1: Cette satire, dont le second titre, La Miliade, vient de ce qu'elle est composée, de mille vers, fut plusieurs fois réimprimée, mais est pourtant assez rare. La première édition, petit in-12 de soixante-six pages, à la fin de laquelle on lit: Imprimé à Anvers, est de beaucoup la moins commune. L'édition in-4o, qui date du temps des mazarinades, comme l'indique assez son format, se trouve plus facilement; c'est elle, qui nous sert ici pour notre texte. La Milliade fut aussi réimprimée dans les diverses éditions du petit recueil de pièces: Le tableau de la vie et du gouvernement de Messieurs les cardinaux Richelieu et de Mazarin, et de M. Colbert, etc. On la trouve, p. 1-28, dans l'édition de Cologne, P. Marteau, 1694, in-12. Où fut-elle d'abord imprimée? M. Leber pense qu'elle doit, comme les autres satires les plus violentés de ce temps-là, être évidemment sortie d'une cave de Paris. (De l'état réel de la presse et des pamphlets depuis François Ier jusqu'à Louis XIV, 1834, petit in-8, p. 100.) Richelieu étoit d'une opinion contraire; il pensoit que toutes ces méchancetés venoient des Pays-Bas: «Les pièces qu'on imprimoit à Bruxelles contre lui, dit Tallemant (édit. in-12, t. II, p. 171), le chagrinoient terriblement. Il en eut un tel dépit que cela ne contribua pas peu à faire déclarer la guerre à l'Espagne.» La Milliade étoit de celles qui lui tenoient la plus au cœur. Tallemant ajoute, en effet, en note: «L'écrit qui l'a le plus fait enrager a été cette satire de mille vers, ou il y a du feu, mais c'est tout. Il fit emprisonner bien des gens pour cela, mais il n'en put rien découvrir, Je me souviens qu'on fermoit la porte sur soi pour la lire. Ce tyran-là étoit furieusement redouté. Je crois qu'elle vient de chez le cardinal de Retz; on n'en sait pourtant rien de certain.» On a beaucoup cherché ce que Tallemant avoue n'avoir pu découvrir. Les uns, tels que le Père Lelong (Biblioth. franç., t. II, no 22,095; et t. III, no 32,485; 516), l'attribuent à Charles Beys. Barbier (Dict. des Anonymes, t. II, p. 37-38) est du même avis. Peiguot, de son côté, l'attribue à Favreau. Ce qui semble, toutefois, le plus probable, c'est que la Milliade est de Louis d'Epinay, abbé de Chartrice, en Champagne, comte d'Estelan, etc. La Porte le dit d'une façon formelle dans ses Mémoires (collect. Petitot, 2e série, t. 59, p. 356). Il ajoute que, pour cette satire, «il y avoit alors quatre ou cinq prisonniers à la Bastille»; ce qui confirme ce qui a été dit tout à l'heure des nouveaux emprisonnements dont la Milliade fut cause. Il ne manque à l'opinion de La Porte que le témoignage de Tallemant. Il est singulier que lui, qui savoit tout, et entre autres beaucoup de choses de cet abbé d'Estelan, puisqu'il lui a consacré toute une Historiette (édit. in-8, t. III, p. 259-263), il n'ait rien dit, ne fût-ce que pour la démentir, de cette attribution qu'on lui faisoit de la Milliade; et c'est d'autant plus surprenant qu'il parle de l'humeur satirique de l'abbé et de ses écrits contre Richelieu. Ce silence de Tallemant n'implique toutefois qu'un doute contre l'assertion si nette de La Porte.—A la fin de la Fronde, en 1652, lorsqu'on étoit à bout de méchancetés contre Mazarin, on réimprima contre lui la Milliade, en se contentant de changer les noms, et aussi le titre. Voici celui qu'on lui donna: Le Gouvernement de l'Etat présent, où l'on voit les fourbes et tromperies de Mazarin, etc. «Il ne faut pas, dit M. Moreau, confondre cette pièce avec la Milliade ou l'Eloge burlesque de Mazarin (Bibliographie des Mazarinades, t. II, no 1502).
2: Gilles Carillo Alvarès d'Albornos, archevêque de Tolède, grand homme d'Etat du XIVe siècle et l'un de ceux qui contribuèrent le plus a mettre l'Italie sous la dépendance du Saint-Siége. Quant à Ximenès et au cardinal d'Amboise, dont les noms accompagnent celui-ci, on les connoît assez.
3: Allusion très hyperbolique aux cinq auteurs dont Richelieu s'étoit entouré et s'étoit fait une sorte de petite académie intime.
4: Le maréchal de Marillac avoit été décapité le 8 mai 1632, en place de Grève, et le 30 octobre suivant Henri de Montmorency, aussi maréchal de France, avoit subi le même supplice à Toulouse.
5: Ces quatre princesses exilées doivent être la reine mère, qui depuis longtemps déjà avoit dû quitter la France; la princesse de Conti, la duchesse de Chevreuse et la duchesse d'Elbeuf. Elles avoient pris part, contre Richelieu, aux intrigues de l'année 1631, et avoient en effet été envoyées en exil, ainsi que la duchesse de Lesdiguières et Mme d'Ornano.
6: Michel de Marillac, frère du maréchal, fait garde des sceaux en 1626, avoit dû se démettre de sa dignité en 1630, et depuis ce temps il avoit été tenu prisonnier, d'abord au château de Caen, ensuite en celui de Châteaudun, où il mourut le 7 août 1632.
7: Maître des requêtes, par qui commença la fortune de cette famille, dont faisoit partie M. de Machault, contrôleur général des finances sous Louis XV. Ils descendoient, disoit-on, du renégat juif Denis Machault, qui disparut en 1398, peu de temps après son abjuration. Plusieurs de ses coreligionnaires, soupçonnés de l'avoir tué, furent condamnés à payer une forte somme, avec laquelle on commença la construction du Petit-Pont (Piganiol de La Force, Descript. de Paris, t. II, p. 70.). Une inscription en toutes lettres sur laquelle on lisoit: Judœus, nomine Machault, attestoit ce fait. Elle disparut lors de l'incendie du Petit-Pont, en 1718, et l'on eut soin de remarquer qu'un Machault étoit alors lieutenant civil (Mémoires de d'Argenson, édit. elzev., t. II, p. 362).
8: Isaac de Laffemas, dont on a dit tant de mal. Tallemant, qui n'est jamais le dernier à faire chorus de médisance, a dit pourtant de lui (édit. in-8, t. IV, p. 32): «Quand le cardinal de Richelieu lui fit exercer par commission sa charge de lieutenant civil, il y acquit beaucoup de réputation et ôta bien des abus.»
9: Ce vers et le suivant ne se trouvent pas dans le Tableau de la vie et du gouvernement des cardinaux Richelieu et Mazarin.
10: Var.: Gasprin.
11: François de Rochechouart de Jars, chevalier de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, commandeur de Lagny. Il avoit été mis à la Bastille «pour avoir eu part, comme dit La Porte, à l'intrigue de M. de Châteauneuf.» (Coll. Petitot, 2e série, t. 59, p. 369.) Il fut d'un grand secours à La Porte pour la correspondance que celui-ci, pendant son emprisonnement, entretenoit avec Anne d'Autriche». (Id., ibid.) Le magnifique hôtel qui se trouvoit rue Richelieu, en face de celui de Mazarin, et que la place Louvois a remplacé en partie, avoit été construit par François Mansart pour le commandeur de Jars.
12: Var.: pali.
13: Var.:
Ils sont ses sacrificateurs,
Ce bourreau les a pour ses prestres.
14: Pierre Le Messier, dit Belle-Rose, le principal comédien de l'hôtel de Bourgogne à l'époque de Richelieu. Il sembloit même que la troupe de ce théâtre fût la sienne, car dans l'Estat général des gages, appoinctements et pensions pour 1641, les 12,000 livres que le roi payoit à cette troupe sont ainsi portés: pour la bande des comédiens de Bellerose. Richelieu aimoit le théâtre, on le sait de reste. La musique lui plaisoit aussi beaucoup. Nous avons vu (t. VIII, p. 121) le plaisir qu'il prenoit à faire chanter devant lui Mme de Saint-Thomas, mais nous ne savions pas alors quelle étoit cette cantatrice à la mode. En relisant Tallemant, nous l'avons appris. Il nous dit (édit. in-8, t. IV, p. 49) qu'elle étoit fille du procureur Sandrier, fort jolie et fort coquette. Elle avoit épousé M. de Saint-Thomas, conseiller d'Etat en Savoie. «Elle revint à Paris, dit Tallemant..., où elle se mit à chanter des airs italiens. Elle avoit appris à Turin. Elle fit bien du bruit, mais cela ne dura guère; plusieurs trouvent même qu'elle chante mal, car c'est tout-à-fait à la manière d'Italie; et elle grimace horriblement: on diroit qu'elle a des convulsions.»
15: Le 9 juillet 1636, les Espagnols nous avoient pris La Capelle, que le baron du Roc n'avoit défendu que sept jours.
16: C'étoit, on le sait, le bouffon du cardinal, qui, dans ses plus grands ennuis, ne trouvoit pas de meilleur remède à s'administrer qu'une prise de Boisrobert.
17: Peu de temps avant la prise de La Capelle, Jean de Werth étoit allé assiéger Liége pour les Espagnols, mais cette attaque fut bientôt abandonnée pour l'autre tentative, qui réussit mieux. (Aubery, Vie du cardinal de Richelieu, liv. V, ch. 35.)
18: Le prince de Condé avoit été obligé de lever le siége de Dôle le 15 août 1636. Deux ans après, M. de Condé étant allé mettre le siége devant Fontarabie, on fit une chanson qui se chantoit sur le vieil air des Zeste, et dont voici le refrain:
Il prendra Fontarabie,
Zeste,
Comme il a pris Dôle.
Ce refrain, souvent cité dans les écrits du temps, étoit encore célèbre quand Richelet fit son Dictionnaire. Il le prit pour en faire un exemple au mot zeste. Là-dessus on bâtit un conte. On prétendit que celui contre qui avoit été faite la chanson, lisant ce dictionnaire, moins grammatical que satirique, étoit tout joyeux de voir que, plus heureux qu'une foule d'autres, il n'y étoit attaqué dans aucun article. Le dernier le fit bien déchanter: c'étoit le mot zeste avec son fameux exemple. Il n'avoit pas perdu pour attendre. Je ne vois qu'un malheur pour l'anecdote, c'est qu'il s'en faut de plus de trente ans qu'elle soit possible. Le prince de Condé, pour qui seul le refrain faisoit épigramme, mourut en 1646, et le dictionnaire de Richelet ne parut qu'en 1680. Cela n'empêchera pas que les ana de l'avenir répéteront l'anecdote, comme l'ont répétée tous ceux du passé.
19: V., pour la maladie du cardinal, une pièce de notre tome VII, p. 231.
20: Après cette bataille, gagnée le 20 mai 1635, sur le prince Thomas, par les maréchaux de Brezé et de Châtillon, l'armée feignit de se porter sur Bruxelles, ce qui fit que le cardinal-infant y concentra ses forces en toute hâte, dégarnissant ainsi Louvain, seule place où tendoient sérieusement les entreprises de nos troupes. Ce plan, habilement conçu, manqua par la faute du prince d'Orange, qui, jaloux du cardinal, et ne voulant pas contribuer à lui gagner ce nouveau succès, fit lever le siége de Louvain après dix jours d'attaque.
21: Le P. Joseph.
22: François Sublet de Noyers, surintendant des bâtiments.
23: Pierre Séguier, chancelier de France depuis 1635.
24: Claude Bouthillier, surintendant des finances, et Léon Bouthillier de Chavigny.
25: Le P. Joseph, de concert avec la duchesse d'Orléans, avoit établi la réforme dans le monastère de Fontevrauld.
26: Le P. Joseph avoit institué l'ordre des Filles du Saint-Sacrement, dites Filles du Calvaire. Le couvent que ces religieuses occupoient au Marais avoit été fondé par lui. (V. Piganiol de La Force, Description de Paris, t. IV, p. 377-378.) La rue qui met en communication la rue Saint-Louis et le boulevard rappelle ce couvent, dont elle porte le nom. L'église voisine, Saint-Denis-du-Saint-Sacrement, en est aussi un souvenir.
27: Le P. Joseph, qu'on appeloit l'éminence grise, désiroit fort qu'on l'appelât l'éminence rouge, comme Richelieu son patron. On dit que Louis XIII obtint pour lui le chapeau, mais il n'arriva qu'après le 18 décembre 1638, c'est-à-dire lorsque l'ambitieux capucin étoit mort.
28: «Jamais, au fond, dit Tallemant, chancelier ne fit moins le chancelier que lui; il est toujours le très humble valet du ministre.» (1re édit., in-8, t. 3, p. 34.)
29: Le texte donné dans le Tableau du gouvernement des cardinaux Richelieu et Mazarin la nomme en toutes lettres: La Fabry. C'est la femme du chancelier Séguier, fille de Fabri, trésorier de l'extraordinaire des guerres. (V. Caquets de l'Accouchée, édit. elzev., p. 166, note.) Un passage de Tallemant nous explique pourquoi on l'appelle ici cette serrurière. «On dit, écrit-il, que le grand-père de Fabri étoit serrurier, d'où vient la pointe fabricando, fabrisimus.» (Edit. in-8, t. III, p. 35.)
30: «C'est, écrit Tallemant, la plus avare femme du monde. Tous les officiers que le chancelier reçoit lui doivent six aunes de velours ou de satin, selon la charge qu'ils ont... De là vient qu'on l'appelle la fripière.» (Id., ibid.)
31: «M. de Noyers, dit Tallemant (2e édit., t. III, p. 248), étoit une vraie âme de valet.»
32: «Ce petit homme, dit encore des Réaux, vouloit tout faire, et étoit jaloux de tout le monde.»
33: Henri-Auguste de Lomenie, comte de Brienne, secrétaire d'Etat, père de celui qui écrivit les fameux Mémoires publiés par M. Fr. Barrière.
34: Ce ne peut être ni Paul Phélypeaux de Pontchartrain, mort en 1621, ni Rémy Phélypeaux d'Herbault, mort en 1629; mais bien Louis Phélypeaux de La Vrillière, qui, dès cette époque, étoit secrétaire d'Etat, comme l'avoient été les précédents.
35: Servien étoit alors exilé à Angers, mais ce n'étoit pas du tout à cause de son noble génie. Une querelle qu'il avoit eue avec Boisrobert, au sujet d'une raillerie que celui-ci avoit faite touchant ses amours avec mademoiselle Vincent, la chanteuse, avoit indisposé Richelieu contre lui. Le cardinal, en effet, donnoit toujours raison à son bouffon. Peu de temps après, Servien avoit dû partir pour le lieu de son exil. (Tallemant, 1re édit., t. II, p. 376-377.)
36: Léon Bouthillier de Chavigny, dont il a déjà été parlé.
37: C'étoit, en effet, l'homme à tout faire de Richelieu. C'est lui qui fut envoyé à Paris, vers Gaston, pour favoriser à cette petite cour les desseins du cardinal, et il s'y prit si adroitement que Monsieur lui-même fut trompé. (Mémoires de Montrésor, coll. Petitot, 2e série, t. 54, p. 315.) Lors de la conspiration de Cinq-Mars, c'est Chavigny qui fut envoyé par Richelieu vers le roi, porteur du traité conclu par Monsieur, Cinq-Mars et le duc de Bouillon, avec l'Espagne. (Mémoires de La Châtre, coll. Petitot, 2e série, t. 49, p. 384.)
38: Richelieu avoit, en effet, la plus grande affection pour Chavigny, et la plus entière confiance en son habileté. «Il prend, dit Tallemant (édit. in-12, t. II, p. 232), M. de Chavigny pour le plus grand génie du monde.»
39: Urbain de Maillé, marquis de Brézé, maréchal de France, devoit sa haute position à sa femme Nicole, du Plessis-Richelieu, sœur du cardinal. Elle étoit morte le 30 août 1635, mais la faveur du maréchal avoit continué.
40: Charles de La Porte, duc de La Meilleraye, maréchal de France, cousin germain du cardinal de Richelieu.
41: Le marquis de Coislin, neveu du cardinal, pourvu de la charge de colonel général des Suisses après Bassompierre.
42: M. Pont-de-Courlay, autre neveu du ministre, qui avoit le grade de général des galères. Tallemant parle d'une peinture que le duc de Roannez possédoit dans son château d'Oiron, vers Loudun, où se voyoit le ministre, avec une partie de ces parents dont il avoit fait l'élévation: «Le cardinal de Richelieu est peint habillé comme la Fortune, qui tend un bâton de maréchal à un petit grimaud qui représente La Meilleraye; donne une ancre à un fort vilain gobin, le général des galères Pont-de-Courlay, et les enseignes des Suisses au colonel des Suisses, le maréchal de Coislin, autre bossu.» (Edit. in-12, t. III, p. 53.)
44: Claude Bullion, surintendant des finances.
45: Bernard, duc de Saxe-Weimar, l'un des bons capitaines de ce temps-là, qui avoit mis alors son épée au service de la France.
46: «Cornuel, president à la Chambre des Comptes, dit Amelot de la Houssaye (Mémoires historiques, t. 2, p. 428), avoit toute la direction des finances sous la surintendance de Bullion. Il etoit très bel homme, et avoit une belle femme, dont on dit que le surintendant étoit fort amoureux.»
47: «On appeloit Bullion le Gros-Guillaume raccourci», dit Tallemant, qui savoit sa Milliade par cœur, et qui prouve ainsi combien les traits de cette satire furent bientôt répandus et populaires. (Edit. in-12, t. 2, p. 196.)
48: «Le surintendant, écrit Amelot de la Houssaye, se servit encore d'un autre homme, nommé Jacques Coquet, qui entendoit assez bien les finances, mais encore mieux l'art de negocier en amour. Cornuel lui vendoit sa femme, et Coquet des maîtresses.» (Mémoires historiques, t. 2, p. 429.) Tallemant dit aussi en toutes lettres: «Coquet étoit le maquereau de Bullion.» (1re édit. in-8, t. 3, p. 376.)
49: Nicolas Le Jay, premier président du parlement de Paris.
50: Cette terre avoit été érigée en baronnie, et le président, ainsi que son fils Charles; portèrent le titre de baron de Maisonrouge.
51: La femme du président Le Jay étoit en effet fille de Charles Marchand, capitaine des trois corps d'archers de la ville, et le même qui fit construire à ses frais le pont ainsi nommé, à cause de lui, pont Marchand, à la place du Pont-aux-Meuniers, écroulé le 21 décembre 1594.
52: A la suite de ce vers se trouvent ceux-ci, dans le texte donné dans le Tableau de la vie et du gouvernement, etc.:
Il ne desiroit pour tombeau
Que celui dont vit Isabeau.
53: Allusion à la victoire que M. de Thoiras avoit remportée sur les Anglois dans l'île de Rhé, en 1629, et à la belle défense que les François avoient faite à Casal en 1629 et en 1630, et a Mantoue vers le même temps.
54: En 1634, le duc de Lorraine, pour échapper aux engagements qu'il avoit pris avec le roi, ayant cédé ses états au cardinal François, son frère, Louis XIII le punit de sa mauvaise foi insigne en mettant la main sur toute la province. C'est ce que notre satirique appelle ici une usurpation du cardinal.
55: Sœur de Pont-Courtay, et partant nièce du cardinal. Après l'affaire du pont de Cé, pour établir un semblant d'alliance entre lui et MM. de Luynes, Richelieu avoit fait épouser cette nièce à Antoine de Beauvoir du Roure, seigneur de Combalet, neveu du duc de Luynes. Plus tard, il la fit duchesse d'Aiguillon.
56: A la fin de l'Histoire secrète des amours du cardinal de Richelieu avec Marie de Médicis et madame de Combalet, curieux mémoire publié, on ne sait pourquoi, par Auguis, dans ce qu'il appelle les Révélations indiscrètes du XVIIIe siècle, 1814, in-12, p. 145-182, on lit ceci: «Elle (madame de Combalet) eut dans la suite de grandes liaisons avec madame du Vigean, qui n'étoit pas plus prude qu'elle.» Tallemant (édit. in-12, t. 2, p. 204) fait foi lui-même de ces relations et de l'influence de madame de Vigean sur madame de Combalet.
57: Ces deux vers manquent dans l'édition in-4o.
58: Bien que cette pièce intéresse une des époques les plus curieuses de l'histoire du Portugal, nous la reproduisons ici moins pour elle-même que pour le singulier appendice que lui a donné son premier éditeur. Cet appendice, comme on le verra, n'est pas autre chose qu'une feuille de petites affiches en 1633.
59: Ce prince de Portugal est D. Cristovao, l'un des deux fils du prétendant D. Antonio, prieur de Crato, qui, sans avoir des droits légitimes, avoit le plus énergiquement lutté, par tous les moyens possibles, pour que le Portugal n'eût d'autre roi qu'un prince portugais. On sait qu'après avoir tout tenté pour arracher son pays à la domination espagnole, D. Antonio mourut à la peine en 1595, ne laissant que ses prétentions pour héritage à son fils. D. Cristovao fut le seul qui resta en France. Nous savions qu'il y étoit encore en 1632, car cette année-là du Moustier fit son portrait. (V. notre volume Un Prétendant portugais au XVIe siècle, 1852, in-12, p. 44, 85, 95.) La date de la pièce reproduite ici prouve que l'année suivante il s'y trouvoit encore. Il y vivoit d'une pension que lui faisoit le roi, comme on peut le voir par une pièce que possédoit M. de Joursanvault. (V. le Catalogue de sa collection, 1re partie, p. 35, no 257.)
60: Fils du duc d'Albe et le même qui s'étoit illustré par la prise de Mons en 1573. On sait que le duc d'Albe avoit contribué plus que personne à la conquête du Portugal par les Espagnols. Le gouvernement de Lisbonne revenoit donc de droit à quelqu'un des siens.
61: Nous avons déjà parlé du bureau d'adresse établi par Renaudot (V. notre t. I, p. 138, et le Roman bourgeois, p. 106); nous n'avons donc pas besoin d'y revenir longuement. L'idée d'un semblable bureau de renseignements n'étoit pas nouvelle. On sait par Montaigne (liv. 1, ch. 34) que son père l'avoit eue déjà; Barthélemy de Laffémas l'avoit reprise sous Henri IV, comme on le voit par un passage de son Histoire du Commerce (Archives curieuses, 1re série, t. XIV, p. 223-424); mais ni l'un ni l'autre n'étoit allé plus loin que le projet. C'est à Théophraste Renaudot qu'en étoit réservée la mise à exécution. Il comprit à merveille ce que devoit être un pareil établissement, et tout d'abord il le fit très complet. On savoit déjà qu'il y avoit joint des sortes de cours, des conférences, dans lesquels se traitoient toutes sortes de questions, et dont il sera parlé plus loin; mais on ignoroit généralement que pour donner une utilité plus directe à la partie principale de son établissement, au bureau même des adresses, il avoit mis à son service une feuille spéciale, de véritables petites affiches. Elles paroissoient le premier de chaque mois; celle que nous publions ici, comme spécimen, étant la quinzième et portant la date de septembre 1633, on voit que cette intéressante création remontoit au 1er juin 1632. Il y avoit déjà six mois que Renaudot publioit sa Gazette quand il lança cette nouvelle feuille, et il voulut que, tout en servant pour le bureau d'adresse, elle fût aussi pour l'autre comme une feuille de supplément. La relation qui se trouve en tête du ce quinzième numéro en est la preuve. Tel fait qui n'avoit pas paru dans l'une étoit inséré dans l'autre: il falloit donc être abonné aux deux pour être bien sûr de ne rien ignorer des nouvelles du jour. Quand Conrard écrit à Félibien, le 10 octobre 1647: «Le gazetier ne nous a pas encore donné de nouvelles du tremblement de terre dont vous me parlez; il la garde sans doute pour quand il en manquera d'autre», peut-être n'avoit-il pas lu la feuille d'avis où pouvoit se trouver le fait omis dans la Gazette. Ces relations mises en tête de la feuille d'avis me semblent être ce que furent plus tard les extraordinaires ou suppléments de la Gazette. Combien coûtait chaque numéro? Je ne sais; mais comme le prix d'entrée au bureau d'adresse étoit de trois sols, ainsi qu'on le voit par ces deux vers du Ballet auquel il servit de motif en 1631 (p. 12):
Pour nos trois sols nous y pouvons entrer,
Et trouver quelque chose ou blanque,
peut-être vous y donnoit-on par-dessus le marché le dernier numéro publié. La chose est d'autant plus croyable que c'étoit surtout une feuille d'annonces, et qu'elle avoit plus besoin de lecteurs que les lecteurs n'avoient besoin d'elle.—Les Anglois, qui ont toujours tant d'empressement à nous imiter, ne manquèrent pas d'établir chez eux un bureau d'adresses semblable à celui de Renaudot. En 1637 Charles Ier autorisoit Jean Innys à ouvrir un établissement de ce genre. J'ignore s'il eut aussi la feuille d'avis; c'est fort probable. Celle de Renaudot exista jusqu'en 1653, époque de sa mort. En 1715, le libraire Thiboust l'avoit reprise. On lit en effet dans le Journal des Savants (août 1716): «Le sieur Thiboust, libraire-imprimeur, vend chaque semaine une brochure in-12 qui contient les affiches de Paris, des provinces et des pays étrangers.» Il n'est donc pas vrai de dire que ce fut Antoine Boudet qui créa les Petites Affiches, en 1745. M. Barbier a le premier fait cette rectification dans son Examen critique des dictionnaires historiques, t. 1, p. 143; mais il a oublié de nommer Renaudot, si bien qu'en réparant une injustice, il en a, sans le savoir, commis une autre.
62: Ces indications abrégées signifient volume III, folio 252 à 253, verso. Vous voyez qu'il y avoit beaucoup d'ordre au bureau d'adresse.
63: Il se trouvoit rue des Grands-Augustins. Il fut démoli en 1671 pour faire place à la rue qu'on nomma rue de Savoie, parce que les derniers propriétaires de l'hôtel avoient été des princes de Savoie.
64: V., sur ce drap, t. 3, p. 37, note.
65: Ne croiroit-on pas lire le mémoire de La Flèche, dans l'Avare? C'est que Molière savoit dresser un inventaire de tapissier: il étoit fils de maître.
66: Prudent Le Choyselat avoit publié dès 1572 son fameux traité: Discours œconomique, non moins utile que recreatif, montrant comme de cinq cents livres pour une fois employées l'on peut tirer par an quatre mille cinq cents livres de proffict honneste. Il s'agit, comme on sait, d'élever des poules.
67: Voici le titre complet de ce livre: Orbis terrarum geographica descriptio, 1607, in-fol.
68: C'est-à-dire au bureau d'adresse.
69: La séance eut lieu, en effet, comme il est dit dans ce programme sommaire. On le sait par le Recueil général des questions traictées ès conférences du bureau d'adresse, etc. Paris, 1656, in-8. On voit, t. 1, p. 36, 45, qu'il y eut, à la troisième conférence, dissertation sur les causes en général; puis sur cette question: Pourquoy chascun est jaloux de ses opinions, n'y eust-il aucun intérêt? Dix personnes parlèrent sur le premier point; mais pour l'autre il n'y en eut guère que quatre ou cinq. Quant aux curiosités et inventions, celles dont on s'occupa furent un microscope qui faisoit paroître une puce aussi grosse qu'une souris, et la grande question du mouvement perpétuel.
70: Nous avons déjà donné, t. 2, p. 221-236, une pièce sur un de ces déluges de la Bièvre qui furent autrefois si fréquents et si terribles. Celui dont il est ici question fut l'un de ceux qui firent le plus de ravages. Le nom de Déluge de Saint-Marcel lui resta. On écrivit à ce sujet plusieurs relations, entre autres celle qui a pour titre: Le Désastre merveilleux et effroyable d'un deluge advenu ès faubourg S. Marcel les Paris, le 8e jour d'avril 1579, avec le nombre des mors et blessés et maisons abbatues par la dite ravine. Paris, Jean Pinart, 1579. Comme cette pièce a déjà été publiée dans les Archives curieuses de l'Histoire de France, 1re série, t. 9, p. 303-309, nous lui avons préféré celle que nous donnons ici, qui est d'ailleurs beaucoup plus rare. Jean Dongois, chez qui elle fut imprimée, ne livroit pas ordinairement ses presses à de semblables livrets; s'il publia celui-ci, c'est que le désastre qui s'y trouve raconté avoit eu lieu dans son voisinage. Peut-être est-ce lui-même qui l'a écrit. «Il estoit fort sçavant, dit La Caille, et nous avons de sa composition et de son impression le Promptuaire, contenant tout ce qui s'est passé depuis la création du monde jusqu'à son temps, imprimé en 1576.» (Histoire de l'imprimerie et de la librairie, p. 160.)
71: Dubreuil donne les mêmes détails. (Le Théâtre des antiquitez de Paris, 1639, in-4, p. 306.)
72: V., pour une autre cause des inondations de la Bièvre, notre t. 2, p. 223, note. Aujourd'hui, rien de semblable n'est plus à craindre. La canalisation de la Bièvre dans Paris est une des dernières mesures qui aient été prises. En faisant les travaux nécessaires, on a trouvé un certain nombre de médailles de l'empereur Julien.
73: «Il y eut, dit Du Breul, vingt-cinq personnes, tant hommes que femmes et petits enfants, que noyées, que tuées et accablées sous les ruines; quarante qui furent seulement blessées, quantité de bétail noyé et perdu.»
74: L'inondation s'étendit, selon Du Breul, jusqu'au couvent de Sainte-Claire, occupé par les cordelières de Saint-Marcel, c'est-à-dire par conséquent jusqu'au no 95 de la rue de Loursine. Le Pont-aux-Tripes, jeté sur la Bièvre, entre les nos 166 et 168 de la rue Mouffetard, et qui marquoit le point de jonction des deux bras de la petite rivière, fut renversé, ainsi qu'un certain nombre de maisons. On lit soixante ici. Du Breul va moins loin: il n'en compte que douze. «Et enfin, ajoute-t-il, tous les dommages que fist cette subite inondation furent estimez à peu prez à soixante mil escus, non compris et evaluez les autres degats et ravages qu'elle fist aux villages voisins.» Selon Sauval (t. 1, p. 210), l'eau dépava Saint-Médard, et l'église des Cordelières. En 1573, une inondation de la même rivière avoit détruit les murs du couvent du Val-Parfond, le Val-de-Grâce (Félibien, Preuves, t. 4, p. 835).
75: Du Breul, comme on l'a vu dans la note précédente, n'évalue pas le dommage à une aussi forte somme.
76: Par arrêt du vendredi 10 avril 1579, le Parlement décida qu'il iroit le lendemain en corps à Notre-Dame «pour appaiser l'ire de Dieu»; ainsi qu'il est dit dans l'ordonnance conservée par Félibien, t. 5, Preuves, p. 9.—La cérémonie eut lieu, «et à mesme fin, dit L'Estoile, fut le lundi ensuivant faite procession générale à Paris.» (Collect. Michaud, t. 14, p. 114.) Une courte relation de ce sinistre, rédigée en latin, se trouve aux premiers feuillets d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale, Anonymi Visiones (manuscrits latins, no 3770). M. Maurice Champion en a donné une traduction dans son curieux livre, les Inondations en France, etc., 1858, in-8, t. 1, p. 238-239.
77: On écrivit d'abord galand, et l'on disoit par conséquent galande au féminin. La Fontaine fut celui qui conserva le plus longtemps cette forme. V. sa fable de la Belette et son conte l'Anneau de Hans Carvel. V. aussi Ancien Théâtre, t. 2, p. 148, et 5, p. 252.
78: Maigre, misérable. Nous ne connoissions ce mot que pris substantivement et au masculin, comme lorsqu'on dit, par exemple, un pauvre hère.
79: Ce mot, dont nous avons déjà trouvé un exemple a la même époque, est donc plus ancien qu'on ne pense. Lorsque Noël et Carpentier ont dit, dans leur Dict. étymologique (t. 2, p. 563), qu'il était nouveau en 1728, non-seulement ils ne connoissoient pas ces passages, mais, ce qui est plus grave, ils ne se rappeloient pas ce vers du Tartuffe:
Et vous ne deviez pas vous tant passionner.
80: Cette pièce fait partie d'une sorte de cycle plaisant, tout composé de satires du genre de celle-ci, ou de caricatures. Il date du règne de Louis XIII, et rien n'en a survécu chez le peuple que le nom du principal personnage, Lustucru. C'étoit l'époque où l'extravagance des précieuses faisoit croire plus que jamais à la folie des femmes. Qui donc redressera ces cervelles tortues? disoit-on. On inventa un type de forgeron, à qui l'on prêta le talent nécessaire, et, pour preuve de l'incrédulité qu'on devoit avoir en ses prodiges inespérés, on l'appela comme je viens de dire. «Or, depuis cela, écrit Tallemant (2e édit. t. X, p. 203), quelque folâtre s'avisa de faire un almanach où il y avoit une espèce de forgeron, grotesquement habillé, qui tenoit avec des tenailles une tête de femme et la redressoit avec son marteau. Son nom étoit L'Eusses-tu-cru, et sa qualité médecin céphalique, voulant dire que c'étoit une chose qu'on ne croyoit pas qui pût jamais arriver que de redresser la tête d'une femme. Pour ornement, il y a un âne chargé de têtes de femmes, et mené par un singe. Il en arrive par eau, par terre, de tous les côtés. Cela a fait faire mille folies.» On trouve à la Bibliothèque impériale plusieurs gravures du genre de celle dont il est ici question. Ainsi il en est une dans le Recueil des plus illustres proverbes, portant, le no 2239 du cabinet des estampes, au bas de laquelle on lit: «Céans, M. Lustucru a un secret admirable, qu'il a rapporté de Madagascar, pour reforger et repolir, sans faire mal ni douleur, les testes des femmes acariastres, bigeardes, criardes, dyablesses, enragées, fantasques, glorieuses, hargneuses, insupportables, sottes, testues, volontaires, et qui ont d'autres incommoditez, le tout à prix raisonnable, aux riches pour de l'argent et aux pauvres gratis. A la page 24 d'un autre volume du même cabinet, portant le no 2133, se trouve une image sur le même sujet. C'est l'illustre Lustucru en son tribunal. Des maris venus de tous les coins du monde le remercient et lui offrent des présents, en reconnoissance des services qu'il leur a rendus. Mais bientôt la farce se fait tragédie; le sexe se venge: sur une gravure des Illustres Proverbes (no 69), on voit Lustucru massacré par les femmes. Bien plus, elles s'en prennent aux époux ses complices; et une dernière estampe représente l'Invention des femmes, qui font ôter la méchanceté de la tête de leurs maris. Somaize connut cette dernière pièce, et y fit allusion dans sa comédie des Veritables Pretieuses (Paris, Jean Ribou, 1660, in-12). On y voit un poëte qui vient réciter le commencement d'une tragédie intitulée: La Mort de Lustucru, lapidé par les femmes. Le médecin céphalique trouve où se venger à son tour de ces pédantes. Quelqu'un lui ménage une apparition, où il leur dit bel et bien leur fait; voici le titre de cette pièce d'outre-tombe: L'ombre de Lustucru apparue aux Précieuses, avec l'histoire de dame Lustucrue sa femme, qui raccommode les testes des méchants maris, s. l. n. d., in-4o. «Eh! quoi! précieuses à la mode, leur dit-il entre autres choses, avez-vous cru que je sois sorty de ce monde-cy pour n'y plus revenir?... Reformez vostre chaussure trop haute et trop estroite, et fort incommode pour aller gagner les pardons, desquels vous avez tant besoin. Ne portez plus de si riches habits, parce qu'on diroit que l'estuy veut mieux que ce qu'il renferme. Vous n'estes pas toutes si belles que vous croyez: vostre miroir vous en peut dire la vérité, et quelquefois les petites boettes de vostre cabinet vous fournissent une beauté empruntée qui ne passe point avec vous dans vostre lict, et que vous laissez le soir sur la toilette.» Remarquons en passant que Boileau, dans sa 10e satire, a dit plus tard presque textuellement la même chose: