Note 52: Des hommes comme nous, etc. χαὶροῦσα καὶ προστρέουσαχ τοις, οἶοι νῦν ὑμεῖς, ἡ τοἷς ἐντεὐθεν. Voici la traduction latine: Gaudens iis et se oblectans qui indè adveniunt. οἶοι νῦν ὑμεῖς n'est pas rendu. Ces mots cependant ne sont pas inutiles ici. Dans la bouche de Cybèle, ils désignent plutôt la beauté que la patrie de Théagènes. τοἷς ἐντεὐθεν veut dire, des hommes d'ici, c'est-à-dire, du pays d'Arsace, des Perses et des Egyptiens, et non pas des Grecs. Il faudroit τοῖς ὲκεῖθεν pour entendre des Grecs.
Ensuite, devant ἡ il faut sous-entendre μάλλον; ellipse dont les exemples ne sont pas rares. On en trouve un dans le premier livre de l'Iliade, vers 117:
Βούλομαι ἐγὼ λάον σοονἔμμεναι ἡ ἀπολέσθαι.
J'aime mieux voir mon peuple sauvé que périr.
Voici comme j'explique mot-à-mot la phrase d'Héliodore: Se réjouissant et courant au-devant de ceux qui sont comme vous êtes maintenant, plus que de ceux d'ici.
Note 53: Calasiris n'est plus, etc. ἡ πάντων καθ' ἡμᾶς ἄγκυρα Καλὰσιρις απολωλς, τὴν ἀθλίαν ἡμᾶς ξυνὼριδα, πὴρους ὥσπερ τῶν πρακτεων ἐπὶ τῆς ἀλλοδατῆς καταλίπων. Calasiris, l'ancre de nos affaires, est mort, laissant dans une terre étrangère nous, malheureux attelage, aveugles sur ce qu'il faut faire. On a dû remarquer plusieurs fois que les Ethiopiennes se ressentent du siècle où l'auteur a vécu. Le cachet du bel-esprit y est empreint en plusieurs endroits, Héliodore n'a pas su se préserver du mauvais goût qui régnoit de son tems.
Note 54: Vomit mille imprécations, etc. τὴν γραῦν ἐπὶ κεφὰλην ἐξωσθῆναι προσταξασα. Ayant ordonné de précipiter la vieille sur la tête. Je n'ai pas cru devoir prendre ces mots à la lettre; je n'y ai vu que l'expression de la fureur.
Note 55: Vous êtes un jeune homme. ἀδολεσχεἵς ne veut pas dire vous êtes un jeune homme, mais vous ne dites que des choses frivoles. Il faut convenir que ce que demandoit Achémènes à sa mère, étoit bien frivole en comparaison de ce qui l'occupoit. Cette réponse de Cybèle me paroît un coup de pinceau digne de Molière, et comparable au, voilà-t-il pas de ces coups de langue de M. Jourdain.
Note 56: Nous sommes sans ressource, etc. πᾶν τοῦτο δὴ τὸτοῦ λὸγου πεῖσμα διεῤῥὴκται, πᾶσα ἔλπιδος ἄγκυρα παντοίως ἀνηρπὰςται. Tout cordage, comme on dit, est rompu; tout ancre d'espoir est enlevé.
Note 57: Le moment critique est arrivé. πρὸς ὀξὺ καὶ τὴν ἄκραν ἀκμὴν περιεστὴκοτα ἡμῖν ὁρῶσα τα πραγματα. Voyant mes affaires arrivées au moment décisif, et au plus haut point de maturité. On trouve dans Sophocle la même pensée exprimée différemment. Je ne la rapporte que parce que je la crois proverbiale. AJAX, V. 797:
ξυρεῖ γὰρ ἐν χρῲ τοῦτο μὴ χαιρεῖν τίνα
Le quelqu'un ne pas se réjouir de cela frotte sur la peau, c'est-à-dire, ceci se terminera mal pour quelqu'un.
On trouve dons l'Iliade, livre K, vers 173:
νῦν γάρ δὴ παντὲσσιν ἐπὶ ξὺρου, ἵσταται ἀκμῆς ἠ μαλὰ λὺγρος ὄλεθρος Αχαιοῖς ἠὲ βιῶναι
Car maintenant, ou une mort cruelle ou la vie est pour tous les Grecs sur le piquant d'une pointe, c'est-à-dire, un abîme prêt à engloutir les Grecs, est ouvert sous leurs pas.
Note 58: Ce que l'on entend afflige, etc. ἀκοἠ γὰρ όψὲως εἱς τὸ λυπῆσαι κουφὸτερον. Car l'ouie est plus légère que la vue pour chagriner. Cette pensée est la même que celle-ci d'Horace:
Segniùs irritant animos demissa per aures,
Quam quæ sunt oculis subjecta fidelibus.
Ce que l'on entend émeut l'ame beaucoup moins que ce que l'on voit.
Note 59: Il ne nous reste plus qu'une ressource. Τελευταῖον οὐν, εἰ δοκεῖ, τὸ του λὸγου, ῥιψῲμεν ἄγκυραν. Jetons, si vous le voulez, comme on dit, notre dernier ancre.
Note 60: Pousse un cri. τίς οὖτοσι, βοῶντα κατὲστελλε Βαγὼας. Bagoas fait taire lui criant qui va là. Je me suis contenté de rendre βοῶνθα, pousse un cri, sans rendre τίς οὖτοσι, persuadé que le sens du texte n'est nullement altéré par cette suppression.
Note 61: Il écrit une lettre, etc. αγραψὰμενος γὰρ ἅ έβοὺλετο, καὶ λίθῳ τὴν γρὰφην ἑναψὰμενος, σφενδὸνη πρὸς τοὺς ἐναντίοὺς ἠπρεσβευετο, διαπόντιον τὴν ἰκεσίαν τοξευὸμενος. Ayant écrit ce qu'il voulait, et ayant attaché son écriture à une pierre, il députa avec une fronde vers les ennemis, et lança sa prière au-dessus des flots. On trouvera peut-être que j'ai passé légèrement sur cette phrase; mais elle m'a paru une de celles dans lesquelles Héliodore a voulu mettre de l'esprit, et qui n'en est pas meilleure.
Note 62: Les Ethiopiens avancèrent, etc. τὸτε δὴ καὶ Αιθίοπες πλησιασαντες ὥσπερ ἀπ' ἐκκλησίας των πορθμειων πρὸς τὸ πολιροκοὺμενον θὲατρον θὲατρον τοῖαδε ἔλεγον. Les Ethiopiens s'étant avancés, de dessus leurs vaisseaux, comme de dessus une tribune, parlèrent à ce théâtre assiégé.
Note 63: Ensuite viennent les archers, etc. ὡς ἄν γυμνοι ὄντες πανοπλιας, ασφαλεστερον βάλλοιεν ὐπὸ τοῖς όπλιταις προασπι ζομενοι. Afin que n'ayant point d'armure complette, ils lançassent leurs traits plus en sûreté derrière les Oplites.
Parmi les contre-sens innombrables dont fourmille la traduction anonyme, on remarque celui-ci: Ils étoient suivis des Arbalêtriers et gens de trait, nuds et sans armes, afin qu'ils eussent plus de facilité à tirer leurs flèches. Comment des Arbalêtriers et des gens de trait peuvent-ils être nuds et sans armes? et s'ils sont nuds et sans armes, comment peuvent-ils tirer des flèches? je n'en sais rien.
Il est bien vrai que γυμνοι veut dire nuds; mais cette nudité est déterminée par πανοπλιας, qui veut dire armure complette; de manière qu'ils étoient nuds d'une armure complette.
Note 64: On les voit sauter, bondir, etc. πλὲγμα γὰρ τικυκλότερες τῄ κεφάλῃ περιθεντες, καὶ τοῦτο βελεσι κατὰ τὸν κύκλον περιπεῖραντες τὸ μὲν ἐπτερὼμενον τοῦ βελους πρὸς τὴ κεφαλῃ περιτιθενσαι, τὰς δ'ἄκιδας οἷον ἄκτὶνας εἱς το ἐκτὸς προβεβλυὴται. Ayant mis autour de leur tête un tissu en rond, et l'ayant garni de traits tout autour, ils mettent contre leur tête la partie empennée du trait, et en dehors les pointes comme des rayons.
Rien de plus curieux que de voir comment l'anonyme rend cette phrase; il fait dire à Héliodore les choses les plus plaisantes. Par lui, la tête des guerriers d'Hydaspe se trouve être un parc d'artillerie. D'autres fois, dit-il, avec de petits dards, qui partoient de leurs bonnets, comme d'un arc, ils harceloient sans cesse les ennemis, en sautant et en se jouant autour d'eux y comme des satyres.
Note 65: Il ordonne à ses médecins, etc. τοῦτο μεν (αἶμα) ἐπαοιδῃ δὶα τῶν τοῦτο εργον πεποιημενων επεσχε. Il arrêta le sang par enchantement, par le moyen de ceux qui faisoient cette fonction. En quoi consistaient ces enchantemens? c'est ce que j'ignore. Au rapport des voyageurs, toute la médecine des peuples d'Afrique, encore aujourd'hui, n'est autre chose que superstitions bizarres et cérémonies ridicules qui, vraisemblablement, subsistent depuis long-tems, et dont l'origine se perd dans la nuit des tems.
Note 66: Il approche le moment, etc. πλὴσιον ὁ ἂγων, καὶ νῦν ταλαντεὺει καθ' ἡμασ ἡ μοῖρα. La décision est proche, la destinée pèse mon sort: Cette idée me semble belle, grande et bien noblement exprimée dans le texte. Elle est digne de la majesté de l'Epopée, et d'autant plus juste que Chariclée va devenir un personnage intéressant et de la plus grande importance, puisqu'elle va se trouver fille d'un puissant monarque, et héritière d'un vaste empire.
Note 67: Mais vous allez l'être, etc. τὰ μικρὸτερα, ἔφη, θαυμαζεις τὰ μείζονα δἔστιν ἔτερα. Vous vous étonnez, dit-elle, des plus petites choses; il en est d'autres plus grandes. J'ai cru devoir me contenter de l'idée, et la rendre plus succinctement que dans le texte, pour ne pas ralentir la vivacité du dialogue.
Note 68: Cette bandelette, etc. καθαπερ τῃ ταινιᾳ την ἀληθειαν ἐπισκιαζων. Ombrageant, pour ainsi dire, la vérité avec cette bandelette. Au premier coup-d'œil ma traduction semble s'éloigner du sens du texte. Je crois cependant avoir saisi l'idée d'Héliodore. Cette bandelette cachoit la vérité aux yeux d'Hydaspe, en ce qu'il ne pouvoit, à cause d'elle, assurer que Chariclée n'étoit pas sa fille; mais elle cachoit la vérité, de manière qu'elle donnoit un air de vérité à tout ce que Chariclée disoit.
Note 69: Il fait effort sur lui-même, etc. το ὄμμα δε οἱονει κερας ἡ σιδηρον εἱς τα όρωμενα τεινας, ἐιστηκει προς τας ὡδῖνας τῶν δακρυων ἀϖομαχομενος. Fixant sur ce qu'il voit un œil comme de la corne ou du fer, il étoit debout, combattant contre l'éruption des larmes. Voilà le texte mot-à-mot. Si j'eusse trouvé en français une métaphore pour rendre celle du texte, je l'aurois employée.
Note 70: Pourquoi, répond Hydaspe, etc. εἶτα, ὧ νωθεστατς καὶ ἡλιθις, προς αὐτον ὁ Υδασπης. Quoi! ô le plus sot et le plus stupide des hommes, dit Hydaspe. Je n'ai pas cru devoir rendre νωθεστατε καὶ ἡλιθις, qui n'auroient pas été en français un langage digne de la majesté royale.
Note 71: Les mugissemens du taureau, etc. καὶ τῳ μυκηθμω τοῦ ταυρουκαθαπερ σαλπιγγι το ἑπινικιον ἁνακηρυττομενος. Proclamant sa victoire par les mugissemens du taureau, comme avec une trompette.
TABLE DES MATIÈRES
PRÉFACE.
LIVRE PREMIER.
LIVRE SECOND.
LIVRE TROISIÈME.
LIVRE QUATRIÈME.
LIVRE CINQUIÈME.
LIVRE SIXIÈME.
LIVRE SEPTIÈME.
LIVRE HUITIÈME.
LIVRE NEUVIÈME.
LIVRE DIXIÈME.
NOTES
NOTES DU SECOND VOLUME
NOTES DU TROISIÈME VOLUME.