CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-HONORÉ.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, décoré d'un morceau d'architecture d'ordre corinthien, Jésus-Christ au milieu des docteurs, par Philippe de Champagne.
Dans la troisième chapelle à gauche, la Nativité, par Bourdon.
Dans cette église avoient été inhumés:
La fondatrice Sibylle, morte en....
Simon Morrier, que son épitaphe signaloit comme un factieux et un partisan déclaré des Anglois, sous le règne de Charles VII.
Le cardinal Dubois, premier ministre sous la régence du duc d'Orléans, et d'abord chanoine de cette église, mort en 1723[370].
À l'époque où nos rois commencèrent à habiter le Louvre, les grands vassaux, déjà moins indépendants, venoient plus souvent dans la capitale, tant pour leur rendre des hommages que pour participer à leurs faveurs. Ces petits souverains, devenus courtisans, se logeoient autant qu'il leur étoit possible auprès des maisons royales; et le quartier où étoit située celle-ci fut bientôt rempli d'hôtels magnifiques, sur lesquels nous allons recueillir les traditions des historiens: car il ne reste presque plus de vestiges de ces anciens édifices.
Hôtel du Petit-Bourbon.
Il étoit situé dans la rue appelée d'Autriche, dont partie subsiste encore et forme celle qui étoit nommée dans le siècle dernier cul-de-sac de l'Oratoire. Cette rue se prolongeoit alors jusqu'au bord de la rivière; et l'hôtel dont nous parlons s'étendoit par-derrière jusqu'à la rue qui en a pris le nom, et qui faisoit alors la continuation de celle des Fossés-Saint-Germain. À côté de la chapelle de cet hôtel, il y avoit une autre rue qui alloit de celle d'Autriche au cloître de l'église, et formoit une équerre; cette rue, qui n'existe plus, portoit, dans ses deux parties, ce même nom de Petit-Bourbon[371].
Il paroît que cet hôtel fut bâti peu de temps après que Philippe-Auguste eut fait construire ou augmenter le Louvre. Sauval tombe à ce sujet dans une étrange contradiction: après avoir dit que les ducs de Bourbon y logèrent dès le temps de Philippe-le-Bel, il avance plus loin qu'il ne fut construit que sous le règne de Charles V; et il en donne pour preuve les lettres C et V sculptées sur le portail de la chapelle. Il est évident que ces deux lettres ne prouvent autre chose, sinon que, dans ces temps-là, il y fut fait quelques augmentations ou embellissements; et l'on a une foule d'exemples de chiffres placés sur des édifices à de semblables occasions. Il existe en effet des titres antérieurs à cette époque, qui contestent l'existence de cet hôtel[372], et d'autres prouvent également qu'il fut agrandi sous Charles V. On trouve qu'en 1385 le duc de Bourbon acheta à cet effet la maison du Noyer, qui appartenoit au prieur et aux religieux de la Charité, et en 1390, la voirie de l'évêque[373]. Sauval lui-même dit que, depuis 1303 jusqu'en 1404, les princes de cette famille achetèrent de plus de trois cents personnes les maisons qui couvroient l'espace sur lequel cet hôtel fut construit[374]. Leur palais, ainsi augmenté et embelli de siècle en siècle, passoit pour un des plus vastes et des plus magnifiques qui fussent dans le royaume: du temps de l'écrivain que nous venons de citer, la galerie et la chapelle de cet hôtel existoient encore[375]; et il les décrit comme les édifices de ce genre les plus considérables et les plus somptueux de Paris. La galerie surtout étoit d'une dimension telle qu'on n'en connoissoit point de pareille dans tout le royaume, et qu'elle fut choisie pour la représentation des fêtes qui furent données à la cour, à l'occasion du mariage de Louis XIII. Louis XIV s'en servit également dans les commencements de son règne pour les bals et les comédies qui faisoient alors son principal amusement. Ce fut aussi dans cette galerie que se tint l'assemblée des États du royaume en 1614 et 1615.
On abattit une partie des restes de cet immense édifice pour élever la colonnade du Louvre; cependant, dans le siècle dernier, il en subsistoit encore quelques portions, où étoient les écuries de la reine et le garde-meuble de la couronne. La démolition en fut enfin achevée pour découvrir le beau monument élevé sur l'autre partie de ses ruines.
Hôtel de Clèves.
De l'autre côté de la rue d'Autriche[376] étoit l'hôtel de Clèves. Du temps de la Ligue il s'appeloit d'Aumale, et étoit occupé par Claude de Lorraine, duc d'Aumale, marquis de Mayenne. On ignore comment et à quelle époque il vint s'établir dans cette maison; quant au temps où elle fut construite, on a trouvé une ancienne notice qui prouve que ce fut par les ordres de Louis de France, fils de Philippe-le-Hardi, et chef de la maison d'Évreux. Catherine de Clèves, duchesse douairière de Clèves, s'y retira après la mort de son mari. Il passa depuis aux ducs de Grammont.
Hôtel de Clermont.
Il étoit situé, dit Sauval, auprès de l'hôtel de Clèves, et servoit de demeure à Robert de France, comte de Clermont et sire de Bourbon. Il avoit appartenu auparavant à la comtesse de Xaintonge et au prévôt de Bruges. Valeran de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France, l'acheta en 1396: c'est sur l'emplacement qu'il occupoit, et sur celui des maisons adjacentes jusqu'à la rue du Coq, que furent bâties en partie l'église et la maison des pères de l'Oratoire.
Hôtel de Joyeuse.
