Priviléges et Reglemens de l'Archiconfrerie vulgairement dicte des Cervelles emouquées[404] ou des Ratiers.

Sans lieu ni date. In-8.


Les Capitouls, Consuls et Jurats[405] de l'archiconfrerie des Cervelles emouquées, ou Ratiers, s'estant assemblez au son du timble[406], suivant l'usage, le syndic d'icelle, surnommé Agoranome[407], mareschal des logis dans la compagnie des porte-ferule, a remontré à leurs seigneuries que le defaut de cognoissance des prerogatives et statuts de l'archiconfrerie estoit cause que plusieurs personnages qui ont toutes les dispositions requises pour y estre agregés, et mesmes talens propres à luy attirer de plus en plus l'admiration des sages, differoient de s'y enroler.

A quoy il importoit d'autant plus de pourvoir que, l'archiconfrerie ayant resolu de publier un catalogue exact de tous et un chacun ses suppots, avec des remarques en forme de glose ou commentaire sur leurs caractère et exploits particuliers, les sujets en question ne manqueroient point, à la vue du recueil des priviléges et reglements, de donner au plustost leurs noms et qualités.

Ledit syndic ayant laissé ses conclusions sur le bureau de Dom Cyclope, greffier en chef des Cervelles emouquées ou Ratiers, et la matière mise en deliberation, tout considéré, iceux Capitouls, Syndics et Jurats, après avoir applaudi au zèle dudit syndic Agoranome pour la propagation de l'Archiconfrerie, ont unanimement ordonné et ordonnent le recueil et publication desdits priviléges et reglements, à condition de n'y inserer que ceux que l'on voit authorisés et maintenus par l'exemple de quelqu'un des notables d'icelle archiconfrerie, et qu'au préalable l'original d'iceux soit omologué dans la chancellerie du père Aigremine, conservateur desdits priviléges, comme aussi que copies d'yceluy original, duement timbrées, soient portées aux bureaux ordinaires, et notamment rue des Agaches[408], des Gauguiers[409] et des Baudets à Sainct Andru[410], à la place des jongleurs, à la fontaine aux Moucrons[411], etc.

S'ensuivent les priviléges, tant communs que speciaux, de tous et un chacun des suppots de l'archiconfrerie des Cervelles emouquées ou Ratiers, et tout ensemble les reglemens jugez necessaires pour fortifier lesdites Cervelles contre tous abus, forfaitures et meschefs par lesquels elles pourroient deroger aux hauteurs et preeminences de l'archiconfrerie.

Prime.—Toutes Cervelles emouquées ou Ratiers ont, par especial, le privilege de la singularité du raisonnement, qui les garantit de la contusion de se voir jamais ravalés jusqu'au sens commun.

Item.—Icelle archiconfrerie a le droit de s'incorporer personnages de toute espèce, figure et profession, tant laïquale qu'ecclesiastique et monacale, ci: comme porte-robbes, porte-perucques, porte-estolle, porte-aulmusse, porte-sabots, porte-sandales, porte-corde, porte-capuce, porte-ferules et porte-barbe.

Item.—Nuls postulans ne peuvent estre admis qu'ils n'aient souffert toutes les eclipses de raison à ce suffisantes et pertinentes pour meriter le susdit privilège fondamental, à savoir la singularité du raisonnement.

Item.—Nul acte ecrit, avertissement ou autre pièce quelconque, ne sera approuvée par les superieurs et officiers majeurs de l'archiconfrerie s'il n'est original[412] ou timbré.

Item.—Tous suppots d'icelle ont privilége, ès jours de jeune et de carême, d'avaler hors du repas toute sorte de liquide, pourveu que toujours ils rejettent ce quy sera proposé de solide; et, advenant le cas qu'aucun y veuille contredire ou pratiquer le contraire, iceluy sera condamné au tribunal de l'archiconfrerie, comme fauteur d'une morale rigoureuse pour lui-mesme.

Item.—Indulgence en faveur de tout agregé ecclesiastique qui dit precipitamment son breviaire, et mesme la messe, pourveu qu'il lise gravement le Mercure et la Gazette[413].

Item.—Indulgence pour les maisons et communautés incorporées en icelle archiconfrerie qui jugeront de l'importance de leur estat et de la suffisance de leurs personnes par la grandeur de leurs robes, rabats et perruques, et regarderont comme vraie bienseance et gravité ce qui paroît à d'autres hauteur et pedenterie.

Item.—Indulgence pour tous religieux ou autres qui le matin, en vue de mieux passer la journée, seront attentifs à prendre l'eau bénite de l'archiconfrerie, c'est à savoir eau-de-vie, fenouillette[414], ratafiat, rossoly[415], etc.

Item.—Indulgence pour ceux et celles quy, à la place du Testament, liront avec foy le supplement de la Gazette de Hollande, comme l'evangile des archiconfrères.

Item.—Est permis aux eclesiastiques agregés de publier et debiter de faux brefs, sans crainte aucune de l'excommunication portée contre les falsificateurs de lettres apostoliques.

Item.—Droit de sauvegarde et protection en faveur d'iceux quy seroient grevés de la meme peine pour avoir sçu, en matière spirituelle, décliner les juges d'eglises nonobstant toutes bulles et decrets à ce contraires.

Item.—Droit de franchise pour tous ceux qui tiendront estaminets[416] et academies de jeu, surtout les dimanches et festes et pendant le service.

Item.—Indulgence au religieux confesseur quy, pour avoir l'œil sur sa devote, la menera le soir sous le bras à la promenade.

Item.—Indulgence pour tous ceux quy, n'estant en usage de chanter en leur eglise les louanges du Seigneur, chanteront sur le theatre celles de Bacchus ou autres divinités païennes, y feront sonner les violons et batront la mesure.

Item.—Indulgence en faveur des religieux quy, ne pouvant recevoir les honoraires pour la celebration de leurs messes, auront volonté respective de soy respecter et dedommager aux derniers sacrements, en se faisant constituer heritiers et legataires universels par testamens et codicilles, et mesme sans le secours d'icelles pièces, en emportant bources, bagues et joyaux.

Item.—Advenant qu'iceux religieux ne trouvent en icelles bources que des jetons au lieu de louis, iceux gagneront les pardons de l'ordre, à condition de ne plus se meprendre.

Item.—Indulgence pour tous monastères et communautés dont les caves, refectoires et maisons de campagne[417] seront fournis de vin en abondance, à effect d'estre plus sobres ès maisons d'autruy.

Item.—Indulgence pour tous prieurs et autres suprieurs de couvents quy supposent que leurs inferieurs sont en voyage, tandis qu'ils sont encore dans la ville à boire, manger, jouer, ripailler, le jour et la nuit.

Item.—Indulgence pour le religieux quy, voyant demoiselle soy retirer en abbaye pour y voiler et vouer sa virginité au Seigneur, luy suggerera le retour au siècle[418] en vue de lui faire preferer l'alliance d'un homme à celle d'un Dieu.

Item.—Indulgence en faveur des religieux lesquels, ayant droit de dresser theatre pour le divertissement des archiconfrères, le dresseront en temps de caresme, et mesme de la passion, pour y donner farces avec dances et chansons bachiques[419].

Item.—Privilége à iceux religieux d'employer pour ceste bonne œuvre les couronnes d'argent à eux leguées pour la decoration des autels et des images.

Item.—Iceux pères qui n'auront faculté de confesser leurs devotes dans les eglises les pourront confesser sous les moulins champestres.

Item.—Iceux, nonobstant les bulles qui leur defendent de negocier, sous peine d'excommunication, pourront s'engager dans quelque commerce non repugnant à l'exterieur de leur institut, si comme avec marchand de charbon, etc.

Item.—Advenant que parmi les confrères se trouve un ecclesiastique qui n'ose donner sa decision lorsqu'il sera consulté, iceluy sera regardé comme l'oracle de l'archiconfrerie.

Item.—Tous suppots d'icelle, tant ecclésiastiques et religieux, se contenteront, et pour eux-mêmes et pour l'utilité du prochain, de la science que les docteurs appellent science moyenne[420], hoire et ayant-cause du feu P. Molina[421], guidon en la compagnie des porteferules.

Item.—Tous clercs et coutres[422] ou beneficiers de paroisse et autres eglises, sans distinction ny exception quelconque, pourront, pendant le service divin, se rendre aux porteaux et sacristies d'icelles pour y apprendre ou debiter nouvelles et y juger le prochain.

Item.—Tout frère questeur et proviseur, de couvent qui soy advancera de traicter des matières de doctrines les plus relevées dans les boutiques, parloirs et autres lieux, sera escouté de tous archiconfrères et consœurs ni plus ni moins qu'un lecteur de jubilé.

Item.—Pourront les dames et demoiselles agregées à l'archiconfrerie aller à la messe poudrées et parées ainsy comme au bal, comme aussi preferer les messes basses aux grandes, et surtout la dernière: le tout pour le plus d'edification du prochain.

Item.—Pourront lesdites archiconsœurs se poster par humilité à genoux, sur des bancs ou chaises, et prendre sur leurs eventails le sujet de leurs meditations.

Tous ceux et celles qui, se trouvant ès eglises, y auront causé de nouvelles et d'affaires en attendant le prédicateur, pourront s'abandonner au sommeil pendant la predication.

Item.—Y doit avoir en lieux competens inquisiteurs secrets et censeurs des livres, pour interdire, suprimer, enlever et même decacheter tous livres pernicieux à l'archiconfrerie et defendus par icelle, si comme epitres, evangiles, ordinaires de la messe, etc.

Item.—Est loisible à tous laïques agregés quy se meslent de corriger ou reprendre ceux qui offencent le Seigneur d'appuier sa reprimande ou correction de moult maledictions et imprecations.

Item.—Es lieux de public instruction où les maistres comme les disciples ne peuvent cacher aux clairvoyans l'insuffisance de leur doctrine, on pourvoira à l'honneur des escoles dans l'esprit du bourgeois et père de famille par l'appareil des thèses[423] et tragedies, et par la beauté des bâtimens.

Item.—L'inscription d'iceux bâtimens designera ceux quy ont receu l'argent pour les construire, et nullement ceux qui l'ont donné.

Item.—Tout ecclesiastique meditant l'erection de communauté nouvelle ne prendra ailleurs qu'au bureau de l'archiconfrerie les bulles et patentes que les autres vont demander au pape et au prince.

Item.—Et ceux patriarches de nouvelle espèce pourront se faire baiser les piés, ny plus ny moins que le pape.

Item.—Advenant qu'aucuns catholiques se fourvoient jusqu'à manquer de respect pour l'archiconfrérie, iceux catholiques seront, par le seul faict, réputés chimatiques, et jansenistes, qui pis est; voire meme, si metier est, pendus en effigie aux yeux des souffre-ferules.

Item.—Au cas qu'iceux catholiques allèguent, pour soy justifier, certains decrets des papes bien et dument approuvés ès saints conciles, suivis et omologués en toutes provinces catholiques, apostoliques et romaines, sera maintenu par les archiconfrères qu'iceux decrets ne sont munis de lettre de placet à ce necessaire de par l'archiconfrerie.

Item.—Tout confrère qui voudra montrer son courage envers iceux catholiques redoutera leur presence et ne pourra signaler sa bravoure que par la fuite.

Item.—Pour lesdits cas d'esclipse et desertion, iceux archiconfrères tiendront pour certain que le scandale peut être preferé au danger du raisonnement et la faveur des ignorans l'emporter sur l'exemple des sages.

Item.—Attendu que la science, si elle n'est science moyenne[424], est le poison le plus funeste, comme est dit cy-dessus, à l'archiconfrerie, tous suppots et agregés d'icelle mettront en arrière les saints pères de l'eglise, en leur substituant les saints pères de la société, si comme abandonneront saint Augustin pour suivre Escobar et debusqueront saint Thomas[425] pour subroger à ses droits le porteferule Francolin.

Item.—Nul archiconfrère ne manquera d'observer pour ses demarches et entreprises les phases de la lune, comme estant l'astre tutelaire de l'archiconfrerie, et feront eclater leur ferveur surtout au temps de la première sève et du renouvellement d'icelle, comme faisant les deux principales solemnitez des Cervelles emouquées ou Ratiers.

Item.—A eux permis de raper, prendre et donner tabac[426] en leurs prières, messes et offices, pour eviter plus seurement les distractions.

Item.—Les directeurs et confesseurs agregés se proposeront soigneusement le bien des familles dans leur ministère.

Item.—Quiconque s'ingerera de blasmer iceux confesseurs, les accusant d'avarice, ou qui censurera leur intention à employer pour des visites les temps destinez à la prière, retraite et silence, sera deferé à l'archiconfrerie comme coupable de violer la charité du prochain.

Item.—Tout archiconfrère qui debource pour soy divertir florins, patacons[427] et ducats, en ne donnant aux pauvres que la plus basse des espèces de monnoie, sera tenu pour aumonier.

Item.—Les predicateurs religieux prescheront eux-mêmes dans leurs eglises lorsqu'ils voudront critiquer les censeurs de leur morale; mais ils choisiront des predicateurs estrangers pour en recevoir des eloges devant le public.

Item.—Tout religieux quy, se trouvant accompagné d'un sien frère ou convers, rencontrera un ecclesiastique, iceluy aura soin que le dit frère salue le premier l'ecclesiastique, afin que iceluy salue le premier le religieux.

Item.—Tout chasseur agregé prendra son mousquet pour tuer les souris, mais doit espargner les rats, comme animaux privilégiés par edits et patentes de l'archiconfrerie.

Collationné à l'original par moi,

Songecreux[428].

Advis de Guillaume de la Porte, hotteux ès halles de la ville de Paris.

Sans lieu ni date, in-8.

Le vaudeville des bouchers et le reglement faict pour la police publié[429] m'a donné subject de tracer ces lignes, pour vous declarer que, pensant apporter du remède, vous courés au mal. La raison en est parceque vous voulez paroistre de grands œconomes, et vous n'estes qu'abecedaires de maisons. D'où vient que, voulant retrancher le mal, vous le fomentés et le faictes pululler? Que si vous aviez consulté toutes sortes de qualités de personnes, ne vous attachant tant au pourpre[430], qui n'a le plus souvent que l'apparence ou l'appuy de l'argent, sans doute vous auriés faict tout autre reglement. Qui est celuy qui ne recognoisse le signalé defaut sur le prix du mouton, veu que chacun sçait qu'il y a grande disproportion du moindre au meilleur? A vostre compte, le plus gras mouton ne vaudroit que seize sols davantage que le plus chetif[431], veu qu'il y, a mouton de neuf livres et autres de trois livres. Pour le veau, pareille raison. Ma cousine la Moignotte, que Dieu veulle conserver et luy restablir la santé! estant fermière de la grande ferme de Paré, elle avoit douze vaches, dont l'une avoit nom la Bourelière, laquelle faisoit des veaux aussi puissants que des bœufs du Poitou. Je vous laisse à penser quelle perte elle eust receu de les vendre à six livres, et le grand profit de vendre des avortons à pareil prix de six livres. Ces considerations, et autres que je veux deduire cy-après, font que je ne puis approuver ce reglement. Et d'autant qu'estant bourgeois de Paris, je faicts partie d'icelle, il me semble qu'au peril de la famine qui nous menace, je doibs dire mon opinion, pour estre receue ainsi qu'on le verra bon estre. Que si quelqu'un me debat mon droict de bourgeoisie, Pierre de la Porte et Guillemette des Rosières, surnommée Dix-sept-demi-septiers, mes père et mère, vous leveront ceste difficulté et vous diront qu'ils ont porté les crochets et la hoste vingt ans, servants à porter viandes et fruicts des halles. Je vous laisse à penser si j'ay quelque memoire du vineux mestier qui fait dire la verité. Ma qualité prouvée, venons au subject qui se presente. Toute ville, republique ou royaume se maintient principalement de bled, vin, chair et bois: c'est pourquoy les bien reglées ont donné toute liberté de trafiquer à toutes sortes de personnes sans y imposer aucune dace[432] ny impost, afin que l'affluence y apporte vilité de prix, ce qui est très certain par l'abord des marchands, qui ne trafiquent que sur l'esperance du gain. Je sçay que le malheur du temps a apporté des subsides sur lesdits vivres; mais lesdits subsides ne sont suffisans pour faire telle cherté qu'on s'en puisse plaindre, et je m'asseure que quelque jour nostre bon prince et roy retranchera en partie lesdits subsides: car je m'asseure que, Gondy et Jamet[433] à present estant morts, on ne verra plus tant de partisans composés d'Italiens et d'Espagnols, que je desirerois les uns estre placés au pol arctique, les autres au pol antarctique. Dios me libre de tal gente! Je ne parle des femmes desdits païs, car elles passent en la famille des maris.

Il est donc necessaire de donner liberté aux marchands forains de vendre leurs troupeaux et marchandises le prix qu'ils pourront, parceque, si vous leur faictes delivrer leur marchandise à perte, sans doubte ils n'y retourneront pour la seconde fois: je m'en raporte à la Verdure de Juvisi, s'il veut venir perdre sur chaque chartée de veaux dix-neuf livres qu'il perdit vendredy dernier.

Il est utile de donner permission à tous maistres bouchers et compagnons ou autres vendre viandes en destail, afin de n'estre subject à un nombre[434].

Il est à propos de vendre les viandes à la livre, et le prix d'icelles en soit faict au rabais, ainsi qu'il se practique en Languedoc, Gascogne et autres provinces.

Davantage (avec permission de MM. les bouchers), parceque je vois plusieurs bonnes maisons où il faut quantité de moutons, d'autres familles qui se peuvent passer d'un quartier, et qu'ils se pourroient plaindre, soit de la maigreur des viandes, soit sur la difficulté d'avoir un quartier de derrière, que l'on appelle, en Musarabie[435], trasero, pour eviter à cet inconvenient, je voudrois faire dresser des escorcheries au dessus et au dessoubs de nostre ville de Paris[436], et près icelles quelques halles, où les marchands forains, deux fois la sepmaine, pourroient venir vendre leur bestail, les manants et habitans de nostre ville, ou leurs domestiques pour eux, se joignant deux, trois, plus ou moins, se transporteroient ausdits lieux et feroient achapt de leur necessité, et à l'instant feroient tuer leur mouton ou plusieurs, moyennant trois ou quatre sols qu'ils donneroient à des compagnons bouchers, qui seroient bien aises de faire ce profict. En après, le mouton pesé, l'on regarderoit la montance de chaque livre, et chacun puis après prendroit sa provision. C'est un mesnage qui se faict en plusieurs endroits de l'Europe, sur lequel vous faictes le tiers de profict. Je le sçay par experience. Ma mère Guillemette me disoit bien qu'en voyant le monde on voit du pays, et qu'à ne voir que des charbons on ne cognoist que des tisons.

Or, d'autant que l'abondance est la mère de vilité, je voudrois, pour y parvenir, faire defences de tuer des aigneaux, sur peine du fouet[437], despuis le premier jour de janvier jusques au dernier juillet. Vous faictes, en ce faisant, profiter les troupeaux, accroistre les fumiers des laboureurs, qui s'abonissent par la fiante de ces animauls, qui par après multiplient les grains à foison par l'amendement que l'on faict aux soles et jachères. Vous empeschés les bergers de vendre les dits agneaux: vous retranchez la perte des troupeaux que l'on donne à moitié.

Pareil remède sur les veaux et autres espèces de vivres, lesquels ne voyent a peine la lumière par la friandise de ce temps.

Je voudrois faire defenses aux marchands de bled residans à Paris de serrer du grain dans Paris outre leur provision: car ils enlèvent le bled de deux ou trois marchés à bas pris pour vous le vendre puis après cherement. Je portois un jour à monsieur Criton du pain de la hale, et il montroit une oraison grecque à ses escoliers, escripte contre des marchands traficquans en bled, residans à Athènes[438], de la qualité susdicte; et les dits escoliers, à cause que je portois du pain, ils me prenoient pour l'un de ces monopolistes, et me vouloient lapider; et si le dit sieur ne fut venu, leur donnant à entendre que je n'estois marchand blatié grec[439], c'estoit faict de Guillaume de la Porte! Il sera bien fin qui me fera vivre avec ces toques de malice!

Pour le bois, j'observerois les reglements anciens, à peine de contravention de la perte de la marchandise contre les marchans, et de privation et de confiscation des offices des officiers, qui, en leur presence, voyent enfraindre la taxe de la ville; à quoy pour remedier, il y auroit des poteaux dans lesquels il y auroit une table (ce que les Arabes appellent Arauzel)[440] contenant la taxe de la ville, afin qu'un chascun fut adverti du prix de la marchandise[441].

Seroit fait defences d'acheter des bois, n'estoit pour estre promptement coupés et vendus à la saison, afin d'eviter aux monopoles. Il y a plusieurs bourses qui s'assemblent et enlèvent les bois, et les gardent un, deux, trois ans, jusques à cherté, et n'en font venir qu'à la derobée. Je vous donne advis qu'il y a un marchand d'Auxerre qui, sous la bourse d'un nommé Giman, bourgeois de Paris, a enlevé tout le marin[442] du pays de Morvan. Je vous laisse à penser s'il faudra passer par ses mains si le bois tortu chemine droit[443]; mais je m'asseure que monsieur le lieutenant general d'Auxerre y donnera bon ordre. Le commencement de la santé est de cognoistre la maladie, el comienso de la salud, es conocer la dolencia del enfermo.

Messieurs les maistres des forests, vous ne serez negligens de faire planter à la place des bois de haute futaye que l'on abat.

Je voudrois faire defendre aux cabaretiers d'asseoir en leurs tavernes fors pain et vin[444], et ce à personnes estrangers seulement.

Il y a un tas de gueules enfarinées qui n'ont pour leur dieu que la Pomme de pin, la Croix blanche, le Petit saint Anthoine[445], le cuisinié de monsieur de Bethune, que l'on dit à la Bastille, avec mille autres de ce poil, sans comprendre les logis où l'on traicte à deux, trois et quatre escus pour teste. Quelle abysme de despense! Et le vice chatouille tellement les hommes qu'il n'y a fils de bonne mère qu'il n'y porte sa chandelle. Si compère Gaultier arrive, il faut le recevoir en un cabaret. Là, on trouve toute sorte de vins d'Orleans, de Beauce, Gascogne, d'Espagne, de Ciudad Real, Perogomez, Frontignan; là, vous ne pouvés desirer aucun genre de viande qu'il ne vous soit servi. La colation ou dessert seconde l'entrée, tellement que vous estes servi plus qu'en roy. Au partir de là, pour faire chère entière, il faut aller voir les dames, ou plustost la verole.

Je me proposois vous toucher quelques remèdes, mais il m'est souvenu que monseigneur de Verdun (que chascun ne sauroit assez admirer, pour estre les louanges inferieures à ses vertus) est à present premier president au parlement de Paris, premier parlement de France[446]. Ma plainte suffit; la paix qu'il a establie entre les mondains de Toulouse, y rendant la justice en qualité de premier president, asseure qu'il la donnera aux enfans de Paris, ou plustost à la confusion du siècle corrompu. Nous estions perdus (mes concitoiens) si nous n'eussions recouvert l'Hercule de nostre pays. Desjà j'avois faict resolution de vendre ma hotte et ma bonne casaque de toille, ayant perdu l'esperance de gagner ma vie aux halles pour tirer des coups de pistolets aux portes en tirant pays pour aspirer la qualité de gondolier à Venise. A Dieu, jusques al veder.

L'an de grace 1611[447] le 2. jour de may,
et de Guillaume de la Porte[448], de nostre
aage le 27.

Les Misères de la Femme mariée, où se peuvent voir les peines et tourmens qu'elle reçoit durant sa vie, mis en forme de stances par Madame Liebault[449].

A Paris, chez Pierre Menier, demeurant à la Porte Sainct Victor. In-8.


A Madame de Medine,
religieuse aux Ammurez de Rouen.

Madame, les hommes, en general, sont si divers en leurs opinions, que, par manière de dire, chacun veut maintenir la sienne particulière avecques des raisons bien souvent qui sont du tout alienées de raison. Les philosophes du temps passé nous ont laissé à la memoire que la nature, qui est le Dieu supresme, avoit mis entre mains aux hommes, pour s'en servir, certaine espèce de biens qu'ils appelloient indifferens, c'est-à-dire qui n'apportoient ny bien ny mal aux hommes, si non autant que les hommes les applicquoient à l'usage, fust à bien ou à mal, comme l'on peut dire de l'or, l'argent, le fer et autres metaux, et bref de toutes choses inanimées. Ainsi avons-nous en la police, tant civile que mesme en l'ecclesiastique, certaines choses qui sont indifferentes, et non pas necessaires du tout, comme, en celle-cy, nous autres, qui sommes plus zelés, ne sommes tenus de croire outre et pardessus ce qui est comprins dans les tables de la loy que Dieu nous a données par le bon père Moyse, et ce que l'Eglise nous commande de croire, le reste demeurant à la discretion d'un chacun. Que si l'on nous propose quelque chose davantage, c'est plustost par conseil que par ordonnance et commandement exprès. Tout de mesme en la police civile, prenant pour exemple le subjet du present livret que je vous ay adressé: car c'est bien une chose que le mariage, qui demeure entierement à la disposition volontaire des hommes contre les necessitez qu'y apportoient jadis les anciens ethniques et payens, ne differans en beaucoup de choses des bestes bruttes que de la seule parole. Et ce vaisseau d'election, monsieur sainct Paul, en parlant en ses epistres, dit en ces termes, que qui se marie fait bien, mais qui ne se marie pont fait encore mieux. Comme s'il vouloit entendre que l'on s'en abstînt pour vouer à Dieu sa virginité, ce qui ne se peut toutes fois maintenir aisement ny observer un tel vœu sans y apporter pour aide et support la prière, le jeusne et la solitude, ainsi que vous faites, Madame, qui est un genre de vie, à la verité, qui excelle d'autant le mariage, que la contemplative a tousjours esté preferée à l'active; ce que Dieu mesme confirme de sa propre bouche en son sainct Evangile, parlant des deux sœurs qui avoient suivy divisement et l'une et l'autre vie, quand il dit que celle qui avoit delaissé la cure des choses terriennes pour vacquer à la prière avoit esleu la meilleure part, sans le prendre au subjet qui est traicté dans ce livret, ny pour les occasions qu'il rapporte concurer souvent avec le mariage, ce que vous verrez plus amplement comme le permettra vostre loisir, vous suppliant, au reste, de le prendre en bonne part, et que par la souvenance que j'ay eue de vous, vous, en pareil, ayez souvenance de moy en vos bonnes prieres, que Dieu vueille exaucer. Adieu.

Votre très humble et très affectionné,

Claude Levillain.


Sonnet à la dicte dame.

Mon Dieu! que l'homme est souvent miserable!
Souvent je dy, mais, las! c'est pour tousjours,
Le long des nuicts, tout le long de ses jours,
Estant debout, ou assis à la table.

C'est un sablon inconstant et muable
Comme le vent; c'est un fourneau d'amours,
Suivant ses veux par mille ordes destours,
Subjet d'envie et la chasse du diable.

Que s'il desire arrester ses malheurs,
Ainsi que toy, qu'il monstre ses douleurs
Au Medecin et de mort et de vie,

Disant: Mon Dieu, aye pitié de moy;
Donne-moy paix et me retire à toy,
Car mon ame est de trop de maux suivie.


Les Misères de la Femme mariée[450].

Muses, qui chastement passez vostre bel aage
Sans vous assujettir aux loix du mariage,
Sçachant combien la femme y endure de mal,
Favorisez-moy tant que je puisse descrire
Les travaux continus et le cruel martyre
Qui sans fin nous tallonne en ce joug nuptial.

Du soleil tout voyant la lampe journalière
Ne sçauroit remarquer, en faisant sa carrière,
Rien de plus miserable et de plus tourmenté
Que la femme subjette à ces hommes iniques
Qui, depourveuz d'amour, par leurs loix tiraniques,
Se font maistres du corps et de la volonté.

O grand Dieu tout-puissant! si la femme, peu caute[451],
Contre ton sainct vouloir avoit fait quelque faute,
Tu la devois punir d'un moins aigre tourment;
Mais, las! ce n'est pas toy, Dieu remply de clemence,
Qui de tes serviteurs pourchasses la vengeance:
Tout ce malheur nous vient des hommes seulement.

Voyant que l'homme estoit triste, melancolique,
De soy-mesme ennemy, chagrin et fantastique,
Afin de corriger ce mauvais naturel,
Tu luy donnas la femme, en beautez excellente,
Pour fidèle compagne, et non comme servante,
Enchargeant à tous deux un amour mutuel.

O bien heureux accord! ô sacrée alliance!
Present digne des cieux, gracieuse accointance,
Pleine de tout plaisir, de grace et de douceur,
Si l'homme audacieux n'eust, à sa fantaisie,
Changé tes douces loix en dure tyrannie
Ton miel en amertume, et ta paix en rigueur!

A peine maintenant sommes-nous hors d'enfance,
Et n'ayons pas encor du monde cognoissance,
Que vous taschez desjà par dix mille moyens,
Par presens et discours, par des larmes contraintes,
A nous embarasser dedans vos labyrintes,
Vos cruelles prisons, vos dangereux liens.

Et comme l'oiseleur, pour les oiseaux attraire
En ses pipeuses rhets, sçait sa voix contrefaire,
Aussi vous, par escrits cauteleux et rusez,
Faites semblant d'offrir vos bien humbles services
A nous, qui, ne sçachant vos fraudes et malices,
Ne pensons que vos cœurs soient ainsi desguisez.

Nous sommes vostre cœur, nous sommes vos maistresses[452];
Ce ne sont que respects, ce ne sont que caresses;
Le ciel, à vous ouïr, ne vous est rien au pris;
Puis vous sçavez donner quelque anneau, quelque chaisne,
Pour nous reduire après en immortelle gesne.
Ainsi par des appas le poisson se sent pris.

Mais quelle deité ne seroit point surprise
En vous voyant user de si grande feintise?
Et voyant de vos yeux deux fontaines couler,
Qui penseroit, bon Dieu! qu'un si piteux visage,
Avec la cruauté d'un desloyal courage,
Couvassent le poison sous un brave parler?

Ainsi donc, nous laissons la douceur de nos mères,
La maison paternelle, et nos sœurs et nos frères,
Pour à vostre vouloir, pauvrettes, consentir;
Et un seul petit mot promis à la legère
Nous fait vivre à jamais en peine et en misère,
En chagrin et douleur par un tard repentir.

Le jour des nopces vient, jour plein de fascherie,
Bien qu'il soit desguisé de fraude et tromperie,
Borne de nos plaisirs, source de nos tourmens.
Si de bon jugement nos ames sont atteintes,
Nous descouvrons à l'œil que ces liesses feintes
Ne servent en nos maux que de desguisement.

Le son des instrumens, les chansons nompareilles,
Qui d'accords mesurez ravissent les oreilles,
Les chemins tapissez, les habits somptueux,
Les banquets excessifs, la viande excellente,
Semblent representer la boisson mal plaisante,
Où l'on mesle parmy quelque miel gracieux.

Encore maintenant, pour faire un mariage,
On songe seulement aux biens et au lignage,
Sans cognoistre les mœurs et les complexions;
Par ainsi, ce lien trop rigoureux assemble
Deux contraires humeurs à tout jamais ensemble,
Dont viennent puis après mille discensions.

On ne sçauroit penser combien la jeune femme
Endure de tourment et au corps et à l'ame,
Subjette à un vieillard remply de cruauté
Qui jouit à son gré d'une jeunesse telle
Pour ce qu'il la veut faire ou dame ou damoiselle,
Et pour ce qu'il est grand en biens et dignité.

Luy qui avoit coustume auparavant, follastre,
De diverses amours ses jeunes ans esbattre,
Entretenant sa vie en toute oisiveté,
Se sent or' accablé de quelque mal funeste,
Qui, malgré qu'il en ait, dans son lit le moleste,
Assez digne loyer de sa lubricité.

La femme prend le soin d'apprester les viandes
Qui au goust du vieillard seront les plus friandes,
Sans prendre aucun repos ny la nuict ny le jour;
Et luy, se souvenant de sa folle jeunesse,
Si tant soit peu sa femme aucune fois le laisse,
Pense qu'elle luy veut jouer un mauvais tour.

Et lors c'est grand pitié: car l'aspre jalouzie
Tourmente son esprit, le met en frenaisie,
Et chasse loin de luy tout humain sentiment.
Les plus aigres tourmens des ames criminelles
Ne sont pour approcher des peines moins cruelles
Que ceste pauvre femme endure injustement.

Aussi voit-on souvent qu'un homme mal-habille,
Indigne, espouzera quelque femme gentille,
Sage, de rare esprit et de bon jugement,
Mais luy, ne faisant cas de toute sa science
(Comme la cruauté suit tousjours l'ignorance),
L'en traitera plus mal et moins humainement.

Au lieu que si c'estoit un discret personnage,
Qui avec le sçavoir eust de raison l'usage,
Il la rechercheroit et en feroit grand cas,
Se reputant heureux que la grace divine
D'un don si precieux l'auroit estimé digne.
Mais certes un tel homme est bien rare icy-bas.

Si le cynique grec, au milieu d'une ville,
N'en peut trouver un seul entre plus de dix mille,
Tenant en plain midy la lanterne en sa main,
Je pense qu'il faudroit une torche bien claire
En ce temps corrompu, et se pourroit bien faire
Qu'on despendroit le temps et la lumière en vain.

Car vrayment c'est l'esprit et ceste ame divine,
Recognoissant du ciel sa première origine,
Qui fait le vertueux du nom d'homme appeller,
Et non pas celuy-là qui seulement s'arreste
Au corruptible corps, commun à toute beste
Qui vit dessous les eaux, sur la terre ou en l'air.

Il seroit donc besoin de grande prevoyance
Ains que faire un accord d'une telle importance,
Qui ne peut seulement que par mort prendre fin,
Attendu pour certain que ce n'est chose aisée,
A quelque homme que soit une femme espouzée,
De la voir sans ennuy, sans peine et sans chagrin.

S'elle en espouse un jeune, en plaisirs et liesse,
En delices et jeux passera sa jeunesse,
Despendra son argent sans qu'il amasse rien.
Bien que sa femme soit assez gentille et belle,
Si aura-il tousjours quelque amie nouvelle,
Et sera reputé des plus hommes de bien.

Car c'est par ce moyen que l'humaine folie
A du grand Jupiter la puissance establie,
Pour ce que, mesprisant sa Junon aux beaux yeux,
Sans esclaver[453] son cœur sous le joug d'hymenée,
Suivant sa volonté lasche et desordonnée,
Il sema ses amours en mille et mille lieux.

Et quoy! voyons-nous pas qu'ils confessent eux-mesmes,
Si l'on se sent espris de quelque amour extrême,
Pour en estre delivre il se faut marier,
Puis, sans avoir esgard à serment ny promesses,
Faire ensemble l'amour à diverses maistresses,
Et non en un endroit sa volonté fier.

Si c'est quelque pauvre homme, helas! qui pourroit dire
La honte, le mespris, le chagrin, le martyre
Qu'en son pauvre mesnage il luy faut endurer!
Elle seulle entretient sa petite famille,
Eslève ses enfans, les nourrit, les habille,
Contre-gardant son bien pour le faire durer.

Et toutes fois encor l'homme se glorifie
Que c'est par son labeur que la femme est nourrie,
Et qu'il apporte seul ce pain à la maison.
C'est beaucoup d'acquerir, mais plus encor je prise
Quand l'on sçait sagement garder la chose acquise:
L'un despend de fortune, et l'autre de raison.

S'elle en espouze un riche, il faut qu'elle s'attende
D'obeir à l'instant à tout ce qu'il commande,
Sans oser s'enquerir pour quoy c'est qu'il le fait.
Il veut faire le grand, et, superbe, desdaigne
Celle qu'il a choisie pour espouze et compaigne,
En faisant moins de cas que d'un simple valet.

Mais que luy peut servir d'avoir un homme riche,
S'il ne laisse pourtant d'estre villain et chiche?
S'elle ne peut avoir ce qui est de besoin
Pour son petit mesnage? Ou si, vaincu de honte,
Il donne quelque argent, de luy en rendre compte,
Comme une chambrière, il faut qu'elle ait le soin.

Et cependant monsieur, estant en compagnie,
Assez prodiguement ses escus il manie,
Et hors de son logis se donne du bon temps;
Puis, quand il s'en revient, fasché pour quelque affaire,
Sur le sueil de son huis laisse la bonne chère[454].
Sa femme a tous les cris, d'autres le passe-temps.

Il cherche occasion de prendre une querelle,
Qui sera bien souvent pour un bout de chandelle,
Pour un morceau de bois, pour un voirre cassé.
Elle, qui n'en peut mais, porte la folle enchère,
Et sur elle à la fin retombe la colère
Et l'injuste courroux de ce fol insensé.

Ainsi de tous costez la femme est miserable,
Subjette à la mercy de l'homme impitoyable,
Qui luy fait plus de maux qu'on ne peut endurer.
Le captif est plus aise, et le pauvre forçaire
Encor en ses mal heurs et l'un et l'autre espère;
Mais elle doit sans plus à la mort esperer.

Ne s'en faut esbahir, puis qu'eux, pleins de malice,
N'ayans autre raison que leur seulle injustice,
Font et rompent les loix selon leur volonté,
Et, usurpans tous seuls, à tort, la seigneurie
Qui de Dieu nous estoit en commun departie,
Nous ravissent, cruels! la chère liberté.

Je laisse maintenant l'incroyable tristesse
Que ceste pauvre femme endure en sa grossesse;
Le danger où elle est durant l'enfantement,
La charge des enfans, si penible et fascheuse;
Combien pour son mary elle se rend soigneuse,
Dont elle ne reçoit pour loyer que tourment.

Je n'auray jamais fait si je veux entreprendre,
O Muses! par mes vers de donner à entendre
Et nostre affliction et leur grand' cruauté,
Puis, en renouvellant tant de justes complaintes,
J'ay peur que de pitié vos ames soient atteintes,
Voyant que vostre sexe est ainsi maltraicté.