The Project Gutenberg eBook of Recueil de chansons en patois de la Bresse

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Title: Recueil de chansons en patois de la Bresse

Author: P.-C. de La Gelière


Release date: January 9, 2015 [eBook #47919]
Most recently updated: October 29, 2021

Language: French

Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/47919

Credits: Claudine Corbasson and Hans Pieterse

*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK RECUEIL DE CHANSONS EN PATOIS DE LA BRESSE ***

Au lecteur

Table

RECUEIL
DE
CHANSONS
EN
PATOIS DE LA BRESSE

PAR
P. C. de la Gelière

Viriat 1898

PREMIÈRE PARTIE

IMPRIMERIE LOUIS CHADUC
CHATILLON-SUR-CHALARONNE & BELLEY
1899

ERRATA

Le tirage de la première partie de ce recueil ayant eu lieu, en ce qui concerne le chant, par suite de malentendus, sans que les épreuves aient été préalablement corrigées par l'auteur, je me trouve dans la regrettable nécessité d'ajouter cette feuille d'errata.

Je fais appel à l'extrême indulgence et bonne volonté des personnes qui désireront apprendre les chansons en les priant de vouloir bien, auparavant, faire à la main les corrections principales indiquées ci après:

PAGESPORTÉESMESURESNOTESA LA PLACE DEMETTRE
6145noirecroche
622 et 3 à diviser par une barre de mesure
6321noirenoire pointée
6353noirecroche
6421crochenoire
6424si
8151noirenoire pointée
821 et 2 à diviser par une barre de mesure
8241noirenoire pointée
8251noirenoire pointée
8331 et 2noire et crochenoire pointée et noire
14241crochenoire
14251noire pointéenoire point. et croche liées
14321noire pointéenoire point. et croche liées
14331double crochenoire
14342crochenoire
14351crochenoire
17121noirenoire pointée
17142noirecroche
17232noirecroche
17331noire pointéenoire
21121noirenoire pointée
2223 soupirdemi-soupir
22423crochedouble croche
22434double crochecroche
22441sisol
22443double crochecroche
22635crochedouble croche
23122dosi
24131noirenoire et demi-soupir
24332 et 3do réla si
24334crochenoire pointée
2512 et 33crochenoire
2523 et 43crochenoire
25424fa
26111 et 5noirescroches
27231crochenoire pointée
28121double crochecroche
2812 et 3 à diviser par une barre de mesure
29111noire pointéenoire
29244 et 5noirescroches
29262lado
43131 et 3noirenoire pointée et croche
50161noirecroche

M. de la GIRODIÈRE

AVANT-PROPOS

Cet ouvrage qui s'adresse particulièrement aux enfants de la Bresse, mes compatriotes, a pour but de faire revivre les vieilles coutumes locales et de perpétuer le souvenir de nos pères.

C'est un recueil de chansons patoises sur les sujets, les mœurs et les usages les plus caractéristiques de la Bresse. Quelques-unes m'ont été inspirées par mes relations fréquentes avec les rares familles qui ont su conserver à peu près intactes les vieilles traditions de nos aïeux, tandis que d'autres font déjà partie du répertoire populaire. Seulement ces dernières ont subi de telles altérations, en passant par les âges, que, écrites comme elles se chantent actuellement, leurs auteurs ne les reconnaîtraient peut-être plus. C'est pourquoi j'ai voulu essayer de les reconstituer pour les rendre plus compréhensibles.

Elles sont écrites en patois avec la traduction française en regard: traduction littérale qui demande bien souvent l'emploi de mots vicieux et d'expressions triviales. De plus j'ai dû négliger complétement l'orthographe pour m'attacher spécialement à rendre la prononciation plus facile, aussi, malgré la différence de consonnance qui existe entre les divers parlés de la Bresse, de commune à commune, voire même d'un hameau à l'autre, j'espère être lu et compris par la majeure partie des Bressans.

Il y a deux sons cependant qui rendent l'écriture du patois fort difficile parce qu'ils n'existent pas dans la langue française—Pour faciliter la lecture j'ai toujours représenté par «sh» celui que l'ont produit en appuyant la langue contre les dents supérieures et en sifflant comme pour prononcer s., et par «zh» celui que l'on produit en appuyant la langue de la même façon et en sifflant comme pour prononcer z.

La partie de chant est l'œuvre d'un ami, pur Bressan aussi, M. de la Girodière, qui a bien voulu, sur ma demande se charger de noter ces chansons telles qu'elles se chantent dans nos campagnes, sans-souci des règles musicales.

P. C. de la Gelière.

LA BRACHE

LA BRESSE

Air de «Béranger à l'Académie»


1

Qué l'étrèzhi que travache la Fronche

Treuve on pays fenamè cultivau;

Qué y va de recoulte é n'abondanche

Dé tui leu shamp, dé le tarre, dé leu prau;

Qué y va de béte de toutes raches

Allé, veniè de la buzhe u pauqui,

I da che dezhe: Sé vramè tië la Brache

Oh qué pays! Oh qué fameux pays.  bis

1

Quand l'étranger qui traverse la France

Trouve un pays, finement cultivé;

Quand il voit des récoltes en abondance

Dans tous les champs, dans les terres, dans les prés

Quand il voit des bêtes de toutes races

Aller, venir, de l'étable au pâturage

Il doit se dire: si c'est vraiment là la Bresse

Oh quel pays! Oh quel fameux pays.  bis

2

Pèdè que leu cavës n'ont que jo cauve,

Pe tout étreteni dè la majon

Leu Brachon ont, sè parlau de le rauve,

A ramachau touta la grè sajon,

U renouvé, é leur sho, le navete.

Qué vin juillet y machounon leu blau,

Vé la Teussè y font d'autre récolte:

Leu Brachon machounon touta l'ènau.  bis

2

Pendant que les cavets n'ont que leurs caves

Pour tout entretenir dans la maison

Les Bressans ont, sans parler des raves

A ramasser toute la grande saison

Au renouveau, c'est le chou, la navette

Quand vient juillet, ils ramassent les blés

Vers la Toussaint, ils font d'autres récoltes

Les Bressans moissonnent toute l'année.  bis

3

Bon travaillon, intriguè, économe,

Lou Brachon cha treye parti de tout,

Quemè pre lui jamais l'euvra ne chaume,

L'arzhè vé lui abonde azhi touzhou;

Quasi pretou l'entretien du moin-nazhou

Che treuve su la vêta dé shapon,

Le béte font pe la sècha leu gazhou,

Pi lou greni pe couliau lou bouchon.  bis

3

Bon travailleur, intrigant, économe

Le Bressan sait tirer parti de tout

Comme pour lui jamais le travail ne chôme

L'argent chez lui abonde aussi toujours

Presque partout l'entretien du ménage

Se trouve sur la vente des chapons

Les bêtes font pour la ferme, les gages

Puis le grenier pour gonfler le bourson.  bis

4

Pe leu Brachon que, chon loin de le vele

N'a-t-eu pau toute seurte d'agrémè?

L'ont pe s'y raidre de bene vatezhe,

Pi de shevaux que vont quemè lou vè,

Tui leu grè zhou neutre brauve Brachonde

Peurton jo shapè brachon garni d'eu,

Rè què vayè che le figuzhe fronshe

Cè vous revellie l'ama dè lou cœu.  bis

4

Pour les Bressans qui sont loin des villes

N'y a-t-il pas toutes sortes d'agréments?

Ils ont pour s'y rendre de bonnes voitures

Puis des chevaux qui vont comme le vent

Tous les grands jours nos jolies Bressannes

Portent leurs chapeaux bressans garnis d'or

Rien qu'en voyant ces figures franches

Cela vous réveille l'âme dans le cœur.  bis

5

Pe complétau cho tablau de la Brache

De davou dezhe que tout vra Brachon,

Dé vio Gaulois, l'homeu de neutra rache,

Cha coucharvau le meliou tradition;

Tout u deva, jamais y ne parjuzhe,

La foi, l'honeu se leïon su chon fron,

Pichque vé nou jamais nion ne recule

Amis shétin don: Vive leu Brachon.  bis

5

Pour compléter ce tableau de la Bresse

Je dois vous dire que tout vrai Bressan

Des vieux Gaulois, l'honneur de notre race

Sait conserver les meilleures traditions

Tout au devoir jamais il ne parjure

La foi, l'honneur se lisent sur son front

Puisque chez nous jamais personne ne recule

Amis chantons donc: «Vivent les Bressans.»  bis

LA LIAUDIN-NA ANCIENNE

LA CLAUDINE


1

Què d'ezha amau de ma Liaudinna,

Rè ne mèquove a meu dési,

Che pinne fajon bin me pinne,

Seu plasi ézhon meu plasi,

Nou nou dijin dechou lou chozhou

Que nou nou j'amezhin touzhou.

Vouzhe le me lache pe notrou,

Alle eubleïe neutreu j'amou.

1

Quand j'étais aimé de ma Claudine,

Rien ne manquait à mes désirs,

Ses peines faisaient bien mes peines,

Ses plaisirs étaient mes plaisirs,

Nous nous disions dessous le saule,

Que nous nous aimerions toujours.

Maintenant elle me laisse pour un autre.

Elle oublie nos amours.

2

Tui leu matin dè la preleia

Nou menovin neutreu moton,

Me chetova prè de ma meïa,

Nou quemèchovin na shèchon,

Pi aprè cètië nou dèchovon

E nou teniè tui deu la mon,

De plasi leu moton chotauvon

Mè le ne vin pau mé è shon.

2

Tous les matins dans la prairie

Nous menions nos moutons

Je m'asseyais près de ma mie

Nous commencions une chanson,

Puis après cela nous dansions

En nous tenant tous deux la main

De plaisir les moutons sautaient

Mais elle ne vient plus au champ.

3

La lou pië megnon, la mon blanshe,

Lou pa touzhou biè trenatau,

Le drate, prema su le j'ansche,

Pi ma fa brovamè meudau

La leu zu nea tout quemè d'ècrou,

Le dè blanshe quemè on papi,

Le rouzhaye quemè on combrou

Mè pe notrou l'brauva auzhourdi.

3

Elle a le pied mignon, la main blanche

Les cheveux toujours bien tressés

Elle est droite, fine sur la hanche

Et ma foi, joliment modée

Elle a les yeux noirs comme de l'encre

Les dents blanches comme un papier

Elle est rouge comme un cambre

Mais pour un autre elle est belle aujourd'hui.

4

La mê d'esprit que lou ra mémou

Tout le mondou ène-t-ébahi,

Le vou parle avoua tè d'émou,

Lè fa vreïe la téta à tui,

Le rèvelia quemè na rata,

Le shète quemè on reucenieu,

Mè le me méprije la shata

De notrou le fa lou beneu.

4

Elle a plus d'esprit que le roi même

Tout le monde en est ébahi

Elle vous parle avec tant d'âme

Qu'elle en fait tourner la tête à tous

Elle est réveillée comme une rate

Elle chante comme un rossignol

Mais elle me méprise la chatte

D'un autre elle fait le bonheur.

5

Tui leu cha chou lou mémou chozhou

U nou j'in tè dècha tui deu,

Te vindrè choule peuvrou Liaudou

Te vindrè bélau ton malheu;

Tou lou mondou chazha ta pin-na

Te shétezhé cè tin qu'u zhou

Pau mé ne m'ame ma Liaudinna

Mé ma de l'amezhe touzhou.

5

Tous les soirs sous le même saule

Où nous avons tant dansé tous deux

Tu viendras seul pauvre Claude

Tu viendras bêler ton malheur

Tout le monde saura ta peine

Tu chanteras cela jusqu'au jour

Plus elle ne m'aime ma Claudine

Mais moi je l'aimerai toujours.

LA LIAUDIN-NA NOUVELLE

LA CLAUDINE

(Sur le même air)


1

D'amou ma petita Liaudin-na

Che dègredia, che rèvelia,

Qu'è n'a pau dè touta la plin-na

Na fellie ple brauva que lia;

L'a lou pa na, la bena mena,

De trai que seureïon touzhou,

Avoué cè l'a la taille fena

Pi de zu brajaye d'amou.

1

J'aime une petite Claudine

Si dégourdie, si réveillée

Qu'il n'y a pas dans toute la plaine

Une fille plus jolie qu'elle

Elle a les cheveux noirs elle a bonne mine

Des traits qui sourient toujours

Avec ça elle a la taille fine

Et les yeux «braisayant» d'amour.

2

Le bin che viva che frequéta

Le ch'abelië avoua tè de goû,

Que le mè fa vreië la téta

Ne pèchou qu'à lia tou lou zhou;

Pi quemè la nai dè meu chonzhou

Me crayou touzhou pré de lia,

De dremou contè quemè n'onzhou

Què bin si choule dè mon lia.

2

Elle est bien si vive si friquette

Elle s'habille avec tant de goût

Qu'elle m'en fait tourner la tête

Je ne pense qu'à elle tout le jour

Puis comme la nuit dans mes songes

Je me crois toujours près d'elle

Je dors content comme un ange

Quand même je suis seul dans mon lit.

3

Mé lou matin què me réveliou

S'è von meu révou de beneu,

Pichqu'ézhou me livou, m'hadeliou

Mé l'ènui me crive lou cœu.

Quemè n'ai rè pe me distraizhe

Que rè ne peut me conchoulau.

Pi que n'éfè qu'a perdu cha mèzhe

De bélou touta la zhournau.

3

Mais le matin quand je me réveille

S'en vont mes rêves de bonheur

Puisqu'il fait jour je me lève, je m'habille

Mais l'ennui me crève le cœur

Comme je n'ai rien pour me distraire

Que rien ne peut me consoler

Pire qu'un enfant qui a perdu sa mère

Je pleure toute la journée.

4

Dé mon tourmé pe va ma blonde

L'a sheurshezha sè m'arrétau.

Pe lamè mamau cha man blanshe

De baillezha bin mon grè prau,

De l'amou tè que rè su tarra

Ne vaut pre ma che n'amitia,

Pe la va d'azardezha me n'ama

Pe l'a va de vèdra ma via.

4

Dans mon tourment pour voir ma blonde

Je la chercherais sans m'arrêter

Pour seulement baiser sa main blanche

Je donnerais bien mon grand pré

Je l'aime tant que rien sur terre

Ne vaut pour moi son amitié

Pour la voir j'hasarderais mon âme

Pour l'avoir je vendrais ma vie.

5

Mé, oh qué beneu! ma Liaudin-na

A vu meu tourmè, ma douleu,

Ch n'ama a compris la min-na

Chon bon cœu a compris mon cœu,

Pichque pe zh' adoci me pin-ne

Le vu bin partazhie mon seu,

Que che voulétau cheyon le min-ne

Chon beneu fazha mon beneu.

5

Mais oh! quel bonheur! ma Claudine

A vu mes tourments, ma douleur

Son âme a compris la mienne

Son bon cœur a compris mon cœur

Puisque pour adoucir mes peines

Elle veut bien partager mon sort

Que ses volontés soient les miennes

Son bonheur fera mon bonheur.

L'ÉBAUDA

L'ÉBAUDE


1

Uvre me don ta peurta

Uvre me don Meïon,

E pleu quemé na queurda.

On ne sin paumé nion,

Etéte chouliau l'euzha.

De greloutou de fra,

Aqueurde me don n'ozha

A pachau avoué ta.

1

Ouvre-moi donc ta porte

Ouvre-moi donc Mion,

Il pleut comme une corde.

On ne sent plus personne,

Entends-tu souffler le vent.

Je grelotte de froid,

Accorde-moi donc une heure

A passer avec toi.

2

E chetivoui ta féta

Pourre te bin dremi,

Què dechou ta fenétra

Choupizhe te n'ami,

Fa te don va la téta

Pe me parlau Meïon,

Te va bin que chou l'étra

Avouai ma é n'a nion.

2

C'est aujourd'hui ta fête

Pourrais-tu bien dormir,

Quand sous ta fenêtre

Soupire ton ami,

Fais-toi donc voir la tête

Pour me parler Mion,

Tu vois bien que sous l'hangar

Avec moi il n'y a personne.

3

Boncha mon peuvrou Liaudou

Ne fin pau trou de via,

Mon pèzhe è de pau n'autrou

Revozhe dè chon lia;

Eye bin va que t'amou

Mé te n'eu dezhé pau,

Che nou parlin mariazhou

Té sui d'ètre èconviau.

3

Bonsoir mon pauvre Claude

Ne faisons pas trop de vie,

Mon père, ce n'est pas un autre

Bouge dans son lit;

C'est bien vrai que je t'aime

Mais tu ne le diras pas,

Si nous parlons de mariage

Tu es sûr d'être renvoyé.

4

Sé ne tin qu'à ton paizhe

De t'époujau Meïa,

De m'énizhe te braizhe

Lou réchtou de ma via,

L'é vedre on ple reshou

Preté lou bin ne l'eu

Meïa te gazhètashou

Ne fon pau lou beneu.

4

S'il ne tient qu'à ton père

De t'épouser Mie,

Je m'en irai te braire

Le restant de ma vie,

Il en voudrait un plus riche

Pourtant le bien ni l'or

Mie, je te le garantis

Ne font pas le bonheur.

5

Lou deri mou de Liaudou

N'ézhe pau abadau,

Qu'arrevi tou de quatrou

Lou paizhe pe leu z'égrau,

Meïon teu qu'éya pretië

Que t'épashe de dremi?

—Eye l'euzha que seulië

Que fa pretou creci.

5

Le dernier mot de Claude

N'était pas sorti,

Qu'arriva tout de quatre

Le père par l'escalier,

Mion, qu'y a-t-il par là

Qui t'empêche de dormir?

—C'est le vent qui souffle

Qui fait partout craquer.

6

—Te me di qu'éye l'euzha

Meïon cè ne pau va,

D'étédou à la peurta

Caujelië avouai ta;

Y peu che prède garda

Cho que m'a fai levau,

Che d'attrapou n'éparra

De mé vai l'écegau.

6

—Tu me dis que c'est le vent

Mion cela n'est pas vrai,

J'entends à ta porte

Causer avec toi;

Il peut prendre garde

Celui qui m'a fait lever,

Si j'attrape une trique

Je m'en vais «le faire partir».

7

Què l'ètedi lou paize

Lou galon déquèpi

Pi che meti à braizhe

N'euzhé peu reveni.

Pédè que cha maîtréche

Grelauve dè chon lia,

De la po de chon paizhe

Que l'ave révelia.

7

Quand il entendit le père

Le galant décampa

Puis se mit à braire

N'osant pas revenir.

Pendant que sa maîtresse

Grelottait dans son lit,

De la peur de son père

Qu'elle avait réveillé.

8

Equetau zheune fellië

Pi vou zheunou gachon,

De cho que vou conchellië

Reteni la leçon:

Che jamais dè on carou

Vou z'éte on rendez-vou,

Assuriau-vou davêchou

Sé n'a nion deri vou.

8

Écoutez jeunes filles

Et vous jeunes garçons,

De celui qui vous conseille

Retenez la leçon:

Si jamais dans un coin

Vous avez un rendez-vous,

Assurez-vous d'avance

Qu'il n'y ait personne derrière vous.

ÉBAUDA NOUVALLA

ÉBAUDE NOUVELLE

(Sur le même air)


1

O don boncha ma meïa

Vramé té cru cushia,

Pichque devé la leîa

On ne va point de foua:

Mais à étèdre brizhe

Meïon dè ta maijon

De pèchou que te file

U foua d'on bon tijon.

1

O donc bonsoir ma mie

Vraiment je t'ai cru couchée,

Puisque, vers la barrière

On ne voit point de feu:

Mais à entendre bruire

Mion dans ta maison

Je pense que tu files

Au feu d'un bon tison.

2

Allon depi ta shombra

Equeta dè la cou

Cho que dè la nai chombra

Vin te fauzhe l'amou

Etète ma peteta

Lou dreulou menétri

Pin-neau dè cha mezeta

Pe te pra-ye d'uvri.

2

Allons, depuis ta chambre

Écoute dans la cour

Celui qui dans la nuit sombre

Vient te faire l'amour

Entends-tu ma petite

Le drôle ménétrier

Souffler dans sa musette

Pour te prier d'ouvrir.

3

Pichqu'é demon ta féta

T'apeurtou on bouque

Fait de fleu de zhenéta

Pi de brauvou mougue,

Che te vu ma coulomba

M'àccourdau la faveu

De pachau dè ta shombra

Lou mettre su ton cœu.

3

Puisque c'est demain ta fête

Je t'apporte un bouquet

Fait de fleurs de genêts

Puis de jolis muguets,

Si tu veux ma colombe

M'accorder la faveur

De passer dans ta chambre

Je le mettrai sur ton cœur.

4

Voua uvra ta fenétra

De ma pré don pedia

De zhelou shou te n'étra

Touta la grè velia:

Te chau bin que ne vivou

Meïon rè que pre ta

Che te n'uvre pau vitou

De moure chou ton ta.

4

Oui ouvre ta fenêtre

De moi prends donc pitié

Je gèle sous le hangar

Toute la grande veillée:

Tu sais bien que je ne vis

Mion rien que pour toi

Si tu n'ouvres pas vite

Je mourrai sous ton toit.

LA VOUGUA DE CRAU

LA VOGUE DE CRAS


1

Eye t'a la vougua de Crau,

Qué ne faut pau allau mianau,

Y chon na troupa,

Cashia chou leu zégrau

Qu'on bu la goutta,

Pe pouva miau grippau.

1

C'est à la vogue de Cras,

Qu'il ne faut pas aller miauler,

Ils sont une troupe,

Cachés sous les escaliers

Qui ont bu la goutte,

Pour pouvoir mieux griffer.

2

Eya n'ènau qu'y chou étau

Leu gachon de Monlafretau,

A la Bavizhe

Préchau pe cé de Crau,

Dè la Revizhe

Et fossi tui chautau.

2

Il y a une année qu'y sont allés

Les garçons de Malafretaz,

A la Bévière

Pressés par ceux de Cras,

Dans la rivière

Ils durent tous sauter.

3

Mé cé d'Etrez pessizhon mio

Pe ne pau recheva de co,

Que l'ètèdizhon

Peteau de tui leu lion,

Y che cashizhon

Chou lou pont de Barton.

3

Mais ceux d'Etrez pensèrent mieux

Pour ne pas recevoir des coups,

Quand ils entendirent

Taper de tous côtés,

Ils se cachèrent

Sous le pont de Barton.

4

Pe què té vaillè de Marbeu

Qu'avons tui è possè leu beu

Pri de reïeuté

Pe pazhau cé de Crau

L'on, su le queute,

Reçu de co de pau.

4

Pour quand aux vaillants de Marboz

Qui avaient tous en passant les bois

Pris des grosses verges

Pour parer ceux de Cras

Ils, sur les côtes,

Reçurent des coups de pieux.

5

Eyia azhi cé de Tenia

Que n'ont pau mau étau quenia,

De la Pienizhe,

A galou pe leu prau.

A le Bodizhe

Y fuzhon couratau.

5

Il y a aussi ceux d'Attignat

Qui n'ont pas mal été cognés,

De la Peignière,

Au galop par les prés.

Aux Baudières

Ils furent couratés.

6

Pe què ta cé de Sê Martin

Qu'on voulu fauzhe dé malin,

Tuinqu'a la varna

Depi lou bou de Crau,

A co d'épara,

Che chon t-y fait couliau.

6

Pour quand à ceux de St Martin

Qui voulurent faire les malins.

Jusqu'à la Verne

Depuis le bourg de Cras,

A coup d'éparre,

Se sont-ils fait gonfler.

7

Tout pédè che la sharpelia,

Su lou marronni biè cashia,

De compeujauva,

Sé fauzhe poin de via,

De chela vouga

La shèchon que vetia.

7

Tout pendant ce chamaillis,

Sur le marronnier bien caché,

Je composais,

Sans faire point de vie,

De cette vogue

La chanson que voici.

LE FELLIË DE VERIA

LES FILLES DE VIRIAT

Air de «La vougua de Crau»


1

Eye le fellië de Veria,

Surtou le z'ene qu'é y a,

Le chon frequette

L'amon greu leu gachon

Mé biè de mézhe

Ne treuvon pau cè bon.

1

Ce sont les filles de Viriat,

Surtout les unes qu'il y a,

Elles sont friquettes

Elles aiment gros les garçons

Mais toutes les mères

Ne trouvent pas ça bon.

2

Què leu magna velion le va

Y che rezhouënion deu-z-u tra,

Von à la peurta

Creïon: live te don

Nou j'in na liota

Pe faushe on rigoudon.

2

Quand les magnats veulent les voir

Ils se rejoignent deux ou trois,

Vont à la porte

Crient: lève toi donc

Nous avons une flûte

Pour faire un rigodon.

3

Cheteu la fellie révellia

L'a bin viton déferouilla

Su cha shemije

Efile on coutelion,

Pi sè lemizhe

Seu parlau è gachon.

3

Sitôt la fille réveillée

Elle a bien vite déverrouillé

Sur sa chemise

Enfile un cotillon,

Puis sans lumière

Sort parler aux garçons.

4

On co qu'y l'on tui ébracha

La fellie di: zheunou magna

Dè la grè buzhe

Alin nou j'amouje

Lé nion n'y cushe

Nou z'y pourin dèche.

4

Une fois qu'ils l'ont tous embrassée

La fille dit: jeunes magnats

Dans la grande étable

Allons nous amuser

Là personne n'y couche

Nous y pourrons danser.

5

Pretè cè fameu rendez-vous

Ne reuchashon po teu touzhou

De sai na mézhe

Que s'étè rèvelia,

Deci u pézhe:

Cou don va che qu'éya.

5

Pourtant ces fameux rendez-vous

Ne réussissent pas tôt toujours

Je sais une mère

Qui s'étant réveillée,

Dit au père:

Cours donc voir ce qu'il y a.

6

Lou pèzhe è n'ètèdè cho bri

Prè on pau, cou â l'équezhi.

Preni vou garda

Chaprè grè poulichon

Zhé tie n'éparra

Que n'éparmazha nion.

6

Le père en entendant ce bruit

Prend un pieu, court à l'écurie.

Prenez-vous garde

Sapré grands polissons

J'ai là une éparre

Qui n'épargnera personne.

7

L'azhon bin voulu s'échcujau

Dezhe, nou ne fin poin de mau

Mé cho vio pèzhe

Ezhe bin che montau

Bin sè coulèzhe

Qui leu j'a tui conliau.

7

Ils auraient bien voulu s'excuser

Dire: nous ne faisons pas de mal

Mais ce vieux père

Était bien si monté

Bien si en colère

Qu'il les a tous gonflés.

8

Pe què t'a vou zheunou magna

Pe ne pau étre éparaïa,

Què veutra Liauda

Che treuvezha cushia

Rèviau l'ébauda

A nautra sèpelia.

8

Pour quand à vous jeunes magnats

Pour ne pas être éparrayés

Quand votre Claudine

Se trouvera couchée

Renvoyez l'ébaude

A une autre occasion.

LA VOUGUA DE VERIA

LA VOGUE DE VIRIAT

Air de «Blonde ou Brune»


1 1
On parle de le vougue, On parle des vogues,
De Crau pi de Tenia, De Cras et d'Attignat,
Mè avè toute, Mais avant toutes,
Et oncouzhe à Veria C'est encore à Viriat
De tui leu j'allètou, De tous les alentours,
Mémou pleteu qu'à Bou Même plutôt qu'à Bourg
Qu'on vin de prefezhonche, Qu'on vient de préférence,
A neutron rendez-vous A notre rendez-vous
Fauzhe bombonche.(bis) Faire bombance.(bis)
2 2
Dè toute le famellie Dans toutes les familles
Pe fétau cé zhou tie Pour fêter ce jour-là
E faut qu'é brellie Il faut que ça brille
Du ron u seurdellie. Du balai au ciel de lit.
On saigne de poulë, On saigne des poulets,
De vé mémou de bouë; Des veaux même des bœufs;
On rèpla la futaille On remplit la futaille
Pi de Bu é Grefouë Puis de But aux Greffets
Tout fa ripaille.(bis) Tout fait ripaille.(bis)
3 3
Sé fa bon pe la vougua, S'il fait bon pour la vogue,
Què on a biè gueutau, Quand on a bien dîné,
On va è troupa On va en troupe
U bou che premenau, Au bourg se promener,
Lè des tenio de jeu, Là, des teneurs de jeux,
Que pipon neutreu seu, Qui pipent nos sous,
Et faut va lou ramazhou, Il faut voir le ramage,
Vé leu shevau de beu, Vers les chevaux de bois,
Tout fa tapazhou.(bis) Tout fait tapage.(bis)
4 4
Pédè que leu vio shéton Pendant que les vieux chantent
L'atou des shépenon Autour des chopinons
Leu zheunou dèchon Les jeunes dansent
Pi che font de bon chon. Et se font du bon sang.
Lou cha què é fa bon Le soir quand il fait beau
Deu-ja-deu y s'è von Deux à deux ils s'en vont
Choule pe le sharrizhe, Seuls par les charrières,
Què l'ombra des boïchons Quand l'ombre des buissons
Cha de lemizhe.(bis) Sert de lumière.(bis)
5 5
E pre cè que le vougue C'est pour cela que les vogues
Font a n'è pau doutau Font à n'en pas douter
Fauzhe de nouches Faire des noces
Qu'on ne comptauve pau; Qu'on ne comptait pas;
Mais malhezheujemè Mais malheureusement
De fellie, biè chouvè Des filles, bien souvent
Pe zh ava voulu rizhe Pour avoir voulu rire
On fauta devè n'è Ont faute avant un an
De na brelizhe.(bis) D'une berceuse.(bis)

LA PRAŸZHE DU PAŸJON

LA PRIÈRE DU PAYSAN

Air: «Le Credo du Paysan»


1 1
Dieu tou puissè, Dieu de mizèzhicœurde, Dieu tout puissant, Dieu de miséricorde,
Vou que depi d'amon lou pazhadi, Vous que du haut du Paradis,
Gouvarnau tou che que la tarra peurte, Gouvernez tout ce que la terre porte,
Lou firmamè, tout l'univers èti; Le firmament, tout l'univers entier;
Què lou matin, l'atou de neutra frema, Quand le matin, autour de notre ferme,
L'arba du zhou quemèche à yalenau, L'aube du jour commence à éclairer,
Réveliau me, meu servetio, ma fena Réveillez-nous, mes serviteurs, ma femme
Tui biè pourtè pe zh allau u travau. Tous bien portants pour aller au travail.
Refrain Refrain
Dieu tout puissè, don réque la péssizhe Dieu tout puissant, dont rien que la pensée
A suffi pe creïau touta l'humanitau, A suffi pour créer toute l'humanité,
Pédè la via a ma famellië ètizhe} bis Pendant la vie, à ma famille entière,} bis
Prétau benea saitau, la paix, la libretau. Prêtez bonne santé, la paix, la liberté.
2 2
Baillau azhi pe toute le recoulte Donnez aussi pour toutes les récoltes
Lou tin qu'é fau pe le fauzhe levau, Le temps qu'il faut pour les faire lever,
De tè z'è tin na reujau quauque goutte, De temps en temps une rosée, quelques gouttes,
On bon chelo, pe le fauzhe mozhau; Un bon soleil pour les faire mûrir;
Faite azhi mé que vé nou la vremena, Faites aussi que chez nous la vermine,
Leu pinzhon, leu lapin, leu ca-yons grau, Les pigeons, les lapins, les cochons gras,
Leu shevau, leu vé, la greucha bouvenea, Les chevaux, les veaux, la grosse bovine,
Tout fache arzhé, tou fache ben ènau. Tout fasse argent, tout fasse bonne année.
3 3
Prejarvau nou pre cé, dé gre plouvaizhou, Préservez-nous, pour çà des grandes pluies,
De le choitië, des mauvai j'ouragan, Des sécheresses, des mauvais ouragans,
De le grè fra dé grè co de tounaizhou Des grands froids des grands coups de tonnerre
Qu'amoin-non la grela su le machon; Qui amènent la grêle sur les moissons;
Prejarvau nou du malheu de la garra Préservez-nous du malheur de la guerre
Que chouvè lou ple tériblou de tui, Qui est souvent le plus terrible de tous,
Pichqu'y nou prè leu produit de la tarra Puisqu'il nous prend les produits de la terre
Neutreu z'éfè pi rouin-ne lou pays. Nos enfants, puis ruine le pays.
4 4
Prejarvau-nou de le mauvaije béte Préservez-nous des mauvaises bêtes
Que ne sheurshon qu'à nou fauzhe de mau, Qui ne cherchent qu'à nous faire du mal,
Depi lou leo tin qu'à le greuche guépe Depuis le loup jusqu'aux grosses guêpes
Surtout de le charpès évezhounau. Surtout des serpents venimeux.
Faite que de la rache faramena Faites que de la race faramine
Nion de vé nou ne chaye dévouzhau Personne de chez nous ne soit dévoré
Epargnau-nou la pechta, la famena, Épargnez-nous la peste, la famine,
Pi tè de mau que pourron arrevau. Puis tant de maux qui pourraient nous arriver.
5 5
Faite azhi mé gré Dieu que ma famelië Faites aussi, grand Dieu, que ma famille
Ne chaye pau tracacha des esprits, Ne soit pas tracassée par les esprits,
Des diabloutins que trouméton le fellië, Des diablotins qui tourmentent les filles,
De le féteume, des folë, des chouci; Des fantômes, des follets, des sorciers;
Faite que jamais dè le seneguougue, Faites que jamais, dans les synagogues,
Que cè reveniès font pe nous têtau, Que ces revenants font pour nous tenter,
Qué bin ces damnau vindront de grè troupe Quand même ces damnés viendraient de grandes troupes
Que nion vé nous ne s'y laiche ètrin-nau. Que personne de chez nous ne se laisse entraîner.
6 6
Mais che pretè pèdè me n'existanche Mais si pourtant pendant mon existence
E vou plaije mon Dieu pe m'éprouvau, Il vous plaisait mon Dieu pour m'éprouver,
De m'accablau de pinne, de chouffranches, De m'accabler de peines, de souffrances,
De grè shagrin, de terriblou fléau, De grands chagrins, de terribles fléaux,
Loin de grondau contre cho que gouvarne, Loin de gronder contre celui qui gouverne,
A deux zheno devè vou de dezha: A deux genoux devant vous je dirai:
De gràce épargnau me don tè d'alarmes De grâce épargnez-moi tant d'alarmes
Dieu de bontau, preni pedia de ma. Dieu de bonté, prenez pitié de moi.
Refrain Refrain
Dieu tout puissè, don réque la pessizhe Dieu tout puissant, dont rien que la pensée
A suffi pe creïau touta l'humanitau, A suffi pour créer toute l'humanité,
Apré ma meu, u dela de la bizhe} bis Après ma mort, au delà de la bière} bis
Baillau me u pazhadi, via pe l'éternitau. Donne-moi, au paradis, vie pour l'éternité.