C'est un passage dangereux,
Un lieu pour les voleurs d'embuche et de retraite.
A gauche un bois, une montagne à draite,
Entre les deux
Un chemin creux.

257: En 1605, les Barbets avoient aussi infesté en plein jour les maisons de Paris en se servant de divers déguisements: «Trouvant moyen, dit l'Estoille (t. II, p. 390), d'entrer aux maisons sous couleur d'affaire qu'ils disoient avoir aux maîtres d'icelles; après les avoir accostés sous prétexte de leur parler, demandoient de l'argent avec le poignard sous la gorge. Entre ceux qui furent volés, on compte le président Ripault, le trésorier de M. de Mayenne, nommé Ribaud, lequel ils contraignirent de leur donner deux cents écus en or; et un avocat nommé Dehors, auquel, après l'avoir lié, ils volèrent la valeur de deux mille écus, ainsi qu'on disoit. Chose estrange de dire que dans une ville de Paris se commettent avec impunité des voleries et brigandages, ainsi que dans une forêt.»

258: Elle eut lieu à Dijon quelque temps après, ainsi que l'apprend la pièce publiée dans notre t. VI: Recit veritable de l'execution faite du capitaine Carrefour, general des voleurs de France, rompu vif, à Dijon, le 12 decembre 1622.

259: En publiant cette pièce, nous tenons une promesse que nous ayons faite t. I, p. 116, dans la note 1 d'une pièce qui est aussi relative aux frères de la Rose-Croix, et à laquelle nous aurons souvent à renvoyer le lecteur.

260: Simon le magicien, chef de la secte des simoniaques, qui, dans les premiers temps de l'Eglise, continua contre saint Pierre la querelle du pays de Samarie, où il étoit né, avec Jérusalem. V. sur lui un curieux article de la Revue de bibliographie, fév. 1845, p. 181.

261: C'est, comme on sait, saint Thomas d'Aquin.

262: En cette même année 1623, les illuminez se disant congregez illuminez, bien heureux et parfaicts, avoient été bannis d'Espagne par l'inquisition. V. Edict d'Espagne contre la detestable secte des illuminez, eslevez es archevêché de Seville et evesché de Cadix, traduict sur la coppie espagnole imprimée en Espagne, 1623, in-8.

263: Vanini, qui fut en effet brûlé à Toulouse en 1619. C'est comme athée qu'il fut envoyé au supplice. Il le subit avec un fier courage que le P. Garasse lui-même ne put qu'admirer: «Lucilio Vanini et ses compagnons, dit-il en son Apologie, ont quelque froide excuse en leur impieté, sçavoir: une resolution philosophique qui les porte au mespris de la mort, et de là les jette furieusement jusques à celui de leur ame.» Peu d'années auparavant, Louis Gaufridi avoit subi le même sort pour cause de magie, par arrêt du parlement d'Aix. Entre autres pièces écrites à ce sujet, qui intéresse celui-ci, voir les suivantes: Arrest de la Cour de Provence, portant condamnation contre messire Loys Gaufridi, originaire du lieu de Beauvezer les Colmaret, prestre beneficié en l'eglise des Accoules de la ville de Marseille, convaincu de magie et autres crimes abominables, du dernier avril mil six cent onze, à Aix, par Jean Tholozan, imprimeur du roi et de la dicte ville, 1611, in-8; Confession faicte par messire Loys Gaufridi, prestre en l'eglise des Accoules de Marseille, prince des magiciens depuis Constantinople jusqu'à Paris, à deux pères capucins du couvent d'Aix, la veille de Pâques, le 11e avril mille six cent onze, à Aix, 1611, in-8.

264: Sur les trois colléges que les Rose-Croix disoient avoir dans le monde, V. t. I, p. 124.

265: G. Naudé dit qu'ils n'étoient que huit. Id., p. 122.

266: Ce n'étoit pas seulement pour donner, comme ici, leur signature, que les Rose-Croix recouraient au sang humain; ils en faisoient la base de leur médecine. En 1750, un des frères prétendoit qu'il savoit en tirer le principe de vie, communicable à tout malade qui vouloit bien se remettre en ses mains. C'étoit, pour lui, la médecine universelle. Une petite comédie jouée cette année-là, sous ce titre: La double extravagance, fit allusion a cette nouvelle façon de médicamenter l'homme par l'homme:

... Il est dans chaque corps
Un principe de vie, âme de leurs ressorts,
... Il faut que la chimie
Aille le déterrer, l'extraire par son art:
Or, ce principe extrait, je puis en faire part
A ceux de qui la vie à nos soins est transmise.

267: Il est déjà parlé de cette faculté que s'attribuoient les Rose-Croix, dans l'Examen de l'inconnue et nouvelle caballe des frères de la Rose-Croix. V. notre t. I, p. 124.

268: Id., ibid.

269: C'est, en effet, le jour du grand sabbat, ce qui n'empêchoit pas celui qui se tenoit régulièrement toutes les semaines, dans la nuit «du mercredi venant au jeudi, ou du vendredi venant au samedi.» (De Lancre, De l'inconstance des démons, p. 66.)

270: Cette façon de s'oindre pour se métamorphoser ou se rendre invisible étoit de la vieille magie. La sorcière thessalienne chez qui logea Lucius ne procédoit pas autrement: «Elle ouvrit un gros coffret où étoit force petites fioles; elle en prit une. Ce qu'il y avoit en cette fiole contenu, au vrai je ne le saurois dire. A voir, il me parut comme une sorte d'huile, dont elle se frotta toute des pieds jusqu'à la tête, commençant par le bout des ongles; et lors, voilà de tout son corps plumes qui naissent à foison, puis un bec au lieu de son nez, fort et crochu. Que vous dirai-je? En moins de rien elle se fit oiseau de tout point, le plus beau chat huant qui fut oncques.» (La Luciade, dans les Œuvres complètes de P. L. Courier, 1839, in-8, p. 124-125.)» Lorsque les sorcières s'oignent, dit de Lancre, p. 399, elles disent et répètent ces mots: Emen-Hetan, emen-Hetan, qui signifient ici et là, ici et là.»

271: C'est le Faust de la légende, dont la plus ancienne histoire connue fut publiée à Francfort en 1588, cum gratia et privilegio, chez Jean Spies. En 1599, Georges-Rodolphe Widmann avoit publié à Hambourg une seconde histoire de cette vie magique et livrée au diable. On tira de l'une et de l'autre un petit livre écrit en françois: l'Histoire prodigieuse et lamentable de Jean Faust, grand et horrible enchanteur, avec sa mort épouvantable; Rouen, 1604, in-12. L'œuvre de Goëthe est sortie de là, comme l'aigle de son œuf; on y trouve tout le poëme, même Méphistophélès, avec une toute petite différence de nom. C'est Méphostopholis qu'il s'appelle. Avant ces petits livrets, on ne connaissoit guère le docteur Faust que par ce qu'en a dit l'abbé Trithême dans une de ses lettres, datée du 20 août 1507 (Haguenau, 1536, chez J. Spiegel): «Faustus junior, y est-il dit, fons necromanticorum, astrologus, magus secundus, chiromanticus, agromanticus, pyrmanticus, in hydrâ aste secundus... venit Staurosum, et de se pollicebatur, ingentia dicens se in alchemia, omnium quæ fuerunt unquam este perfectissimum, et scire atque posse quidquid homines optaverint

272: Sur ces coureurs basques, parmi lesquels les grands seigneurs choisissoient leurs laquais au 17e siècle, V. Francisque-Michel, Le Pays basque, p. 100-102. L'un des valets de Célimène, dans le Misanthrope, s'appelle Basque.

273: Sur les anneaux constellés, comme les appelle Molière dans L'Amour médecin, et sur quelques autres bagues magiques, V. Ch. Louandre, La Sorcellerie, 1853, in-18, p. 52-53.

274: C'étoit une butte, dont rien n'est resté que le nom. Il lui étoit venu des exercices de poésie et de chant qu'y venoient faire, au 16e siècle, les écoliers des différents colléges de Paris. A l'époque de la Fronde, dans la crainte que les troupes royales n'y prissent position, il fut décidé qu'on l'aplaniroit: «Faut demander aux habitants du faubourg Saint-Germain de desmolir le Mont-de-Parnasse.» (Registre de l'hôtel de ville pendant la Fronde, t. I, p. 154.)

275: V. Coquillard. édit. d'Héricault, t. I, p. 186; Ancien Théâtre, t. V, p. 372.

276: Ces carrières de Montmartre servoient d'abri à plus d'un de ces conciliabules de sorciers. C'étoit un lieu propre à toutes sortes de réunions clandestines, et l'on sait qu'Ignace de Loyola y rassembla ses premiers disciples le jour où tous prononcèrent, dans la chapelle voisine, le vœu solennel qui fut le point de départ de la société de Jésus. (Orlandin. Histor. societ. Jesu, pars prima, lib. I, p. 20.)

277: Sur ces sources, qui descendoient de Belleville et des Prés-Saint-Gervais, pour remplir les fossés et entraîner les immondices des égouts de Paris, V. un article du Mercure (août 1811, p. 225), et notre article Une rivière souterraine dans Paris (Moniteur, 8 août 1855).

278: On confondoit volontiers ces sectaires avec les libertins de la société de Théophile, afin de les englober dans une même excommunication, et, si c'étoit possible, dans le même supplice. Le P. Garasse, en son Apologie, rapproche perfidement le nom de Théophile de celui des frères de la Croix de Roses (sic). V. Œuvres de Théophile, édit. Alleaume, t. I, p. LIX.

279: Robert Fludd, en un passage de l'Apologie qu'il fit de ses confrères de la Rose-Croix, parle de l'un d'eux qui étoit venu, comme il est dit ici, loger aux Marais du Temple, et à qui la plus merveilleuse aventure seroit arrivée par suite d'une experience sur du sang humain. Un samedi matin, à l'heure où le prêtre dit la messe, il s'étoit mis à en distiller dans une cornue; puis, les jours suivants, il en avoit encore versé goutte à goutte, en suivant le rite cabalistique. Le vendredi, comme il dormoit dans la chambre voisine de son laboratoire, voilà que vers minuit un bruit affreux, semblable au beuglement d'un bœuf, se fait tout à coup entendre. Le corps ruisselant d'une sueur froide, il se lève sur son séant, et, à travers la fenêtre éclairée par les rayons de la lune, il voit passer une sorte de nuée qui peu à peu revêt une forme humaine et disparoît en poussant un cri aigu. Le lendemain, de très bonne heure, lorsqu'il eut ôté la cornue du feu et qu'il l'eut brisée pour voir le résultat de son opération, il y trouva une tête humaine tout ensanglantée. Alors il lui revint à l'esprit ce qu'un vieil alchimiste son maître lui avoit dit, à savoir que si pendant l'œuvre magique un de ceux qui ont fourni le sang vient à mourir, son âme commence d'errer toute plaintive autour du lieu où son sang a été répandu. Le seigneur de Bourdaloue, qui, en sa qualité de secrétaire du duc de Guise, habitoit l'hôtel voisin du lieu où ce prodige s'étoit passé, en avoit fait le récit à Fludd lors du voyage que celui-ci fit à Paris, peu de temps après.

280: Cette affiche se trouve, mais incomplète, dans la pièce que nous avons publiée t. I, p. 123. Naudé, qui la donne aussi, mais non telle qu'elle est ici, dans son Advertissement pieux et très utile, dit que le besoin d'avoir des nouvelles promptes de la Cour, qui étoit à Fontainebleau, et de Mansfeld, qui menaçoit la frontière, avoit fait imaginer le moyen de communication annoncé par l'affiche, et qui, de fait, eût été fort commode. Nous avons, au reste, cité ce qu'il dit à ce sujet, t. I, p. 123, note.

281: Les Boucheries-du-temple, établies au XIIe siècle par les Templiers, dans la rue de Braque.

282: Tourner comme une toupie.

283: V., sur ce siége, Caquets de l'Accouchée, p. 158, 164, 169.

284: Il est souvent parlé de ces bandits dans les écrits du temps, ainsi que de la peur qu'en avoient les gens de Paris. (V. t. I, p. 198, V, 194, et surtout les Caquets de l'Accouchée, p. 60-61, 71, 257). Le Pré-aux-Clercs, où l'on ne faisoit que commencer à bâtir, et qui étoit encore fort désert, servoit de quartier-général à ces voleurs du faubourg Saint-Germain. J'ai même dit que le quai Malaquest, où ils trouvoient de faciles cachettes derrière les piles de bois, leur devoit sans doute son nom (t. III, p. 179). Les deux vauriens qui tuèrent le père de Jean Rou, en 1647, avoient dressé leurs premières embûches et faillirent même faire leur coup dans le Pré-aux-Clercs, où, un jour qu'il s'y promenoit, il les vit cachés «dans un endroit fort solitaire». (Mémoires inédits de J. Rou, 1857, in-8, t. I, p. 6-7.)

285: Il étoit, en effet, fort question de lui alors, comme nous l'avons déjà dit dans une note précédente. (V. Les Caquets de l'Accouchée, p. 191-192, 275.)

286: Lisez dans le Cotentin. Les Parisiens, qui savoient combien les Normands sont gens rusés, appeloient leur province le bon pays de Sapience.

287: Nous avons déjà dit (t. IV, p. 151) combien, depuis longtemps déjà, il y avoit dans le faubourg Saint-Germain d'hôtels garnis, de chambres de louage, d'auberges de toutes sortes. Tout le monde s'y faisoit logeur. Ainsi La Planche nous dit que La Renaudie s'étoit retiré chez l'avocat des Avenelles, «qui tenoit maison garnie à Saint-Germain-des-Prez, à la mode communément usitée à Paris.» (Estat de la France, t. I, p. 110.) Il y avoit mieux encore: lorsque les grands seigneurs étoient absents, les concierges avoient permission de louer garnis, au jour le jour, les hôtels restés vacants. (Relat. des ambassad. vénitiens, dans les Docum. inéd., t. II, p. 609). Il est question dans l'Estoille, d'un loueur de chambres du faubourg Saint-Germain nommé Robert, t. II, p. 388.

288: C'étoit un usage qui nous venoit de Rome. On sait, par un passage du Satyricon, que chaque soir un licteur de l'édile faisoit la visite des auberges, pour savoir quels gens s'y trouvoient. Marco-Polo dit avoir vu une mesure du même genre en vigueur dans les états du grand Khan. (V. notre Histoire des hôtelleries et cabarets, t. I, p. 130.) L'ordonnance de Henri III de 1579 avoit statué que les aubergistes ne pourroient loger plus d'un jour les gens sans aveu. En 1635, on alla plus loin: par règlement daté du 30 mars, défense fut faite de leur donner asile, sous peine de confiscation. (De Lamare, Traité de la police, t. I, tit. 5, ch. 9.)

289: Il y avoit beaucoup de gens de cette espèce au faubourg Saint-Germain, surtout dans la partie où se trouvoient les maisons bâties par la reine Marguerite. (V. t. 1, p. 207.)

290: C'étoient de ces banquiers italiens dont il y avoit un si grand nombre à Lyon dès le temps de François Ier, et qui, après avoir fait leur fortune, vinrent grands seigneurs à Paris. (V. sur la banque de Lyon, notre t. II, p. 159.) Le Particelle dont il est ici parlé est le père de Particelli d'Emery.

291: Cette relation est du duc de Saint-Simon, à qui son père, l'un des principaux acteurs dans cette affaire, en avoit raconté les détails. On ne la trouve jointe à aucune édition de ses Mémoires, pas même à la dernière, dont la publication n'est terminée que depuis quelques mois. Elle y eût cependant figuré avec avantage, je dirai même qu'elle y étoit indispensable comme pièce justificative du premier volume. Elle explique en effet, et complète, comme on le verra, ce passage du chapitre IV des Mémoires (édit. Hachette, in-18, t. I, p. 34): «Je serois trop long, dit Saint-Simon, si je me mettois à raconter bien des choses que j'ai sues de mon père, qui me font bien regretter mon âge et le sien qui ne m'ont pas permis d'en apprendre davantage.» Il ne faut pas oublier ici que lorsque Saint-Simon vint au monde, son père avoit soixante-huit ans, et que par conséquent le temps dut manquer aux confidences paternelles: «Je ne m'arrêterai point, ajoute-t-il, à la fameuse Journée des Dupes, où il eut le sort du cardinal de Richelieu entre les mains, parce que je l'ai trouvée dans..., toute telle que mon père me l'a racontée. Ce n'est pas qu'il tînt en rien au cardinal de Richelieu, mais il crut voir un précipice dans l'humeur de la reine-mère et dans le nombre de gens qui par elle prétendoient tous à gouverner. Il crut aussi, par les succès qu'avoit eus le premier ministre, qu'il étoit bien dangereux de changer de main dans la crise où l'État se trouvoit alors au dehors, et ces vues seules le conduisirent.» Ce qu'on va lire confirme tout ce qu'il dit ici. Mais à quelle relation du même événement fait-il allusion dans cette phrase: «Je ne m'arrêterai point à la Journée des Dupes..., parce que je l'ai trouvée dans..., toute telle que mon père me l'a racontée?» Tous les éditeurs se contentent de dire que le nom qui se trouvoit après dans a été gratté sur le manuscrit. C'étoit une belle occasion de mettre leur sagacité à l'épreuve; ils ne l'ont pas saisie. Aucun n'a pris la peine de chercher quel est celui des historiens de ce règne dont la relation de cette affaire avoit si bien l'assentiment de Saint-Simon, qu'il crût à cause d'elle pouvoir se dispenser d'en écrire une nouvelle dans ses Mémoires. Ma curiosité n'a pas été aussi indolente. La connaissance que j'avois du récit dont Saint-Simon pouvoit bien ne pas vouloir grossir son chapitre IV, mais qu'il avoit écrit cependant, m'excitoit d'ailleurs à chercher, puisque dans la coïncidence des deux relations je devois trouver une preuve de plus de l'authenticité de celle du duc. Mes recherches n'ont pas été vaines. C'est à Leclerc que revient l'honneur fort rare d'avoir fait un récit qui satisfaisoit complétement Saint-Simon, et dans lequel il ne voyoit ni rien à ajouter, ni rien à contredire. Ce qu'on lit dans son ouvrage La Vie d'Armand-Jean, cardinal-duc de Richelieu, 1724, in-12, t. II, p. 100-103, est en effet, sauf la forme bien entendu, et quelques détails, d'une identité parfaite avec ce qu'on va lire. Si cette preuve n'étoit pas suffisante, j'en trouverois une plus décisive encore dans ce passage de l'Histoire de Louis XIII par le P. Griffet (1758, in-4, II, 66). Après avoir dit que plusieurs historiens de ce temps, et il veut parler de Montglat et de Fontenay-Mareuil, avoient prétendu qu'à la Journée des Dupes ce fut le cardinal La Valette qui persuada à Richelieu de se rendre à Versailles, il ajoute: «D'autres disent que le roi lui fit dire de s'y rendre, et le témoignage de Monsieur le duc de Saint-Simon, propre fils du favori de Louis XIII, qui avoit entendu souvent raconter à son père l'histoire de cette fameuse résolution, ne permet pas d'en douter. Ce seigneur vivoit en 1754, et c'est d'après ce qu'il nous a dit lui-même que nous allons en poursuivre le récit.» Griffet ne s'en tint cependant pas à ce qu'il avoit appris de Saint-Simon. Il y a quelques différences entre ce qui se trouve dans son Histoire et la narration du duc. Cela seroit assez naturel si elle ne lui avoit été faite que verbalement, mais nous savons par une note qu'il en connut la rédaction manuscrite. La confiance lui manqua sans doute; il voulut s'appuyer d'autres témoignages, et je crois qu'il eut tort. Voici cette note, analyse complète du récit de Saint-Simon, et qui pourra nous servir de sommaire: «Ce seigneur (Saint-Simon), dit Griffet, avoit composé une relation particulière de cet événement, dont nous avons vu une copie manuscrite, et prise exactement sur l'original: il y contredit, en divers points, les memoires et les histoires du temps; et, se fondant sur le témoignage de son père, il assure: 1o que la reine-mère ayant promis au roi de rendre ses bonnes grâces à la marquise de Combalet et au cardinal, le roi leur fit dire de se trouver, le 11 au matin, à la toilette de la reine; que la marquise de Combalet s'y présenta la première, et que la reine, en la voyant, oublia la parole qu'elle avoit donnée, et se mit à l'accabler d'injures et de reproches, en présence du roi, qui en fut indigné, et de Saint-Simon, son favori, qui fut seul admis à cette entrevue; que le cardinal, étant venu ensuite, ne fut pas mieux traité que sa nièce, et que le roi, sans rien dire à son ministre, qui se crut perdu, retourna promptement à l'hôtel des Ambassadeurs, où, étant entré dans son cabinet, seul avec Saint-Simon, il se jeta sur un lit de repos, et qu'un instant après tous les boutons de son pourpoint sautèrent à terre, tant il étoit gonflé de colère: circonstance qui ne paroît guère vraisemblable; qu'ensuite il consulta son favori, qui lui parla fortement en faveur du cardinal; et que le roi, étant résolu d'aller ce jour-là à Versailles, chargea Saint-Simon d'envoyer dire au cardinal de s'y trouver.»

Tout cela se retrouve plus loin, y compris la phrase même dont s'étonne Griffet. M. Monmerqué avoit lu ce que celui-ci vient de dire, et lorsqu'il publia les Mémoires de Fontenay-Mareuil, dans la 2e série de la collection Petitot, il eut grand regret de ne pouvoir confronter le récit qui s'y trouve des mêmes faits avec celui de Saint-Simon, d'autant plus que ce dernier contredit l'autre continuellement. M. A. Cochut, qui possédoit en orignal la relation de Saint-Simon, voyant, par le regret de M. Monmerqué, combien ce document faisoit défaut, en donna communication à la Revue des Deux-Mondes, où il fut inséré dans le numéro du 15 novembre 1834, p. 414-421. Ce recueil, étant plus littéraire qu'historique, ne put faire parvenir, à ceux qu'elle intéressoit surtout, la précieuse pièce. Elle y étoit donc si bien cachée, et presque perdue, que M. Cheruel ne l'y découvrit pas. Nous avons eu plus de bonheur, et nos lecteurs nous sauront gré de leur en faire part.

292: Au retour de l'expédition de Savoie, dont le principal fait d'armes sa trouvera raconté par Saint-Simon, dans le fragment qui suivra celui-ci. Le roi, arrivé à Lyon le 7 septembre, y étoit resté deux mois, pour se reposer d'abord, puis retenu par la maladie qui le prit à la fin de septembre et mit sa vie en grand danger. C'est cette maladie du roi qui permit aux ennemis du cardinal toutes sortes de manœuvres en leur inspirant toutes sortes d'espérances, auxquelles ils ne voulurent pas renoncer, lorsque le retour du roi à la santé les aurait dû mettre à néant.

293: Nièce du cardinal de Richelieu. V. plus haut, p. 42, notes 1 et 2.

294: Il y avoit toutefois déjà dix ans, en 1630, que le Luxembourg étoit achevé. «Les fondements, dit Piganiol (Descript. de Paris, 1765, in-8, t. VII, p. 162), en furent jetés en 1615, et, quoiqu'on y travaillât sans discontinuation, il ne fut achevé qu'en 1620.» Quatre ans après, il en paraissoit un très curieux et magnifique éloge dans la troisième des Satyres du sieur du Lorens (1624, in-8, p. 17.)

295: A cause de la chasse, dont c'étoit la saison, puisqu'on étoit alors au commencement de novembre. Il n'y avoit que quatre ans tout au plus que Louis XIII avoit achevé de construire, ou plutôt de remettre à neuf le petit château de Versailles, qu'il avoit acquis, moyennant cinquante mille écus, de Jean Soisy. Le Beuf. (Hist. du diocèse de Paris, t. VII, p. 307.) On n'eût pas dit que c'étoit un château royal, tant il étoit d'apparence modeste: «Nul gentilhomme, disoit Bassompierre en 1626, dans son discours aux notables, n'en voudroit tirer vanité.» Quatre pavillons, unis par trois corps de bâtiment; un péristyle à colonnes, surmonté d'une galerie et joignant ensemble les deux pavillons de l'est, le tout en briques; tout autour un large fossé, et derrière un parc, qui ne fut agrandi que lorsqu'en 1632 le roi eut acheté et fait démolir le vieux castel des Loménie et des Gondi: tel étoit alors le château de Versailles. Louis XIV le respecta: «Sa Majesté, dit Félibien, a eu cette piété pour la mémoire du feu roi son père de ne rien abattre de ce qu'il avoit fait bâtir.» Mansard, qui résistoit, dut se soumettre, et le vieux château de briques resta comme enchâssé dans le nouveau. On le voit encore avec sa rouge façade qui regarde de haut l'avenue de Paris. Au devant se trouve la cour de marbre, qu'on appela ainsi lorsque Louis XIV l'eut fait paver «d'un marbre blanc et noir, avec des bandes de marbre blanc et rouge».

296: C'étoit l'hôtel qui avoit appartenu auparavant au maréchal d'Ancre, et dont il a été parlé déjà, t. IV, p. 30. On y logeoit les ambassadeurs extraordinaires.

297: Saint-Simon étoit alors grand-écuyer et le favori en titre.

298: S'il falloit en croire l'histoire secrète des amours du cardinal de Richelieu avec Marie de Médicis et Mme de Combalet publiée en 1805 dans les Souvenirs du comte de Caylus, puis par Auguis dans les Révélations indiscrètes du dix-huitième siècle, cette haine de Marie de Médicis auroit eu la jalousie pour cause, Mme de Combalet, toujours d'après ce récit scandaleux, ayant enlevé à la reine-mère l'amour du cardinal, son oncle.

299: C'est cette circonstance que le P. Griffet trouve peu vraisemblable. Leclerc, dont encore une fois le récit est, sauf quelques particularités, tout à fait conforme à celui-ci, se contente de dire: «Ayant déboutonné son juste au corps, il (le roi) se jeta sur le lit, et dit à Saint-Simon qu'il se sentoit comme tout enflammé.» Ce débraillé, quelle qu'en fût la cause, étoit nécessaire au roi. Le mal dont il avoit failli mourir tout dernièrement à Lyon étoit, dit Leclerc, «une apostume dans le mesentère qui lui faisoit enfler le ventre», et il est assez naturel qu'il ne pût encore supporter longtemps un vêtement serré.

300: Saint-Simon, toutefois, avoit déjà prouvé qu'il étoit dévoué au cardinal. Quand on avoit été sur le point de désespérer des jours du roi, c'est à lui que Richelieu s'étoit confié pour se tirer du péril dans lequel cette mort pourroit le jeter. «Le cardinal, dit Leclerc, pria Saint-Simon, grand-écuyer, qui ne bougeoit d'auprès de la personne du roi, de porter Sa Majesté à avoir quelque soin de son premier ministre.» (Vie d'Armand-Jean, cardinal-duc de Richelieu, 1724, in-12, t. II, p. 98.)

301: C'est cette affaire où le duc de Savoie, soutenu par l'empereur et les Espagnols, vouloit se donner le gros lot, le duché de Mantoue, qui avoit motivé la dernière expédition de Louis XIII et sa conquête de toute la Savoie. Un traité étoit intervenu, par l'entremise de Mazarin, qui entre en scène pour la première fois comme négociateur au nom du duc de Savoie. La paix étoit faite, mais, ainsi que le dit fort bien le grand-écuyer, l'affaire n'étoit pas finie pour cela, puisque les ennemis s'avoient pas encore évacué le duché de Mantoue. Ils n'en partirent que le 27 novembre.

302: Saint-Simon savoit qu'en telle occurrence Richelieu n'ajournoit guère le moment de se mettre en sûreté, et qu'il en cherchoit au plus tôt les moyens. A Lyon, il y avoit songé, et avoit fait en sorte que le roi, tout mourant qu'il fût, y songeât pour lui. Le duc de Montmorency, à la prière de Louis XIII, avoit promis de mener Son Eminence en toute sûreté à Brouage. Ce n'étoit pas encore assez pour Richelieu: il avoit voulu s'assurer de Bassompierre et des Suisses. Bassompierre avoit refusé, et il le paya bientôt chèrement. Peu de temps après la Journée des Dupes, il étoit à la Bastille.

303: V. Mémoires, édit. Hachette, in-18, t. I, p. 36.

304: Suivant Leclerc, le gentilhomme envoyé par Saint-Simon trouva Richelieu emballant ses papiers et ses meubles, pour se retirer à Brouage, dont il étoit gouverneur. La Valette étoit avec lui, comme le dit Saint-Simon; mais Leclerc, dont en cela la relation diffère un peu, ajoute que ce cardinal alla chez le roi, vit Saint-Simon, qui lui confirma toute l'affaire, puis Sa Majesté, qui lui dit: «Monsieur le cardinal a un bon maître; allez lui dire que je me recommande à lui et que sans délai il vienne à Versailles.» C'est à cause de cette démarche de La Valette et des paroles du roi que le rôle principal a sans doute été donné à ce cardinal dans plusieurs relations.

305: Sur les Marillac, V. plus haut, p. 8 et 9. Michel, frère du maréchal, avoit les sceaux. Mandé le soir même à Glatigny, près de Versailles, il crut à un redoublement de fortune; mais le lendemain La Ville-aux-Clercs vint le trouver, se fit remettre les sceaux et l'emmena à Châteaudun.

306: Richelieu, sauvé par Saint-Simon, fut-il reconnaissant? Ecoutons les Mémoires du fils (t. I, p. 34): «Il n'est pas difficile de croire que le cardinal lui en sut un bon gré extrême, et d'autant plus qu'il n'y avoit aucun lien entre eux. Ce qui est plus rare, c'est que, s'il conçut quelque peine secrète de s'être vu en ses mains, et de lui devoir l'affermissement de sa place et de sa puissance, et le triomphe sur ses ennemis, il eut la force de le cacher si bien qu'il n'en donna jamais la moindre marque, et mon père aussi ne lui en témoigna pas plus d'attachement. Il arriva seulement que ce premier ministre, soupçonneux au possible, et persuadé sur mon père, par une expérience si décisive et si gratuite, alloit depuis à lui sur les ombrages qu'il prenoit. Il est souvent arrivé à mon père d'être réveillé en sursaut, en pleine nuit, par un valet de chambre, qui tiroit son rideau, une bougie à la main, ayant derrière lui le cardinal de Richelieu, qui s'asseyoit sur le lit, et prenoit la bougie, s'écriant quelquefois qu'il étoit perdu, et venant au conseil, et au secours de mon père sur des avis qu'on lui avoit donnés, ou sur des prises qu'il avoit eues avec le roi.»

307: Ce fragment est de Saint-Simon, comme le précédent, et vient de la même source. Il complète ce qu'on trouve sur le même sujet, au chapitre V des Mémoires (édit. Hachette, in-18, t. I, p. 39).

308: Le roi et le cardinal, qui vouloient en finir avec le duc de Savoie et ses prétentions sur Mantoue, étoient partis de Grenoble le 2 février 1629 pour se rendre au pied des Alpes, alors toutes couvertes de neige. (V. Bassompierre, anc. édit., t. II, p. 524; Vittorio Siri, t. VI, p. 603.)

309: Quand, l'année suivante, Louis XIII retourna en Savoie, la peste y étoit encore. (Leclerc, Vie de Richelieu t. II, p. 83, 97.)

310: C'est le passage des Alpes, dont la ville de Suse domine l'entrée, à la réunion des deux routes du mont Cenis et du mont Genèvre.

311: «Les diverses ruses, dit Saint-Simon dans ses Mémoires (t. I, p. 38), suivies de toutes les difficultés militaires que le fameux Charles-Emmanuel avoit employées au délai d'un traité et à l'occupation de son duché de Savoie, l'avoient mis en état de se bien fortifier à Suse, d'en empêcher les approches par de prodigieux retranchements bien gardés, connus sous le nom de barricades de Suse, et d'y attendre les troupes impériales et espagnoles, dont l'armée venoit à son secours.»

312: Bassompierre, Créqui et Schomberg.

313: Pierre de Nyert, ou plutôt de Niel, musicien de Bayonne, qui, venu jeune à Paris, avoit d'abord appartenu à M. d'Epernon, puis à M. de Créqui, à la suite duquel il étoit allé à Rome. Il y avoit appris la manière de chanter des Italiens, qu'il combina habilement avec celle qui étoit à la mode en France, et se fit ainsi une méthode d'une fort agréable originalité. Il passa pour avoir fait une révolution dans la musique. (Tallemant, édit. P. Paris, t. VI, p. 192.) M. de Mortemart, qui l'avoit amené dans son équipage, étoit premier gentilhomme de la chambre et fut duc et pair en 1633. Au retour de Suse, d'Assoucy vit à Grenoble de Nyert chantant devant le roi. Dans l'Epistre qu'il lui adressa, et qui se trouve parmi ses Poésies et Lettres (1653, in-12), il lui dit:

Gentilhomme de maison noble,
Qu'en noble ville de Grenoble
Je vis item, et que j'ouïs
Chanter devant le roi Louïs,
Qui vous trouva, chanson chantée,
Digne d'être son Timothée.

Louis XIII le fit son premier valet de chambre, et c'est de Nyert qui charma ses derniers instants: «Quelques jours avant sa mort, dit Onroux dans son Histoire de la Chapelle des rois de France, Louis XIII se trouva si bien qu'il commanda à de Nielle d'en rendre grâces à Dieu, en chantant un cantique de Godeau, sur l'air composé par Sa Majesté. Cambefort et Saint-Martin s'étant mis de la partie, ils formèrent tous trois un concert vocal dans la ruelle du lit, le malade mêlant, autant qu'il le pouvoit, sa voix aux concertants.» Louis XIV continua de Nyert dans sa charge de premier valet de chambre; il l'occupoit encore en février 1677, quand La Fontaine lui adressa son Epistre sur l'Opéra (Œuvres complètes, édit. gr. in-8, p. 542), et, en 1689, quand il lui arriva le double accident dont Mme de Sévigné parle ainsi dans sa lettre du 12 octobre: «L'abbé Bigorre me mande que M. de Niel tomba, l'autre jour, dans la chambre du roi; il se fit une contusion, Félix le saigna et lui coupa l'artère: il fallut lui faire à l'instant la grande opération. Monsieur de Grignan, qu'en dites-vous? Je ne sais lequel je plains le plus, de celui qui l'a soufferte, ou d'un premier chirurgien du roi qui coupe une artère.»

314: Son fils eut sa survivance; sa femme étoit femme de chambre de la reine Anne d'Autriche. (V. Mémoires de Mme de Motteville, sous la date du 15 janvier 1666.) Elle étoit sœur de cette fameuse Manon Vangaguel, pour qui La Sablière composa la plupart de ses madrigaux. (Walckenaër, Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine, 1re édit., p. 438.)

315: 9 mars 1629.

316: Au mois de mai 1685.

317: On peut voir la relation de cette réception dans le Dangeau complet, sous la date des 15 et 18 mai 1685. Comme on demandoit au doge ce qui l'avoit le plus étonné à Versailles: «C'est de m'y voir», auroit-il répondu. Si le mot étoit vrai, Dangeau ne l'eût pas oublié, car il en cite d'autres du doge. Il se nommoit Francesco Maria Imperiali; il étoit venu avec quatre sénateurs qui l'accompagnèrent partout. La loi de Gênes, comme en prévision de l'affront infligé à la république en cette circonstance, vouloit que le doge perdît sa dignité et son titre sitôt qu'il étoit sorti de la ville. Ce n'étoit pas le compte de Louis XIV, dont l'orgueil ne se fût pas satisfait de la visite d'un simple Génois. Il exigea donc que Francesco Imperiali conservât titre et dignité, tout exprès pour qu'il pût venir les abaisser devant lui.

318: Sur lui et sur son ambassade, V. Saint-Simon, t. 2, p. 42.

319: Le château de la Ferté-Vidame, dans le département d'Eure-et-Loir, près de Dreux. Il fut de notre temps la propriété du roi Louis-Philippe, qui y fit d'énormes dépenses pour les jardins. C'est là que Saint-Simon se sauvoit de la cour et de ses ennuis, et qu'il écrivit une partie de ses mémoires.

320: Ce tableau, ainsi que la plupart de ceux que possédoit Saint-Simon, dut passer à sa petite-fille et unique héritière, la comtesse de Valentinois. Saint-Simon dit en effet, à l'article II de son testament: «Je lègue et substitue à la comtesse de Valentinois tous les portraits que j'ay à La Ferté et chés moy, à Paris, qui sont tous de famille, de reconnaissance ou d'intime amitié. Je la prie de les tendre et de ne les pas laisser dans un garde-meuble.» (Mém., édit. Hachette, in-18, t. XIII, p. 105.)

321: L'original de cette pièce se trouve au British Museum, parmi les manuscrits de la bibliothèque Harleienne, no 6845, § 143. Nous la donnons ici à cause de sa curiosité.

322: Cette pièce, qui se trouve aussi dans les manuscrits du British Museum (biblioth. Harleienne, no 4442), a été publiée, ainsi que celle qui précède et celle qu'on trouvera à la suite, dans un recueil devenu rare, La Revue trimestrielle, juillet 1828, p. 366. Elle est d'un grand intérêt, en ce qu'elle prouve une fois de plus combien Louis XIV étoit jaloux de l'indépendance de son pouvoir, et combien ceux qui le servoient étoient ardents à défendre ce pouvoir contre toute prétention.

323: Cette pièce se trouve au British Museum, dans les manuscrits de la bibliothèque Harleienne, no 6345, ad finem. Elle se rapporte à une question qui fut longtemps en litige, et qui n'est même pas encore complétement éclaircie, à savoir si le prince de Galles (le prétendant) étoit ou non fils de Jacques II. La grossesse un peu tardive de la reine Marie, seconde femme du roi Jacques, donna lieu aux soupçons, surtout de la part de ceux dont l'intérêt étoit d'en avoir: je veux parler des partisans de Guillaume d'Orange, qui, voyant en lui le successeur de Jacques, comme époux de sa fille Marie, eussent été frustrés dans leurs espérances par la naissance d'un prince. Ils mirent tout en œuvre pour faire croire que cette grossesse étoit supposée, leurs doutes à ce sujet gagnèrent même les ministres de France près du roi d'Angleterre, MM. de Bonrepaux et Barillon, qui, jusqu'au dernier moment, ne semblent pas avoir considéré la grossesse comme très authentique. Chez le peuple et dans les provinces on la niait formellement, tant on craignoit, parmi ces populations tout anglicanes, que le dévôt Jacques II ne fît souche de princes catholiques. (V. Mazure, Histoire de la Révolution d'Angleterre en 1688, t. II, p. 366.) Quand le prince fut venu au monde, le 20 juin 1688, les soupçons furent loin de cesser. Guillaume, qui, plus que personne, demandoit à ne pas croire, et qui pouvoit mettre une armée et une flotte au service de son doute, se fit envoyer une requête, par laquelle on le sommait de venir vérifier la naissance du prince de Galles. Le comte Danby et le docteur Burnet y avoient travaillé: «C'étoit, dit Mazure (t. III, p. 26), un chef-d'œuvre de raisonnement et d'artifice.» On y insistoit sur le mystère dont la grossesse avoit été entourée, sur l'isolement dans lequel, tant qu'elle avoit duré, s'étoit tenue la reine. L'accouchement, disoit-on, s'étoit fait dans l'obscurité, et l'on n'avoit pas entendu crier l'enfant, etc., etc.; bref, le prince de Galles étoit un fils supposé. Pour arriver à en obtenir un viable, il n'avoit pas fallu moins de trois essais. Le premier enfant, introduit dans le lit de la reine à l'aide d'une bassinoire d'argent, seroit mort presque aussitôt; mais le lendemain on lui auroit substitué un nouveau-né robuste et gaillard, qui, malgré sa vigueur, seroit aussi mort, et auroit rendu nécessaire la substitution d'un troisième enfant. Celui-là, enfin, auroit survécu. (Id., t. III, p. 30-41.)—Quand on sut que le prince d'Orange s'apprêtoit à venir faire sa vérification armée c'est-à-dire qu'il étoit sur le point de débarquer en Angleterre avec des troupes considérables, Jacques II fit assembler les lords pour protester devant eux de la fausseté des bruits qui couroient sur la naissance de son fils. Dans cette séance, qui eut lieu le 1er novembre 1688, comparurent quarante-deux témoins, la reine douairière en tête: «Ils donnèrent, dit Mazure (t. III, p. 152), des détails si positifs, si manifestes, que la crédulité la plus malicieuse et la plus obstinée devoit se rendre à l'évidence de la vérité.» On ne s'y rendit pas cependant, et le doute dure encore. La princesse Palatine, mère du Régent, ne le croyoit pas possible: «Je gagerois, écrivoit-elle au sujet du prince de Galles le 11 avril 1706, je gagerois ma tête qu'il est parfaitement légitime; d'abord, il ressemble à la reine sa mère comme deux gouttes d'eau; ensuite, je connois une dame qui a assisté à sa naissance qui n'étoit pas du tout amie de la reine, et qui, pour dire la vérité, m'a avoué qu'elle étoit venue là afin de tout surveiller; elle m'a déclaré qu'elle avoit vu l'enfant retenu par le cordon ombilical, et qu'il étoit très positivement le fils de la reine. Comme les Anglois se conduisent parfois assez singulièrement avec leurs rois, et qu'ils n'ont pas encore vu d'étrangers sur le trône, on n'a pas beaucoup d'empressement à devenir leur souverain.» Vous venez de voir que le prince ressembloit à sa mère; aussi, pour quelques-uns que ce fait eût confondus, n'y avoit-il pas eu dans tout cela une substitution d'enfant, mais une infidélité de la reine. Elle auroit fait, disoit-on, comme Anne d'Autriche avec Mazarin. Ce quatrain à deux tranchants le donnoit à penser: