNE BRIQUE: Ce n’est guère récréatif, c’est pourtant ce que l’on dit aux personnes qui s’ennuient.

—Ah! comme je m’ennuie.

Ratissez-vous le bas des reins avec une brique.

Ou bien encore:

Raclez-vous les os des jambes avec un tesson de bouteille (Argot du peuple).

RATON: Apprenti voleur qui s’introduit par l’imposte dans une boutique et se cache dans un coin. Quand tout bruit a cessé, il ouvre la porte à son complice (Argot des voleurs).

RAVAGEUR: Individu qui, aux bords de la Seine, recherche les débris de ferrailles et d’os.

Autrefois les ravageurs formaient une puissante corporation; ils opéraient dans les ruisseaux qui coulaient au milieu des rues de Paris (Argot du peuple).

RAVIGNOLE: Récidiviste.

Ce doit être une corruption de revignole.

Gnole veut dire imbécile, de revient on a fait revi on y a soudé gnole, de là l’expression.

Mot à mot:

—Tu reviens imbécile (Argot des voleurs).

RAVIGNOLET (Se payer un): V. Bataille des jésuites.

REBIFFE (Il y a de la): Revenir à la charge, retomber sur un adversaire plus fort que soi.

Se rebiffer contre une autorité quelconque (Argot du peuple).

REBONNETER: Amadouer un individu pour le fourrer dans une affaire.

Cacher ses griffes sous un gant de velours, faire le patelin pour mieux tromper.

—As-tu rebonneté le pante pour l’aff?

—Oui, il est bon!

Rebonneter dans le peuple veut dire raccommoder (Argot du peuple). N.

REBONNETEUR: Le confesseur.

Il rebonnète le pécheur avec Dieu.

Mot à mot: il le réconcilie dans la planche à lavement (Argot des voleurs).

REBOUISER DU CORRIDOR: Sentir affreusement mauvais de la bouche.

—Ce cochon-là pue tellement qu’il fait tourner le bouillon (Argot du peuple). N.

REBROUSSE-POIL (À): Prendre les choses de travers, à l’envers, du côté où ça n’est pas vrai.

Ne pas savoir prendre les gens par leur côté faible.

Mot à mot: les prendre à rebrousse-poil (Argot du peuple).

REBUTTER: Ne plus vouloir.

Synonyme de refouler et de renifler.

On rebutte sur un ouvrage qui déplaît ou qui dure trop longtemps (Argot du peuple).

RÉCALCITRANT: Coffre-fort.

Les voleurs éprouvent souvent de la résistance à l’ouvrir; de là l’expression (Argot des voleurs). N.

RECEVOIR UN SAVON OU EN DONNER UN: Gronder quelqu’un, être grondé.

—Quand un ouvrage est mal fait, on reçoit un savon.

—Attends un peu mon neveu, je vais te savonner la tête (Argot du peuple).

RECHASSER: Regarder quelqu’un ou quelque chose.

—As-tu vu ce coup de chasse?

Les filles rechassent les passants pour les allumer.

Cela se nomme: distribuer son prospectus. (Argot des filles).

RÉCHAUFFANTE: Perruque.

Elle tient chaud à la tête et ceux qui en portent ne craignent pas de se prendre aux cheveux.

Un coiffeur de la rue de Bondy avait pris cette enseigne:

D’Absalon pendu par la nuque,
Passants, contemplez la douleur!
S’il avait porté perruque.
Il eût évité ce malheur.

(Argot du peuple).

RÉCHAUFFÉ (C’est du): Quand un individu fait un discours émaillé de lieux communs, ou raconte une histoire à dormir debout, c’est du réchauffé.

Allusion aux mets réchauffés qui ne valent plus rien.

On dit également:

Lâche-nous avec tes boniments; c’est de la vingtième resucée (Argot du peuple).

RÈCHE: Sou

—Pas un rèche dans mes profondes; je ne suis pas réchard.

Rèche veut aussi dire: femme qui a un caractère cassant.

—Elle est tellement mauvaise que l’on ne peut pas la toucher avec des pincettes (Argot du peuple).

RECONOBRER: Reconnaître.

