Discours de M. Guillaume et de Jacques Bonhomme, paysant, sur la défaicte de 35 poulles et le cocq faicte en un souper par 3 soldats.

M.DC.XIV


Maistre Guillaume. L'impatience me faict mourir d'un extreme desir de te cognoistre, Jacques, affin d'emploier tout ce qui est en moy pour honorer le brave et rustique jugement de ta venerable vieillesse de quatre-vingts dix sept ans.

Bon-homme. Ce n'est pas moy, Guillaume, de qui il se faut railler: car, combien que tous les jours je ne sois comme toy à caymander de porte en porte, de palais en palais des seigneurs de la cour[170], humant l'odeur et la fumée de leurs marmites bouillantes, passant par devant leurs cuisines, desquelles tu es assez souvent chassé, néantmoins je ne laisse pourtant d'estre assez estimé, voire plus que toy, pour la vérité que souventefois je persuade à plusieurs qui se sont assez bien trouvez de m'avoir creu[171].

Guillaume. Je trouve ma condition feneante plus aisée que la tienne, car avec quelque cartel de ma fantaisie mal timbrée j'ay plustot acquis une pistole que toy un teston avec tes caquets persuasifs[172].

Bon-homme. Il est vray, et croy bien ce que tu dis; mais pourtant avec mon hocqueton de treillis[173] qui ne ressent que paix et amitié, j'ay plus de reputation entre les bons François que toy avec ta casaque rouge plissée à la turquesque.

Guillaume. Tes parolles et ton habit demonstrent la capacité de ta cervelle et de ton beau jugement, qui est tout radouté[174], ramenant par tes devis les vieilles neiges du grand hyver passé.

Bon-homme. Et les tiennes, Guillaume, procedant de ta cervelle pleine de follie, sont vrayes frivolles, badineries et discours qui ressent la bave comme les devis ordinaires des petits enfants.

Guillaume. Tout beau, Bon-homme! tu es cause de ma misère; ne te mocque de moy, car on s'amuse à tes lettres, qui, comme follies, courent les rues de Paris, et moy on me laisse passer sans me dire, comme on souloit: «Monsieur Guillaume, qu'avez-vous de nouveau?» Ainsi parloient à moy nos bons seigneurs de la cour, devant ces querelles d'Allemand.

Bon-homme. Ne te fasche non plus que moy: nous serons doresnavant aussi contens l'un que l'autre. Je croy que tu n'es non plus envieux de ma condition que je suis de la tienne. Voylà la paix, par la grace de Dieu, remise en la France[175]: tu seras comme devant aussi bien receu en ton estat de caymandier que devant; on prendra doresnavant plaisir à lire tes rapsoderies, de quoy tu retireras argent; et moy, paisible en ma maison rustique, sans crainte de gens d'armes ny de soldats pilleurs et poullaillers, revisiteray mon petit clos et mes vingt cinq arpens de terre que j'ay herité de mon grand père. La fortune et la chance sont retournez et pour toy et pour moy, selon tes desirs et les miens.

Guillaume. Desjà voudrois avoir veu cela, car il me desplaist assez d'ouyr parler de la guerre, source de toute misère, et particulièrement de la mienne.

Bon-homme. Je t'apprend pour certain que cela est. Je ne le sçay que par un de mes enfants que j'envoyay hier à Paris solliciter un mien procez. Pour toy, qui hante et entre partout malgré que l'on en aye, qui hume le vent de toutes les rues de Paris, tu en peux plus que moy savoir des nouvelles.

Guillaume. On le dit ainsi.

Bon-homme. Voyla donc qui va bien; nous deux en aurons du proffit.

Guillaume. Je ne scay quel proffit. La guerre, qui avoit fait faire tant de dépenses, aura tellement rendu les bourses flasques et légères qu'on n'aura plus envie de me donner.

Bon-homme. O! que le proffit de la paix est grand! En ceste resjouissance publique, on ne demandera plus qu'à rire, et à ouyr des comptes de plaisir comme les tiens, d'où retireras du lucre.

Guillaume. Pour vous cela est bon, car les soldats et gouvards[176] seront par ce moyen cassez et congediez, et partant contraints par les prevosts des villes d'abandonner vos maisons.

Bon-homme. Helas! que c'est une douce consolation pour nous! Car je t'asseure, Guillaume, mon bon amy, qu'ils nous ont fait mille ruines. Les marchands de la halle se pleignent de nous de quoy nous leur encherissons les œufs; mais les bonnes gens n'en sçavent pas la cause: tous nos sacs sont vuidez, et nos pauvres poulles, helas! ont esté mangées, sans en compter les plumes; c'est de quoy se plaignent aussi bien que moy les autres paysans d'auprès Pontoise, Poissy et Mante.

Guillaume. Cela n'est rien. Possible tu en as perdu quelque demy douzaine: est-ce là si grand sujet de te plaindre? Enqueste toy plus avant, fais un voyage à Nostre Dame de Liesse, et tu verras ce que l'on te dira prez de Laon[177].

Bon-homme. Quoy donc apprenez vous de nouveau de ces quartiers?

Guillaume. N'en sçais tu rien? N'as-tu point ouy parler de ceste grande occision de poulles?

Bon-homme. Non.

Guillaume. Je t'en veux dire quelque chose.

Bon-homme. Les choses nouvelles plaisent fort aux vieilles gens comme moy.

Guillaume. J'estois, il y a un jour ou deux, derrière deux laquais, dont l'un revenoit de Soissons[178], l'autre de Bretagne[179]. Pour la longue cognoissance qu'ils avoient l'un de l'autre, furent fort aises de se voir; tous deux, de plain accord pour apprendre l'un de l'autre des nouvelles de leur voyage, entrèrent en une taverne, comme c'est l'ordinaire de telles gens. Moy les suit, car, ne pouvant vivre de mes papiers, je hante volontiers en ces lieux, ou par fois l'un me presente à boire, l'autre à manger. Je m'assis à mesme table qu'eux, et les oy volontiers discourir. L'un apprend à l'autre ce qu'il a apprins des affaires de Bretaigne, et l'autre luy conte ce qui s'estoit passé à Soissons et aux environs. Entr'autres choses j'oüy un traict qui fera rire, Bon-homme, les vieilles bestes comme toy et moy. Celuy donc qui revenoit de Soissons disoit à l'autre qu'il avoit logé en un certain village qui estoit le quartier de quelque gendarmerie de nouveau enroollée. Il trouve en un certain logis trois soldats qui faisoient une chère desespérée aux despens des pauvres paysans et manans, ce qui, disoit-il, me faisoit grand mal au cœur, car je n'avois qu'un quart d'escu pour venir de Soissons à Paris; voylà pourquoy alors je ne mangeois que du pain à la fumée de leur souper, sans que ces vieux gourmands eussent le courage de me faire par charité estre de leur esquot (voy, Bon-homme, quelle gourmandise, je te prie; tu en devrois pleurer à chaudes larmes aussi bien que moy, qui ne mange le plus souvent que du pain, encore mon demy saoul). Ils avoient en un grand chaudron, pour trois qu'ils estoient, 35 poulles à l'estuvée, sans compter le cocq, qu'ils faisoient rostir; a-t-on jamais ouy parler de telle vie de soldats? Je ne sçay quels diables de ventres ils avoient; le plus fort poullailler eust bien esté chargé de porter un pannier plein de telles poulles grasses comme etoient celles-cy. Je vous laisse à penser combien de beurre et d'œufs et de poivre il fallut pour assaisonner telle fricassée de goulus, sans faire compte de vin qui fut tiré pour arroser leurs grands gosiers pavez et laver leurs trippes et boyaux de soixante et dix neuf aulnes de vuide. Il falloit, helas! quelle pitié! porter le chauderon à quatre, tant il estoit pesant! Je te laisse à penser si les Suisses en leur Suisserie en peuvent faire davantage. Le capitaine ou colonel à qui apartenoient ces trois poullaillers soldats fut adverty de telle drollerie, et luy mesme le voulut voir, qui, ne prenant garde aux larmes des quelques paysans despoullaillez, se prit à rire et en tint ses discours partout où il alloit. Je te laisse à penser, mon Bon-homme, quel ravage eût fait la guerre si elle se fût allumée à bon escient! Dieu a eu compassion de telles cruautez, et pource nous a redonné la paix, que nous devons à jamais conserver, en le priant d'accroistre la bonne fortune des François et destourner de la France tout ce suject et occasion de guerre et émotion civile.

Bon-homme. Ainsi soit-il.

Fin.

Le Bourgeois poli, où se voit l'abregé de divers complimens selon les diverses qualités des personnes, œuvre très-utile pour la conversation.

A Chartres, chez Claude Peigné, imprimeur, rue des trois Maillets.

M.DC.XXXI[180].


A MONSIEUR DU CHARMOY,
Conseiller du Roy, son President en l'Eslection de Chartres, etc.

Monsieur,

Entre mille belles qualités qui vous rendent aimable, celle du bien dire eclate tellement que l'on ne peut pas avoir eu l'honneur de vostre cognoissance, et n'avoir point esté pris aux charmes de vostre conversation. J'en serois un foible tesmoing pour mon peu de suffisance à cognoistre les choses principalement si relevées, et n'aurois garde aussi de vouloir temerairement obliger le public à me croire, si tant de bons esprits qui vous honorent ne confirmaient mon dire, et ne tesmoignoient comme moy des merveilles qu'ils admirent en vos discours. C'est, Monsieur, ce qui m'a fait vous dedier ce livre des compliments polis[181], ne pouvant mieux addresser l'eloquence qu'à un homme très-eloquent, ny des compliments bien faicts qu'à celuy qui en est un parfaict maistre. La diversité ayant cela qu'elle se rend tousjours agreable, je croy que ce livret ne vous ennuyra pas. Vous y verrez toutes sortes de personnes representer au naïf toutes sortes de civilités par les plus honnestes paroles que la nature et le païs leur peuvent fournir: la simplicité règne icy, on n'y voit point d'artifice: je m'asseure de vostre courtaisie qu'elle verra de bon œil le travail que fay pris à recueillir des choses si dignes d'estre estimées, et que vous m'excuserés facilement, si pour vous les dedier en ceste epistre je ne vous faits des compliments davantage, puis que ce m'est chose entièrement impossible, ayant mis dans le livre toutes les belles paroles que je sçavois.

Le Bourgeois poli.


DIALOGUE I.

Le Gentilhomme.
L'Armurier.
La Femme de l'Armurier.


Le Gentilhomme.

Dieu vous gard', mon maistre; y a t'il moyen icy de nous accommoder?

L'Armurier.

Ouy dea, Monsieur, que desirez-vous?

Le Gentilhomme.

Je veux une paire d'armes.

La Femme.

Monsieur, on vous accommodera de tout ce qu'il vous faut.

L'Armurier.

Entrez, entrez, Monsieur, s'il vous plaist. Vous plaist-il que nous montions à hault? vous verrez à la monstre si quelque chose vous duit: il y en a encore plus de cinquante paires de toutes les sortes. Vous en plaist-il à l'espreuve du mousquet? en desirez-vous à l'espreuve du pistolet? Tenez, voyez, choisissez, et ne vous deffendez que du prix: voila de la meilleure marchandise que vous sçauriez jamais voir.

La Femme.

Monsieur, si vous ne vous accommodez içy, à grand' peine vous accommoderez-vous ailleurs; il n'y a personne qui vous fasse meilleur prix que nous.

Le Gentilhomme.

Mordieu! voila qui est trop pesant. Dieu me damne si je n'aimerois mieux aller en pourpoint à la mercy des mousquetades que de porter un tel fardeau!

L'Armurier.

Monsieur, en voila de toutes les sortes, vous avez moien de choisir.

La Femme.

Monsieur, en voila de bien legères, il m'est à voir qu'elles vous accommoderont bien; c'est tout vostre faict, vous n'en serez guières plus chargé.

Le Gentilhomme.

Et bien, mon maistre, combien ceste paire là?

L'Armurier.

Monsieur, je vous asseure que vous n'en sçauriez moins payer que cinquante escus; encores, si c'estoit un autre, il ne les auroit pas pour le prix; mais il me fasche de vous envoier, par ce que je sers presque toute la noblesse du païs.

La Femme.

Monsieur, voila une paire d'armes que vous ne sçauriez payer de bonté, aussi elles sont de commande, et faites pour un Gentilhomme environ de vostre taille.

Le Gentilhomme.

Mon maistre, dites le plus juste prix; encore ne serez-vous pas marchand à vostre mot[182].

L'Armurier.

Monsieur, je ne surfaits point ma marchandise: je vous les vendray ce que je vous les ay faites. Je ne suis point homme à deux paroles; quand je vous les ferois cent escus, elles n'en vaudroient pas mieux.

La Femme.

Monsieur, quand vous iriez en cinq cens bouticques, on ne vous accommodera pas mieux qu'icy.

Le Gentilhomme.

Je pourray m'accommoder de ceste paire là; mais le dernier mot, je vous en prie.

L'Amurier.

Monsieur, je vous les vendray cens francs, autant en un mot qu'en mille.

Le Gentilhomme.

O bien, c'est donc un marché fait. Mais escoutez, je ne puis encor vous donner de l'argent si tost.

La Femme.

Monsieur, j'en aurions pourtant bien affaire; des marchands à qui j'en avons promis viendront bien tost en demander: il ne faut pas qu'ils viennent en faute, il faut faire leur somme.

L'Armurier.

La la, tre-dame, hé mes amis, Monsieur est honneste Gentilhomme, il ne nous manquera pas au temps qu'il nous promettra; il est trop honneste homme, il ne voudroit pas le faire.

Le Gentilhomme.

Non pardieu, j'en serois bien marry: ce que je vous promets, je le vous tiendray, foy de Gentilhomme.

La Femme.

Au moins, Monsieur, si vous nous manquez, vous serez cause que je demeurerons honteux, et que les marchands ne nous amarons[183] plus rien.

Le Gentilhomme.

Asseurez vous en ma parole, je ne vous manqueray point. Adieu.

La Femme à son Mary.

Vous estes un fin marchand! Vous baillez vostre marchandise, et si vous ne sçavez à qui: j'aymerois autant ma marchandise en ma boutique que de la bailler de la façon; j'aymerois autant rien que ces gentilhommes de Beausse: il en faudrait bien de tels pour nous enrichir.

Le Mary.

Tay-toy, tay-toi, ma femme, il nous pai'ra bien.

La Femme.

C'est mon, ma foy, il nous payera comme un tas d'autres qui nous ont affrontés[184].

Le Mary.

Tu ne te veux pas taire?

La Femme.

Non, hola, je ne me tayra ja; il y a bien de l'apparence que je me taise et veoir perdre ce que j'avons.

Le Mary.

Si tu ne te tay, je m'en iray.

La Femme.

Ma foy, allez.

Le Mary.

Si je sors, je ne reviendray de huit jours.

La Femme.

Ne revenez de quinze si vous ne voulez.


DIALOGUE II.

Le Bourgeois.
Le Laboureur.


Le Laboureur.

Bon jour, bon jour, Monsieur nostre Maistre.

Le Bourgeois.

Ah! Dieu te gard', Pasquier. Et bien, qu'est-ce?

Le Laboureur.

Monsieur, des biens assez, mais ils sont ma partis[185].

Le Bourgeois.

Que dis-tu de nouveau?

Le Laboureur.

Monsieur, je ne sçauras que dire de peur qu'il n'advienne.

Le Bourgeois.

Tu ne me parles point de ce que tu me doibs? M'ameines-tu du bled? Quand est-ce que tu me veux payer? il y a assez long-temps que je t'attens.

Le Laboureur.

Monsieur, vous m'eussiez fait plaisir de ne pas tant m'attendre: il n'est moyen que je vous puisse payer à cette heure que le bled est si char; il en est si peu que je n'avons rien recueilly quasiment: si vous ne voulez faire diminution pour la mauvaise année, j'ayme autant quitter vos tarres.

Le Bourgeois.

Et bien, je te prends au mot: puisque tu ne me veux point payer, je n'en sçaurois avoir moins d'un autre.

Le Laboureur.

Et bien, bien, Monsieur, je vois bien ce que c'est: vous me voulez envoïer avec ma femme et mes enfans un baston blanc à la main. Un autre ne fera pas mieux que moy; vos tarres sont trop chères, il n'y a pas moyen de s'y sauver; voila trois ou quatre années que j'ay semé, je n'ay pas seulement recueilly la semence et de quoy vous payer: ce sont de belles tarres, des tarres à chardons.

Le Bourgeois.

J'ay eu d'autres fermiers que toy, qui s'y sont bien sauvez, et qui m'ont bien payé.

Le Laboureur.

Voire, voire, Monsieur; mais vous ne dites pas tout: s'ils n'eussent eu que vos tarres, ils y fussent morts de faim; ils y ont mangé de bon bien qu'ils avoient; il estoit temps qu'ils en sortissent, ils estoient bien à la flac. Monsieur, les fermiers n'enrichissent point tant en vostre metarie; en voilà desja quatre ou cinq de cognoissance qui n'en sont pas sortis avec la chesne d'or: on m'avoit bien dit qu'il n'y avoit rien à profiter avec vous; si j'eusse creu le monde, je ne feusse pas entré à vostre farme, vous regardez de trop près les pauvres gens.

Le Bourgeois.

Mon amy, je ne te faits point de tort, je ne te demande que ce qui m'appartient; encore faut-il que chacun vive de son bien; si les autres ne me payoient non plus que toy, je serois reduit au bissac.

Le Laboureur.

O bien, Monsieur, si vous me voulez ruiner, cela depend de vous; mais pourtant, si vous voulez avoir patience, vous n'y perdrés rien avec le temps; vos tarres sont bien emblavées, cette année en vaut deux; encore faut-il que nous vivions les uns avec les autres; je n'ay pas envie de vous faire rien perdre; quand vous me consommerez en frais, vous n'en serez pas plustot payé, la justice mangera tout.

Le Bourgeois.

Mon amy, si je pensois pour attendre n'y rien perdre, j'aurois encore patience.

Le Laboureur.

Monsieur, je vous asseure vous n'y pouvés rien perdre; j'ay encore deux ou trois septiers de tarres de mon propre jouxte les vostres qui vous accommoderont bien, et me les faites valoir ce qu'ils valent, en rabattant sur ce que je vous doy.

Le Bourgeois.

Ah! bien, mon ami, puisque tu te mets à la raison, tu seras encore mon fermier; prens courage, tasche à te r'avoir, j'en seray bien aise; j'ayme mieux m'accommoder avecque toy que de te ruiner; je ne desire point ton mal, je ne veux que ton bien.

Le Laboureur.

Monsieur, je vous remarcie: je suis obligé à prier Dieu pour vous, vous me donnez du pain à manger.

Le Bourgeois.

O bien, adieu, mon ami; recommande moy bien à Guillemette ta femme.

Le Laboureur.

Monsieur, je n'y feray faute, je la-salüeray de par vous.


DIALOGUE III.

La Bourgeoise.
La Marchande de soye.


La Bourgeoise.

Bon jour, Madame, et bonne santé. Vous portez-vous bien, Madame?

La Marchande.

Toute preste à vous obeir, Madame.

La Bourgeoise.

Monsieur vostre mary se porte-il bien, Madame?

La Marchande.

A vostre service et commandement, Madame; et vous aussi, Madame, chez vous se porte t'on bien?

La Bourgeoise.

Tout se porte bien, Madame, Dieu mercy! Et vous, madame? Je viens voir si vous avez point quelque beau satin pour habiller mon mary.

La Marchande de soye.

Jesu, Madame, nous vous accommoderons de tout ce qu'il vous faudra: nous en avons des plus beaux. Tenez, Madame, choisissez.

La Bourgeoise.

Madame, de quel prix est-il? Encore celui là ne me semble t'il pas tant bon: il m'est avoir qu'il est empezé et qu'il n'a pas beaucoup de lustre.

La Marchande.

Madame, je ne vous ay point voulu faire tant de monstres, à cause que je sçay bien que vous voulez tousiours du meilleur, aussi est-ce là le plus beau qui soit ceans, et ne croy pas qu'ailleurs vous en trouviez de pareil.

La Bourgeoise.

Il m'est avoir pourtant que vous m'en avez baillé autresfois de meilleur; celui-là n'est qu'à deux poils[186], et j'en voudrois bien à trois; il me fasche pourtant d'aller chez un autre, car quand j'ai accoustumé une personne, je n'aime pas à changer.

La Marchande de soye.

Madame, il y a trop longtemps que nous vous fournissons pour commencer à vous tromper; vous pouvez vous asseurer en moy comme en vostre propre sœur: quand ce seroit pour moy mesme, je ne pourrois pas mieux choisir.

La Bourgeoise.

Et bien, Madame, combien le voulez vous vendre? Encore qu'il ne soit pas beaucoup à ma fantaisie, je seray bien aise d'en sçavoir le prix.

La Marchande.

Madame, je le vendray dix francs.

La Bourgeoise.

Jesu! Madame, dix francs! C'est bien là du satin à dix francs! J'en ay veu à ma cousine la Conseillère qui estoit bien plus beau, et qui n'avoit garde de luy couster le prix que vous me le faites.

La Marchande.

Madame, il y a de la marchandise à tout prix. Il y en a qui font quelquesfois bon marché de leur bource; on ne leur donne pas la marchandise non plus qu'à nous: j'ay le moyen de vous en faire aussi bon marché qu'un autre.

La Bourgeoise.

Madame, je suis d'avis de n'en donner que sept francz, c'est tout ce qu'il peut valoir; si je croiois qu'il valust davantage, je ne suis point femme à barquigner[187] tant: ce n'est point moy qui regarde pour cinq ou six sols par aulne.

La Marchande.

Madame, ce n'est point moy aussi qui surfaits de tant ma marchandise, encore à une personne comme vous qui payez content; cela seroit bon pour ces faiseurs de chevissoires[188].

La Bourgeoise.

Et Dieu, Madame, vous leur salez donc bien?

La Marchande.

En doutez vous, Madame? Comment attendre si longtemps, et estre en hazard de perdre son denier? Si nous avions nostre argent, il nous profiteroit.

La Bourgeoise.

Pour moy, je n'achepte rien à credit, j'ayme autant payer comptant que de payer une autre fois: tousjours faut-il payer.

La Marchande.

Madame, je le sçay bien, c'est pourquoy je vous dis aussi tout du premier coup le plus juste prix.

La Bourgeoise.

Madame, je ne suis pas resolue d'en donner davantage que huit francz au dernier mot.

La Marchande.

O la, Madame, faut que vous en alliez voir d'autres; mais que vous ayez esté à d'autres boutiques, vous serez plus hardie de m'en offrir d'avantage; et gardez d'estre trompée, je voy bien que vous le voulez estre.

La Bourgeoise.

O bien, Madame, je m'en vais vous donner le bon jour: je suis bien marrie que nous ne pouvons nous accommoder du prix.


DIALOGUE IV.

La Bourgeoise.
La Drappière.


La Bourgeoise.

Bon jour, Madame; n'avez vous point quelque belle estoffe pour faire un manteau à mon mary?

La Drappière.

Ouy dea, Madame, vous avez moyen de choisir, nous vous en monstrerons de toutes les sortes. Madame, vous plaist il du drap? ou bien voila de beau carizi d'Angleterre[189].

La Bourgeoise.

Madame, il m'est avis que du drap est plus propre à faire un manteau que du carizi; mais j'ay si grand peur que vous me donniez de l'estoffe qui se descharge, car quand cela rougit en manteau, cela est grandement laid.

La Drappière.

Madame, asseurés vous en ma parole que je serois bien marrie de vous tromper; asseurement tant plus le manteau sera porté, et tant plus il sera beau: c'est la plus belle estoffe à l'user que vous sçauriés trouver. J'en tromperois bien d'autres auparavant que de m'adressera vous; encore, si c'estoit quelque passant, je dirois, mais vous m'en feriez tous les jours des reproches.

La Bourgeoise.

Cette estoffe ne me semble point bien fine; me la pluvissez vous sus estain[190]?

La Drappière.

Madame, jamais je ne puisse vendre marchandise, si elle n'est sus estain.

La Bourgeoise.

Mais, Madame, a-t'il une aulne entre deux lizières? Il me semble le lay[191] moult estroit: quand le drap est si estroit, il faut tant de chanteaux et tant de coustures à un manteau.

La Drappière.

Madame, asseurez vous que vous n'en trouverez point de plus large; au cas que vous en trouviez, je le payerai pour vous; mais, Madame, maniez un peu ce drap; vous diriez, quand vous maniez cela, que vous maniez du velours.

La Bourgeoise.

Je voy bien ce que j'achepte, je voy bien qu'il n'est point si fin que vous le criez.

La Drappière.

Mais, Madame, c'est donc que vous n'y regardez pas? Regardez à deux fois ce que vous acheptez; voilà du meilleur drap, qui a aussi bon maniment que vous en sçauriez jamais manier; tenez, mettez le hors la boutique, voyez le au jour; je ne crains point que vous le desployez, je n'ay point peur qu'on voye ma marchandise: il faut estre marchand ou larron.

La Bourgeoise.

Madame, je ne veux point tant de paroles; dittes moy le plus juste prix que vous le voulez vendre, et ne me le surfaites point tant.

La Drappière.

Madame, je vous le vendray huict francs et ne pense point vous le surfaire; si ce n'estoit pour l'amour de vous, vous ne l'auriés pas à ce prix là.

La Bourgeoise.

Huit francs, Madame? Oh! vous n'y pensez pas de me le faire ce prix là; vous ne me le surfaites que de la moitié.

La Drappière.

Nous ne sommes point gens à surfaire la marchandise de moitié. Madame, vous la voyez; si c'estoit à la chandelle, vous pourriez dire; mais il fait assez grand jour pourvoir ce que vous acheptez; si elle vous duit, prenez la pour le prix; si j'en voiois un petit denier moins, je vous asseure que vous ne l'auriez pas.

La Bourgeoise.

Je vous prie, Madame, ne me faites point aller ailleurs, je n'aime point à me pourmener tant; vous en aurez cent sols, je le fais valoir autant qu'il vault.

La Drappière.

Je vous asseure, Madame, qu'il me revient à davantage, il n'y a pas moien de vous l'y bailler.

La Bourgeoise.

A vramment, Madame, vous tenez tousjours la main davantage que vostre mary; si c'estoit luy, j'en aurois bien meilleur marché; j'aimerois bien mieux avoir affaire aux hommes qu'aux femmes.

La Drappière.

A vramment, Madame, quand mon mary y seroit, il ne sçauroit vous le bailler à meilleur prix; il sait bien ce qu'il couste, il ne vous le bailleroit pas à perte. Je vous asseure qu'à sept francs ce n'est qu'argent changé; mais quoi, encore faut il remuer la boutique: nous nous recompenserons sur autre chose.

La Bourgeoise.

O bien, je n'en donneray pas davantage que ce que je vous ay dit.

La Drappière.

Madame, donnez en six francs; il n'y a remède, il faut que j'y perde: si vous ne le prenez à ce prix là, je voy bien que vous n'avez pas envie d'avoir de ma marchandise; prenez l'y si vous voulez, jamais un autre ne l'y aura.

La Bourgeoise.

Je ne vous en donneray pas un double davantage; je vous en offre justement ce qu'il vault.

La Drappière.

Donnez en un quart moins de six francs, je ne veux pas refuser mon estreine.

La Bourgeoise.

Non, je n'en donneray que cela.

La Drappière.

Tenez, tenez, Madame, c'est pour vous; j'ayme mieux vostre amitié que vostre argent; je ne veux pas prendre garde à vous, c'est à la charge que vous nous recompenserez une autre fois.


DIALOGUE V.

L'Accouchée.
Les trois Voisines.
La Sage Femme.


La première Voisine.

Bon soir, Madame, et bonne santé. Comment vous trouvez vous, Madame?

L'Accouchée.

Madame, je ne sçaurois encore bien me trouver; j'ay esté si malade cette nuict, que j'ay pensé mourir; je disois que jamais je ne verrois le jour.

La seconde Voisine.

Et à cette heure, Madame, vous trouvez-vous mieux que vous n'avez pas fait?

L'Accouchée.

Et ouy, Madame, Dieu mercy, et vous; je n'ay pas esté si tranchée[192] de celuy-cy que de l'autre.

La troisiesme Voisine.

Et vostre enfant se fait il bien nourrir?

L'Accouchée.

Jesu! Madame, il est si gros et si gras que vous ne sçauriez croire; on le fendroit avec une arreste.

La première Voisine.

Avez-vous une bonne nourrice?

L'Accouchée.

Jesu! elle est si bonne nourrice, elle n'est point melancholique; mon enfant profite de couchée à autre, elle le tient si blanchement! Quand j'aurois autant de pieds que de cheveux, j'aurois beau aller pour mieux r'encontrer.

La seconde Voisine.

Jesu! je n'ay pas fait si bonne r'encontre; j'en ay trouvé une saloppe, une harassière[193], qui est dès les quatre heures en besongne et le laisse crier jusques au soir: «Crie! crie! dit-elle, ta mère est à Chartres, elle ne t'oira pas.» Oh! il faut que je l'oste.

L'Accouchée.

Vrayment, Madame, il y a charge de conscience: je vous conseille de l'oster; une bonne nourrice ne vous coustera pas davantage qu'une autre.

La Troisiesme Voisine.

Une bonne année leur en vault deux.

La première Voisine.

Il luy faut donner un frais laict, cela le fera aller ou venir.

La troisiesme Voisine.

J'avois comme cela ma fille Guillemette, qui m'a donné du mal à eslever; elle tetoit comme cela de mauvais laict, elle a esté trois ans en orfanté[194].

La seconde Voisine.

Voire! Mais à cette heure qu'il y a longtemps qu'il n'a teté tout son saoul, si je luy donne une bonne nourrice, il en prendra tant qu'il en mourra.

L'Accouchée.

Il luy en faut donner petit et souvent.

La Sage femme.

Bon soir, Madame. Eh bien, comment vous trouvez-vous? Pour cela vous avez esté bien malade; mais pourtant j'en accouchay hier une, c'estoit bien autre chose: elle a été plus de six heures en son grand mal. Seigneur Dieu, j'aimerois mieux en accoucher trois autres de mesme vous que celle là.

L'Accouchée.

Jesu! ma commère, je trouve que j'en ay assez eu pour le prix. Bien heureuse qui a fait son temps.

La Sage femme.

C'est mon[195] vramment, vous voila bien malade, c'est bien à vous à vous plaindre; vous en devriez avoir tous les neuf mois.

L'Accouchée.

Jesu! ma commère, je trouve que je n'en ay que trop souvent; si le bon Dieu se vouloit contenter, je serois bien aise de n'en avoir plus: nous en avons assez pour le bien que nous avons à leur faire.

La Sage femme.

Helas! Madame, ne dites pas cela, car si notre Seigneur vous punissoit et qu'il vous ostast vostre mary, ce seroit un grand ennuy pour vous.

La première Voisine.

Ouy, ma foy! Qu'est-ce qu'un homme sert? Ils sont si desbauchés! L'autre jour je pensois aller aux champs, j'avois donc oublié quelque chose au logis: je retournay sur mes pas, tellement que je le trouvay couché avec nostre chambrière[196]; et bien c'estoit encore à moy à me taire, autrement il m'eust fait beau bruict.

La seconde Voisine.

Il y a huict ans que si Dieu m'eust osté le mien, je n'eusse pas l'ennuy que j'ay.

La troisiesme Voisine.

Jesu! comment dites-vous cela? Pour moy, je trouve que c'est une grande consolation qu'un mary: il n'y a si petit buisson qui ne porte ombre. Toute l'apprehension que j'ay, c'est que le mien aille devant moy; il n'est point desbauché; si je sors de la maison, je suis en repos, je n'ay point peur qu'il la quitte.

La première Voisine.

Helas! ma commère, que vous estes heureuse d'avoir si bien r'encontré! Le mien n'est pas de mesme: le premier qui vient l'emporte. Qu'on luy dise beuvons demy setier, il dira beuvons en cinq.

La troisiesme Voisine.

Ils ne sont pas pour manger leur pain en leur sein, encore faut il qu'ils se resjouissent; je n'en aymerois point un qui crachast tout le jour sur les tizons; on ne sçauroit tourner un œuf qu'il ne le voye.

La seconde Voisine.

J'en voudrois bien un, moy, qui gardast la maison: je ne serois point en peine qu'il fist des noises ny des querelles, et qu'il perdist son argent. L'autre jour le nostre revint après avoir tout perdu; il veid que j'avois reçu une demi-pistole et huit demi quarts d'escus, tellement qu'il les vouloit encore pour aller joüer. Je lui dis: «Vous ne les aurez pas, pas vous ne les aurez; vous voulez encore les perdre.» Il me dit. «Je les auray, ou si tu ne me les bailles, je joüeray tout ce qui est à la maison.» Je fus donc contraincte de les luy bailler; quand je ne les luy eusse pas baillé, il eust fait un beau miracle, il eust tout hagé: en eussé-je eu meilleur marché? Ce n'est que sa mode; toutes les fois qu'il m'a arraché ma bourse de mon costé, ç'a bien encore esté à moy à me taire; quand on est avec eux, on n'est pas maistre de son bien.

La première Voisine.

Helas! ma commère, qu'il est heureux qui n'a point de tels hommes que cela!

La seconde Voisine.

Maudits soient ceux qui m'en ont emplastrée et qui m'en ont jamais porté les premières paroles; s'ils eussent esté endormis à l'heure, j'eusse encore assez gagné; je ne m'esbahy pas si on le faisoit si bon et si riche! Il est marqué à l'A, il est des bons[197] encore pas.

La première Voisine.

Jesu! s'il plaisoit au bon Dieu nous separer, plustost moy que luy.

La troisiesme Voisine.

Jesu! Madame, je ne sçay comment vous parlez, ainsi; il faut qu'il y ayt de vostre faute; les bonnes femmes font les bons hommes. Il faut dire: «J'en ai un qui est bon, mais si je faisois comme j'en voy qui font, il ne me seroit pas meilleur qu'un autre.»

La première Voisine.

Hen, Madame, il faut dire: «Vous cognoissez bien le vostre, mais vous ne cognoissez pas celuy aux autres.» En voilà une de nos voisines qui a bien à souffrir, la pauvre jeune femme! Je vous promets qu'avec sa grande jeunesse elle supporte bien du sien; depuis qu'elle est en mesnage, elle n'a pas mangé tout ce qu'il luy a donné, il s'en faut de bons coups. Elle ne manie pas un double, et si il faut qu'elle face bonne mine en mauvais jeu.

La seconde Voisine.

Quand a de moy, je faits plus souvent de mine que je n'ay d'argent. Mais quoy! quand je m'en iray plaindre à nos voisins, qu'est-ce qui m'en fera raison? O bien j'y suis, je l'ay voulu: où la chèvre est liée, il faut qu'elle broute[198]. La, la, je voulois un homme à ma fantaisie, mais j'en ai un à mes despens.

La troisiesme Voisine.

Pour moy, je n'ay rien à me plaindre, Dieu mercy! Nostre maison iroit bien, n'estoit nostre chambrière; mais c'est la plus franche teste: elle parle à moy comme si j'estois sa servante.

La première Voisine.

Pour nous, nous en avons une assez bonne, mais elle est si amoureuse que sçavouquoi. Mais quoi, où est-ce que j'en prendray une autre? On y est si bien empesché, Jesu! qu'il est heureux qui s'en peut passer.

La seconde Voisine.

Ah! que je craindrois ces chambrières amoureuses! Je n'aimerois point à voir tant de trains de garçons qui sont tousjours après.

La troisiesme Voisine.

Pour moy, j'en aimerois mieux une amoureuse que de ces meschantes testes; on ne leur oseroit rien dire. La mienne parle plus haut que moy. Vramment, si ce n'eust été mon mary, qui ne veut pas, il y a longtemps que je l'eusse envoyée.

La première Voisine.

Je ne voudrois point de ces amoureuses-là, moy: car dans deux ou trois jours cela se marira, cela aura une troupe d'enfans, qui viendront gueuser à nos huis; dès qu'il y a trois jours qu'elles sont en service, elles se veulent marier, et n'ont pas une chemise à mettre à leur dos.

La seconde Voisine.

La nostre seroit assez bonne mesnagère, n'estoit qu'elle est mangée des palles couleurs, aussi bien que nostre fille Jacqueline, qui en est au mourir.

La troisiesme Voisine.

Madame, il la faut marier. Qu'est-ce, que vous y ferez davantage? C'est le meilleur remède que vous luy puissiez trouver.

La seconde Voisine.

Voilà qui est bien aisé à dire: Il faut marier les filles, il faut marier les filles. La marchandise est belle et bonne, mais il faut de l'argent pour s'en deffaire; quand il faut partir[199] le gasteau entre sept ou huit, les parts en sont bien petites.

La troisiesme Voisine.

Jesu! que je craindrois tant d'enfans!

La première Voisine.

Que diriez-vous donc, si vous estiez comme moy, qui en unze ans que j'ay esté mariée ay accouché douze fois?

La première Voisine à l'Accouchée.

Mon Dieu, Madame, nous vous avons bien elourdée[200]. Il s'en va tantost nuit, il est temps de s'en aller; car si nostre homme ne me trouve à la maison, ce sera pitié que de l'entendre: il dira que je n'auray point de soing de la maison. Je m'en va vous dire à Dieu.

La seconde Voisine.

O bien, ma commère, Dieu vous vueille donner bonne gesine et bonne relevée!

La troisiesme Voisine.

Bon soir, ma commère; Dieu vous donne bonne garde de vostre enfant.

L'Accouchée.

Bon soir, Mesdames; en vous remerciant de la peine que vous avez prise de me venir veoir.