Dans cette rue du Coq et dans celle du Louvre étoit situé l'hôtel de Joyeuse; il avoit autrefois appartenu à la maison de Montpensier dont il portoit le nom. Henri, dernier duc de Montpensier, le vendit à François de Joyeuse, cardinal, qui le nomma hôtel du Bouchage, du nom de sa famille. La proximité du Louvre engagea Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort, à louer cette maison, ce qui lui fit donner le nom d'hôtel d'Estrées; elle y demeuroit en 1594[377]. Cet édifice avoit repris le nom d'hôtel du Bouchage, et il le portoit en 1616, lorsque Henriette-Catherine de Joyeuse, duchesse de Guise, nièce et héritière du cardinal de Joyeuse, le vendit à M. de Bérulle pour y placer sa congrégation.
Hôtel d'Alençon.
Cet ancien hôtel occupoit autrefois l'intervalle qui sépare la rue des Poulies du cul-de-sac de l'Oratoire, alors rue d'Autriche. Parmi plusieurs traditions contradictoires sur son origine et ses diverses révolutions, voici ce que nous avons trouvé de plus vraisemblable. Il paroît qu'il fut bâti vers 1250 par les ordres d'Alphonse de France, comte de Poitiers, frère de saint Louis, et qu'il prit le nom d'Osteriche, de la rue où il étoit situé. Ce prince l'agrandit si considérablement, au moyen de l'acquisition de dix maisons voisines, qu'après sa mort[378] Archambaud, comte de Périgord, en vendit la moitié à Pierre de France, comte d'Alençon et de Blois, cinquième fils de saint Louis. Ce fut alors que cet hôtel prit le nom d'Alençon. Enguerrand de Marigni en devint ensuite possesseur, on ignore à quel titre; il y fit encore de grandes augmentations, en y joignant plusieurs maisons et jardins situés du côté de la rue des Poulies, et qui appartenoient au chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois. Après sa mort, cet hôtel devint propriété royale; et quoique l'arrêt de sa condamnation eût ordonné que sa maison seroit démolie, il ne paroît pas que cet édifice ait été abattu. Il fut occupé depuis par Charles de Valois et Marie d'Espagne sa veuve, qui y demeuroit en 1347. On en distinguoit dès lors les deux parties sous les noms de grand hôtel d'Alençon rue d'Autriche, et de petit hôtel d'Alençon rue des Poulies. En 1421, on voit, par un compte rapporté par Sauval, que cet hôtel étoit vide, ruiné et inhabitable. Il passa des ducs d'Alençon à M. de Villeroi, qui le vendit, en 1568, à Henri III, alors duc d'Anjou. Ce prince, appelé au trône de Pologne, le laissa à la reine son épouse, et cette princesse en fit don à Castelan son premier médecin. Albert de Gondi, duc de Retz et maréchal de France, l'acheta en 1578 des enfants de ce dernier, et lui donna son nom, qu'il porta encore plusieurs années[379] après. Malgré les démembrements qu'on en avoit faits précédemment, cet hôtel étoit encore si vaste, que Marie de Bourbon, duchesse de Longueville, en acheta une partie en 1581, sur laquelle elle fit bâtir l'hôtel qui a porté son nom, et que depuis Henri de Longueville vendit à Louis XIV, qui vouloit agrandir la place du Louvre. Ce dessein n'ayant pas eu alors son exécution, l'hôtel de Longueville, loin d'être abattu, fut réparé en 1709, pour servir de logement au marquis d'Antin, directeur général des bâtiments, ce qui le fit appeler l'hôtel de la Surintendance. En 1738 on en reconstruisit une partie, qu'on disposa pour le service général des postes, et l'on y joignit encore une portion de l'hôtel de Retz, dont il avoit d'abord été formé. La moitié de cet édifice fut depuis achetée par Louise de Lorraine, seconde femme du prince de Conti, qui la fit démolir, et sur l'emplacement fit construire un nouvel hôtel qui porta son nom. Depuis le duc de Guise en vendit une partie au roi, l'autre fut acquise par M. de Villequier, et a porté le nom d'hôtel d'Aumont. Ces hôtels ont été depuis revendus, rebâtis, puis abattus dans le siècle dernier pour former la place du Louvre. Enfin une portion considérable de l'hôtel d'Alençon, du côté du Louvre, a formé, au milieu du siècle passé, l'hôtel de la Force et les jardins de l'hôtel Longueville, et est aujourd'hui représentée par les maisons qui font face à celle des pères de l'Oratoire[380].
Hôtel du comte Ponthieu.
Il étoit situé dans la rue des Fossés-Saint-Germain, qui faisoit alors la continuation de la rue Béthisi: en 1359 on le nommoit la cave de Ponti et la cour de Pontiau. Guillot appelle cette partie de la rue Béthisi, la rue aux Quains de Pontis, nom qu'elle portoit alors et que lui avoit donné cet hôtel.
Maison du Doyenné.
Elle étoit située dans le cloître Saint-Germain-l'Auxerrois[381], vis-à-vis du grand portail de l'église et au coin du passage qui conduisoit à la place du Louvre. Cette maison est célèbre par la mort presque tragique de Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort et maîtresse de Henri IV. Voici comment cette histoire est racontée dans Saint-Foix, et dans les mémoires de Sully: «Elle vint loger chez Zamet: c'étoit un Italien fort riche, qui s'étoit qualifié, dans le contrat de mariage de sa fille, seigneur suzerain de dix-sept cent mille écus, et qui s'étoit rendu agréable à Henri IV par son caractère plaisant et enjoué. Se promenant dans son jardin, après avoir mangé d'un citron, d'autres disent d'une salade, elle se sentit tout à coup un feu dans le gosier, et des douleurs si aiguës dans l'estomac, qu'elle s'écria: Qu'on m'ôte de cette maison[382], je suis empoisonnée. On l'emporta chez elle[383]; son mal y redoubla avec des crises et des convulsions si violentes, qu'on ne pouvoit regarder sans effroi cette tête si belle quelques heures auparavant[384]. Elle expira la veille de Pâques 1599, vers les sept heures du matin: on l'ouvrit, et l'on trouva son enfant mort. Henri IV fit prendre le deuil à toute la cour, et le porta la première semaine en violet et la seconde en noir. La plupart des historiens, ajoute Saint-Foix, n'attribuent cette mort si frappante qu'aux effets d'une grossesse malheureuse.»
Les deux seuls hôtels remarquables qu'il y ait maintenant dans ce quartier sont:
1o. L'hôtel d'Aligre, ci-devant de Schomberg, situé rue Baillet et rue Saint-Honoré. Le grand-conseil y a tenu long temps ses séances.
2o. L'hôtel d'Angeviller, situé rue de l'Oratoire, lequel sert maintenant de dépôt principal au Musée Royal.
Sous Philippe-Auguste, il n'y avoit encore que trois fontaines publiques à Paris: celles des Innocents, des Halles, et la fontaine Maubuée, située au coin de la rue qui porte ce nom et de la rue Saint-Denis.
Dans l'intervalle qui sépare le règne de ce prince de celui de Louis XII, on éleva successivement treize autres fontaines. Quatre de ces fontaines étoient hors de l'enceinte de la ville avant le règne de Charles V: c'étoient celles de Saint-Lazare, des Filles-Dieu, des Cultures Saint-Martin et du Temple; elles y furent alors renfermées, à l'exception de la fontaine Saint-Lazare.
Les neuf autres fontaines existant à cette même époque dans les divers quartiers de Paris étoient celles de la rue Salle-au-Comte (dite la fontaine de Marle), de la rue Saint-Avoye, de la rue Bar-du-Bec, de la porte Baudoyer ou Baudet, de la rue Saint-Julien, du Ponceau, de la Reine, de la Trinité et de la rue des Cinq-Diamants. Toutes ces fontaines étoient alimentées par les aquéducs de Belleville et du pré Saint-Gervais, et ne donnoient de l'eau qu'à la partie septentrionale de Paris[385].
Sous Henri IV ces deux aquéducs, depuis long-temps négligés, tomboient en ruine, et le volume d'eau qu'ils fournissoient n'étoit plus suffisant. Une ordonnance de ce prince établit une augmentation sur l'impôt que payoient les vins à leur entrée à Paris; le produit en fut destiné à la réparation de ces deux aquéducs, et de nouvelles fontaines furent élevées: celle du Palais et le bâtiment de la Samaritaine.
Cependant la partie méridionale de Paris manquoit toujours d'eau. Déjà, sous le règne de ce même prince, les vestiges qui restoient encore de l'aquéduc bâti de ce côté par les Romains, avoient fait naître l'idée de le rétablir. Des fouilles furent commencées en 1609 à travers la plaine de Long-Boyau du côté de Rungis, afin de découvrir la source d'où provenoient les eaux qui avoient été anciennement conduites au palais des Thermes: la mort de Henri IV interrompit ce projet. On le reprit lors de la construction du palais du Luxembourg; et alors il fut proposé de conduire les eaux de Rungis à Paris. Le projet ayant été accepté, Louis XIII et la reine Marie de Médicis posèrent, le 17 juillet 1613, la première pierre de l'aquéduc, qui fut élevé sur les dessins de Jacques Desbrosses et achevé en 1624. Une partie de cet aquéduc traverse le vallon d'Arcueil sur vingt-cinq arches; auprès sont des restes de l'ancien aquéduc romain, et cette construction moderne en soutient la comparaison. Elle a douze toises de hauteur sur deux cents de longueur; de distance en distance et depuis Arcueil jusqu'à Paris, on rencontre plusieurs autres petites constructions qui sont des regards de la conduite des eaux. La longueur totale de cette conduite jusqu'au Château-d'Eau situé près de l'Observatoire est de 6600 toises.
En 1624, l'aquéduc étant achevé, on s'occupa de la distribution des eaux; et quatorze fontaines que l'on construisit, furent alimentées par cette source nouvelle.
Cependant la population de Paris ne cessant de s'accroître, les eaux fournies par les trois aquéducs et par la pompe de la Samaritaine devenoient encore insuffisantes; et l'abus des concessions que l'on faisoit trop indiscrètement à des corporations et à des particuliers augmentoit encore cette disette. Des recherches que l'on fit en 1551 aux environs du village de Rungis procurèrent un accroissement aux sources qui alimentoient la partie méridionale de Paris; et cet accroissement reçut le nom de nouvelles eaux d'Arcueil. En 1666 toutes les concessions particulières que la ville avoit faites sur les trois aquéducs furent supprimées par un arrêt du conseil et en 1669 on procéda à une distribution nouvelle des eaux de Paris.
Cette même année deux mécaniciens, Daniel Jolly et Jacques Demance, proposèrent d'établir sur le pont Notre-Dame des machines hydrauliques semblables à celle du pont Neuf: leurs propositions furent acceptées; ils exécutèrent simultanément deux mécanismes différents qui fournirent une masse plus considérable de beaucoup que celles que donnoient les trois aquéducs réunis. Ce travail ayant été achevé en 1671, un arrêt du conseil de la même année ordonna qu'il seroit établi de nouvelles fontaines; et l'on en construisit un assez grand nombre dans les divers quartiers de Paris, et jusqu'à la fin du règne de Louis XIV.
Cependant Paris recevoit sans cesse de nouveaux accroissements; et le besoin d'eaux plus abondantes se faisoit sentir de jour en jour davantage. On éleva encore sous Louis XV plusieurs fontaines, dont quelques-unes même furent remarquables par leur masse et par le luxe de leurs ornements; mais ni les aquéducs ni les pompes ne suffisoient pour les alimenter. Dans cet embarras extrême, il fut proposé en 1762 de conduire à Paris les eaux de la petite rivière de l'Yvette qui prend sa source entre Versailles et Rambouillet, et se jette dans la rivière d'Orge, un peu au-dessus de Juvisy. L'aquéduc que l'on auroit construit pour opérer cette dérivation auroit eu 17 à 18,000 toises de développement, et eût donné 1,200 pouces d'eau à la ville de Paris. Ce projet, long-temps discuté et reproduit plusieurs fois depuis cette époque jusqu'en 1775, fut enfin tout-à-fait abandonné, à cause des difficultés de son exécution.
Enfin l'établissement des pompes à feu résolut le problème dont on étoit si péniblement occupé et depuis si long-temps. Deux établissements de ce genre furent formés à Chaillot et au Gros-Caillou: et alors l'eau coula avec abondance non-seulement dans les fontaines publiques, mais encore dans les maisons des particuliers. La dérivation des eaux de la rivière d'Ourcq et leur conduite à Paris, grands et utiles travaux qui ont été opérés depuis la révolution, ont achevé de compléter cette partie si importante de l'administration dans une ville aussi immense; et l'eau y abonde maintenant de toutes parts, tant pour les jouissances du luxe que pour les besoins de première nécessité.
Nous donnerons successivement l'historique de toutes les fontaines de Paris, selon l'ordre où elles se présenteront dans la description particulière des quartiers auxquels elles appartiennent, continuant toujours à séparer les travaux de ce genre exécutés depuis la révolution, de ceux qui l'ont précédée.
FONTAINE DE LA CROIX DU TIROIR.
Cette fontaine avoit été élevée sous le règne de François Ier et par son ordre au milieu de la rue de l'Arbre-Sec. Comme elle y obstruoit la voie publique, le prévôt des marchands la fit transférer dans un pavillon construit en 1606 au coin de cette même rue, pour servir de réservoir aux eaux d'Arcueil. Ce monument, que l'on devoit au célèbre prévôt des marchands Miron, fut réédifié en 1776, sur les dessins de l'architecte Soufflot. Il a la forme d'un pavillon carré composé d'un rez-de-chaussée et de deux étages que couronne une galerie soutenue par des consoles à têtes de dieux marins. Le soubassement, appareillé en bossages, est terminé dans toute sa longueur par une plinthe sur laquelle s'élèvent des pilastres en stalactites qui encadrent les croisées, et qui sont ornés de chapiteaux à coquilles; entre les croisées du premier étage est placée une figure de naïade en demi-relief. Toute cette construction est d'un bon style et d'un caractère convenable. On y lisoit l'inscription suivante, composée par l'architecte lui-même:
«Ludovicus XVI, anno primo regni, utilitati publicæ consulens, castellum aquarum arcûs Jul. vetustate collapsum à fundamentis reædificari et meliore cultu ornari jussit. Carol. Claud. d'Angeviller, Com. regiis ædificis prop.»
Rue d'Angeviller. Elle va de la rue de l'Oratoire à celle des Poulies, et a été percée vers la fin du siècle dernier, sur le terrain occupé autrefois par l'hôtel de Créqui; elle doit son nom à l'hôtel d'Angeviller dont elle est voisine.
Rue de l'Arbre-Sec. Elle aboutit à la place de l'École et à la rue Saint-Honoré. Guillot l'appelle de l'Arbre-Sel; mais son vrai nom est Arbre-Sec, et elle le portoit dès le treizième siècle, vicus Arboris Siccæ[386]. Ce nom lui vient de l'enseigne d'une maison située près de l'église Saint-Germain, et qui existoit encore du temps de Sauval[387]. L'évêque de Paris avoit dans cette rue une grange et un four, entre le cloître Saint-Germain et le cul-de-sac de Court-Bâton. Il étoit appelé dans le principe le Four-l'Évêque, le Four-Franc. En 1372 on le nommoit le Four Gauquelin[388].
À l'extrémité de cette rue, du côté de celle de Saint-Honoré, est la fontaine dont nous avons déjà parlé, et l'on y voyoit autrefois une croix vulgairement appelée du Tiroir. Parmi les anciens noms qu'offre la topographie de Paris, il n'en est aucun dont l'orthograghe ait éprouvé autant de variations. On le trouve écrit Traihouer, Traihoir, Trayoir, Trahoir, Triouer, Trioir, Tirauer, Tirouer, Tyroer, Tiroir, Tiroi. Les uns le font venir du mot latin trahere (tirer); d'autres de trier. Ceux-ci prétendent qu'on y tiroit les draps, ceux-là que c'étoit un marché où l'on vendoit et où l'on trioit les animaux. Sauval pense que ce nom venoit du fief de Therouenne[389], qu'on appeloit par corruption Tiroie; et un savant distingué, (M. Bonami), très-versé dans nos antiquités, a adopté cette étymologie. Jaillot la rejette, en prouvant d'abord que le fief de Therouenne ne s'étendoit pas jusque là, observant ensuite (ce qui est le plus décisif) que si son nom lui fût venu de ce fief, on lui eût donné la même dénomination en latin: or, Thérouenne se dit Tarvanna et Tarvenna; et la croix du Tiroir a toujours été nommée Crux Tractorii, Crux Tiratorii[390]. Du reste, en combattant cette opinion, il ne trouve rien de satisfaisant à mettre à la place; et la même incertitude demeure sur la vraie signification de ce mot.
La place où se trouvoit la croix du Tiroir étoit beaucoup plus large autrefois qu'elle ne l'est aujourd'hui. Nous avons déjà dit que François Ier y fit construire une fontaine en 1529.
Quelques bouchers placèrent des étaux à l'entour, et des fruitiers étalèrent leurs denrées sur les marches de cette croix. Comme la voie publique en étoit obstruée[391], et qu'on avoit plusieurs fois porté des plaintes à ce sujet, la croix fut ôtée en 1636, et replacée à l'angle du réservoir des eaux d'Arcueil, que le prévôt des marchands avoit fait construire au coin de cette rue et de celle Saint-Honoré[392]. Cette place étoit un lieu patibulaire où l'on exécutoit quelquefois des criminels dans l'étendue de la juridiction épiscopale; et Sauval en a tiré cette conjecture fort raisonnable que la croix y avoit été placée pour offrir une dernière consolation, et montrer, dans ces tristes moments, le signe du salut aux malheureux qu'on y faisoit mourir.
Rue Baillet. Elle aboutit dans la rue de la Monnoie et dans celle de l'Arbre-Sec. En 1297, elle s'appeloit rue Dame Gloriette, et rue Gloriette en 1300. Le nom de Baillet est celui d'une famille très-connue qui demeuroit dans cette rue. Le procès-verbal de 1636 l'appelle Baillette.
Rue Bailleul. Elle traverse de la rue de l'Arbre-Sec dans celle des Poulies. En 1271, 1300, 1313, et même au siècle suivant, elle s'appeloit rue d'Averon, d'Avron, Daveron[393]. On pense qu'elle doit son dernier nom à Robert Bailleul, clerc des comptes, qui y demeuroit en 1423, et dont la maison faisoit le coin de cette rue et de celle des Poulies[394].
Rue de Beauvais. Elle commence à la rue Froi-Manteau, et finit au bout de la rue Champ-Fleuri. Au milieu du treizième siècle, on disoit en Byauvoir, etc., vicus de Byauvoir[395]; en 1372, Beauvoir. Dès 1450, on la trouve indiquée sous le nom de Beauvais; elle se prolongeoit anciennement jusqu'à la rue du Coq[396].
Rue du Petit-Bourbon. Elle commençoit au bout de la rue des Poulies, au coin de celle de Fossés-Saint-Germain, et aboutissoit aux quais de l'École et de Bourbon. Au treizième siècle, ce quartier s'appeloit Osteriche. Le nom s'en est conservé long-temps dans la rue appelée d'Autriche, dont partie subsiste encore, et forme, comme nous l'avons dit, la rue de l'Oratoire. Cette rue d'Autriche se prolongeoit jusqu'au quai de Bourbon, appelé simplement, ainsi que ceux de l'École et du Louvre, Grand rue sur la rivière. C'étoit là qu'étoit bâti le palais du Petit-Bourbon, dont nous venons de parler[397].
Rue Champ-Fleuri. Elle commence à la rue Saint-Honoré, et finit à la rue de Beauvais. Du temps de Philippe-Auguste, elle étoit hors de la ville, et son nom vient sans doute de quelques jardins sur lesquels elle aura été ouverte. Elle portoit ce nom dès 1271, vicus de Campo Florido[398]. On a dit ensuite rue de Champ-Flori et Champ-Fleuri.
Rue du Chantre. Elle aboutit dans la rue Saint-Honoré et dans la place du Vieux Louvre. Dès 1313 et jusqu'en 1386, elle se nommoit rue au Chantre. On présume qu'une maison de cette rue, dite la maison au Chantre, lui a fait donner ce nom.
Rue du Coq. Elle commence à la rue Saint-Honoré et aboutit au Louvre. En 1271, et jusqu'à la fin du siècle suivant, elle s'appeloit rue de Richebourc et Richebourg[399]. En 1276, on la trouve désignée sous les deux noms du Coq et de Richebourg[400]; elle les devoit à deux familles qui y ont demeuré.
Rue du Demi-Saint. Elle va du cloître Saint-Germain dans la rue des Fossés. Dans un acte de 1271, elle est nommée vicus qui dicitur truncus Bernardi[401]. En 1300 et 1313, on avoit altéré ce nom et on l'appeloit Trou-Bernard, ce qui continua jusqu'à la fin du quinzième siècle. Depuis elle a reçu celui du Demi-Saint, parce qu'à son entrée on avoit mis une statue à moitié rompue pour en interdire le passage aux chevaux[402].
Place de l'École. Cette place et le quai qui commence au carrefour ou place des Trois-Maries, et finit à la rue du Petit-Bourbon, doivent ce nom aux écoles établies en cet endroit pour l'instruction des jeunes clercs de Saint-Germain-l'Auxerrois. Au treizième siècle ce quai s'appeloit la grand-rue de l'École, magnus vicus Scholæ S. Germani 1290; vicus qui dicitur Schola S. Germani 1298[403]. Il y avoit alors sur ce quai une rue qui aboutissoit devant l'église; elle s'appeloit ruella de Fabricâ S. Germani[404]. Quant à la place, on la nommoit anciennement la place aux Marchands[405], elle étoit encore ainsi nommée en 1369 et en 1372; mais en 1413 on la trouve indiquée sous celui de place de l'École[406].
Le quai qui porte le même nom avoit été dressé, élargi et pavé sous le règne de François Ier. Il le fut de nouveau en 1719.
Rue Froi-Manteau. Elle va d'un côté à la rue Saint-Honoré et à la place du Palais-Royal, et de l'autre au quai du Louvre vers le premier guichet. Ce nom, dont on n'a pu découvrir l'étymologie, n'a varié que dans la prononciation ou dans l'orthographe. En 1290, on lit vicus de Frementel et de Frigido Mentello[407]. Depuis 1313 jusqu'à présent, on a dit Froit-Mantel, Froid-Manteau, Froit-Mantyau, Frémanteau, et Fromenteau[408]. Ces deux derniers noms sont les plus usités dans les actes et sur les plans de Paris.
Rue des Fossés-Saint-Germain. Elle commence au coin des rues du Roule et de la Monnoie, et finit au bout des rues des Poulies et du Petit-Bourbon. Au milieu du treizième siècle, on disoit simplement le Fossé, in Fossato; dans les suivants, on a dit rue des Fossés-Saint-Germain. Ce nom vient des fossés que les Normands creusèrent autour de l'église Saint-Germain, lorsqu'ils y établirent leur camp en 886[409].
Cette rue ne s'étendoit que jusqu'à celle de l'Arbre-Sec, où commence la rue de Béthisi; mais par la déclaration du roi de 1702, on a donné à celle-ci jusqu'à la rue du Roule le nom des Fossés-Saint-Germain, afin que la rue Béthisi ne se trouvât pas dans deux quartiers différents[410].
Rue des Prêtres et Cloître de Saint-Germain-l'Auxerrois. On entroit dans ce cloître, 1o par la rue de l'Arbre-Sec et du Petit-Bourbon; 2o par celle des Prêtres[411]; 3o par la rue du Demi-Saint et par la ruelle de la Fabrique dont nous avons parlé. La rue des Prêtres doit ce nom à ceux de Saint-Germain qui y demeuroient. Elle finissoit autrefois à la place de l'École; mais dans la division qui fut faite en 1702, on a donné son nom à une partie de la rue Saint-Germain jusqu'au carrefour des Trois-Maries, afin que cette dernière rue, comme celle de Béthisi, ne se trouvât pas divisée en deux quartiers[412].
Rue Saint-Honoré. La partie de cette rue qui dépend de ce quartier commence au coin de celle du Roule et des Prouvaires, et finit à celui des rues des Bons-Enfants et Froi-Manteau. Nous avons déjà remarqué (quartier Sainte-Opportune) qu'une partie de cette rue jusqu'à celle de l'Arbre-Sec s'appeloit rue de Château-Fêtu. De là jusqu'à la porte construite entre le cul-de-sac de l'Oratoire et la rue du Coq, on la nommoit, aux treizième et quatorzième siècles, rue de la Croix du Tirouer, et au-delà de la porte, la Chauciée Saint-Honoré[413]. Les agrandissements de Paris et la nouvelle enceinte élevée par Charles V lui firent donner dans toute cette partie, jusqu'à la nouvelle porte qui fut construite près des Quinze-Vingts, le nom de rue Saint-Honoré, et depuis cette porte, on l'appeloit grand'-rue Saint-Louis, comme nous le dirons en son lieu. À l'égard du nom de Château-Fêtu, dont l'étymologie a fort exercé les antiquaires, il est probable que c'étoit celui de quelque famille distinguée qui habitoit cette rue. Il y avoit encore en 1348, entre Saint-Landri et la rivière, une maison appelée le Château-Fêtu[414]; et dans le manuscrit de coutumes de la marchandise, il est fait mention à l'an 1268 de Jehan Popin de Château-Fêtu comme d'un notable bourgeois, alors membre du conseil de la ville, et depuis prévôt des marchands.
Rue Jean-Saint-Denis. Elle commence à la rue Saint-Honoré, et aboutit à celle de Beauvais. On ne trouve point qu'elle ait porté d'autre nom. Dans plusieurs actes, et notamment dans l'acte de réduction des prébendes de Saint-Honoré, du mois de décembre 1258, il est fait mention de Jacques de Saint-Denis, chanoine de cette église; il est possible que sa famille ait donné le nom à cette rue[415].
Rue Jean-Tison. Elle donne d'un bout dans la rue des Fossés-Saint-Germain, et de l'autre dans la rue Bailleul. Elle doit son nom, comme la précédente, à une famille notable qui existoit déjà avant le treizième siècle[416]. Dans la liste des rues de 1450, elle est appelée rue Philippe Tyson.
Place des Trois-Maries. Elle est située au bout et en face du pont Neuf, ce qui la faisoit appeler au commencement du siècle passé rue du pont Neuf. Il y avoit anciennement en cet endroit un port où abordoient les bateaux chargés de foin; une ruelle qui y aboutissoit en prit le nom de rue au Fain, et, du temps de Corrozet, on l'appeloit encore rue du Port au Foin. Elle a pris son nom actuel d'une maison qui, en 1564, avoit pour enseigne les Trois-Maries[417]. C'est la troisième des cinq qui formoient la gauche de cette place, du côté de Saint-Germain-l'Auxerrois.
Rue de la Monnoie. Elle est située entre la rue du Roule et la place des Trois-Maries, et doit son nom à l'hôtel de la Monnoie qui y étoit situé. Au treizième siècle on l'appeloit rue o Cerf, vicus Cervi in censiva S. Dyonisii de carcere[418]. On n'a pu découvrir en quel temps l'hôtel de la Monnoie y fut transporté, et lui fit prendre ce dernier nom[419].
Rue de l'Oratoire. Elle étoit autrefois fermée, et se nommoit Cul-de-sac des PP. de l'Oratoire. Auparavant c'étoit la rue dont nous avons déjà plusieurs fois parlé, laquelle se prolongeoit jusqu'au quai, et s'appeloit rue d'Autriche. Les copistes ont bien défiguré ce nom. Dans Guillot on le trouve écrit Osteriche; dans la liste des rues du quinzième siècle, d'Autraiche; d'Autruche en 1421, et dans Corrozet; d'Austruce sur le plan de l'abbaye Saint-Victor; de l'Autruche ou du Louvre dans le procès-verbal de 1636; ensuite, suivant Sauval, rue du Louvre et cul-de-sac de l'Oratoire.
Rue des Poulies. Elle aboutit à la rue Saint-Honoré, à la nouvelle place du Louvre et au coin de la rue des Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois. Sauval prétend qu'elle doit son nom aux poulies de l'hôtel d'Alençon, et que ces poulies étoient un jeu ou exercice que l'on ne connoît plus, mais qui étoit encore en usage en 1343[420]. Jaillot pense que ce nom peut venir d'Edmond de Poulie ou de quelqu'un de ses ancêtres, parce qu'il possédoit dans cette rue une grande maison et un jardin qu'il vendit à Alphonse, comte de Poitiers et frère de saint Louis. Elle est indiquée sous le nom de rue des Poulies dans un contrat de vente de 1205[421].
Rue du Roule. Elle est située entre les rues des Prouvaires et de la Monnoie dont elle fait la continuation. Cette rue ne fut ouverte qu'au mois de juillet 1691, sur l'emplacement de quelques maisons vieilles et caduques, lesquelles faisoient partie d'un ancien fief appelé le Roule, de qui cette rue a pris son nom. Le chef-lieu de ce fief, situé au coin de cette rue et de celle des Fossés-Saint-Germain[422], étoit encore appelé Maison ou hôtel du Roule avant 1789.
Le Louvre. Il nous est impossible de présenter autre chose ici qu'un aperçu très-rapide des travaux immenses exécutés depuis le commencement de ce siècle pour l'entier achévement de ce grand et magnifique monument.
Aucune des façades intérieures ne ressemblant à l'autre, il a fallu nécessairement faire disparoître cette bigarrure et choisir entre l'attique de Pierre Lescot, et le troisième ordre de Perrault. La hauteur des trois façades extérieures ne pouvant s'accorder, ni avec l'attique, ni avec son toit, la continuation du troisième ordre a été décidée et exécutée sur les trois façades les plus modernes.
On a laissé subsister la quatrième avec l'attique; et l'on a exécuté, de l'autre côté du pavillon de Lemercier, les sculptures des trois frontons, qui jusque là n'avoient point été faites. M. Moitte et feu Chaudet sont les auteurs de ces sculptures fort remarquables, bien qu'inférieures à celles de Jean Goujon. Elles représentent des poètes, des philosophes et des législateurs de l'antiquité. Les deux pavillons qui s'élevoient de chaque côté, aux extrémités de cette façade, ont été abattus, et par ce moyen elle s'est trouvée dans un rapport moins discordant avec les lignes que forment les trois autres façades. En ce moment on achève les figures qui doivent accompagner les œils-de-bœuf, et les ornements qui accompagnent les portes et enrichissent les frises; ce dernier travail complétera la symétrie de toute cette partie que l'on appelle le Vieux Louvre.
Les niches de la colonnade ont été ouvertes; et quoique cette ouverture, projetée d'abord par Perrault, ôte à ce tableau d'architecture une partie de ce qu'il présentoit à l'œil d'harmonie et de repos, elle a l'avantage de le lier au monument, dont il n'étoit auparavant qu'une inutile décoration. En même temps les architectes (MM. Fontaine et Percier) ont judicieusement rétabli l'unité entre les deux colonnades par la plate-bande de la porte qu'ils ont fait construire sous l'arcade. Cette heureuse addition a fait disparoître le vice de ce grand cintre qui interrompoit l'ordonnance générale, et détruisoit toute idée de communication entre l'une et l'autre partie.
On a couronné de balustrades toutes les parties de toiture qui en manquoient, et terminé tous les ornements non achevés, chapiteaux, frises, moulures, etc. Le monument a été regratté en entier, et les statues de Jean Goujon ont seules été exceptées de cette opération; tous les vestibules ont reçu leurs derniers ragréments, et dans celui de la grand façade on a trouvé le moyen de placer très-convenablement deux bas-reliefs enlevés des cintres de l'attique démoli dans l'angle sud-est, bâti par Pierre Lescot. Enfin les frontons des pavillons des deux faces latérales et celui de la colonnade ont été ornés de bas-reliefs d'une grande dimension.—Fronton de la Colonnade. Au dessus du cintre, une victoire, les ailes éployées, les bras étendus et tenant de chaque main une couronne de laurier; elle est montée sur un char attelé de quatre chevaux, et accompagnée de deux enfants qui portent des palmes.—Dans le fronton les sciences, les arts, Minerve, la Victoire, forment un groupe de quatorze figures qui entourent le buste de Louis XIV; et l'histoire écrit sur le piédestal qui le supporte, Ludovico magno[423].—Ces deux morceaux de sculpture du plus grand style et d'une très-belle exécution sont, le premier de M. Cartelier, le second de M. Lemot.—Fronton intérieur de la façade du bord de l'eau. Minerve debout sur un trône et entourée des figures allégoriques des sciences et des arts.—Façade extérieure du même côté. Dans le cintre au-dessus de la croisée, deux enfants dont l'un tient une épée et une branche de palmier, l'autre une lyre et une branche de laurier; à leurs pieds sont les attributs de la guerre et des arts; sur la clef de l'arcade est figuré un casque que deux femmes ailées couronnent[424]. Dans le fronton, et de chaque côté des armes de France qui en font le milieu, deux femmes assises offrent encore, et dans leur action et dans les accessoires qui les environnent, des images allégoriques des sciences et des arts.—Fronton intérieur de la façade, côté de la rue du Coq. Minerve, un génie ailé, Cybèle, Mercure; autres emblèmes des sciences, des arts, de l'agriculture, du commerce, etc.—Fronton extérieur du même côté. Des figures allégoriques de la guerre avec tous les attributs qui la caractérisent, canons, boulets, baïonnettes, drapeaux, trophées, etc.—Fronton extérieur du Vieux Louvre. Les armes de France entourées de trophées.
Toutes ces sculptures, exécutées par nos meilleurs artistes, sont d'un très-beau style, d'une composition heureuse, d'une bonne exécution, et forment un contraste frappant et singulier avec celles qui ornent le fronton intérieur de la colonnade, et qui ont été exécutées sous Louis XV. Elles offrent un coq au milieu d'une gloire qu'accompagnent deux figures; et ce bas-relief semble avoir été laissé là comme un témoignage de l'inconcevable dégradation où étoient parvenus les arts du dessin vers la fin du dix-huitième siècle. La porte par laquelle on entre sous le vestibule de cette façade est en bronze; les panneaux en sont à jour, enrichis d'ornements composés par M. Percier, et d'une pureté de style, d'une élégance de forme, d'une délicatesse de travail qui ne laissent rien à désirer.
Tels sont les travaux qui achèvent complétement à l'extérieur le palais du Louvre. Les distributions intérieures ne sont encore entièrement achevées que dans une partie du rez-de-chaussée, et dans le corps de bâtiment dont se compose la façade du bord de l'eau. C'est dans les salles de ce bâtiment que se fait tous les deux ans l'exposition des produits de l'industrie françoise.
Jardin de l'Infante. On a détruit ce jardin, planté au commencement du dix-huitième siècle, sur l'espace qui s'étend depuis le bâtiment en retour par lequel se lie le Louvre à la galerie, jusqu'au milieu de la façade du bord de l'eau; c'est-à-dire que les arbres en ont été abattus, pour être remplacés par des arbustes et des compartiments en gazon. Une grille semi-circulaire en fer entoure tout cet espace; et une seconde grille toute semblable renferme, de l'autre côté de la façade, une portion égale de terrain.
Fontaine de la place de l'École. Cette fontaine se compose d'un piédestal carré, offrant quatre têtes de lions qui vomissent de l'eau dans un bassin circulaire. Au-dessus s'élève un vase à deux anses terminées en têtes de panthères, et sur lequel sont sculptés des Tritons en bas-relief. Cette fontaine, d'un style simple et élégant, reçoit de l'eau de la pompe Notre-Dame.
Pont-des-Arts. Il a été construit pour établir une communication nouvelle avec le faubourg Saint-Germain, communication dont la nécessité étoit grande et depuis long-temps sentie. Ce pont est placé entre le Louvre et le collége des Quatre-Nations.
Il repose sur des piles de pierres très-minces qui lui donnent l'apparence d'une grande légèreté, et se compose de neuf arches, formées chacune par cinq arceaux que lient entre eux des arceaux plus petits et des traverses, le tout en fer fondu. Sur cet appareil on a établi un plancher en bois, élevé de plusieurs degrés au dessus du sol, mais qui s'étend en droite ligne de l'une à l'autre rive. De distance en distance sont placés des candélabres aussi en fonte de fer, d'une forme élégante, qui supportent des lanternes destinées à éclairer le pont pendant la nuit. On paye cinq centimes pour y passer; et ce péage appartient pour un certain nombre d'années à une association particulière, qui a fait construire ce pont et qui l'a obtenu pour le prix de son entreprise.
Place du Louvre (côté de la colonnade). La rue du Petit-Bourbon a perdu son nom et fait maintenant partie de cette place.
Place de l'Oratoire. Cette place a été formée au côté nord du Louvre, pour en isoler la façade qui règne dans toute cette partie. À cet effet, et pour obtenir l'alignement de cette place, on a détruit une partie du jardin d'Angeviller, les maisons qui l'avoisinoient et une partie de celles des rues du Chantre et Champ-Fleury.
Place du Vieux-Louvre. On a démoli, de ce côté, toutes les baraques qui obstruoient l'entrée du Louvre, partie de la rue Saint-Thomas, l'église Saint-Thomas du Louvre, et la plus grande partie des maisons qui séparoient cette place de celle du Carrousel; de manière qu'il ne reste plus que quelques groupes de ces maisons du côté de l'ancienne galerie, et que le château des Tuileries, auquel on communique de cette place par une large rue, est presque entièrement à découvert. Du côté du nord, on a commencé des constructions parallèles à celles du côté opposé, et qui doivent aboutir à la nouvelle galerie également commencée du côté des Tuileries et déjà prolongée jusqu'à la rue de Rohan. Ces constructions, qui font face à l'entrée du Musée et qui leur sont entièrement symétriques, sont destinées, dit-on, à former une église. Pour les élever, on a abattu les maisons qui composoient la rue de Beauvais et quelques maisons environnantes.