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LE
PARLER POPULAIRE
DES
CANADIENS FRANÇAIS
LE
PARLER POPULAIRE
DES
CANADIENS FRANÇAIS
OU
LEXIQUE
DES CANADIANISMES, ACADIANISMES, ANGLICISMES, AMÉRICANISMES
MOTS ANGLAIS LES PLUS EN USAGE AU SEIN DES FAMILLES
CANADIENNES ET ACADIENNES FRANÇAISES
COMPRENANT ENVIRON 15,000 MOTS ET EXPRESSIONS
AVEC DE NOMBREUX EXEMPLES POUR MIEUX FAIRE COMPRENDRE LA
PORTÉE DE CHAQUE MOT OU EXPRESSION
PAR
N.-E. DIONNE, M. D., LL. D.
Bibliothécaire de la Législature de la Province de Québec
Professeur d'archéologie à l'Université Laval
Membre de la Société Royale du Canada
AVEC PRÉFACE
par M. Raoul de la GRASSERIE
Docteur en droit, juge au Tribunal civil de Nantes, lauréat
de l'Institut de France, auteur de plusieurs ouvrages
sur la linguistique française
QUÉBEC
J.-P. GARNEAU, Libraire
6, rue de la Fabrique
Agent pour le Canada
NEW YORK
G.-E. STECHERT & Co
129-133: Ouest, 20e rue
Agents pour les Etats-Unis
QUÉBEC
LAFLAMME & PROULX, Imprimeurs
1909
PRÉFACE
C'EST avec raison qu'après s'être longtemps
livré uniquement à l'étude des langues,
on a enfin abordé celle des divers parlers
d'un même langage, des argots, des patois,
du langage populaire, soit dans son vocabulaire,
soit dans sa grammaire et sa stylistique,
soit enfin dans son folk-lore. Cette discipline nouvelle,
malgré ses immenses progrès, n'en est encore qu'à
ses débuts, mais elle mérite d'être encouragée, car non
seulement elle couronne les recherches de la linguistique,
mais elle jette un coup d'œil profond sur la psychologie
humaine la plus latente, celle de l'âme du peuple, non
seulement dans ses traits essentiels et communs, mais avec
toutes les modifications que les races, le sol, le milieu physique
ou intellectuel lui ont fait subir. L'intérêt est plus
grand encore lorsqu'il s'agit pour nous, non d'une simple
province, mais d'une partie de la France, détachée de la
mère patrie, à une époque déjà lointaine, par des circonstances
fatales, mais que l'affection et un indestructible souvenir
unissent encore à travers l'Atlantique: nous avons nommé
le Canada.
Aussi l'ouvrage de M. Dionne, l'auteur estimé de plusieurs
livres importants, dont l'un nous a déjà fourni
l'excellente biographie très documentée de Samuel Champlain,
le fondateur du Canada français, est-il bien venu et
apparaît à son heure, en nous donnant un dictionnaire, aussi
complet que possible, du parler populaire des Canadiens
français, assez développé et illustré par de très nombreux
exemples, pour intéresser, non seulement les Français du
Canada, mais aussi leurs frères fidèles, les Français, savants
ou non, de France; car on ne retrouve pas seulement dans
cette œuvre des éléments précieux pour la science du
langage, mais aussi la remembrance de nos patois et de nos
façons de concevoir et de dire, usités depuis longtemps en
plusieurs de nos provinces, notamment dans la Bretagne et
la Normandie, et au prononcé de certains de ces mots,
nous sentons résonner en nous l'écho sympathique de ceux
qui nous ont bercés nous-mêmes dans l'enfance, que nos
paysans emploient toujours, et qui font qu'à travers les
mers nous croyons retrouver le même clocher.
La méthode suivie par l'auteur est propre à nous éclairer;
car il ne se borne pas à une sèche nomenclature, mais il
illustre presque tous les mots par des exemples, qui non
seulement nous font comprendre, mais indiquent aussi la
portée exacte et nous donnent la sensation de l'expression.
Cela est nécessaire, surtout quand il s'agit d'un langage
populaire, car souvent le mot n'y est pas employé d'une
manière générale, mais seulement dans telle ou telle locution
d'une façon indivisible, ou tout au moins, il ne possède que
là une saveur complète. Puis, il en résulte un argument, la
justification de ce que le mot est réellement usité, que toute
création ou emploi subjectif est écarté, et que nous avons
bien affaire au langage vivant et circulant.
Comme dans les parlers du même genre, le parler populaire
canadien présente des caractéristiques qui ressortent
de l'ouvrage publié, et dont nous allons esquisser les plus
saillantes.
C'est d'abord et avant tout, le penchant du peuple à
matérialiser, pour les rendre plus sensibles, les idées abstraites
ou intellectuelles. Il le fait sans doute, et là est
son défaut, parce qu'il s'élève difficilement ou ne peut se
maintenir longtemps à centaines hauteurs de l'idée, auxquelles
son éducation ne l'a pas préparé; mais il le fait
encore sous l'empire d'un instinct tout autre: celui de
sensibiliser ce qui est trop purement rationnel et cérébral,
le cœur devant ainsi y trouver sa place, et non seulement
le cœur lui-même, mais tout ce qui lui sert d'introducteur:
l'ouïe, la vue surtout; il ne suffit pas de désigner les objets,
il faut les voir, les entendre, parfois les palper, mais surtout
les voir. On sait que la langue française se compose de
deux couches superposées, le fonds naturel, celui des mots
d'origine populaire, formés spontanément, par usure d'abord,
par nouvelle intégration ensuite, du latin, et celui des mots
d'origine savante et artificielle, tirés à nouveau du latin par
un emprunt postérieur volontaire. Le peuple ne comprend
guère ces derniers, et comme il exprime ses idées sans leur
secours, il faut qu'il se forme dans ce but un vocabulaire
spécial. Il y parvient en employant des images, partout
des images. Celle-ci doivent forcément être empruntées
un monde matériel et visible. Elles ont un immense avantage,
celui de donner au langage une naïveté, une fraîcheur
qu'on chercherait vainement dans le parler plus élevé, et
aussi une vivacité de couleurs, enfin une émotion constante
et latente que le langage littéraire n'obtient par une autre
voie que lorsqu'il monte à une très grande hauteur. Quelquefois,
cependant, ces images peuvent trop descendre, et
même simuler le dénigrement en abaissant les idées intellectuelles;
mais si cela se produit souvent dans nos argots,
il est juste de dire que dans le canadien cela est beaucoup
plus rare.
Les exemples de cette tendance que nous avons indiquée
sont très nombreux. Ruse est un terme intellectuel, au lieu
de dire les ruses, on dira donc les affûts, image empruntée
à la chasse. Au lieu du mot commode, on emploiera une
circonlocution cette fois, mais combien plus sensible et
énergique: à main. Travailler beaucoup, c'est abattre de
l'ouvrage. S'attacher fortement à quelqu'un, c'est s'achienneter.
Subitement devient à coup, c'est-à-dire d'un seul
coup. Loin, c'est à désamain, c'est-à-dire qui n'est plus
á la portée de la main. Amadouer, chercher à concilier
quelqu'un, c'est l'affiler, de même qu'on affile, en promenant
doucement sur la main, d'où cette expression: «pour le
convaincre, il faut d'abord l'affiler». Saisir, c'est agrafer
ou agricher. Payer, c'est s'allonger, cela marque bien
l'effort moral et parfois matériel que cause un paiement.
Voici le mot amancher, tout matériel, il va signifier, avec
le manche, bien des choses pour lesquelles nous avons des
mots divers et abstraits: ajuster, arranger, habiller, même
donner un coup, ou tromper. Adoucir a un sens moral,
voici son image sensible et matérielle un peu abaissée:
amollir. Battre, c'est aplatir; cette fois on aperçoit l'homme
battu dans la position que les coups lui ont donnée. Beaucoup
était autrefois dans la langue latine une image;
maintenant cette image s'est plus affaiblie, le Canadien la
ressuscite par à plein. De même, l'idée avec force se rend par
d'aplomb. Au lieu de fournir les preuves, mots tous de
raison, voici le mot amener; amener les preuves, combien
plus énergique, on les voit arriver. Injurier, c'est abîmer.
Faire des propositions, c'est approcher. Se tirer d'embarras,
c'est s'arracher. Le repos, c'est l'arrêt, matériel et visible:
arrêtez de parler. Ce qui est simplement ennuyeux pour
nous est assommant pour le peuple, on voit tomber alors
sous le coup de l'ennui. Tout près, cela s'aperçoit sans doute
déjà, mais à ras, cela se voit bien davantage, et c'est plus
près encore, on rase l'objet. La dépense de travail, c'est
une attelée, de même maîtriser quelqu'un, c'est l'atteler; le
voilà attaché comme un bœuf ou un cheval, ou le voit
ainsi, on ne le pense plus seulement. Une foule est une
avalanche, on sent qu'elle se précipite de loin. Appuyer,
c'est accoter. Même, lorsque le mot était déjà matériel, on
l'abaisse encore pour avoir une image plus saisissante.
S'accroupir devient s'accouver, tacher devient abîmer.
C'est là sans doute, en tout pays, la source la plus abondante
du parler populaire; il en est de même au Canada,
aussi insistons-nous sur ce point. L'idée intellectuelle se
trouve partout immatérialisée, et si elle l'est déjà, elle
descend encore. Dans tous les cas, c'est au moyen d'une
image sensible que l'on s'exprime. Le glossaire de M.
Dionne en fournit des exemples incessants. Citons encore
les plus frappants. Crier fort, c'est beugler, de même que
parler s'exprime par chanter. Une petite quantité, c'est
un brin; caduc signifie triste, et câiller c'est s'endormir; en
effet le sang alors se fige, pour ainsi dire, dans les veines.
La bouche n'est plus qu'une boîte, le tableau qu'un cadre, et
la montre qu'un cadran. Le bruit devient bien terrible,
c'est un carnage. Un substantif, bœuf, se convertit en
adjectif énergique, dans un effet bœuf. Outrager devient
blasphémer, et être impatient, bouillir. La colère bleue est
la plus terrible, plus, sans doute, que si elle n'était que rouge.
Le diable apparaît bien plus réel, si on l'appelle bourreau.
Conter des mensonges, c'est bourrer. Etre insupportable
devient visible par cette expression n'avoir pas de bout, de
même que bête au bout, c'est être tout a fait bête. Quelquefois
l'explication semble plus lointaine. Pourquoi une attaque
de folie est-elle une branche de folie? pourquoi fêter s'appelle-t-il
brosser? On comprend que s'approcher d'un objet
qu'on cherche soit brûler, cela se dit aussi en France dans
les petits jeux de salon. Le mobilier est bien un butin,
surtout pour ceux qui ont économisé pour l'acheter pièce à
pièce. Le casque signifie tête, toupet, l'image est bien
naturelle. Le char semble très prétentieux, car le langage
populaire n'élève pas ainsi les expressions, sans qu'il y ait
ironie, cela s'applique à un wagon, à un train de chemin de
fer, à un tramway. Au contraire, on abaisse lorsqu'on
donne le nom de charretier au cocher, de charriement, à la
course, de charrier, à aller trop vite, renvoyer, ou que la fenêtre
devient un simple châssis, comme si elle avait perdu ses
vitres. Le tapage est si fort qu'il devient un carillon, ce
qui fait image pour les oreilles.
Certains mots prennent à la fois une foule de sens: caler,
c'est enfoncer, devenir chauve, perdre de l'argent, tandis
qu'en français, c'est céder, avoir peur.
Parfois c'est un sens étymologique qui se trouve restitué:
casuel, c'est fragile, de même camper est jeter par terre.
Chaud, c'est cher, c'est aussi un peu ivre. La double analogie
est facile à saisir. Ce qui est trop cher brûle la main
indigente qui veut y toucher. En passant ainsi du matériel
à l'intellectuel, il s'opère souvent des déviations remarquables.
Chétif a signifié d'abord en français captif, du latin
captivus; il a maintenant le sens de faible de corps; en
Canada, il passe au sens de méchant. De même, chavirer
prend celui de devenir fou, car l'intelligence fait naufrage.
Le circuit obtient le sens de pièce de terre qu'il ne possède
pas en français. Comme interversion totale de la signification,
citons: coquin, employé dans le sens de gentil,
chouette dans celui d'amie: ma belle chouette. Le chien
comparaît à son tour pour fournir des comparaisons vigoureuses,
il devient l'adverbe beaucoup: un mal de chien,
une faim de chien, bête en chien (très bête), avoir du chien
dans le corps; la pauvre bête ne se plaint pas d'être mise
ainsi à contribution par l'argot. Le mot clair passe du
physique au moral, lorsqu'il signifie libéré. Au plus tôt,
c'est au plus coupant; insinuer, c'est couler; usé, c'est cotonné.
Au lieu d'interdire sa porte, on la condamne. La
jambe animée descend au rang de compas, simple instrument.
La poitrine devient un simple coffre. La peau
n'est rien de plus qu'une couenne. Claquer forme image
pour rendre bien des idées diverses: courir, travailler vite,
tromper, frapper; en quantité, c'est à pleine clôture.
Telle est la force de l'analogie et des images; ce fut ici un
puissant facteur.
Un autre mode de matérialisation très curieux consiste à
employer des prépositions ou des conjonctions exprimant
le lieu, pour remplacer des verbes de sens immatériel et
provenant de la couche savante. En français on dit prévaloir,
le patois canadien dira avoir le dessus; il remplace
excepté par la locution à part de; celle-ci, en effet, tombe
sous la vue. La proposition: l'enfant est à terre, devient
l'enfant est à bas. Dans cet emploi, la préposition après
est d'un grand usage; au lieu de il me poursuit toujours,
on dira: il est toujours après moi; au lieu de escaladons
le mur, montons après le mur. On dira encore: il est
après travailler, il est après manger. L'adverbe arrière
remplace le substantif retard, en vertu du même instinct:
il a de l'arrière, au lieu de il a du retard. Parfois la
particule n'est pas matérialisée, mais on la décompose en la
rapprochant de sa signification primitive, on la retrempe,
pour ainsi dire. Parce que signifiait bien par le motif que;
mais on en avait perdu l'analyse, en prononçant cette conjonction
d'un trait; le patois la redivise, inconsciemment
sans doute, mais énergiquement, en disant à cause que, de
même; afin devient à seule fin, de même encore puisque
devient d'abord que, d'abord que tu le veux. La préposition
chez possède dans notre langue une certaine
élégance, elle est moins naturelle, et le peuple dira aller
au médecin, comme il dit à soir nous irons. La préposition
de marque dans la langue une relation savante,
celle du génitif, le patois la remplace par à, lequel a
mieux conservé l'emploi local, il dira: le chapeau à Pierre.
Le besoin d'images a fait emprunter certains mots techniques
de tel ou tel métier, notamment à la marine. Ne
rien faire, c'est être à l'ancre; le dommage de toutes sortes,
c'est l'avarie; on dit amarrer ses souliers, au lieu de les
attacher; s'habiller, c'est s'agréier; les engins de pêche, les
outils, l'attelage, enfin une personne désagréable, tout cela
c'est des agrès.
Ce même instinct porte toujours à analyser les mots
d'origine savante, à les morceler en plusieurs, ces derniers
sensibles, et à se servir dans ce but de termes couramment
employés. Nous eu avons déjà des exemples en français
dans les verbes aller, faire, etc., mais en patois ce sera plus
fréquent. Nous disons, par exemple: il est vieux, il est
très vieux; pour tout cela le parler populaire canadien
emploiera le mot âge, et dira il est en âge, il est à bout
d'âge. Le mot cœur figurera à son tour. L'adjectif
tout est trop abstrait. Au lieu de tout le jour, toute
l'année, on dira à cœur de jour, à cœur d'année. Le mot
air remplira à son tour un pareil rôle; on dira être en air,
pour être en verve; avoir de l'air, pour se tromper; perdre
son air, pour perdre son aplomb. Le verbe faire entre
dans les locutions suivantes, où il sert à résoudre et à disloquer
un verbe unique abstrait. C'est ainsi que l'on dit
faire son affaire, pour s'enrichir; faire l'affaire à quelqu'un,
pour le punir; les affaires, pour les effets d'habillement.
De même, le verbe aller: aller sur la soixantaine; s'en aller,
pour mourir; se faire aller, pour se presser.
Au point de vue psychologique, les phénomènes que nous
venons d'indiquer ont une grande importance. D'autres
n'en possèdent pas une égale, mais ils ont cet effet de donner
à un patois une sorte de goût de terroir, en variant soit
les prépositions employées, soit les préfixes ou les suffixes
qui dérivent des mots. L'oreille est un peu surprise d'abord
et n'y sent qu'une faute; mais ensuite elle découvre que le
mot, dont le sens étymologique s'était émoussé, y trouve
un nouveau ragoût. Citons seulement quelques exemples.
Voici la préposition avec, usitée là où le français emploie
par, de, dans, envers, de même, sans, et l'on dit: je vais
partir avec les chars; que faire avec cela? je suis quitte
avec lui; il est resté coi, et moi avec; partir avec pas le sou.
Il en est de même des suffixes que le langage populaire
substitue à ceux du langage commun et qui peuvent ne pas
donner une expression plus vive, mais qui le modifient et
le rajeunissent. C'est ainsi que l'on peut comparer abatis
et abatages, abordage et abordade, accablement et accablation,
acharnement et acharnation, admissible et admettable.
De même, les préfixes sont substitués à d'autres,
ou ajoutés, ou supprimés. On peut comparer dans ce sens:
aconnaître, au lieu de connaître; alentir, au lieu de ralentir;
amonter, au lieu de monter; amorphose, au lieu de métamorphose;
avention, au lieu de invention. La nuance est indéfinissable,
mais elle est certaine; au lieu de mots prévus
d'avance et indifférents, on a l'avantage de la surprise.
Mais un procédé qui doit fixer particulièrement notre
attention, est un emploi de ce que Ronsard et du Belley
appelaient le provignement et qu'ils essayaient de mettre
en honneur.
On sait qu'en français, tous les verbes ne font pas souche
d'adjectifs et de substantifs correspondants, ni à son tour, le
substantif, de verbes; sauf le cas des parasynthétiques assez
nombreux, il faut, si l'on veut mettre dans la forme substantive
un mot d'action, souvent recourir de nouveau à la
source latine, qui donne un vocable éloigné du premier; par
exemple, le verbe boire ne produit pas boivable, ni même
buvable, mais potable. Est-ce bien logique que des sens
analogues emploient des mots tout à fait différents? Lors
de la Renaissance, on avait pensé que non, et qu'il valait
mieux recourir au vieux fonds français et le faire provigner,
comme l'on fait de la vigne, c'est-à-dire lui faire pousser
des rejetons d'eux-mêmes. C'est ce que, sans système et par
instinct, fait la langue populaire, notamment celle des Canadiens.
C'est ainsi que d'accommoder, on fait accommodation;
de bande, s'abander (aller en bande), d'aller, allable,
(capable d'aller) et allant (bien disposé). Le mot annexe
est savant, on créera plus simplement allonge. La coutume
provigne le joli mot d'accoutumance. Se laisser surprendre
par la nuit, longue et lourde périphrase, cède la place à
ce mot pittoresque dans sa concision, s'annuiter. L'apparence
devient l'apercevance. Pareil donne appareiller,
dans le sens d'égaler et de comparer. L'idée sujet à appel,
n'est plus périphrastique, on ne recule pas devant le mot
appelable, pas plus que devant le mot arregardable, pour
qui mérite d'être regardé. Le substantif argent donne l'adjectif
argenté, dans le sens de riche; c'est plus saisissant.
Couvrir en ardoises, c'est ardoiser. Une grande quantité,
c'est une battée. Un mot fort pittoresque, c'est l'adverbe
chevalement, tiré de cheval, pour exprimer terriblement.
Les exemples de ce procédé abondent, il est des plus heureux.
Au verbe boire, en français, correspond le substantif
ivrogne, la correspondance n'est pas tout à fait exacte.
Grâce au procédé de provignement, le parler canadien est
plus parfait, en créant buveron. Une autre expression très
pittoresque, rentrant dans le même procédé, c'est celle de
chatter pour aimer, dérivé de chat. A remarquer aussi
chérant, dérivé de cher, et signifiant celui qui exige un prix
trop élevé. L'aurore boréale est un clairon, dérivé de clair,
et l'homme de cœur s'indique énergiquement par l'adjectif
cœureux, que rien ne remplace chez nous, car courageux
n'a pas la même signification exacte. Cabaner, de cabane,
signifie habiller chaudement, et cornailler veut dire lutter
comme le font les animaux à coups de cornes. On peut
citer encore comme construits d'après le même plan: contenancer,
pour appuyer; consommages, pour déchets de
viande; comprenage, pour entente; comprenouère, pour
intelligence, et combien d'autres!
Noterons-nous qu'il existe bon nombre de mots archaïques
qui ont disparu, ou presque, du français? Non, car on
le devine, les premiers colons du Canada les ont apportés
de France, à une époque où il en existait encore des vestiges.
On s'attend, en raison de la situation politique et de l'histoire,
à rencontrer beaucoup d'anglicismes. Il y en a, en effet, et
de fort reconnaissables, le texte les indique par une astérisque;
mais ils ont été à peine défigurés, ils ne sont pas fondus
et gardent leur physionomie anglaise. L'auteur fait d'ailleurs
observer avec raison que plusieurs d'entre eux ont eu une
singulière odyssée. Ils étaient venus de France en Angleterre
avec les Normands, de là ils furent importés en
Amérique, puis prêtés par les Anglais d'outre-mer aux
Canadiens; on peut dire qu'ils ont fait retour, par exemple:
bargain, marché; bacon, lard. Mais tous ne sont pas
dans ce cas. Il y a des mots bien saxons, ou ayant adopté
un sens nouveau dans l'emploi anglais. On peut citer: aft,
à l'arrière; brain, le cerveau; bar room, buvette; average,
la moyenne; accomplissement, qualités; apologie, excuse;
applicant, candidat; appointement, rendez-vous; appraiser,
évaluer; anticiper, prévoir; bachelier, célibataire; badloque,
malechance; acte, loi; affecter, influencer, et beaucoup
d'autres dont le glossaire donne une liste abondante, et dont
la plus grand nombre a conservé la forme anglaise, notamment:
beaver, castor; bed, lit; best, le meilleur; better,
parier; black-hole (trou-noir), cachot; brandy, cognac;
broker, courtier; bun, brioche; business, affaire; cake,
gâteau; cash, argent comptant; cheap, bon marché; checker,
enregistrer; clairance, quittance; clairer, débarrasser;
cleaner, nettoyer; coat, habit.
Le point de vue phonétique offre à son tour ses particularités.
Il faut remarquer la fréquence de la voyelle a,
qu'on substitue presque normalement à l'e: a, pour elle,
(a va aller), couvarte, vardir, avarse, airrhes, alan, alarte,
amant, pour l'aimant, amelette, apothèque. Une des consonnes
sur deux se supprime au milieu du mot abre pour
arbre. Enfin, les consonnes modifiées: agurir pour ahurir,
aiduille pour aiguille, amiquié pour amitié. Comme partout
ailleurs à la campagne, le vocalisme est plus ouvert
et le mot tend à s'abréger.
Telle est, dans son ensemble, la physionomie du parler
populaire des Canadiens français, que nous présente M.
Dionne dans son très intéressant ouvrage. Il faut ajouter
à ces traits principaux ce fait général que parmi ces mots
il en existe un grand nombre, soit qui ne servent plus dans
la langue française actuelle, soit dont le sens a été détourné.
Dans la première catégorie on peut citer: achaler, pour
importuner; chouler, pour exciter les chiens; catiché, pour
efféminé; copper, pour payer; escousse, pour espace de
temps; esquinter, pour fatiguer. C'est là le fonds tout à
fait propre et dialectal. Il est assez riche et, après le
sémantiste, intéresse à son tour le linguiste. Quelques-uns
de ces mots sont en usage sur le continent dans le
parler populaire, d'autres sont tout à fait propres au
Canadien. Nous ne pouvons nous empêcher de citer:
baucher, courir vite, travailler vite; bazir, disparaître; de
becco, de trop peu; berlander, flâner; bisquer, faire endêver,
contrarier; bretter, fureter; bringue, fille nonchalante;
cabas, tapage; cabochon, tête; cani, moisi; chalin, éclair
de chaleur; chaloir, se soucier (vieux français); charlander,
ennuyer; chiâler, pleurnicher; chouenne, mensonge; cotir,
pourrir, dépérir; couette, petite queue, touffe, etc.
Dans la seconde catégorie, voici chrétien, qui prend le sens
d'homme (comparer le roumain crastians), ainsi que catholique
dans le sens d'honnête; chaud, pour ivre; char, pour
wagon; caboche, pour bourgeon; créature, pour femme;
espérer, pour attendre. Un mot a eu une singulière fortune:
chenu, dérivé, croit-on, du latin canus, blanc; il signifie
en français excellent, fort, riche, et au contraire, en canadien,
misérable.
On voit que l'étude du canadien-français apporte une
contribution précieuse à celle des patois et des parlers populaires
français. Il y a là une branche qui s'est détachée des
autres et qui a ensuite évolué à part; cependant ou peut
admirer la persistance chez elle des mots et des caractéristiques
emportés de notre continent, et reconnaître encore
à ce trait le Canadien fidèle à son origine.
Nous devons savoir gré à plus d'un titre au savant auteur
de cet ouvrage d'avoir recueilli avec soin et un grand discernement,
et d'avoir fixé désormais dans un véritable
monument le vocabulaire du Canadien français.
Raoul de la Grasserie.
OUVRAGES MIS A PROFIT
Les ouvrages, dont suit la liste, sont les seuls que l'auteur
de ce Lexique a consultés. Tous ne lui ont pas été
profitables au même degré. Il va de soi que les glossaires
canadiens préparés par Gingras, Manseau, l'abbé Caron,
Dunn, Clapin et Rinfret, pour ne citer que les principaux,
ont plus servi à l'auteur que les dictionnaires publiés en
France. Le Bulletin du Parler-Français lui a été beaucoup
plus utile que les glossaires de Borel, de Favre, de
Moisy, de Jaubert et autres de provenance française, bien
que ceux-ci aient été mis à contribution par l'auteur dans
ses études comparatives.
Quoi qu'il en soit, l'auteur exprime toute sa reconnaissance
aux auteurs de tous ces ouvrages de linguistique,
quels qu'ils soient, et plus particulièrement à M. Clapin et
aux lexicographes du Bulletin. Que ces messieurs, qui
savent ce qu'il en coûte de labeurs pour mener un dictionnaire
à bonne fin, ne soient pas trop sévères à son égard,
et ne lui tiennent pas rigueur parce qu'il a puisé un peu
largement dans leur fonds. Ils comprennent qu'il est bien
difficile, sinon impossible, de faire un pareil ouvrage sans
s'inspirer des devanciers. L'auteur, du reste, n'ambitionne
rien de plus que d'apporter son humble contribution à
l'œuvre si généreusement entreprise par la Société du
Parler-Français, qui est d'épurer notre langage en le débarrassant
des trop nombreuses scories qui le déparent ou le
défigurent. Cette œuvre est possible, et elle se fera, sans
aucun doute, pour peu que les hommes instruits la prennent
à cœur, et donnent le bon exemple, en parlant correctement
le français; et ils le pourraient faire, s'ils voulaient
s'en donner la peine.
On trouvera dans ce lexique un certain nombre de mots
et d'expressions qui ont actuellement cours en France, tout
aussi librement qu'en Canada. Ces mots sont généralement
tirés du parler populaire et familier. On en retrouve quelques-uns
dans Larousse, mais rarement dans le dictionnaire
de l'Académie. Si l'auteur a tenu à les faire figurer dans
son lexique, c'est dans le but de prouver que le langage du
peuple canadien ne diffère que très peu du langage français.
Quant aux canadianismes et acadianismes proprement
dits, on pourra facilement s'assurer qu'ils ont, pour la plupart,
une origine française: normande, saintongeaise,
angevine et percheronne. Ceci s'explique aisément, car
n'oublions pas que nos ancêtres aussi, pour le plus grand
nombre, sont originaires de la Normandie, de la Saintonge,
de l'Anjou et du Perche. Donc, tel père, tel parler. Rien
de plus naturel et de plus logique. Ce qui l'est moins, c'est
l'intrusion des anglicismes et des mots anglais dans nos
conversations. C'est à ceux-là que nous devons faire la
guerre, une guerre à mort, sans trêve ni merci. Que nous
adoptions quelques anglicismes, un tout petit nombre,
parce que nous en avons absolument besoin, passe! Mais
soyons prudents, parce qu'il pourrait arriver un jour que
notre langage populaire ne serait plus compréhensible, ni
pour les Français ni pour les Anglais.
L'auteur manquerait gravement à son devoir s'il n'adressait
pas ses plus sincères remerciements à M. Raoul de la
Grasserie, qui a bienveillamment consenti à faire la préface
de son Lexique. Ou verra, en la lisant, combien il a eu la
main heureuse en s'adressant à l'éminent juge nantais. Qui,
mieux que lui, même en France, eût pu débrouiller tous
les mystères de notre parler, et en tirer des conclusions
aussi nettes et aussi justes? Tous les Canadiens français
qui s'occupent de linguistique, sauront reconnaître et apprécier
le mérite de son œuvre.
Borel.—Dictionnaire des fermes du Vieux François ou
Trésor des Recherches et Antiquités Gauloises et Françoises.
Buies.—Anglicismes et Canadianismes.
Bulletin du Parler-Français au Canada. De 1902 à 1908.
[B. P. F.]
Caron.—Petit Vocabulaire à l'usage des
Canadiens-Français.
Cassell.—New French-English and English-French
Dictionary.
Clapin.—Dictionnaire Canadien-Français ou
Lexique-Glossaire des mois, etc. [Cl.]
De Gaspé.—Mémoires.
De Gaspé.—Les Anciens Canadiens.
De la Grasserie.—Etude scientifique sur l'Argot et
le Parler Populaire.
Dictionnaire des Barbarismes et des Solécismes les plus
ordinaires en ce pays, avec le mot propre ou leur signification. Montréal, 1855.
Dionne (C.-E.)—Les Oiseaux de la Province de
Québec.
Dunn.—Glossaire Franco-Canadien et Vocabulaire de
Locutions vicieuses usitées au Canada.
Edélestand et Duméril.—Dictionnaire du
Patois Normand.
Faucher de Saint-Maurice.—Notes sur la Formation du
Franco-Normand et de l'Anglo-Saxon.
Favre.—Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de
l'Aunis.
Favre.—Dictionnaire de la Prononciation
Française.
Furetière.—Dictionnaire universel.
Gingras.—Manuel des expressions vicieuses les
plus fréquentes.
Godefroy.—Lexique de l'Ancien Français.
Hatzfeld et Darmesteter.—Dictionnaire général de la
Langue Française du commencement du XVIIIe siècle jusqu'à
nos jours.
Huguet.—Petit Glossaire des Classiques Français du
XVIIe siècle.
Jaubert.—Glossaire du Centre de la France.
Joret.—Flore populaire de la Normandie.
Lacurne de Sainte-Pallaye.—Dictionnaire historique à
l'Ancien Langage Français jusqu'à Louis XIV.
Larousse.—Grand Dictionnaire universel.
Larousse illustré.—Nouveau dictionnaire
encyclopédique.
Lusignan.—Fautes à corriger.
Manseau.—Dictionnaire des Locutions vicieuses du
Canada.
Martin.—Origine, et explication de 200 Locutions et
Proverbes.
Mélanges sur les langues, dialectes et patois.
Paris, 1831.
Mémorial des Vicissitudes et des Progrès de la Langue
Française en Canada.
Ménage.—Dictionnaire.
Moisy.—Dictionnaire du Patois Normand.
Moisy.—Dictionnaire comparatif anglo-normand.
Montpetit.—Les Poissons d'eau douce.
Provancher.—La Flore Canadienne.
Recueil des expressions vicieuses et des Anglicismes les
plus fréquents.
Rinfret.—Dictionnaire de nos fautes contre la
Langue Française.
Timmermans.—Dictionnaire étymologique. [Tim.]
Un Curé de Campagne.—Botanique médicale au
presbytère.
Verrier et Onillon.—Glossaire Etymologique et
Historique des Patois et des Parlers de l'Anjou.
LE PARLER POPULAIRE
DES CANADIENS-FRANÇAIS
- A.
- — Elle. Ex. A va aller se promener chez ses parents.
- — Ce. Ex. A soir, nous irons au concert.
- — De. Ex. Voici le chapeau à Pierre.
- — E. Ex. Couvarte, vardir, alarte, avarse.
- — Chez. Ex. Aller au médecin, au prêtre.
- Abajoue, n. f.
- Bajoue, partie de la tête d'un animal qui s'étend depuis l'œil jusqu'à la mâchoire.
- Abander, v. a.
- — Réunir en groupe un certain nombre d'individus.
- — Soulever une assemblée en l'ameutant contre soi.
- Abander, (s'), v. pr.
- Se réunir en groupe, en bande. Ex. Ne t'abande pas avec
ces mauvais garnements, c.-à.-d., ne te mêle pas à eux, à leurs jeux.
- Abandonner, v. a.
- Cesser. Ex. J'ai abandonné de fumer.
- A bas, loc.
- A terre. Ex. l'enfant est à bas, il vient de tomber de sa
chaise. Dans le vieux français on écrivait abas pour signifier
en bas, ici-bas.
- Abatages, n. m. pl.
- Abatis, tête, cou, ailerons, pattes de volaille.
- Abatteux d'ouvrage, loc.
- Individu qui taille beaucoup de besogne en un temps donné.
En Normandie on dit un homme d'abat, qui travaille vite
et beaucoup.
- Abattre, v. a.
- Faire, exécuter. Ex. Voici un ouvrier qui abat beaucoup
d'ouvrage dans une journée. Allusion à ceux qui abattent
du bois.
- A belle heure, loc. adv.
- Tardivement, après l'heure voulue. Ex. Tu arrives à belle
heure, toi; pourquoi avoir tant retardé?
- Abîmer, v. a.
- —Salir, tacher. Ex. Prenez garde d'abîmer mon habit.
En Bretagne, abîmer comporte une signification identique.
- —Injurier. Ex. Je me suis fait abîmer par ce gars-là.
- —Abîmer l'eau, faire eau. Ex. Ma chaloupe abîme l'eau.
- Abîmer (s'), v. pron.
- Se blesser. Ex. Il s'est abîmé les doigts en travaillant au jardin.
- Able.
- La plupart des terminaisons en able se prononcent comme si
la lettre l n'existait pas. Ex. agréabe, aimabe, capabe.
- Aboiteau, n. c.
- Mot de provenance acadienne, qui signifie digue. Nous
trouvons dans Littré, (vol. suppl.) «Aboteau, barrage,
obstacle mis au cours de l'eau dans la Saintonge. Etymologie:
a et bot qui signifie une digue, suivant le glossaire
Aunisien.» La Saintonge, pays natal de Samuel Champlain,
fondateur de Québec, a fourni à l'émigration française en
Acadie un bon nombre de ses enfants. F. Godefroy, dans
son Lexique de l'ancien français, cite le verbe aboiter qui
signifiait tromper. Tromper la mer ou un fleuve au moyen
d'une digue, ne serait pas après tout si mal; de là, pourrait-on
dire, un aboiteau. Le mot Saintongeois est aboteau,
petit batardeau fait pour retenir l'eau; d'abotare de basse
latinité. Du Cange lui donne un sens juridique: abotum,
abotamentum.
- A bonne heure, loc. adv.
- De bonne heure. Ex. Viens donc aussi à bonne heure que tu pourras.
- Abord, n. m.
- —Grande réunion d'individus arrivant tous ensemble au
même lieu.
- —Moment, court espace de temps. Ex. Il commence à
tonner, ce ne sera qu'un abord.
- Abord (d') que, loc.
- Puisque: Ex. D'abord que tu le veux, je me rends.
- Abordade, n. m.—Abordage.
- Aborder, v. a.
- —Approcher. Ex. Aborde ici que je te parle.
- —Heurter par accident. Ex. Sa voiture a abordé la mienne
au coin de la rue Couillard.
- Abouler, v. n.
- —Aboutir, finir. Ex. Aboule et finissons-en.
- —Payer une dette. Ex. Je vais le presser tellement qu'il
finira par abouler.
- About, n. m.
- —Extrémité d'un terrain confinant au terrain d'un autre,
dans le sens de la longueur.
- —Planche de labour à l'extrémité d'un champ.
Autrefois le mot habout signifiait fond de terre abandonné
à un créancier et désigné par ses tenants et aboutissants,
dans la coutume de Lille.
- Abouter, v. a.
- —Joindre par le bout deux choses susceptibles d'être adaptées
l'une à l'autre.
- —Confiner. Ex. Ma terre aboute à celle de Mathieu.
- —Faire un about.
- —Disposer une planche de labour à l'extrémité d'un champ.
- Aboutir, v. n.
- —Finir. Ex. Aboutis donc, tu retardes mon ouvrage.
- —Réussir. Ex. Cette affaire a abouti heureusement.
- —Avoir le dessus, prévaloir. Ex. Son opinion n'aboutira
pas plus aujourd'hui qu'autrefois.
- A brasse-corps, loc. adv.
- A bras-le-corps. Ex. Allons, les enfants, vous allez colleter,
prenez-vous à brasse-corps.
- Abre, âbre, n. m.
- Arbre. Ce mot est d'origine normande: «Pour l'amour du
buisson va la brebis à l'abre.»—Proverbe du XVe siècle,
cité par Leroux de Lincy. (Prov. français, t. I, p. 97.)
- Abrier, v. a.
- —Abriter. Se dit surtout du fait de couvrir une personne
couchée et qui veut se mettre à l'abri du froid ou de l'air.
Dans le sens propre, abrier signifie se mettre à couvert
sous un arbre. (Lac. de S. Pallaye.)
- —Excuser. Ex. Ne cherche pas à l'abrier (ou l'abriller), il
est certainement coupable.
- Abrier (s'). v. pr.—S'envelopper, se couvrir, se mettre à l'abri.
- Abriller, v. a.—V. Abrier.
- Abriller (s'), v. pr.—V. S'abrier.
- Abroué, n. m.
- Abreuvoir, mare d'eau. Ex. Va mener le cheval à l'abroué.
- * Abuser, v. a.—Injurier, dire des paroles dures. Ex. C'est
un polisson qui m'a abusé. (Angl.)
- * Abutment, (m. a.)
- Culée, arc-boutant, but, borne, contre-fiche.
- Acadien, enne, adj.
- Nom donné à tout Français né dans les Provinces Maritimes,
bien que l'ancienne Acadie ne comprît que la
Nouvelle-Ecosse actuelle. Il se rencontre encore un bon
nombre de familles acadiennes dans la Province de Québec.
- Acagnardi, part. pas.—Bourru et misanthrope.
- Acagnardir (s'), v. pr.
- Devenir paresseux, bourru, d'humeur acariâtre, misanthrope.
- L'Acad. dit s'acagnarder, se plaire dans la solitude.
- A cause que, loc.
- Parce que. Ex. Je suis allé me promener à cause qu'il faisait beau.
- Accablation, n.f.
- Accablement. Ex. Ces enfants sont insupportables, ils
mettent tout à feu et à sang; quelle accablation!
- Accalmir (s'), v. pron.
- Se calmer. Ex. Le temps commence à s'accalmir.
- Accaparer (s'), v. a.
- Accaparer. Ex. Il est défendu de s'accaparer le bien d'autrui.
- Accent, n. m.
- Action, ardeur, en parlant d'un cheval. Ex. Mon cheval
a un bel accent.
- Acceptance, n. f.
- Acceptation.
- Accommodation, n. f.
- —Confort. Ce steamer manque d'accommodation.
- —Train d'accommodation, train spécial pour accommoder
les voyageurs d'une région restreinte.
- —Billet d'accommodation, billet de complaisance, qui permet
au voyageur de se promener gratuitement.
- Accomparager, v. a.
- Comparer.
- * Accomplissements, m. pl. (Angl.)
- Talents, qualités, connaissances en général.
- Accord, n. m.
- Réconciliation. Ex. Pourquoi vous chicaner, il faudra
ensuite que vous fassiez l'accord.
- Accordant, adj.
- Conciliant, facile en affaires.
- Accords, n. m. pl.
- Accordailles, fiançailles.
- Accoster, v. a.
- S'approcher de quelqu'un pour lui parler. Ex. Quel ennuyeux,
il accoste tout chacun sur la rue.
- Accoter, v. n.
- —Appuyer, soutenir. Ex. Cet homme jouit de hautes
influences, il est bien accoté.
- —Egaler. Ex. Cet individu a du talent, il est difficile à
accoter.
- —Accoter une porte, la rendre stable au moyen d'un meuble,
d'un morceau de bois, d'une pierre.
- Accoter (s'), v. pr.
- —S'appuyer sur un mur, un meuble, etc., de façon à se trouver
à l'aise et à rester en place pendant un certain temps.
- —S'accoter l'estomac, bien manger.
- Accotouer, n. c.—Dossier de chaise.
- Accoupler, v. a.
- Attacher, en parlant des wagons de chemins de fer.
- Accoupleur, n. m.—Homme d'équipe.
- Accoutumance, n. f.
- —Habitude.
- —Caprice, fantaisie. Ex. Ces enfants sont remplis d'accoutumances.
Ce mot qui, d'après Vaugelas, était déjà vieilli
au XVIIe siècle, est resté. Nous le trouvons dans Marot,
La Fontaine, Montaigne, Amyot et La Rochefoucauld, de
même que dans la dernière édition du Dictionnaire de
l'Académie.
- Accouver (s'), v. pron.
- S'accroupir, comme la poule qui couve.
- Accrapoutir, v. a.
- —Ecraser. Ex. Je vais t'accrapoutir comme une punaise.
- —Accroupir. Ex. Regarde Pierre, il est tout accrapouti
dans son banc.
- Accreire, v. a.
- —Accroire. Ex. Tu ne me feras pas accreire cela. Ce mot
vient du roman. En berrichon, accreire; en wallon, acreure;
en provençal, acreire.
- —S'en faire accreire, se donner de l'importance. Expression
vieillie qui, d'après Hatzfeld, veut dire gagner du crédit,
de l'autorité.
- Accrochat, n. c.
- Crochet ou patère qui sert à suspendre un chapeau, un
habit, etc.
- Accrocheter, v. a.—Accrocher.
- Accrochoir, n. m.—Même sens qu'accrochat.
- Accrochouer, n. m.—Accrochoir.
- Accroupiller (s'), v. pron.
- S'accroupir. Ex. Accroupille-toi par terre.
- Acculer, v. a.
- Eculer. Ex. Ses souliers sont acculés.
- Acculoire, n. f.
- Avaloire, pièce du harnais qui, fixée au brancard, descend
derrière les cuisses du cheval de timon, pour retenir la
voiture dans une descente.
- A celle fin que, loc.
- Afin que. Ex. Je vais aller vous voir à celle fin que vous
me rendiez mes livres.
- Acertainer, v. a.
- Certifier. Mot vieilli, et dont l'usage semble disparu ici.
- Achalage, n. f.—Ennui, embarras.
- Achalant, adj.
- Fatigant. Ex. Il fait un temps achalant.—Un individu
achalant.
- Achaler, v. a.
- —Blaguer, tromper. Ex. Cet homme s'est fait achaler dans
cette affaire.
- —Importuner. Ex. Va-t'en donc, tu m'achales.
- —Exciter le feu. Ex. Cours donc achaler le poêle.
- —Fatiguer, incommoder. Ex. Il fait un temps qui m'achale
au point de me rendre malade.
- Achalerie, n. f.—Ennui, fatigue.
- Achargnement, n. m.—Acharnement.
- Achargner, v. a.—Acharner.
- Achargner (s'),—S'acharner.
- Acharnation, n. f.
- Acharnement. Ex. Cet homme aime ses enfants, c'est une
véritable acharnation qu'il a pour eux.
- Acharnement, n. m.
- Attachement. Ex. Ma mère avait beaucoup d'acharnement
pour ses enfants.
- Achesser, v. a.
- Assécher. Ex. Mes habits sont mouillés, il faut les faire
achesser au soleil.
- Acheter, v. n.
- Devenir père d'un enfant. Ex. Les cloches sonnent un
baptême, sais-tu qui vient d'acheter?
- Achienneté, e, adj.
- Expression acadienne pour marquer l'attachement ou mieux
l'acharnement. Ex. Cet enfant est achienneté à sa mère.
- Achiffe, n. f.—Affiche.
- Achigan, n. m.
- —Poisson que la science a rangé dans l'espèce des microptères
Dolomiens. Ainsi appelé, parce qu'il est très commun
dans la rivière Achigan.
- —Manger un achigan, ne pas faire de points au jeu de whist.
- Achiquette, n. f.
- —Se dit du bois que l'on corde sous forme d'échiquier,
c'est-à-dire en plusieurs carrés.
- —Plancher en achiquette, parquet posé par carrés.
- A clair (tout), loc.
- Distinctement. Ex. Je l'ai entendu tout à clair.
- Acmoder, v. a.
- Accommoder. Ex. Acmoder du poisson.
- A cœur d'année, loc. adv.
- Toute l'année. Ex. Il me faut endurer ce paresseux-là à cœur d'année.
- A cœur de jour, loc. adv.
- Toute la journée, du matin jusqu'au soir. Ex. Travailler
à cœur de jour.
- A cœur jeun, loc. adv.
- A jeun. Ex. Le docteur me fait prendre ses bolus à cœur jeun.
- A compte (en), loc. adv.
- A compte. Ex. J'ai reçu dix piastres en à compte. On peut
dire: J'ai reçu un acompte de dix piastres, ou dix piastres
à compte.
- Aconnaître, v. a.
- Connaître. Ex. Pierre est revenu des Etats; il a eu de la
misère à se faire aconnaître.
- Acouillau, acoyau, n. m.
- Coyau, pièce de bois posée sur la base des chevrons et l'angle
du mur, de manière à dépasser la saillie de l'entablement
et à former l'avance de l'égoût du toit.
- A coup, d'à coup, loc.
- Subitement. Ex. Le vent s'est élevé d'à coup.
- Acoustique, n. f.
- Récepteur. Cylindre évasé qu'on appuie sur l'oreille pour téléphoner.
- Acquéreuse, n. f.
- Acquéreur. Ce féminin a été rejeté par l'Académie.
- Acquêt, n. m.
- Gain, profit, chance. Ex. Tu as autant d'acquêt de ne pas
te mêler de cette affaire. Mot vieilli, mais français.
- Acte, n. m.
- Loi. Les Actes sont le journal où sont consignés des actes:
les Actes du parlement anglais, les Actes des Apôtres.
D'après le B. P. F., acte pour loi est très approprié.
- * Acter, v. n.
- Tenir un rôle de théâtre. Ex. Ce Monsieur acte à la perfection.
(Angl.) Autrefois acter se disait pour dater les actes.
- A désamain, loc.
- Qui n'est pas à la main. Ex. J'irais bien me loger à Saint-Roch,
mais c'est trop à désamain.
- A dire le vrai, loc.
- A vrai dire, pour parler franchement. Ex. A dire le vrai,
c'est une grosse besogne que de faire un dictionnaire.
- Admettable, adj.—Admissible.
- Admission, n. f.
- Aveu. Ex. Le prisonnier a fait l'admission de son crime.
- Adon, n. m.
- —Effet du hasard, de la chance. Ex. Quel adon! Que je
suis chanceux! Adon voulait dire autrefois don, présent.
- —Habileté, talent. Ex. C'est un homme qui a de l'adon
pour faire de belles choses, des petits chefs-d'œuvre.
- Adonner, v. a. et n.
- —Etre favorable. Ex. La marée adonne, allons à la pêche.
- —Jouer une carte de même couleur. Ex. J'ai joué du
cœur, adonne.
- Adonner (s'), v. p.
- —Convenir. Ex. Cet individu t'adonne-t-il, toi?
- —Effet du hasard. Ex. Je m'adonnais à passer par chez
vous, quand tu m'as appelé.
- —S'accorder, marcher en harmonie. Ex. Ces deux cousins
s'adonnent bien ensemble.
- * Adresser, v. a.
- Porter la parole devant une assemblée. (Angl.)
- Adret, te, adj.
- Adroit. Ex. Ce menuisier est adret, ce médecin est adret.
S'entend non seulement de la dextérité du manœuvre,
mais aussi du savoir et de l'intelligence.
- Adroisse, n. f.—Adresse.
- Affaire, n. f.
- —Faire son affaire, s'enrichir. Ex. Ce marchand fait son
affaire.
- —Faire l'affaire à quelqu'un, le punir, le mettre à la raison.
Ex. Si cet individu revient ici, je lui ferai son affaire.
- —Etre d'affaire, être habile en affaires.
- —Avoir affaire à quelqu'un Ex. Si tu ne me payes pas,
tu auras affaire à moi.
- —Pas d'affaire, non, je ne veux pas.
- Affaires, n. f. pl.
- —Effets, lingerie. Ex. Déménage au plus tôt toutes tes
affaires.
- —Faire ses affaires, aller à la garde-robe.
- Affecté, e, adj.—Prétentieux, vaniteux.
- * Affecter, v. a.
- Influencer. Ex. Rien ne saurait affecter mon vote à la
Chambre, ni promesses, ni menaces, etc. (Angl.)
- Afficolant, adj.—Inutile, nuisible. (Expr. acadienne)
- Afficots, Affiquiots, n. m.
- Affiquet, ajustement de femme. Ex. Cette femme a mis
tous ses afficots, c.-à.-d. qu'elle affiche toutes ses parures,
colliers, bracelets, épingles, etc.
- Affidavid, n. m.
- Affidavit, déclaration avec serment faite devant une autorité.
- Affiler, v. a. et n.
- —Tailler en pointe, aiguiser. Ex. Mon crayon est mal affilé.
- —Amadouer. Ex. Pour le convaincre, il faut d'abord l'affiler.
- —Se préparer. Ex. Affile-toi pour partir bientôt.
- —Aligner, mettre à la file.
- Affirmative (dans l'), loc.
- —Affirmativement. Ex. Quelle réponse ferez-vous? Je
répondrai dans l'affirmative, cela vaudra beaucoup mieux.
- Affligé, e, adj.
- —Malade. Ex. Une personne affligée des yeux, des oreilles.
- Affrancher, v. a.—Hongrer, procédé qui vient de la Hongrie.
- Affranchir, v. a.
- —Châtrer, hongrer.
- —Greffer.
- —Civiliser les nations sauvages, les tirer de la barbarie.
- Affranchisseur, n. m.—Châtreur de bestiaux.
- Affronter, v. a.
- —Tromper impudemment.
- —Aborder de front, rencontrer face à face.
- Affûtage, n. m.—Tir à l'affût.
- Affûteur, n. m.—Tireur à l'affût.
- Affûts, n. pl.
- Ruses, dissimulation. Ex. Vos affûts me laissent absolument
froid, je saurai m'y soustraire.
- Afistoler, v. a.
- Arranger, se parer, se mettre beau, rafistoler.
- —Enjôler.
- —Raccommoder.
- —Remettre à neuf. Ex. Afistoler un vieil habit.
- * Aft. (m. a.)—A l'arrière. (Terme de marine.)
- Agacer, v. a.
- —Produire sur les dents une sensation désagréable provenant
de la saveur aigre ou acide. Ex. L'alun agace les
dents.
- —Emousser une scie.
- * Agate, (Angl.)
- Parisienne ou Sédanaise. 5½ points. (T. d'impr.)
- Age, n. f.
- Age, n. m. Ex. Nous sommes tous deux de la même âge.
- Age (à bout d'), loc.
- Très vieux. Ex. Etre rendu à bout d'âge.
- Age (être en), loc.
- —Avoir atteint la majorité, l'âge de vingt et un ans. Ex.
Maintenant que tu es en âge, tu vas jeûner pendant le
carême.
- Age (hors d'), loc.
- Très vieux. Se dit surtout des animaux. Ex. Mon cheval
blanc est hors d'âge, ménageons-le.
- Agent, n. m.
- —Agent de station, chef de gare.
- —Agent de télégraphe, télégraphiste.
- —Agent des Terres de la Couronne, officier préposé à la vente
des terres.
- —Agent des passagers, employé préposé au service des voyageurs.
- Ageter, v. a.—Acheter.
- Ageteur, euse, n. m. et adj.—Acheteur.
- Agets, ajets, n. m. pl.
- Les agets sont les douze jours qui commencent avec la Noël
pour finir aux Rois; la température de chacun d'eux sert
de pronostic pour les douze mois de l'année qui va commencer.
Ainsi Noël, c'est janvier, le 26 décembre, février,
etc., etc.
- M. Rivard signale, dans le B. P. F. (v. 2. p. 39-41), que
le mot aget s'emploie différemment dans certaines parties
de la province de Québec: présage, pronostic, dans la
région de St-Hyacinthe; êtres d'une maison, dans la région
du Saguenay et dans le comté de Charlevoix; comble de la
mesure, dans le comté de Dorchester.
- Aget veut dire habitude, manière d'être. On dit ajeu à
Caen, et agi dans le patois de Provence.
- Agever, v. a.—Achever. Ex. Cette femme est belle agevée.
- Agir (en), loc.
- En user. Ex. Il faudra que tu en agisses bien avec cet
homme-là, c'est-à-dire que tu t'en serves de manière à le
satisfaire.
- Agoïen, enne, n. m. et f.
- Acadien. Ex. Ce doit être un agoïen de Madawaska, il
parle pas comme tout le monde.
- Agoniser, v. a.
- Accabler d'injures, agonir. Ex. C'est une mauvaise langue,
il m'a agonisé de bêtises.
- Agoucer, v. a.
- Exciter, irriter. Ex. N'agouce pas le chien, il est malin.
Agoucer paraît être une corruption d'agacer.
- Agrafe, n. f.—Fermoir d'un livre, d'un porte-monnaie.
- Agrafer, v. c.
- —Saisir au passage et retenir. Ex. Cet importun m'a agrafé,
c'est-à-dire, il m'a retenu en s'accrochant à mon bras.
- —Orthographier. Ex. Un homme qui agrafe mal.
- Agrains, n. m. pl.
- Criblures, résidu de ce qui est passé au crible.
- Agrayer, v. a.
- Gréer, garnir un bâtiment, un mât, de voiles, poulies, cordages.
- Agréient, n. m.
- Ingrédient, ce qui entre dans la composition d'un médicament,
d'une boisson.
- Agrément, n. m.
- Plaisir, joie. Ex. Nous avons eu beaucoup de plaisir, sans
compter l'agrément. Vaugelas avait condamné ce mot
qui, de son temps, s'écrivait agreement.
- Agrès, n. m.
- —Engins de pêche.
- —Outils.
- —Personne désagréable.
- —Attelage d'un cheval.
- Agréyer, v. a.—(V. Agrayer).
- Agréyer (s'), v. pr.—S'habiller en vue d'une promenade.
- Agréyer (se faire), loc.—Se faire donner des coups violents.
- Agréiable, adj.—Agréable.
- Agricher, v. a.—Saisir, mettre les crocs sur une proie quelconque.
- Agripper, v. a.—Prendre avidement, accrocher. (Fr. fam.)
- Agripper (s'), v. pr.—S'agriffer, s'attacher avec les griffes.
- Agrouer (s'), v. pr.—S'accroupir.
- Aguette (d'), loc.
- En tapinois. Ex. Cette femme marche d'aguette. Le vieux
français nous a laissé le mot agait, guet, veille, et aguaiter,
guetter.
- Aguettes (aux), loc.
- Aux aguets. Ex. Notre servante est toujours aux aguettes
pour renifler nos paroles.
- Agurir, v. a.—Ahurir, ennuyer, troubler.
- Agurissement, n. m.—Ahurissement.
- Ahan, n. m.
- Effort qui essouffle le travailleur, le bûcheur.
- Aider à quelqu'un.
- Aider quelqu'un, le secourir, l'assister. Aider à quelqu'un
signifie contribuer à son travail.
- Aiduille, n. f.—Aiguille. Ex. Une aiduille à laine.
- Aiduillée, n. f.—Aiguillée. Ex. Une aiduillée de fil.
- Aigle pêcheur, n. m.—Balbuzard (faucon) de la Caroline.
- Aigrefin, n. m.—Etre faible, de complexion délicate.
- Aigrettes, n. f. pl.—Fétus du chanvre ou de lin.
- Aiguillettes (en), loc.
- En pièces. Ex. En voulant réparer un meuble, je l'ai mis
en aiguillettes.
- Aillère, n. f.
- —Œillère, dent canine de la mâchoire supérieure.
- —Œillère, visière.
- Aillis, n. m.—Taillis, broussailles.
- Aïol, n. m.—Aïeul.
- Ain, n. m.—Haim, hameçon.
- Air, n. f.
- S'emploie souvent au féminin, mais à tort. Ex. L'air est
fine ce matin, il fait un froid de loup.—Jouer une belle air
de piano.
- Air, n. m.
- —Erre, allure, train, vitesse. Ex. Si tu veux sauter plus
haut, prend plus d'air.
- —Arrhes. Ex. Je lui ai donné une piastre d'air.
- —Souffle. Ex. Impossible d'aller en chaloupe aujourd'hui,
il n'y a pas un air de vent.
- —Etre en air, être disposé, être en veine. Ex. Je suis en
air de travailler ce matin.
- —Se donner des airs, affecter certaines prétentions.
- —Vivre de l'air du temps, vivre de rien ou de peu de chose.
- —Monter en l'air, monter haut.
- —Etre en l'air, être très gai.
- —Avoir de l'air, se tromper. Ex. Quelle heure est-il? Il
est deux heures. T'en as de l'air! il est quatre heures.
- —Donner un air d'aller, donner un élan.
- —Perdre son air, perdre son aplomb.
- —Faire de l'air, laisser passer l'air extérieur. Ex. Une
croisée qui fait de l'air.
- —Prendre l'air, laisser passer l'air de l'intérieur à l'extérieur.
Ex. Une pompe qui prend l'air.
- —Avoir de faux airs, ressembler vaguement. Ex. L'enfant
a de faux airs de sa mère.
- Airer, v. a.
- Aérer, ventiler. Ex. Aire le salon comme il faut.
- Airrhes, n. f. p.
- Arrhes, argent donné à l'avance pour assurer l'exécution
d'un marché.
- Airs, n. m. pl.
- Etres, aîtres. Ex. Je connais tous les airs de cette maison,
c'est-à-dire la disposition des diverses parties d'une maison.
- Ajambée, n. f.—Enjambée.
- Ajamber, v. a.—Enjamber.
- Ajouter à quelqu'un.
- Ex. Je lui ajoutai, pour j'ajoutai à ce que je lui ai dit.
- Al, alle, pron. pers. f.
- Elle, devant une voyelle ou une h muette. Ex. Alle est
allée à la messe.
- Alalime, adv. et adj.
- —Unanimement. Ex. Notre candidat a été élu alalime.
- —Unanime. Ex. Etes-vous alalimes pour régler cette
question?
- Alan, n. m.—Elan.
- Alarte, adj. f.—Alerte.
- * Alderman, (al-deur-mane).—(m. a.)
- Conseiller municipal.
- Alener, v. a. et n.
- —Anneler, mettre un anneau dans le groin d'un cochon.
- —Agneler.
- Alentir, v. a.
- Ralentir. Molière a employé alentir.
- Alentir (s'), v. pr.—Se ralentir.
- Alentour, adv.
- Autour. Ex. Qu'as-tu à rôder alentour de moi? Il ne faut
pas confondre autour avec alentour, dit la grammaire.
- Alentours (dans les), loc.
- Environ. Ex. Mon père a dans les alentours de cinquante ans.
- Algonquin, n. m.
- —Personne d'apparence bizarre, mal vêtue.
- —Langage incompréhensible. Ex. Qu'est-ce que tu baragouines?
Parles-tu l'algonquin?
- Ali, e, adj.
- Pâte mal cuite. Ex. Ce pain est mal cuit, il est ali.
- A lieur de, loc. adv.
- Au lieu de. Ex. Je lui ai recommandé d'aller aux vêpres,
a lieur de cela, il est allé au Nickel.
- Alimal, alimaux, n. m.
- Animal, animaux.
- Alise, n. f.—Bourdaine.
- Alitré, e, adj.
- Avivé, légèrement enflammé. Ex. Cet enfant a les joues alitrées.
- * All aboard al-a-bôrde (m. a.)
- En voiture! En voiture!
- Allable, adj.
- Action d'aller. Ex. Les chemins sont dans un état terrible,
ce n'est pas allable.
- Allant, part. pr. du verbe aller.
- Bien ou mal disposé à marcher. Ex. Mon cheval n'est pas
allant, aujourd'hui.
- Allant à dire, loc.
- De nature à laisser croire ou entendre. Ex. Il s'est servi
d'une expression allant à dire que j'avais faussé la vérité.
- Allébore, n. m.—Ellébore.
- Allège, adj.
- Lège, à vide, non chargé. Ex. Ma voiture est allège, embarque
tes valises.
- Allégéance, n. f.—Allégeance.
- Allégir, v. a.
- Alléger. Ex. Depuis la dernière fois que je me suis pesé,
j'ai allégi de dix livres.
- Allégir (s'), v. pron.
- —Diminuer son fardeau.
- —Se soulager. Ex. Je lui ai dit ma façon de penser, cela
m'a beaucoup allégi, car j'en avais gros sur le cœur.
- Allégué, n. m.
- Allégation, Employé substantivement, le mot allégué a
rencontré beaucoup d'adversaires, parce qu'il n'est pas
reconnu par l'Académie et qu'il ne se rencontre pas dans
les dictionnaires, à l'exception de Littré. L'usage que nous
en faisons en Canada a rendu ce mot presque indispensable,
et allégué restera.
- Allemagne, n. c.
- —Ecole d'Allemagne, école normale.
- —Argent d'Allemagne.. Ex Cette cuiller est en argent
d'Allemagne; métal qui vient d'Allemagne.
- Aller, v. n.
- Ce mot s'emploie dans différentes acceptions:
- —Ex. Aller sur la soixantaine, avoir dépassé cinquante-neuf
ans.
- —Aller au prêtre, requérir ses services.
- —Aller le train de la blanche, très doucement.
- —Aller piamme-piamme, aller petit train.
- —Aller au contraire, contester, contredire.
- —Y aller, commencer. Ex. Allons-y, mon cher, l'ouvrage
commande.
- —Aller de trian, de biais.
- Aller (à), loc.
- Où aller. Ex. J'ai encore deux places à aller.
- Aller (s'en), v. pr.
- —Arriver. Ex. Il s'en va midi.
- —Etre à l'article de la mort. Ex. Je t'assure que notre
malade s'en va.
- Aller (se faire), loc.
- Expédier vite une affaire, un ouvrage quelconque. Ex. Si
tu veux réussir, tu as besoin de te faire aller. Expression
populaire employée, en France, pour signifier berner.
- Aller d'venir.
- —En sens opposé. Ex. Mon mal part du cou et vient finir
dans le bas du dos, frotte-moi avec du liniment aller
d'venir.
- —Course rapide. Ex. J'arrive du marché, je n'ai fait
qu'aller d'venir.
- * Alley, (m. a).—Bille en verre de couleur, boulet.
- * All fours, al fôrze (m. a.)—Impériale. (T. de jeu de cartes).
- Allonge, n. f.
- Annexe, prolongement apporté à une maison. Ex. Ma
maison fait face à la rue Hébert, mais j'ai fait construire
une allonge sur la rue Laval.
- Allonger (s'), v. pr.
- —Payer. Ex. Il a bien fallu qu'il s'allongeât de cinquante
piastres.
- —Se coucher, s'étendre de tout son long. Ex. N'ayant
pas de lit pour m'y coucher, je me suis allongé par terre.
- Allouance, n. f.
- —Concession. Ex. Tu me feras bien une petite allouance
de cinq par cent.
- —Réserve, espace de terrain réservé pour les chemins.
- Allumé, adj.
- Légèrement pris de vin. En France, la même expression
s'emploie pour dire être abreuvé.
- Allumer, v. n.
- Se reposer. Ex. Pierre, entre donc allumer, nous allons
rire. Le mot pipe est évidemment sous-entendu, mais
comme la question peut être aussi bien adressée à un passant
qui ne fume jamais, le sens de se reposer nous paraît le
plus rationnel.
- Allure, n. f.
- —Démarche. Ex. Voici une personne de belle allure.
- —Bon sens, entrain. Ex. Cette chanson n'a pas d'allure,
cette danse a beaucoup d'allure.
- Almenach, n. m.
- Almanach.
- Alorsse, adv.—Alors.
- Alouette branle=queue, n. f.—Maubèche tachetée.
- Alouette des prés, n. f.—Maubèche à poitrine cendrée.
- Alouette pipi, n. f.—Farlouse de la Louisiane.
- Alouette solitaire, n. f.—Chevalier solitaire.
- Alphabette, n. f.—Alphabet, n. m.
- Alsphate, n. m.—Asphalte.
- Altérage, n. m.—Atterrage, rive glacée d'une rivière.
- Altère, n. f.—Artère.
- Alton (fil d'), n. m.
- Fil de laiton. Autrefois laton ou leton se disait.
- Alumelle, n. f.
- —Lame d'un canif, d'un couteau.
- —Surplis sans manche.
- Aluminum, n. m.—Aluminium.
- A maille et à corde, loc.
- —A bout de ressources. Ex. Ce pauvre diable est rendu
à maille et à corde. Clapin cite l'expression à mâts cordes
parmi les canadianismes, pour signifier la même chose.
- —Péniblement. Ex. Travailler à maille et à corde.
- A main, loc.—Commode, à la main.
- Amalgamation, n. f.—Fusion, union.
- Amalgamer, v. a.
- Unir, fondre ensemble. Ex. Ces deux compagnies de
chemin de fer vont être amalgamées.
- Amancher, v. a. et n.
- —Ajuster, mettre en ordre. Ex. Cette femme est bien mal
amanchée.
- —Arranger. Ex. C'est une affaire qui a été mal amanchée.
- —Tromper. Ex. Ce gars-là m'a amanché de la belle façon.
- —Emmancher, mettre un manche.
- —Donner, flanquer. Ex. Baptiste m'a amanché un coup
de poing qui m'a fait voir trente-six chandelles.
- —Aboucher. Ex. Amancher des tuyaux.
- Amancher (s'), v. pr.
- —S'habiller. Ex. Il fait un temps de chien, je ne sais
vraiment comment m'amancher.
- —Prendre ses mesures. Ex. Je vais m'amancher de telle
façon qu'il n'aura pas le dernier mot.
- —S'emmancher. Ex. Je te dis que ça s'amanche pas de
même.
- Amanchure, n. f.
- —Manière dont une personne ou une chose sont terminées.
Ex. Comme tu est mal habillé! quelle amanchure?
- —Affaire mal arrangée et incompréhensible.
- —Ouvrage mal fait.
- Amant, n. m.—Aimant. Ex. Voici de la pierre d'amant.
- Amarinades, n. f.—Marinades, conserves au vinaigre.
- Amarinages, n. f.—Marinades.
- Amariner, v. a.
- —Mettre des légumes en conserves.
- —Semoncer. Ex. Je me suis fait amariner par mon père,
qui était de mauvaise humeur.
- Amarrer, v. a. et n.
- —Attacher. Ex. Amarrer ses souliers.
- —Arrêter. Ex. Il y a assez longtemps que nous travaillons,
amarrons.
- —Joindre les deux bouts. Ex. A force d'économie, j'ai
fini par amarrer.
- —Avoir égalité de votes. Ex. Nos deux candidats ont
amarré, ils ont reçu chacun 2250 votes.
- Dans le principe, amarrer signifiait préparer un navire pour
la mer, et plus tard arranger, mettre en ordre.
- Amassis, n. m.—Ramassis, amas.
- A matin, loc.
- Ce matin. Ex. Crois-tu qu'il fait beau, à matin.
- Ambiber, v. a.—Imbiber.
- Ambine, n. f.
- Lien fait de branches flexibles qui relie les bâtons d'un traîneau.
- Ambitieux, euse, adj.—Orgueilleux.
- Ambition, n. f.
- —Orgueil.
- —Rivaliser. Ex. Ils sont tous deux à l'ambition, c'est à
qui en fera le plus.
- —Persévérer, être courageux. Ex. C'est un homme qui
travaille d'ambition, aussi réussit-il.
- Ambitionner (s'), v. pr.
- S'entêter, s'efforcer plus que de raison. Ex. Plus je travaille,
plus je m'ambitionne pour finir plus vite.
- Amblette, n. f.
- —Hart tordue pour lier les piquets de clôture.
- —Carcan de bois qui sert à attacher les bêtes à cornes dans
l'étable.
- Ambre, n. m.—Amble.
- Ambrer, v. n.—Ambler, aller l'amble.
- Ambreur, n. m.—Ambleur, cheval qui va l'amble.
- Ame en peine, n. f.
- Individu qui promène son chagrin un peu partout.
- Amelette, n. f.—Omelette.
- Amen.
- Jusqu'à amen, jusqu'à épuisement. Ex. Je lui ai chanté
pouilles jusqu'à amen. Amen est un mot hébreu.
- Amendement (en).
- Comme amendement. Ex. Nous proposons en amendement
à la motion, les mots qui suivent.
- Amener, v. a.
- Produire. Ex. Puisque tu prétends cela, amène tes preuves.
- Américain, n. m. et f.—Citoyen, citoyenne des Etats-Unis.
- Américanisation, n. f.
- Acte légal qui rend quelqu'un citoyen de la république des
Etats-Unis.
- Américaniser, v. n.
- Se faire naturaliser citoyen de la grande république des Etats-Unis.
- Amérique, n. f.
- Pour les Canadiens-Français en général, l'Amérique se confond
avec les Etats-Unis. Partir pour l'Amérique, c'est
traverser la ligne frontière entre le Canada et les E.-U.
- Ames (les), n. f. pl.
- Les âmes détenues dans le purgatoire. Ex. Je promets, si
je réussis, de faire dire une messe pour les âmes.
- Ames (les bonnes), n. f. pl.—Les âmes du purgatoire.
- Amet, n. m.—Lumière, balise, point de repère, jalon.
- Ameuiller, v. n.
- —Se dit d'une vache très avancée dans sa gestation.
- —Arriver au but, finir. Ex. Ameuille donc, termine ton
ouvrage.
- Ami, n. m.
- —Amis comme cochons, amis inséparables, par allusion au
cochon de saint Antoine.
- —Il n'y a pas à dire mon bel ami, inutile d'hésiter.
- Amiauler, v. a.—Amadouer.
- Amicablement, adv.—Amiablement.
- Amiqué, n. f.—Amitié.
- Amlette, n. f.
- Omelette. Ex. Manger des amlettes au lard.
- Amollir (s'), v. pr.
- S'adoucir. Ex. Le temps s'amollit, le froid achève.
- Ammunition, n. f.
- Munition de chasse ou de guerre.
- Amont, adv.
- —Contre. Ex. Ne grimpe pas amont la clôture.
- —Parmi. Ex. Il était amont les autres gars.
- —Au milieu. Ex. J'ai trouvé un nid d'oiseau amont le blé.
- Amont (d'), loc.
- Auprès de. Ex. Veux-tu bien t'ôter d'amont moi?
- Amonter (s'), v. pr.
- Monter. Ex. Votre billet s'amonte à cinquante piastres.
- Amorphosé, v. p.
- Métamorphosé, absorbé dans ses pensées au point d'être
comme immobilisé. Ex. Remue-toi donc, es-tu amorphosé?
- Amouneter, v. a.
- Admonester. Expression plutôt acadienne, signifiant calmer.
- Amour, n. m.
- —Tomber en amour, devenir amoureux.
- —Etre en amour, être amoureux.
- —Faire l'amour, faire la cour à une personne du sexe.
- —Pomme d'amour, pomme d'api.
- Ampas, n. m.
- —Appât.
- —Entraves. Liens fixés aux pieds d'un cheval pour gêner
sa marche.
- Lampas. Engorgement de la membrane qui tapisse le palais
des jeunes chevaux.
- Ampâter, v. a.—Amorcer, garnir d'une amorce.
- Ampouille, n. f.—Ampoule.
- Ampouler, v. a.—Produire des ampoules, des boursouflures.
- Amusard, adj. et n.
- Homme loquace, qui prend du plaisir à perdre son temps et
à faire perdre le temps des autres, un musard.
- Amusement n. f.
- Amusement, n. m. Ex. C'est une belle amusement.
- Amuser (s'), v. a.
- —S'arrêter en route. Ex. Amusons-nous point, le temps
presse.
- —Amuser le temps, perdre le temps en niaiseries.
- Amuseux, adj.
- —Amuseur, enjôleur.
- —Musard, négligent.
- Amusouère, n. m.—Amusoire, moyen d'amuser.
- Anales, n. f. pl.
- Annales. Ex. Je suis abonné aux Anales de la Bonne Sainte-Anne.
- Anbandon, n. m.—Abandon.
- Anbandonner, v. a.—Abandonner.
- Ancanter, v. a.
- Appuyer, donner une position plus stable et plus confortable.
Ex. Ne bouge pas, nous allons t'ancanter avec des oreillers.
- Ancanter (s'), v. pr.
- Se donner une position plus ou moins déclive dans un lit
ou un fauteuil.
- Anchet, n. m.
- —Appât.
- —Ver de terre.
- Ancre (à l'), loc.
- Ne rien faire. Ex. Pierre a perdu sa place, le voilà de
nouveau à l'ancre.
- Ancre de perle, n. m.
- Nacre de perle. Ex. Un chapelet en ancre de perle a été
perdu dans cette église. Prière de le remettre au bedeau.
- Ancrer, v. n.—S'asseoir pour longtemps.
- Andille, n. f.—Anguille.
- Andouille, n. f.
- —Individu mou, sans ossature. Ex. Va travailler, espèce
d'andouille.
- —Dépendeux d'andouilles, v. Dépendeux.
- Ane, n. m.
- —Faire l'âne pour avoir de l'avoine, feindre d'ignorer une
chose pour se la faire redire.
- —Agir de bonne foi comme un âne qui pète, avec la meilleure
foi du monde.
- Ange, n. m.—Papillon de nuit.
- Ange cornu, n. m.
- Individu, qui sous des apparences angéliques, mérite la défiance.
- Angel's cake endjèle kéke (m. a.)—Gâteau des anges.
- Angelu, n. m.—Angelus.
- Angencement, n. m.—Agencement.
- Angencer, v. a.—Agencer.
- Angenouiller (s'), v. pr.—S'agenouiller.
- Anges (gâteau des), n. m.
- Gâteau léger, très sucré, sous forme d'anneau.
- Anglaise, n. f.
- Jouer à l'anglaise (Terme de jeu de balle). Frapper la balle
d'une façon particulière et très élégante. Ex. Cet écolier
a une belle anglaise.
- Anglification, n. f.
- Fait de devenir anglais. Ex. Il est souvent question au
Canada de l'anglification de la race française.
- Anglifier (s'), v. pr.
- S'angliciser. Ex. Les Canadiens-Français n'ont pas l'air
décidés de s'anglifier de sitôt.
- Anguille=brûle, n. f.
- Cache-tampon. Jeu d'enfants où l'on cache un mouchoir
roulé en tampon, que l'un des joueurs doit chercher et
dont il frappe, lorsqu'il l'a trouvé, ceux qu'il peut atteindre.
- Anguille de roche, n. f.—Ammodyte d'Amérique.
- Animau, n. m.—Animal.
- Anis sauvage, n. m.
- Aralie à fleurs en grappe. Racine aussi grosse que le bras,
recommandée comme ingrédient dans la petite bière
d'épinette.
- Anmorcer, v. a.—Amorcer.
- Anmorphoser, v. a.
- Métamorphoser. V. Amorphosé.
- Anmouracher (s'), v. pr.—S'amouracher.
- Anneau, n. m.
- Rond, coulant. Ex. Passe-moi donc mon anneau de serviette.
- Année de la grande noirceur.
- Il y eut plusieurs noirceurs en Canada, mais la plus célèbre
remonte à l'année 1785 (15 octobre). Ex. Un tel est
venu au monde l'année de la grande noirceur.
- Année du grand choléra.
- Année 1832, qui vit mourir en quatre mois plus de 3500 personnes.
- Année du grand dérangement.
- Année 1755, qui a été témoin de la dispersion de nos frères
de l'Acadie en terre étrangère.
- Année du siège.
- Année 1759. Nos ancêtres faisaient remonter à cette année-là
une foule de choses et d'objets antiques.
- Année fiscale, n. f.
- Exercice financier qui embrasse une période de douze mois.
Dans la Province de Québec, l'année fiscale commence le
1er jour de juillet.
- Années (les bonnes), n. f. pl.
- Dicton populaire, qui veut qu'autrefois les récoltes étaient
plus abondantes que celles d'aujourd'hui. Alors c'était
l'âge d'or, les bonnes années.
- Annexion, n. f.
- Incorporation des Canadiens au peuple de la république des Etats-Unis.
- Annexionniste, n. m.
- Partisan de l'annexion du Canada aux Etats-Unis.
- Annoncer, v. n.
- Bien paraître. Ex. Cet enfant annonce bien.
- Annuiter (s'), v. pron.
- Se laisser surprendre par la nuit. Expression déjà démodée
en France au XVIIe siècle.
- A noir, loc.
- Entièrement, complètement. Ex. Nous avons vendu nos
gants à noir. J'ai clairé à noir toute cette marmaille.
- Anouillère, adj.
- Se dit d'une vache, lorsqu' elle continue de donner du lait
sans avoir de veau. Dans la Vendée, on dit nolière. Nous
disons aussi anoyère, ennayère.
- Anpât, n. m.—Appât.
- Anpâter, v. a.—Appâter.
- Anpauvrir, v. a.—Appauvrir.
- Anpauvrir (s'), v. pr.
- S'appauvrir, perdre sa fortune ou sa santé.
- Anse, n. m.—Anse, n. f.
- Ansillon, n. m.
- Espèce de col de cornue par où l'anguille fait son chemin
pour aller s'emprisonner dans un coffre de bois.
- Antéchrit, n. m.—Antéchrist.
- * Anticipation, n. f. (Angl.)—Attente.
- * Anticiper, v. a. (Angl.)
- —Prévoir. Ex. J'anticipe des embarras sans nombre.
- —Empiéter. Ex. N'anticipons pas sur nos revenus.
- —Espérer. Ex. J'anticipe un grand succès dans cette
affaire.
- * Antimacassar, n. m. (Angl.)
- Dossier ou voile de fauteuil.
- Antiquités, n. f.
- Antiquailles, vieux objets de plus ou moins de valeur.
- Anvaler, v. a.—Avaler.
- * Anxieux, adj. (Angl.)
- Désireux. Ex. Je suis anxieux d'aller vous voir.
- Aouène, n. f.—Avoine.
- Août, n. m.
- Nous entendons souvent dire a-oût pour oût. Faute de prononciation.
- Aparcevance, n. f.
- —Apparence. Ex. La récolte a une belle aparcevance.
- —Action d'apercevoir. Ex. La première aparcevance que
j'en ai eue, ce fut à l'Auditorium.
- Aparcevoir, v. a.—Apercevoir.
- Aparçu, n. m.—Aperçu.
- Aparément, adv.
- Apparemment.
- Apart, n. m.
- Réserve. Ex. Je ferai un apart de cinq piastres pour toi
seulement.
- A part de, loc. adv.
- Excepté, à part. Ex. Personne ne viendra au lac, à part de
Jean, de toi et de moi.
- Apartement, adv.
- Apertement, au juste. Ex. Je ne sais pas apartement s'il viendra.
- Apçon, n. m.—Hameçon.
- Apetisser, v. a.—Rapetisser.
- A pic, loc.
- Susceptible. Ex. Cette femme est à pic, il faut s'en défier.
- Aplatir, v. a.—Battre, donner une très forte leçon.
- Aplatir (s'), v. pron.
- S'abaisser, s'humilier. Ex. S'aplatir devant les grands de
la terre.
- A plein, loc. adv.
- Beaucoup. Ex. Y avait-il beaucoup de monde à l'assemblée?
Il y en avait à plein.
- Aplomb, n. m.
- —Avec force. Ex. Je lui ai porté un coup aplomb.
- —Perdre son aplomb, se laisser aller au découragement.
- —Prendre son aplomb, reprendre ses sens, sortir d'un état
de faiblesse.
- Aplomber (s'), v. pr.
- —Se mettre d'aplomb. Ex. S'aplomber sur sa chaise.
- —Prendre ses précautions.
- A poil, loc. A cru. Ex. Je suis allé à cheval, mais j'étais à poil.
- Apola, n. f.—Ragoût d'alouettes. Mot sauvage.
- Apologie, n. f.—Faire des apologies, faire excuse.
- Apothèque, n. f.—Hypothèque.
- Apothéquer, v. a.—Hypothéquer.
- Apothicaire, n. m.
- Pharmacien. Ex. C'est un compte d'apothicaire que vous
m'avez fait, c'est-à-dire, un compte sur lequel il y aurait
beaucoup à rabattre.
- Appareiller, v. a. et n.
- —Préparer, habiller. Ex. Marguerite, appareille le petit
pour sortir.
- —Egaler. Ex. Cet homme est difficile à appareiller.
- —Dresser. Ex. Marie, appareille la table pour le dîner.
- —Apparier. Ex. Appareiller une paire de bas, de gants.
- —Comparer. Ex. Il n'y a pas moyen de mieux appareiller
ce gros homme qu'à une barrique.
- Appareiller (s'), v. pron.
- Se préparer à partir. Ex. Ma femme, appareillons-nous pour
le bal du Gouverneur.
- Apparence (d'), loc.
- Vraisemblablement, selon les apparences.
- Apparence que, loc.
- D'après l'apparence. Ex. Apparence qu'il va faire beau;
il va faire mauvais, apparence.
- Appartement, n. m.
- Pièce. Ex. J'ai une maison à louer; il y a cinq appartements,
je puis ne vous en louer qu'un seul.
- Appelable, adj.
- Sujet à appel, en terme de jurisprudence. Ce mot ne se
trouve pas dans le Dictionnaire de l'Académie, ni dans
plusieurs autres grands dictionnaires, cependant le B. P. F.
dit qu'il est français (III, p. 30).
- Appeler, v. a.
- —Convoquer.
- —Donner. Ex. Monsieur, Jean m'appelle des noms.
- Appelle (qui s'), loc.
- En règle, bien défini. Ex. Pierre a reçu une râclée qui s'appelle...
- Appétit, n. m.
- Désir de posséder. Ex. Cet homme est prêt à tout sacrifier
pour l'appétit de quelques piastres.
- * Applicant, n. m.
- Candidat, solliciteur. Ex. Il y a au moins vingt-cinq
applicants à la charge de gardien de nuit. (Angl.)
- * Application (faire), loc.
- Faire une demande. Ex. Je vais faire application pour
obtenir la place de messager. (Angl.)
- Appliquant e, adj.—Qui exige beaucoup d'application.
- Appliquer, v. n.—Faire une demande d'emploi. (Angl.)
- Appoint, n. c.
- —L'heure favorable. Ex. Je suis las d'attendre ses appoints.
- —Avantage. Ex. C'est un grand appoint que la réussite
de cette affaire.
- * Appointement, n. m.
- —Rendez-vous. Ex. J'ai un appointement avec le ministre
des terres pour deux heures. (Angl.)
- —Nomination. Ex. J'ai reçu mon appointement à raison
de cent piastres par mois.
- —Commodité. Ex. Attendre les appointements de Pierre
et de Jacques.
- * Appointer, v. a. (Angl.)
- —Nommer. Ex. Le docteur Isambart a été appointé coroner.
- —Fixer un rendez-vous. Ex. Je lui ai appointé un jour et
une heure pour une entrevue.
- Apport, n. m.—Etre à son apport, être à son compte.
- * Appraiser, v. a.—Evaluer, estimer. (Angl.)
- * Appraiseur, n. m.—Estimateur. (Angl.)
- Approbation, (en) loc.
- A l'essai, sous condition. Ex. J'ai acheté un chapeau en approbation.
- Approchants (dans les), loc.
- Approximativement. Ex. Cet animal pèse dans les approchants
de trois cents livres.
- Approche, (faire l')
- Sonder le cœur d'une jeune fille. Ex. Pierre a l'intention
de se marier, il vient de faire l'approche de ma sœur
Adèle.
- Approcher, v. a.
- Faire des propositions. Ex. Au sujet de ce que je t'ai
communiqué, as-tu approché ton frère.
- Appropir, v. a.—Rendre propre.
- * Appropriation, n. f.
- Argent, crédit voté par les corporations ou les gouvernements.
Ex. Nous serons payés à même les appropriations
de l'année courante. (Angl.)
- Approprier, v. a.—Affecter à un certain usage. (Angl.)
- Appui de chaise, n. m.
- Tringle en bois fixée au mur pour le protéger contre le
frottement des chaises.
- Apré! int.—Juron sans conséquence.
- Après, prép.
- —Poursuivre. Ex. Il est toujours après moi.
- —À. Ex. On est après travailler.
- —Le long de. Ex. Montons après le mur.
- —Sur. Ex. Vous avez de la peinture après votre habit.
Accotons-nous après la clôture.
- —Par derrière. Ex. Ferme la porte après toi.
- —Présence. Ex. Attends après moi.
- —Occupation. Ex. Il est après manger.
- Bossuet et Racine ont écrit: Je suis après à conclure. Pendant
qu'on était après à me saigner.
- Après vient-il de pressus, serré contre, ou du sanscrit parâ,
en arrière, et param, ensuite?
- Après (d'), loc.
- Selon. Ex. D'après moi, il fera beau demain.
- Après (en), loc.—Ensuite. Ex. Ceux-là viendront bien en
après.
- Après (par), loc.
- Ensuite, après. Expression française, mais bien vieillie.
- Apse, n. m.
- Asthme. Ex. Je souffre de l'apse depuis deux ans.
- A pu près, loc. adv.—A peu près, environ.
- A quat'pattissement, n. m.
- Le fait d'être à quatre pattes devant les pouvoirs publics, a
fait naître ce barbarisme qui n'a pas d'égal dans la langue,
à l'exception peut-être du mot struggleforlifer dont les
Canadiens-Français ne sont pas responsables.
- Aquer, v. a.—Amorcer un hameçon.
- Aquette, n. m.
- —Hoquet.
- —Acquet.
- Aragan, n. m.—V. Ouragan.
- Araignée, n. f.
- —Avoir une araignée au plafond, n'être pas sain d'esprit.
Expression correspondante à la locution latine musca in
cerebro citée par Du Cange.
- —Saxifrage sarmenteux. Plante de serres ou d'appartements,
cultivée dans un pot suspendu.
- A ras, loc. adv.
- Tout près. Ex. Mon verre est plein à ras le bord.—Coupe
cette tige à ras terre.—J'ai coupé la queue de mon chien
tout à ras je t'en prie.
- Arbe, n. m.—Arbre.
- Arboutant, n. m.
- —Terrain qui aboutit à un autre.
- —Propriétaire du terrain.
- —Aboutissant d'une terre.
- Arbre de vie, n. m.
- Cèdre blanc, ou thuja d'Occident; se trouve dans la région
du lac Saint-Jean, et sert à la fabrication du bardeau.
- Arcades, n. f.—Galeries de côté dans une église.
- Arcajou, n. m.
- Acajou. Ex. Tous mes meubles sont en bois d'arcajou.
- Arce, n. f.—v. Arse.
- Arche, n. f.
- Arc de triomphe. Ex. C'est demain la procession du Saint-Sacrement;
on a construit deux arches sur la rue St-Jean.
- Archette, n. f.—Archet.
- Archibête, adj.
- Très bête. Ex. Pierre est bête, mais Jean est archibête.
- Archidiocèse, n. m.
- —Diocèse à la tête duquel se trouve un archevêque.
- —Province ecclésiastique sous la juridiction d'un archevêque.
- Arcompter, v. a.—Recompter, compter de nouveau.
- Arçon, n. m.—Garçon. Ex. Viens ici, mon petit arçon.
- Ardille, n. f.—Argile. Au moyen âge on disait ardrille, arsille.
- Ardilleux, n. m. et adj.
- —Argileux.
- —Orgelet, petite tumeur inflammatoire qui se forme au
bord des paupières, en forme de grain d'orge.
- —Orgueilleux.
- Ardoiser, v. a.—Couvrir en ardoise.
- Arèche, n. f.
- —Arète de poisson. Ex. J'étouffe, j'ai avalé une arèche.
- —Pièce du parement d'un quai.
- Aregnée, n. f.—Araignée.
- A revoir, loc.—Au revoir.
- Arganeau, n. m.
- Organeau, anneau de fer où l'on attache un câble.
- Argardable, adj.—Qui mérite d'être regardé.
- Argardant, part.—Regardant.
- Argarder, v. a.—Regarder.
- Argent, n. m.
- —Jouer à l'argent, risquer de l'argent au jeu.
- —Argent de papier, papier monnaie.
- —Argent dur, monnaie d'argent.
- Argent, n. f.
- Argent, n. m. Ex. Est-ce de la bonne argent que vous
avez là?
- Argent mignon, n. m.—Argent que l'on garde au coffre.
- Argenté, adj.
- Riche. Ex. C'est un homme à l'aise, je t'assure qu'il est
argenté.
- Argenteries, n. f. pl.
- Argenterie. Ex. Je fais encan, et je vendrai toutes mes
argenteries. Louise, frotte donc nos argenteries.
- Argents, n. m. pl.
- Argent, fonds, deniers. Ex. Il vit à même les argents du
public.
- Argot, n. m.
- —Ergot. Ex. Joseph est monté sur ses argots, il devient
difficile de lui parler. Argot et ergot se disaient également
bien au XVIe siècle.
- —Ergot de seigle.
- Argoté, adj.—Ergoté. Ex. Un coq bien argoté.
- Arguer, v. n.—Argumenter, plaider.
- Arias, arrias, n. m.
- —Embarras, contrariété. Ex. Mes enfants me causent
bien du arias.
- —Attirail. Ex. Emporte tous tes arias avec toi.
- —Tumulte. Ex. Entends-tu le tapage des enfants? Quel
arias épouvantable!
- En France arias s'emploie bien dans le sens de tracas. Ex.
Que d'arias! Le vieux français disait arie.
- Aridelle, n. f.—Ridelle.
- * Arlepape, n. m. (Angl.)—Hornpipe, danse écossaise.
- * Arlepatte, n. m. (Angl.)
- Autre corruption du mot anglais hornpipe, danse très en
vogue autrefois parmi nos Canadiens.
- Arlevée, n. f.—Relevée. Ex. J'ai travaillé toute l'arlevée.
- Arlovée, n. f.—V. Arlevée.
- Armanach, n. m.—Almanach.
- Armette germain, adj.
- Issu de germain. Corruption de maître germain, cousin germain.
- Armière, n. f.—Ormière.
- Armise, n. f.—Remise.
- Armoire montante, n. f.
- Monte-plats ou monte-charge hissant les plats de la cuisine
à la salle à manger.
- Armoniaque, n. f.
- Ammoniaque. Ménage dit: «L'usage veut qu'on dise armoniac,
les Italiens disent de même armoniaco. Richelet
disait, en 1680, sel armoniac.» (Observ. sur la langue
française.)
- Arouser, v. a.—Arroser.
- Arousoir, n. m.—Arrosoir.
- Arouter, v. a.—Routiner, former par la routine.
- Arouter (s'), v. pr.—S'accoutumer, s'habituer.
- Aroutiner, v. a.—Accoutumer, habituer.
- Aroutiner (s'), v. pr.
- S'habituer, prendre l'habitude de quelque chose.
- Arpentage, n. m.
- Levée des plans. Ex. Pierre va faire l'arpentage de ma
terre.
- Arpenteur, n. m.
- Arpenteuse, chenille des phalènes dite géomètre. Ces chenilles
dépourvues de pattes au milieu du corps, ne marchent
qu'en se rapprochant les extrémités de manière à
se recourber le corps en forme d'un U renversé.
- Arrache=braquettes, n. m.
- Petit instrument en fer servant à arracher les broquettes.
- Arracher (en), loc.
- Eprouver de grandes difficultés. Ex. Les nouveaux colons
ont une grosse besogne à remplir, je te prie de croire
qu'ils en arrachent.
- Arracher (s'), v. pr.
- Se tirer d'embarras. Ex. Il travaille tellement, qu'il finira
par s'arracher.
- Arracher (se faire).
- Se faire enlever de force. Ex. Je me suis fait arracher pour
accepter son invitation.
- Arracher (se m').
- Disputer la présence. Ex. On m'invite de droite et de
gauche, enfin on se m'arrache.
- Arracheur de dents, n. m.—Menteur.
- Arracheux bon=temps.—Roger Bon-Temps. V. ce mot.
- Arrachis, n. m.
- —Arbre arraché.
- —Partie de forêt dont les arbres ont été dévastés par un
ouragan.
- —Branchages employés comme bois de chauffage par les
fabricants de sucre d'érable.
- Arrainement, n. m.
- Mise en accusation, au terme de la cour criminelle. Vieux
mot français introduit, comme bien d'autres, dans la procédure
anglaise au temps de la conquête de l'Angleterre
par les Normands. En le refrancisant, nous ne faisons
que prendre notre bien, notre butin, comme disaient
les Normands, et comme nous disons nous-mêmes. Le
verbe araisnier, cité par Godefroy, est un ancien mot qui
signifiait adresser la parole, accuser, assigner. C'est bien
l'origine du mot anglais arraignment. On avait dans le
même temps le mot araisnement, action d'adresser la
parole.
- Arrangeant, adj.
- De composition facile. Ex. Un homme bien arrangeant.
- Arrangement, n. m.
- —Conciliation. Ex. C'est un homme d'arrangement.
- —Arrangement d'hiver, d'été, service d'hiver, d'été sur les
voies ferrées.
- Arranger, v. a.
- —Réparer. Ex. Fais donc arranger ton habit.
- —Mettre quelqu'un à sa place. Ex. Il s'est fait arranger
de la belle façon.
- Arranger (s'), v. pr.
- —Se parer, s'habiller pour sortir. Ex. Arrange-toi de ton
mieux pour aller à l'église.
- —Se tirer d'embarras. Ex. Arrange-toi comme tu pourras,
je n'y peux plus rien.
- Arrangeur, n. m.
- Ouvrier qui répare. Ex. Voilà l'arrangeur de parapluies
qui passe, faisons-le entrer. Nous disons aussi, un arrangeur
d'horloges, de montres.
- Arraroute.—Arrow-root. (Angl.)
- Arrestation, n. f.
- Arrêt. Ex. Le juge a lancé un mandat d'arrestation.
- Arrêt, n. m.
- Repos. Ex. Cet homme n'a pas d'arrêt, il remue toujours.
- Arrêter, v. n.
- —Attendre. Ex. Arrête, je ne serai pas absent bien
longtemps.
- —Cesser. Ex. Arrête de me chanter pouilles.
- Arricot, n. m.—Pruche. Expression acadienne.
- Arriérages, n. m. pl.
- Arrérages.
- Arrière, n. m.
- Retard. Ex. Ma montre prend de l'arrière. Ce locataire
a de l'arrière sur son loyer.
- Arrimer, v. a.
- —Arranger, réparer. Ex. Arrime-moi donc le toupet, que
j'aie l'air de quelque chose.
- —Battre, malmener. Ex. Je me suis fait arrimer proprement.
- —Habiller, accoutrer. Ex. Mon tailleur m'a arrimé de
son mieux.
- —Avancer, se hâter.
- Arrimer (s'), v. pr.
- —S'habiller. Ex. Arrimons-nous de notre mieux avant de
partir.
- —Se placer, s'installer. Ex. Les sièges sont remplis,
tâchons de nous arrimer autrement.
- —Se mettre d'accord. Ex. Nos deux amis finiront par
s'arrimer, ils ont trop de bon sens.
- Arisée, n. f.
- Risée. V. ce mot. Le cheval qui se lance avec vitesse,
poussé par son conducteur, prend alors une arisée. Risée
se dit plutôt qu'arisée, mot cité par Clapin.
- Arriver, v. n.
- —Obtenir une belle position. Ex. Cet homme est enfin
arrivé à force de travail.
- —Concorder. Ex. J'ai vérifié les deux comptes, mais ça
n'arrive pas.
- Arriver avec quelqu'un.—L'égaler, lui tenir tête.
- Arroser, v. a.—Arroser un marché, boire en le concluant.
- Arroser (s'), v. pr.—S'arroser la luette, le gosier, boire.
- * Arrow=root, arorout. (m. a.)
- Fécule comestible tirée des racines de la marante, du curcuma,
etc. Mot usité en France.
- Arse, n. f.
- —Espace, place. Ex. Veux-tu me donner plus d'arse?—Il
n'y a pas d'arse à se mettre.—Faites de l'arse, là-bas.
- Arsoir, adv.—Hier soir. Marot a écrit hersoir.
- Artichoux, n. m.—Bardane.
- Artifailles, n. f. pl.—Afficôts. V. ce mot.
- Artisse, n. m.—Artiste.
- Arupiaux, n. m. pl.—Erypiaux, oreillons.
- Arvenir, v. n.—Revenir.
- As de pique, n. m.
- —Propre à rien.
- —Etre planté quelque part comme un as de pique, se tenir
debout de manière à gêner son voisin.
- A seule fin.
- Afin. Ex. Je t'ai fait demander à seule fin que tu règles
ton compte.
- Asile, n. m.
- Hospice d'aliénés. Ex. Cet homme est fou, mettez-le à
l'asile. C'est un craqué, il est mûr pour l'asile.
- Asparge, n. f.—Asperge.
- Aspargès, n. m.—Aspergès.
- Aspect, n. m.
- Apparence. Ex. Les récoltes ont un bel aspect.
- * Aspersions, n. f. pl.
- Attaques malicieuses, diffamation. (Angl.)
- Assaiye, n. m.
- Essai. Ex. Nous allons te mettre à l'assaiye.
- Assayer, v. a.—Essayer.
- * Assaut, n. m.—Voie de faits. (Angl.)
- Assavoir, v. et conj.
- —Savoir. Ex. Je vous écris pour vous faire assavoir de
mes nouvelles.
- —Savoir. Ex. Ils étaient deux, assavoir Jacques et Jean.
Molière s'est servi de ce mot dans son Tartufe:
- "Le bal et la grand'bande, assavoir deux musettes."
- Assemblée, n. f.
- Faufilage. Ex. Fais donc une assemblée pour que je puisse
terminer ma couture.
- Assembler, v. a.
- Faufiler, faire une fausse couture à longs points.
- Assermentation, n. f.
- —Prestation du serment.
- —Action d'assermenter quelqu'un.
- Assermenter, v. a.
- Attester par serment. Ex. Son témoignage a-t-il été assermenté?
- Assesseur, n. m.—Estimateur officiel.
- Asseyer, v. a.—Essayer.
- Assez, adv.
- —Tellement. Ex. Ai-je été assez bonasse que je l'ai cru
sur parole?
- —Assez bon. Ex. Michel est assez poète.
- Assinabe, n. f.
- Grosse pierre employée par les sauvages pour retenir au
fond de l'eau un filet, une seine.
- Assination, n. f.
- Assignation. Ex. Nous allons jouer aux cartes, mais pas
d'assination, s'il vous plaît.
- Assiner, v. n.
- Tricher au moyen de signes. Ex. Nous allons jouer au
quatre-sept, mais il est défendu d'assiner.
- Assir, v. a.—Asseoir. Ex. Tais-toi ou je vais t'assir.
- Assir (s'), v. p.
- S'asseoir. Ce mot est fort en vogue. Ronsard a dit: "Assisons-nous
sur cette molle couche."
- Assistance, n. f.
- Présence. Ex. Je suis allé à la conférence du juge Routhier,
l'assistance de mille personnes rendues pour l'écouter, lui
fait honneur.
- Assistant, n. m.
- —Adjoint. Ex. Je vais de ce pas chez l'assistant-commissaire
des terres.
- —Assistant-bibliothécaire, sous-bibliothécaire.
- Assister (s'), v. pr.—S'asseoir. Ex. Assistez-vous, monsieur.
- Associé, n. m.—Compagnon, ami.
- Associer avec, v. a.
- S'associer avec.
- Assommant, adj.
- Accablant. Ex. Cet orateur donne des raisons assommantes.
- Assommer, v. a.
- Abattre l'esprit. Ex. La perte de sa fortune l'a assommé.
- Assouer, v. a.
- Actionner, intenter un procès. Expression acadienne.
- Assumer, v. a.—Prendre charge. Ex. Il a assumé ma dette.
- Astérique, n. m.
- Astérisque, signe typographique en forme d'étoile * pour
indiquer un renvoi, une lacune, etc.
- Astheure, loc. adv.
- A cette heure, maintenant, à l'heure présente. La Rochefoucauld,
l'homme aux maximes, a écrit: Pour ne vous
pas mentir, je me suis fort tourmenté qu'il serait bon
d'être assuré asteure de ces affaires que d'attendre davantage
(Lettres, 24.) La Boétie écrivait astheure. Montaigne
a écrit asture.
- Astination, n. f.—Obstination.
- Astiner, v. n.—Obstiner. Ex. J'astine pas.
- Astiner (s'), v. pr.—S'opiniâtrer à vouloir faire une chose.
- Atoca, n. m.—Canneberge à gros fruits.
- Atosset, n. m.
- Nom sauvage d'un poisson que l'on trouve dans les eaux
du lac Saint-Jean.
- Atout, n. m.
- Agréments, qualités extérieures, attraits. Ex. Voilà une
femme qui a beaucoup d'atout. En Normandie, le mot
adous signifie ornements, parures.
- A tout de reste, loc. adv.
- Quand même, de toutes ses forces. Ex. Il veut cela à tout
de reste.
- A toute, loc. adv.—Aussi bien que possible.
- A toute éreinte, loc. adv.
- De toutes ses forces. Ex. Travailler à toute éreinte.
- Attache, n. f.
- —Attachement, affection. Boileau et Racine se sont servi
de ce mot pour exprimer la même idée.
- —Lien. Ex. Mets des attaches à ton chapeau.
- Attaque, n. f.—Jouer à l'attaque. V. Tague.
- Attaquer, v. a.
- Meurtrir, dans un état voisin de la corruption. Ex. Cette
pomme est attaquée, mets-la de côté.
- Attation, n. f.
- Attention. Ex. Je te dis que le feu d'artifice durant les
fêtes de Champlain a été beau, attation!
- Attelage, n. m.
- Harnais. Ex. Mets l'attelage sur le dos du cheval.
- Attelée, n. f.
- Forte dépense de travail. Ex. Puisqu'il y a tant à faire,
donnons une bonne attelée.
- Atteler, v. a.
- —Mettre le harnais au dos du cheval. Ex. Baptiste,
attelle la grise sur le quat'roues?
- —Assujétir quelqu'un, le maîtriser. Ex. En voici un que
j'attellerai au premier jour.
- —Mettre dans une impasse, dans de mauvais draps.
- Attelles (dans les), n. f. pl.
- —Traîner une existence pénible. Ex. Il est dans les
attelles.
- —Faire un grand effort. Ex. Il va falloir tirer dans les
attelles, la besogne est raide.
- * Attendre pour quelqu'un.
- Attendre après quelqu'un. (Angl.)
- Attends bien (t').
- Tu me comprends.
- Attifiaux, n. m. pl.—Attifets.
- Attigner, v. n.
- Forcer beaucoup.
- Attikkameg, n. m.
- Poisson blanc. Nom d'une ancienne tribu sauvage cantonnée
sur la rivière Saint-Maurice.
- Attirer, v. n.
- Faire suppurer. Ex. Sur ton clou (furoncle), mets un cataplasme
de graine de lin, ça attire bien.
- Attisée, n. f.
- Un bon feu. Ex. Il commence à faire froid, nous allons
faire une petite attisée.
- Attorney, n. m.
- Procureur chargé de représenter une partie en justice. Vieux
mot français atorné. L'atorné, à Compiègne, est un
magistrat élu pour trois ans à la Saint-Jean-Baptiste.
- Attraper, v. a.
- —Atteindre: Ex. J'ai attrapé mon but.
- —Déshonorer.
- Au, art.
- —Le. Ex. Nous partirons au premier de mai.
- —De. Ex. Une salade au poulet.
- —Du. Ex. Voici le livre au père Lemoine.
- Aubarge, n. f.—Auberge.
- Aubargiste, n. m.—Aubergiste.
- Aubel, n. m.
- Aubier. Aubel se disait jadis.
- Aucun, adj.—Tout, n'importe quel.
- Aucun temps (en), loc. adv.
- En tout temps. Ex. Tu pourras venir en aucun temps.
- Aucun autre, loc. adv.—Tout autre.
- Audience, n. f.—Auditoire.
- * Auditer, v. a.—Vérifier les comptes. (Angl.)
- * Auditeur, n. m.
- Celui qui vérifie, examine les comptes. (Angl.)
- * Audition, n. f.—Vérification des comptes. (Angl.)
- Auge, n. m.—Auge, n. f.
- Augmentation, n. f.—Partie de paroisse nouvellement annexée.
Ex. L'augmentation de Somerset.
- Augurer, v. n.—Avoir belle ou mauvaise apparence. Ex.
Cette affaire augure mal.
- Auieu de, loc. adv.—Au lieu de.
- Aujord'hui, adv.—Aujourd'hui.
- Au jour d'aujourd'hui, loc. adv.
- Aujourd'hui même. Ce mot se décompose en quatre autres,
dont deux, jour et hui ont la même signification.
- Aumone, n. f.
- Aumône. Ex. Faire l'aumone aux pauvres qui passent.
- Aunage, n. m.
- —Aunaie, lieu planté d'aunes.
- —Branche d'aune.
- Auparavant, adv.
- Avant. Nous devons nous habiller chaudement auparavant
que de nous mettre en route.
- Auparavant moi, loc.—Avant moi.
- Au ras.
- V. A ras. On peut dire au ras de l'eau, de manière à être
de niveau avec la surface de l'eau.
- Auripiaux, n. m. pl.—Oreillons.
- Aussi... comme, loc. adv.
- Aussi... que. Ex. Il est aussi instruit comme toi.
- Autant comme, loc. adv.
- Autant que. Ex. J'exigerai autant comme vous.
- Autant comme autant, loc. adv.
- Tant et plus. Ex. Je l'ai réprimandé autant comme autant,
et rien n'y fait.
- Autant (en) que, loc. adv.
- Autant que, en tant que. Ex. En autant que je m'en souviens,
c'est vrai.
- Autant dire, loc.
- On peut dire, pour ainsi dire. Ex. Autant dire que ma
fortune est compromise.
- Aute, adj.
- Autre. Ex. C'est une aute paire de manches. On trouve
aute dans l'ancien français.
- Authentiquer, v. a.—Rendre authentique. Mot vieilli.
- Aux environs, loc.
- Près de. Ex. Il est aux environs de quatre heures.
- Avachi, n. m.—Paresseux.
- Avachir, v. n.—Rendre lâche, paresseux.
- Avachir (s'), v. pr.—Devenir lâche.
- Avalanche, n. f.
- Troupe, ribambelle. Ex. Une avalanche d'enfants à instruire.—As-tu
vu sortir les écoliers du séminaire? Quelle
avalanche!
- Avalange, n. f.
- Avalanche.
- Avance (à l'), loc. adv.
- D'avance, par anticipation. Ex. Je vais te payer à l'avance.
- Avance (d'), adv.
- —Vif, prompt à la besogne. Ex. Cet homme n'est pas
d'avance.
- —Des patates d'avance. V. Patates.
- Avancé, n. m.
- Allégation, assertion. Ex. Je vais répondre à tous ses
avancés.
- Avancer, v. a.
- —Approcher. Ex. Avance donc cette chaise pour que je
m'y asseoie.
- —Commencer à se corrompre. Ex. Ce bifstek est pas mal
avancé.
- Avancer à quelqu'un.
- Fournir des fonds. Ex. Avance-moi donc cinq piastres,
j'en ai un grand besoin.
- Avances, n. f.
- —Racontars. Ex. Je n'ai que faire de tes avances, cela ne
prend pas.
- —Arrhes. Si tu veux que je corrige tes épreuves, donne-moi
des avances.
- Avant, adv. et n.
- —Profondément. Ex. Creuse avant, si tu veux trouver
de l'or.
- —Aller trop vite. Ex. Ma montre prend de l'avant.
- Avant (venir de l').
- Briguer les suffrages. Ex. As-tu entendu dire que notre
ami vient de l'avant pour les Communes.
- Avant (en), loc.
- —Briller. Ex. Cet élève est en avant de sa classe.
- —Prévoir, savoir par avance. Ex. Un tel est en avant de
son temps.
- Avant (par), loc.
- Avant. Ex. Il est venu par avant moi.
- Avant-z-hier, loc adv.—Avant-hier.
- Avarde, adj. f.
- Avare. Ex. Cette femme est avarde.
- Avaricieux, euse, adj.
- Avare qui lésine sur tout.
- Avarie, n. f.
- —Malheur, dommages. Ex. Si nous n'avons pas d'avarie,
nous serons bientôt prêts à partir.
- —Besoin imprévu. Ex. En tout cas d'avarie, emportons
nos parapluies.
- Avarse, n. f.
- Averse. Ex. Il tombe une avarse à boire debout.
- Avé, prép.—Avec. Ex. Viens avé moi.
- Avec, prép.
- —Par. Ex. Je vais partir avec les chars.
- —De. Ex. Que faire avec cela?
- —Dans. Ex. Je n'ai rien à voir avec cela.
- —Envers. Ex. Je suis quitte avec lui.
- —De même. Ex. Il est resté coi, et moi avec.
- —Partir avec pas le sou, sans argent.
- Aveindre, v. a.
- Atteindre difficilement. Ex. Cet objet est très élevé, tout
de même je vais essayer de l'aveindre.
- Aveindu, p. p.
- Aveint. Ex. Le docteur a eu de la misère à m'arracher
une grosse dent malade, finalement il l'a aveindue.
- Aveine, n. f.—Avoine.
- Avenant, adj. part.
- Advenant. Ex. Avenant le jour où tu voudras me voir, je
serai là.
- Avenante (à l'), loc. adv.—A l'avenant.
- Avenir, v. n.—Convenir. Ex. Cet habit lui avient.
- A venir jusqu'à, loc. adv.
- Jusqu'à. Ex. Il s'est bien comporté à venir jusqu'au jour
d'aujourd'hui.
- Avention, n. f.
- —A merveille. Ex. Cet orateur parle comme une avention.
- —Dextérité. Ex. Voilà un enfant qui ira loin, il est plein
d'aventions.
- Aventionner, v. a.
- Inventer. Ex. Cet ouvrier est très habile, il ne cesse pas
d'aventionner quelque nouvelle machine.
- Aventionner (s'), v. pr.
- Se mettre dans l'idée. Ex. Aventionne-toi pas que tu puisses
me blaguer, je connais tes trucs.
- Avents (les), n. m. p.
- L'Avent. Ex. Voilà les Avents qui arrivent, l'hiver va commencer.
En France, on dit les avents des grands prédicateurs.
- Aventurer (s'), v. pr.
- Aller loin. Ex. J'arrive du lac à la Galette, je me suis
même aventuré un peu plus loin.
- Avérage, n. m.
- Borne moyenne, vraie et admise. Ex. Ma terre m'a rapporté
depuis trois ans trois cents minots de blé en avérage.
- Averdingle, n. f.
- —Avarie.
- —Insulte, affront.
- Avèré, adj.
- Avéré, reconnu vrai. Ex. C'est un fait avèré que nous
sommes en temps d'élection.
- Avertisation, n. f.—Avertissement.
- Aveuc, prép.—Avec.
- Aviron, n. m.
- Pagaie. L'aviron est une rame d'embarcation; la pagaie
se manie sans qu'on l'appuie à l'embarcation.
- Avis, n. m.—M'est avis, je suis d'avis.
- * Aviser, v. a.
- —Conseiller. Ex. Je vous aviserais de ne pas présenter
cette loi devant les Chambres. (Angl.)
- —Regarder. Ex. Examine sérieusement ton affaire, avise-la
de près.
- Aviseur, n. m.—Conseiller. (Angl.)
- Avisse, n. f.—Vis.
- Avisser, v. a.—Visser.
- Avocasser, v. a.
- Défendre, appuyer une théorie.
- Le mot avocasser était l'une des expressions favorites
de Sir George-Etienne Cartier. Nous trouvons dans
Godefroy le mot avocassage pour signifier l'art de plaider,
la profession d'avocat, et avocacion, plaidoyer, office
d'avocat. L'Académie a admis avocasserie, en 1877, et
avocasser est français et signifie exercer obscurément la
profession d'avocat.
- Avoine, n. f.
- Faire manger de l'avoine à quelqu'un, le fait d'un jeune
homme qui courtise une jeune fille avec plus d'avantage
que tout autre.
- Avoir, v. aux.
- S'emploie dans une foule de locutions assez typiques.
- —Avoir le bras long, faire sentir son influence très au loin.
- —Avoir du sable dans les yeux, s'endormir, c'est l'homme
au sable qui passe.
- —Avoir du pain sur la planche, avoir de l'argent de côté.
- —Avoir du chien, être brave, courageux.
- —Avoir des mots, se disputer.
- —Avoir mal aux cheveux, avoir la migraine le lendemain
d'une noce.
- —Avoir l'estomac dans les talons, avoir une grande faim.
- —Avoir les côtes sur le long, être paresseux.
- —N'avoir pas inventé la poudre, être imbécile.
- —N'avoir pas inventé les boutons à quatre trous, même sens.
- —N'avoir pas la langue dans sa poche, parler beaucoup.
- Avons (j'), v. aux.
- Nous avons, j'ai. Expression très en vogue chez les Acadiens.
- Avous? v. aux.
- Avez-vous? Dans la farce de Pathelin, nous lisons: Avous
mal aux dents, maistre Pierre?
- Avri, n. s.—Avril.
- Avril (poisson d').
- Courir le poisson d'avril, c'est aller à la recherche d'une chose
qui n'existe pas.
- Ayau, n. m.—Noyau.
- Ayère, n. f.
- —Œillère, dent.
- —Œillère, visière.
- Âzur, n. m.—Azur. Ex. Bleu comme l'âzur.