Attends, discret mari, que la belle en cornette,
Le soir ait étalé son teint sur sa toilette,
Et dans quatre mouchoirs, de sa beauté salis,
Envoie au blanchisseur ses roses et ses lis.

On sait d'ailleurs, par une indiscrétion de Brossette, que Boileau connoissoit la pièce que nous citons ici, et qu'il y prit encore autre chose pour sa 43e épigramme. C'est Chapelle un jour qui la lui avoit indiquée, en lui récitant les vers baroques imprimés à la fin. (V. Œuvres de Boileau, Desoer, 1823, in-8, p. 249, note.) Voici ces vers:

Il n'est si pauvre malotru
Qui ne trouve sa malotrue.
Aussi le bon L'Eusse-tu-cru
A trouvé sa L'Eusse-tu-crue.

On vit encore paroître contre les précieuses une pièce où Lustucru avoit le principal rôle: Le Carnaval des Précieuses de ce temps, avec leur entretien facetieux, et un plaisant remède de la boutique de Lustucru pour guérir le mal de teste des femmes. S. l. n. d., in-4o. Terminons par quelques autres titres la bibliographie que tout cela nous a conduit à faire: La Requeste des femmes presentée à Vulcan, prince des forgerons, contre l'opérateur céphalique dit Lustucru, s. l. n. d., in-4o; La Plainte des hommes faicte à Lustucru, contre la Requeste presentée par les femmes, s. l. n. d., in-4o; La Gazette de la moustarde à Lustucru, s. l. n. d., in-4o; La Plainte de Lustucru constitué prisonnier par les femmes dans la plaine de Longboyau, s. l. n. d., in-4; Le Marteau salutaire, s. l. n. d., in-4o.—Lustucru fut bientôt oublié. Poisson fait encore allusion à son industrie dans le Sot vengé, et je le retrouve dans La Muse en belle humeur, 1660, in-4, p. 9. Un coq-à-l'âne inséré dans l'un des recueils de chansons de la veuve Oudot renferme un quatrain qui le rappelle aussi:

Il a vu
Lustucru
Qui forgeoit des testes
Prestes.

Une autre chanson populaire, citée dans l'Ane de Crités, p. 109, parle aussi du compère; enfin la chanson de la mère Michel nous l'a fait connoître, du moins de nom; mais voilà tout. Il ne figure même plus sur les gravures populaires imitées de celles du 17e siècle, et qui circulent encore. Je ne vous citerai que la plus connue: La Forge merveilleuse, où l'on voit des femmes forgeant la tête de leurs maris pour la rendre meilleure. Ces dames, comme vous voyez, se sont donné leur tour. Dieu merci, la vieille enseigne, encore fameuse dans quelques villes de province, et à laquelle une des rues de l'île Saint-Louis doit son nom, continue de nous venger. Elle représente une femme sans tête, et on lit au bas: tout en est bon.

81: Henri, duc d'Anjou, fut élu roi de Pologne par la diète de Varsovie, le 9 mai 1573. Le 10 septembre suivant, après la messe, il prêta serment à Notre-Dame, devant l'autel, en présence des treize ambassadeurs qui étoient venus de Pologne à Paris lui apporter le décret de son élection. Le 27 du même mois il quitta Paris, avec la brillante suite dont nous donnons ici le Catalogue, et après de fréquentes haltes sur la route et toutes sortes de lenteurs, calculées sur l'espoir qu'il avoit d'être rappelé en France pour succéder à son frère Charles IX, déjà gravement malade, il n'entra dans Cracovie que le 8 février 1574, pour être couronné trois jours après.

82: Il publia, quelques mois après, un Extrait des lettres d'un gentilhomme de la suitte de Monsieur de Rambouillet, ambassadeur du roy au royaume de Pologne, à un seigneur de la court, touchant la legation dudit seigneur, etc. De Cracovie, 12 décembre 1573, in-8. Cette pièce a été reproduite dans les Archives curieuses, 1re série, t. IX, p. 137.

83: N'ayant encore que dix-sept ans, le duc d'Anjou avoit gagné la bataille de Jarnac et de Montcontour.

84: C'étoit alors un mot nouveau et à la mode. Selon Ménage, en ses Observations sur la langue françoise, p. 306, c'est Joachim Du Bellay qui l'avoit employé le premier dans son traité de la Défense et illustration de la Langue françoise. Trois ans après on le traitoit encore comme un néologisme. «Le nom de patrie, dit Ch. Fontaine, est obliquement entré et venu en France nouvellement.» (Quintil Censeur, Lyon, 1576, in-12, p. 165.)

85: René de Villequier, baron de Clairvaux. «Il suivit le duc d'Anjou en Pologne, dit Lenglet-Dufresnoy dans ses notes sur le Journal de Henri III (t. I, p. 214), et le servit en qualité de grand-maître de sa maison.» V., sur lui, les Additions à Castelnau, t. II, p. 818, et les Mémoires de Marguerite de Valois, édit. elzev., p. 134.

86: L'un des mignons du prince. Il fut tué avec Maugiron dans le duel qui eut lieu en 1578 sur le marché aux chevaux des Tournelles, devenu depuis la place Royale.

87: Frère de celui qui a été nommé tout à l'heure.

88: Nous ne le connoissons que par cette mention et par la tentative qu'il fit en janvier 1577 pour entrer dans Châtellerault.

89: Nicolas de Grémonville L'Archant. Henri III le garda toujours près de lui, comme capitaine des gardes, et l'on sait le rôle qu'il joua dans le drame de l'assassinat du duc de Guise, à Blois.

90: Marc Miron, que Henri III garda comme premier médecin. C'est à lui qu'étant à Cracovie et tourmenté de remords, il fit, une nuit, une relation si curieuse des massacres de la Saint-Barlhélemy. Miron l'écrivit presque sous sa dictée, et on l'a publiée dans la collection Petitot, 1re série, t. 44, p. 496-518, avec ce titre: Discours du roi Henri III à un personnage d'honneur et de qualité estant près de Sa Majesté, à Cracovie, des causes et motifs de la Saint-Barthélemy.

91: Guy Dufaur, seigneur de Pibrac, auteur des fameux Quatrains, et, ce qui est moins moral, d'une apologie de la Saint-Barthélemy, sous ce titre: Lettre sur les affaires de France. Aignan a publié cette pièce au t. I de sa Bibliothèque étrangère. Quand le duc d'Anjou quitta la Pologne, comme un fugitif, pour venir recueillir en France l'héritage de son frère Charles IX, Pibrac partagea les vicissitudes de sa fuite, et rien n'est plus plaisant que le récit qu'en fait son biographe Pascal. Dans ce pauvre homme, traqué par des paysans à demi sauvages et forcé de se donner pour cachette les roseaux d'un marais où il s'enfonce jusqu'à mi-corps, on a peine à reconnoître le conseiller intime d'un prince deux fois roi, qui abandonne un royaume pour en gagner un autre. (V. Archives curieuses, 1re série, t. X, p. 258-262.)

92: Sans doute Gilles de Noailles, abbé de L'Isle, qui en effet alla en Pologne. (Mémoires de Jean Choisnin, coll. Michaud, 1re série, t. XI, p. 393.)

93: Martin Ruzé, sieur du Beaulieu. Aux états de Blois, il étoit encore secrétaire de Henri III, et c'est lui qui, après l'assassinat, croyant voir encore en M. de Guise quelque reste de vie, lui donna le conseil «de demander pardon à Dieu et au roy».

94: C'est le poëte Philippe Desportes, qui déjà avoit salué par ses vers l'avénement du prince, par sa Complainte pour M. le duc d'Anjou, élu roi de Pologne. «Il accompagna le prince dans son royaume lointain, dit M. Sainte-Beuve, et, après neuf mois de séjour maudit, il quitta cette contrée pour lui trop barbare, avec un adieu de colère.» (Tableau histor. et crit. de la poésie franç. au XVIe siècle, édit. Charpentier, p. 424.)

95: Louis de Gonzague, duc de Nevers, le même dont on a de si intéressants Mémoires, publiés pour la première fois en 1665, 2 vol. in-fol.

96: Celui qui devint, un peu plus tard, le célèbre duc de Mayenne.

97: De la famille des Guise, et même cousin germain du duc, comme arrière-petit-fils de Cl. de Guise. Il fut un de ceux qu'on arrêta dans Blois après l'assassinat.

98: Encore un Guise, et l'un de ceux qui avoient pris le plus de part aux massacres de la Saint-Barthélemy. Catherine, en donnant les princes de Lorraine pour escorte au nouveau roi de Pologne, avoit sans doute à cœur d'affaiblir le parti des Guise, qui devenoit de plus en plus menaçant en France. Elle affoiblissoit aussi le parti catholique, et l'on s'en plaignit. (Bibliothèque impériale, manuscrits Fonds des Minimes, no 32, fol. 344.) Ce cortége ne fut pas une sauvegarde, loin de là, pour le duc d'Anjou, quand il traversa des Etats protestants. On savoit tout ce qu'il avoit fait pour la tuerie du 24 août 1572: aussi n'étoit-il pas besoin de lui donner tout une escorte de complices pour soulever contre lui, au passage, l'indignation des princes calvinistes. «Que si le monarque passoit à travers le pays protestant, dit Schomberg dans une de ses dépêches, § 4, il n'y auroit pas de sûreté pour luy.» Il s'y risqua cependant, s'il faut en croire de Thou (liv. 57), et, d'après lui, Gaillard, mais il faillit s'en trouver mal. C'est dans le Palatinat qu'il s'étoit hasardé. «En entrant dans le cabinet de l'électeur, le premier objet qui frappa ses regards fut un portrait fort ressemblant de l'amiral Coligny. «Vous connoissez cet homme, Monsieur, lui dit l'électeur d'un ton sévère; vous avez fait mourir le plus grand capitaine de la chrétienté, qui vous avoit rendu le plus signalé service, ainsi qu'au roi votre frère.» Le roi de Pologne, un peu troublé, répondit: «C'étoit lui qui vouloit nous faire mourir tous, il a bien fallu le prévenir.—Monsieur, répliqua l'électeur, nous en savons toute l'histoire.» A table, le roi de Pologne ne fut servi que par des huguenots françois échappés au massacre, qui sembloient le menacer en le servant; et l'électeur parut prendre plaisir, pendant toute la journée, à lui faire craindre, pour la nuit, des représailles.» (Gaillard, Hist. de la rivalité de la France et de l'Angleterre, t. V, p. 159.) Je ne donne cette histoire que pour ce qu'elle vaut, en la regardant comme un peu trop romanesque pour être bien vraie. Un passage des Mémoires du duc de Bouillon feroit même croire que l'électeur palatin ne dut pas faire si mauvais accueil au roi de Pologne. (Collect. Michaud, 1re série, t. XI, p. 15.)

99: M. Pomponne de Bellièvre, qui fut plus tard chancelier de France.

100: Roche-Châteignier, seigneur de la Roche-Posay. Il étoit aussi du parti des Guise, et par conséquent de ceux que Catherine tenoit à éloigner. Quand le duc de Guise étoit allé en Italie, en 1557, il l'y avoit suivi avec cent chevaux. Dans cette expédition, il prit La Mirandole, et y fut blessé. (Mémoires de Boyvin, coll. Petitot, 1re série, t. 29, p. 122.)

101: Jean-François de La Guiche, seigneur de Saint-Géran. Il fut plus tard maréchal de France, et mourut le 2 décembre 1632.

102: François Catillac de Sessac. (V., sur lui, Mémoires de de Thou, coll. Michaud, 1re série, t. XI, p. 339.) Il avoit été lieutenant de la compagnie de gendarmes du duc de Guise, et, sans ce que j'ai dit tout à l'heure, je m'étonnerois de le trouver dans la suite du duc d'Anjou. C'est lui, en effet, qui rendit témoignage de la complicité de ce prince dans le meurtre de Coligny.

103: Henri de Silly, comte de La Roche-Guyon, premier mari de madame de Guercheville. Il mourut en 1586.

104: Louis de Bérenger, seigneur du Gua ou de Guast. On l'appeloit souvent le capitaine Le Gas. On savoit déjà par L'Estoile qu'il avoit suivi le duc d'Anjou en Pologne. (Edit. Lenglet-Dufresnoy, t. I, p. 100.) La reine Marguerite le fit assassiner par le baron de Viteaux, le 31 octobre 1575. (V., sur lui, Mémoires de Marguerite de Valois, édit. L. Lalanne, passim.)

106: L'un des fidèles et des spadassins mignons du duc d'Anjou. Il figure comme tel, avec Larchant, Sommerez, etc., dans le procès de La Mole et Coconas. (V. Archives curieuses, 1re série, VIII, 137.) Il ne faut pas le confondre avec P. d'Eguaim, sieur de Belleville, huguenot enragé.

106: Le seigneur de Lescun, fils de Thomas de Foix, l'un des braves capitaines du temps de François Ier.

107: C'est sans doute l'un de ces capitaines italiens comme il y en eut tant à la cour des Valois, et le même dont il est parlé au chapitre II de la Confession de Sancy. Il y est dit qu'il se tua.

108: Je ne sais quel est ce Ruffé, au nom duquel on ajoute celui de Bourgogne, pour la distinguer sans doute de Philippe de Volvyre, baron de Ruffec, gouverneur d'Angoulême.

109: Il joua, comme on sait, un rôle assez important dans plusieurs des affaires de ce temps, et fut tué à Ivry.

110: Ce n'est point Michel de Castelnau de La Mauvissière, dont il sera parlé tout à l'heure, mais sans doute l'un de ses frères, qui, comme lui, servoient vaillamment le parti du roi contre celui des huguenots. (V. les Mémoires de Castelnau, liv. VI, chap. 4.)

111: Robert de Combault, sieur d'Arcis-sur-Aube, qui fut plus tard premier valet de chambre du roi et l'un des favoris. (V. L'Estoile, édit. Champollion, t. I, p. 95, et les Mémoires de Marguerite, édit. elzev., t. I, p. 141.)

112: Balthazar de Ruffy, gentilhomme de province, époux de la belle Catherine de Meinier d'Oppède.

113: Annibal, comte de Coconas, gentilhomme du Piémont, dont les amours avec la duchesse de Nevers, les intrigues avec La Mole pour faire du duc d'Alençon le chef du parti huguenot, et enfin le supplice, sont choses assez connues.

114: Beauvais-Nangis, qui, après avoir été longtemps en faveur, fut disgracié à la suite d'une affaire dont on trouvera le récit dans L'Estoile, sous la date du 1er juin 1581. Sa capitainerie des gardes fut donnée à Crillon.

115: Philippe de La Fin, sieur de Beauvais La Nocle, qui, plus tard, défendit si vaillamment Brouage. Il étoit de la maison du duc d'Alençon, et fut compromis dans la conspiration de La Mole et Coconas. (V. Archives curieuses, 1re série, t. VIII, p. 133, 134, 152, 155, 174, etc.)

116: C'est le fameux Louis de Balbe de Berton de Crillon, le brave des braves.

117: Sans doute Rouvroy, lieutenant de L'Archant, qui prit part, comme lui, à l'assassinat du duc de Guise.

118: D'Entragues de Dunes, frère de Clermont d'Entragues, nommé tout à l'heure, et qui, lorsque celui-ci eut été tué, prit sa place près d'Henri IV.

119: Je ne connois de ce nom, comme ayant été attaché à Henri III, que le petit La Roche. Ne seroit-ce pas lui? (V. Baron de Fæneste, édit. elzev., p. 340.)

120: Jean de Beaufort, marquis de Canillac, qui fut plus tard l'un des amants de la reine Marguerite. (V. Le Divorce satyrique, la Ruelle mal assortie, édit. Lalanne, p. 15, et les Mémoires de Marguerite, p. 205.)

121: Joachim de Châteauvieux, qui fut premier capitaine des gardes de Henri III. Il est assez maltraité dans la Confession de Sancy, chap. 2, et dans le Baron de Fæneste, liv. IV, chap. 19.

122: Jean Choisnin, dans ses Mémoires (coll. Michaud, 1re série, t. XI, p. 381), parle de lui sous la date de 1571, comme d'un jeune gentilhomme de qui chacun rendoit bon témoignage, et sur lequel Catherine avoit d'abord jeté les yeux pour aller en Pologne négocier la royauté du duc d'Anjou. On voit qu'il étoit de sa destinée d'aller dans ce pays. D'Aubigné parle aussi de lui (Mémoires, édit. Lalanne, p. 19).

123: Charles du Plessis-Liancourt, qui fut plus tard premier écuyer. Je ne sais s'il accompagna le duc d'Anjou en Pologne; mais le marquis de Lenoncourt étoit du voyage. Peut-être est-ce son nom qu'il faut lire ici (Mém. de Hatton, t. 2, p. 738).

124: Claude, baron de Dampierre, prit part, parmi ceux qui tenoient pour le roi, à la journée des Barricades. Il commandoit au marché des Innocents. Lors du sacre de Henri IV, il étoit le premier maréchal de camp.

125: Jacques de Harlay, seigneur de Chanvallon, grand écuyer du duc d'Alençon, et, pendant la Ligue, grand maître de l'artillerie. Il est le douzième sur la liste des amants connus de la reine Marguerite. Il eut d'elle un fils qui fut capucin sous le nom de P. Archange. M. Guessard, dans son édition des Mémoires de Marguerite, a publié dix-sept lettres de cette princesse à Chanvallon et deux lettres de celui-ci. Leur fils fut d'abord élevé sous le nom de Louis de Vaux, comme fils d'un sieur de Vaux, parfumeur, que nous avons trouvé (V. t. IV, p. 136, 159) parmi les plus riches propriétaires des terrains du Pré-aux-Clercs, en 1613. Sa complaisance pour les amours de la reine Margot n'avoit pas dû nuire à sa fortune.

126: C'est de La Garnache qu'il faut lire, je crois. Ce seigneur seroit alors de la maison de Rohan, et l'un des parents de la belle Françoise de Rohan de La Garnache, à qui M. de Nemours fit une promesse de mariage dont on sait l'histoire.

127: Jacques de Levis, comte de Quélus, l'un des plus fameux des mignons de Henri III. On sait qu'il fut tué dans le duel du marché aux chevaux, en 1578.

128: Prêtre italien, que nous retrouvons, avec sa béate figure et ses roulements d'yeux, au chap. 7 de la Confession de Sancy. Il fut employé dans les négociations avec les huguenots. (Legrain, Décade de Henri-le-Grand, p. 226.)

129: François d'Epinai Saint-Luc, autre mignon de Henri III. Il étoit grand maître de l'artillerie en 1596, et fut tué l'année suivante, au siége d'Amiens.

130: Ne seroit-ce pas Joachim de Rochefort, seigneur de Neuvant, qui se distingua plus tard dans le Dauphiné?

131: Joachim d'Inteville, que les relations de la journée des Barricades, où il eut un commandement pour le roi et courut de grands dangers, appellent toujours le sieur de Tinte-ville. (V. Arch. curieuses, 1re série, t. XI, p. 355, 372, 379.)

132: «C'estoit, dit Lenglet-Dufresnoy, un Italien entièrement dévoué aux plaisirs de Henri III, et qui se trouvoit réglément au coucher de ce prince, dès les premières années de son règne.» Il est parlé de lui dans les Mémoires de Marguerite, p. 45, 48, 50, et l'on peut voir dans la Confession de Sancy (chap. 7), où il est appelé Carmille, quel genre de honteux services il rendoit au roi.

133: Michel de Castelnau, sieur de Mauvissière, de qui l'on a de si intéressants Mémoires, et qui joua un rôle si important dans la diplomatie de ce temps-là par ses négociations et ses ambassades. Il est donné ici comme secrétaire et interprète. Il savoit, en effet, l'allemand, chose fort rare à cette époque. (V. l'excellente brochure de M. G. Hubault, Ambassade de Michel de Castelnau en Angleterre, 1856, in-8, p. 19, note.) S'il n'alla pas plus loin que Mayence, c'est que sans doute il s'étoit chargé de recruter quelques corps de reîtres et de les ramener en France, ainsi qu'il le fit plus d'une fois. (V. ses Mémoires, t. VI, chap. 8, et L'Estoile, coll. Michaud, t. I, p. 50.)

134: Albert de Gondi, duc de Retz, mort, en 1601.

135: Sans doute un commandant de troupes allemandes.

136: Fils de M. de Montmorin, qui, étant gouverneur d'Auvergne, auroit, d'après Voltaire, refusé de donner dans sa province l'ordre des massacres, à l'époque de la Saint-Barthélemy. Voltaire cite de lui, à ce sujet, une lettre dont Lenglet-Dufresnoy met en doute l'authenticité. (V. ses notes sur L'Estoile, t. II, p. 404.)

137: De Riccé. Une famille de ce nom subsistoit encore pendant la Restauration; l'un de ses membres, le vicomte de Riccé, fut alors préfet du Loiret.

138: D'Ailly, comte de Chaulne, le même à qui Voltaire, au 7e chant de la Henriade, fait jouer un rôle si dramatique. Le frère du connétable de Luynes épousa l'héritière de sa maison, et le comté, plus tard duché de Chaulnes, passa avec elle dans cette nouvelle famille.

139: Jacques de Saulx, vicomte de Tavannes, fils de Gaspard de Tavannes. Il fut, en effet, du voyage de Pologne; il n'en revint que tard, après avoir guerroyé en Hongrie et en Moldavie contre les Turcs, qui le firent prisonnier et l'emmenèrent à Constantinople. Au retour il fut fait capitaine de gendarmes.

140: Capitaine italien, dont il est aussi question, sous la date du 24 janvier 1577, dans le Journal des premiers Etats de Blois, par M. de Nevers. Il y est nommé le capitaine Pieter Paul Tassughy.

141: Ne seroit-ce pas Fougerolles? Ce ne seroit qu'une nouvelle altération de ce nom, qu'on trouve écrit Joncquerolles dans les Mémoires du duc d'Angoulême (coll. Michaud, 1re série, t. XI, p. 85).

142: Frère de celui qui servit longtemps, et avec succès, dans le Dauphiné, notamment en 1575.

143: Le baron de S.-Denys, qui commanda plus tard la compagnie de gendarmes du duc de Montpensier, gouverneur de Normandie. Il épousa la fille du marquis de Rouville, et il en eut, entr'autres enfants, le célèbre S.-Evremond.

144: François d'O, seigneur de Fresnes, premier gentilhomme de la chambre du roi, successivement surintendant des finances et gouverneur de Paris; et son frère, Jean d'O, seigneur de Manou.

145: Le comte de Briennes, qui étoit allé recevoir à Metz les ambassadeurs de Pologne (Rev. rétrosp., 1re série, t. IV, p. 49). Après la journée des Barricades, où il avoit tenu pour Henri III, il resta prisonnier au Louvre, et c'est là qu'il délivra à Jacques Clément un passeport, avec lequel celui-ci put s'introduire près du roi. Après sa mort, le comté de Brienne passa par alliance dans la famille des Loménie, où il resta.

146: Anne d'Anglures, seigneur de Givry, tué à Laon en 1590. «C'étoit, dit de Thou (Mémoires, coll. Michaud, 1re série, t. XI, p. 329), le cavalier de la cour le plus parfait, beau, bien fait, de bonne mine, agréable dans la conversation, savant dans les lettres grecques et latines (talent assez rare parmi la noblesse), surtout brave et connu pour tel.»

147: Peut-être Antoine de La Tour de Saint-Vidal, gentilhomme qui étoit en effet du parti de Henri III. (Mémoires de de Thou, coll. Michaud, 1re série, t. XI, p. 339.)

148: Frère de Tristan de Rostaing, qui, en 1589, se laissa prendre honteusement dans Melun, et fut obligé de donner une rançon de 50,000 écus, ce qui lui mérita d'être condamné par la commission établie à Bordeaux. (V. le Journal historique de P. Fayet, p. 44, et les Mémoires de de Thou, coll. Petitot, 1re série, t. 37, p. 308.)

149: Gentilhomme souvent nommé dans les Mémoires du duc de Nevers.

150: Ce ne peut être Fontenay-Mareuil, qui étoit trop jeune alors. C'est peut-être le fils de Fontenay, qui étoit, en ce temps-là, trésorier de l'épargne.

151: Jean d'Hebrard, baron de Saint-Sulpice, qui avoit été gouverneur du duc d'Alençon, et qui étoit capitaine de cinquante hommes d'armes. (V., sur lui, Mémoires du duc de Bouillon, coll. Michaud, 1re série, t. XI, p. 8.) Son fils fut tué dans la basse-cour du château de Blois par le vicomte de Tours. (L'Estoile, 20 déc. 1576.)

152: Je serois tenté de croire que cette pièce est de Piron. Sa rareté aura fait qu'elle a échappé à Rigoley de Juvigny, qui, d'ailleurs, n'étoit pas un bien grand chercheur. Piron connoissoit M. le comte de Clermont, à qui appartenoit le singe dont la mort est ici pleurée. On trouve dans ses Œuvres (édit. in-8, t. VII, p. 119) des vers adressés à cette altesse sérénissime. Quant a M. de Livry, on sait qu'il fut longtemps son plus cher commensal. (V. notre Notice sur Piron, passim.) Ce ne seroit pas la première fois que l'auteur de la Métromanie auroit fait des vers du genre de ceux-ci et se seroit posé en interprète poétique des bêtes. Au t. VII, p. 184, de ses Œuvres, vous pourrez lire l'Envoi d'un panier par un chien à une chienne. Rien ne contredit donc sérieusement mon opinion.

153: Singe de M. de Livry, qui, en qualité de légataire du défaut, fait les frais de l'invitation.

154: Pour déroute. L'une vient de rupta, l'autre de dirupta, qui ont le même sens en latin; il étoit donc naturel que le même sens existât aussi en françois.

155: Ces reîtres étoient, comme on sait, des cavaliers allemands, ainsi que l'indique leur nom, Reiter, homme de cheval. Branthôme, qui ne savoit pas assez d'allemand pour trouver l'étymologie véritable, en avoit fait une à sa manière. Suivant lui «on les appeloit reistres parce que, disoit-on, ils étoient noirs comme de beaux diables.» (Edit. du Panthéon littér., t. I, p. 417.) Comme ils se recrutoient, pour le plus grand nombre, dans les états protestants de l'Allemagne, ils se trouvoient être des alliés naturels pour les huguenots de France. Venir piller ce beau pays sous prétexte de servir la foi étoit une trop excellente aubaine pour qu'ils la laissassent jamais échapper. Au premier appel de leurs frères de France ils accouroient. Dans les troupes que Coligny mit en campagne, on comptoit un grand nombre de reîtres; en 1576, 12,000 passèrent le Rhin, sur une invitation de ceux de la religion, invitation qui n'auroit pas eu besoin d'être pressante. Comme on les connoissoit, «avis fut alors donné que le feu et sang se verra en France.» (Preuves de l'Estoile, t. III, p. 201.) La plus redoutable de ces invasions fut celle dont il est question ici. Le 13 juin 1587, Schomberg, qui s'étoit rendu en Allemagne pour suivre leurs mouvements, écrivit au roi qu'ils s'armoient au nombre de 9,000, et que, vers le 12 juillet, ils seroient sur le Rhin, où 12,000 Suisses et 6,000 lansquenets devoient se joindre à eux. Le duc Otto de Lunebourg les commandoit. Tout ce qu'on pouvoit espérer, c'est qu'ils retarderoient leur marche jusqu'au commencement d'août. Malheureusement la récolte ne seroit pas faite alors, et, disoit Schomberg, il falloit être assuré qu'elle seroit détruite partout où passeroient ces pillards; ce qui eut lieu en effet, et la disette s'en augmenta. Si du moins, ajoutoit-il, le roi avoit une armée qui pût les arrêter à la frontière! mais les forces étoient trop divisées pour cela, les finances trop pauvres. Un espoir restoit, c'est que leurs alliés de France ne fussent pas prêts à les joindre, et donnassent ainsi le temps de les attaquer et de les détruire séparément: «Si les forces françoises leur manquent, dit Schomberg, ils sont perdus. On leur promet vingt mille François à pied et à cheval; j'écris bien et fais dire partout qu'ils n'y trouveront pas un, si ce ne sont ceux qui s'y trouveront pour leur rompre la teste.» Et ici encore Schomberg disoit vrai.

156: Planté est un vieux mot qui signifoit multitude, abondance. On lit dans Monstrelet (liv. I, ch. 77): «Grand planté de clergé et de peuple.» Dans Rabelais (I, ch. 4): «Gargamelle mangea grant planté de trippes.» De là, pour signifier beaucoup; en abondance, l'expression à planté qui se trouve partout (V. Ancien Théâtre, t. II, p. 286), ou celle-ci: à grand'planté, qui se lit notamment dans ce passage de Monstrelet (liv. II, ch. 39): «Il le fit servir abondamment de tous vivres, hors de vin; mais les marchands chrétiens lui en faisoient delivrer secrètement à grand'planté

157: Il en avoit été en effet question dans le conseil du roi, et l'auteur de cette pièce, aussi hostile à Henri III qu'il est favorable aux Guise, ne pouvoit oublier de le dire.

158: Pour Bruder, frère, comme ces soudars s'appeloient familièrement entre eux.

159: La défaite des reîtres à Vimory eut lieu, selon L'Estoile, le 29, et, selon P. Mathieu, en son Histoire des Troubles (livre II), le 27 octobre. Leur but étoit d'aller joindre au plus tôt le roi de Navarre au delà de la Loire; Henri III le savoit, et, campé sur ce fleuve tantôt à Gien, à Sully, ou à Jargeau, il les attendoit au passage (Recueil A-Z, G, p. 227-241.) Guise cependant, bien qu'il ne fût pas en force, les suivoit en queue et les harceloit «par une infinité d'algarades». Un gros de leurs troupes étoit à Vimory, sur la route de Lorris. Comme il se trouvoit lui-même à Montargis, la distance n'étant que de deux lieues, il pouvoit aisément les surveiller. Il sut qu'ils faisoient mauvaise garde. Le sieur de Cluseau, entre autres, lui dit «qu'il les avoit reconnus estant sur le point de souper, au moyen de quoy seroit bon de leur aller porter le dessert». Le duc trouva l'avis excellent, et on les surprit comme ils soupoient. M. de Mayenne fut d'un grand secours, par son courage et par les soixante cuirassiers qu'il lança dans la mêlée. Ce fut victoire gagnée, mais on l'exagéra beaucoup ici. Selon P. Mathieu, toute la perte des reîtres n'auroit été que de 500 hommes, 100 valets, 300 chevaux de chariots, 2 chameaux et une paire de timballes; tandis que M. de Guise auroit perdu 40 gentilshommes et 200 soldats. Pasquier nous fait la part plus belle. Suivant lui, M. de Listenois auroit seul été tué parmi les gentils hommes, et le bourg de Vimory, ainsi que tout le bagage des reîtres, nous seroient restés. (Lettre, édit. in-fol., t. II, p. 302.) Guise, en chassant les reîtres du Gâtinais, travaillait pour lui; Montargis lui appartenait.

160: Auneau est un gros bourg de l'arrondissement de Chartres. Les reîtres y étoient venus après avoir pillé Château-Landon. Ils avoient emporté le village; mais le château, dont il ne reste plus qu'une tour située au midi, à l'entrée d'un parc, avoit tenu bon. C'est ce qui les perdit. Pendant qu'ils faisoient «bonne chère à l'allemande,» le capitaine du château s'entendit avec Guise; dans la nuit du 23 novembre il lui ouvrit les portes de sa petite forteresse, et le duc put ainsi pénétrer dans le village et surprendre les reîtres le lendemain matin, «à la diane... Il leur donna au saut du lict, dit Pasquier (ibid.), non chemise blanche, mais rouge.» Cette fois le carnage fut grand et à peu près tel qu'on le dit ici. 12 ou 1500 hommes furent tués, selon Pasquier, et il y eut 80 chariots pris. Au dire de L'Estoile, le baron de Donaw, chef de ce parti de reîtres, auroit été pris. Il est certain au contraire, comme le dit Pasquier, qu'il put se sauver de vitesse. Il paroît que ce fut la mousqueterie qui fit le plus de mal aux reîtres. Le duc de Guise ne manquoit jamais d'en tirer bon parti: «C'estoit, disoit-il à Brantôme, un vray moyen pour attraper et deffaire un battaillon de cinq ou six mille Suisses, qui font tant des mauvais, des braves, quand ils sont serrez dans leur gros.» Il ajoutait qu'avec de gentils arquebusiers basques, biscains, béarnois, «bien legers de viande et de graisse, maigrelins, dispots et bien ingambes», avec de bonnes arquebuses de Milan, il auroit facilement raison de ces grands et gros bataillons de Suisses, «qu'il les perceroit à jour et larderait d'arquebuzades, comme canards. Il en pourroit faire de mesme sur les reistres, qui font tant des mauvais, selon les lieux advantageux qui se rencontreroient, ainsin qu'il attrappa ceux de M. de Thoré en belle campagne, où nos mousquets leur nuisirent beaucoup, et à Aulneau, de qui l'harquebuzerie fit si grand eschet sur les reistres, selon son commandement qu'il fit à ses braves capitaines, qui sceurent bien obeir à ce brave general.» Œuvres de Branthôme, édit. elzevir., I, p. 380.

161: Le peuple chanta des Te Deum à sa manière. Dans le Premier Recueil de toutes les chansons nouvelles, tant amoureuses, rustiques, que musicales (1590, in-16) se trouve, fol. 9, Cantique chanté à la louange de M. le duc de Guyse, sur la victoire qu'il a obtenue contre les Reistres. Le même recueil contient trois autres chansons sur le même sujet.

162: Angerville, sur la route d'Orléans, chef-lieu de canton du département d'Eure-et-Loir, est à cinq lieues au sud-ouest d'Auneau. Ils y étoient venus tout fuyant pendant la nuit, après avoir brûlé ce qui les gênoit, et avoir pris leurs lansquenets en croupe. (Lettres de Pasquier, t. II, p. 302.)

163: Vieux mot que la littérature romantique a tâché de reconquérir, d'après un conseil de Voltaire. Il signifie angoisse, frisson. On le trouve employé dans le sens de terreur, dans la 75e des Cent Nouvelles nouvelles. Saint Simon s'en servoit encore: «Elle étoit, de plus, dit-il, tellement tourmentée des affres de la mort, qu'elle payoit plusieurs femmes dont l'emploi unique étoit de la veiller.» (Mémoires, édit. Sautelet, t. V, p. 406.)

164: Ce cours, dont nous avons déjà parlé (t. VII, p. 200, note), n'est pas le Cours-la-Reine, mais celui qu'on appeloit le cours «hors la porte Saint-Antoine». En 1630, c'étoit encore la promenade par excellence. Pour lui disputer la vogue, celui de la reine-mère étoit encore trop nouvellement planté. (V. à ce sujet les Lettres patentes du 2 avril 1628, et Lemaire, Paris ancien et moderne, t. III, p. 386). Quand le succès de l'un, dû surtout à Bassompierre, s'il falloit en croire ce que dit Tallemant (1re édit., t. III, p. 18), eut remplacé le succès de l'autre, le cours de la porte Saint-Antoine ne fut pourtant pas tout à fait abandonné; chacun eut sa saison. Quelle étoit celle de l'un, quelle étoit celle de l'autre? C'est ce que tout homme du bel air ne devoit pas se permettre d'ignorer; aussi proposoit-on, dans les Loix de la galanterie (édit. L. Lalanne, p. 20), de dresser un Almamach où «les vrais galands» eussent vu, entre autres choses, «quand commence le cours hors la porte Saint-Antoine et quand c'est que celuy de la reyne-mère a la vogue.» Vers 1672 le cours de la porte Saint-Antoine fut définitivement délaissé, les promeneurs restèrent dans la ville, lorsque, par un arrêt du 7 septembre de cette année-là et par un autre du 11 mars 1671, il eut été décidé qu'un nouveau cours seroit dressé et planté à quatre rangées d'ormes, à partir de la porte Saint-Antoine jusqu'à la porte Saint-Martin. C'est aujourd'hui le boulevard. (Germain Brice, Description de Paris, 1752, in-8, t. II, p. 242.)

165: C'est du jardin de l'Arsenal qu'il doit être ici question. Il régnoit en effet, dit G. Brice (t. II, p. 296), «sur le fossé de la ville», et avoit par conséquent vue sur le Cours. De toutes les parties de l'Arsenal, c'est ce jardin qui occupoit l'espace le plus considérable; aussi Cl. Le Petit disoit-il dans son Paris ridicule: