Le sujet quadre-t-il au nom?
On y compte plus de mille arbres,
Et l'on n'y voit pas un canon.

Les jardins ne manquoient pas d'ailleurs à proximité de ce cours. Un célèbre opérateur de ce temps-là, le dentiste Dupont, dont parle Tallemant (édit. in-12, t. X, p. 136), en avoit ouvert un à la Roquette, qui fut le Pré-Catelan du 17e siècle. Il y donnoit des fêtes publiques, avec danses, feu d'artifice, etc. Les piétons payoient une livre, les carrosses en payoient deux. C'étoit trop cher, il fut forcé de diminuer ses prix de moitié. (V. Loret, juin 1664.)

166: Cest-à-dire le muguet qui lui fait la cour. Ce mot rocantin avoit des sens bien différents: il signifoit tantôt une espèce de chanson, tantôt un jeune beau à la mode; plus tard, quand les galants qu'il avoit servi à désigner eurent vieilli sans cesser de vouloir plaire encore, il partagea leur ridicule. On n'employa plus le mot rocantin sans le faire précéder de l'épithète de vieux, et il devint ainsi le synonyme de vieux fat.

167: Marie de Médicis et Anne d'Autriche. Quand le roi étoit à Saint-Maur, celle-ci, pour l'aller trouver, suivoit le Cours, et tous les prisonniers alors dans la Bastille montoient à la terrasse pour la regarder passer. Souvent il s'en trouvoit qui étoient là pour son service, et elle tâchoit, par quelque bon regard, de les consoler de cette captivité dont elle étoit la cause. La Porte fut dans ce cas, et voici ce qu'il raconte: «La reine vint à Paris, et passa par la porte Saint-Antoine, pour aller trouver le roi à Saint-Maur; de quoi ayant été averti, je montai sur les tours pour la voir passer. Aussitôt qu'elle m'aperçut, elle descendit du devant de son carrosse et se mit à la portière pour me faire signe de la main, et me témoigner autant qu'elle pouvoit par ses signes de tête qu'elle étoit contente de moi et de ma conduite.» (Mémoires, anc. édit., p. 182.)

168: On sait que l'usage des dames étoit alors de porter le masque dans les promenades, et que les bourgeoises, en cela comme en toutes choses, s'efforçoient de les singer, (Caquets de l'Accouchée, p. 47, 105.) C'est en France surtout que cette mode étoit répandue; aussi disoit-on en Espagne que c'étoit une mode françoise. (Roman comique, édit. V. Fournel, t. I, p. 49.) Quand les reines passoient, les hommes se découvroient, les dames ôtoient leurs masques.

169: Sur la mode des mouches, V. t. VII, p. 9. etc.

170: On savoit bien que Me Guillaume étoit un bouffon à gages (V. t. VI, p. 129), que, de plus, il vendoit lui-même sur le Pont-Neuf les Pasquils publiés sous son nom (L'Estoile, édit. Michaud, t. II, p. 405); mais on ignoroit qu'à ces métiers il joignît celui de quémandeur chez les seigneurs, et qu'il fît en cela concurrence au comte de Permission (V. t. VIII, p. 81-83).

171: Cela fait allusion aux pasquils qui se publioient sous le nom de Jacques Bonhomme, considéré toujours comme la personnification du peuple souffreteux. (V. t. VI, p. 53, note.) En cette année 1614, et au sujet des troubles dont il est parlé ici, on avoit justement vu paroître une pièce de ce genre. Jacques Bonhomme y étoit donné comme un paysan des campagnes qui avoient eu alors le plus à souffrir. Voici le titre de ce petit livret, qui est rare: Lettre de Jacques Bonhomme, paysan de Beauvoisis, à Mgrs les princes retirés de la cour. Paris, Jean Brunet, 1614, in-8.

172: Il falloit toutefois que Me Guillaume fît en un jour grand débit de ses pasquils pour arriver à gagner une pistole, car il ne les vendoit pas cher. «J'ay, dit L'Estoille (mardy 16 sept. 1606), baillé ce jour à maistre Guillaume, de cinq bouffonneries de sa façon, qu'il portoit et distribuoit luy-mesme, cinq sols; qui ne valent pas cinq deniers, mais qui m'ont fait plus rire que dix sols ne valent.»

173: Sur ce genre d'étoffe, dont on faisoit les habits des pauvres gens, V. t. VII, p. 99.

174: C'est-à-dire qui radote.

175: Le 15 mai 1614, la paix avoit été faite entre le roi et les princes par le traité de Sainte-Menehould.

176: Pour goujarts ou goujats, valets d'armée.

177: Nous avons déjà dit que c'est la Picardie, où s'étoient portées les troupes des princes mécontents, qui avoit le plus souffert.

178: C'est là qu'au mois d'avril les chefs s'étoient rassemblés pour entendre les propositions de paix qui leur étoient faites de la part de la cour. Les soldats cependant ravageoient la campagne et vivoient sur le bonhomme, qui, dévoré par l'un et l'autre parti, ne savoit pas lequel des deux étoit son plus cruel ennemi.

179: M. de Vendôme, qui commandoit dans cette province, avoit été le seul qui n'eût pas souscrit au traité de Sainte-Menehould, sans doute pour se venger des quelques jours de prison qu'on lui avoit fait subir au Louvre, à la première nouvelle des troubles. Il fallut un voyage du roi de ce côté pour que la paix s'y rétablît.

180: Nous publions ce livret d'après l'un des 70 exemplaires de la réimpression faite à Chartres, chez Garnier, en août 1847, par les soins de M. Gr. Duplessis. Réimprimer cet opuscule à Chartres, c'étoit le faire renaître où il étoit né; les personnages qui y jouent un rôle sont Chartrains, on le verra bien à leur langage, et l'auteur lui-même étoit, ou peu s'en faut, leur compatriote. D'après la découverte un peu tardive qu'en a faite M. Duplessis, il se nommoit François Pedoüe, et il étoit chanoine de Chartres. Né à Paris en 1603, il appartenoit à la Beauce par la famille de sa mère, Françoise de Tranchillon, sœur de M. d'Armenonville. Il fit ses études à La Fèche, chez les jésuites, et obtint, n'ayant que vingt ans, par les soins du premier cardinal de Retz, la prébende à la cathédrale de Chartres, dont il prit possession en 1623. Il n'étoit pas encore prêtre, et pendant douze ans il ne fit rien d'un prêtre. En 1626 il publia, chez Peigné, à Chartres, un recueil de poésies fort mondaines dont M. Duplessis a vu un des rares exemplaires chez un bibliophile chartrain. C'est en 1631 qu'il donna Le Bourgeois poli, qu'on ne croiroit certes pas avoir été écrit par une plume ecclésiastique. Mais Fr. Pedoüe, alors, n'étoit qu'un petit maître «vestu de satin, est-il dit dans sa vie manuscrite par le chanoine Lefebvre, portant point coupé à son rabat, escorté de deux laquais, dont il avoit appelé l'un Tant-Pis et l'autre Tant-Mieux, enfin général de l'ordre des chevaliers de Sans-Souci», dont il avoit été le fondateur, ajoute M. Duplessis. Le chanoine Lefebvre dit quelques mots du livret que nous reproduisons ici et du succès qu'il obtint dans toutes les classes de la société. Il parle «d'un de ses ouvrages, entre autres, intitulé Le Bourgeois poli, dans lequel étoit représenté au nayf toutes les conditions; et il n'y avoit ni petit ni grand qui n'en fust garni». Pédoüe donna plus tard un sérieux démenti aux dissipations et aux œuvres frivoles de sa jeunesse: «Les grands services qu'il a rendus à la cité, en qualité d'échevin, dit M. Duplessis, son rôle de négociateur et de pacificateur dans les sanglantes querelles des nobles et des bourgeois en 1651, les œuvres de charité qu'il a fondées, et dont la principale subsiste encore après plus de deux cents ans, l'austérité des trente dernières années de sa vie, le zèle infatigable avec lequel il s'est dévoué aux choses de son ministère, tels sont les titres sérieux qui le recommandent à la postérité chartraine.»

181: On fit, au 17e siècle, un grand nombre d'ouvrages sur la bienséance, le bien dire, etc., où l'on pouvoit constater les progrès que l'art de la politesse avoit faits depuis le moyen âge, qui n'avoit eu guère pour Code d'urbanité que la Dictiée d'Urbain et les Contenances de table. Au 16e siècle, en outre de la Civile honnesteté, imprimée pour la première fois en 1560, un Traité de civilité puérile, par Saliat, avoit été publié à Paris, chez Simon de Colines, d'après le petit livret en latin écrit sur le même sujet: le Quos decet, par exemple, relatif aux usages de la table; les Dialogues de Mathurin Cordier, et le livre d'Erasme sur la Civilité morale. On donna de celui-ci un grand nombre de traductions. Malherbe en cite une qu'il avoit vue affichée, et dont l'auteur étoit un petit garçon de douze ans. Il se moque du bambin traducteur, et par contrecoup d'Erasme, qu'il n'admet pas pour juge en ces matières: «Je ne sçaurois croire, écrit-il, qu'Erasme sût que c'est de civilité, non plus que Lipse sait que c'est que de police. Je serois bien aise de voir un premier gentilhomme de la chambre écrire du premier point, et un roi du second; ils en parleroient, à mon avis, plus pertinemment que des pédants, et ce seroit ces livres-là que j'achèterois très volontiers, comme faits par des gens du métier.» Malherbe dit tout cela dans sa lettre à Peirèsc, du 10 octobre 1613, à propos d'un livre des Civilités puériles dont celui-ci avoit entendu parler à Aix, et sur lequel il désiroit des renseignements. C'étoit sans doute une nouvelle édition du livre de Saliat, cité tout à l'heure. Les éditions des ouvrages de ce genre se multiplioient à l'infini: le livre d'Antoine Courtin, Nouveau Traité de la civilité qui se pratique en France, parmi les honnestes gens, en étoit à sa onzième en 1678; et Dieu sait à quel chiffre en sont arrivées celles de la Civilité puérile et honneste que le P. Lasalle, instituteur des frères des écoles chrétiennes, publia pour la première fois en 1713, et qui, depuis lors, n'a rien changé ni à son texte, ni à son caractère. (Dibdin, Voyages bibliogr. en France, t. II, p. 71.) Nous citerons encore, parmi les livres de ce genre publiés aux derniers siècles, le Nouveau Traité de civilité françoise, Paris, 1695, in-8; les Eléments d'instruction de Blégny, Paris, 1691; Instruction chrétienne, 1760; et pour beaucoup d'autres nous renverrons à une longue note du Palais Mazarin, 293-297. Pour le caractère dit de civilité, qui est spécial au plus populaire de ces petits livres, nous conseillerons de lire ce qu'en a écrit M. J. Pichon, Mélanges de littérature et d'histoire, publiés par la Société des bibliophiles françois, p. 330-337.

182: Mot se dit dans le commerce du prix qu'on demande d'une marchandise et de l'offre qu'on en fait. (Trévoux.)

183: Idiotisme chartrain pour ne nous livrerons plus rien. Amar est un mot celtique qui se retrouve dans le bas breton, et dont, par une extension de sens, on a fait le verbe amarrer. (Falconnet, Mém. de l'Acad. des Inscript., p. 10.)

184: Trompés. Affronteur se disoit pour un faiseur de dupes. (V. Charron, La Sagesse, liv. I, ch. 16.)

185: Partager. V. plus loin, p. 177, note.

186: On disoit d'une étoffe de soie, peluche, velours, ou satin, qu'elle étoit à deux ou trois poils, selon le nombre des lignes jaunes marquées sur la lisière. Celles qui en portoient trois étoient les plus belles. Par extension, on disoit pour un vrai brave, en qui se trouvoit l'étoffe d'un courage sans mélange, que c'étoit un brave à trois poils.

187: Barguigner. Ce mot ne se prit d'abord que dans le sens de marchander, qu'on lui donne ici. (R. Spifame, Dicæarchiæ Henrici regis progymnasmata, arrest 224e, et Rabelais, édit. Burgaud, t. 2, p. 68.) On trouve dans une ordonnance de taxe du temps de Chartes VI: «Defense aux barguigneurs de barguigner», c'est-à-dire de marchander avant l'ouverture du marché. (Monteil, Traité des matériaux manuscrits, t. II, p. 306, 307.) Il se retrouve dans la 91e des Cent Nouvelles nouvelles, et en anglais to bargain signifie encore marchander. L'origine de ce mot vient, selon quelques-uns, d'une métaphore employée au jeu de l'Oie. (Biblioth. de l'Ecole des Chartes, 3e série, t. II, p. 304.)

188: C'est-à-dire qui prennent des arrangements pour payer. Chevissoire est ici pour chevisance, qui, en terme de palais, signifioit traité, accord.

189: Les draps d'Angleterre avaient alors la vogue, mais ils n'étoient anglais que de nom. Le M. Guillaume de l'Avocat pathelin de Brueys ne ment pas lorsqu'il parle de ses brebis qui lui donnent d'excellente laine d'Angleterre! Le carizi étoit fait avec de la laine de Flandre, et son nom n'est qu'une altération de celui des arazi, étoffes d'Arras, célèbres partout au moyen âge. Dès le 14e siècle, il est parlé en Italie des étoffes appelées arassa (Muratori, t. XVI, col. 583); et l'on sait par le testament de Richard II, que ce roi d'Angleterre portoit, entre autres vêtements, des habits de drap d'Arras. (Rymer, t. III, 4e part., p. 158.) Arras, au XVIe siècle, fournissoit toutes les tapisseries de haute lisse, appelées encore en Italie arazzi, ou panni di rassia. (L. De Laborde, Union des Arts et de l'Industrie, t. 2, p. 435.)

190: L'étain est la partie la plus fine de la laine cardée.

191: est un vieux mot qui signifie largeur. Il ne s'emploie plus que dans ce sens. Chaque fabrique avoit son pour les draps, c'est-à-dire sa largeur entre les deux lisières. Pathelin demande à maistre Guillaume, pour son drap: «Quel lé a-t-il?» et l'autre répond: «Lé de Brucelle.»

192: Dans l'ancienne médecine, être tranché se disoit pour avoir des coliques, des tranchées.

193: Une femme qui vous harasse, vous fatigue.

194: Je ne sais ce que ce mot veut dire au juste. La phrase doit, toutefois, signifier: «Elle a esté trois ans comme si elle n'avoit eu de mère.» Orfente signifioit orpheline; c'étoit, dit Borel, comme qui diroit orphelinette.

195: Ou ça mon, interjection populaire que nous avons déjà souvent rencontrée.

196: Sur ces accointances des maîtres et des chambrières, scandale si fréquent alors, V. t. I, p. 313, 320, et aussi la vingt-neuvième pièce du t. III, p. 343. Il y est question d'une aventure qui avoit réellement eu lieu à Bordeaux, comme nous l'avons appris depuis par un passage de Tallemant, édit. in-12, t. II, p. 139.

197: «J'ay ouy dire maintes fois qu'un homme est marqué à l'A quand on le veut qualifier très homme de bien; et si je sçavois bien que cela estoit emprunté des monnoyes... En toutes les villes esquelles il est permis de forger monnoies, on les marque par l'ordre abécédaire, selon leurs primautez... Paris, pour estre la métropolitaine de la France, est la première, et pour ceste cause la monnoye que l'on y forge est marquée à l'A... On y a tousjours fait monnoye de meilleur aloy et poids qu'ès autres villes: qui a donné lieu à cest adage.» (Pasquier, Recherches de la France, liv. VIII, ch. 23.)

198: C'étoit alors un proverbe dont nous avons déjà trouvé une variante (t. IV, p. 9). Molière l'a employé, tel qu'il est ici, à la scène 3e du 3e acte du Médecin malgré lui. G. Bouchet avoit dit, dans sa 3e sérée: «Et ne faut point faire du cholère ou mauvais, car là où la chèvre est attachée, il faut qu'elle broute: c'est-à-dire que le mal qu'on a avec sa femme est domestique et nécessaire.»

199: Partager, du latin partiri. Nous disons encore avoir maille à partir, pour avoir argent à partager, et, par extension, querelle à craindre, l'un ne manquant jamais d'amener l'autre.

200: C'est-à-dire nous vous ayons bien ennuyée, nous vous avons bien été à charge, comme on dit encore dans quelques provinces.

201: Parmi les Lettres de Montreuil il s'en trouve une à son boucher, maître Olivier, qui fait voir que de tout temps on a promis aux chalands de la bonne viande, sans jamais leur en livrer.

202: Nache, du latin nates, c'est la fesse; du derrière me semble faire pléonasme en pareil cas.

203: C'est-à-dire de celle qui se vend à la criée.

204: C'est ce que Molière, dans Georges Dandin, fait dire par Lubin à Claudine.

205: Jusqu'au temps de Molière, on le sait, ce fut l'expression admise, le mot propre. Sur la fin du règne de Louis XIV, on s'avisa de le trouver malséant, et il fut décidé qu'on lui substitueroit le mot remède. Le roi, sur les observations du Père Le Tellier, ne se permit plus que cette dernière expression; et s'il faut en croire Mirabeau, en son Erotica Biblion, l'Académie françoise eut ordre de l'insérer dans son dictionnaire avec cette nouvelle acception.

206: On ne voyoit même pas toujours quel étoit l'opérateur. La belle veuve Mme Grasset, perle de l'île Saint-Louis, entretenoit sa fraîcheur par des remèdes dulcifiants. Un matin qu'elle étoit en position de s'en faire administrer un par Louison sa servante, celle-ci, déjà tout armée, s'aperçut qu'il manquoit un peu de lait clarifié dans la dose prescrite par M. Renard le medecin, et à tout petit bruit elle courut à la cuisine, sans que sa maîtresse, qui, le nez dans la ruelle, ne pouvoit la voir, remarquât seulement son absence. Mme Grasset avoit deux prétendants, M. de Lorme et M. d'Argencourt, son neveu. C'est celui-ci qui arriva sur ces entrefaites. Mme Grasset crut que c'étoit Louison, et quand, tout ému, il eut pris l'arme abandonnée, et qu'il l'eut braquée, avec une justesse que son trouble ne sembloit pas permettre, elle continua de croire que le service lui étoit rendu par la main exercée de sa servante. Une lettre du jeune homme vint, à sa grande confusion, la détromper le lendemain. Il commençoit par demander pardon de son bon office, puis il en réclamoit le salaire, en disant qu'il mourroit s'il ne l'obtenoit pas, après avoir eu le malheur de le mériter. Son aventure, ajoutoit-il, rappeloit celle d'Actéon, qui, s'il n'eût été métamorphosé, seroit mort du désir de revoir, après avoir vu. Mme Grasset n'avoit rien de la déesse Diane, surtout la cruauté. Elle épousa M. d'Argencourt. Cette aventure, qui arriva réellement, comme on peut le voir dans une note de Saint-Simon sur Dangeau, fut mise en nouvelle. Elle parut en 1678, sous le titre de: L'Apothicaire de qualité, qui plus tard, quand on l'imprima dans les recueils, se changea en celui de: Le Mousquetaire à genoux. On ajoutoit: nouvelle françoise et tout à fait bourgeoise, afin de dépayser les curieux au sujet des personnages, qui étoient du grand monde. La Bibliothèque des romans l'a reproduite dans son 2e volume d'avril 1777, p. 144-157.

207: Vous aurez bien de la peine. On disoit plus souvent, dans ce sens, suer d'ahan. Plus anciennement, on avoit dit en hanner, comme on le voit dans la vieille traduction françoise des Dialogues de saint Grégoire (Biblioth. imp., fonds Notre-Dame, no 210 bis, fol. 115). Les hommes employés aux corvées, qui, en bas-breton, s'appellent anez, étoient désignés par le mot de ahaniers (Froissart, édit. du Panthéon littér., t. II, p. 339). Aujourd'hui encore, dans l'Orléanais, dans le Lyonnais, etc., ceux qui ramassent les immondices s'appellent des âniers.

208: Grêle se prenoit proverbialement dans le sens de malheur. On dit encore, dans quelques provinces: c'est la grêle, pour: c'est malheureux; et, dès le dix-septième siècle, avoir l'air grêlé signifioit: avoir l'air misérable. (V. Destouches, Le Glorieux, acte IV, sc. 7.)

209: S'éloigner. Je trouve ce mot employé, avec le même sens, par Estienne Pasquier, liv. I, lettre 3.

210: Mécanique, d'après le dictionnaire de Richelet et de Trévoux, se disoit pour un homme bas, vilain, avare. Montaigne (liv. III, ch. 6) avoit employé ce mot dans un sens à peu près semblable.

211: Dans l'Orléanais, on dit encore, avec le même sens: avoir une couée d'enfants.

212: C'étoit, à ce qu'il paroît, une façon de parler à la mode. Malherbe, dans la chanson que lui prit Gaultier-Garguille, l'a prêtée à Robinette. (V. notre édit. des Chansons de Gaultier-Garguille, p. 74.)

213: Il s'agit des livres dont nous avons parlé plus haut, note 2, et notamment des ouvrages de Nervèze. Une coquette des chansons de Gaultier-Garguille répond aux galanteries de son amant:

Je cognois à vos beaux discours
Que vous lisez Nervèze.

(V. notre édit., p. 98, note.)

214: C'est un mot encore employé dans l'Orléanais, avec le sens de remuant, affairé.

215: Dans le sens de: quoique. Cette expression, fort employée au 16e siècle et au commencement du 17e (V. Des Périers, 1735, in-12, t. I, p. 18), fut proscrite par l'Académie dans ses Observations sur Vaugelas.

216: Ce mot étoit un provincialisme que Furetière ne dédaigna pas de ramasser. Les lexicographes de Trévoux le lui prirent, en demandant où il l'avoit trouvé. C'étoit peut-être dans cette pièce. Voici l'exemple qu'il cite: «Cette femme est allée à la presse: ses habits, son linge, ont été foupis

217: Ces interminables façons étoient de l'étiquette du temps. Je trouve dans un des petits livres de Réponses et réparties, qui étoient alors le vade-mecum de la politesse, un exemple en action de ces sortes de scènes de réception. On vous prie de passer le premier: «Ne m'empêchez pas, je vous prie, dites-vous, de vous rendre les devoirs que je vous dois.» A nouvelles instances, résistance nouvelle, et vous dites: «N'insistez pas, Monsieur, et gardez le pouvoir que vous avez sur moi pour une autre occasion.» Il faut pourtant céder; vous ne le faites qu'en courbant la tête: «Eh bien! soit, Monsieur, dites-vous, car je vous honore trop pour en appeler de vos ordonnances.» S'il vous plaît d'employer une variante pour ce compliment, vous dites: «Que cela soit ainsi, car si je ne savois pas vous obéir, je ne serois pas votre serviteur.»

218: C'étoit un compliment bourgeois, dont Caillières conseille à la bonne compagnie de se garder: «Il est vray, fait-il dire au commandeur, qu'il ne suffit pas de sçavoir les bonnes façons de parler pour s'en servir: il faut connoître les mauvaises pour les éviter, surtout certains dictons, qui font l'ornement des discours de la bourgeoisie, et dont M. Thibault nous a donné un exemple lorsqu'il a dit à madame qu'il vaut mieux être incivil qu'importun.» (Du bon et du mauvais usage dans les manières de s'exprimer. Paris, 1693, in-8, p. 114.) Molière, à qui rien n'échappoit, n'a pas manqué de mettre cette banalité bourgeoise dans la bouche de M. Jourdain (Bourgeois gentilhomme, acte III, sc. 4). C'est un trait de caractère que les commentateurs auroient bien fait de remarquer au passage. Il y avoit, du reste, longtemps que ce lieu commun poli circuloit dans la bourgeoisie française et anglaise. Ecoutez Stander dans les Joyeuses commères de Windsor; après un assaut de politesse, il dit à mistress Page la même chose: «I'll rather be unmannnerly than troublesome.»

219: L'auteur de l'excellente Histoire des anciennes corporations d'arts et métiers de la ville de Rouen, etc., Rouen, 1850, in-8, M. l'abbé Ouin-Lacroix, n'a eu connaissance ni de cette pièce fort intéressante, ni même de la curieuse affaire dans le dossier de laquelle il faut la placer.—Le débat eut lieu, comme on le verra, en 1773. Quelques années auparavant, il s'en étoit élevé un tout semblable à Paris: les perruquiers-barbiers d'un côté, et, de l'autre, les coiffeurs des dames étoient aussi en présence. La cause, portée à la grand'chambre dans les premiers jours de janvier 1769, fut gagnée par les coiffeurs des dames. «Les grâces, dirent alors les Mémoires secrets (t. IV, p. 216), ont triomphé du monstre de la chicane.» Le procureur Bigot de la Boissière avoit fait en faveur du parti qui eut gain de cause un mémoire fort plaisant, qui, «répandu à profusion, fit l'entretien du jour.» Le tribunal, qui tenoit à ne pas rire, fit supprimer le mémoire. Malgré cette suppression, il est bien moins rare que celui que nous publions ici. Il a été réimprimé dans un charmant recueil du temps (Causes amusantes et connues, 1769, in-12, t. I, p. 367-390.)—Il existe sur cette même affaire une pièce anonyme en assez jolis vers sous ce titre: Les coeffeurs des dames contre ceux des messieurs, 1769, in-8.

220: En 1686, la corporation des enjoliveuses ou modistes, comme nous dirions aujourd'hui, avoit obtenu du parlement de Normandie le privilége exclusif des ouvrages de cheveux.

221: A Paris, les prétentions avoient été les mêmes: «Les maîtres barbiers-perruquiers, dit Bigot de la Boissière, sont accourus avec des têtes de bois à la main; ils ont eu l'indiscrétion de prétendre que c'étoit à eux de coiffer celles des dames. Ils ont abusé d'arrêts qui nous sont étrangers, pour faire emprisonner plusieurs d'entre nous; ils nous tiennent, en quelque sorte, le rasoir sous la gorge.» (Causes amusantes, t. I, p. 367.)

222: C'est ce que dit aussi Me Bigot de la Boissière en faveur de ses clients; mais s'il parloit pour nos clientes, il auroit bien mieux raison: «Le coiffeur d'une dame est, dit-il, en quelque sorte le premier officier de sa toilette; il la trouve sortant des bras du repos, les yeux encore à demi fermés, et leur vivacité comme enchaînée par les impressions d'un sommeil qui est à peine évanoui. C'est dans les mains de cet artiste, c'est au milieu des influences de son art, que la rose s'épanouit en quelque sorte, et se revêt de son éclat le plus beau. Mais il faut que l'artiste respecte son ouvrage; que, placé si près, par son service, il ne perde pas de vue l'intervalle quelquefois immense que la différence des états établit; qu'il ait assez de goût pour sentir les impressions que son art doit faire, et assez de prudence pour les regarder comme étrangères à lui.»

223: Me Bigot ne plaidoit pas pour des artistes femmes, mais il ne mit pas moins de grâce à décrire la délicatesse de leurs travaux capillaires, et à ravaler ceux de leurs antagonistes: «La profession de perruquier, s'écrie-t-il, appartient aux arts méchaniques; la profession de coiffeur des dames appartient aux arts libéraux... L'art des coeffeurs des dames, dit-il encore, est un art qui tient au génie.» Puis il se plaît à décrire les nuances de talent qui y sont nécessaires: «L'accommodage se varie suivant les situations différentes. La coiffure de l'entrevue n'est pas celle du mariage, et celle du mariage n'est pas celle du lendemain. L'art de coiffer la prude et de laisser percer les prétentions sans les annoncer, celui d'afficher la coquette et de faire de la mère la sœur aînée de la fille; d'assortir le genre aux affections de l'âme, qu'il faut quelquefois deviner; au désir de plaire, qui se manifeste; à la langueur du maintien, qui ne veut qu'intéresser; à la vivacité, qui ne veut pas qu'on lui résiste; d'établir des nouveautés, de seconder le caprice, et de le maîtriser quelquefois: tout cela demande une intelligence qui n'est pas commune et un tact pour lequel il faut en quelque sorte être né.»

224: M. Ouin-Lacroix mentionne les lettres-patentes de Henri III, mais sans en dire la date. Il ne parle pas des statuts de 1478.

225: Suivant M. Ouin-Lacroix, il y auroit eu encore un autre règlement en 1711.

226: Elles avoient même le privilége de fabriquer les liens de chapeaux et de garnir les bonnets avec de la fourrure. Les chapeliers réclamèrent inutilement en 1669, et les fourreurs en pure perte aussi sept ans après. (Ouin-Lacroix, p. 124.)

227: A Paris, les perruquiers avoient seuls ce dernier privilége, et Me Bigot en prend occasion pour les railler encore: «Tondre une tête, acheter sa dépouille, donner à des cheveux qui n'ont plus de vie la courbe nécessaire avec le fer et le feu; les tresser, les disposer sur un simulacre de bois, employer le secours du marteau, comme celui du peigne, mettre sur la tête d'un marquis la chevelure d'un savoyard, et quelquefois pis encore; se faire payer bien cher la métamorphose... ce ne sont là que des fonctions purement méchaniques, et qui n'ont aucun rapport nécessaire avec l'art...»

228: Entre cet arrêt de 1752 et les lettres-patentes de 1772, il avoit été rendu un jugement que l'avocat des coiffeuses de Rouen auroit pu invoquer, s'il l'eût connu. C'étoit une sentence du parlement d'Aix, du 20 juin 1761, dans un procès semblable intenté par les perruquiers-barbiers de Marseille aux coiffeurs des dames de la même ville. Ceux-ci avoient eu gain de cause.

229: Ce bureau étoit au couvent des Carmes, où la corporation des coiffeurs étoit placée sous l'invocation de Notre-Dame-de-Recouvrance.

230: Les barbiers, comme on sait, étoient aussi chirurgiens, et les chirurgiens barbiers, «par la raison, dit M. de Paulmy, qu'il falloit que celui qui se trouvoit continuellement dans le cas de faire quelque blessure sût au moins les guérir.» Quand l'art de la chirurgie eut été honoré, au 17e et au 18e siècle, de nombreuses distinctions, on dédaigna de s'y abaisser au métier vulgaire de la barberie, et «surtout de l'accommodage des cheveux». Ce fut désormais, à Paris du moins, la profession spéciale des barbiers. Ils n'eurent plus rien de commun avec les chirurgiens, sauf sur un point. Le premier chirurgien du roi, qui étoit en même temps son premier barbier, resta chef de la barberie et de la chirurgie réunies, ce qui lui permit de ne pas renoncer à ses honoraires sur les deux communautés. (Mélanges tirés d'une grande bibliothèque, t. XXXII, p. 270.)

231: Je ne sais quel fut le résultat de ce mémoire. Il est probable qu'il fit accorder gain de cause aux coiffeurs. Ce seroit, autrement, la seule affaire de ce genre, à cette époque, où les perruquiers l'auroient emporté. Il y avoit longtemps qu'ils se targuoient, mais sans plus de succès, de prétentions semblables. En 1724, les perruquiers de Rhétel avoient été jusqu'à faire un procès au barbier du bourg de Vouzy-sur-Aisne, parce que, disoient-ils, l'existence de tout barbier de village étoit une illégalité. Les habitants de la campagne, tout éloignés qu'ils fussent des villes, n'avoient pas, à les entendre, le droit de se faire faire la barbe, ni les cheveux, ni de faire poudrer leurs perruques. Ils devoient, de par la loi, ne se faire accommoder qu'à la ville, sous peine de porter une perruque hérissée, sans poudre, et une barbe de capucin. Par arrêt du 4 septembre 1724, la Cour de Rhétel débouta de leur prétention ces monopoleurs des barbes et des perruques villageoises. (Causes amusantes, t. II, p. 257-272.)—Quant au procès intenté par les perruquiers de Paris contre les coeffeurs des dames, ce furent encore une fois ceux-ci qui le gagnèrent (V. p. 215, note). Le rimeur qui s'etoit fait le rapporteur poétique de l'affaire les félicita de ce succès dans la pièce que j'ai indiquée plus haut (p. 216, note):

Thémis, qui n'a d'autre toilette
Qu'un siége illustre, où ses arrêts
Des Dieux même sont les décrets,
Par la vois de leur interprète
Des mains des tyrans perruquiers
Nous a délivrés par huissiers,
Et notre victoire est complète,
Le prevost, le garde et syndic
Barberie et perruquerie
Le sergent de la confrairie,
Ne se coefferont plus du tic
D'encoffrer notre coefferie.
Et chacun fera son trafic.

Par cette même pièce on apprend qu'en outre des coiffeurs de dames il y avoit aussi à Paris, comme à Rouen, des coiffeuses, qui partagèrent le succès de leurs confrères. Si ce métier leur eût fait défaut, elles s'en fussent consolées vite; elles n'en manquaient pas d'autres. Voici ce qu'en dit le poëte des coiffeuses, comme s'il étoit coiffeur lui-même:

Une étrangère ne fait pas
Sur le rempart le moindre pas
Que nos sœurs n'en soient enquesteuses.
Un élégant peigne en leurs mains
Se change en charmant caducée;
Les cœurs féminins sont humains,
Une coiffeuse est si rusée:
«—Eh bien! que pense-t-il de moi,
Lindor, dont tu parles sans cesse?
—Madame, sa noble tendresse
Ne peut vous inspirer d'effroi;
Il vous offre son pur hommage.
—Comment me trouve-t-il?—Au mieux,
A miracle, et, sans persifflage,
Il proteste que vos beaux yeux...
—Est-il riche?—Il donne équipage,
Maison montée, et, pour raison,
L'aimable petite maison.
—Achève ton accommodage!»
Ainsi nos sœurs dans ce canton
Font plus d'un galant personnage:
Coeffant les dames du bon ton
Et les nymphes du bel usage,
Officieuses de Cupidon
Et faiseuses de mariages
Par devant le dieu du plaisir
Et son confrère le Désir.

232: Il y avoit, depuis le 14e siècle, un marché au vieux cimetière Saint-Jean. Depuis quelques années, la construction «de fort beaux logis qui rendoient de grands revenus à la fabrique de Saint-Gervais», comme il est dit dans le supplément aux Antiquités de Paris de Du Breuil, 1639, in-4, p. 59, en avoit un peu diminué l'étendue, mais l'avoit fort embelli.

233: Cette pièce nous a semblé bonne à reproduire, parce qu'elle est le véritable Catéchisme des poissardes, au commencement du règne de Louis XIV. Elle suffiroit à prouver que le genre poissard n'a eu pour créateur ni l'auteur de Madame Engueule, ou Les accords poissards, comédie-parade, 1754, ni l'illustre Vadé. Voisenon, d'ailleurs, avoit déjà contesté à celui-ci cette noble gloire. (V. ses Œuvres, t. IV, p. 72.) Au temps des Valois, il étoit déjà de bon ton, comme au temps de Louis XV, de bien entendre le langage de la place Maubert. Catherine de Médicis y excelloit: «La royne-mère, lit-on dans le Scaligerana (1667, in-12, p. 46), parloit aussi bien son goffe parisien qu'une revendeuse de la place Maubert, et l'on n'eust point dit qu'elle estoit Italienne.» On disoit quelquefois goiffe pour gof, quand on parloit de ce langage populaire (V. le fragment d'une lettre inédite de Maynard, dans le catalogue des autogr. de M. Ch...; janv. 1856, p. 20). J'étois porté à croire que de goiffe on avoit fait goiffeur, puis goipeur; mais ce dernier mot, qui désigne, comme on sait, un viveur, dérive plutôt du mot espagnol, dont il est ainsi question dans les Mélanges d'histoire et de littérature de Vigneul-Marville (1re édit., p. 325): «Il y a en Espagne de jeunes seigneurs appelés guaps, qui ont rapport à nos petits-maîtres. Guap, en espagnol, veut dire brave, galant, fanfaron

234: C'est, on le voit, tout à fait le style poissard. La rime, c'est-à-dire l'assonnance, n'y manque même pas.

235: Voilà un calembour qui a été repris bien souvent. M. de Bièvre fut le premier plagiaire.

236: Montmartre et les poissardes furent toujours de vieilles connaissances. Un des ouvrages classiques du genre poissard est daté de ce sot mont: ce sont les Lettres écrites de Montmartre par Jeannot Georgin (Ant.-Urbain Coustelier). Londres, 1750, in-12.

237: Lisez empreuf et deux, comme nous le trouvons dans une pièce de l'Ancien théâtre (t. III, p. 54), ou plutôt encore empreu et deux, comme dans la Farce de Pathelin (édit. 1662, p. 21). Cette locution, qui se trouve aussi dans le Ménagier de Paris (t. I, p. 141), étoit la manière de compter en usage autrefois. On l'avoit empruntée aux écoliers. Quand ils tiroient au sort, au commencement d'une partie de jeu, ils disoient, pour le premier sorti, empereur. C'étoit le terme classique. Empreu est une abréviation, qui en a amené une autre, qu'on emploie toujours. Dans toute partie de lycéens, celui qui joue le premier est le preu. Le nom de preux donné aux meilleurs chevaliers vient peut-être aussi de ce qu'ils étoient les premiers, les preux en courage.

238: Le vocabulaire de ces dames n'avoit pas été refait depuis la harangère du Petit-Pont, qui combattit le régent à belles injures: «Va, va, lui dit-elle, porte ton liard aux tripes.» (Œuvres de Bon. Des Periers, édit L. Lacour, I, 224.)

239: Ce mot étoit alors une injure, comme on voit. Il ne se prenoit pas encore pour marchand des halles, il étoit synonyme de vaurien, voleur. C'est d'ailleurs le sens qu'il avoit déjà du temps de Roger de Collerye (V. ses Œuvres, édit. Ch. d'Héricault, p. 272), et de Jacques du Bois (Jacobus Sylvius), qui, dans son Isagoge (1581, in-4, p. 4), dit positivement que poissard se disoit pour voleur (pro fure); à cause de cela, il le fait venir de picare, mot latin, dont les dérivés sont notre verbe picorer et le picaro espagnol. Les voleurs antiques se poissoient les mains, afin de saisir les pièces d'argent au simple toucher. (V. Martial, liv. VIII, épigr. 59.) C'est ce qui avait fait donner au verbe picare (poisser) le sens que nous lui trouvons, et que le mot poissard perpétua si longtemps chez nous. (V. encore notre article sur ce mot dans l'Encyclopédie du XIXe siècle, t. XIX, p. 711.)

240: Cette façon de prononcer, en faisant sonner un a au lieu d'un e, étoit purement parisienne au 16e siècle: «Vela pourquoy vous voulez avoir un sarment», fait dire Henri Estienne à Philosaune; à quoi Celtophile répond: «Pardonnez-moy, je ne pense ni à sarment, ni à vigne.—Philos.: J'ay dit sarment pour serment; c'est un petit parisianisme de la place Maubart.» (Deux Dialogues du nouveau langage françois italianisé, p. 398.)

241: Ces mots: de neige, mis à la suite d'un autre, étoient une sorte de particule méprisante. Quand, dans le Dépit amoureux (acte IV, sc. 5), Gros-René rend à Marinette «son beau galant de neige», il veut faire voir à sa maîtresse le peu de cas qu'il fait du cadeau, qu'il lui rejette au nez, et non pas, comme on le croit, lui rappeler la couleur de ce nœud de ruban. Cela ne veut, d'aucune façon, dire que ce galant est de couleur de neige; aussi, tous les Gros-René de la Comédie-Française, qui se croient obligés de se mettre invariablement un pompon blanc sur l'oreille, feroient bien de ne plus s'en tenir à cette cocarde.

242: Le godenot, dit Richelet, étoit le petit marmouset de bois dont se servoient les joueurs de gobelet. On en avoit fait un mot satirique, à l'adresse de tous les faiseurs de tours de passe-passe, quel que fût leur métier, qu'ils fussent procureurs ou prédicateurs: c'est à ceux-ci surtout que le mot s'appliquoit. (V., parmi les mazarinades, L'Enfer burlesque, 1649, in-4, et Le Rabais du pain, 1649, in-4.)

243: V., sur ce type alors populaire, t. 3, p. 273.

244: Cette pièce se rapporte à un événement singulier qui intéresse, comme on le verra, plutôt la paléontologie que l'histoire: étrange problème, dont la solution s'est fait attendre plus de deux siècles, de 1613 à 1835, et qui aboutit, en fin de compte, à faire restituer à un mastodonte des ossements que pendant deux cents ans on avoit prêtés à un géant imaginaire!—La découverte eut lieu le 11 janvier 1613, dans le Bas-Dauphiné, à quatre lieues de Romans. Des ouvriers qui travailloient dans une sablonnière voisine du château de Chaumont, propriété du marquis de Langon, y trouvèrent, à 17 ou 18 pieds de profondeur, un certain nombre d'ossements de grande dimension: le col de l'omoplate, deux vertèbres, la tête de l'humérus, un fragment de côte, le gros tibia, l'astragale, le calcanéum, et enfin deux mandibules, l'une avec une seule dent, l'autre avec une dent entière, les racines de deux autres de devant, et les fragments de deux dents rompues. La découverte, déjà importante, l'eût été davantage si quelques ossements n'eussent été brisés par les ouvriers ou ne fussent tombés en poussière sitôt qu'ils avoient été exposés à l'air. Aujourd'hui la science ne tarderoit pas à s'emparer de pareilles dépouilles; alors ce fut l'ignorance et le charlatanisme qui firent main-basse dessus. Les fables commencèrent à circuler; on parla d'un tombeau où les ossements auroient été découverts, mais dont on ne retrouva jamais la moindre trace; de médailles de Marius mêlées aux débris, et enfin d'une inscription sur pierre dure portant ces mots: Theutobochus rex. Qui donc aidoit surtout à propager ces contes? Deux individus qui s'étoient tout d'abord donné un intérêt dans l'affaire: Mazuyer, chirurgien à Beaurepaire, ville des environs, et David Bertrand ou Chenevier, qui y exerçoit les fonctions de notaire. Le chirurgien se croyoit avoir autorité pour attribuer les ossements à qui il lui conviendrait le mieux, et le notaire pour légaliser le certificat de cette belle attribution. Mazuyer eut part au procès-verbal qui fut dressé de la découverte, et qui, selon M. de Blainville (Echo du monde savant, 1835, p. 234), «porte lui-même des marques évidentes de supercherie.» Cet acte est signé de Mazuyer et d'un Guillaume Asselin, sieur de la Gardette, capitaine châtelain, ainsi que de Juvenet, son greffier. Comme il falloit des réclames pour faire connoître au monde l'importante trouvaille où le chirurgien et le notaire avoient placé un si bel espoir de fortune, ils y avisèrent. M. de Blainville, (id., ibid.) est d'avis que ce sont eux qui firent forger les détails contenus dans la brochure ici reproduite, «et la première qui ait été publiée sur ce sujet». Elle fit son effet: ordre vint de la part du roi de faire transporter à Paris les ossements du roi Theutobocus, et on les expédia en toute hâte, sauf «une partie de cuisse et deux dents», qui restèrent entre les mains du marquis de Langon. Ce détail, que nous trouvons dans la Vie de Peiresc, par Requier (1770, in-8, p. 144), n'a pas été connu de M. de Blainville. Le 20 juillet, le mystérieux ossuaire arrivoit à Paris, et l'intendant des médailles et antiques du roi s'empressoit d'en donner un récépissé à Mazuyer et à Bertrand, dit Chenevier, qui s'étoient engagés à restituer le dépôt à M. de Langon dans les dix-huit mois, à moins, toutefois, que Sa Majesté n'en décidât autrement. La Cour étoit alors à Fontainebleau; on y porta les ossements, qui étoient la grande curiosité du jour: «Il y a quelques mois, lisons-nous dans une lettre du P. Millepied au P. Louis Richeome, datée du 8 octobre 1613, qu'on porta de Paris ici, dans la chambre de la reyne, les ossements d'un géant, qu'on disoit être ceux de Teutobotus (sic), roi des Cimbres, décrit par Florus. L'os de la jambe ou de la cuisse étoit de plus de cinq ou six pieds de hauteur, ou d'environ, et de grosseur à proportion. Le roi, les voyant, demanda s'il y avoit eu de si grands hommes. Ayant été répondu que oui: «—Beaucoup de tels sujets feroient une belle armée, dit quelqu'un.—Oui, dit le roi, mais ils auroient bientôt ruiné un pays.» Un fragment de cette lettre, dont le curieux témoignage n'avoit pas encore été, que je sache, invoqué comme preuve de cette histoire, se trouve dans le Dictionnaire historique de M. de Bonnegarde, à l'article Louis XIII (t. III, p. 227-228). Ceux qui avoient répondu oui, à propos de l'existence possible du géant, ne furent pas crus sur parole par tout le monde. Dans la lettre, datée du cabinet du roi, qui fut écrite à M. de Langon pour le remercier de son envoi, on ne sembla pas bien convaincu de l'identité de ces débris avec les restes du roi Theutobocus. On ne la nioit pas positivement, mais on désiroit voir les médailles qui avoient été, disoit-on, trouvées dans le tombeau; et l'on demandoit aussi la partie du squelette restée à Langon. Tout cela, selon nous, impliquoit un doute indirect. Le chirurgien Habicot ne le partageoit pas. Il prit fait et cause pour son confrère le chirurgien Beaurepaire, et il fit paroître, avec une dédicace au roi, sa Gigantostéologie, ou Possibilité des géants. Riolan, qui, en sa qualité de médecin, ne devait pas être d'une opinion que soutenoit la corporation ennemie, riposta tout aussitôt, mais sans se nommer, par sa brochure La Gigantomachie. Réplique du parti contraire: Habicot, ou quelqu'un des siens, publia la Monomachie, sans nom d'auteur; Riolan, piqué, nia plus hardiment. Rien qu'au titre: Imposture découverte des os humains supposés d'un géant (1614, in-8), on sent que sa seconde brochure est beaucoup plus vive et plus nette que la première. Habicot, à court d'arguments, écrit alors à Mazuyer, qui étoit retourné à Beaurepaire, et lui demande en hâte les certificats de la découverte, mais Mazuyer ne s'exécute pas. En juin 1618, il n'avoit pas encore satisfait à la demande d'Habicot. Cependant un nouveau champion étoit entré dans la lice: c'étoit un chirurgien nommé Guillemeau, qui publia, en 1615: Discours apologétique du géant. Riolan, resté sous les armes, mit au jour, trois ans après, la pièce capitale de ce débat, que le temps n'avoit fait qu'envenimer. Après cette nouvelle brochure: Gigantologie, ou Discours sur les géants, 1618, in-8, Habicot n'avoit qu'à s'avouer battu, d'autant mieux que les pièces qu'il attendoit de Mazuyer ne lui étoient pas parvenues. C'est ce qu'il ne fit pas: son Antigigantologie, ou Contre-discours de la grandeur des géants, vint prouver qu'il croyoit plus que jamais à l'infaillibilité de la cause qu'il défendoit. Riolan auroit cependant bien mérité de convaincre tout le monde. Quand il avoit dit, dans son dernier ouvrage, que ces os n'appartenoient pas à un géant, mais à un éléphant ou à une baleine, il avoit été bien près de la vérité. Peiresc avoit aussi été de cet avis. (V. sa Vie par Requier, p. 148.) Ces ossements, suivant lui, étoient ceux d'un éléphant, et il pensoit qu'en ces sortes de découvertes il falloit répéter ce qu'a dit Suétone de débris semblables trouvés de son temps: «Esse Capreis immanium belluarum, ferarumque prægrandia membra, quæ dicuntur gigantum ossa et arma heroum.» (August., cap. 72.) Le silence se fit enfin sur cette grande dispute; on ne reparla du roi Theutobocus et de ses ossements que plus de cent ans après. C'est dans une lettre, adressée le 22 décembre 1744 à l'abbé Desfontaines, et publiée au tome V de ses Jugements sur les ouvrages nouveaux, qu'il en est question. Il y est parlé de la moitié d'un os de la jambe et d'une dent, possédées encore par le petit-fils du marquis de Langon. C'étoit la partie des ossements qui n'avoit pas été envoyée à Paris, et dont Requier nous a parlé dans la Vie de Peiresc. Qu'étoit devenu le reste? On va le savoir. En 1832, un naturaliste, M. Audoin, étant à Bordeaux, apprit d'un de ses confrères, M. Jouannet, que les ossements attribués au roi Theutobocus se trouvoient depuis fort longtemps dans le grenier d'une maison de cette ville. Suivant la tradition, ils avoient été apportés par Mazuyer pour être montrés en public, mais le pauvre diable, n'ayant pas fait ses frais, les avoient laissés pour compte. On ajoutoit que, ce qui lui avoit surtout nui, c'étoit la concurrence d'une troupe de comédiens alors en passage à Bordeaux, et dont le public avoit préféré les farces à cette montre de vieux ossements. Cette troupe, toujours suivant la tradition, auroit été celle de Molière; c'est des Bejard qu'on vouloit dire. On sait, en effet, qu'ils allèrent à Bordeaux, sous le patronage du duc d'Epernon. Quoi qu'il en soit, lorsqu'on eut connaissance au Muséum, de l'existence de ces débris, on pria M. Jouannet de les envoyer à Paris, ce qui fut exécuté. Grâce aux progrès qu'avait faits la science paléontologique, il fut alors facile de reconnoître que ce n'étoient ni les os d'un géant ni même les restes d'un éléphant, comme l'avoit dit Riolan ainsi que Peiresc, et comme l'avoit répété Cuvier, dont l'erreur étoit bien pardonnable puisqu'il n'avoit pu les voir, mais les ossements d'un véritable mastodonte, «semblable, dit M. de Blainville, à celui de l'Ohio, dans l'Amérique septentrionale.» Cette découverte, dont les résultats s'étoient fait attendre deux cent vingt ans, étoit des plus précieuses. On ne peut même pas en citer une pareille en Europe, «puisque, dit le même savant, parmi les restes européens de mastodontes, c'est à peine si l'on cite quelques fragments de mâchoire, adhérents aux dents recueillies en grand nombre dans le midi de la France.» On peut se demander, après tout cela, si les débris retrouvés à Bordeaux sont bien ceux qui étoient provenus des fouilles faites à Chaumont. M. de Blainville n'en a jamais douté. Il s'y trouvait, il est vrai, quelques morceaux de plus, mais «cela peut tenir, dit-il, à ce que les pièces ont été mal dénommées dans le premier procès-verbal.» Quant aux morceaux masquants: l'astragale, le calcanéum et une vertèbre, leur absence s'explique encore plus aisément, puisque, ce que n'a pas dit M. de Blainville, Peiresc, sur la fin de sa vie, avoit, suivant Requier (p. 148) «obtenu quelques morceaux des os prétendus du géant.» M. de Blainville conclut ainsi: «Il est à peu près hors de doute que ces ossements sont bien ceux qui ont été attribués au roi Theutobocus, car il seroit bien difficile de croire qu'un second hasard auroit porté à la lumière six ou sept pièces capitales exactement les mêmes que dans le premier.»—En 1726, Scheutzer commit une erreur du même genre que celle dont nous venons de conter l'histoire. Le prétendu homme fossile trouvé dans les carrières d'Œningen, et dont il publia une description dans les Transactions philosophiques, n'était, comme le prouva Cuvier, qu'une grande salamandre.

245: C'est bien ce que dit Florus: «Le roi Theutobocus étoit plus haut que les trophées; nais cela ne signifie pas, disoit Peiresc, qu'il eût une taille de vingt-cinq pieds, comme le prétendoient les auteurs de la découverte. Les trophées que soutenoient, dans les ovations et les triomphes, les bras élevés de ceux qui les portoient, ne dépassoient pas douze pieds.»

246: Ici, se trouve dans la pièce originale une grossière figure de médaille où nous n'avons rien distingué, mais où, paraîtroit-il, il falloit voir un M et un A. Notre auteur veut, à cause de ces deux lettres, retrouver là des médailles de Marius. Peiresc le contestoit, et avec d'excellentes raisons, d'après ce qu'on lit dans sa Vie par Requier, page 145: «Pour ce qui est des lettres M A qui se trouvent sur le revers des médailles, disoit-il, elles ne désignent pas Marius, dont le prénom Caïus n'aurait pas été omis. Elles n'ont point été mises pour le mot Marius en entier, l'usage des Romains n'étant de mettre que la seule lettre initiale. Elles marquent bien plutôt Marseille, république alors, et à laquelle cette forme de médaille d'argent étoit propre, comme à une ville grecque, tandis qu'elle ne l'étoit pas aux Romains.»

247: L'auteur veut dire l'arc de triomphe d'Orange, qui, pendant longtemps, passa pour avoir été construit en l'honneur de Marius et de sa victoire contre les Cimbres. Il est à peu près certain aujourd'hui, d'après un récent mémoire de M. Ch. Lenormant, que ce monument date du règne de Tibère, et rappelle par conséquent la victoire remportée pendant le règne de ce prince sur Sacrovir, chef des Gaulois révoltés. (V. Comptes-rendus de l'Académie des Inscript, par Ern. Desjardins, 1858, in-8, p. 232-249.)

248: Ce n'est pas de la taille de ces dents, mais de leur structure, qu'on se préoccupa le plus lorsque ces restes furent aux mains des membres de l'Académie des sciences. C'est d'après leur forme qu'on parvint à constater d'une façon certaine à quel genre d'animal ces os devoient appartenir: «La structure des dents, dit M. de Blainville, formant une couronne hérissée de plusieurs rangées de tubercules en mamelons, et portées par de véritables racines, ne peut laisser aucun doute sur le genre de mammifères auquel ces ossements ont appartenu: c'étoit un mastodonte, et non un éléphant, comme M. Cuvier l'avoit pensé à tort, n'ayant, il est vrai, pour porter son jugement que le poids et une appréciation grossière de la grandeur de la dent principale. Toutefois, ajoute M. de Blainville, le fait soigneusement relaté de l'existence des racines auroit pu le mettre sur la voie, et l'on conçoit comment Habicot et ses partisans avoient été portés à soutenir la supercherie de Mazuyer, en remarquant que ces dents, étant pourvues de racines et de tubercules à la couronne, avoient réellement quelque ressemblance avec des dents d'homme, surtout pour des anatomistes qui ne possédoient à cette époque aucun élément de comparaison.»

249: Riolan, dans sa Gigantologie, étoit bien loin de tomber d'accord de tout cela: «Pour démontrer, dit M. de Blainville, que ce n'étoit pas un géant de trente pieds, comme le vouloit Habicot, il avoit supposé, d'après la longueur des os qu'il avoit examinés, et entre autres celle du fémur, ce qui étoit un mode de procéder fort rationnel, que l'animal ne pouvoit avoir plus de douze pieds de long, et il concluoit que, comme il n'étoit pas besoin d'un tombeau de trente pieds pour placer un corps qui ne pouvoit avoir que douze ou treize pieds, le tombeau prétendu étoit de l'invention de Mazuyier. Habicot, au contraire, admettoit ce fait comme positif; il soutenoit que le contenu devoit être proportionné au contenant; or, ce tombeau avoit trente pieds, donc les ossements qu'il contenoit avoient dû appartenir à un animal de cette taille.»

250: C'étoit, nous l'avons dit, au fond d'une sablonnière, dans un terrain d'alluvion, dit M. de Blainville. Requier (Vie de Peiresc, p. 145) remarque en outre que c'est dans la partie du Dauphiné placée entre le Rhône et l'Isère, et non loin de leur confluent. «Ce n'est pas là, disoit Peiresc (id., p. 145), qu'on auroit placé un tombeau; l'on auroit choisi un endroit sinon élevé ou pierreux, du moins qui n'eût pas été si peu solide, de peur que le monument ne fût facilement enterré ou renversé.»

251: Cette pièce, que je crois fort rare, n'est sans doute qu'un petit roman, comme il en couroit tant alors. Elle n'en est pas moins curieuse, en ce qu'elle prouveroit combien l'attention du public s'intéressoit à tout ce qui lui parloit déjà d'Alger et de ses princes. Il n'y avoit pas longtemps que Catherine de Médicis avoit fait entreprendre des négociations à Constantinople pour faire donner à celui de ses fils qui fut depuis Henri III l'investiture du royaume d'Alger. (De Meyer, Galeries du XVIe siècle, t. 2, p. 69.) On savoit quelle étoit la richesse de ce pays, auquel, sous Henri II, l'on avoit même fait d'assez gros emprunts d'argent, et on trouvoit qu'il seroit plus avantageux de mettre sa main sur le trésor que d'être obligé d'y recourir encore pour de nouveaux prêts. (V., dans les Mémoires de Nevers, le Journal des premiers états de Blois.) Comme on n'étoit pas de force à faire la guerre, on négocioit, ainsi que je l'ai dit, mais on n'obtint rien. Pendant la révolution, la France eut souvent besoin de crédit auprès de cette Régence, et ne fit que se compromettre par son peu de fidélité, dans les payements. (Revue rétrospective, janvier 1835, p. 150-152.) Elle avoit notamment emprunté, par l'entremise du juif Coen-Bacri, négociant d'Alger, 200,000 piastres au dey, qui ne furent jamais rendus. C'est pour mettre fin aux réclamations, assaisonnées de violences et de coups d'éventail, dont cette affaire étoit devenue l'objet de la part du dey Hussein, que l'expédition de 1830 fut résolue. Pour ne pas payer le dey, on le détrôna. (Sur quelques pièces relatives à cette affaire et signées de M. de Talleyrand, 27 prairial an VI, V. le Catalogue des autographes, dont la vente eut lieu le 23 mars 1848, p. 100, nos 615-616.) La fille du dey, la princesse Aïssa, vint habiter Marseille, où j'ai vu ses charmants enfants en juin 1848. Elle avoit fait, quelques mois auparavant, avec son interprète, M. Farqui, un voyage à Paris pour obtenir de Louis-Philippe la restitution de plusieurs propriétés qui lui avoient appartenu à Alger; mais je ne sache pas que la révolution de 1848 ait laissé au roi le temps de faire droit à sa requête. Elle n'étoit pas chrétienne, et n'avoit même, comme la Royne d'Algier dont il est ici question, nulle envie de le devenir. Au XVIe et au XVIIe siècle, il ne fut pas rare de voir de ces baptêmes de musulmans. L'Estoille, sous la date du 13 juillet 1607, parle de l'inhumation d'une femme barbaresque prise en mer avec plusieurs autres par un capitaine florentin, amenée, puis baptisée à Florence, où Marie de Médicis avoit été sa marraine; mariée ensuite à Mattiati Vernacini, et devenue enfin femme de chambre de la princesse, qu'elle accompagna en France, où elle mourut. Dans la Gazette rimée de du Lorens (25 juillet 1666), il est parlé d'un prince ottoman retiré à Paris, que notre gazetier déclare être un époux des plus sortables pour une infante de Perse tout récemment arrivée dans la même ville; malheureusement le musulman s'étoit fait jacobin. En 1688, on fit, à Versailles, le baptême de deux princes de Macassar. (Journal de Dangeau, t. II, p. 103.) On connoît enfin le prétendu roi d'Ethiopie qui fit tant de bruit à Paris sous Louis XIII, et aussi le petit prince de Madagascar que M. de Mazarin fit, à la même époque, venir à Paris et baptiser. (Tallemant, édit. in-12, t. X, p. 244.)

252: C'est à peu près ce qui arriva, vers 1784, à Mlle Aimée Du Buc, créole de la Martinique, amenée à Nantes pour y faire son éducation, et prise par des corsaires sur le vaisseau qui la reconduisoit dans son île natale. Le dey d'Alger, à qui elle fut donnée, l'offrit en présent à Abdul-Hamed, dont elle eut un fils qui fut le sultan Mahmoud. On fait honneur à la belle créole, devenue sultane Validé, de quelques-unes des réformes accomplies par son fils et de l'heureuse influence que le gouvernement françois eut longtemps sans partage à Constantinople. On peut lire dans l'Illustration (février 1854) un curieux article de M. Xavier Eyma sur Mlle Du Buc, et aussi les Lettres sur le Bosphore.

253: Carfour, sur lequel nous avons déjà publié une pièce, t. VI, p. 321-328, est l'un des plus fameux chefs de bande qu'il y eût en ce temps où les voleurs étoient si nombreux dans les villes aussi bien que dans les campagnes. Par plus d'un point il ressembloit à Guilleri, mais il étoit moins gentilhomme, moins capitaine. C'étoit le tire-laine véritable, cherchant plutôt les expédients et les ruses que les coups d'audace: «Ses compagnons, est-il dit dans un passage déjà cité de l'Inventaire général de l'histoire des larrons (liv. II, ch. 7), ne l'appeloient que le Boémien, car il savoit toutes les règles du Picaro, et il n'y avoit jour où il n'inventât de nouvelles souplesses pour les attraper.» Une de ses ruses, racontée dans ce même Inventaire général, a été reprise par Gouriet dans ses Personnages célèbres des rues de Paris, t. II, p. 43.

254: Il avoit fait comme tant d'autres; de soudart il étoit devenu voleur de grand chemin. La Fontaine, qui connoissoit ces fléaux de la paix, lui préféroit presque la guerre: «Si elle produit des voleurs, écrivoit-il à sa femme, elle les occupe, ce qui est un grand bien pour tout le monde, et particulièrement pour moi, qui crains naturellement de les rencontrer.» (Œuvres complètes, 1836, in-8, p. 609.)

255: Dans une pièce du t. I, p. 206, il est parlé de ces prévôts des maréchaux et de leur lieutenant.

256: C'étoit un déguisement que les voleurs des bois prenoient alors volontiers. Il est parlé, dans l'Histoire du diocèse de Paris, de l'abbé Lebeuf, t. XI, p. 20, de deux gardes-chasses de Mme de Bassompierre, qui, ainsi couverts soit d'une robe d'ermite, soit d'une livrée de grande maison, savoient attirer dans leurs embuscades les gens qui leur sembloient devoir être une riche proie. Ils infestoient surtout la grand'route d'Orléans, aux environs d'Arpajon, à l'endroit où le voisinage de la vallée Torfou ou de Trefou la rendoit alors si dangereuse. Il a déjà été question de cette forêt dans notre t. I, p. 206, et nous avons donné en note une mauvaise explication de son nom. Il est probable que Carrefour, qui ravageoit de préférence les environs de Paris, avoit devancé dans ce célèbre coupe-gorge les deux bandits dont nous venons de parler. Il y aurait au reste été précédé lui-même par le capitaine Mirloret, dont, suivant l'Estoille, la rencontre y étoit si dangereuse un peu avant 1610. (Edit. du Panth. litér., t. II, p. 647.) La Fontaine, allant en Limousin, ne manqua, pas de maudire en passant ce lieu funeste. Ce qu'il en écrit à sa femme (1re Lettre) prouve qu'il avoit raison de maudire et de trembler: