O ville, la splendeur de ces grands noms m'écrase,
Noms accrus chaque jour de notre abjection,
Et devant eux, pliant les genoux, en extase,
J'oublie et tes laideurs et ta corruption.
J'oublie, et du profond de mon cœur je m'élève
Jusqu'au ciel du génie étoilé, souverain,
Et pour y boire aussi la chaude et forte sève,
Ma lèvre avide mord ta mamelle d'airain!
Ravaillac et ses complices, par M. Jules Loiseleur. (1 vol. in-18. Didier.)--M. Jules Loiseleur continue à étudier de près les problèmes les plus obscurs et les plus curieux de notre histoire. Il publiait naguère dans le Temps les recherches les plus érudites sur les Complices de la Saint-Barthélemy, et nous retrouverons sans doute avant peu ces feuilletons en volume. Le Ravaillac, serré de si près par M. Loiseleur, est un morceau au moins égal aux précédentes œuvres de cet infatigable chercheur. Le meurtre de Henri IV, le mobile de l'assassin, la recherche des complices dans une telle affaire, M. Loiseleur a dramatisé et élucidé tout cela avec une patience et une sûreté de coup d'œil vraiment fort remarquables. Le dernier mot de cette étude particulière est que Ravaillac, l'incarnation du fanatisme aveugle et féroce, ne fit que réaliser ce que de puissants meneurs allaient oser pour le triomphe de leurs intérêts et la satisfaction de leurs rancunes. L'évasion de Marie de Médicis, fuyant le château de Blois, la mort mystérieuse de Gabrielle d'Estrée, le rôle joué par Mazarin et la politique française dans la révolution de Naples, où figura Masaniello (1647).
Ces trois chapitres si intéressants de l'histoire du XVIIe siècle complètent le volume de M. Loiseleur, un des plus attachants qu'il ait publiés. Ce n'est pas là de l'histoire doctrinaire, ennuyeuse, académique, c'est (dans un excellent langage) une histoire précise, colorée, tenant des Mémoires et du roman, amusante comme l'imagination et tout à ta fois sévère comme la vérité. On ne saurait, je crois, adresser à un historien une plus complète louange.
Rimes françaises d'une Alsacienne, par Mme Amélie Ernst. (1 vol. in-32. Sandoz et Fischbacher.)--On sait avec quel art Mme Amélie Ernst lit, traduit, sertit, si je puis dire, les vers, les œuvres des autres. Elle récite en poète les poésies d'autrui. Lorsqu'elle traduit, on sent qu'elle a su créer. Ces Rimes sont datées du mois d'août 1872, «du jour de mon option pour la France», dit Mme Ernst. Elles sont l'hommage filial d'une Alsacienne à la patrie. L'auteur affirme qu'elle obéit, en les publiant, à un devoir patriotique, «ne fût-ce, dit-elle, que pour exciter des voix plus puissantes et plus poétiques que la mienne à crier avec moi: Alsace et Lorraine!»
Je suis heureux de rendre justice à ce livre qui émeut et qu'un noble et même sentiment anime d'un bout à l'autre. L'œuvre d'art est à la hauteur de l'œuvre de patriotisme. Mme Amélie Ernst a trouvé dans son cœur des accents pénétrants pour sa chère Alsace:
Ah! s'ils prennent un peuple, ils n'en prennent point l'âme,
Elle échappe à leur rapt, à leur viol infâme,
Ils font des prisonniers et non des citoyens!
A l'ambulance étaient de bons Alsaciens
Qui parlaient avec moi la langue d'Allemagne,
Le français n'étant point d'usage en leur campagne:
Ces rudes paysans trouvent son chant trop doux.
Mais ces braves soldats, ils succombaient pour nous,
De l'Alsace, en mourant, rêvaient, la délivrance,
Et dans leur allemand disaient: Vive la France!
C'est ce sentiment très-juste, très-poignant, qui fait le prix du joli et touchant volume de Mme Amélie Ernst.
La littérature contemporaine en province, par M. Théodomir Geslain. (1 vol. in-18. Ch. Douniol.)--Paris absorbe toute l'attention, au point de vue artistique et littéraire. Il est le centre unique, le seul théâtre possible. Et cependant il y a, en province, des gens d'un talent rare, des poètes, des critiques, des conteurs, qui font leurs œuvres dans la pénombre, et, sans bruit, produisent beaucoup de besogne. M. Th. Geslain a eu la bonne pensée de les étudier, de leur consacrer quelques pages de biographie, et, tour à tour, il nous présente les portraits de MM, de Ligoyer, Achille Millien, Joséphin Soulary (devenu Parisien par le succès), Jean Reboul, Magu, Ev. Carrance, de Loincel, Robinot, Bertrand, etc., etc. Nos jugements particuliers ne seraient pas sans doute toujours d'accord avec ceux de M. Geslain; mais son livre n'en est pas moins un volume spécial qui mérite sa place, ne fût-ce qu'à titre de document,--et il vaut mieux que cela,--dans la bibliothèque des lettrés.
Essai sur la Mettrie, sa vie et ses œuvres, par M. Nérée Quépat. (1 vol. Librairie des Bibliophiles.)--M. Quépat,--qui publiait naguère la Lorgnette philosophique,--a étudié de près ce Julien Offray de la Mettrie, dont le nom a si fort effrayé les bonnes gens pendant un si long temps. Tout compte fait, il se trouve que la Mettrie était aimable et bon. Le livre de M. Quépat, fort bien fait, rapidement mais savamment étudié, est très-concluant. Mais que dis-je? On va accuser, un de ces jours, la Mettrie d'être Prussien! Quelqu'un ne comparait-il pas, l'autre jour, très-sérieusement, Voltaire à Cluseret!
Nous disions donc, que cet affreux Voltaire,
comme dit Ponsard, en souriant. Et qu'est-ce que Voltaire auprès de la Mettrie? Frédéric II, roi de Prusse, n'a-t-il pas écrit lui-même un Éloge de la Mettrie? Quand on vous dit que tous ces philosophes du XVIIIe siècle n'étaient que des Prussiens!
C'est pourtant ainsi que quelques-uns raisonnent, et c'est pourquoi des livres comme celui de M. Quépat sont non-seulement agréables à lire, mais utiles.
Souvenirs du bombardement de Strasbourg, par Raymond Signouret. (1 vol. in-18. Bayonne.)--L'auteur de ce livre était rédacteur en chef de l'Impartial du Rhin pendant le siège de Strasbourg. Il était donc fort bien placé pour apprécier la conduite de chacun durant ces semaines de rudes épreuves. Son livre est un récit critique et complet de ce qui s'est passé à Strasbourg du 15 juillet au 28 septembre 1870. Un plan de Strasbourg après le bombardement indique les maisons, les établissements publics et les quartiers incendiés, démolis ou gravement endommagés. On y peut voir aussi les travaux d'attaque des Allemands. Ce qui ressort clairement du livre de M. R. Signouret, c'est l'héroïsme d'une population que le verdict de la commission d'enquête a eu le grand tort de ne point louer comme elle l'avait très-sérieusement mérité.
Scènes de la vie militaire en Russie, par le prince Joseph Lubomirski.--Le prince Lubomirski est un Polonais naturalisé Parisien par sa vie, ses goûts et son esprit. Il avait publié déjà des Souvenirs d'un page de l'empereur Nicolas qui, tout intéressants qu'ils étaient, ne valent point ces Scènes de la vie militaire russe, prises, peintes sur le vif. Rien n'est plus curieux et plus captivant que ces impressions de voyage et que cette étude des superstitions russes. L'Histoire d'un prince soldat, qui commence le volume, a tout l'attrait d'un roman de Tourgueneff, avec un accent de vérité qui ferait croire à une autobiographie. Cette saveur particulière place le prince Lubomirski sur un terrain spécial parmi les littérateurs d'aujourd'hui, et il se bâtit ainsi une sorte de palais russe au milieu de notre monde littéraire parisien. Nul, à coup sûr, n'est capable de le lui disputer.
Les Religieuses bouddhistes, par Mme Mary Summer. (1 vol. Ernest Leroux.)--Cette petite brochure, grosse de science, nous apprend une infinité de choses à peu près ignorées sur les religieuses de la religion de Bouddha et sur leur histoire, depuis Sakia-Mouni jusqu'à nos jours. On y voit de pauvres Thibétaines vivant dans des vallées solitaires et tournant un cylindre à prières, qui rend des prières comme les orgues rendent des chants. Ces religieuses bouddhistes se penchent aussi au chevet des mourants, et on ne peut s'empêcher d'admirer la charité de ces dames siamoises qui, loin de nous, pratiquent, sans être chrétiennes, toutes les vertus du christianisme. M. Foucaux, l'éminent professeur au Collège de France, a écrit pour ce petit livre une très-curieuse introduction.
Le Musée Céramique de Limoges. (Une brochure in-8º. Limoges.)--Depuis l'année 1863 environ, Limoges, la patrie des émailleurs célèbres, possède un Musée, enrichi d'année en année, et qui fait déjà l'admiration des connaisseurs. C'est un Musée Céramique, œuvre véritable d'un homme dont la science et le goût artistique ont beaucoup fait pour ce Musée. C'est M. Adrien Dubouché que je veux dire. Il n'est pas possible de s'être acquitté d'une tâche avec plus d'enthousiaste ardeur que ne l'a fait M. Dubouché. Aujourd'hui le Musée Céramique est fondé, et il est beau, et il est riche, et voici qu'on en publie l'histoire à Limoges, en une brochure qui donnera aux amateurs des porcelaines de Chine, du Japon, de Sèvres, des faïences de Delft ou de Rouen, deux désirs à la fois: celui de visiter ce musée et celui de l'enrichir encore par quelque don portant le nom du donateur. Il serait à souhaiter que chacune des villes de notre France possédât ainsi un Musée où seraient centralisés les objets spéciaux produits par la contrée. Limoges, la laborieuse ville des porcelainiers, a son Musée Céramique. Il faut et la louer de l'exemple qu'elle donne et signaler sa louable activité. Le Musée Céramique, à en juger par la brochure que je signale, est, à coup sûr, une des curiosités les plus remarquables de notre pays, et je souhaite qu'il puisse rivaliser, un jour, avec la fameuse collection céramique du Musée de Dresde.
Gavarni, par Edmond et Jules de Concourt, (1 vol. in-8º, chez Plon.)--MM. de Concourt avaient tout à fait vécu dans l'intimité de cet esprit pénétrant et de ce grand artiste qui s'appelait Gavarni. On peut dire qu'il est impossible de mieux connaître un homme qu'ils n'ont connu celui-ci. Ils l'ont donc peint, de pied en cap, dans ses attitudes extérieures et dans ses sentiments intimes. Ils l'ont, en quelque sorte, ressuscité de pied en cap et on le retrouve tout entier, dans ces pages colorées, ardentes, pittoresques, où chaque mot est un coup de pinceau, dans ce livre qui est la dernière œuvre fraternelle de ces écrivains de race, Edmond et Jules de Concourt.
Telle partie du livre des frères de Goncourt, la première partie, pourrait s'appeler Gavarni peint par lui-même. Ses biographes ont consulté les carnets sur lesquels, de tout temps, il nota l'emploi de ses journées, ses impressions, ses sensations, ses trouvailles. Et c'était un styliste en vérité que Gavarni. J'ai vu chez H. Meilhac la collection des épreuves lithographiques de ses planches, celles sur lesquelles il écrivait les légendes de ses dessins. Avec quel soin il remplace un mot par un autre, avec quelle recherche il arrange sa phrase! Comme il la veut harmonieuse, caressante à l'oreille! C'est là qu'on le voit changeant le nom de ses personnages, faisant de Badinguet un Cocardeau et ainsi de suite. MM. de Concourt ont fort joliment traité toute cette jeunesse de Gavarni, tapageuse comme celle d'un cheval échappé.
J'eusse souhaité que les écrivains se fussent appesantis sur la vieillesse un peu morose, mais chargée de pensées et de souvenirs, du grand artiste. Ils ont passé rapidement. Peut-être ont-ils bien fait. Ce livre, avec les Manières de voir publiées par Pierre Gavarni, le fils, et Ch. Vriarte, nous rend bien la physionomie même de la Bruyère au crayon, un des caractères les plus foncièrement français de ce temps. Et ce caractère a porté bonheur aux frères de Concourt; ils ont écrit un livre d'art tout à fait achevé et qui complète leur œuvre si curieuse, si variée et si originale.
Gustave Ricard, par M. Louis Brès. (1 vol. in-18. Renouard.)--J'aime particulièrement ces monographies de peintres dont il semble que le public ait le goût, à en juger par toutes celles qu'on publie: monographies de Prudhon, de Géricault, de Raffet, de Charlet, de Decamps, de Th. Rousseau, des Vernet, de Delacroix, etc. Quelle magnifique histoire générale de l'art au XIXe siècle on composera plus tard avec ces études particulières! Un écrivain marseillais, d'un talent très-délicat et d'une science profonde en la matière, M. Louis Brès, vient d'ajouter à ces biographies un volume sur le regretté Gustave Ricard, l'admirable peintre de portraits, un des maîtres non pas les plus populaires peut-être, mais les plus remarquables à coup sûr de l'école française moderne. A vrai dire, Ricard fut un Vénitien ou, si l'on veut, un Van Dyck égaré parmi nous; il n'est point, objectera-t-on, purement français. Au contraire, il est français par le charme, l'élégance, la modernité, l'expression, la pensée. M. Louis Brès le fait d'ailleurs bien revivre, avec son charme particulier, sa conversation originale et sympathique, son bon cœur et son grand cœur. Ce livre est singulièrement soigné, épuré, composé avec un soin infini et, pour tout dire en un mot, digne du modèle que l'écrivain a voulu faire revivre et qu'il a si bien réussi à évoquer.
Jules Claretie.
6 août 1870
Pendant la journée du 6 août 1870, les corps Frossard et Bazaine occupaient le triangle montagneux dont la base entre Saint-Avold et Sarreguemines mesure un peu plus de six lieues; de Saint-Avold à Spickeren, sommet du triangle, il y a cinq lieues; de Sarreguemines à Spickeren, la distance est d'un peu plus de quatre lieues. On verra que ces distances ont leur importance.
L'intérieur du triangle comprend une série de mamelons découverts, à pentes douces et couronnés de plateaux d'une altitude moyenne de 120 mètres au-dessus du fond de la vallée. Les côtés du triangle par lesquels se sont présentés les Prussiens sont constitués par des pentes boisées assez raides, et qui tombent, à l'ouest, sur la grande route de Metz à Sarrebruck, par Saint-Avold et Forbach, à l'est, sur la Sarre. Deux chemins de fer suivent également les côtés du triangle et la voie de jonction entre Sarreguemines et Bening-Merlebach coupe horizontalement le triangle.
Dans la nuit du 5 au 6, les bivouacs des corps Frossard et Bazaine ont été les suivants: le 2e corps Frossard avait sa 1re division Vergé, à Stiring, la 2e Bataille, à Œting, la 3e Laveaucoupet, à Spickeren, la réserve autour de Forbach.--Le 3e corps Bazaine avait sa 1re division Montaudon, à Sarreguemines, la 2e Castagny, à Puttelange, la 3e Metman, à Marienthal, et la 4e Decaen, à Saint-Avold.
Dans la matinée du 6, les Prussiens attaquèrent vigoureusement les divisions Vergé et Laveaucoupet; bientôt la division Bataille, en réserve à Œting fut obligée d'engager tout son monde pour soutenir une lutte à laquelle prirent part tous les corps prussiens campés dans un rayon de 30 kilomètres au champ de bataille. Le dernier, qui arrivait par le village de Grande-Rosselle, à la tombée de la nuit, et menaçait sérieusement la ligne de retraite de Frossard, venait de passer par Lebach, Vœlklingen, en fournissant une traite d'environ 34 kilomètres.
Voici maintenant sur quel point roule la discussion depuis trois ans: Tandis que les généraux prussiens ont tous marché au feu avec un ensemble parfait, les quatre divisions du 3e corps sont restées ou se sont promenées à peu de distance du champ de bataille. M. le général Frossard a vivement critiqué, dans son rapport officiel, la conduite des généraux Montaudon, Metman et Castagny; le général Decaen est complètement hors de cause puisqu'il ne devait, sous aucun prétexte, quitter l'importante position de Saint-Avold, encore, a-t-il envoyé par le chemin de fer un de ses régiments au secours du 2e corps.
Nous n'avons pas à entrer dans une polémique qui menace de recommencer devant le conseil de guerre, puisque le maréchal Bazaine et le général Frossard ont déclaré à M. le duc d'Aumale qu'ils entendaient répondre aux imputations dirigées contre eux, au sujet de la journée du 6, dans le rapport du général de Rivière. Pour l'édification de nos Lecteurs, nous nous bornerons à donner l'itinéraire parcouru par chacun des trois divisionnaires du corps Bazaine.
Le général Montaudon, en position en avant de Sarreguemines, à l'extrême droite, se mit en mouvement à quatre heures du soir, descendit la rive gauche de la Sarre jusqu'à Grossbliedersdorf, gravit le plateau, s'arrêta d'abord à la nuit à Busbach, pour continuer son chemin sur Puttelange, où il arriva vers neuf heures du matin.
La division Castagny était à Puttelange, à 16 kilomètres de Forbach. Vers onze heures, elle entend une canonnade très-vive, prend les armes et marche dans la direction du bruit à une heure, après en avoir reçu l'autorisation du maréchal Bazaine. La division prend d'abord position à Farschwiller, y laisse une brigade, et le reste des troupes s'établit entre Théding et Folkling, à 4 kilomètres de Forbach. L'avant-garde, formée du 90e de ligne, sous les ordres de son énergique colonel, le comte de Courcy, s'avance jusqu'à Forbach même. Là, le général de brigade Duplessis, qui marchait avec son premier régiment, apprend que le corps Frossard est en retraite. Le général Castagny retourne alors à Puttelange, où il arriva à quatre heures du matin.
DÉMOLITION DU PALAIS DES TUILERIES.--Vue prise du
jardin.
(Agrandissement)
PROCÈS DU MARÉCHAL BAZAINE--PANORAMA DE LA BATAILLE DE
SPICKEREN.
La division Metman reçut à midi un quart l'ordre du maréchal Bazaine de se porter de Marienthal à Bening, de façon à couvrir l'importante station du chemin de fer de Bening-Merlebach, point de jonction des deux grandes voies ferrées. A trois heures de l'après-midi, sa tête de colonne était en position à Cocheren, sur la Rosselle, à 6 kilomètres à peine de Forbach, où se faisait entendre une canonnade intense.--Un détachement de la division avait pris position à Macheren pour combler la trouée entre Saint-Avold et Bening.
Soucieux de couvrir la jonction du chemin de fer et la vallée très-menacée de la Bosselle, le général Metman attendit entre Bening et Cocheren des ordres qui ne lui arrivèrent qu'à six heures du soir. Il se remit en route à sept heures et demie, arriva à neuf heures seulement à Forbach, qu'il trouva évacué par Frossard. Le lendemain, au jour, la division Metman prit la route de Puttelange, où elle rejoignit les divisions Montaudon, Castagny et les trois divisions du 2e corps. Cette concentration de soixante mille hommes sur un seul point produisit un encombrement regrettable.
Le seul corps qui se soit porté rapidement au secours du général Frossard est la brigade de dragons de Juniac qui, parvenue à trois heures à son bivouac de Haut-Hombourg, se porta au grand trot sur Forbach, où elle était une heure plus tard. Le général Frossard, après avoir félicité M. de Juniac de son louable empressement, lui donna pour mission de couvrir la jonction de Bening-Merlebach en prenant position autour de Rosbruck.
Le jour de la discussion devant le conseil, discussion qui devait servir en quelque sorte de prologue au procès, et qui se trouve maintenant rejetée à la fin des débats, les lecteurs de l'Illustration pourront suivre avec facilité les explications des généraux Montaudon, Metman, Castagny et Juniac, cités par la défense.
La réduction du panorama est d'environ 1/80,000.
A. Wachter.
(Suite)
Note 1: Le nouveau roman, dont nous avons commencé la publication dans notre précédent numéro, est dû à la plume d'un des écrivains les plus justement célèbres dans la littérature anglaise et que des traductions nombreuses ont depuis longtemps rendu populaire dans notre pays: nous avons nommé le capitaine Mayne Reid.
Objet du plus vif succès de l'autre côté du détroit, la Soeur Perdue, figurera au premier rang parmi les oeuvres les plus estimées de l'auteur des Chasseurs de chevelures, de William le mousse, du Désert d'eau et des Naufragés de l'île de Bornéo. La traduction que nous en publions doit former un volume magnifiquement illustré qui prendra place dans l'excellente Bibliothèque d'éducation et de récréation de la maison J. Hetzel et Cie. Un traité conclu avec ces éditeurs nous permet d'en offrir dès à présent la primeur à nos lecteurs. Texte et gravures paraîtront par coupures hebdomadaires dans l'Illustration et nous aurons soin de faire connaître l'époque où l'on pourra trouver le tout réuni dans le livre que prépare la maison Hetzel.
Dans quelques chambres, ainsi que sous la vérandah, on pouvait remarquer un curieux assemblage d'objets bien différents de ceux qu'aurait amassés un indigène. Il y avait là des peaux de bêtes, sauvages et d'oiseaux empaillés, des insectes piqués sur des morceaux d'écorce, des papillons et de brillants scarabées, des reptiles conservés dans tout leur hideux aspect, avec des échantillons de bois, de plantes et de minéraux provenant de la région environnante.
Personne, en entrant dans cette maison, n'aurait pu se méprendre sur son caractère; c'était la demeure d'un naturaliste, et quel autre qu'un blanc eût pu songer à se livrer à des études d'histoire naturelle dans ces contrées?
Dans une pareille situation, elle était par elle-même un fait extraordinaire, une étrangeté. Il n'existait aucune autre habitation d'homme blanc à cinquante milles à la ronde, plus proche que celles d'Asuncion. Et tout le territoire entre elle et la ville, ainsi qu'à dix fois cette distance vers le nord, le sud et l'ouest, n'était traversé que par les maîtres primitifs du sol, les sauvages Indiens Chaco qui avaient juré haine à mort aux visages pâles depuis le jour où la quille de leurs canots avait sillonné pour la première fois les eaux du Parana.
S'il reste encore quelques doutes au sujet des habitants de cette demeure solitaire, ils s'évanouiront à la vue des trois personnes qui en sortent et prennent place sous la vérandah. L'une d'elles est une femme; son aspect, sa tournure sont d'une personne distinguée. Son âge ne dépasse pas la trentaine. Bien que son teint ait la nuance olivâtre de la race hispano-mauresque, son sang est évidemment celui de la pure race caucasienne. Elle a été et est encore une très-belle personne. Son attitude, l'expression de ses grands yeux à demi baissés prouvent qu'elle a connu les pensées graves et l'inquiétude. Ce dernier sentiment semble surtout exister aujourd'hui en elle, son front est chargé de nuages; elle s'avance jusqu'à la balustrade de la vérandah et s'y tient immobile. Son regard interroge avec une poignante fixité la plaine qui s'étend bien au delà des limites de l'habitation.
Les deux autres habitants sont des adolescents, tous deux presque du même âge. L'un a quinze ans, l'autre a dépassé seize ans. Leur taille et leur complexion sont légèrement différentes. Le plus jeune est plus mince, son teint serait d'une blancheur parfaite si le soleil ne l'avait hâlé; ses cheveux de couleur claire tombent en boucles sur ses joues et les traits de son visage font voir qu'il descend d'une race septentrionale.
Quant à l'autre, bien qu'il soit un peu plus grand de taille, il semble plus robuste: tout dit en lui qu'il est plein de force, d'activité et de vigueur. Son teint est presque aussi foncé que celui d'un Indien, et ses épais cheveux noirs, lorsqu'ils sont frappés par les rayons du soleil, offrent un chatoiement semblable à celui de l'aile d'un corbeau. Cependant il est de sang blanc, de ce sang dont se prétendent issus la plupart des Américains Espagnols, ce qui est plus que douteux pour les Paraguayens. Le jeune homme est un Paraguayen; sa tante, la belle et charmante femme que nous venons de voir s'appuyer sur la balustrade de la vérandah est une Paraguayenne. Tout dans son allure montre qu'elle est la maîtresse du logis.
L'adolescent aux cheveux châtain doré lui donne le titre de mère, et cela semblerait étrange à cause de son teint, mais l'explication deviendrait facile si on pouvait le voir à côté de son père malheureusement absent pour le moment. C'est l'absence de son mari, c'est celle aussi d'une autre personne également chère qui amènent le nuage que nous avons noté sur le front de la jeune femme.
«Ay de mi!» murmura-t-elle, le regard toujours fixé sur la plaine, «qui peut les retarder»?
--Ne soyez donc pas si inquiète, ma chère mère, mon père peut avoir fait quelque rencontre heureuse qui lui a fait oublier le temps, un oiseau rare, une plante curieuse, quelque gibier nouveau peuvent l'avoir attardé ou entraîné, sans qu'il s'en doutât, plus loin qu'il ne comptait.
Le brave garçon essayait évidemment par ces paroles de rassurer sa mère.
«Non, mon Ludwig», répondit-elle, «non, ce n'est rien de tout cela, car votre père n'était pas seul, Francesca l'accompagnait. Vous savez que votre jeune soeur n'est pas habituée à de grandes excursions, et il ne se serait pas hasardé à aller au loin avec elle. Je ne puis supposer aucune bonne raison à cette absence prolongée, et le moins que j'en puisse craindre, c'est qu'ils se soient égarés dans le Chaco.
--C'est possible, maman; mais maintenant Gaspardo est parti à leur recherche. Il connaît chaque pouce du pays dans un rayon de cinquante milles autour de nous. Dans toute l'Amérique du Sud, personne ne sait suivre une piste mieux que lui; s'ils se sont égarés, il les aura bien retrouvés et ramenés. Ayez confiance dans le gaucho.
--Ah, s'ils sont égarés, Madré de Dios! C'en est fait d'eux. C'est la pire des suppositions, s'écria la pauvre mère.
--Comment, tia? demanda le neveu qui, bien que n'ayant pas jusqu'à présent prononcé une parole, était évidemment tout aussi inquiet que les deux autres interlocuteurs.
«Oui! comment cela, maman»? s'écria en même temps le fils. Nous nous sommes égarés vingt fois avec mon père sans qu'il nous soit arrivé malheur.
--Vous oubliez, mes enfants, que nos protecteurs ne sont plus dans le voisinage, que Naraguana et sa tribu ont quitté leur dernière tolderia (2) et se sont enfoncés dans l'intérieur. Votre père lui-même ignore où ils sont allés.
Note 2: Tolderia, réunion de Toldos ou huttes. On appelle ainsi les villages des Indiens Chaco, et les campements où ils séjournent un certain temps.
--C'est vrai, dit le jeune homme aux cheveux noirs. J'ai entendu mon oncle en parler à Gaspardo et le gaucho n'a pu le renseigner. Il pensait qu'ils s'étaient établis un peu plus haut en remontant la rivière, dans une ancienne tolderia.
--Mais ceci n'a pas d'importance, maman. Près de mon père et avec le secours du gaucho, que peut-il arriver de mal à Francesca, dit Ludwig.
Ludwig prononça ces mots, mais sans y ajouter foi lui-même. Aussi bien que sa mère, il savait que la tribu de Naraguana, les Tovas, qui par exception était l'amie des habitants de l'estancia, ne parcourait pas seule cette partie du Chaco.
Les autres tribus, les Mbayas, les Guaycurus et les Anguites la parcouraient aussi et celles-ci étaient les ennemies mortelles de tous les hommes à peau blanche.
Il ne parlait donc que pour rassurer sa mère, mais ses paroles furent sans effet; le soleil se coucha vers l'ouest derrière l'immense plaine sans ramener celui qui était parti au moment de son lever, accompagné de sa fille unique, une belle enfant d'environ quatorze ans.
Comment s'expliquer, sinon par un malheur, que Gaspardo lui-même envoyé à la recherche des absents, ne fût pas non plus de retour?
«Madré de Dios! répétait sans cesse la malheureuse épouse et l'infortunée mère, quelle peut être la cause d'un tel retard?»
Et après le lever de la lune et pendant toute la nuit, agenouillée devant une image de la Vierge, elle lui adressait cette ardente prière. «Sainte mère de Dieu, rendez-moi ma fille, rendez-moi mon mari!» Tant que dura cette nuit sans fin, personne ne dormit dans la demeure du naturaliste, sauf peut-être les peons, quelques Indiens Guanos (3) qui prêtaient leurs services à l'estancia.
Note 3: Les Guanos sont une tribu du Chaco très-différente des belliqueux Tovas ou Guaycurus du Mexique; ils se livrent à l'industrie et souvent prennent du service chez les habitants blancs du Paraguay et de Corrientes.
Mais la mère ne ferma pas les yeux et les deux jeunes gens l'oreille au guet, le coeur battant au moindre bruit, restèrent debout, n'osant se communiquer leur mutuelles angoisses. De leurs lèvres s'échappaient de loin en loin quelques mots: «Mon père! ma soeur»! disait le fils.--Mon oncle! ma cousine! disait Cypriano.»
Le soleil du matin se leva rouge et brûlant sur la verdoyante pampa. Il s'élevait dans l'est, au-dessus des montagnes du Paraguay.
L'épouse inquiète y pensa sans doute, c'était de ce côté qu'était venue la tempête qui les avait balayés, elle et son mari, dans le Chaco et les avait obligés à chercher un asile sous la protection des sauvages. Mais ses yeux se tournèrent bientôt vers l'ouest, c'était la direction suivie au départ par ses bien-aimés et c'est de là qu'elle devait les apercevoir au retour.
Lorsque les rayons d'or brillèrent entre les branches du grand ombu(4) dont le feuillage couvrait l'édifice, on voyait encore trois personnes sous la vérandah, les mêmes que la veille au soir, la mère, le fils et le neveu. Tous se tenaient le visage tourné vers l'ouest et leurs regards interrogeaient anxieusement la plaine. Tous étaient sous l'empire d'un douloureux pressentiment, et Ludwig lui-même, jusqu'alors si confiant, du moins en apparence, ne pouvait plus trouver de paroles d'encouragement pour sa mère. Chacun songeait en silence à l'absence si prolongée et par suite si inquiétante de ce père et de cette soeur qui eussent dû être revenus depuis la veille. Chacun se disait que Gaspardo depuis longtemps déjà aurait dû rapporter au galop des nouvelles. Chacun pensait aux dangers qu'avait pu faire courir aux deux êtres aimés la rencontre des Indiens hostiles. Chacun enfin se représentait les mille autres périls particuliers au Chaco qui pouvaient expliquer le retard des voyageurs.
Note 4: Magnifique arbre de la famille des mimosas dont les branches largement écartées peuvent abriter une grande troupe de voyageurs. On aperçoit souvent la case d'un gaucho ombragée par un arbre solitaire de cette espère, que n'entoure pas un arbrisseau ni un buisson. Je crois que l'ombu est ce même grand mimosa qui croît sur les llanos du Vénézuéla et que les llaneros appellent Saman.
Une heure se passa encore; le soleil dans sa course ascendante au milieu des cieux, illuminait la plaine jusqu'aux limites les plus éloignées que l'oeil pût atteindre. Personne n'apparaissait. Parfois une autruche passait à travers les hautes herbes, parfois un daim bondissait hors de sa couche à l'approche sans doute d'un jaguar moucheté, mais on ne distinguait aucune forme pouvant avoir l'apparence d'un être humain, rien qui pût ressembler à un cavalier.
Dans l'esprit des trois spectateurs, ce n'était déjà plus l'anxiété du doute auquel se mêle toujours quelque secret espoir, il ne restait plus qu'une agonie presque impossible à supporter. Cypriano n'y tenait plus. Son imagination plus vive, lui montrait son oncle et sa cousine déchirés en lambeaux, mourants, morts peut-être.
«Je ne puis pas rester ici davantage, s'écria-t-il, je ne suis bon à rien, laissez-moi partir, ma tante, Ludwig veillera sur vous. Il vaudrait un homme pour vous défendre. Qui sait si je n'arriverai pas à propos pour ceux que nous attendons. Fiez-vous à moi et ne craignez rien pour moi, je vous en supplie.»
Ni Ludwig, ni sa mère, ne firent d'opposition au généreux désir de Cypriano.
«Pars, mon enfant, lui dit sa tante, et que Dieu veille sur chacun de tes pas.»
--Oui, pars, lui dit Ludwig à l'oreille, et combien je voudrais partir avec, toi; mais je n'ose abandonner ma mère dans cette maison que rien ne protège.
--Elle ne te laisserait pas partir, lui répondit Cypriano en se jetant dans ses bras.
Où Gaspardo avait échoué, un autre pouvait avoir plus de succès et Cypriano connaissait à fond la contrée environnante.
Le jeune homme quitta rapidement la vérandah.
Dix minutes après, on pouvait le voir monté sur un petit, mais vigoureux cheval, galoper à travers la plaine comme si sa vie dépendait du succès immédiat de sa tentative.
Ceux qu'il avait laissés derrière lui suivaient encore silencieusement du coeur et du regard la direction qu'il avait prise, que déjà il avait disparu à son tour.
Toute la journée ils demeurèrent sous la vérandah, et prirent à peine le temps de faire leur repas de midi. Ils ne mangèrent que pour garder des forces, dont ils se disaient qu'ils pouvaient avoir besoin. Le soleil descendit encore une fois sur la contrée, rien n'apparut dans la plaine, aucune forme ne détacha sa silhouette sur les nuages rouges qui bordaient l'horizon.
La lune brilla au ciel et ils attendaient toujours!
Enfin! Enfin! leur attente sembla devoir être récompensée; sous la bande argentée que traçait l'astre de la nuit à la surface de la pampa on vit s'approcher trois formes sombres, on aperçut trois chevaux dont chacun portait un cavalier; deux étaient de grande taille, le troisième était plus petit.
Un cri de joie sortit des lèvres de Ludwig. «Les voilà!» s'écria-t-il. Puis, s'arrêtant soudainement: «C'est étrange, ajouta-t-il, ils ne sont que trois; sans doute mon père, Gaspardo et Francesca. Cypriano les aura manqués et il les cherche encore.»
Cette conjecture semblait raisonnable et cependant elle ne répondait pas à l'inquiétude de la mère. Un douloureux pressentiment, une crainte poignante s'étaient, en dépit des apparences, emparés de son coeur et paralysaient le cri joyeux qui avait failli tout d'abord s'échapper de ses lèvres.
Sans rien répondre, elle restait immobile comme une statue, les yeux fixés sur les trois ombres qui s'approchaient.
Comme elles marchaient lentement! Enfin les trois voyageurs arrivèrent tout près de l'enclos. Avant qu'ils eussent atteint la porte, la mère et son fils, d'un mouvement subit, s'étaient portés à leur rencontre.
La lumière de la lune permit à la première de reconnaître le manteau de son mari et le costume pittoresque du gaucho. Mais comment cela se faisait-il? le troisième voyageur portait, lui aussi, des vêtements d'homme, c'était Cypriano!
Elle poussa un cri déchirant!
«Où est Francesca?»
Personne ne répondit, ni son mari, ni Gaspardo ni le jeune homme. Tous trois ils s'étaient arrêtés, muets et comme pétrifiés sur leurs montures.
«Où est ma fille? reprit-elle; pourquoi mon mari ne me parle-t-il pas! Cypriano, pourquoi gardez-vous le silence?
--Oh Dieu! fit Gaspardo en gémissant, c'est trop, trop terrible! Senora! Senora!
--Senora! malheureux, n'avez-vous que cela à me dire? L'entendez-vous, mon cher mari? qu'y a-t-il, querido? Pourquoi baissez-vous ainsi la tête? Est-ce le moment de dormir? Un père doit-il dormir qui revient vers sa femme, sans lui ramener sa fille qu'elle avait mise à sa garde?» En disant ces mots elle s'avança d'un mouvement violent vers le cavalier qui portait les vêtements de son époux:
Un mettant sa main sur le bras qui pendait inerte près de l'arçon de la selle, le pâle visage de son mari lui apparut sous les rayons mystérieux de la lune. L'infortunée senora n'eut besoin de personne pour' lui faire connaître pourquoi les yeux de son époux étaient fermés. Son mari dormait du sommeil de la mort!
Elle poussa un cri qui aurait ranimé un mort, si un mort pouvait être ranimé, et elle tomba évanouie sur le sol.
Parmi mes jeunes lecteurs, il en est peu sans doute qui n'aient entendu parler de «Francia le Dictateur (5)», c'est un nom historique, c'est le nom d'un homme qui pendant plus d'un quart de siècle a régi avec une verge de fer le beau pays du Paraguay.
Mayne Reid.
Note 5: Francia (Jose-Gaspar-Rodriguez), né à Asuncion en 1758, d'un père français et d'une créole, mort en 1840. En 1811, il fut nommé secrétaire de la junte lors de la révolution qui chassa les Espagnols de Buenos-Ayres, puis bientôt il se fit élire consul, dictateur temporaire et enfin dictateur à vie. Malgré sa tyrannie, le Paraguay lui doit son organisation, ses manufactures, son commerce et sa civilisation.
(La suite prochainement.)
Ils marchent vers le centre de la plaine.
Ne soyez donc pas si inquiète, ma chère mère.
Elle tomba évanouie sur le sol.
Là, il avait rencontré le cadavre de son maître.
Théâtre du Gymnase.--L'Enquête, drame en trois actes, de M. Léon Cadol.--Opéra-Comique.--Richard Cœur-de-Lion.--Théâtre-Italien.--Mlle Krauss; M. Padilla.
Décidément le théâtre est devenu une succursale du cabinet d'un juge d'instruction: il ne donne plus des drames ou des comédies, il vide des dossiers; après celui-là, un autre; c'est une série. Quand le public sera fatigué de remplir ainsi l'office du jury, il le dira; jusqu'à présent il semble se complaire dans ce rôle: l'Enquête, jouée au Gymnase, ajoute une preuve de plus à ce goût du spectateur. Ce drame a été fort applaudi, et pour mon compte il m'a vivement intéressé, quoique à vrai dire j'eusse bien flairé le trait de la fin, celui qui donne la solution de ce rébus de cour d'assises. Mais cette petite malice théâtrale parfaitement ménagée fait passer agréablement une heure ou deux, comme les tours d'escamotage de Robert-Houdin ou de Cleveland. On sait le truc,--pardon du mot,--le tout est de voir l'habileté avec laquelle il est exécuté..
Mlle de Beaucigny est une vieille fille qui rendrait en sournoiserie et en méchanceté des points à la fameuse cousine Bette, de Balzac. Cette revêche créature conservée dans ses sentiments de haine et de vengeance exerce son odieux caractère sur tout ce qui l'entoure. Elle entretient sa passion du mal en famille, sûre de sa domination, puisqu'elle est tante à gros héritage. Pourquoi aussi le marquis et la marquise de Brilleray, cet excellent et charmant ménage, ont-ils admis parmi eux cette furie propre à faire tourner en vinaigre toutes les lunes de miel? Il est vrai qu'ils ont relégué Mlle de Beaucigny à la Maison-Blanche, près de leur château. Mais la tante revient sans cesse sur sa proie comme le vautour au cœur de Prométhée: elle la déchire de son bec crochu et repart satisfaite. Les gens ont souffert; elle a accompli son œuvre diabolique. Il n'est pas jusqu'à son neveu, un malheureux enfant de cinq ans, qu'elle ne maltraite, si bien que la marquise, sa mère, un jour, en le voyant souffleté par cette main osseuse, le lui arrache violemment. La guerre est commencée plus vive que jamais; la guerre ardente cette fois, car la vieille Beaucigny a rudement frappé le petit marquis. Le monstre est hors de lui; il ne se contient plus; et Mlle de Beaucigny, qui a entre les mains une lettre des plus compromettantes pour la marquise, lettre écrite par elle avant son mariage et qui pour son malheur est tombée dans la collection de Mlle Beaucigny, c'est-à-dire dans les archives de la méchanceté. Pour le coup, c'est de trop; le bonheur de la maison est compromis, l'amour même de M. de Brilleray pour sa femme en est atteint. La marquise irritée chasse ce mauvais génie de la famille, que M. de Brilleray maudit avec sa femme.
Or, le lendemain on trouve au-dessous d'un pont de bois brisé dans une lutte terrible le cadavre de Mlle de Beaucigny. Qui a fait le crime? Une enquête est ouverte. A l'agitation effrayante à laquelle la marquise est en proie, nul doute, la coupable c'est Mme de Brilleray, qui s'est vengée et qui a étouffé les premiers mots d'une indiscrétion qui la perdait. Mais le marquis n'est guère plus calme. Cet homme se serait-il douté de tout et a-t-il garanti son honneur par un crime. Premier gibier levé; première piste sur laquelle se jette la curiosité du spectateur.
Mais le même soupçon tourmente l'esprit du marquis et de la marquise. Ils s'accusent l'un l'autre intérieurement de la mort de Mlle de Beaucigny. Il faut donc chercher ailleurs, prendre un autre lancé. Il y a bien par là dans la maison un avocat, Pierre Desargues; mais il n'a passé qu'un jour au château, et il n'est pas supposable que cet invité se soit distrait à tuer une vieille fille? Toujours est-il que le public et le substitut sont dans la plus grande perplexité, lorsque ce magistrat peu éclairé ordonne l'arrestation du marquis. Alors un vieux serviteur de M. Brilleray, Patrick, sort de la machine et arrête l'enquête qui fait fausse route. L'homme qui a tué Mlle de Beaucigny, c'est lui, lui Patrick. Et pourquoi? Parce que Patrick vénère et adore son petit maître et que Mlle de Brilleray a frappé cet enfant. Dans sa fureur contre cette mégère, Patrick a délivré son maître de Mlle de Brilleray. Et le jeune avocat qui prévoit un grand effet de larmes assure ce vieux serviteur, assassin par dévouement, de la clémence du jury, ce qui m'a paru être la morale un peu forcée de la pièce.
En résumé, voilà une bien grosse punition pour une calotte donnée à un enfant. La loi du talion a dit dent pour dent; mais elle n'admet pas de telles représailles. Si on est libre de tuer les vieilles tantes pour un soufflet donné à un petit-neveu, il n'y a plus de parenté possible. Fort heureusement que tout cela est un jeu d'esprit, un petit drame de théâtre et que cela n'a d'autre importance que l'intérêt du moment. Que les vieilles filles se rassurent, la corporation n'est pas menacée.
La pièce est signée de M. Édouard Cadol; une femme de talent avait écrit depuis quelques années un roman qui avait pour titre: Une cause secrète. Le drame est né du roman. La collaboration a été des plus heureuses, car cette Enquête a été vivement applaudie. Elle est très-bien jouée par Mme Fromentin, Mme Lesueur, Pujol et Landrol, et surtout par Francès, extrêmement remarquable dans le rôle de Patrick, ce domestique qui a une sensibilité si féroce.
L'Opéra-Comique a repris Richard Cœur-de-Lion. C'était merveille de voir avec quelle chaleur et quel enthousiasme le public a accueilli ce chef-d'œuvre de Grétry. Mais aussi que cela est fin et juste, que d'esprit dans les détails, quelle sage distribution dans l'ensemble!
La musique s'est chargée de ce livret assez banal de Sedaine, et elle lui a donné la vie, elle l'a animé des ardeurs de l'âme par la poésie. De ce sujet elle a fait une légende, ou plutôt un poème de l'amitié. Elle lui a donné des accents si vrais, si touchants, que j'ai vu l'autre soir des larmes couler de bien des yeux. A l'air: O Richard, ô mon roi! au duo: Dans une tour obscure, la salle a éclaté en applaudissements, et pourtant cet opéra centenaire, Dieu sait si nous le connaissons! Combien de fois l'avons-nous entendu, combien de fois l'a-t-on répété partout, à ce point qu'on l'a usé comme un pont-neuf. Le théâtre l'abandonne vingt ans; il le reprend, et le génie de Grétry, si net, si clair, refleurit comme dans un renouveau. Ah! quelle grande école que cette école de la musique française à la fin du XVIIIe siècle. Beethoven l'appréciait à sa juste valeur; Rossini en admirait la finesse, la fermeté, le bon sens et le comique, toutes ces qualités enfin de notre génie français, et voilà que nous l'avons délaissée en ces temps derniers; mais qu'elle reparaisse une fois, et nous nous repentons de nos erreurs et nous revenons à elle avec tout l'enthousiasme qu'elle mérite.
Cette reprise de Richard a donc été une joie, une fête. Melchissédec a chanté le rôle de Blondel avec beaucoup de style; il a dit son premier air avec ampleur, et son couplet d'Une fièvre brûlante, repris par Duchesne, a enlevé la salle. On a redemande le duo, comme on avait fait bisser le duetto: Un bandeau couvre les yeux. Les rôles de femmes nous ont paru bien moins tenus que les rôles d'hommes, et c'est dommage pour ce gentil et aimable personnage de Laurette, une des perles de l'ouvrage.
Mme Krauss nous est revenue. Nous devons à l'administration de M. Strakosch de revoir cette éminente artiste, que nous avons retrouvée dans Il Trovatore avec toute la délicatesse, toute la chaleur, toute la puissance de son talent, Mlle Krauss ne peut nous donner que quelques soirées, mais sa réapparition aux Italiens marque vraiment les premiers jours de résurrection de ce théâtre. La soirée a été excellente, d'autant plus que Mlle Krauss rentrait accompagnée par un artiste de premier ordre, M. Padilla, que nous avions entendu quelques jours avant dans le rôle de Rigoletto, dont il chante et joue en maître tout le troisième acte, si émouvant et si dramatique. M. Padilla, dans le rôle du comte de Luna, a confirmé le succès de son premier début.
M. Savigny.
L'ARMURIER D'après le tableau de M. Jacomin.
On ne s'occupe plus de mélissographie; les facultés singulières de l'abeille, comme celles du castor, n'ont pas inutilement alléché l'investigation, qui depuis des siècles a pu se déclarer satisfaite.
Faisant ici simplement œuvre d'homme de lettres curieux des mœurs des animaux,--comme Démocrate qui comprenait leur langage, comme Dupont de Nemours qui en fit le vocabulaire, et comme Théophile Gautier qui a écrit l'Histoire de mes bêtes;--sans souci de méthode ni de programme, nous demandons volontiers à la fantaisie le choix de thèmes pour nos Études... de la nature, et il ne nous manque que la plume de Bernardin de Saint-Pierre pour écrire un Bestiaire intéressant.
Depuis Aristote, Élien, Pline, combien d'observateurs habiles ont regardé patiemment dans la vie mystérieuse des abeilles! Nous connaissons leur république... gouvernée par une reine,--par un roi, croyaient tous les naturalistes de l'antiquité.
Nous savons que cette reine ne doit le rang suprême ni à l'hérédité ni au sort aveugle; elle ne le tient pas davantage de l'élection: «L'ignorance du peuple, dit à ce sujet même saint Basile dans l'Hexaméron, l'expose ordinairement aux plus mauvais choix.»
Elle règne par le droit de sa beauté, de sa force et de sa douceur; et quand, aux heures de soleil, elle a donné le signal du départ, on voit la belle et grosse souveraine, qui vole en avant, guider toute la gent bourdonnante vers les fleurs des prairies.
Aussi bien ne s'agit-il point ici de la chaste buveuse de rosée chantée par Anacréon et par Virgile:--suivant la croyance antique, les abeilles tiraient seulement la cire du suc des fleurs et des pleurs des arbres, et le miel tombait du ciel comme une rosée, rossida mella.
Nous ne parlons pas de l'abeille des apiculteurs et des poètes, de la gracile bestiole toute frémissante, à la taille coupée et mobile, aux ailettes de gaze, non aussi jolie, mignonne, gracieusement fluette que la guêpe à la peau d'or, mais plus douce qu'elle, plus humaine, et dont l'aiguillon subtil n'est si prompt à la piqûre que parce qu'elle voit un danger dans tout contact importun.
Mais nous irons jusqu'en Mongolie, où pullulent, surtout dans les montagnes peu explorées qui entourent cette vaste contrée de l'Asie orientale, des populations d'abeilles d'une forme et d'un habitat particuliers.
Beaucoup plus grosses que les nôtres, ces abeilles,--plutôt ces bourdons,--ont le corsage noir, les pattes longues et velues, le dos couvert de poils courts, la tête ronde, avec des mandibules en saillie. Ce qui en fait d'assez hideux insectes.
Elles ne forment point de ces essaims que nos abeilles, parfois vagabondes à la recherche d'une demeure commune, et tout à coup bizarrement amoncelées, suspendent aux arbres ainsi que des grappes vivantes, fourmillantes et bruissantes. Mais il n'est pas rare, dans les jours chauds, d'en voir des multitudes et des multitudes s'ébattre au soleil.
Elles sont alors si remuantes et si pressées les unes contre les autres, qu'on dirait un nuage qui grouille. Elles se gênent et se heurtent dans l'air: confusion menaçante, sinistre; tout à coup irritation générale, et guerre intestine des plus meurtrières.
Les méchantes et vilaines petites bêtes s'affolent, s'enveniment et se saisissent corps à corps, par couples; s'étreignent en se mordant, crispées de fureur; elles y mettent tant d'acharnement qu'on voit bientôt tomber sur le sol une pluie de cadavres.
A la fin de la terrible lutte, qui n'a duré qu'un instant, la rageuse population est diminuée de moitié, et comme s'il ne venait de se passer rien d'extraordinaire, si vite oublieuse, elle reprend aussitôt sa vie tranquille et ses pacifiques évolutions.
Leur miel, qui forme une masse visqueuse et collante comme de la glu, d'une opacité aussi noire qu'était dorée la transparence du miel de l'Hybla, ces abeilles, extrêmement travailleuses, le déposent dans les vieux arbres creux, au sein des forêts, et l'y accumulent en grandes quantités, tandis que les nôtres sont habiles à construire ces alvéoles si merveilleusement cloisonnées suivant une savante géométrie, où, ambre fluide, la précieuse liqueur qu'elles y distillent, peu à peu s'épaissit et se cuit.
Le grand danger pour le cueilleur de miel ne vient pas de ces gros hyménoptères à aiguillon, qui ont moins de venin que de laideur, mais des animaux féroces, des tigres, des léopards, des lynx, des ours, surtout de l'ours paresseux, ce plantigrade à l'aspect informe, dont le corps et les pattes sont enfouis dans une robe de poils longs, durs et noirs, et dont le museau étroit, allongé, sort de cette fourrure comme d'une broussaille.
Un paysan mongol du Khou-Khou-Noor, nommé Trapilolu,--dont l'aventure n'est peut-être pas fort connue en France,--avait remarqué dans la forêt, sur la lisière du désert de Kobi, un énorme «figuier des pagodes», un vieux banyan creux, hanté par des abeilles de la grosse espèce noire.
Ayant osé s'y aventurer pendant la nuit, malgré les ombres et les hurlements, pour trouver les abeilles au repos, il grimpa sur l'arbre. Favorisé par le clair de lune, il plaça aux bifurcations des branches, dans les gerçures de l'écorce, de petits pains de soufre auxquels il mit le feu, et s'éloigna précipitamment.
Suffoquées par la fumée et par l'odeur, les abeilles ne tardèrent pas à évacuer la place.
Trapilolu laissa passer un jour entier après ce premier exploit; mais dès le lendemain matin, haletant d'impatience, il arrive au pied du banyan.
Il se hissa sur le tronc jusqu'à l'ouverture où gisait le butin.
Le trou était large et profond, il fallait descendre dans l'arbre comme dans un puits.
Trapilolu hésite, mais enfin se décide.
A peine entré dans ce trou noir, se soutenant encore des bras, sentant que le vide s'élargissait dans sa profondeur, et tremblant tout à coup de cette appréhension insurmontable des cavernes, il glisse... et s'engloutit dans le miel comme dans une mare.
Pour en sortir, il eut beau faire des efforts surhumains, s'accrocher à des aspérités imaginaires; ses ongles glissaient et crissaient contre les parois dures, et ses pieds étaient collés au fond.
Il se démène: plus il trépigne, plus il enfonce.
Il en eut jusqu'aux aisselles.
La substance agglutinante le tenait de partout.
Dans quelles angoisses les heures se passèrent î
Depuis trois jours il était là, consterné; trois jours et trois nuits!
Il avait eu du miel pour la faim, mais le miel provoque une soif brûlante comme le feu. Et puis le désespoir le tuait d'avance, il ne lui restait qu'à implorer le ciel.
Tout à coup un bruit étrange! En même temps l'arbre tremble, oscille! Quelque animal grimpait lourdement et ses puissantes griffes faisaient craquer l'écorce! Quel plus triste sort pouvait être réservé à l'infortuné Trapilolu que celui d'agoniser lentement, horriblement, et de mourir dans ce trou! Cependant, quand il vit apparaître à l'ouverture la sinistre silhouette d'un ours chercheur de miel, il trembla dans tout son être du frisson glacé de l'épouvantement.
Il ferma instinctivement les yeux... il allait être déchiré en lambeaux, broyé, dévoré...
L'ours, sans regarder, se met à descendre tranquillement dans l'arbre, selon son habitude, à reculons, et... s'assoit sur la tête de l'Indien plus mort que vif, qui, éperdu, fou, saisit le derrière de l'animal, s'y accroche, et le serre avec la force du désespoir en poussant un grand cri. L'ours se sentant pris s'effraye et s'élance d'un bond l'enlevant après lui, saute à terre et court encore. Trapilolu était resté cramponné à une branche! L'aventure fit du bruit en Mongolie. Et voilà pourquoi, depuis longtemps, on ne dispute plus le miel aux ours dans le désert de Kobi.
B. Saint-Marc.
1833
Depuis que les journaux dynastiques prétendent qu'on en veut aux hommes de loisir, le caissier du Constitutionnel n'est pas tranquille.--En revanche le préposé aux désabonnements est complètement rassuré.
On commence déjà à faire des préparatifs pour le carnaval prochain. Les personnes qui désireraient des habits d'arlequin peuvent s'adresser au bureau du Journal des... Judas.
On a dit que si la peste pouvait donner des places, elle aurait des courtisans. On peut ajouter qu'elle serait certainement défendue par le Journal des Judas.
Le Journal des Judas disait hier: «Notre feuille n'arborera jamais la couleur rouge.» Chacun sait bien que le Journal des Judas ne peut pas rougir.
Quoique fort obscures, les opinions du Journal des Judas sont comme les jours: elles se suivent et ne se ressemblent pas.
Le Journal des Judas va, dit-on, se fixer sur le Pont-au-Change.
On dit que les rois s'en vont. Il nous semble que ce sont bien plutôt les libertés.
L'Ordre de choses, par ses organes, menace les factions du mépris public. Il aurait dû ajouter:--«Après moi, s'il en reste!»
Toute la police était hier en émoi, par suite d'une capture fort importante. Il s'agissait de la saisie, chez un républicain, d'un bonnet rouge que ce dernier avait eu la malice de faire teindre en blanc, pour lui donner l'apparence d'un bonnet de nuit.
La révolution de juillet est représentée à l'étranger par des princes, des marquis et des ducs. La voilà tout à fait décrassée.
Un voleur qu'on arrêtait hier s'est écrié très-sérieusement:--«Vous vous trompez, monsieur, je ne suis pas un républicain.»
Autrefois on préparait la guerre pour avoir la paix; aujourd'hui on prépare la paix pour avoir la guerre.
Jules Rohaut.
(A suivre.)
Voici l'hiver qui arrive, aimables lectrices; il faut vous occuper de vos toilettes, et surtout voir, avant d'acheter, les maisons dont le goût fait loi.
La Ville de Lyon, 6, Chaussée-d'Antin, tient le premier rang entre toutes, et parmi les mille jolies choses que j'ai été appelée à juger, je vous citerai le Mouchoir Pénélope, en tissu de soie nattée pour la petite poche de côté de vos casaques; les nouvelles Collerettes Médicis en velours noir doublées de gros de Suez couleur claire, et la Fraise Henri III en crêpeline blanche; puis de larges ceintures relevant le pouff au moyen de coulants ou poignards en acier taillé, en jais, en nacre (inédit), et de merveilleuses passementeries brodées de jais.
Maintenant, pour vous garantir du hâle et de la bise, le nouveau voile Suez, formant en même temps fichu, et le Gant Joséphine breveté, le seul aujourd'hui que puisse porter une femme qui veut être gantée. Partez donc et vous me remercierez.
Z***
Quelle est la meilleure des couseuses? Quelle est celle qui effectue le plus solidement, le plus rapidement et le plus artistement les travaux de couture ou broderie sur la mousseline, la soie, le drap? C'est, de l'aveu des gens compétents, la machine Elias Howe à aiguille droite et entraînement en avant.
Mais qui vend la machine Elias Howe? Moi!... répondent tous les industriels qui affublent leurs mécaniques du titre de système, principe Howe, Howe-diamant, etc., etc. Traduisez: Howe-imitation.
Il n'existe à Paris qu'une seule maison vendant la machine Elias Howe. Seule, cette maison, dont le siège est boulevard Sébastopol, 48, a le droit de parler de croix d'honneur, de diplômes d'honneur, décernés à chaque exposition, et récemment encore à l'Exposition de Vienne. A cette époque où vont reprendre les travaux au coin du feu, il est bon d'en informer les familles.
Comtesse Armande.
Rien n'est aussi bien porté que les robes et costumes en soie des Indes. Le foulard sergé est tout prêt pour les jolis costumes d'hiver; ces tuniques se mettent sur les jupons de velours.
La Malle des Indes, passage Verdeau, 24 et 26, vient de me communiquer les dessins de ses admirables cache-nez et foulards de cou. Le surah, le creemson, le corah pur, sont autant de cache-nez riches et de grand goût. Le cache-nez à la mode, c'est le bleu de roi et ciel, noir et blanc, cerise et noir, jaune et noir; ce sont des soies des Indes, dont le riche tissu croisé fait que pas un cache-nez ne pourra rivaliser avec ce beau genre. La Malle des Indes a parmi sa riche collection de foulards des Indes les splendides China, ce que nous appelons surah; le blanc de lait, le crêpé, le cache-nez sablé d'une si grande souplesse, le riche crépon et le vrai crêpe de Chine en 90 centimètres de largeur; les dessins cachemire sur soie des Indes, les grisailles en deux tons et les foulards brochés à bouquets jardinière dans les coins, entourés d'une bordure brochée; le foulard fusion, rouge, bleu et blanc; le foulard Alsace-Lorraine cerise et bleu. Ces genres sont adoptés pour mouchoirs de poche. Nos gentlemen et les grandes élégantes portent dans la pochette de leurs paletots ces ravissants mouchoirs de la Malle des Indes.
L'Exposition de Vienne vient de mettre en lumière les progrès de notre haute industrie française. La maison Ed. Finaud et Meyer a remporté les deux plus hautes récompenses: la grande Médaille de progrès et la Médaille de mérite. Tout le monde a été à même d'apprécier la perfection des produits de cette maison gigantesque. Ses savons sont tous brevetés, depuis le savon au suc de laitue jusqu'au savon des enfants, à 50 centimes le pain. Comme extrait, la violette de Parme est sans rivale; l'oppoponax, c'est le parfum à la mode, le plus répandu et le plus recherché. La maison Ed. Pinaud, 30, boulevard des Italiens, tient dans son athénée d'élégance les produits les plus fins à la glycérine; les eaux de toilette s'appellent oppoponax et fleurs d'Italie.
MM. Pinaud et Meyer sont depuis longtemps fournisseurs brevetés de la reine d'Angleterre, et tout récemment ils viennent d'être nommés fournisseurs en titre de S. H. le Sultan.
Baronne de Spare.
EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS: