CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-JOSSE.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, une présentation au temple, par un inconnu.

Un saint Sébastien, par Martin Fréminet: ce tableau étoit estimé des connoisseurs[112].

Cette paroisse étoit extrêmement circonscrite: les maisons de la rue Aubry-le-Boucher et de la rue Quinquempoix, qui touchoit à l'église, n'en faisoient point partie. Son territoire comprenoit un carré formé par l'autre côté de ces deux rues et par la rue Saint-Martin, plus trois maisons de la même rue, à commencer par celle qui fait l'angle gauche de la rue des Ménétriers; et enfin, douze ou treize maisons qui sont à la gauche dans cette dernière rue, en y entrant par la rue Saint-Martin; ce qui formoit en tout vingt-neuf maisons[113].

LE CHAPITRE
DU SAINT-SÉPULCRE.

C'étoit dans la rue Saint-Denis, au-dessus du marché des Innocents, et après la rue Aubry-le-Boucher, qu'étoit située cette ancienne communauté; elle a été entièrement détruite dès les commencements de la révolution, et remplacée en partie par un bâtiment connu sous le nom de cour Batave.

Le mauvais succès des croisades avoit ralenti par degré le zèle qui les avoit fait naître; cependant il n'étoit point encore entièrement éteint sous le règne de Charles-le-Bel. L'ardeur des sentiments religieux étoit encore dans toute sa force; et dans cette ferveur de christianisme qui animoit, soutenoit et tendoit sans cesse à perfectionner la société, les hommes de bien étoient préparés à tous les grands dévouements, ceux qui avoient commis des crimes, à toutes les grandes expiations.

Au milieu de cette disposition des esprits, le pape Jean XXII crut pouvoir solliciter, en 1324, une nouvelle croisade, dont certaines circonstances empêchèrent ensuite l'exécution. Cependant, sur la première demande qu'il en avoit faite, plusieurs avoient pris la croix et se préparoient déjà à passer la mer. Ces nouveaux croisés, réunis par le même vœu et par les mêmes intentions, cherchèrent un lieu où ils pussent s'assembler et prendre des mesures convenables pour leur voyage; et, en attendant le moment favorable pour l'exécution de ce pieux dessein, ils formèrent une espèce de société, ou confrérie, à laquelle se faisoient agréger tous ceux qui étoient animés du même zèle et vouloient partager les mêmes travaux.

Louis de Bourbon, comte de Clermont, qui favorisoit leur projet, leur donna, en 1325, une somme de deux cents livres parisis, pour acheter un emplacement où ils pussent faire bâtir une église; et sa prévoyance s'étendant même jusque sur l'avenir, il voulut qu'ils y joignissent un hôpital pour les pélerins qui passeroient à Paris, en allant au Saint-Sépulcre, ou en revenant de ce pélerinage. La place fut achetée; la première pierre de l'église fut posée le 18 mai 1326[114], et le vendredi devant Noël de l'année suivante, on y chanta la première messe: ce qui fut constaté par une inscription qu'on voyoit sur le portail.

La construction de cet édifice fit naître diverses contestations. L'évêque, le chapitre de Notre-Dame et celui de Saint-Méri, sur la censive desquels il se trouvoit, prétendirent respectivement qu'il étoit dans leur dépendance; et d'un autre côté, plusieurs curés de Paris, pour la conservation de leurs droits curiaux, s'opposoient aux enterrements qu'on vouloit y faire. On mit fin à ces différends, en donnant la juridiction de l'église au chapitre de Notre-Dame, et les curés obtinrent que les corps de ceux qui voudroient être enterrés au Saint-Sépulcre, seroient d'abord portés à leur paroisse[115]; par le même accord, il fut convenu que le chapitre disposeroit, alternativement avec les confrères, des prébendes, qui n'étoient alors qu'au nombre de trois, dotées chacune de 40 livres de rente; conservant d'ailleurs tous les droits de juridiction, visite, correction sur les chanoineries, prébendes et chapelles que les confrères pourroient fonder par la suite. Il se réserva en outre la justice sur l'église et sur le territoire de l'hôpital que l'on projetoit de construire, territoire dont l'étendue fut fixée à un arpent et la centième partie d'un arpent.

Cependant cet hôpital ne fut point bâti, parce que ces premiers croisés ne réussirent point à faire partager le zèle qui les dévoroit à un assez grand nombre de prosélytes, et que l'on commençoit à se dégoûter de ces entreprises lointaines, et qui, jusqu'à ce moment, avoient eu si peu de succès. Alors on imagina de fonder de nouveaux bénéfices avec les revenus qu'avoient produits la piété et la libéralité des confrères, dont le nombre montoit, en 1338, à plus de mille. Plusieurs de ces bénéfices furent érigés en canonicats par le chapitre de Notre-Dame. En 1551 on y comptoit seize chanoines et dix-sept chapelains.

Le vain titre d'hôpital fut cependant préjudiciable à cette communauté: car il parut suffisant pour la faire comprendre dans le nombre des maisons de ce genre qui furent réunies par l'édit de 1672[116] aux ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare; et ce n'est qu'en 1693 que les choses furent remises sur l'ancien pied, par un édit nouveau qui annuloit le premier. À cette époque les chanoines obtinrent, par un autre arrêt, l'exclusion des confrères et la régie des biens dont ils jouissoient. En cela il ne leur fut donné que ce qu'il étoit juste qu'on leur accordât; car il leur fut facile de prouver qu'il n'y avoit jamais eu d'hôpital au Saint-Sépulcre, que toutes leurs possessions leur avoient été concédées pour fondations de chapelles et de services; et par conséquent qu'il étoit inutile que les confrères en eussent l'administration. Ils firent voir d'ailleurs qu'un article des statuts de 1329 leur accordoit déjà la régie de ces biens.

À peine furent-ils devenus administrateurs, qu'ils renouvelèrent la demande qu'ils avoient déjà faite plusieurs fois de la réduction de leurs prébendes, afin qu'ils pussent, disoient-ils, acquitter les dettes contractées par la confrérie. Le cardinal de Noailles, après l'information légale, donna son décret le 28 juillet 1713. Les canonicats furent réduits à douze et les chapellenies à onze. Ces bénéfices étoient à la nomination alternative de deux chanoines de Notre-Dame, qui avoient ce droit attaché à leurs prébendes.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DU SAINT-SÉPULCRE.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, la résurrection de N. S., par Lebrun[117]. Sur le devant du même autel, une descente de croix par un peintre ancien et inconnu.

