M.DC.VII.
In-8.
Exemplaire punition du violement et assassinat commis par François de La Motte, sieur du dit lieu, et lieutenant de Montestruc, en la garnison de Mets.
Comme ainsi soit que tous crimes soient poursuivis de la vengeance divine, si est-ce que le ravissement et le viol en sont talonnez le plus indefatigablement; la cause en est toute en posture: c'est qu'estant la virginité le miroir où le grand Dieu et les anges se mirent, celui qui, par le traict de quelque force et violence, deshonore et souille un si beau miroüer et pourtraict, incite et excite le grand Dieu et les anges à prendre la raison de sa faute; faute non, mais forfaict, mais horrible crime, mais sacrilége, mais parricide, mais execration abominable et abomination execrable. Et combien qu'ailleurs le grand Dieu marche lentement à la punition du crime, et se contente de s'eclater d'autant plus asprement sur les testes criminelles, reparant par la pesanteur du suplice les delais de la justice trop tardive, si est-ce qu'en ce regard elle ne veut prester à usure, et veut le principal et l'interest presque sur-le-champ. Les escritures, tant sacrées que profanes, ne sont peintes que de ces sanglants discours; la justice n'a les oreilles journellement batues d'autres plaintes, et les roües et potences ne sont accravantées[311] que du poids de ces charongnes. Mais ce qui rend ce crime de violement plus detestable, c'est qu'il met le criminel tellement au delà de toute crainte de Dieu et de tous mouvemens et ressentimens d'humanité, qu'il veut laver sa faute avec des crimes plus enormes et detestables. Voilà comme, voulant fuir la justice, il s'y presente; voulant enterrer sa faute, il la faict saillir en lumière, et, la voulant supprimer, il la fait parler et crier plus haut vengeance au ciel. Il n'est icy question de fouiller les escrits anciens ou modernes pour preuve, veu qu'il ne faut que les rues et carrefours de Paris pour en faire la leçon aux plus ignorans et grossiers. Aussi ne veux-je toucher qu'un seul de ces forfaicts, perpetré à Mets en Lorraine, et chastié à Paris devant la Croix du Tirouer[312] le 5 decembre 1607[313].
Il y avoit un capitaine de la citadelle de Mets, homme preux et vaillant de sa personne, qui, durant ces dernières guerres, avoit acquis beaucoup de preuves de sa valeur; mais plus valeureux eust-il esté cent mille fois s'il eut recongneu et bien entendu que la valeur des valeurs est celle par laquelle nous emportons la victoire sur nous-mesmes et nos affections, et non pas sur les autres et sur les places fortes. Comme aussi vrayement n'y a-il de plus glorieux trophées que ceux que, sans le secours d'autres, nous erigeons nous-mesmes de nous-mesmes, et à la gloire desquels autre ne peut avoir part que nous-mesmes. Ce capitaine, jettant et tournant les yeux (esveillez et hardis) sur les beaux objets et rencontres que la fortune luy presentoit, allant par la rüe, avisa une fille d'âge encore tendre et d'honeste maison, mais de taille relevée, et où la grace et la beauté disputoyent ensemble pour l'honneur et le prix. Aussi ne croi-je que jamais estocade luy porta plus dangereuse playe dans le corps que la grace de ceste jeune beauté dedans l'ame. Aussi est-il retourné de toute autre, mais en celle-cy il y est demouré pour les gages. Il fust donc vaincu de l'amour que la beauté de ceste jeune fille lui coula dedans l'ame. Je redoute d'appeller amour dont est sorty un acte de haine si detestable, et d'appeler amant celuy qui a faict tel traictement à la personne aimée.
Tant il y a que, l'esclair de ceste beauté luy avant penetré dedans l'ame, il soubmist incontinent sa raison à ses sens, et sans coup destourner ni ferir se donna en proye à ses salles appetits. Miserable! que de prendre la loy de ceux qui la debvoyent recevoir de lui que de s'abaisser aux pieds de tels maistres et tirans, suivre des aveugles pour guides, et de se laisser commander de ceux qu'il debvoit severement gourmander. Mais c'est un grand plaisir aux mal-heureux que de se plaire en leurs mal'-heurs, et de n'accuser pour cause de leurs mal'-heurs qu'eux-mesmes.
Ce pauvre mal-heureux donc, cognoissant que ce tyran d'amour s'estoit saisi du fort de son cœur, et qu'il y commandoit à baguette, et n'ayant jamais trouvé parmy les rencontres de la guerre place si bien gardée et de si difficile accès et approche que ceste beauté, se resolut de la marchander au prix de sa reputation, et l'achepter au peril de sa vie et fortune, la payer de l'usufruict d'icelle et en recevoir l'acquit des sanglantes mains d'un executeur de justice. Ha! que l'ombre du plaisir est grande, et ce qu'il a de corps et de solidité petit! Mais que la fin et commencement des plaisirs font une estrange Heraclite et Democrite l'un vers l'autre! Il s'accosta pour surgir au port de ses desirs d'une maquerelle, laquelle lui promet, quoy qu'il couste, de faire choir le gibier dans ses filets. Pleust à Dieu que par les royaumes et provinces il y eut de bons limiers pour courir, eventer et lever ces pestes des monarchies, villes et citez, et que, les forests estant suffisantes pour leur faire un bucher, un bras justicier mist le feu au dedans et resjouït les cieux de l'odeur de si belles fumées!
Mais quoy! le mestier en est trop commun! plusieurs en auroient trop chaud en leur pourpoinct, et puis le bois seroit trop ardamment recueilli en France.
Quoy qu'il en soit, ce capitaine, sans l'achoison[314] de ceste peste, verroit encor sa vie et sa valeur debout; ceste jeune et tendre pucelle, sa vie et son honneur; et ses parens, leur joye, support et contentement.
Ceste vieille donc (peste de la jeunesse) avisa ceste fille qui marchandoit des bouquets, et, voyant qu'elle ne se trouvoit d'accord avec la jardinière, lui dist: Ma fille, venez avecques moy, et je vous en monstreray de plus beaux, et de plus belles fleurs, à plus raisonnable prix. Ce jeune tendron, portée de son jeune desir, et conduite de sa simplesse, se met à la suite de la vieille, comme un chevreuil qui, sous la conduite du boucher, va droit à la boucherie. Helas! nous voyons bien le commencement des chemins que nous prenons, mais nous n'en descouvrons pas les progrès et l'avancement, et moins encor la fin. Ceste pauvrette s'en va pour trouver quelques bouquets et fleurettes, et ne pense pas qu'elle va perdre (sou la cruauté d'un bouc et vrayement boucquin) le bouquet des bouquets et la reine des fleurs, qui est la rose de sa virginité, voires mesmes sa propre vie.
Elle ne fust donc si tost entrée en la maison de ce capitaine, que ce fust de tirer les portes après elle, et d'elle extorquer par force ce que par voye de consentement et d'honneur l'on ne pouvait impetrer. Icy donc la simplesse fut opprimée par la malice, la trop legère creance par le mensonge, et la foible pudicité par les efforts ravisseurs de la lubricité.
Ce miserable donc tient et entretient quelques jours ceste fille en sa chambre comme esclave, à ses contentemens debordez, et le subjet et l'object de ses plaisirs non moins desreglez qu'aveuglez. Les parens cependant font de tous costez recherches de leur enfant, et la justice, importunée de leurs plaintes, faict assemblée de ceux sur qui pouvoit tomber le soupçon du crime. Commandemens sur prières, menaces sur commandemens, à quiconque la tient ou en entend parler, de l'enseigner ou de la remettre entre les mains des parens. Ce coupable, qui estoit present en l'assemblée, à qui toutes les paroles du juge sembloyent des coups de tonnerres, toutes ses œillades des eclairs poignans comme estocades, et tous ses commandemens et menaces des foudres qui canonnoient, tronçonnoient et fouldroioient en sa conscience, rapporte de ceste assemblée mille craintes, terreurs et mortelles frayeurs à la maison. Seroit-ce pas, dit-il, maintenant que la bonté divine seroit en mon regard parvenue au dernier periode de sa patience? Sens-je pas les coupables remors qui remuent mesnage et pincettent cruellement ma conscience? Vois-je pas l'espée, non de Denis[315], mais d'un cruel executeur, qui pend, attachée d'un simple fil, dessus moy, et menace ma criminelle teste? Quoy! faudra-il que je serve de spectacle à tout le monde sur un eschafaut, et qu'un glaive public limite et abrége honteusement le terme de mes jours? Ay-je esté tant et tant de fois prodigue de ma vie, en tant de dangereuses rencontres, pour estre finalement reservé à ceste honteuse mort? Que ne me rend la fortune les hazards des alarmes où je me suis tant de fois trouvé pour m'y faire ouvrir l'estomac d'un beau coup de picque au travers des entrailles! Que ne me fait le ciel plouvoir et gresler des milions de pruneaux et dragées sur la teste, pour perdre en mes armes une vie glorieuse, plustost que souffrir une mort si vergongneuse[316]!
Mais que dis-je? où suis-je? Y a-il pas moyen d'esviter ce coup? Suis-je desjà entre les bras de la justice, laquelle peut-estre ne pense à autre chose qu'à me punir? Y a-il pas moyen de derober ce faict à sa cognoissance, et quant et quant me delivrer de sa puissance?
Comme il estoit en ces altères[317], l'ennemy de nature, qui faict que les meschancetez servent aux meschants de degrez à plus grandes meschancetez, et qui, par les crimes execrables, leur en fraye le chemin, coula ce propos et ceste resolution en sa pensée: Que penses-tu faire? Que servent tant de plaintes et deliberations? Ne voy-tu pas que les premiers actes de ceste tragedie sont jouez? La beste est prise, tu en as faict curée et en as assouvi tes appetits; reste seulement la catastrophe. Estrangle donc celle qui te tient en peine; et, celant ton faict, tire-toy d'inquietude et tourmens. Toute asseurance est perdue si tu ne trouves ta vie en sa mort, et si sa ruine ne te sert d'ancre de salut.
Le miserable remache et embrasse aussitost ce meschant conseil, non toutes fois sans se sentir merveilleusement esbranlé de ces raisons au contraire: Quoy! de la Motte, pourras-tu concevoir une haine si mortelle contre celle qui, par le rapt de sa virginité, a commencé à t'aimer, et qui, par la perte de sa fleur, s'est domestiquée[318] en ton amour? Hé! ne vois-tu pas que ces bourasques et tempestes t'emportent d'abisme en abisme et de Scille en Caribde! Veux-tu joindre à ce rapt, à cet inceste, à ce sacrilége abominable, un homicide, un meurtre, un parricide execrable? Veux-tu amasser le vol sur le viol, et te rendre voleur de sa vie aussi bien que violateur de sa pudicité? Quoy! faut-il que les lacs de tes bras, dont tu te pendois à son col, soyent maintenant deguisez en etoufans licols? Veux-tu changer tes embrassemens en estranglemens, tes mignardises en cruautez, et ces mots de: Mon cœur et ma vie! en ces termes: Meurs! meurs! il faut mourir? Pourras-tu respondre d'une mine farouche et furieuse à ceste face aprivoisée par le temps, et maintenant si gracieuse? Souffriras-tu d'un œil renfrongné ceste œillade, laquelle dissipoit tes ennuis et mettait la joye et l'allegresse en ton ame?—Que feray-je (repliquoit à soy-mesme), et quel moyen de cacher ma faute aux hommes?—Miserable! penses-tu la cacher à celuy qui tout oït et tout voit? Mais penses-tu de te cacher à toy-mesme, et de faire que tu ne te trouves chez toy-mesme pour insupportable fardeau de la terre?—Mais il ne m'en chaud[319], pourveu que je puisse eviter la mort.—Si ne saurois-tu pourtant eviter les remords, qui te forgeront tous les jours mille espèces de mort en l'ame. Et puis penses-tu que la patience divine tiendra tousjours la main au sein, et que sa vengeance ne suive à la trace cette insupportable cruauté? Ces discours et raisons commençoyent à le fleschir, lorsque quelqu'un, frappant à la porte, luy mist telle frayeur en l'ame et telle apprehension de la justice, que sans plus grand delay il estrangle ceste pauvre fille en son estable, et la fait mettre dans une valise et porter par son serviteur (appelé Houppart) dans la rivière. Ce forfaict fut quelques mois incongnu; mais ce qui le mist en evidence, ce fut un autre viol que le dit de la Motte fist en la personne de Nicolle Martel, fille de Claude Martel, soldat de la citadelle de Mets, lequel en fist sa requeste et sa plainte à M. d'Arquien, lieutenant pour Sa Majesté en la dite garnison. M. d'Arquien renvoye la cause devant M. de Selve, president de la ville de Mets, qui, ayant fait informer contre Louyse de la Villette, maquerelle, et accusée de l'avoir vendue au dit de la Motte, il feit emprisonner le dit sieur de la Motte, lequel recusant M. de Selve pour son juge, la cause en fut evoquée devant M. de Poisisse, par lequel, finalement, toutes informations et justifications faictes de part et d'autre, et la question donnée à la dite Louyse de la Villette et à Claudine et Houppart, serviteur et servante du dit de la Motte, il fut sceu et confessé que le dit de la Motte avoit fait estrangler ceste innocente fille du ministre de Combes et defloré la dite Louyse Martel. Occasion pourquoy le dit de la Motte receut l'arrest de sa mort au fort l'Evesque, à Paris, et fut condamné d'avoir la teste tranchée, et Claudine et Houppart, ses serviteur et servante, condamnez estre pendus; lesquels furent executez devant la Croix du Tirouer.
Que peut servir au dit de la Motte d'avoir voulu receler son fait aux hommes et d'avoir voulu monstrer sa ferocité lors que l'on le vouloit lier pour le mener au suplice? Car il fust atterré par quatre crocheteurs dans la prison, et chargé à force sur le chariot et conduit sur l'echafaut, où, après avoir differé son supplice le plus qu'il pouvoit, et attendu en vain sa grace du roy, qu'il pensoit obtenir par le moyen de la royne Marguerite[320], la grace que le roy lui feist fust qu'il auroit la teste tranchée et recevroit le digne salaire de sa meschanceté. Sur quoy un chacun peut recognoistre que l'homme ne se doit de la sorte precipiter à ses sensualitez, et que là où la crainte de Dieu et des hommes ne l'en destourneroit, la crainte du supplice doit pour le moins estre suffisante pour l'en destourner.
M.DC.XXIIII[321]. In-8.
Un jour que mon humeur me rendoit solitaire,
Tout pensif et songeard, contre mon ordinaire,
Pour m'esgayer un peu et pour passer le temps,
Je me deliberay d'aller jouer aux champs.
Mais comme je sortois des portes de la ville,
Je regarde venir devers moy une fille
Toute nuë de corps, de qui les cheveux blonds
Voletans descendoient jusques sur les talons,
Changeante à tout moment la couleur de sa face,
Et toutes fois tousjours avoit fort bonne grace.
Dans une de ses mains elle avoit un ciseau,
Et dans l'autre portoit un taffetas fort beau,
Afin de s'en vestir; mais pour estre plus belle
Elle sembloit chercher une forme nouvelle[322].
Enfin, comme je vis qu'elle approchoit de moy,
Je luy dis, tout surprins de merveille et d'esmoy:
A voir vostre façon et vostre beau visage,
Je croy que vous soyez de divin parentage;
Vos yeux monstrent assez vostre divinité,
Et que vous ne tenez rien de l'humanité;
Mais sans passer le jour à plus long-temps m'enquerre
Si vous estes des cieux ou fille de la terre,
Au nom de Jupiter, dites-moy vostre nom,
Que je fasse partout voler vostre renom.
Elle, jettant sur moy une œillade divine,
Tire ce long discours du fond de sa poitrine:
Je ne desire pas me faire des autels;
Je ne suis que par trop cognuë des mortels;
Je ne te cherche pas pour me faire paroistre:
Ma force et ma vertu me font assez cognoistre.
Toutes fois, je veux bien, puis que c'est ton plaisir,
Te disant qui je suis, contenter ton desir.
Je suis (comme tu dis) de la divine essence,
Mère du Changement, et fille d'Inconstance.
Jupin, Mars, Apollon, et le reste des dieux
Qui ont commandement dedans l'enclos des cieux,
N'ont pas tant de pouvoir en ceste terre ronde,
Certainement, qu'en a mon humeur vagabonde.
Je fais tous les humains sous mes loix se ranger,
Mais les François premier, qui ayment le changer;
Les François, qui leur nom ont rendu redoutable
Dedans tous les cantons de la terre habitable,
Viennent s'assubjetir à mon commandement,
Aimans, comme je fais, beaucoup le changement.
En leur langue commune ils me nomment la Mode:
Car ainsi que je veux les hommes j'accommode.
Je leur ay fait porter, pour commencer au corps,
La moustache pendante[323] et les cheveux retors.
La France, en ce temps-là, s'estant accoustumée
Aux façons des bourgeois de la terre Idumée[324].
Après, j'ay faict couper ces cheveux qui pendoient
Et jusques au milieu de leur dos descendoient,
Et avec le trenchant mis bas leur chevelure,
Qui peu auparavant leur servoit de parure.
Mille fois j'ay changé le blondissant coton
Que l'avril de leurs ans leur fait croistre au menton;
Fait leur barbe tantost longue, tantost fourchuë,
Tantost large; à present on la prise pointuë[325];
C'est celle maintenant dont plus de cas on fait,
Qui ne la porte ainsi n'est pas homme bien fait;
Non plus que l'on ne peut estre de bonne grace
Si l'on n'a aux sourcils relevé la moustasse[326];
Moustasse qu'on avoit jadis accoustumé
Porter rase, qui lors vouloit estre estimé.
Mais venons aux habits desquels leurs corps je couvre,
Où mon authorité encor mieux se descouvre.
Quelle nouvelleté n'ont souffert les chappeaux!
Combien leur ay-je fait de changemens nouveaux[327]!
Je leur ay fait donner la façon albanoise,
Qui a pour quelque temps eu le nom de françoise,
Puis je les ay fait plats avec un large bord.
Ceste façon plaisoit aussi bien à l'abord;
Mais elle a maintenant perdu toute sa grace;
On n'en fait plus d'estat, une autre a prins sa place,
Qui a la teste ronde avec les bords estroits,
Et semble mieux turban que chappeau de François;
Et comme le chappeau de façon renouvelle,
Fais-je pas au cordon une forme nouvelle?
Ne l'ai-je pas fait gros et puis après petit?
Tantost plat, tantost rond, selon mon appetit?
Je serois trop longtemps si je voulois te dire
Combien je fais par là ma puissance reluire.
Depuis deux ou trois ans seulement, les cordons
Ayans plus de vingt fois rechangé de façons,
Je leur ay pour un temps mis des boucles dorées;
Personne n'en a plus, on les a retirées;
Je les fais maintenant moitié d'un crespe fin
Bouffant en quatre plis, et moitié de satin.
Naguères l'on n'osoit hanter les damoiselles
Que l'on n'eust le colet bien garny de dentelles;
Maintenant on se rit et moque de ceux-là
Qui desirent encor paroistre avec cela.
Les fraizes et colets à bord sont en usage.
Sans faire mention de tout ce dentellage,
J'observe tout le mesme à l'endroit des rebras[328],
Les quels j'ay fait porter tantost haut, tantost bas,
Tantost pleins de dentelle, et quand je veux j'y prise
Avec le point couppé[329] l'ouvrage de Venise.
Mais ces braves rebras ont perdu leurs beautez;
Ceux a bords maintenant sont les plus usitez.
A leurs pourpoints je fais tousjours nouvelle forme:
Ce qui plaisoit hier aujourd'huy est difforme.
Je les ay fait porter larges, longs, courts, estroits,
Je les ay fait changer de colet mille fois,
Tantost façon de dents, maintenant de rondace[330];
La nouvelle tousjours est de meilleure grace.
J'ay fait les aillerons larges d'un demy-pié,
Mesmes souvent pendans du bras jusqu'à moitié.
Pour un temps l'esguillette y a esté prisée,
Qui maintenant n'y sert de rien que de risée.
Les aillerons estroits sont les plus estimez.
Les busques ne sont plus comme jadis aymez.
Avec quoy l'on avoit accoustumé paroistre,
Les plus estroits pourpoints sont ceux qui sont en estre.
J'ay avec le trenchant decouppé leur satin
Pour monstrer le taftas bleu ou incarnadin
Qu'ils font mettre dessous ceste large taillure,
Qui est, à vray parler, vanité toute pure[331];
Encor cela est-il peu prisé si l'on n'a
Le satin verd aux gans ou velours incarna,
Ou bien de franges d'or une paire bordée[332]
Qui porte sur le bras une demy-coudée.
Pour se ceindre l'on a quitté le taffetas;
Personne maintenant n'en fait guère de cas,
Si ce n'est un qui porte une longue sutenne[333]
Qui soit ou de damas ou de velours de Genne:
Car les ceinturons seuls maintenant sont receus
Qui sont en broderie ou de soye tisseus.
Je ne pense non plus que maintenant on puisse
Paroistre avec la chausse estroitte ou à la suisse[334],
Ou bien toute bouffante à l'entour de gros plis,
De crains sous la doublure, ou de coton remplis[335],
Aussi c'est estre fol que de penser paroistre
Vestu d'une façon qui a perdu son estre;
Il faut s'accommoder ainsi comme l'on fait,
Refaire ses habits comme l'on les refait,
Changer d'accoustrement aussitost que j'allume
Dans les cœurs le desir de changer de costume:
Car qui porte la chausse, encor que de velours,
Qui n'est froncée en haut et dessus les genoux,
Qui n'a de gros boutons aux costez une voye,
Ou de rang cinq ou six grands passemens de soye,
Appreste grand subject de rire à haute voix
A ceux qui vont suivant mes inconstantes loix;
On le monstre du doigt, quand mesmes en science
Il seroit estimé des premiers de la France,
Ainsi qu'un qui voudroit en la sale d'un grand
Avec un bas de drap tenir le premier rang,
Ou bien qui oseroit avec un bas d'estame
En quelque bal public caresser une dame[336]:
Car il faut maintenant, qui veut se faire voir,
Aux jambes aussi bien qu'ailleurs la soye avoir,
Et de large taftas la jartière parée
Aux bouts de demy-pied de dentelle dorée[337],
N'avoir pas les souliers camus comme autrefois[338],
Ny plats, à la façon des lourdauts villageois;
Il les faut façonner d'une juste mesure,
Le talon eslevé et plein de decouppure.
Qui les porte autrement, il entendra tout haut
Que quelque courtisan l'appellera maraut;
Comme qui trop hardy voudroit hanter le Louvre
N'ayant pas sur le pied une rose qui couvre
La moitié du soulier[339], ou qui en porte encor
Qu'il n'y ait à l'entour de la dentelle d'or.
Mais quiconque, d'honneur desireux, a envie
Au modelle de court de conformer sa vie,
Il ne faut pas tousjours estre chaussé ainsi;
Il faut qu'il ait souvent la botte de Roussy[340],
Et l'esperon aux pieds, encore qu'il ne pense
Que de passer le jour à l'entour d'une dense;
Qu'il ait tousjours le dos d'une escharpe couvert
De taftas de couleur incarnat, bleu et vert,
Ou d'autre qu'il verra plus propre à sa vesture,
Aux deux bords enrichy d'or ou bien d'argenture,
Qui pende pour le moins sur le manteau d'un pié,
Et couvre du colet une grande moitié;
Qu'il ait sur le costé pendant un cimeterre[341],
Comme portoient jadis les Perses à la guerre,
Court, mais de bonne trempe, inutil toutes fois
Aux batailles que font maintenant les François;
La garde faite en croix ou en forme aquileine,
Toute luisante d'or ou d'esmail toute pleine;
Qu'il ait le manteau court, car d'en porter de longs,
Comme anciennement, qui battent les talons,
L'usage en est perdu, si ce n'est quelque prestre
Sage en théologie ou qui soit ès arts maistre,
Ou quelque conseiller, ou quelque president,
Ou un qui s'enrichit au Palais en plaidant:
Car sans risquer l'honneur ceste mode est permise
Aux hommes seulement de justice ou d'eglise,
Qui ne vont pas s'ils n'ont la sutenne dessous,
Qui leur pende beaucoup plus bas que les genous;
Qu'il l'ait, dis-je, si court que sa longueur ne puisse
Que couvrir tout au plus la moitié de la cuisse,
Doublé tout à l'entour d'un velours cramoisy
Ou d'autre qu'il aura chez un marchand choisy:
Car par trop à present du taftas on abuse,
Et chacun pour doublure à son manteau en use.
Le bourgeois, cy-devant, allant à un festin,
Avoit sur le manteau deux bandes de satin;
Mais maintenant il faut, s'il veut estre honneste homme.
L'avoir plein de taftas comme le gentilhomme;
Pourquoy d'hanter la cour qui fait profession
Que l'on ne voit jamais manquer d'invention
Pour passer en beauté d'habits la populace.
Qui veut des courtisans tousjours suivre la trace,
Il lui faut le velours, et sur nostre orizon,
Quand revient à son tour l'estivale saison,
Il luy faut, pour servir de legère vesture,
De simple taffetas un manteau sans doublure;
Et s'il est quelque fois de chasser desireux,
Le cerf viste courant, ou le lièvre peureux,
Ou bien le loup, terreur de la rustique race,
L'escarlatte est l'habit ordinaire de chasse,
Aucune fois de court, pourveu qu'il soit paré
De trois ou quatre rangs de passement doré.
Mais mon pouvoir s'estend encor plus sur les femmes,
Soit bourgeoises ou bien damoiselles ou dames:
C'est moy seule qui fais leurs tresses et cheveux
Noüez, poudrez, frisez ainsi comme je veux:
Une dame ne peut jamais estre prisée
Si sa perruque n'est mignonnement frizée,
Si elle n'a son chef de poudre parfumé[342]
Et un millier de nœuds, qui çà, qui là semé
Par quatre, cinq ou six rangs, ou bien davantage,
Comme sa chevelure a plus ou moins d'estage,
Et qui n'a les cheveux aussi longs qu'il les faut;
Elle peut aisement reparer ce deffaut:
Il ne faut qu'acheter une perruque neuve[343];
Qui a de quoy payer facilement en treuve;
Mais c'est là la façon des dames: le soucy
Des bourgeoises n'est pas de se coiffer ainsi;
Leur soin est de chercher un velours par figure[344]
Ou un velours rosé qui serve de doublure
Aux chaperons de drapt que tousjours elles ont,
Et de bien ageancer le moule sur le front,
Luy face aux deux costez de mesure pareille
Lever la chevelure au dessus de l'oreille.
Aux dames je fais cas d'un visage fardé:
A la court aujourd'huy c'est le plus regardé,
Car, quand bien elle auroit une fort belle face,
Si elle n'est pas fardée elle n'a pas de grace,
Et principalement le doit-elle estre alors
Que la ride commence à luy siller le corps,
Et que de jour en jour une blanche argenture
Va se peslemeslant dedans sa chevelure:
Car c'est alors qu'il faut faire mentir le temps
Pour se faire honnorer comme en ses jeunes ans;
C'est lors qu'il est besoin se servir d'artifices
Afin de rabiller les ordinaires vices
Que la triste vieillesse ameine pour recors
Aussi tost qu'elle vient se saisir de nos corps.
Aussi faut-il, durant le temps de son jeune aage
Soigneusement garder le teint de son visage;
Il faut tousjours avoir le masque[345] sur les yeux,
De peur que peu à peu le clair flambeau des cieux
De ses traits eslancez ne bazanne la face,
Où de la femme gist la principalle grace:
Car ny les longs cheveux de son chef blondissant,
Ni de son large sein le tetin bondissant,
Ny les luisans esclairs de sa plaisante veüe
Ny son gentil maintien, ny sa forme meneüe,
Ne peuvent pas la rendre excellente en beauté
Si elle a sur le front de la difformité.
Mais je veux maintenant te dire en quelle sorte
Une galante femme en habits se comporte:
Il luy faut des carquans, chaisnes et bracelets,
Diamans, affiquets[346] et montans de colets,
Pour charger un mulet, et voires davantage,
Dont on pourroit avoir aisement un village;
Et telle bien souvent porte ces ornemens
Qui n'aura pas cinq sols de rente tous les ans.
Encor cela est-il aux dames tolerable;
Mais la bourgeoise fait maintenant le semblable,
Qui ose bien porter des diamans au doigt
Qui cousteront cent francs, que peut-estre elle doit,
Et ayme mieux payer tous les ans une rente
Que n'avoir pas au col une chaisne pendante,
Qu'elle acheptera plus beaucoup que ne vaut pas
Ce que luy a laissé son père à son trespas.
Encore n'est-ce rien si elle n'a sur elle
Coliers et bracelets comme la damoiselle,
Et ne porte cent mille autres tels ornemens,
Toy-mesme tu peux bien cognoistre si je mens,
Qui ne sont en effect qu'une vaine despence,
Qui donne clairement preuve de ma puissance.
Et quand bien elle aura cela, ce n'est pas tout:
Sa vaine ambition n'est pas encore au bout;
Il luy faut des rabas de la sorte que celles
Qui sont de cinq ou six villages damoiselles,
Cinq colets de dentelle haute de demy-pié[347],
L'un sur l'autre montez, qui ne vont qu'à moitié
De celuy de dessus, car elle n'est pas leste
Si le premier ne passe une paulme la teste;
Elle a pour ses rabas ses fraizes eschangé,
Dont elle avoit jadis tousjours le col chargé
Quand elle desiroit avoir belle apparence,
Ou à quelque festin, ou bien à quelque dance;
Et lors il n'y avoit que celles qui estoient
D'une condition honneste qui portoient
Deux colets joincts ensemble avec doubles dentelles,
Et les estimoit-on à demy damoiselles.
L'on ne parloit alors sinon de celles-là
Qui avoient à l'entour du col ces colets-là.
Les voilà maintenant laissez aux artisannes,
Et je croy que bien tost aux pauvres paysannes
La volonté viendra de s'en servir aussi,
Et d'en couvrir leur col de halle tout noircy.
La femme du bourgeois, qui aime l'inconstance
Pour le moins tout autant que la dame de France,
Pour se couvrir le sein la façon a appris
D'user de points couppez ou ouvrages de pris,
Et non d'avoir le haut de la robe fermée
Comme elle avoit jadis de faire accoustumée,
Et comme font encor beaucoup de nations,
Où je ne fais pas tant qu'icy d'inventions;
Mais les dames, au moins pour la pluspart, n'ont cure
D'avoir en cest endroit aucune couverture:
Elles aiment bien mieux avoir le sein ouvert
Et plus de la moitié du tetin descouvert[348].
Elles aiment bien mieux de leur blanche poitrine
Faire paroistre à nud la candeur albastrine,
D'où elles tirent plus de traits luxurieux
Cent et cent mille fois qu'elles ne font des yeux.
Des rebras enrichis d'une haute dentelle,
La bourgeoise s'en sert comme la damoiselle;
Mais ceux qui ne vont point jusqu'à moitié du bras
De la dame de court bien venus ne sont pas.
Aux robes le taftas a perdu son usage
Envers celles qui sont de noble parentage.
Il leur faut le satin ou velours figuré,
Autour des aislerons[349] force bouton doré[350],
La manche detaillée à grande chiquetade;
Le taftas seulement sert dessous de parade,
Voires le plus souvent les robes de satin
Qui sont de couleur rouge ou bien d'incarnadin
Des damoiselles sont les plus chères tenues,
Et dont journellement on les voit revestues.
La robe de taftas a prins d'ailleurs son cours:
La bourgeoise s'en sert maintenant tous les jours;
Encore, quand il est question d'être leste
A quelque mariage ou bien à quelque feste,
Elle ose bien porter la robe de damas,
Qui pour se faire voir n'aguères n'avoit pas
Rien que robes de drap, ou bien robes de sarges,
Avec queuë par bas pendante et manches larges:
Car aux robes alors hautes manches portoient
Seulement celles qui de noble race estoient;
Mesmes lors le burail[351] estoit très rare chose,
Et le turc camelot, dont la bourgeoise n'ose
En faire maintenant sa robe seulement
Qui de son coffre soit le pire habillement.
Le grand vertugadin[352] est commun aux Françoises,
Dont usent maintenant librement les bourgeoises,
Tout de mesme que font les dames, si ce n'est
Qu'avec un plus petit la bourgeoise paroist:
Car une dame n'est pas bien accommodée
Si son vertugadin n'est large une coudée.
Les cottes de taftas ont beaucoup de credit;
La bourgeoise s'en sert, sans aucun contredit,
Aussi communement qu'elle faisoit naguère
De drap et camelot, son estoffe ordinaire:
Car jadis celles qui damoiselles n'estoient
Aux cottes ny taftas ny damas ne portoient.
Le burail estoit lors l'estoffe plus commune
A celles qui avoient à leur gré la fortune;
Mais desjà, quand je dis commune, je n'entends
Dire l'estoffe dont elle usoit en tout temps.
Non, ce n'est pas ainsi comme je le veux prendre,
C'est mon intention autrement de l'entendre:
Je dis les cotillons qui plus en vogue estoient,
Et lesquels seulement les plus riches portoient,
Au lieu du taffetas dont à present chacune,
Soit qu'elle ait favorable ou contraire fortune,
Orgueilleuse se sert, enrichy bravement,
A l'entour, de six rangs de large passement,
Voire, mais du damas que j'avois en mon ame
Designé de garder pour l'habit de la dame,
Qui est contrainte avoir la robe de velours,
Et d'autres de damas et de taftas dessous,
Des bourgeoises en ce seulement dissemblable,
Jaçoit bien qu'elle porte une estoffe semblable,
Pour une cotte qu'a la femme du bourgeois,
La dame en a sur soy l'une sur l'autre trois,
Que toutes elle fait esgalement paroistre,
Et par là se fait plus que bourgeoise cognoistre.
A leur bas l'une et l'autre aime fort l'incarna,
La bourgeoise l'estame, et si la dame n'a
Sur les jambes la soye, elle n'est pas parée,
Bien qu'au reste elle fust richement accoustrée.
Les bourgeoises non plus que les dames ne vont
Nulle part maintenant qu'avec souliers à pont[353]
Qui aye aux deux costez une longue ouverture
Pour faire voir leurs bas, et dessus, pour parure,
Un beau cordon de soye, en nœuds d'amour lié,
Qui couvre du soulier presques une moitié.
Tout ordinairement prennent les damoiselles
L'echarpe de taftas pour paroistre plus belles;
La bourgeoise s'en sert tant seulement aux champs,
Soit hiver, soit esté, soit automne ou printemps;
Mesmes quand elle va dedans quelque village,
D'un masque elle ose bien se couvrir le visage,
Mais que fais-je? j'oublie à dire le plus beau:
Mets-je pas sur le dos des dames le manteau
Tout fourré par dedans, quand la froide gelée
Arreste les sillons de la liqueur salée?
Ne fay-je pas aussi les enfans des bourgeois
Aussi braves que ceux des princes et des rois,
Chargez de carquans d'or, et autour de leurs testes,
Pleins d'ornemens perleux qu'ils nomment serre-testes[354],
Avec accoustremens du moins de taffetas,
Bien souvent de velours ou d'un riche damas?
Leur fay-je pas tousjours pendre au bas des aureilles
Quelques perles de prix ou bien choses pareilles?
La chaisne d'or au col[355], aux mains les bracelets,
Au doigt les diamans, au front les affiquets,
Et autres tels fatras qui valent davantage
Que tout le revenu du bien de leur mesnage;
Mais je ne monstre pas seulement ma vertu
Aux façons des habits dont on est revestu:
C'est moy seule qui fais desguiser leur parole.
On a beau consommer tout son temps à l'ecolle,
Il faut, quiconque veut estre mignon de court,
Gouverner son langage à la mode qui court;
Qui ne prononce pas il diset, chouse, vandre,
Parest, contantemans[356], fut-il un Alexandre,
S'il hante quelquefois avec un courtisan,
Sans doute qu'on dira que c'est un paysan,
Et qui veut se servir du françois ordinaire,
Quand il voudra parler sera contraint se taire.
Qui peut trouver un mot qui n'est pas usité
Est attentivement de chacun escouté,
Et celuy qui peut mieux desguiser son langage
Est aujourd'huy partout estimé le plus sage,
Encore qu'il ne soit autre qu'un jeune sot,
Qui de latin ny grec n'ait veu jamais un mot,
Qui n'ait jamais rien fait que tenir des requestes,
Hanter les cabarets et faire force debtes.
Et si quelqu'un prononce ainsi comme il escript,
Quand de France il seroit le plus galand esprit,
Qui auroit employé sa jeunesse à apprendre,
Sans s'exercer à rien dont on l'ait peu reprendre,
Il sera bafoüé de quelque jeune veau
Qui ne prisera rien que ce qui est nouveau.
Bref, il faut observer, qui veut paroistre en France,
Au parler aussi bien qu'aux habits l'inconstance.
Mais pendant que je vay discourant avec toy,
La court pour mon absence est en un grand esmoy.
A Dieu! je m'en vay voir s'il faut que je reforme
Quelque chose aux habits qui paroisse difforme;
Je voy les courtisans desjà las de porter
Les façons que je viens de te representer.
Les passemens dorez reviendront en lumière;
Je m'en vay les remettre en leur vogue première.
Les marchands se faschoient de voir si longuement
Demeurer dans leur coffre un si beau passement:
Il faut les contenter, et que ceste richesse
Serve de parement à toute la noblesse.
Si tost que ceste dame eust cessé de parler,
Soudain s'esvanouit comme fait un esclair,
Et moy, tout estonné, plus longtemps ne sejourne;
Mais dedans ma maison soudain je m'en retourne,
Jugeant bien à par moy que c'estoit verité
De ce qu'elle m'avoit jusqu'icy recité[357].