Quelques-uns écrivent conobrer. Ce n’est pas exact. Conobrer veut dire connaître et non reconnaître (Argot des voleurs).

RECORDER: Réconcilier. L. L.

Recorder veut dire prévenir, remonter le moral à un désespéré; lui apprendre ce qu’il doit faire (Argot du peuple). N.

RECOURIR À L’ÉMÉTIQUE: Escompter de faux billets (Argot du peuple).

RÉDAM: Grâce.

Comme le dit A. Delvau, redam ne peut venir de rédemption.

C’est une corruption de retam.

Allusion à la casserole qui est neuve lorsqu’elle est étamée.

Dans le peuple on dit rétamé pour étamé: le voleur gracié est rétamé, il est remis à neuf (Argot des voleurs). N.

REDINGUE: Abréviation de redingote (Argot du peuple).

REDOUBLEMENT DE FIÈVRE: Fièvre, révélation.

Quand un voleur a été dénoncé, il a la fièvre.

Une nouvelle révélation à sa charge lui occasionne un redoublement de fièvre (Argot des voleurs).

REDRESSE (Être à la).

—Il est à la redresse le mec, pas moyen de lui monter le verre en fleur; il la connaît, c’est lui qui a inventé les queues de billard cintrées pour faire les effets dans les coins.

Être à la redresse, rusé, malin.

On dit aussi: être à la hauteur (Argot du peuple).

REFILER: Veut dire: donne-moi.

Le souteneur dit à sa marmite:

Refile-moi le pognon.

Refiler quelqu’un: c’est le suivre ou le rechercher.

—J’ai eu beau le refiler, c’est comme si j’avais cherché une aiguille dans une botte de foin (Argot des voleurs). N.

REFROIDIR: Tuer un individu.

Refroidi: Allusion au cadavre qui, aussitôt la mort, devient froid comme le marbre (Argot des voleurs).

REFUGES: Les croyants disent au pécheur: réfugiez-vous dans le sein de Dieu.

C’est un refuge qui est bougrement haut.

Les giverneurs préfèrent de beaucoup les refuges municipaux et d’autres, inconnus de la masse des Parisiens: rue Galande, rue Julien-le-Pauvre, rue St-Denis et rue St-Séverin, où l’on couche pour quatre sous, sur un banc, avec une soupe par dessus le marché.

Ces refuges ont pour enseigne: Crémerie. Je ne conseille pas aux lecteurs de s’y aventurer, s’ils ne veulent pas être saignés (Argot du peuple). N.

RÉGLER SON TRIMESTRE: Battre quelqu’un.

Synonyme de régler son compte.

Quand une marmite ne rend pas, le souteneur dit:

—Je vais lui régler son trimestre.

Pour certaines de ces malheureuses, le trimestre est tous les jours (Argot des souteneurs). N.

REGON: Dette.

Regon est une corruption de regout (rancune).

Quand un voleur a été donné par un nonneur, il a du regout, de la rancune, il a contracté une dette de haine qu’il lui paiera tôt ou tard (Argot des voleurs). N.

REGOUT: Rancune.

Avoir du regout contre quelqu’un, lui vouloir du mal.

Les voleurs ont du regout contre un complice qui les a dénoncés.

—Je renquille dans Pantin sans regout ni morace.

Mot à mot: Je rentre à Paris sans colère, sans rancune et sans cri (Argot des voleurs). N.

RÉJOUISSANCE: Qui ne réjouit pas du tout la ménagère, lorsque le boucher lui donne plus d’os que de viande (Argot des bouchers).

RELEVEUR DE CHANDELIER: Quand un miché monte avec une fille, il ne lui donne pas toujours l’argent de la main à la main; discrètement, avant de se mettre en chantier, il fait sa mise sous le chandelier; aussitôt partis, le souteneur arrive et relève la monnaie qui est sous le chandelier (Argot des souteneurs).

RELEVEUR DE PESOCHE: Garçon de banque qui la relève les 1er, 15 et 30 de chaque mois.

La pesoche est le sac où il enferme la monnaie (Argot des voleurs).

RELUQUER: Regarder.

—Qu’avez-vous donc à me reluquer comme ça, est-ce que je vous ai vendu des pois qui n’ont pas voulu cuire?

Reluque-moi un peu ce canard, en a-t-il une trompette (Argot du peuple).

RELICHER SON MORVIAU: Voilà une image qui n’est pas propre.

Dans le peuple on dit à un enfant qui ne se mouche pas et qui de son nez laisse pendre deux chandelles:

Reliche ton morviau (Argot du peuple). N.

RELUIT: L’œil (Argot des voleurs). V. Abat-reluit.

REMBINER: Quand on a bien débiné un individu, on le rembine.

Rembiner est synonyme de rebonneter (Argot du peuple).

REMBROCABLE (Elle est): Beau visage que l’on peut regarder.

—Tu n’en perdras pas la vue ni le poil de dessus, la môme est rembrocable.

Mot à mot: tu peux la regarder, elle vaut la secousse (Argot des voleurs).

REMBROQUAGE DE PARRAIN: Confrontation avec le parrain fargueur (témoin à charge).

Le parrain rembroque (regarde) le détenu pour voir s’il le reconnaît (Argot du peuple).

REMBROQUER: Regarder.

Ses deux beaux chasses vous rembroquaient,
Puis à la piaule tous les gonces la refilaient,
Elle fit mince casquer les marlous,

dit la chanson du mac de Grenelle (Argot des souteneurs).

REMÈDE À L’AMOUR: Femme laide à faire reculer même le plus intrépide.

—Quelle bouillotte, mon vieux, s’il n’y avait qu’elle et moi sur terre nous ne ferions pas de petits.

Elle guérirait de l’amour pour la vie (Argot du peuple).

REMONTER SA PENDULE: Battre sa femme, mot à mot: la faire marcher. L. L.

Remonter sa pendule se dit d’une personne qui renifle pour remonter sa morve et éviter de se moucher.

Remonter le moral d’une personne désespérée (Argot du peuple). N.

REMOUCHER: Regarder.

Remouche moi cette petite gueule-là, elle ferait relever un mort.

On dit aussi:

—Je vais te remoucher pour: te battre (Argot du peuple).

REMPARDEUSE: Fille qui fait les soldats autour des casernes, sur les glacis ou dans les fossés des fortifications (Argot des troupiers).

RENACHÉ: Fromage (Argot des voleurs).

RENARD (Le lâcher): Dégueuler.

Expression ancienne; dans les ateliers, quand un ouvrier a trop bu, il lâche son renard; un camarade charitable dit alors quand il est copieux: il en a une de queue.

Une vieille chanson de compagnon dit:

Quand je sens que ça me gargouille,
Je lâche le renard.

(Argot du peuple).

RENAUD: Faire des reproches à quelqu’un, c’est lui pousser un renaud.

—Y m’en a foutu un de renaud à l’instruction, y m’a dit que je crapserai d’une fièvre cérébrale soignée par Charlot (Argot des voleurs).

RENAUDER: Ne pas être content.

Ce mot vient du verbe arnauder.

Avoir du renaud contre quelqu’un veut également dire: avoir de la rancune.

Synonyme de l’expression être à feu (Argot du peuple).

RENDEZ-MOI (Le vol au): C’est très simple. L’un des complices jette un louis sur le comptoir; pendant que le marchand rend la monnaie, l’autre ramasse pièce et monnaie et se sauve.

Cette manière de procéder se nomme par abréviation: le rendem (Argot des voleurs).

RENDOUBLÉE: Signifie plusieurs choses.

Dans le peuple on dit:

Rendoublée de putain, pour exprimer qu’il est impossible de l’être davantage.

On dit d’une femme enceinte:

—Elle est rendoublée pour doublée (Argot du peuple).

RENDRE L’ÂME: Mourir.

Rendre son âme à Dieu ou au diable.

On dit aussi d’un pochard qui a le renard facile:

—Il a rendu tripes et boyaux jusqu’à son âme.

Là, il n’en meurt pas, il recommence le lendemain (Argot du peuple).

RENCARD: À l’écart.

On met un objet au rencard quand on en a assez.

La faire au rencard: lever une femme qui est seule sur un banc, dans un square, ou sur une promenade publique.

Les courtiers qui lèvent les bonnes pour les placer dans les maisons de tolérance disent:

J’ai fait la môme au rencard (Argot des souteneurs). N.

RENCŒUR: En avoir gros sur le cœur contre quelqu’un.

Ne pouvoir avaler ou digérer une affaire.

Synonyme de la locution très populaire:

—Je travaille à contre-cœur.

—Je n’y vais pas de bon cœur, je n’y vais pas avec courage.

Épouser un homme malgré soi, c’est avoir un rencœur (Argot du peuple).

RENFONCEMENT: Vigoureux coup de poing appliqué sur un chapeau haut de forme.

Quand les voyous se battent, le coup du renfoncement, c’est un coup de tête donné en pleine poitrine (Argot du peuple).

RENGAINER SON COMPLIMENT: Faire du plat à une femme, elle vous envoie à l’ours, il faut rengainer son compliment.

Être en tête-à-tête avec une femme mariée pour la première-fois; au moment psychologique, le mari arrive... il faut rengainer son compliment (Argot du peuple). N.

RENIFLANTES: Des bottes.

L’image est heureuse: quand un pauvre diable a des bottes éculées et percées, elles reniflent l’eau des ruisseaux (Argot du peuple).

RENIFLER: Ne rien vouloir faire.

—Tu renifles sur le truc.

Mot à mot: rebuter (Argot des voleurs).

RENIFLEURS: Agents de la sûreté.

Il faut avoir un certain nez, un certain flair, pour faire ce métier.

Quand les agents arrêtent un voleur, ils le reniflent (Argot des voleurs).

RENIFLEUR DE CAMELOTTE À LA FLANC: Voleur qui flâne au hasard pour dévaliser le premier étalage qui se présente à lui (Argot des voleurs).

RENQUILLER: Rentrer.

—Je renquille à la piaule.

Renquiller veut dire aussi retourner.

—Je renquille au patelin (Argot du peuple).

RENQUILLER: Faire fortune, devenir gros et gras (Argot d’imprimerie).

RENVERSER SA CHAUFFERETTE: Mourir.

Synonyme d’éteindre sa braise (Argot du peuple).

RENVERSER SA MARMITE: Mourir.

Renverser la marmite: ne plus tenir table ouverte, évincer les parasites.

Renverser la marmite: refuser le service.

Allusion aux Janissaires qui renversaient la marmite pour indiquer qu’ils se mettaient en état d’insurrection.

Nous avons, c’est le progrès, la marmite à renversement des anarchistes (Argot du peuple). N.

REPASSÉ: N’avoir plus rien.

Quand un créancier tenace importune son débiteur, ce dernier par ironie lui dit:

—Vous repasserez.

C’est le créancier qui est repassé quand on ne le paye pas (Argot du peuple).

REPÉSIGNÉ: Arrêté de nouveau. A. D.

Pesigner veut dire ouvrir.

Il faut donc prendre le mot repésigner dans le sens de voir ouvrir, à nouveau la porte de la prison et non dans celui d’arrêter (Argot des voleurs).

REPIGER: Je vais te repiger au demi-cercle.

On dit de quelqu’un qui a été pigé—pris une première fois:

—Je vais te repiger une seconde (Argot du peuple).

REPIQUER: Deux joueurs font une partie; l’un joue pique, l’autre répond: repique.

Repiquer de riffe: rappliquer d’autorité (Argot du peuple).

REPIQUER AU TRUC: Revenir à la charge.

Avoir été chassé par la porte et rentrer par la fenêtre.

Demander à crédit et se le voir refuser, le redemander à nouveau, c’est repiquer au truc (Argot du peuple). N.

REPORTER SON OUVRAGE: Dans le peuple, quand un médecin suit le convoi d’un malade qu’il a soigné, les voyous disent:

—Tiens, le docteur qui reporte son ouvrage (Argot du peuple).

REPOUSSER DU GOULOT: Puer de la bouche.

L’image est typique; ceux qui sont affligés de cette infirmité repoussent en effet tous ceux qui les approchent (Argot du peuple).

REPOUSSER LES URINES: Il est, je pense, inutile d’expliquer cette expression; sa brutalité la rend très compréhensible.

Allusion au piston qui repousse la vapeur dans le cylindre (Argot des voyous). N.

REPOUSSER DU PARLEMENT: V. Trouilloter de la hurlette.

REQUIN DE TERRE: Huissier.

Voilà un nom qui n’est pas volé. En effet, comme le requin dont on trouva dans le ventre une paire de bottes, une armoire à glace et un poêle de faïence, l’huissier dévore tout (Argot du peuple). N.

RESSAUT (Avoir du): Être surpris à en ressauter.

Une proposition saugrenue fait ressauter d’étonnement, celui à qui elle est faite.

On ressaute à la pensée de faire une chose qui ne plaît pas (Argot des souteneurs). N.

RESTANT DE SOUPER: Terme de mépris employé dans le peuple à l’égard d’une fille qui a roulé pendant vingt ans les restaurants de nuit.

Restant de souper, mot à mot: tout le monde a mangé sur son cuir.

On dit également pour exprimer une idée plus basse: rognures d’abattoir; c’est le suprême dégoût (Argot du peuple). N.

RÉSURRECTION (La): Prison de Saint-Lazare.

Allusion biblique à Lazare le ressuscité. L. L.

En quoi cette prison d’où les femmes sortent plus pourries moralement qu’à leur entrée peut-elle être une résurrection?

Ce n’est une résurrection que pour celles qui sortent guéries de l’infirmerie, parce qu’elles peuvent recommencer leur commerce (Argot du peuple).

RETAPE: On retape un vieux chapeau pour lui donner l’aspect d’un neuf.

On retape une seconde fois un ami déjà tapé une première.

Les filles du trottoir retapent les hommes, mais pas pour les rendre neufs, car quelquefois elles laissent des souvenirs qui ne sont pas tapés.

Mot à mot: retaper, raccrocher (Argot des souteneurs).

RETIRATION (Être en): Ouvrier typographe qui commence à vieillir et qui trouve difficilement de l’ouvrage. Le progrès n’a pas encore inventé la machine à tuer ceux qui ne peuvent plus travailler après avoir fait la fortune des patrons (Argot d’imprimerie).

RETOURNER LA MOULE: V. Avaler le pépin.

RETOURNER SA VESTE: Changer d’opinion.

Reproche fait souvent à la plupart de nos hommes politiques par le peuple qui ne connaît pas le mot de Thiers:

—Il n’y a que l’homme absurde qui ne change jamais (Argot du peuple). N.

RETOURNER (Savoir se): Se tirer d’embarras. L. L.

S’en retourner, c’est vieillir.

Dans le peuple, cette expression n’est pas prise dans ce sens; ceux qui font métier de se retourner, ont pour atelier les Champs-Élysées.

On les appelle plus communément des ramasseurs de marrons (Argot du peuple).

REVENDRE: Révéler un secret confié.

Commerson disait à ce sujet que les secrets c’est le contraire des fruits, que ce n’est pas ceux qu’on veut garder qu’on confie.

Revendre: commettre une indiscrétion qui amène l’arrestation de quelqu’un.

—Il est revendu à la police (Argot des voleurs). N.

REVIDAGE: Revision des marchandises achetées par les brocanteurs dans les ventes publiques.

La revision consiste en ceci:

—Pour ne pas faire monter les enchères et acheter bon marché, un ou deux de la bande noire pousse les enchères. Les objets en vente sont, par ce système, généralement adjugés à vil prix.

La vente terminée, ils se réunissent dans le cabinet d’un marchand de vin voisin et ils procèdent au revidage, c’est-à-dire à de nouvelles enchères.

Chacun prend alors le lot de marchandises qu’il peut écouler dans sa boutique, et la différence entre le total de la vente publique et l’opération du revidage est partagée également.

Cette opération illicite est défendue, c’est pourquoi elle se pratique au grand jour (Argot des brocanteurs).

REVISER: V. Revidage.

REVOLVER: Femme légitime.

Les voleurs qui emploient cette expression estiment qu’elle suicide son mari quand, elle est par trop acariâtre (Argot des voleurs). N.

RIBOUIS: Souliers.

Au carreau du Temple, c’est une spécialité.

Les ribouiseurs achètent toutes les vieilles chaussures: ils ont des ouvriers qu’on nomme des passifleurs, ils les ribouisent si bien que souvent on les prend pour du neuf, pas les jours de pluie par exemple, car les malheureux qui les chaussent rentrent chez eux sans semelles (Argot du peuple).

RIC-À-RAC: Avoir du ressaut pour payer.

Payer ric-à-rac: par acomptes, prolonger la dette le plus longtemps possible (Argot du peuple).

RICHONNER: Rire.

—Tu richonnes à te mordre l’œil, ce n’est pourtant pas richonnant (Argot des voleurs).

RIFFAUDER: Brûler.

Riffaudante: flamme.

Une vieille chanson qui date au moins de cinquante ans, bien connue des voleurs, dit:

L’autre jour, fumant ma bayadaise,
Je rifflaudais, la fumant dans un coin.

Rifflauder voudrait donc dire sommeiller (Argot des voleurs).

RIF ou RIFLE: Feu.

—Passe-moi un peu de rif que j’allume Joséphine (Argot du peuple).

RIFFE: Prendre de force, d’autorité.

—Il a pris une fille de riffe.

Synonyme de violer (Argot des voleurs).

RIFFLARD: Parapluie.

Le mot date de Picard et de la Petite Ville, comédie dans laquelle il y a un personnage nommé Rifflard, qui ne marche qu’escorté d’un parapluie. A. D.

Au quinzième siècle, on trouve déjà ce mot employé dans des comédies ou mystères avec un sens satirique et bouffon. Rifflard, bouffard, narinard, dentard étaient des épithètes burlesques que les acteurs se renvoyaient constamment—même quand elles n’étaient pas dans leur rôle.

Le personnage le plus important de la Passion, mystère d’Arnould Gresban, bachelier en théologie, qui fut joué avec un immense succès au quinzième siècle, est un berger nommé Rifflard, qui se plaint amèrement et impudemment des impôts excessifs dont le peuple était accablé. Il faudrait pouvoir citer la scène où Rifflard est amené devant un magistrat qu’il appelle Machefoin:

Comment te nomme-t-on?
Rifflard,
Tout norry de pois et de lard.

Plus tard, le mot rifflard fut appliqué aux sergents, ainsi que nous le voyons par une charte citée par Ducange.

Picard, en appelant, dans sa comédie de la Petite Ville, un de ses personnages François Rifflard, n’a fait qu’emprunter, ce qu’ignorait sans doute Delvau, ce nom au mystère d’Arnould Gresban (Argot du peuple).

RIFLER: Brûler (Argot du peuple).

RIFFLER: Veut également dire brûler.

Riffler est aussi le synonyme de souffler: prendre.

En ce cas, c’est une corruption de rafler (Argot du peuple).

RIGODON (En pincer un): Vieux mot qui veut dire danser (Argot du peuple).

RIGODONS: Souliers.

Dans le peuple, on dit d’un homme qui a ses souliers percés et éculés:

—Ses rigodons engueulent le pavé.

On dit également des rigadins (Argot du peuple).

RIGOLARD: Chose très amusante (Argot du peuple).

RIGOLBOCHE: Quelque chose de supérieurement amusant, beaucoup plus fort que rigolo.

Rigolboche était connue à Bullier sous le nom de Marie la Huguenote; ce nom lui venait de ce qu’elle protestait sans cesse quand le municipal la rappelait à l’ordre ou plutôt à la décence.

Elle débuta aux Délassements-Comiques en 1860 sous le nom de Rigolboche.

On la nommait aussi Boboche.

Ce n’est pas elle l’inventeur de ce mot; il était connu dans les ateliers depuis 1840.

On dit également, pour affirmer que l’on s’est bien amusé:

—Nous avons rudement rigolboché (Argot du peuple).

RIGOLOTTE: Nom donné par Eugène Suë à un des personnages des Mystères de Paris.

Ce nom est resté pour désigner une jeune fille joyeuse.

—Elle est rigolotte (Argot du peuple). N.

RIGOLO: Attaque nocturne. L. L.

Rigolo: terme employé dans les ateliers pour qualifier un camarade qui rigole sans cesse, qui amuse les autres.

Il y eut, en 1866, un mulet qui portait ce nom au Cirque-Napoléon; il fit courir tout Paris, tant il était amusant, rigolo (Argot du peuple). N.

RIGOLO: Sinapisme de farine de moutarde.

Rigolo, c’est le nom de l’inventeur.

Autrement, cette appellation serait une amère ironie, car un sinapisme n’est pas plus rigolo que d’avoir un clou planté dans les fesses (Argot du peuple). N.

RIGOLO: Pince.

Si elle fait rigoler quelqu’un, ce n’est certainement pas la victime du vol avec effraction.

Elle est rigolo pour le voleur, car avec l’argent volé il peut se payer de la rigolade (Argot des voleurs). V. Monseigneur.

RIGOUILLARD: Chose drôle, c’est plus fort que rigolo.

C’est tellement rigouillard qu’il y a de quoi s’en tamponner le coquillard, c’est à se tordre, c’est crevant (Argot du peuple). N.

RINCÉ: Être rincé comme un verre à bière, n’avoir plus rien.

Recevoir une rincée: être battu comme des œufs à la neige.

Rincer quelqu’un: le voler jusqu’à son dernier sou (Argot du peuple). V. Raboté.

RINCER LA DALLE (Se faire): Se faire régaler par un camarade.

—Je lui ai tellement rincé la dalle qu’il n’a pas une dent dans la gueule qui ne me coûte au moins vingt francs (Argot du peuple).

RIOLE: Ruisseau ou rivière dans l’argot des voleurs.

Riole se dit aussi dans le peuple de quelqu’un qui est pochard:

—Il est en riole.

Ce n’est pourtant pas dans la rivière que le vin a été puisé (Argot du peuple).

RIPATINS: Brodequins (Argot des voleurs).

RIPATONS: Souliers (Argot du peuple).

RIPATONNER: Le passifleur qui racommode les vieux souliers, ripatonne (Argot du peuple).

RIPER: Embrasser tendrement. A. D.

C’est une singulière façon d’embrasser tendrement les gens que de les voler car riper dans le peuple signifie: prendre.

—Je lui ai ripé sa galette (Argot du peuple). N.

RIPOPÉE: Quelque chose qui ne vaut rien.

Synonyme de ratatouille.

On dit aussi:

—Ton Borgia à 23 sous ne nous fait boulotter que de la ragougnace (Argot du peuple). N.

RIQUET: Tout petit.

Sobriquet donné dans les ateliers aux apprentis mal formés.

—Viens ici, mon petit riquet.

C’est un pléonasme d’accoupler ces deux mots identiques, mais dans le peuple, on n’y regarde pas de si près (Argot du peuple). N.

RIQUIQUI: Mauvaise eau-de-vie.

Riquiqui est généralement employé pour peindre quelque chose de mesquin, de petit, d’étroit.

—Son esprit est comme sa taille, c’est riquiqui.

—Ah! regardez-moi cette toilette, est-elle assez riquiqui?

Il existait jadis une liqueur appelée riquiqui; on ne la connaît plus (Argot du peuple).

RIRE COMME UN CUL: Rire sans desserrer les dents.

Veut dire aussi rire comme un imbécile, sans savoir pourquoi.

Être cul, dit M. Lorédan Larchey, c’est être bête et grossier.

Ce pauvre cul n’a vraiment pas de chance, car, non content d’en faire le synonyme de tout ce qui est sale, on en fait le synonyme de tout ce qui est bête et ridicule.

S’il pouvait répondre autrement qu’en pétant! (Argot du peuple). N.

RIRE JAUNE: N’être pas content et être forcé de rire quand même; avoir les larmes dans les yeux et le cœur gros et être forcé de paraître joyeux.

On dit aussi:

—Son rire est jonquille. Allusion au cocu qui rit jaune quand la sage-femme lui présente son dernier en lui disant: