Au surplus, un asne bien faict,
Bien membru, bien gras, bien refaict;
Un asne doux et debonnaire.
Qui n'avoit rien de l'ordinaire,
Mais qui sentoit avec raison
Son asne de bonne maison.
99: Cette pièce est de la fin de l'année 1620, comme nous le prouverons dans les notes.
100: C'est encore la Massette de la 13e satire de Régnier:
La fameuse Macette, à la cour si connue,
Qui s'est aux lieux d'honneur en credit maintenue...
101: V. une note de notre édition du Roman bourgeois, p. 222-223, sur la situation de ce puits banal au mont Saint-Hilaire.
102: Il étoit très loin du Puits-Certain, à l'extrémité de la rue Frépillon. On en retrouve un souvenir dans le nom du cul-de-sac de Rome, qui dépend de la même rue. Une vieille enseigne placée près de la rue des Gravilliers représente encorece puits de Rome.
103: Les carrières servoient, en effet, de refuges aux filles, alors nombreuses dans le faubourg Montmartre, et surtout dans le faubourg Saint-Jacques. Le nom argotique de pierreuses leur en étoit venu. Dès le XVIe siècle, les mauvais garçons s'étoient donné les mêmes repaires. V. notre brochure les Lanternes, etc., page 17.
104: Le roi étoit parti en mars 1620 pour aller jusqu'à Tours au devant de sa mère, avec laquelle on le réconcilioit.
105: Lors de ce séjour du roi dans la capitale de la Touraine, il avoit paru un pasquil dans lequel Paris, abandonné de la cour, recevoit les condoléances de la ville favorisée. (Lettre de la ville de Tours à celle de Paris, Recueil A-Z, E, p. 130.)
106: Les filles de joie affluoient le soir autour de la Samaritaine du Pont-Neuf, comme on peut le voir dans le Tracas de Paris de Fr. Colletet. Dans une chanson qui se fit à propos de l'un des embarquements, si fréquents au XVIIe siècle, des filles de joie pour l'Amérique, on ne manque pas de leur faire adresser de tristes adieux à ce rendez-vous de leurs plaisirs:
Adieu, Pont-Neuf, Samaritaine,
Butte Saint-Roch, Petits-Carreaux,
Où nous coulions des jours si beaux.
(Bussy-Rabutin, Amours des Dames illustres de notre siècle, Cologne, 1681, in-12, p. 374.)
107: C'est de cette chasse donnée aux filles de joie que veut sans doute parler Saint-Amant, quand il dit, dans le Poëte crotté:
Adieu, maquerelles et garces;
Je vous prévois bien d'autres farces
(Poëtes sont vaticinateurs):
Dans peu, vous et vos protecteurs,
Serez hors de France bannies,
Pour aller planter colonies
En quelque Canada lointain.
Le temps est près et tout certain:
Ce n'est pas un conte pour rire.
108: Los, louange. Ce mot, qui est purement latin, avec une différence d'orthographe, est l'un de ceux que regrettoit le plus Ménage.
109: Pour moyennant.
110: Espèce de hotte ou de grand panier dans laquelle le verrier portoit sa marchandise. On n'appelle plus ainsi qu'une sorte de filet.
111: Du verbe demener, qui se prenoit alors comme ici dans le sens actif, on avoit fait le mot demaine, mouvement, agitation. Ce mot, qui s'emploie encore à Orléans, se trouve au premier vers du blason en acrostiche de la ville de Paris, par P. Grognet:
Paisible demaine.....
112: Ce duel eut lieu en 1537, le 14 janvier. (Vulson de la Colombière, le Vray théâtre d'honneur et de chevalerie, t. 2, p. 409.) Il eut alors un long retentissement, parceque c'est un des derniers qui furent faits par ordonnance du roi. (Allier et Batissier, Bourbonnois ancien et moderne, t. 2, p. 46.) Brantôme en a parlé dans son Discours sur les duels.
113: Hélyon de Barbançois II, seigneur de Sarzay. Il étoit d'une famille originaire de la Marche, qui, dès le XIIe siècle, étoit venue habiter, dans le Berry, la terre de Sarzay, dont elle avoit pris le nom. (La Thaumassière, Hist. du Berry, p. 602.)
114: La Colombière l'appelle de Veniers, et c'est, en effet, son véritable nom.
115: Le seigneur de Villeban ou de Villebon.
116: Anne de Montmorency, qui venoit d'être fait connétable.
117: Le comte de Saint-Pol, duc d'Estouteville.
118: Messire Jean de La Tour, seigneur de Châteauroux.
119: «L'occasion de leur combat, dit La Colombière, fut que Sarzay, parlant du sieur de La Tour, avoit dit qu'il s'en estoit fuy de la bataille de Pavie; sur quoy, La Tour l'a fait appeler devant le roy, et luy demande s'il a tenu ce discours. Il répond que ouy, et qu'il l'avoit ouy dire à Gaucourt. Il semble donc que c'estoit à La Tour à s'en esclaircir avec Gaucourt; neantmoins, Gaucourt appelé, ce fut Sarzay qui luy demanda s'il n'estoit pas vray qu'il luy avoit dit que La Tour s'en estoit fui de la bataille. A quoy La Tour respondit sans l'advouer ni desadvouer: «Vous avez dit vous-mesme que vous le teniez de Veniers.»—«Il est vray, repartit Sarzay; Veniers me l'a dit.» Alors Gaucourt, ayant remonstré que, puisque Sarzay advouoit le tenir de Veniers, il n'estoit plus tenu de respondre, fut renvoyé, et Veniers incontinent appelé, qui donna un dementy à Sarzay.
«Pour en connoistre la verité et sçavoir entre eux qui estoit le faux accusateur, le roy ordonna que Veniers et Sarzay combattroient en champ clos; et ce qui obligea ce brave et vaillant prince à leur donner si facilement le combat, fut qu'aucun de ces trois accusateurs ne s'estoient trouvés à la bataille de Pavie, mais estoient demeurez à leurs maisons bien à leur aise et bien esloignez des coups. Pourtant ils s'émancipoient de blasmer ceux qui s'y estoient trouvés, quoiqu'ils ne pussent pas bien juger de ceux qui avoient fuy ou combattu.»
120: Corselet léger fait de mailles.
121: Les tassettes étoient le rebord de l'armure, rabattus sur les cuissards. Plus tard on appela ainsi les basques du pourpoint.
122: «Veniers, est-il dit dans le Vray théâtre d'honneur, porta les armes dont on estoit demeuré d'accord, à sçavoir: un corcelet à longues tassettes, avec les manches de mailles et des gantelets, le morion en teste, une espée bien trenchante à la main droite, et une autre plus courte à la gauche.»
123: Sorte de casque ou de heaume.
124: C'est Veniers qui reçut ce coup. On ne put étancher la plaie, et il en mourut.
125: «Ils s'abordèrent très courageusement, dit Vulson de La Colombière, et combattirent avec leurs deux espées; mais avec si peu d'adresse, comme gens qui n'estoient pas fort usitez à se servir de telles armes; ce qui les obligea enfin à les quitter pour se prendre au corps, et alors, Veniers ayant déjà le poignard au poing, et Sarzay aussi tirant le sien, le roy, ne voulant qu'ils passassent plus avant, jeta son baston entre les deux combattans, et tout incontinent ils furent separez par les gardes du camp.»
126: «Ils furent menez devant le roy, qui les mit d'accord, remettant en son honneur le sieur de La Tour, Sa Majesté affirmant devant tous les courtisans qu'il l'avoit vu le jour de la bataille faire son devoir près de lui.» (La Colombière, id.)
127: Ce combat, selon La Colombière, se voyoit encore, au XVIIe siècle, représenté dans une galerie de l'hôtel de Montmorency.
128: C'étoit une camisole à longues basques, comme celle que portent les Hongroises.
129: Sans doute le Pont-Rouge ou Pont-Barbier, qui se trouvoit en face de la rue de Beaune. En 1636, il n'étoit établi que depuis quatre ans. Sa frêle charpente ne résista pas plus d'un demi-siècle. Après avoir été souvent ébranlé, et même à demi détruit, il fut emporté par la débâcle de 1684. V. Lettres de Sévigné, 1er mars 1684.
130: Sans doute un petit manchon s'attachant par une boucle à la ceinture.
131: Quereller, disputer. Je croirois plutôt qu'il faut lire rioller, c'est-à-dire se mettre en joie. Les ouvriers disent encore être en riolle dans le même sens.
132: Par ce mot on entendoit l'ostentation dans les habits:
Le peu qu'ils ont est pour la bonne chère;
Vaine piaffe emporte le meilleur,
Et le fripier fait tort aux rôtisseurs.
(Du Cerceau, les Bottes de foin, conte.)
133: Toute servante un peu huppée s'attachoit ses ciseaux sur le côté avec une chaînette d'argent. De plus pauvres, comme Marinette, se contentoient de la chaîne de laiton que leur donnoit Gros-Réné.
134: V., sur cette parure des servantes, notre tome 1er, p. 317-318. «C'étoit, dit Cotgrave, une sorte de ceinture dont tout le devant étoit d'or ou d'argent et dont l'autre partie étoit de soie.» On l'enjolivoit encore, comme on le voit ici, de chaînes et de brimborions. C'étoient les premières choses vendues dans les temps de détresse.
135: V., sur ce mot, notre tome 2, p. 237-238.
136: C'est-à-dire à coques bouffantes.
137: Ce sont toujours les mêmes parties fines où s'en va la servante, donnant le bras à quelque soudard, comme on le voit dans l'Apologie des chambrières qui ont perdu leur mariage à la blanque:
Pour danser pavane et vert gay,
Le mois de may, au vert boscage,
Escoutant le pinson ramage
Et cueillant le gentil muguet.
138: Alors la France produisoit assez de blé pour en pouvoir exporter à l'étranger. On en a la preuve non seulement par ce passage, mais par plusieurs autres écrits du temps. Palma Cayet, dans sa Chronologie septennaire (1602, édit. Michaud et Poujoulat, p. 208), nous montre la France abondant «en blés, vins, huiles, fruits, légumes, guèdes ou pastels, outre les grandes et foisonneuses nourritures de bétail et haras.» Isaac de Laffemas, dans son Histoire du commerce de France, est plus explicite: «Il me semble, quant à moy, dit-il, que nous avons icy quantité de fer, de papier, de pastel, de bleds et de vins pour envoyer aux pays estranges, et que cela nous peut apporter un grand revenu.» (Archives curieuses, 1re série, tome 14, page 429.)
139: La culture du pastel étoit une immense richesse pour les environs de Toulouse, et surtout pour le pays de Lauraguais. On exportoit chaque année deux cent mille balles de ces coques par le seul port de Bordeaux. «Les étrangers en éprouvoient un si pressant besoin, que, pendant les guerres que nous avions à soutenir, il étoit constamment convenu que ce commerce seroit libre et protégé, et que les vaisseaux étrangers arriveroient désarmés dans nos ports pour y venir chercher ce produit. Les plus beaux établissements de Toulouse ont été fondés par des fabricants de pastel.
Lorsqu'il fallut assurer la rançon de François Ier, prisonnier en Espagne, Charles-Quint exigea que le riche Beruni, fabricant de coques, donnât sa caution.» (Chapsal, Chimie appliquée à l'agriculture, t. 2, p. 352.)—Le pays de la richesse par excellence, le pays de Cocagne, n'étoit autre que le Lauraguais, l'opulente contrée des coques de pastel. (Crapelet, Dictons du moyen âge, 1re édit., p. 47.) Quand on vouloit montrer qu'un homme étoit riche et cossu, on disoit qu'il étoit bien guédé, c'est-à-dire semblable à quelque marchand de guède ou pastel. Peu à peu l'indigo finit par détrôner ce riche produit. (Savary, Dict. du commerce, aux mots Cocaigne, Pastel.)
140: Malheureusement, l'exportation des draps étoit interdite. «Il ne nous est permis, dit Montchrestien, de porter en Angleterre aucune draperie, à peine de confiscation; au contraire, les Anglois, en pleine liberté, apportent en France toutes telles draperies qu'il leur plaist, voire en si grande quantité, que nos ouvriers sont maintenant contraints pour la plupart de prendre un autre mestier, et bien souvent de mendier leur pain.» (Traicté de l'économie politique, s. d., in-4, 2e partie, p. 92.)
141: Sous Louis XIV, nous manquions tellement d'ouvriers cordiers, dans nos ports, que Colbert fut obligé d'en faire venir, ainsi que des tisserands, de Hambourg, Dantzig et Riga. (Cheruel, Hist. de l'administr. monarch. en France, t. 2, p. 235.)
142: V., dans l'avant-dernière note, ce que dit Montchrestien de cette misère des ouvriers sans travail.
143-144: Dès le règne de Henri II, des fabriques de draps d'or et de soie avoient été établies à Lyon. (Anc. lois franç., t. 13, p. 374.)—Mais sous Henri IV, à Paris même, cette industrie avoit pris une bien plus grande extension: «L'establissement de filer l'or, façon de Milan, qui se void introduit en la perfection et en grande quantité dans l'hôtel de la Maque, soubz le sieur Tirato, Milanois, qui faict espargner et fournir dans le royaume plus de douze cent mille escus par an, qui se transportoient pour avoir dudit fil d'or de Milan, pour ce qu'il est plus beau et à meilleur marché que celui qui se faisoit en France, en ce qu'on y employé la moitié moins d'or.» (Recueil présenté au roy de ce qui se passe en l'assemblée du commerce, au Palais, à Paris, faict par Laffemas, contrôleur général dudit commerce, Paris, 1604, in-8, § 6.) Palma Cayet (Chronol. septennaire, 1603, édit. Michaud, p. 253) parle aussi des sieurs Dubourg père et fils, établis comme Tirato, et pour la même industrie, dans la Maque. Cette immense manufacture étoit rue de la Tixeranderie (voy. notre Paris démoli, 2e édit., p. 333), et c'est sans doute avec intention qu'on avoit établi dans ce quartier de la misère une industrie capable, dit Laffemas le fils, «de faire vivre un nombre infini de pauvres.» (Hist. du commerce, loc. cit., p. 420.)—La serge de Florence étoit une sorte d'étoffe de soie épaisse dont on faisoit de grands manteaux et des mantelets. Elle étoit fort employée sous Henri III. V. L'Estoille, Journ. de Henri III, 24 juin 1584.
145: On y fabriquoit, dès 1603, toute espèce d'étoffes de soie, mais surtout des satins, façon de Gênes. (Laffemas, Lettres et exemples de la feue royne mère, Archiv. cur., 1re série, t. 9, p. 131.) Quant aux villes de Tours et de Lyon, on sait de reste que la fabrication des soieries y étoit, dès lors, très florissante.
146: C'est vers 1592 qu'on avoit commencé d'y fabriquer «des velours, satins, taffetas, et autres marchandises de soie.» (Laffemas, Règlement général pour dresser des manufactures en ce royaume, etc., Paris, 1597, in-8, fol. 25.)
147: On faisoit avec le buffle tanné d'excellents justaucorps de guerre. On connoît la chanson de Bussy:
Buffle à manches de velours noir
Portoit le grand comte de More.
148: Les meilleures se faisoient, en effet, en France. «Et, quant aux futaines et autres manufactures de cotton, dit Laffemas le fils (loc. cit.), nous ne devons point permettre que les estrangers nous en fournissent.» Montchrestien dit d'une façon plus ferme encore: «Toutes les futaines et camelots se doivent fabriquer en ce royaume, où l'industrie en est fabriquée aussi bien et mieux qu'ailleurs, où la commodité est pareille et possible plus grande... On parle parmy nous de futaines d'Angleterre et de camelots de l'Isle; mais on nous impose le plus souvent par l'estrangeté, car toutes ou la plupart de ces estoffes sont de la façon de France, et n'en sont pas pires.» (Traicté de l'œconomie polit., in-4, 1re partie, p. 102-103.)
149: C'étoit une espèce de camelot, ordinairement noir, qu'on employoit comme doublure des manteaux de soie. Cette étoffe étoit déjà connue au moyen âge. (Fr. Michel, Recherches sur le commerce..... des étoffes de soie, in-4, t. 2, p. 47.)
150: «Un homme de Nerac, écrit Laffemas le fils, a endurcy les buffles et chamois a l'espreuve de la pique et de l'espée.» (Hist. du commerce, p. 419.)
151: Ce n'est pas seulement à Poitiers, mais aussi à Niort, qu'on faisoit d'excellents chamois. V. Savary, Dict. du commerce, à ce mot.
152: Laffemas le fils se plaint fort de ce que les cuirs de France «ont esté altérez de leur bonté.» Montchrestien s'en montre plus satisfait: «J'oubliois à parler de la tannerie, dit-il, art aussi necessaire que commun, lequel, pour le grand profit qu'il apporte, ne seroit point demeuré entier, comme il a fait jusqu'à present, en la main des François, si ceux qui l'exercent n'en avoient retenu, principalement dans les principales villes, la propriété libre et franche par le moyen de leurs exactes visitations sur les apprests des cuirs estrangers.» (Loc. cit., p. 107.)
153: Les Espagnols emportaient des cargaisons de cette quincaillerie du Forez, dont le bon marché fut toujours proverbial, pour faire des échanges avec les nègres du Sénégal et des côtes d'Afrique.
154: «Les marchands de Flandre faisoient avec nous de si gros profits que Henri IV avoit defendu, sous peines corporelles, toutes relations commerciales avec eux.» (Palma Cayet, 1604, loc. cit., p. 285-287.) Il paroît que Louis XIII avoit maintenu cette prohibition rigoureuse. C'est surtout à l'occasion de l'établissement à Paris de la fabrique de tapisserie des sieurs Laplanche et Comans que Henri IV prit de sévères mesures contre les importations flamandes. (Extraits des registres de l'Hôtel-de-Ville, Biblioth. imp., fonds Colbert, vol. 252, p. 533-534.) On menaça d'expulsion «les tuisliers et tapissiers flamands qui ne vouloient laisser le secret de leur industrie en France.» Ceux qui se soumirent obtinrent seuls des lettres de naturalité. (Laffemas, Recueil présenté au roy, etc., § 10.)
155: Ce passage prouve que ce que Laffemas ne faisoit qu'espérer en 1604 s'étoit réalisé. «La manufacture nouvelle de toilles fines et façon d'Hollande, et autres semblables, qui sont si chères, dit-il, ne s'est faite jusqu'à present en France, et sommes contraints de les achepter des estrangers, où il se transporte une grande quantité d'or et d'argent, combien que nous en ayons les lins et autres principales étoffes abondamment en France plus que lesdits estrangers, qui les viennent prendre et achepter de nous pour les nous remettre manufacturés incontinent après, et y gagnent le quadruple et plus; ce qui ne procède que de la seule industrie de les blanchir, façonner et polir. Mais il s'est trouvé deux riches marchandz qui ont entrepris de les faire filer, manufacturer, blanchir et façonner dans les faubourgs de la ville de Rouen, en telle quantité qu'ils en fourniront la France. Leurs memoires et propositions ont esté examinés et deliberés en la compagnie desditz sieurs commissaires par commandement et renvoy à eux faict par Sa Majesté. Ils en ont donné leur advis soubz le bon plaisir de sa dite Majesté, duquel ils espèrent qu'il parviendra un grand tresor à la France quand il sera executé.» (Recueil présenté au roi... § 24.)
156: C'étoient des passements de fil très délicatement travaillés et fort chers, pour lesquels nous étions encore tributaires de la Flandre. (P. Paris, Manuscrits françois de la Biblioth. du roi, t. 4, p. 379.)
157: Laffemas (Règlement général, etc.) évalue à huit cent mille écus la dépense annuelle de ces passements de toutes sortes, des bas de soie, etc. Monchrestien l'estime plus d'un million. (Traicté d'œconomie polit., 1re partie, p. 102.)
158: C'est un édit dans le genre de celui précédemment rendu (voy. Caquets de l'Accouchée, édit. Jannet, p. 181-182) et de cet autre qui donna lieu à la Révolte des passements, pièce que nous avons publiée dans notre tome 1er, p. 224.
159: Il y en avoit surtout un grand nombre à Paris même, dans le faubourg Saint-Antoine. (V. Révolte des passements, loc. cit., p. 240.) Sous Louis XIV, cette colonie s'augmenta beaucoup encore lorsque la nourrice du comte d'Harcourt, Mme Dumont, arrivant de Bruxelles avec ses quatre filles, eut obtenu par privilége le droit d'établir dans le même faubourg des ateliers de dentelles. «Seize cents filles, dit Voltaire, furent occupées des ouvrages de dentelles. On fit venir trente principales ouvrières de Venise et deux cents de Flandre, et on leur donna trente-six mille livres pour les encourager.» (Siècle de Louis XIV, ch. 19.)—A Louvres-en-Parisis, à Villiers-le-Bel, on faisoit des dentelles de soie. (Savary, Dict. du commerce, au mot Dentelle.)
160: Les Espagnols, on l'a déjà vu, se fournissoient de beaucoup de choses en France. Les magnifiques pannes dont les plus riches se faisoient des manteaux, ils les achetoient à Tours. (Richelieu, Maximes d'Etat, chap. 9, sect. 6.)
161: Les camelins d'Amiens étoient déjà célèbres au moyen âge. (Ducange, au mot Camelinum; le Roman du Renart, édit. Méon, t. 4, p. 56.)
162: Il y avoit aussi d'excellents tisserands et musquiniers. V. leurs statuts (1502), Aug. Thierry, Hist. du tiers-état, t. 2, p. 490-493.
163: C'est à peu près ce que dit Laffemas le fils pour tous les cuirs en général. «Nous avons, écrit-il, s'adressant au roi, nous avons encore les cuirs, qui s'offrent (si on remet les tanneries en leur ancien estat) de rendre une incroyable richesse à vos sujets.» (Hist. du commerce, Arch. curieuses, 1re série, t. 14, p. 419.)
164: Il a déjà été parlé plus, haut de ces futaines d'Angleterre. Nous ajouterons ici ce qu'es dit Laffemas: «Les futaines d'Angleterre sont ainsi appelées, combien qu'elles soient manufacturées en France, en Italie et en Allemagne en bien plus grande perfection qu'audit pays d'Anglelerre, où il ne s'en fait quasi point; mais elles y sont toutes portées pour un secret qu'ils avoient seuls au pays d'Angleterre de les sçavoir teindre, apprester et friser en perfection; mais ce secret est descouvert et introduit en France...» (Recueil présenté au roi..., § 23.)
165: Buraux, bures.
166: Il n'y avoit guère que la moire qu'on ne faisoit pas encore aussi belle qu'en Angleterre. (Richelieu, Maximes d'Etat, chap. 9, sect. 6.)
167: A Bourges, avec les laines du Berry, «fines et luisantes comme de la soye» (J. Toubeau, les Institutes du droit consulaire, 1678), on fabriquoit de fort bon drap, façon d'Elbeuf. V. Dict. de Savary, art. Drap.
168: La réputation des draps d'Elbeuf et de Louviers étoit déjà commencée.
169: On y fabriquoit de belle écarlate. Monteil possédoit l'original d'une ordonnance de l'intendant Baville, commandant à Fraisse, fabricant de draps à Nîmes, deux pièces de drap écarlate pour Louis XIV. (Hist des Français des divers états, 3e édit., XVIIe siècle, notes, p. 61, no 43.)
170: Laffemas, dans le Règlement général four dresser les manufactures en ce royaume... (1597), parle de ces fabriques de bas de soie et d'estame, qui, depuis quelques années, s'étoient établies à Dourdan.—Dans le Recueil présenté au roi..., § 5, il rappelle aussi «les statutz et reglements faictz sur la manufacture des bas d'estame et de soye pour arrester les abbus et malversations qui s'y commettoient, et donner ordre à l'advenir que le public en soit mieux servy, et qu'elle se puisse continuer en la France en telle perfection que nous en puissions fournir aux pays estrangers.»
171: Laffemas avoit déjà parlé, dans son Recueil présenté au roi... (1604), § 20, des moyens à prendre contre «les frauduleuses banqueroutes qui se font et desseingnent si communement aujourd'hui par la France.»
172: L'assemblée du commerce de 1604 avoit été saisie par «homme qualifié et bien cautionné» du projet «d'establir en Provence... l'art de la soye avec cent atelliers des principalles manufactures d'icelle.» (Laffemas, Recueil présenté au roy..., § 19.) Nous ignorons quelle suite eut ce projet.
173: Avignon, en digne ville papale, avoit fabriqué de tout temps des ornements d'église. (J. Chartier, Hist. de Charles VII, in-fol., p. 83 [1435].)—Sous Henri III, on y fabriquoit du velours commun. V. Archives curieuses, 1re série, t. 9, p. 211.
174: Cette pièce, de Guillaume Colletet, se trouve dans les Poésies diverses..., que son fils publia en 1656, Paris, in-12, p. 60-67. Elle y est intitulée le Banquet des poètes, titre que l'auteur lui avoit déjà donné quand il l'avoit réimprimée à Paris en 1646, chez Nicolas Boisset, in-8. L'édition que nous reproduisons ici est de la plus grande rareté. Le texte y est tout à fait différent de celui des autres, à ce point que, désespérant de pouvoir relever toutes les variantes, nous avons pris le parti de n'en donner aucune. Le plus court eût été non pas de remarquer les différences, mais les très rares similitudes de texte. Nous tenons là, en pleine verve de jeunesse, la première pensée d'un poète qui ne se permit pas souvent, et surtout avec autant de bonheur, de pareilles fougues et fantaisies bachiques. Quand il fit ce morceau, il étoit de la coterie littéraire de Salomon Certon, du sieur de la Charnaye, etc. (voy. Viollet-Leduc, Biblioth. poétique, p. 452), et ce dut être le contingent poétique auquel il étoit tenu comme membre de cette assemblée.
175: Faire débauche. Rabelais écrit faire carous. C'est une expression qui vient de l'allemand gar-auss, tout vidé, que le Celtophile d'Henry Estienne (Dial. du nouv. lang. franç. italian.) nous reproche d'avoir introduit dans notre langue à une époque où l'on se plaisoit non seulement à italianiser, mais aussi à «hespagnolizer, voire germaniser, ou, si vous aimez mieux un autre mot, alemanizer.» V. aussi Régnier, édit. elzevir., satire 2, vers 174.
176: Allusion à l'assemblée des notables qui s'étoit tenue à Fontainebleau à la fin du mois de septembre 1625.
177: Le poète veut parler de l'incendie du Palais en 1618. V. notre tome 2, p. 159.
178: Par opposition à la fameuse table ronde, qu'à cette époque même un cabaretier de Paris prétendoit encore posséder. Il avoit appelé pour cela son cabaret la Table du valeureux Roland (voy. notre tome 1er, p. 195), et il montroit avec orgueil, parmi les titres de noblesse de sa taverne, le dernier écot des douze pairs de Charlemagne. V. les Visions admirables du pèlerin du Parnasse..., Paris, 1635, in-12.
179: C'étoit l'usage antique de boire à la santé d'une maîtresse autant de fois qu'il y avoit de lettres dans son nom. Ronsard et toute la Pléiade, dont Colletet suivoit la tradition, avoient repris cette galante coutume:
Neuf fois, au nom de Cassandre,
Je vois prendre
Neuf fois du vin du flacon.
Affin de neuf fois le boire
En memoire
Des neuf lettres de son nom.
(Ronsard, les Bacchanales, ou le folatrissime voyage d'Hercueil, strophe 89e)
180: On lui avoit fait la réputation de buveur d'eau; mais, dans sa préface des Œuvres de M. de Saint-Amant (édit elzevirienne, t. 1er, p. 10), Faret prétend que c'est un tort, aussi bien que de le faire passer, lui, pour un ivrogne: «Et combien, dit-il de Saint-Amant, qu'il m'ait fait passer pour vieux et grand beuveur dans ses vers, avec la mesme injustice qu'on a escrit dans tous les cabarets le nom de Chaudière, qu'on dit qui ne beut jamais que de l'eau.»
181: Belleau avoit donné en 1556 une traduction en vers d'Anacréon. Ronsard le berna quelque peu à ce sujet:
Tu es trop sec biberon
Pour un tourneur d'Anacréon.
Belleau...
«Belleau, comme qui diroit Boileau, par opposition au chantre divin, ainsi que l'a remarqué spirituellement M. Sainte-Beuve, ce n'est qu'un jeu de mots; mais à la manière dont Ronsard refit plus d'une de ces petites traductions, on peut croire qu'il ne jugeoit pas celles de son ami définitives.» (Tableau historique et critique de la poésie française... au XVIe siècle, Paris, Charpentier, 1843, in-18, p. 444.)
182: Les Triétérides étoient les fêtes licencieuses qui se célébroient tous les ans dans la Béotie et dans la Thrace en souvenir de l'expédition de Bacchus dans les Indes.
183: Il faut dire, à la gloire de ces buveurs, qu'il ne s'agit point ici du vin de Suresnes près Paris, mais d'un autre, à peu près du même nom, dont le Vendômois Musset-Patay a expliqué ainsi la faveur assez passagère dans une note de sa Bibliographie agronomique, 1810, in-8: «Il y a, dit-il, aux environs de Vendôme, dans l'ancien patrimoine de Henri IV, une espèce de raisin que, dans le pays, on nomme suren. Il produit un vin blanc très agréable à boire, et que les gourmets conservent avec soin, parcequ'il devient meilleur en vieillissant. Henri IV faisoit venir de ce vin à sa cour, et le trouvoit très bon. C'en fut assez pour qu'il parût excellent aux courtisans, et l'on but, pendant son règne, du vin de suren. Il existe encore, près de Vendôme, un clos de vigne qu'on appelle la Closerie de Henri IV. Louis XIII n'ayant pas pour ce vin la prédilection de son père, ce vin passa de mode...» Un des Annuaires statistiques du département de Loir-et-Cher a confirmé le fait. Ronsard, en bon Vendômois, avoit sans doute aidé à la renommée de ce vin de suren, lui qui, dans l'ode 21e de son livre 3, a chanté ainsi le vin de Prépatour, qui se récolte à peu près dans les mêmes vignobles:
Que celui dans une coupe
Toute d'or boive à la troupe
De son vin de Prépatour,
A qui la vigne succède,
Et près Vendôme en possède
Cinquante arpents en un tour.
Il convenoit bien à Colletet, cet idolâtre de Ronsard, de vanter comme il le fait ici un vin de son pays, et qu'il avoit aimé.
184: Ces Gayetez se trouvent aussi dans l'édition des Poésies de Colletet donnée par son fils.
185: Guide étoit alors du féminin. Théophile a dit, adressant sa Requeste à Monsieur le premier président:
Saincte guide de tant de Dieux,
Qui sur le modèle des cieux
Donnez des règles à la terre.
186: Fameux cabaretier dont Saint-Amant a dit, dans sa pièce des Cabarets:
Paris, qui possède un cormier
Qui des arbres est le premier.
Sa maison, qui avoit pour enseigne parlante l'arbre dont il portoit le nom, se trouvoit près de Saint-Eustache. V. notre Histoire des hôtelleries et cabarets, t. 2, p. 322-324.
187: Les personnages dont les noms suivent figurent, pour la plupart, dans la farce de Gringore, le Jeu du prince des Sots. V. l'analyse que le V. Menestrier a faite de cette pièce, dans son traité des Représentations en musique, p. 56, etc.
188: Maistre Jean du Pontalais, «dont il y a bien peu de gens qui n'aient ouï parler», comme dit Bonaventure Des Periers (Nouvelles XXII). Il étoit, selon Du Verdier (voy. sa Biblioth., in-fol., p. 749), chef et maistre des joueurs de moralitez et farces. Sans répéter tous les contes débités à son sujet, et auxquels La Monnoye a été l'un des premiers à ne pas ajouter foi, nous nous contenterons de dire qu'il devoit son nom au petit pont des Alles (pont Alais) jeté sur l'égout près de la pointe Saint-Eustache, et à deux pas duquel il dressoit ses tréteaux, et faisoit tapage de paroles grasses et de tambourins, à la grande indignation des prêcheurs de l'église voisine (voy. Des Periers, id.). Marot, dans son Coq-à-l'âne, Bèze, dans son Passavant (p. 19), ont parlé de lui, et Regnier a signé de son nom son épistre IIIe.—La pierre nommée le Pont-Alais n'a disparu des halles qu'en 1719.
189: Les dénominations de ce genre étoient alors très populaires. Dans le livre d'Henri Estienne, Dialogues du nouveau langage françoys italianisé, etc., se trouvent déjà des plaisanteries sur M. d'Argencourt, et M. Arnold Morel Fatio a très ingénieusement découvert que le nom de seigneur de Neri en Verbos, pris par l'auteur des Excellents traits de vérité, n'étoit que l'anagramme d'une dénomination pareille: seigneur de rien en bourse.
190: Sur ce chef d'une des confréries joyeuses les plus célèbres alors, surtout à Rouen et à Evreux, voy. le Mercure de France, avril et juin 1725, Thiers, Traité des superstitions, t. 4, p. 546. Brantôme nomme les Conards de Rouen. V. Œuvres, édit. du Panthéon, I, pag. 301.
191: Soliman menaçoit la Hongrie et la flotte de Barberousse tenoit la Méditerranée. C'est en France, toutefois, qu'on devoit avoir le moins de peur des Turcs, puisqu'à cette époque même François Ier avoit fait alliance avec eux contre Charles-Quint.
192: Sainte misère. Borel écrit souffreté avec le même sens.
193: Pour Darolon ou Dariolon, sans doute. Ce seroit ainsi le diminutif de Daron, mot qui conserva jusqu'au XVIIIe siècle (voy. le Tableau parlant d'Anseaume) un sens assez deshonnête, et d'accord d'ailleurs avec celui qu'on donnoit à dariolette, son dérivé féminin. Regnier même emploie ce mot au masculin avec une acception peu équivoque dans le vers 200 de sa 5e satyre: