CURIOSITÉS DU MONASTÈRE DES FEUILLANS.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, une Assomption, par Bunel.

Dans le rond, deux anges, par La Fosse.

Sur l'autel de la sixième chapelle à droite, une Visitation, par Michel Corneille.

Dans la sixième chapelle à gauche, plusieurs peintures de Simon Vouet, entre autres le plafond représentant un saint Michel, lequel passoit pour un des chefs-d'œuvre de ce peintre.

Dans le vestibule d'entrée, un seigneur descendant de cheval, et recevant l'habit de Feuillans, par Loir.

Dans le réfectoire, quatre sujets tirés de l'histoire d'Esther, par Restout père.

Dans le chapitre, la Résurrection du Lazare, par Vien.

Dans la salle du roi, près l'église, les portraits des rois et reines de France depuis Henri III jusqu'à Louis XV inclusivement, ainsi que ceux des dauphins, fils et petits-fils de ce dernier roi.

Les chapelles, au nombre de quatorze, la nef et les diverses autres parties de l'église étoient décorées d'un grand nombre d'autres tableaux sans noms d'auteurs.

SCULPTURES.

Dans la troisième chapelle à gauche, une Vierge en bois doré, par Sarrazin.

TOMBEAUX ET SÉPULTURES.

Dans la première chapelle à droite on voyoit la statue en marbre de Raimond Phélippeaux, seigneur d'Herbaut, secrétaire d'état sous Louis XIII, mort en 1629. Il étoit représenté à genoux devant un prie-Dieu.

La seconde étoit destinée à la sépulture de la famille Pelletier.

La troisième avoit appartenu à MM. de Vendôme.

La quatrième offroit le mausolée de Guillaume de Montholon, conseiller d'état et ambassadeur, mort en 1722; son buste et deux Vertus, dont il étoit accompagné, composoient ce mausolée.

Dans la cinquième avoient été inhumés Louis de Marillac, maréchal de France, condamné à mort et exécuté le 10 mai 1631; et Catherine de Médicis son épouse, morte de douleur pendant qu'on instruisoit le procès de son mari[552].

Entre ces deux chapelles étoit le cénotaphe de Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, et d'Alphonse de Lorraine son fils, chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Ce monument, sculpté par Nicolas Renard, offroit trois figures symboliques: le Temps couché au pied d'un obélisque; une figure ailée, emblème de l'immortalité; et un génie en pleurs portant les médaillons de ces deux princes. Au-dessus de l'obélisque, un globe doré que surmontoit un aigle aux ailes éployées; un bas-relief en bronze doré et plusieurs autres accessoires ajoutoient encore à la richesse de ce monument.

Dans la première chapelle à gauche, un tombeau de marbre blanc en forme d'urne contenoit les restes mortels de Jeanne Armande de Schomberg, femme de Charles de Rohan, duc de Montbason, etc., morte en 1700.

La seconde appartenoit à la famille de Beringhem. Dans cette chapelle avoit été inhumé le maréchal d'Uxelles, ambassadeur extraordinaire au congrès d'Utrecht, ministre du conseil de régence, etc., mort en 1730.

La troisième, richement décorée, appartenoit à la famille des Rostaing, et étoit fermée d'une grille. Elle contenoit plusieurs tombeaux de ses membres les plus distingués: sous la croisée, étoient représentés à genoux Tristan de Rostaing, mort en 1591, et Charles de Rostaing son fils, mort en 1660. Une urne portée sur une colonne de marbre renfermoit le cœur d'Anne Hurault, fille du chancelier de Chiverni, femme de Charles de Rostaing, dont nous venons de parler, morte en 1635. On y voit encore les bustes de quatre autres personnages de cette maison[553].

Dans la quatrième, une figure à genoux devant un prie-Dieu offroit un portrait de Claude-Marie de l'Aubespine, femme de Médéric Barbezières, seigneur de Chemerault, morte en 1613.

Dans le chœur et dans le chapitre avoient été inhumés plusieurs généraux de l'ordre, et les PP. Jérôme et Turquois, prédicateurs estimés du dix-septième.

La bibliothèque de ce couvent pouvoit contenir environ 24,000 volumes.

LES CAPUCINS.

Au commencement du seizième siècle, plusieurs ordres religieux, institués dans les âges précédents, s'étoient plus ou moins écartés des règles prescrites par leurs saints fondateurs; et l'ordre de saint François n'avoit pas été exempt de ce relâchement. En 1525, Mathieu de Baschi, religieux de cette observance, fut le premier qui, non content de pratiquer sa règle dans toute son austérité, crut devoir entreprendre d'y ramener ses confrères par ses exhortations et ses exemples. Ses soins et son zèle ne furent pas sans succès; et il parvint bientôt à rassembler auprès de lui quelques imitateurs de sa pauvreté et de sa pénitence. Pour se distinguer de leurs anciens confrères, ces nouveaux religieux prirent un habit particulier[554]: c'étoit une longue robe de bure surmontée d'un capuce, ou capuchon pointu, qui fit donner le nom de capucins à ceux qui embrassèrent cette nouvelle réforme. Ils portoient aussi une longue barbe, marchoient nu-pieds et ne vivoient que d'aumônes. Cependant cet institut ne prit une forme régulière qu'en 1529, époque à laquelle le chapitre fut assemblé pour la première fois. On y fit des constitutions[555] qui furent approuvées, ainsi que l'ordre, par une bulle de Paul III, du 25 août 1536. Alors ces religieux furent adoptés et reconnus par l'Église entière, sous le nom de frères mineurs capucins, et leur nombre s'accrut assez rapidement. Mais ils n'obtinrent point, dans ces premiers temps, la permission de s'étendre au-delà de l'Italie; et le cardinal Charles de Lorraine, qui avoit connu des capucins au concile de Trente, et qui en avoit fait venir quatre qu'il logea dans son parc de Meudon, fut obligé de solliciter une bulle pour autoriser leur établissement en France. Tels furent, dans ce royaume, les foibles commencements de cet ordre fameux.

Quelques historiens pensent qu'après la mort du cardinal, décédé le 26 décembre 1574, ces religieux s'en retournèrent en Italie[556]. Quoi qu'il en soit, il paroît certain que les vues de ce prélat pour l'établissement des capucins en France furent remplies avant sa mort: car nous voyons que, dès 1572, le père Pierre Deschamps, cordelier françois, ayant embrassé cette réforme, le désir de mener une vie plus régulière lui procura bientôt quelques compagnons qui se logèrent avec lui à Picpus[557]. Il eut alors recours au pape Grégoire XIII, qui, par sa bulle du 10 mai 1574, lui permit d'établir en France l'ordre des frères mineurs capucins, permission qui déjà lui avoit été accordée par Charles IX[558].

Pour consolider cet établissement, le général de l'ordre envoya en France un commissaire général, avec douze religieux. Catherine de Médicis se déclara sur-le-champ protectrice de cette nouvelle communauté, et lui fit obtenir un emplacement pour bâtir une église et un couvent, don qui fut confirmé par lettres-patentes du mois de juillet 1576, enregistrées le 6 septembre suivant. Ainsi les capucins s'établirent cette année même au lieu qu'ils ont occupé jusqu'au moment de la révolution. Henri IV et ses successeurs, animés du même esprit, ne cessèrent point d'accorder une protection toute particulière à ces nouveaux enfants de saint François, qui, en 1789, comptoient en France plus de trois cents couvents de leur ordre.

Les bâtiments réguliers des capucins de la rue Saint-Honoré étoient moins simples que ceux des autres couvents du même ordre[559], et d'ailleurs si vastes qu'ils pouvoient contenir une communauté de 150 religieux. On leur avoit accordé cette grande étendue de terrain, parce que, lors de leur établissement, il n'y avoit aucune raison de le ménager dans un lieu qui étoit encore peu habité et hors de la ville. Ces bâtiments furent renouvelés en 1722. En 1731 ces pères firent rebâtir le portail et le mur du cloître, qui suivoient l'alignement de la rue Saint-Honoré; le chœur de leur église fut également reconstruit en 1735. C'est surtout dans ces dernières constructions qu'ils se sont un peu écartés de la simplicité uniforme constamment adoptée dans tous les couvents de leur ordre.

Jaillot a trouvé, dans un mémoire manuscrit, que cette église, qui, dans le principe, n'étoit qu'une simple chapelle, avoit été dédiée le 28 novembre 1575. Elle fut sans doute rebâtie peu de temps après; car on a un autre acte de dédicace, daté de 1583, lequel est, de même que le premier, sous le titre de l'Assomption de la Vierge. Ce bâtiment n'étant pas assez vaste, et l'ordre prenant de jour en jour plus de consistance, on jeta les fondements de l'église qui a subsisté jusqu'à l'époque de la révolution. Commencée en 1603, elle fut finie en 1610, et dédiée le 1er novembre de la même année; l'architecture en étoit médiocre.

Cette maison, la plus considérable en France d'un ordre qu'un siècle absurde et frivole accabloit d'un injuste et sot mépris, a produit un grand nombre de sujets distingués par leur naissance ou par leurs talents[560], et dont les noms ont passé même avec gloire à la postérité. Mais ce qui rendoit ces religieux vraiment recommandables, c'étoit la régularité avec laquelle ils remplissoient tous les devoirs d'un état austère, leur zèle infatigable dans les fonctions les plus pénibles du saint ministère, surtout une charité qu'aucun obstacle, aucun danger ne pouvoient effrayer ni ralentir. Le temps est déjà venu où l'on commence à regretter la destruction, où l'on sent vivement quelle étoit l'utilité de ces saintes réunions dont les membres, au milieu de la corruption des grandes villes, offraient des exemples frappants, ou, pour mieux dire, des leçons vivantes de toutes les vertus chrétiennes, les prêchoient publiquement dans les temples en même temps qu'ils les pratiquoient aux yeux de tous; et, s'ils ne parvenoient pas à détruire entièrement les mauvaises mœurs, contribuoient du moins à en arrêter le débordement, qui maintenant n'a plus de frein, et n'en pourra désormais trouver que dans la rigueur inflexible des cours d'assises et dans une rédaction plus sévère du code criminel.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CAPUCINS.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, une Assomption, par La Hire.

Dans le rond, un portement de croix, par le même.

Au-dessus de l'autel, les vingt-quatre vieillards prosternés devant le trône de l'Agneau, par Dumont.

Derrière l'autel, du côté du cloître, un beau Christ mourant, par Le Sueur.

Dans la sacristie, Moïse serrant la manne dans l'arche, par Collin de Vermont.

Dans la dernière chapelle, près la porte, le martyre du P. Fidel, capucin et missionnaire à la Chine, par Robert.

STATUES ET TOMBEAUX.

Dans un des corridors du rez-de-chaussée, une statue de saint Augustin.

Dans la nef, les tombeaux des PP. Ange de Joyeuse et Joseph Le Clerc du Tremblay, dont nous avons déjà parlé.

La bibliothèque de cette maison contenoit environ vingt-quatre mille volumes. On y voyoit un modèle[561] en nacre de perles de l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, et deux beaux globes céleste et terrestre, faits par Coronelli en 1693[562].

LES RELIGIEUSES
DE L'ASSOMPTION.

Derrière les bâtiments des Capucins étoit le couvent de l'Assomption, dont il ne reste plus aujourd'hui que l'église. C'étoit la demeure d'une communauté de religieuses de l'ordre de saint Augustin, qui y avoient été établies en 1632 par le cardinal François de La Rochefoucauld. Ces religieuses, connues avant cette époque sous le nom d'Haudriettes, avoient alors leur maison à l'entrée de la rue de la Mortellerie, près de la Grève. Nous parlerons en son lieu de l'origine de cette communauté ou hospice; il ne sera question ici que de l'événement qui causa la translation de la plupart d'entre elles à la rue Saint-Honoré, translation qui excita dans le temps de vives réclamations, sur la justice desquelles les historiens sont partagés. L'exposition des faits, constatés par des actes et des titres authentiques, mettra le lecteur en état fixer son opinion.

La maison, fondée par Étienne Haudri, pour y recevoir de pauvres filles ou veuves, n'étoit pas dans son origine regardée comme un couvent régulier; mais il paroît certain que dans la suite les bonnes femmes de la chapelle des Haudriettes (c'est ainsi qu'elles sont qualifiées dans les actes du temps) formèrent une communauté régulière, assujettie, par le fait, aux lois et observances auxquelles étoient soumises les maisons religieuses. Cet état de choses duroit depuis plus de deux cents ans, lorsque les Haudriettes, considérant que leurs anciennes constitutions n'étoient point conformes à l'état religieux qu'elles avoient embrassé, sollicitèrent le cardinal de La Rochefoucauld d'y faire les changements que les circonstances exigeoient. Ce prélat qui, en sa qualité de grand aumônier, avoit juridiction sur cet hospice, acquiesça à leur demande, et jugea convenable de leur faire embrasser la règle de saint Augustin. Les religieuses s'y soumirent avec joie, et s'y engagèrent par des vœux solennels, le 27 novembre 1620. Ces changements furent aussitôt autorisés par le roi Louis XIII, et ensuite confirmés par une bulle de Grégoire XV, du 5 décembre 1622.

Deux ans après cette réforme, c'est-à-dire le 20 juillet de cette même année, les Haudriettes présentèrent requête au cardinal, à l'effet d'être transférées dans une autre maison, se plaignant que celle qu'elles occupoient étoit située dans un endroit malsain, trop voisin de la rivière, exposé souvent aux inondations, et par cela même peu propre aux exercices paisibles de la vie religieuse. Le réformateur ayant visité en personne l'ancien couvent, et vérifié la justice de ces plaintes, autorisa la translation dans un lieu plus salubre. On n'en trouva point qui fut plus convenable à l'exécution de ce dessein que la maison même que ce cardinal occupoit au faubourg Saint-Honoré. Six religieuses, qui seules, selon Jaillot, composoient alors toute la communauté des Haudriettes, furent, d'après leur propre demande, transférées dans l'hôtel du cardinal, où elles firent aussitôt construire et distribuer les logements d'une manière convenable à une communauté. Cette demeure nouvelle prit alors le nom du couvent de l'Assomption. Le titre de l'hôpital d'Étienne Haudri fut éteint et supprimé; on en réunit les revenus au nouveau monastère du faubourg Saint-Honoré; et l'emplacement qu'il occupoit fut destiné à des usages profanes, la chapelle exceptée.

Telle est l'exposition des faits sur lesquels les historiens sont à peu près d'accord; mais ils sont loin de l'être sur les motifs et l'utilité du changement des Haudriettes en religieuses de l'Assomption.

D'abord Sauval, et ceux qui l'ont aveuglément copié, ont hasardé, sans le moindre examen, une opinion injurieuse à la mémoire du cardinal de La Rochefoucauld, en lui supposant, dans cette réforme, des vues d'intérêt personnel pour la vente de son hôtel. Jaillot repousse avec chaleur un soupçon aussi avilissant, et justifie ce prélat par un fait matériel qui tranche toute discussion. C'est que, dès le 16 août 1605, il avoit vendu son hôtel aux jésuites, et que ce fut d'eux que les religieuses de l'Assomption l'achetèrent par contrat du 16 février 1623.

Sauval, qui montre contre le cardinal de La Rochefoucauld et les religieuses de l'Assomption une animosité qui fait suspecter sa bonne foi, prétend que «de quarante religieuses formant la communauté des Haudriettes, six seulement consentirent à être transférées au faubourg Saint-Honoré, et que les religieuses restées à la maison de la rue de la Mortellerie formèrent des oppositions tant à la bulle qu'aux lettres-patentes du roi; qu'elles obtinrent même, au grand conseil, un arrêt du 13 décembre 1624, qui ordonna qu'elles seroient rétablies dans leur hôpital, et qu'elles rentreroient en possession de tous leurs biens et revenus.» Nous avons vu que Jaillot avance que les six religieuses transférées formoient alors toute la communauté; il répond à l'objection de l'arrêt du 13 décembre 1624, que «ce furent quelques pauvres filles, lesquelles cachoient dans le faubourg Saint-Marcel leur misère et leur paresse, qui, sous le nom d'Haudriettes, se pourvurent au grand conseil, et obtinrent l'arrêt en question.»

Comme ni l'un ni l'autre historien n'appuie son assertion d'aucune autorité, il nous semble qu'on approcheroit beaucoup de la vérité en disant que la translation et la réforme ne se firent pas d'un consentement unanime, et qu'un petit nombre de religieuses, auxquelles se joignirent peut-être quelques filles ou veuves qui recevoient des secours dans cet hôpital, obtinrent l'arrêt dont il est parlé. Quoi qu'il en soit, cet arrêt fut cassé par celui du conseil d'état, du 19 du même mois de décembre.

Ces contradictions ne furent pas les seules que les religieuses de l'Assomption eurent à éprouver dans leur nouvel établissement. Les héritiers de Jean Haudri les attaquèrent par les voies juridiques, comme ayant détourné les biens de la fondation du véritable objet auquel ils avoient été destinés par le fondateur. Les administrateurs des hôpitaux revendiquèrent aussi, de leur côté, les revenus de l'ancienne maison des Haudriettes, comme faisant partie du bien des pauvres. Nonobstant toutes ces réclamations et oppositions, le conseil d'état persista dans ses arrêts précédemment rendus, confirma les changements faits par le cardinal de La Rochefoucauld, et ordonna l'enregistrement, au grand conseil, de la bulle, des lettres-patentes et des statuts faits pour la réforme des Haudriettes.

Jusqu'en 1670, les religieuses de l'Assomption n'eurent dans leur maison qu'une très-petite chapelle. Leur communauté étant devenue plus nombreuse, elles firent bâtir l'église et le dôme qui existent aujourd'hui, sur les dessins d'Errard, peintre du roi et premier directeur de l'académie de France à Rome. Les travaux, commencés en 1670, furent achevés six ans après; et le 14 août 1676, l'église fut bénite par M. Poncet, archevêque de Bourges.

Ce monument a la forme d'une tour élevée, surmontée d'une calotte sphérique de soixante-deux pieds de diamètre. Elle est ornée de caissons et de peintures à fresque, par Charles de La Fosse, représentant l'Assomption de la Vierge.

On peut justement reprocher à ce petit édifice d'être beaucoup trop élevé pour son diamètre, ce qui donne à son intérieur l'apparence d'un puits profond plutôt que la grâce d'une coupole bien proportionnée. Cette élévation intérieure, qui sans doute n'eût pas été trop forte si la coupole eût été soutenue sur des arcades et pendentifs au milieu d'une nef, d'un chœur et des bras d'une croix grecque ou latine, devient excessive lorsqu'elle se trouve bornée de toutes parts par un mur circulaire; et le spectateur, ne pouvant avoir une reculée suffisante, ne parvient à considérer la voûte qu'avec une très-grande gêne. Cette tour, qui monte également de fond par dehors, sans presque aucun empatement, n'a point l'effet pyramidal ni l'élégance qu'elle eût acquise par des retraites bien ménagées.

Le seul portail, placé dans la cour de ce monastère et décoré de colonnes corinthiennes couronnées d'un fronton, dans une forme approchant de celle du portique du Panthéon, est assez agréable, si on le considère à part; mais il est beaucoup trop petit pour l'ensemble général, et se trouve écrasé par le dôme[563].

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE L'ASSOMPTION.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, une Nativité, par Houasse.

Vis-à-vis la porte d'entrée, un Christ, par Noël Coypel.

Au-dessus de la porte, la Conception de la Vierge, par Antoine Coypel.

Dans une des chapelles derrière le chœur, un saint Pierre délivré de prison, par La Fosse.

Entre les vitraux qui éclairent le dôme.

La Présentation de la Vierge au temple, par Bon Boulogne.

Le Mariage de la Vierge, par le même.

L'Annonciation, par Stella.

La Visitation et la Purification, par Antoine Coypel.

Une fuite en Égypte, par François Lemoine.

Sur le plafond du chœur des religieuses, la Trinité, par La Fosse.

LES FILLES DE LA CONCEPTION.

Les filles de la Conception étoient des religieuses qui suivoient la règle du tiers-ordre de Saint-François, et occupoient un couvent situé dans la rue Saint-Honoré, vis-à-vis celui de l'Assomption. Les historiens de Paris ne nous apprennent presque rien touchant ce monastère, qui fut fondé, en 1635, par les soins de madame Anne Petau, veuve de René Regnault de Traversé, conseiller au parlement de Paris. Cette dame, ayant conçu le pieux dessein de procurer à la capitale une communauté de l'observance du tiers-ordre de Saint-François, parvint à engager treize religieuses d'un couvent de Toulouse à se rendre à Paris dans une maison qu'elle leur avoit destinée. Elles y arrivèrent au mois de septembre 1635, et leur fondatrice pourvut à leurs besoins essentiels en donnant, à cet effet, une somme de 45,000 liv. devant produire 3,000 livres de rente. Ces actes n'avoient été faits que d'après le consentement et l'autorisation de l'archevêque de Paris; et, dès le mois de février de cette même année, ces religieuses avoient obtenu, avec les lettres-patentes qui permettoient leur établissement, une bulle d'Urbain VIII qui le confirmoit. Elles éprouvèrent cependant quelques obstacles de la part des religieuses de Sainte-Élisabeth, qui étoient du même ordre, quoique quelques-uns de leurs statuts fussent différents[564]. Mais les difficultés furent presque aussitôt terminées, au moyen d'une transaction consentie, le 25 juillet, par les supérieures de deux communautés; en conséquence, les lettres-patentes portant l'établissement à Paris des filles de la Conception furent enregistrées au parlement le 4 août de la même année 1635[565].

Il paroît qu'à cette époque les couvents et autres établissements religieux étoient dans une certaine dépendance de la paroisse sur laquelle ils étoient établis; car on lit dans Sauval qu'en 1635 il fut fait une convention entre les religieuses de la Conception et le curé de Saint-Roch, portant qu'elles célébreront les fêtes de la paroisse, et présenteront à l'offrande, le jour de la fête des Cinq-Plaies, un cierge d'une livre et un écu d'or.

Ce couvent ne fut jamais dans un état bien florissant, les dépenses que ces religieuses avoient été obligées de faire successivement étant beaucoup trop fortes pour leur modique revenu, que diminuoit encore l'augmentation progressive des choses nécessaires à la vie. Toutefois elles se soutinrent pendant plus d'un siècle, par une économie sévère et les libéralités de quelques personnes charitables. Mais, en 1713, leur pauvreté étoit telle, qu'elles eussent été forcées d'abandonner leur couvent, si M. d'Argenson, pénétré de la triste situation de ces saintes filles, n'en eût fait à Louis XIV un tableau dont ce prince fut touché. Par un arrêt du 29 mars 1713, il leur fut accordé une loterie d'un million quatre-vingt mille livres de capital, dont le bénéfice calculé à 15 pour 100 produisit une somme suffisante pour rétablir les affaires de cette communauté.

Ce couvent n'avoit rien dans ses bâtiments qui fût digne d'être remarqué. Son église, médiocrement décorée, ne possédoit que deux tableaux, par Boulogne l'aîné et Louis Boulogne. L'un représentoit la Conception de la Vierge, l'autre sainte Geneviève recevant la médaille des mains de saint Germain[566].

LA PLACE LOUIS XV
ET LE GARDE-MEUBLE.

À peu de distance du couvent des filles de la Conception se termine la rue Saint-Honoré et commence celle du faubourg du même nom. Ces deux rues sont séparées l'une de l'autre, à droite par l'ancien boulevart qui commence à cet endroit, à gauche par la rue Royale, laquelle sert d'entrée à la place Louis XV. En arrivant sur cette place, on se retrouve vis-à-vis du jardin des Tuileries, du côté du pont Tournant. Ce jardin est alors situé à l'orient du spectateur; il a devant lui le beau pont Louis XVI; à l'occident, son œil se repose sur les masses imposantes de verdure que forment le Cours-la-Reine et les Champs-Élysées, d'où ses regards peuvent s'étendre par la grande allée jusqu'à la barrière de l'Étoile; enfin, s'il se retourne au nord, cette partie lui offre la riche décoration des deux colonnades du Garde-Meuble et de l'édifice correspondant, et dans le fond du tableau, par-delà la rue Royale, la nouvelle église de la Magdeleine, non encore achevée.

La place dont nous parlons étoit, dans l'origine, une esplanade entourée d'un fossé, esplanade qui séparoit le jardin des Tuileries du Cours-la-Reine, et dont une partie servoit de magasin aux marbres du roi. La vaste étendue de ce terrain le fit juger propre à recevoir la statue équestre que, dès l'an 1748, la ville avoit décidé de faire élever à Louis XV. Le roi en ayant agréé le projet, des lettres-patentes furent expédiées à ce sujet le 21 juin 1757. Cependant, dès le 22 avril 1754, la première pierre en avoit été posée avec une grande solennité.

Cette place, qui a cent vingt-cinq toises de long sur quatre-vingt-sept de large entre les constructions intérieures, forme une enceinte octogone, entourée de fossés de onze à douze toises de largeur sur quatorze pieds de profondeur. Ces fossés communiquent entre eux par des ponts de pierre avec des archivoltes, et sont bordés par des balustrades, le long desquelles règne un trottoir élevé de quelques degrés au-dessus du sol, et qui se prolonge dans tout le contour de la place.

Composée d'abord de quatre grandes pièces de gazon maintenant en friche, la place Louis XV est divisée en quatre parties par le chemin qui conduit du boulevart au pont Louis XVI, et des Tuileries aux Champs-Élysées. Les quatre trottoirs qui remplissent l'espace intermédiaire sont terminés par de petits pavillons qui ont pour amortissement des socles décorés de guirlandes, et destinés à porter des figures qui n'ont point été exécutées.

Telle est cette place, qui, découverte entièrement de trois côtés, présente, dans la seule partie du nord, une ligne de bâtiments qui la termine. Ce caractère, si différent de celui de toutes les autres places de Paris, ne lui a point été donné sans raison: ceux qui en conçurent le plan voulurent que, dans la position unique où elle est située, la place Louis XV, environnée, dans tous ses aspects, d'objets ou imposants ou agréables, de monuments existants ou projetés, fût plutôt un centre de tous ces points de vue si variés qu'un ensemble de constructions conçues sur un plan symétrique. Les divers travaux qui, depuis son origine, ont été exécutés dans les espaces environnants, ceux qui se préparent ou s'exécutent encore aujourd'hui, ont justifié et justifient de plus en plus cette conception nouvelle, qui fut extrêmement critiquée dans le principe, et que critiquent encore tous ceux qui veulent que les règles l'emportent toujours sur les convenances, principe dont l'extrême rigueur peut avoir de grands inconvénients et jeter même dans les fautes les plus graves.

La statue en bronze de Louis XV étoit placée au milieu de l'intersection des quatre chemins qui traversent cette place, en face de la grande allée des Tuileries et de la grande route de Neuilly. Le monarque y étoit représenté à cheval, en costume romain, et couronné de lauriers. Cette figure, qui n'étoit pas sans élégance, mais qui manquoit de style, et surtout de ce caractère héroïque qu'on exige dans les monuments de ce genre, avoit été modelée par Edme Bouchardon, sculpteur du roi, et fondue d'un seul jet, en 1760. Cet artiste, étant mort deux ans après, n'eut pas la satisfaction de voir à sa place un ouvrage qu'il regardoit comme son chef-d'œuvre[567] et comme le gage de son immortalité. La statue ne fut élevée qu'en 1763. Aux quatre angles du piédestal étoient placées quatre figures colossales exécutées par Pigalle[568], et représentant des Vertus caractérisées par leurs attributs: des guirlandes de laurier, des cornes d'abondance, etc., ornoient la corniche du piédestal dont la hauteur étoit de vingt-deux pieds. Des tables de marbre chargées d'inscriptions[569], des bas-reliefs en bronze[570] en couvroient les quatre surfaces, et sur le socle étoient posés deux grands trophées, offrant un mélange de boucliers, de casques, d'épées et de piques antiques, également jetés en bronze.

Une magnifique balustrade de marbre blanc entouroit ce monument[571].

Les deux bâtiments qui terminent cette place du côté du boulevart présentent deux façades de quarante-huit toises de longueur chacune, sur soixante-quinze pieds de hauteur, placées à seize toises de distance de la balustrade des fossés, et séparées l'une de l'autre par la rue Royale dont nous venons de parler. Des avant-corps couronnés de frontons en forment les extrémités, et, dans l'espace qui sépare ces constructions, une suite d'arcades décorées de bossages et formant galeries, sert de soubassement à un péristyle de colonnes isolées d'ordre corinthien; au-dessus règne une balustrade dans toute la longueur de chaque édifice.

Ces deux monuments ont été exécutés sur les dessins de M. Gabriel; et, comme nous l'avons dit, leur objet principal fut de terminer de ce côté la place par une architecture pittoresque et somptueuse. On voit évidemment, dans la disposition des colonnades qui en occupent la partie supérieure, que l'architecte a eu l'intention de rivaliser avec celles que Perrault a élevées sur la façade du Louvre; mais, de l'aveu de tous les connoisseurs, la palme est encore restée au dernier. En voulant éviter ce qu'on a quelquefois appelé un défaut dans l'ouvrage de Perrault, c'est-à-dire l'accouplement des colonnes, l'artiste moderne, par l'infériorité de son travail, a donné une preuve nouvelle qu'il existe dans l'architecture un beau relatif indépendant de tous les principes, d'où il peut résulter des effets supérieurs à la marche régulière qu'ils ont consacrée, et dont la régularité n'est quelquefois que l'absence des défauts. M. Gabriel auroit peut-être réussi à faire condamner Perrault, s'il eût donné à ses ordonnances plus de gravité, moins de maigreur aux colonnes, moins de largeur aux entre-colonnements, plus de caractère aux profils et aux objets de décoration, et s'il eût fait choix d'un plus heureux soubassement. Au reste cette architecture a de l'éclat, de la magnificence, et présente un point de vue riche et élégant[572].

COURS-LA-REINE,
ET CHAMPS-ÉLYSÉES.

Nous allons achever de décrire successivement les différents aspects ou monuments que l'œil embrasse du milieu de la place immense qu'ils environnent; et, pour suivre une sorte d'ordre qui nous ramène dans l'itinéraire du quartier, nous parlerons d'abord des Champs-Élysées et du Cours-la-Reine, qui se présentent en face du jardin des Tuileries.

Le vaste emplacement où se trouvent aujourd'hui ces belles promenades étoit anciennement couvert de petites maisons irrégulières et isolées, accompagnées de jardins, de prés et de terres labourables. En l'année 1616, la reine mère, Marie de Médicis, ayant acheté une partie de ce terrain, y fit planter trois allées formées par quatre rangs d'arbres, et fermées aux deux extrémités par des grilles de fer. Cette promenade étoit réservée uniquement pour cette princesse et pour sa cour, lorsqu'elle vouloit prendre l'air en carrosse; et ce fut cette destination particulière qui lui fit donner le nom de Cours-la-Reine. Ce cours régnoit comme aujourd'hui le long de la rivière, dont il étoit séparé par la chaussée de la grande route de Versailles. De l'autre côté, des fossés le séparoient d'une plaine dans laquelle on passoit sur un petit pont de pierre. En 1670, cette plaine, qui s'étendoit jusqu'au Roule, fut plantée d'arbres formant plusieurs allées, au milieu desquelles on ménagea des tapis de gazon; et cette nouvelle promenade prit dès lors le nom de Champs-Élysées. L'allée du milieu, plus spacieuse que les autres, aboutissoit, dès ce temps-là, d'un côté à l'esplanade où est actuellement la place Louis XV, et de l'autre à l'endroit qu'on appelle aujourd'hui l'Étoile, par-delà la barrière. Les arbres du Cours-la-Reine, qui avoient été plantés en 1616, furent arrachés en 1723, par l'ordre du duc d'Antin, alors surintendant général des bâtiments, qui en fit replanter d'autres dans l'arrangement où ils sont encore aujourd'hui. En 1764, M. de Marigny, autre surintendant des bâtiments, fit aussi replanter les Champs-Élysées. Les allées, tracées et distribuées alors suivant un nouveau plan et dans une nouvelle symétrie, en ont fait une des promenades les plus agréables de Paris, et l'entrée la plus magnifique de cette belle capitale[573].

PONT LOUIS XVI.

Dès 1722, la ville de Paris avoit été autorisée par lettres-patentes à faire un emprunt pour l'établissement d'un pont vis-à-vis la place Louis XV. La grande quantité d'hôtels et de maisons qui s'élevoient de tous côtés dans le faubourg Saint-Germain, faisoit sentir davantage de jour en jour la nécessité de cette communication nouvelle entre les deux rives, qu'il n'étoit alors possible de traverser qu'en allant chercher le pont Royal, ou en se servant du moyen lent et incommode d'un bac établi vis-à-vis les Invalides. Ce ne fut cependant qu'en 1786 que, par un édit du roi qui permit un emprunt de trente millions destiné aux embellissements de Paris, il fut affecté 1,200,000 livres pour les frais des premières constructions de ce monument: commencé en 1787, il ne fut achevé qu'en 1790.

Ce pont, le plus estimé de tous ceux qui ornoient alors Paris, est composé de cinq arches qui diminuent graduellement de largeur. L'arche du milieu a quatre-vingt-seize pieds d'ouverture; les deux qui lui sont collatérales, quatre-vingt-sept pieds, et celles qui touchent les culées soixante-dix-huit. Ces arches offrent dans leur courbure surbaissée une portion de cercle dont le centre seroit fort au-dessous du niveau de l'eau, de manière que la ligne totale du pont ne s'écarte de la ligne droite que par une courbe presque insensible et de la plus grande élégance[574].

L'architecte de ce beau monument, M. Perronnet, en imaginant cette forme hardie, fit une innovation heureuse, et exécuta ce qui jusqu'alors avoit semblé impraticable. Des arcs ainsi surbaissés ne sembloient pas devoir offrir une résistance suffisante, et eussent été effectivement trop foibles, si l'habile ingénieur n'eût trouvé la solution du problème dans la force prodigieuse qu'il donna aux culées, laquelle est incomparablement plus grande que celle qu'on juge nécessaire aux culées des ponts en plein cintre. Il avoit déjà fait l'expérience de cette belle et audacieuse construction dans le magnifique pont de Neuilly[575].

Les piles, qui s'élèvent en ligne droite, n'ont que neuf pieds d'épaisseur, et présentent à l'avant-bec et à l'arrière-bec des colonnes engagées qui soutiennent une corniche de cinq pieds et demi de hauteur. Les parapets, formés en balustrades, ajoutent encore à la grâce et à la richesse de ce monument.

ÉGLISE DE LA MAGDELEINE.

Il faut revenir maintenant à cette église paroissiale, dont le nouveau bâtiment forme le dernier point de perspective de la place Louis XV.

Elle étoit primitivement, comme plusieurs autres, un démembrement de la paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois, laquelle comprenoit alors dans sa circonscription tout le territoire situé depuis le chemin de Saint-Denis, hors de la ville, jusqu'aux environs du bourg de Saint-Cloud. La plupart des historiens de Paris, sur la foi du commissaire Delamare, qu'ils ont successivement copié, ont avancé que l'église de la Magdeleine, devenue paroisse en 1639, n'étoit avant cette époque qu'une chapelle fondée par Charles VIII en 1487; mais l'abbé Lebeuf démontre, par des titres authentiques, que l'origine de cette église est d'une antiquité beaucoup plus reculée; et Jaillot, qui a vérifié et développé les preuves sur lesquelles ce savant appuie son opinion, nous semble avoir éclairci cette question avec toute l'exactitude et la sagacité qui le caractérisent.—«On sera convaincu, dit-il, par plusieurs raisons, qu'il existoit une église à la Ville-l'Évêque bien antérieurement à l'année 1487: 1o si l'on fait attention que de temps immémorial la Ville-l'Évêque étoit un bourg, que les évêques de Paris y avoient un séjour ou maison de plaisance, des granges, un port, des dîmes, etc., on ne peut guère douter qu'il n'y eût une église ou chapelle pour le secours des habitants, quoique leur nombre ne fût pas considérable; 2o la nouvelle clôture de la ville sous Philippe-Auguste mettoit dans la nécessité d'avoir une paroisse dans le faubourg; 3o ces conjectures dégénèrent en preuves à la vue des titres, qui font mention d'un prêtre ou curé de la Ville-l'Évêque. Indépendamment du pouillé[576] du treizième siècle et des suivants, et d'un titre de 1238[577], dans lequel est nommé le prêtre de Villa Episcopi, on trouve que le mercredi avant la Pentecôte 1284, le chapitre de Saint-Germain avoit nommé Étienne de Saint-Germain vicaire perpétuel de l'église de la Ville-l'Évêque[578]: on peut y ajouter la table des cures du diocèse, dans laquelle celle de la Ville-l'Évêque est indiquée; et le contrat du 13 mai 1386, par lequel M. Le Coq, avocat-général, donne à cette église 30 livres, à la charge par le curé de célébrer tous les jeudis une messe du Saint-Sacrement; enfin une sentence de l'official de Paris, du 16 mars 1407, en faveur du chapitre de Saint-Germain, dans laquelle est énoncé son droit, comme curé primitif, sur les églises de Sainte-Opportune, de Saint-Honoré et de la Ville-l'Évêque, dont il jouit de temps immémorial, à tali et tanto tempore cujus initii hominum memoria non existit[579]

Il y a lieu de croire, d'après cela, que la chapelle bâtie par les ordres de Charles VIII en remplaça une autre qui existoit auparavant. Ce prince y ayant établi en même temps la confrérie de Sainte-Marie-Magdeleine[580], l'église aura été, par cette raison, dédiée sous l'invocation de cette sainte; et il ne faut point chercher d'autre origine à ce nom. L'église de la Ville-l'Évêque ne fut effectivement érigée en paroisse avec un curé titulaire qu'en 1639. Le chapitre de Saint-Germain voulut d'abord y mettre opposition et faire valoir ses droits[581] sur cette cure; mais il paroît que ses prétentions furent aussitôt rejetées, et c'est à tort que l'abbé Lebeuf prétend que les chanoines y ont eu juridiction jusqu'à leur réunion au chapitre de la cathédrale.

Quelques années après que la chapelle de la Magdeleine eut été érigée en paroisse, elle se trouva trop petite pour le nombre toujours croissant de ses paroissiens. On songea donc à bâtir une église plus spacieuse, et la première pierre en fut posée, le 8 juillet 1659, par Anne-Marie-Louise d'Orléans, connue sous le nom de Mademoiselle. Ce fut cette nouvelle église qui reçut publiquement le nom de Sainte-Magdeleine: car, dans tous les actes antérieurs à cette époque, on ne la trouve désignée que sous le nom d'église de la Ville-l'Évêque[582].

Peu de temps après, il s'éleva quelques différends entre les curés de Saint-Roch et de la nouvelle paroisse, au sujet des limites respectives de leurs juridictions; mais ces débats de peu d'importance furent terminés par un arrêt du parlement du 26 février 1671, qui ordonna que les clôtures de la ville, telles qu'elles existoient alors, serviroient de bornes aux deux paroisses[583].

Le quartier de la Ville-l'Évêque s'étant considérablement accru dans l'espace d'un siècle qui s'étoit écoulé depuis la construction de l'église de la Madeleine[584], on pensa à en bâtir encore une nouvelle proportionnée au nombre de ses paroissiens. On voulut même qu'elle fût construite avec une certaine magnificence, comme devant concourir à l'ornement de la place Louis XV, en face de laquelle on en avoit choisi l'emplacement, à l'angle du boulevart. M. Constant d'Ivry, architecte de M. le duc d'Orléans, fut choisi pour mettre à exécution ce grand projet. Ses plans et dessins furent acceptés, et l'on posa la première pierre le 13 avril 1764. Cet architecte avoit jeté les fondements de cet édifice; il l'avoit élevé à quinze pieds au-dessus du sol, lorsqu'il mourut en 1777. M. Couture, qui avoit été associé à ses travaux, l'ayant remplacé seul dans la direction de cette entreprise, crut devoir modifier le plan et changer l'élévation de l'édifice: en conséquence une partie de ce qui avoit été bâti fut démoli, et l'entrée fut décorée d'un péristyle corinthien, dont la proportion est belle et l'ordonnance sage[585]. Les colonnes, au nombre de douze, étoient déjà élevées jusqu'aux chapiteaux, lorsque la révolution arriva et fit cesser entièrement ces travaux, qui auparavant avoient été plusieurs fois suspendus. Ils furent repris par ordre de l'usurpateur, et continués sur un plan nouveau qui paroît devoir être achevé sous le règne de nos rois légitimes; et ainsi seront complétés les aspects magnifiques qu'offre cette partie de la capitale que nous venons de décrire[586].

LES BÉNÉDICTINES
DE LA VILLE-L'ÉVÊQUE.

Les religieuses de ce couvent, situé près de l'église de la Magdeleine, vivoient, comme leur nom l'indique, sous la règle de Saint-Benoît. Elles avoient été établies dans ce monastère, en 1613, par Catherine d'Orléans-Longueville et Marguerite d'Orléans-d'Estouteville sa sœur. Ces deux princesses ayant conçu le dessein de fonder une communauté de filles, et obtenu l'agrément du roi pour son exécution, destinèrent à cet établissement deux maisons avec jardins, formant un enclos à peu près de treize arpents, qu'elles avoient acquises à la Ville-l'Évêque. Ayant fait disposer l'intérieur de ces édifices d'une manière convenable aux exercices de la vie religieuse, elles s'adressèrent à l'abbesse de Montmartre, et lui demandèrent, pour peupler ce nouveau couvent, des sujets de son monastère. Celle-ci envoya dix religieuses, qui en prirent possession le 2 avril 1613.

Deux ans après, ces saintes filles, encouragées par les exemples et les exhortations de leur supérieure Marguerite de Veiny-d'Arbouze[587], formèrent le dessein d'embrasser une règle plus austère que celle qui étoit pratiquée dans l'abbaye de Montmartre. Ayant obtenu le consentement de l'abbesse dont elles dépendoient encore à cette époque, elles commencèrent, le jour de Pâques 1615, à observer les jeûnes, les abstinences et les austérités de la règle de saint Benoît. Cet exemple fut, peu de temps après, imité par les religieuses de l'abbaye de Montmartre, et cette observance a continué d'être suivie dans ces deux monastères jusqu'au moment de leur destruction.

Ce monastère des Bénédictines de la Ville-l'Évêque avoit d'abord été érigé en prieuré dépendant de l'abbaye de Montmartre, ce qui le fit appeler le petit Montmartre, quoique son véritable nom fût celui de Notre-Dame de Grâce. Quelques contestations s'étant élevées depuis entre ces deux maisons, il parut convenable et même nécessaire de les désunir. En conséquence, le 20 mai 1647, l'abbesse de Montmartre céda tous les droits et prétentions qu'elle avoit, en cette qualité, sur le prieuré de Notre-dame de Grâce; et une somme de 36,000 livres lui fut accordée, en dédommagement des frais qui avoient été faits pour l'établissement, les bâtiments et la manutention de ce prieuré. Par ce concordat, la nouvelle communauté devint tout-à-fait indépendante de l'autre, et fut soumise, quant à sa discipline intérieure, à l'archevêque de Paris. Alors les religieuses de la Ville-l'Évêque se pourvurent au parlement le 7 septembre de la même année 1647, et y firent enregistrer les lettres-patentes accordées en 1612 à leurs fondatrices[588].