Dans la quatrième chapelle à gauche, saint Jérôme dans le désert, par La Hire.

SCULPTURES.

Sur le portail de l'église, un bas-relief représentant la sépulture de N. S.

Au-dessus de la porte du cloître, rue Saint-Denis, une statue de J.-C., par Jean Champagne, élève du Bernin.

L'église du Saint-Sépulcre étoit une des quatre collégiales dépendantes de Notre-Dame, et que l'on nommoit les quatre Filles de la cathédrale. Elle jouissoit de tous les droits paroissiaux sur ceux qui demeuroient dans l'enceinte de son cloître ou de son territoire; et les fonctions curiales étoient remplies par le chanoine de semaine. Mais en raison de ce rapport de dépendance, qui existoit entre cette collégiale et le chapitre de l'église de Paris, ses membres ne pouvoient faire pour eux ce qu'ils faisoient pour les autres; et les chanoines et bénéficiers du Saint-Sépulcre, de même que ceux des autres Filles de Notre-Dame, recevoient les derniers sacrements et la sépulture d'un bénéficier de cette église, député par le chapitre[118].

LES RELIGIEUSES
DE SAINT-MAGLOIRE.

Leur monastère étoit aussi dans la rue Saint-Denis, au-dessus de l'église du Saint-Sépulcre. On sait que les chanoines de Saint-Barthélemi, dans la Cité, et les religieux qui leur furent substitués, possédoient une chapelle de Saint-Georges hors des murs de Paris; et que ces derniers, lorsqu'ils abandonnèrent leur ancienne demeure pour venir s'établir dans l'endroit où étoit située cette chapelle, lui transportèrent le nom de Saint-Magloire, que portoit depuis long-temps l'église de Saint-Barthélemi. Avant ce changement de domicile, Henri-le-Lorrain[119] leur avoit fait plusieurs donations de terres: des lettres de Louis-le-Gros confirmèrent le don qu'il leur avoit fait; et Guinebauld, qui étoit alors abbé de Saint-Magloire, obtint de ce prince la permission d'y établir des religieux de sa communauté pour y célébrer l'office divin. En 1138 la communauté entière s'y transporta; et elle y resta jusqu'en 1572, que Catherine de Médicis la fit transférer à Saint-Jacques-du-Haut-Pas, et mit à sa place les Filles-Pénitentes, qui occupoient alors l'hôtel de Soissons, dont elle avoit résolu de se faire un palais.

Ce dernier ordre existoit depuis près d'un siècle; et tous les historiens de Paris rapportent son institution à un cordelier nommé Jean Tisserand. Ce prédicateur s'éleva si souvent, et avec tant de force et d'onction, contre les excès du libertinage; il fit des peintures si vives des châtiments qui devoient en être la suite, que plusieurs femmes de mauvaise vie, touchées de ses discours, se mirent sous sa conduite, et résolurent de réparer, par une vie édifiante, le scandale de leurs désordres passés. On rapporte cette circonstance à l'an 1492 ou 1493.

Le nombre de ces pénitentes augmenta tellement[120] qu'il fixa l'attention, et qu'on crut nécessaire de les réunir et de leur procurer un asile. Louis XII, alors duc d'Orléans, leur céda la moitié de son hôtel de Bohème, depuis hôtel de Soissons, et engagea Charles VIII à autoriser cet établissement, ce que fit ce dernier par ses lettres-patentes du 14 septembre 1496. En même temps il eut soin de faire approuver et confirmer cet ordre, sous la règle de saint Augustin, par une bulle d'Alexandre VI. Peu de temps après, les Filles-Pénitentes acquirent l'autre moitié de l'hôtel, de deux domestiques[121] du duc d'Orléans auxquels ce prince en avoit fait don lorsqu'il fut monté sur le trône. Le contrat de cette acquisition, faite au prix de 2000 écus d'or couronnés, est de l'an 1500. Dans les commencements de leur établissement, elles étoient si pauvres, qu'on leur permit de sortir de leur cloître pour quêter leur subsistance; mais dès qu'elles eurent amassé de quoi vivre, elles observèrent une exacte clôture.

À peine les Filles-Pénitentes, sorties de l'hôtel de Soissons, furent-elles en possession du monastère de Saint-Magloire, qu'elles en prirent le nom; et c'est ainsi qu'elles sont indiquées dans tous les actes et titres postérieurs. Les temps malheureux de la Ligue ayant introduit la licence et le relâchement dans les monastères, cette maison se ressentit, comme les autres, d'un désordre qui troubloit d'ailleurs toutes les classes de la société. Lorsque le calme fut rétabli, la réforme en fut confiée à huit religieuses de l'abbaye de Montmartre, qui s'y transportèrent en 1616; et par le soin qu'elles eurent d'abord d'adoucir l'austérité de quelques anciennes pratiques, elles y rétablirent bientôt l'ordre et la régularité, qui depuis s'y sont toujours maintenus.

On lit dans les statuts que leur donna Jean-Simon de Champigni, évêque de Paris, un article par lequel il leur étoit défendu de recevoir aucune novice qui n'eût fourni des preuves de ses foiblesses; et les précautions qu'établit le bon prélat pour s'en assurer, et pour empêcher cependant que le désir d'entrer dans cette communauté ne portât de malheureuses filles à se livrer au libertinage, sont d'une naïveté qui ressemble presque au scandale, et que, par cette raison, nous ne rapporterons point ici. Cette loi bizarre fut bientôt abrogée, et depuis long-temps on n'y recevoit plus, comme dans les autres communautés, que des vierges pures et dignes de l'époux, qu'elles avoient choisi. On fit aussi, à la même époque, le projet non moins bizarre d'instituer, pour la conduite de ce monastère, des religieux du même ordre, qui auroient fait leurs vœux entre les mains de la supérieure; mais ce dessein resta sans exécution.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-MAGLOIRE.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoit été inhumé André Blondel, seigneur de Roquemont, et contrôleur des finances sous Henri II[122]; ce Blondel étoit Lyonnois, et devoit sa fortune à Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, si célèbre par sa beauté et par le long empire qu'elle exerça sur le cœur de Henri II[123].

En 1525 et 1549 on découvrit, dans les jardins voisins de l'église, plusieurs ossements, avec des chaînes de fer et des potences, ce qui fit croire à plusieurs que ce lieu avoit été anciennement la place de la justice patibulaire de Paris. Jaillot pense que c'étoit celle de Saint-Magloire, dont la prison étoit voisine. On sait que sous le régime féodal, tel qu'il étoit devenu vers la fin de la seconde race et au commencement de la troisième chaque seigneur avoit le droit de justice sur ses terres, et, attentif à soutenir ce privilége, réclamoit très-fortement les coupables dont le crime avoit été commis sur sa censive, pour les faire condamner à son tribunal particulier. Dans le cas d'exécution, les corps des suppliciés n'étoient point portés au gibet public, qui n'appartenoit qu'au roi, mais aux piliers du seigneur qui les avoit fait punir[124].

L'ÉGLISE
DE SAINT-LEU ET SAINT-GILLES.

Les religieux de Saint-Magloire, après avoir quitté la Cité, et s'être établis dans leur chapelle Saint-Georges, avoient permis d'élever des habitations sur le terrain qui dépendoit de leur monastère, mais sous la condition que les habitants seroient paroissiens de Saint-Barthélemi. L'éloignement où le Bourg-l'Abbé et les rues voisines étoient de cette église les détermina depuis à consentir que ceux qui demeuroient dans ce quartier fissent célébrer, à leurs frais, l'office divin à un autel qui fut élevé à cet effet dans leur propre église. Dubreul dit avoir vu des titres qui spécifioient qu'il étoit placé du côté méridional du chœur, et sous l'invocation de Saint-Leu et Saint-Gilles. Il auroit dû dire simplement Saint-Gilles: car certainement ce saint fut d'abord le seul patron de cette paroisse, et ensuite long-temps nommé le premier. Tout porte à croire que le nom de saint Leu (ou Loup), évêque de Sens, n'a été joint au premier vocable, que parce que sa fête étoit célébrée le 1er septembre, le même jour que celle de saint Gilles[125].

Le nombre des paroissiens s'étant successivement augmenté, et l'enceinte qu'avoit fait élever Philippe-Auguste rendant la communication plus difficile entre la ville et les faubourgs, les religieux de Saint-Magloire et le curé de Saint-Barthélemi, sur les nouvelles représentations qui leur furent faites, consentirent qu'on bâtît, près du monastère, une chapelle succursale, dépendante de l'ancienne paroisse; cet accord est de l'an 1235. Mais cette chapelle se trouva bientôt trop petite; car on voit, par un ancien titre[126], qu'au mois de novembre 1270 on en faisoit construire une nouvelle.

En 1319, l'église Saint-Gilles n'étoit encore qu'une chapelle succursale: elle fut rebâtie de nouveau l'année suivante, et les religieux de Saint-Magloire permirent qu'on y mît deux petites cloches qui pussent être entendues dans les rues Aubry-le-Boucher et Bourg-l'Abbé où étoient des maisons qui en dépendoient; le caractère de construction de la nef indique en effet ce temps-là, quoiqu'il paroisse que depuis on l'a rendue plus solide[127]. Vers la fin du même siècle on songea à agrandir cette église, et les marguilliers achetèrent, dans cette intention, quelques portions du terrain qui l'environnoit; mais plusieurs obstacles empêchèrent que le projet ne fût alors exécuté.

Cette église étoit encore succursale en 1611, lorsqu'on jeta les fondements du chœur, lequel fut construit dans un goût moderne[128] tout-à-fait différent du reste. Enfin, en 1617, Henri de Gondi, cardinal et évêque de Paris, la sépara de Saint-Barthélemi et l'érigea en église paroissiale[129].

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-LEU ET SAINT-GILLES.

TABLEAUX.

Sur le maître autel, une Cêne par Porbus[130] Dans le chœur, une Nativité et un Saint-Gilles, par Oudry; la Résurrection, par Bertin; la Pentecôte et une copie de Raphaël, par des peintres inconnus.

Dans la chapelle à droite, Jésus-Christ et la Samaritaine, par Restout.

Dans la chapelle à gauche, une Annonciation par le même. Dans la nef, un couronnement d'épines et un Christ, par Mérelle; une Vierge et l'enfant Jésus adoré par des anges; Notre Seigneur au jardin des Olives; la Vierge pleurant sur le corps de son fils; un saint Jacques; Tobie rendant la vue à son père, par des peintres inconnus.

Derrière l'œuvre, les disciples d'Emmaüs, par un peintre inconnu.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoit été inhumée Marie de Landes, épouse de Guillaume de Lamoignon, premier président au parlement de Paris[131].

Le territoire de cette paroisse s'étendoit sur toutes les maisons situées à droite dans la rue Saint-Denis, depuis l'église du Saint-Sépulcre exclusivement; jusqu'à la rue Greneta. Elle continuoit à droite un peu au-delà de la rue Bourg-l'Abbé, renfermant cette rue en entier et une partie de celle du Grand-Hurleur. Elle possédoit aussi tout le côté droit de la rue aux Ours, en y entrant par la rue Saint-Denis, et en y joignant le coin de la rue Saint-Martin. Il faut y ajouter quelques maisons de la rue Quinquempoix, une partie du côté gauche de la rue aux Ours, la rue du Petit-Hurleur en entier, le cul-de-sac de la Porte aux Peintres, la rue Salle-au-Comte, et celle de Saint-Magloire. Enfin elle faisoit un écart jusque dans la rue Aubry-le-Boucher, où elle possédoit aussi quelques maisons.

C'étoit un ancien usage, dans l'église de Saint-Leu, de faire des prières pendant neuf jours, à l'occasion de l'avénement de nos rois à la couronne. Le 14 octobre 1716, la duchesse de Ventadour, gouvernante de Louis XV, assista dans cette église à la messe qui terminoit la neuvaine qu'on venoit d'y faire pour le jeune roi; et cet événement parut digne d'être consacré dans un tableau où on voyoit Louis XV, sa gouvernante, le duc d'Orléans, régent du royaume, le duc de Bourbon, le maréchal de Villeroi, qui tous adressoient leurs prières à saint Leu. Ce tableau étoit placé à droite dans le chœur de cette église.

On ignore à quelle époque et à quelle occasion le nom du second patron est devenu le premier[132].

HÔTELS DU QUARTIER
SAINT-JACQUES-DE-LA-BOUCHERIE.

HÔTEL D'ALENÇON.

Sauval dit avoir vu les restes d'un hôtel de ce nom, rue des Cinq-Diamants, dans des maisons situées à droite et à gauche de cette rue; ce qui le porte à croire qu'elle auroit été ouverte au travers de cet édifice. Jaillot, sans nier ce fait, dit n'en avoir trouvé absolument aucune trace.

HÔTEL DU COMTE DE DAMMARTIN.

Il étoit situé dans la rue Salle-au-Comte, et appartenoit, dans le treizième siècle, à ce seigneur. Cette demeure devint depuis la propriété du chancelier de Marle, qui y fit élever une fontaine encore subsistante aujourd'hui, et connue sous le nom de ce magistrat.

LE PARLOIR DES BOURGEOIS.

Tel étoit le nom de la maison où nos premiers magistrats municipaux tenoient leurs assemblées. Cette maison étoit située dans la rue Saint-Leufroi, près de l'arcade du Châtelet. Nous dirons plus tard à quelle époque et à quelle occasion ces magistrats allèrent s'établir à la place de Grève[133].

Il y avoit encore dans ce quartier, et à la Vallée de misère (depuis la rue Trop-va-qui-dure), une maison que, dès le temps de Childebert Ier, on appeloit la Maison-de-la-Marchandise, et qui portoit encore ce nom en 1612. Dubreul a cru y reconnoître l'ancien parloir des bourgeois; Jaillot pense qu'il s'est trompé: cette maison, qui occupoit tout l'espace compris entre la rue de la Saunerie et le Grand-Châtelet, faisoit en effet partie du domaine de la ville; mais c'étoit dans la rue Saint-Leufroi que le corps municipal tenoit ses séances.

MAISON DU POIDS DU ROI.

Cette maison étoit située dans la rue des Lombards; et jusque dans les premières années du dix-huitième siècle, les étalons ou modèles des poids et mesures y étoient déposés.

On trouve que jusqu'à Louis VII nos rois étoient demeurés propriétaires de cet établissement et des priviléges qui y étoient attachés. Depuis ils en cédèrent la propriété, qui passa en plusieurs mains et fut définitivement acquise par le chapitre de Notre-Dame, lequel en jouissoit encore dans le siècle dernier.

Le droit de visiter les poids et balances de tous les marchands et artisans, appartenoit depuis plusieurs siècles au corps des épiciers. Nous apprenons qu'en 1321 le prévôt de Paris, sur l'ordre qu'il en reçut du parlement, fit ajuster les poids à la monnoie; qu'il fut fait trois étalons dont l'un fut remis aux mains des épiciers, et les deux autres déposés à la monnoie et au poids du roi. En 1484, ce droit leur fut confirmé par de nouvelles ordonnances; et ils l'exerçoient à l'égard de toute espèce de marchands, les orfévres exceptés, lesquels relevoient directement de la monnoie. Dans toutes leurs visites, ils étoient accompagnés d'un juré balancier nommé par le prévôt de Paris, sur leur présentation.

Jusqu'en 1434, les poids dont on se servoit pour étalons n'étoient que des masses de pierre que l'on avoit façonnées et ajustées. Ce n'est que depuis cette époque qu'on les a faits en cuivre[134].

RUES DU QUARTIER
SAINT-JACQUES-DE-LA-BOUCHERIE.

Marché de l'Apport-Paris. C'est un petit espace carré qui se trouve situé entre l'extrémité de la rue Saint-Denis et l'angle de la nouvelle place du Châtelet.

Rue Aubry-le-Boucher. Elle traverse de la rue Saint-Denis à celle de Saint-Martin, et doit son nom à une famille connue au treizième siècle. Dans un accord fait en 1273, entre Philippe-le-Hardi et le chapitre de Saint-Méri, et dans plusieurs autres titres du même siècle[135], elle est appelée vicus Alberici Carnificis, ce qui porte à croire que cette famille se nommoit Aubry, et que l'autre mot désignoit la profession de celui qui le premier donna son nom à la rue. Dans d'autres titres elle est nommée Auberi-le-Bouchier[136]. Le petit peuple l'appelle, par corruption, Briboucher.

Rue d'Avignon. Elle aboutit d'un côté dans la rue Saint-Denis, et de l'autre dans celle de la Savonnerie, et faisoit autrefois un retour en équerre dans celle de la Heaumerie, lequel subsiste encore aujourd'hui sous le nom de rue Trognon. Ces trois parties ont eu chacune un nom différent, ce qui a jeté de la confusion dans l'application qu'on en a faite. Sauval et Lebeuf présentent chacun leur opinion, qui est combattue par Jaillot; et voici ce qui semble le plus probable. Au commencement du quinzième siècle, la partie de cette rue qui donne dans celle de la Savonnerie s'appeloit ruelle Jehan-le-Comte, près la Pierre-au-Lait[137]; et dans le même temps la rue Trognon portoit le nom de rue Jehan-le-Comte[138]. Quant à la partie de la rue d'Avignon qui donne dans la rue Saint-Denis, c'est elle probablement que Guillot appelle la Basennerie, d'où il vint, dit-il, dans la rue Jehan-le-Comte.

Rue du Pied-de-Bœuf. Elle aboutissoit aux rues de la Joaillerie, de la Tuerie et à la rivière. Cette rue portoit déjà ce nom dès 1437, ainsi que le prouve un ancien titre[139]; et l'on ignore d'où il lui vient.

Rue du Crucifix-Saint-Jacques. Elle va de la rue Saint-Jacques-de-la-Boucherie à la place qui est devant l'église, et à la rue des Écrivains. Les plus anciens titres qui en parlent l'appellent vicus strictus ab opposito frontis Ecclesiæ S. Jacobi; elle est ainsi désignée en 1270. On la trouve depuis sous le nom de ruelle du Porce ou Porche-Saint-Jacques. Le nom de Crucifix, qu'elle a pris ensuite, vient du fief du Crucifix, dont la principale maison faisoit le coin de cette rue et de celle Saint-Jacques. Cette maison avoit pour enseigne un crucifix d'où le fief et la rue avoient pris leur nom.

Rue Saint-Denis. La partie de cette rue qui est comprise dans ce quartier commence au Grand-Châtelet, et finit au coin des rues aux Ours et Mauconseil. Cette rue s'appeloit anciennement la Grant-Rue; en 1310, la rue de Paris[140]; et en 1372 la Grant-Chaussiée M. Saint Denys et Grand-Rue Saint-Denys; mais elle ne prenoit ces noms que depuis l'enceinte jusqu'aux bourgs qui l'environnoient. Entre le Grand-Châtelet et les Innocents, elle s'appeloit la Sellerie[141]. On la trouve aussi indiquée sous le nom des Saints-Innocents[142].

Rue des Cinq-Diamants. Elle traverse de la rue Aubry-le-Boucher dans celle des Lombards. Elle est appelée dans deux anciens titres, dont le dernier est un acte passé par Philippe-le-Hardi, Corrigea et Corrigiaria[143]. Guillot l'appelle Conréerie, et les archives de Saint-Martin-des-Champs, Couroirie et Courouerie. En 1421 et 1550, de la Corroierie et Vieille-Couroirie. Cependant on la trouve aussi indiquée, dès 1536, sous celui des Cinq-Diamants, qui étoit l'enseigne d'une maison de cette rue[144].

Rue des Écrivains. Elle aboutit dans la rue de la Savonnerie et dans celle des Arcis. Cet endroit s'appeloit la Pierre-au-Lait avant 1254[145]; et l'on connoît encore sous ce nom[146] le carrefour où aboutissent les rues de la Heaumerie, des Écrivains, de la Savonnerie, d'Avignon et de la Vieille-Monnoie. La rue des Écrivains n'étoit connue, au treizième siècle, que sous le nom de Vicus Communis, et en 1300 sous celui de la Pierre o Let. En 1439, on la trouve indiquée sous le nom de la la-Pierre-au-lait dite des Écrivains. Ce dernier nom lui vient des écrivains qui s'établirent dans de petites échoppes placées le long de l'église.

Rue de Gesvres. Cette rue a été ouverte en 1642, pour communiquer directement du quai de la Mégisserie au quai Pelletier, ou du moins à l'endroit où il a été depuis construit. Elle commence au coin de la rue de la Joaillerie, et finit au pont Notre-Dame et à la rue Planche Mibrai. Il faut se figurer qu'au commencement du dix-septième siècle, le terrain qui est entre le pont au Change et le pont Notre-Dame alloit en pente jusqu'à la rivière, et qu'on n'y voyoit que quelques chétives maisons qui formoient la Tuerie et l'Écorcherie, à l'endroit où furent depuis la rue du Pied-de-Bœuf en partie, et la rue Saint-Jérôme. En 1641, le marquis de Gesvres obtint ce terrain du roi, sous la condition d'y faire bâtir un quai et quatre rues: ce qui fut exécuté; car indépendamment du quai et de la rue qui portent son nom, il fit percer plusieurs traversés, qui établiront une communication de l'un à l'autre. Ces petites rues furent fermées, en 1727, par des portes grillées, qui ne s'ouvroient que le jour, pour la commodité et la sûreté des marchands.

Rue de la Heaumerie. Elle donne d'un bout dans la rue Saint-Denis, et de l'autre à l'extrémité des rues de la Vieille-Monnoie et de la Savonnerie. Ce nom vient-il d'une enseigne du heaume ou des ouvriers qui fabriquoient cette espèce d'armure? Cette dernière étymologie paroît la plus vraisemblable; car on ne peut douter qu'il n'y ait eu plusieurs armuriers établis dans cette rue. Elle est même souvent nommée rue des Armuriers dans les registres de Saint-Jacques-de-la-Boucherie. Quoi qu'il en soit, elle étoit désignée, dès 1300, sous le nom de la Heaumerie[147].

Rue Saint-Jacques-de-la-Boucherie. Elle aboutit à la porte de Paris et à la rue Planche-Mibrai. Il paroît, par le dit de Guillot, que, dès 1300 elle étoit appelée ainsi: «en la rue Saint-Jacques et ou Porce m'en ving.» On la trouve sous ce même nom, en 1364, dans quelques titres de Saint-Méri. Cependant alors, et même en 1373, on lui donnoit encore celui de la Vannerie (Vaneria), qu'elle avoit d'abord porté, parce qu'on ne la distinguoit pas de cette rue dont elle fait la continuation. Elle perdit ce dernier nom pour prendre celui du Porce ou Porche Saint-Jacques, où elle conduisoit, étant située au midi de cette église. Elle fut désignée aussi, en 1512, sous le nom du Crucifix-Saint-Jacques. Il y a quelques titres qui l'indiquent sous celui de la Grande-Boucherie[148]. On a ouvert dans cette rue deux passages: l'un qui donne dans la rue Planche-Mibray, l'autre qui conduit au marché Saint-Jacques-la-Boucherie.

Marché Saint-Jacques-de-la-Boucherie. Il a été établi sur l'espace où étoit autrefois située l'église dont il a pris le nom. Les baraques dont il est couvert sont occupées par des revendeurs et des fripiers.

Rue Saint-Jérôme. Elle aboutit d'un côté à la rue de Gesvres, et de l'autre à celle de la Tuerie. Lorsque M. de Gesvres obtint de faire bâtir dans cette partie de terrain, qui étoit anciennement l'Écorcherie, on nomma cette rue petite rue ou ruelle de Gesvres. La malpropreté qui y régnoit constamment la fit appeler par le peuple rue Merderet; et c'est ainsi qu'elle est désignée sur un plan manuscrit du domaine. Enfin une statue de saint Jérôme placée à l'un de ses angles dans la rue de Gesvres, lui a fait donner le nom qu'elle porte aujourd'hui.

Rue de la Joaillerie. Elle va du pont au Change[149] à la rue Saint-Jacques-de-la-Boucherie. En 1300 et 1313 elle s'appeloit rue du Chevet-Saint-Leufroi; mais alors elle n'alloit point jusqu'à la rue Saint-Jacques, ni même jusqu'à la Boucherie. Le terrain sur lequel on l'a ouverte de ce côté, étoit occupé par un four mentionné dans nos historiens sous les noms de Four-d'Enfer et de Four-du-Métier. Il fut détruit sous le règne de Charles V; et cette démolition ayant procuré un passage direct au Grand pont, ce passage fut nommé d'abord rue du pont au Change. Il prit ensuite le nom de rue de la Joaillerie, des orfèvres et joailliers qui vinrent s'y établir après l'incendie du pont au Change en 1621. Elle est nommée sur quelques plans rue du pont au Change, rue de la Vieille-Joaillerie, et suivant Sauval et le tableau des rues de Paris, rue de la Vieille-Chevalerie.

Rue de la Vieille-Lanterne. C'est la continuation de la rue de la Tuerie, jusqu'à la vieille place aux Veaux. Voyez rue de la Tuerie.

Rue Saint-Leufroi. Elle étoit située en face du pont au Change, et aboutissoit à la porte de Paris. Comme elle passoit sous le Grand-Châtelet, on la trouve souvent nommée rue du Châtelet; en 1313, rue Devant-le-Chastel. Elle doit son nom à la chapelle qui étoit autrefois située en cet endroit[150].

Rue des Lombards. Elle traverse de la rue Saint-Denis dans celle de Saint-Martin. Au treizième siècle on l'appeloit la Buffeterie (vicus Buffeteriæ)[151]. Elle prit le nom des Lombards de certains usuriers qui s'y étoient établis; et dès 1322 elle est nommée, dans un arrêt du parlement, vicus Lombardorum qui vulgariter la Buffeterie nuncupatur, ce qui porteroit à croire que ce nom des Lombards étoit le nom primitif. On sait qu'ils étoient venus s'établir en France et à Paris avant le règne de saint Louis. Dans plusieurs arrêts rapportés aux registres Olim, il est fait mention, en 1269, des Lombards, des Lucquois et des Mercatores transmarini établis à Paris. C'est dans cette rue qu'étoit encore, au dix-septième siècle, la maison du poids du roi[152].

Rue Saint-Magloire. Elle va de la rue Saint-Denis dans la rue Salle-au-Comte. En 1426, elle portoit le nom de Saint-Leu[153], qu'on donnoit à la dernière de ces deux rues dont elle fait la continuation. On l'a nommée aussi rue Saint-Gilles, et en 1585 rue Neuve-Saint-Magloire. En 1632 et 1638, on l'appeloit ruelle de la prison Saint-Magloire. C'étoit encore un cul-de-sac en 1640.

Rue de Marivaux. La grande rue de ce nom traverse de la rue des Lombards dans celle des Écrivains; la petite a un bout dans celle-ci, et l'autre dans la rue de la Vieille-Monnoie; le terrain sur lequel toutes les deux sont situées, s'appeloit, en 1254 et 1273, Marivas. Le nom de Marivas subsistoit encore en 1313, quoique, dès 1300, Guillot dise le grand et le petit Marivaux, nom que ces rues ont toujours conservé depuis. Au coin de la grande, et en face du portail de l'église Saint-Jacques, étoit la maison du célèbre Nicolas Flamel[154].

Il paroît que c'est la petite rue de Marivaux que Corrozet appelle rue des Prêtres.

Rue des Trois-Maures. Elle traverse de la rue Trousse-Vache dans celle des Lombards. On la connoissoit, avant 1300, sous le nom de Guillaume Joce ou Josse; et c'est ainsi qu'elle est désignée dans tous les titres. Guillot parle d'une rue du Vin-du-Roi; et par sa marche, c'est certainement celle-ci qu'il a voulu désigner. On présume que cette seconde dénomination lui avoit été donnée à cause des caves d'une auberge située dans cette rue, ou étoit le vin destiné pour le roi. Cette auberge fameuse ayant pour enseigne les Trois-Maures, en a donné depuis le nom à la rue. Ainsi l'indiquent le procès-verbal de 1636, et tous les plans qui ont été faits depuis.

Rue de la Vieille-Monnoie. Elle donne d'un bout dans la rue des Lombards, et de l'autre au carrefour des rues de la Heaumerie, de la Savonnerie et des Écrivains. On trouve, en 1227, une maison indiquée in Monetariâ[155]. Guillot la nomme la Viez-Monnoie. On ne sait quand y fut établie la Monnoie, d'où elle a tiré son nom. Le procès-verbal de 1636 l'appelle rue de la Vieille-Monnoie ou Passementière.

Rue Ogniard. Elle va de la rue des Cinq-Diamants à celle de Saint-Martin. Dès 1260, on en trouve des indications sous le nom de vicus Almarici de Roissiaco; en 1300, on disoit rue Amauri-de-Roussi, rue Oignat en 1493, et rue Hoignart en 1495[156]. Ces noms ont été fort défigurés par les copistes.

Rue Pierre-au-Poisson. Elle aboutissoit dans la rue de la Saunerie et au marché de la porte de Paris. Autour du Châtelet, dont cette rue faisoit le circuit occidental, étoient de longues pierres sur lesquelles on étaloit le poisson; et c'est de là que la rue a pris le nom. Il paroît que cette Poissonnerie commença en 1182, Philippe-Auguste ayant permis, cette même année, aux bouchers de la Grande-Boucherie d'acheter et de vendre du poisson d'eau douce. La situation de cette rue l'a quelquefois fait appeler rue de la Petite-Saunerie, à cause de la maison de la marchandise du sel qui s'y tenoit; on l'a aussi nommée rue de la Larderie[157], parce qu'elle régnoit le long du marché à la volaille.

Cette rue vient aboutir aujourd'hui à la nouvelle place du Châtelet.

Rue Quinquempoix. Elle aboutit aux rues Aubry-le-Boucher et aux Ours. Cette rue, appelée autrefois Cinquampoit, Quincampoit et Quinquenpoist, est plus ancienne que ne l'a pensé l'abbé Lebeuf, qui croit qu'elle peut devoir son nom à Nicolas de Kiquenpoit, dont un cartulaire de Sorbonne fait mention l'an 1253. Il existe des titres qui remontent jusqu'à l'an 1210, dans lesquels elle a déjà ce nom[158]. L'étymologie en est inconnue. Quant à celle qu'on en veut tirer de cinq paroisses, ou cinq poist (potestas, ou censives), elle ne mérite pas d'être discutée[159]. On a ouvert dans cette rue un passage qui donne dans la rue Saint-Martin. Il se nomme passage Molière.

Rue Salle-au-Comte. Elle donne d'un bout dans la rue aux Ours, et de l'autre à l'extrémité de la rue Saint-Magloire. Ce n'étoit anciennement qu'un cul-de-sac, qui existoit encore en 1442, et qui aboutissoit à l'une des portes de l'abbaye Saint-Magloire[160]. Le cartulaire de cette église le désigne, en 1312, place ou voie qui n'a point de chief, qui vient de la rue où l'on cuit les hoëes, devant la maison du comte de Dampmartin. Cette maison, qu'on nommoit, à la fin du treizième siècle, la Salle du Comte ou au Comte, étoit située au coin et le long de cette ruelle jusqu'aux jardins de Saint Magloire. Elle passa depuis au chancelier de Marle[161], lequel y fit bâtir la fontaine qui porte son nom, et qui subsiste encore. Vers ce temps, c'est-à-dire au quinzième siècle, on appeloit ce cul-de-sac au Comte-de-Dammartin. En 1623 et 1651 on disoit rue Salle-au-Comte, autrement la cour Saint-Leu[162]. À l'angle de cette rue étoit une statue de la Vierge, dont nous parlerons à l'article de la rue aux Ours[163].

Rue de la Savonnerie. Elle va de la rue Saint-Jacques-de-la-Boucherie au carrefour des rues de la Vieille-Monnoie, de la Heaumerie et des Écrivains. On ne trouve point qu'elle ait porté d'autre nom, et l'on ignore pourquoi elle est ainsi appelée.

Rue de la Vieille-Tannerie. Elle donne d'un bout dans la rue de la Tuerie et de l'autre dans celle de la Vieille-place-aux-Veaux. Elle doit ce nom à ceux qui préparoient les peaux de bêtes qu'on y écorchoit. Dès le quinzième siècle, elle portoit ce nom[164].

Rue de la Triperie. Elle étoit située entre le Grand-Châtelet et la Boucherie. Sauval ne la distingue point de celle du Pied-de-Bœuf[165], et en effet elle en faisoit partie. Les petites échoppes de tripières qui étoient adossées à la Boucherie l'avoient fait appeler rue des Boutiques. Elle faisoit la continuation de la rue de la Place-aux-Veaux jusqu'à la porte de Paris, et dans cette partie elle étoit connue sous le nom de l'Iraigne: c'est ainsi qu'elle est nommée sur un plan manuscrit de la censive de Saint-Méri, de l'an 1512; un autre censier de l'évêché, de 1489, indique la rue de l'Iraigne et l'hôtel de la Grant-Iraigne, qui lui en avoit fait donner le nom. Ce n'étoit point une enseigne de l'Araignée, comme on pourroit le penser, mais de l'Iraigne, croc de fer à plusieurs branches pointues et recourbées, auxquelles on accroche la viande. En effet, dans un compte de recettes de Saint-Germain-l'Auxerrois, à la date de 1524, cette même maison est indiquée comme ayant pour enseigne la grande Iraigne de fer.

Rue Trognon, que quelques-uns écrivent Tronion. On croit, qu'elle se nommoit anciennement rue Jean-Fraillon[166]. Depuis elle eut un autre nom, dont on a fait, par aphérèse, celui de Trognon; ensuite, elle fut nommée Tronion et Truvignon, enfin, rue de la Galère, de l'enseigne d'un cabaret qui y étoit situé.

Rue Trop-Va-Qui-Dure. On a donné ce nom au chemin ou rue qui régnoit le long du Châtelet, depuis la rue de la Saunerie jusqu'à celle de Saint-Leufroy. On la trouve dans La Caille sous deux noms singuliers, dont l'étymologie est inconnue. Il l'appelle: Qui-Trop-Vasi-Dure et Qui-mi-Trouva-si-Dure. Anciennement elle n'étoit connue que sous le nom général de Chemin ou Grant-Rue le long de la Seine, ou sous celui de Vallée-de-Misère. En 1524 on la nommoit rue des Bouticles, près et joignant Saint-Leufroi[167]; en 1540, rue de la Tournée-du-Pont; en 1636, rue de la Descente de-la-Vallée-de-Misère.

Rue Trousse-Vache. Elle donne d'un bout dans la rue Saint-Denis, et de l'autre dans celle des Cinq-Diamants. Jaillot pense qu'elle doit ce nom plutôt à une famille connue anciennement qu'à une enseigne de la Vache troussée, comme le disent Sauval et Piganiol. Il croit que cette enseigne n'y aura été mise par la suite que par allusion au nom de la rue et de la famille dont elle avoit emprunté ce nom. En 1248[168], un acte fait mention d'une maison qui avoit appartenu au sieur Trossevache: et il en existe d'autres, passés en 1257, par Eudes Troussevache[169]. Cette dénomination n'a point varié[170].

Rue de la Tuerie. Elle aboutit à l'extrémité de la rue du Pied-de-Bœuf et à la Vieille-place-aux-Veaux. Au treizième siècle et depuis, elle s'appeloit simplement l'Écorcherie. En 1512, les titres de Saint-Méri la nomment rue de l'Écorcherie ou des Lessives. On l'a depuis appelée rue de la Vieille-Lanterne[171], et elle porte encore aujourd'hui ce nom dans la partie qui aboutit à la Vieille-place-aux-Veaux.

Rue de la Vieille-place-aux-Veaux. Elle commence à la rue Planche-Mibrai, où étoit la place aux Veaux, dont elle a pris le nom, et aboutit en retour à la rue Saint-Jacques-de-la-Boucherie; elle se prolongeoit, dans le principe, jusqu'à la porte de Paris. La place aux Veaux est ancienne: au treizième siècle on y brûloit les cochons, depuis on y vendit les veaux; et c'est de là qu'elle avoit pris son dernier nom. Au quatorzième siècle elle s'appeloit la place aux Sainctyons[172], une des premières familles de bouchers qui soient connues. La liste des rues du quinzième siècle l'indique sous le nom de rue aux Veaux; et Corrozet, sous celui de place aux Veaux. Il est probable que le surnom de vieille ne lui a été donné que depuis qu'on a transféré cette place sur le quai des Ormes, en vertu d'un arrêt du 8 février 1646.

Rue de Venise. Elle donne d'un bout dans la rue Saint-Martin, et de l'autre dans la rue Quinquempoix. Guillot l'appelle Sendebours-la-Trefilliere, et des titres de 1300 et 1313, rue Hendebourc-la-Trefélière. Cependant ce n'est point là le nom véritable: les titres de Saint-Méri la nomment, depuis 1250, rue Erembourg ou Herambourg-la-Trefélière, et elle a gardé ce nom jusqu'au quatorzième siècle, qu'elle prit celui de rue Bertaut-qui-dort; c'étoit le nom d'une maison qui y étoit située[173]. Au seizième siècle, une enseigne de l'Écu de Venise lui fit donner la dénomination qu'elle porte encore aujourd'hui[174].

QUAIS.

Quai de Gesvres. Nous avons dit qu'en 1642 le marquis de Gesvres avoit obtenu du roi le terrain qui est compris entre le pont au Change et le pont Notre-Dame, sous la condition d'y faire bâtir un pont et ouvrir quatre rues. Les lettres-patentes portoient que ce quai seroit porté sur des arcades et piliers posés d'alignement et s'étendant de l'un à l'autre pont, et qu'il seroit revêtu d'un parapet de trois pieds de haut. En 1657, on permit d'y faire construire de petites boutiques à demi-pied de ce parapet; sur ces boutiques, on éleva depuis plusieurs étages, de manière que ce quai étoit couvert dans toute son étendue. Ces constructions ont été abattues.

MONUMENTS NOUVEAUX
ET RÉPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS DEPUIS 1789.

Au milieu de la place nouvelle qui occupe une partie du terrain sur lequel étoit construit le Grand-Châtelet, on a élevé une fontaine d'un aspect très-élégant.

La base de cette fontaine se compose d'un piédestal carré, dont le dé est orné de deux aigles renfermés dans une couronne, et présente à ses quatre angles des cornes d'abondance chargées de fruits et terminées à leur partie inférieure par des têtes de monstres marins jetant de l'eau par les narines dans un grand bassin circulaire. Au-dessus de ce piédestal s'élève une colonne entourée de quatre figures qui se tiennent par la main: deux de ces figures (celles qui sont placées vers le pont au Change) soutiennent une épée appuyée sur une table qui porte cette inscription, CODE; pour attributs, elles ont à leurs pieds une lampe et un coq. Les deux autres, du côté de la ville, portent la massue d'Hercule entourée d'un serpent, et l'une d'elle est revêtue de la peau du lion. Le fût de la colonne jusqu'à la hauteur des figures est orné de glands et de feuilles de chênes: au-dessus, ses ornements se composent de feuilles non dentelées. Cinq bandes horizontales, bordées de couronnes de laurier, partagent cette colonne en cinq parties égales; et sur chacune de ces bandes sont inscrits les noms des batailles les plus fameuses qui se sont données pendant la révolution.

Enfin, au-dessus du chapiteau, qui se compose de feuilles de palmier, est posée une sphère entourée des figures des quatre vents; et sur cette sphère s'élève une figure de la victoire, à demie nue, les ailes éployées, et portant deux couronnes dans ses mains étendues. Cette figure est entièrement dorée, ainsi que le demi-globe sur lequel elle est appuyée. C'est un joli monument dont la composition fait honneur à M. Bralle, qui en est l'auteur, et dont l'exécution, confiée à M. Boizot, mérite aussi des éloges.

L'église de Saint Leu. L'intérieur de cette église a été réparé; plusieurs tableaux anciens tirés des dépôts du gouvernement lui ont été donnés et font l'ornement de sa nef et de ses autels; elle a obtenu, en outre, de la ville de Paris, un tableau nouveau représentant la femme adultère, peint en 1819 par M. Delaval.

La cour Batave. C'est un grand édifice que l'on a élevé sur l'emplacement de l'église du Saint-Sépulcre, et qui mérite d'être remarqué. La façade sur la rue Saint-Denis se compose de trois arcades et de huit colonnes ioniques. On entre par l'arcade du milieu, qui est couverte en terrasse et ornée de caissons, dans la cour dont la dimension présente un carré long entouré de colonnes et de pilastres ioniques, et composé de cinq arcades dans sa plus longue dimension. Ces arcades sont remplies par des boutiques[175]; et dans les cintres, qui sont ornés de figures allégoriques et de symboles du commerce, on a pratiqué des entresols.

Sur la partie la plus étroite du carré, et qui fait face à la porte d'entrée, s'élève une maison à trois étages, couronnée d'une corniche avec triglyphes et bas-reliefs moulés; une arcade en voûte qui occupe le milieu de cette maison, sert de communication pour entrer dans une cour plus petite que la première.

Enfin, dans une niche placée au milieu de la première cour et ornée aussi de caissons, est une fontaine qui se compose d'une statue de Cybèle, à demi nue, la tête couronnée d'une tour et assise au milieu de deux lions vomissant de l'eau dans un vaste bassin; des Tritons en bas-relief accompagnent, de chaque côté, cette composition; sur la clef de la niche est sculpté le caducée de Mercure; et les tympans sont ornés de deux figures moulées et tirées de la fontaine des Innocents[176]. Cette fontaine, que l'on aperçoit à travers les arcades dont se compose la porte d'entrée, est d'un bel effet, quoique l'exécution en soit médiocre.

NOTA. Il existoit anciennement, à l'endroit que l'on nomme l'Apport-Paris, une fontaine qui portoit le nom du Grand-Châtelet. Auprès étoit une croix où le curé et le clergé de Saint-Germain-l'Auxerrois venoient tous les ans en procession, le dimanche des Rameaux. Après avoir chanté l'Évangile, ils se rendoient à la prison, et y délivroient quelques prisonniers détenus pour dettes.