Ph. Vizzavona.

L. HUYGENS—LES HALLES D'YPRES EN FEU (PEINTURE)

Ph. des Monuments Historiques.

LE BEFFROI DES HALLES D'YPRES (avant sa destruction)

Ph. E. Van Hammée. (Histoire de la Belgique dans la guerre des Nations). Copyright.

LE BEFFROI DES HALLES D'YPRES
(après le bombardement et l'incendie)

Ph. E. Van Hammée. (Histoire de la Belgique dans la guerre des Nations). Copyright.

RUINES A YPRES

Ph. Capit. Gérard.

EFFET D'UNE BOMBE A FURNES


YPRES

LA destruction systématique des monuments d'Ypres par l'armée allemande, destruction nullement justifiée ou seulement explicable par quelque nécessité stratégique, fournit une marque nouvelle de cet état d'esprit germanique qui veut la guerre non seulement contre les hommes mais aussi contre les idées.

La première manifestation éclatante de cette mentalité de barbares fut l'incendie et le sac de Louvain.

La seconde fut le bombardement de la cathédrale de Reims.

Une troisième, à n'en pas douter, résulte de l'acharnement obstinément déployé contre le beffroi et les halles d'Ypres.

Louvain c'est le centre de culture et de diffusion de la science catholique. L'Université de Louvain, l'Alma Mater, c'est par essence la citadelle spirituelle de la science en harmonie avec la foi. C'est contre elle que le crime, froidement prémédité et accompli, était préparé. L'incendie et le pillage de la célèbre bibliothèque, la dévastation de la cathédrale le proclament nettement.

Les persécutions et les fusillades dont furent victimes tant de prélats, de moines et de prêtres en Belgique, le bombardement oiseux de la cathédrale de Malines, furent suscités par les mêmes mobiles, par la même haine sectaire de l'empereur protestant qui, tel un enfant gâté, croit annihiler une tradition ou une doctrine en jetant bas un édifice qu'elle avait inspiré.

Reims, c'est en quelque sorte le Palladium de la France historique, croyante ou traditionaliste. L'Allemagne a voulu l'abolir.

C'est le symbole insigne d'une histoire nationale glorieuse et magnifique que l'armée envahissante a atteint et tenté de supprimer. L'attentat dirigé contre la chaumière et la chapelle de Domrémy fut inspiré par la même frénésie.

Ypres, d'autre part, c'est le symbole éclatant de la persistance de l'esprit des anciens communiers, de la survivance de ce particularisme local qui depuis le plus lointain moyen-âge a opposé, en Belgique, l'hôtel de ville au palais du suzerain ou de son délégué.

L'autocrate féru des principes du militarisme prussien, imbu des préjugés que doit engendrer l'étroite discipline de l'armée étendue à toute la nation, ne pouvait manquer de s'attaquer au monument type qui, dans cette ville morte, par ses dimensions imposantes et par sa somptuosité, portait le témoignage irrécusable des victoires de la commune bourgeoise, des gildes d'artisans, au cours des siècles, sur le pouvoir central représenté par le suzerain ou son vassal, par le monarque ou par son gouverneur.

Cet esprit communal survécut à la féodalité et à tous les régimes postérieurs. Il conserve encore en Belgique sa tenace influence.

Le Beffroi et les Halles d'Ypres furent bombardés et brûlés par ordre du même vouloir despotique et brutal qui exigea l'arrestation et l'incarcération du bourgmestre Max.

Ces édifices, c'était la matérialisation figurée, cet homme, c'était l'incarnation audacieuse du même esprit autochtone de résistance irréductible que l'impérialisme d'un Guillaume II ne peut tolérer sur les routes où il n'a pas craint de jeter ses hordes serviles.

Voilà le sens de l'acte de vandalisme commis, acte qui appauvrit une fois de plus le patrimoine du monde entier en lui ôtant un de ses plus significatifs chefs-d'œuvre.

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Le Beffroi et les Halles d'Ypres, ce n'est pas seulement de l'architecture qui disparaît. Les édifices, dans leur structure générale, se peuvent restaurer. Leur survivance ne s'obtient qu'au prix de réfections renouvelées. C'est de l'art, des souvenirs précieux, de l'histoire qui sombre et meurt.

Oui, de l'histoire était écrite par les peintres sur les murailles, par les sculpteurs dans la pierre des mausolées et des statues, par les artisans d'art en mille ouvrages. La physionomie et l'âme de la vieille cité sont brutalement supprimées. Ces pertes-là, comme celles des manuscrits et des livres inestimables de Louvain, comme celles des sculptures anciennes sur les façades de Reims, rien ne peut les réparer. Elles sont définitives.

Ypres, ville léthargique, s'étend dans la plaine basse des Flandres, dominant de ses tours et de ses pignons les débris de ses anciens remparts, démantelés en 1856. Elle se mire dans les eaux des fossés et des étangs alimentés par le cours paresseux de l'Yperlée.

Éloignée des centres, écartée du chemin banal des touristes, Ypres valait une visite fervente. Depuis la vulgarisation de l'automobile, elle était très à la mode. Réduite peu à peu, depuis le XIIIe siècle, d'une population de deux cent mille âmes à une population actuelle qui n'atteignait plus le dixième de ce chiffre, elle étalait encore partout les traces de sa splendeur ancienne et de sa longue prospérité. Telle une aïeule, elle tenait du charme désuet et morbide du passé, un prestige touchant.

Jadis les foulons et les drapiers mettaient en mouvement à Ypres quatre mille métiers. C'est aux frais de leurs corporations que furent érigées les gigantesques Halles aux draps dont la construction dura plus d'un siècle. Maintenant seules, quelques vieilles dentellières aux doigts agiles, le coussin et les fuseaux sur les genoux, enchevêtrent les réseaux des légères «Valenciennes» au seuil des logis branlants.....

L'éloquence du passé était tellement persuasive à Ypres! La Grand'Place longue et large à la mesure d'un peuple d'habitants, le beffroi géant, les halles démesurées, la cathédrale immense, parlaient au moins sensible. Et les habitations jadis somptueuses partout debout proclamaient l'évolution des styles dans l'art de bâtir, depuis la façade de la rue de Lille, la Boucherie gothique et l'antique «Gasthuys» Belle, jusqu'aux logis datant des règnes de Louis XV et de Louis XVI attestant au milieu des vicissitudes, la persistance d'une vie locale florissante.

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Que retrouverons-nous de ces trésors!

Déjà des photographies nous ont révélé les dégâts irrémédiables. Les Halles effondrées et brûlées, l'Hôtel de Ville écroulé, la tour du beffroi renversée, la cathédrale Saint-Martin saccagée, les places et les rues de la ville ravagées par les obus et par les flammes.

Les Halles étaient décorées de peintures murales importantes. Les unes dataient du XIVe et du XVe siècles. Elles avaient été indiscrètement restaurées. Les autres avaient été exécutées au cours du siècle dernier.

Ph. Vizzavona.

FRANK BRANGWYN—ABSIDE DE L'ÉGLISE SAINTE-WALBURGE, A FURNES
(EAU-FORTE)

Ph. Vizzavona.

Musée du Luxembourg.

LUCIEN FRANK—LA PANNE (PEINTURE)
Dernière résidence du Roi des Belges

Ph. Morez de Croo.

FURNES—L'HÔTEL DE VILLE, LE PALAIS DE JUSICE, LE BEFFROI ET L'ÉGLISE DE SAINTE-WALBURGE

Ph. E. Van Hammée. (Histoire de la Belgique dans la guerre des Nations). Copyright.

VISION DE RUINES A TRAVERS UNE OUVERTURE FAITE PAR UN OBUS

Guffens, Swerts, Pauwels, et plus magistral, Delbecke y avaient tracé de grandes compositions rappelant les fastes de la ville.

Delbecke, dans ces fresques d'Ypres, avait donné toute la mesure d'un talent personnel et curieux. Nulle part ailleurs, il n'existe une œuvre importante de lui. Il mourut jeune, relativement, laissant presque achevé ce significatif ensemble. A cette heure, il ne reste rien de Delbecke, sauf quelques esquisses et petits tableaux sans importance. Ce peintre, qui méritait d'occuper une place éminente dans l'école belge moderne est pour jamais rentré dans le néant. Quand on songe à l'intérêt que suscite le moindre bout de fresque retrouvé de nos jours, on réalise l'admiration qui dans l'avenir eût consacré l'ensemble harmonieux de ces peintures sauvagement supprimées.

Pauvre ville! Retrouverons-nous après la guerre, dans le curieux hôpital Belle, le triptyque de Melchior Brœderlam, peintre officiel de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, de 1382 à 1401? C'est un document du plus haut intérêt artistique que l'œuvre de ce prédécesseur des Van Eyck, de cet ancêtre Yprois de l'Ecole Brugeoise. Avec une naïveté déjà servie par des moyens techniques habiles, Brœderlam a peint la Vierge et l'Enfant entre les donateurs accompagnés de leurs Saints Patrons.

La Vierge-Reine, couronnée d'or, douce et fine, est vêtue de brocart rouge et or. Salomon Belle et ses fils, assistés d'un saint Georges en bizarre armure, lance en mains, Christine de Guines et ses filles avec sainte Catherine sont demeurés ainsi, depuis le XIVe siècle dans l'hôpital qu'ils ont fondé, à travers d'autres guerres et d'autres vicissitudes..... Quel sort leur fut-il réservé?

Et dans l'église Saint-Martin qu'est devenu le monument gothique fleuri érigé à la mémoire de Louise de Laye, veuve d'Hugonet, chancelier de Bourgogne? Et le tombeau d'Antoine de Henin? Et la dalle qui recouvre la dépouille de Jansénius, évêque d'Ypres, l'austère fondateur du jansénisme!

La magnifique verrière en forme de rose est assurément en miettes, et l'arche triomphale, construite en 1600 par Urban Taillebert renversée! Et le jubé aux statuettes d'albâtre, la chaire aux sculptures exubérantes, les stalles du chœur et les tableaux si harmonieux dans l'ombre des voûtes, incendiés sans aucun doute.

Hélas, Ypres, douloureuse martyre, ton écrin d'édifices a-t-il perdu son doux vieux cloître aux ogives flamboyantes? sa curieuse «conciergerie» bâtie au XVIIe siècle dans le goût—partout ailleurs démodé—de la Renaissance? son charmant «ouvroir des sœurs» à l'hospice Saint-Jean? ses façades à pignons de l'ancienne abbaye de Thérouanne? sa tour de Saint-Nicolas? l'hôtel Merghelynck, abritant un musée de meubles et de bibelots du XVIIIe siècle? et les églises, et les portes anciennes de la cité? et les vieilles maisons? et tous les témoins émouvants et pittoresques du passé?

Quoiqu'il en subsiste parmi les ruines et les débris, jamais les meurtrissures et les outrages infligés par l'ennemi à la ville-aïeule ne seront effaçables.

De l'art, de l'histoire, de la tradition, de la légende avaient fleuri là et sont abolis.

Le crime de ceux qui ont voulu cet anéantissement ne saurait invoquer d'excuse.

Paul Lambotte,
Directeur des Beaux-Arts
de la Belgique
.


NIEUPORT, FURNES, DIXMUDE

PARMI les prairies humides de la Flandre maritime les petites villes ressemblaient à des sanctuaires. Elles surgissaient du Passé, sans orgueil et sans péché. Très vieilles, très recueillies, leur beauté ne saisissait pas le passant; il fallait pour les voir, commencer par les aimer, pour les entendre, savoir écouter le silence. Le charme qui émanait d'elles, on ne savait si c'était le charme de la mort ou celui de la vie éternelle.

Nieuport n'est plus aujourd'hui qu'un monceau de décombres. Mais l'ennemi toujours s'acharne sur cette morte. Quand, titubant d'horreur, sous le fracas des obus on cherche à s'orienter dans ce qui fut la ville, l'affreuse monotonie des ruines empêche tout d'abord de découvrir l'emplacement de l'église, de l'hôpital, des halles. Un soldat vous guide par ce désert et, en longeant ce qui reste des ruelles, on se trouve bientôt sur la place.

On se souvient. Elle était calme, rectangulaire, toujours vide. L'air mouillé des pâtures s'y mêlait à l'odeur salée des bassins. Des cabarets paisibles et des maisons carrées se regardaient placidement; au fond, flanqué d'une curieuse tour, un bâtiment très ancien s'allongeait, les Halles, vestige d'une splendeur éteinte, d'une vie puissante abolie. Derrière ces baies ogivales, dans les salles où jadis se nouaient les trafics des marchands, dormaient les tableaux naïfs, les souvenirs, les vénérables archives. En face, des rues trop larges allaient au port, bordées l'une de maisons basses et jaunes, gîtes enfumés des pêcheurs de crevettes, l'autre de vieilles demeures grisâtres, sans âge, dont les lignes avaient été sculptées jadis par d'humbles artisans, joyeux d'orner de lignes musicales les pignons pointus ou de surmonter les fenêtres de belles coquilles doucement creusées... C'est l'hospice et son humble tourelle, c'est le curieux Hôtel de l'Espérance, c'est le Dunnehuus aux légers meneaux de pierre, où habitèrent Isabelle et Albert, c'est la vieille prison dont les basses croisées sont défendues par de lourds barreaux.

Ph. E. Van Hammée. (Histoire de la Belgique dans la guerre des Nations).—Copyright.

GRAND'PLACE DE FURNES AVANT LE BOMBARDEMENT—UNE REVUE PASSÉE PAR LE ROI ALBERT

Ph. Capit. Gérard.

FURNES—LA VILLE ABANDONNÉE

Ph. E. Van Hammée. (Histoire de la Belgique dans la guerre des Nations).—Copyright.

INTÉRIEUR DE L'ÉGLISE DE DIXMUDE APRÈS LE BOMBARDEMENT

Ph. E. Van Hammée. (Histoire de la Belgique dans la guerre des Nations). Copyright.

VUE DE MAISONS DÉTRUITES A NIEUPORT

Ph. Paul Becker.

VICTOR GILSOUL—BASSIN A NIEUPORT PRÈS DE L'ANCIEN PHARE (PEINTURE)

LÉON CASSEL—LA BÉGUINE AU PUITS—
BÉGUINAGE DE DIXMUDE (PEINTURE)

Ph. Paul Becker.

App. à M. Lembrée.

VICTOR GILSOUL—NIEUPORT—SOIR SUR LE CHENAL (PEINTURE)

VICTOR GILSOUL—L'ENTRÉE DU VILLAGE DE MANNEKENSVÈRE SITUÉ SUR L'YSER
ENTRE NIEUPORT ET FURNES (PEINTURE)

Ph. Paul Becker.

App. à M. Michielssens.

VICTOR GILSOUL—ARBRES DE LA CÔTE FLAMANDE (PEINTURE)

Tout près de la Grand'Place, au bord de la ville, l'église s'enfonçait dans la terre; un terre-plein ombragé de grands arbres précédait son portail obscur où brûlait, au soir tombant, dans une lanterne carrée une pauvre flamme dansante, sur laquelle se guidaient les saintes femmes aux mantes noires. L'église avait une large tour, si large qu'elle en paraissait basse. On la voyait pourtant de loin, du fond des prairies de l'Yser, du haut des sables moutonnants, de la plage parfois, par une échancrure des dunes. Les autres tours de la côte étaient des phares ou des vigies; batailleuses et obstinées, elles symbolisaient la résistance à la tempête: on pressentait en celle-ci un refuge aimant. Puissante et vieillie, elle semblait s'être tassée avec le temps, et, dans le soir, elle était pareille à une de ces dévotes maternelles qui aurait entrouvert sa mante d'ombre pour mieux accueillir ses enfants.

Elle avait été jadis à la bouche du calme Yser le centre d'un bourg prospère et fiévreux, elle l'avait vu s'entourer de murailles et devenir au bord des flots une fière place de guerre, elle avait sonné l'alarme et la victoire au jour béni où l'archiduc Albert avait battu sous ses remparts Maurice de Nassau et ses reîtres. Un tableau conservé au petit musée voisin perpétuait le souvenir de cette journée. On y voyait tracé un plan animé de Nieuport, en l'année 1600, agrémenté de figures et de légendes explicatives. Sur le chenal un pont était jeté par l'ennemi: Hier is de brug van de vyand—mais les nôtres le faisaient brûler. L'ennemi passait la rivière, mais de Saint-Georges et de Ramscapelle arrivait ventre à terre un escadron de renfort: Hier is het sercours! L'ennemi portait alors son effort au bord des flots malgré la ligne des navires qui le canonnaient, impitoyables. Mais il était bientôt écrasé par les flamands victorieux: De vyand loopt naar de zee: l'ennemi est jeté à la mer! Et c'était la préfigure émouvante de la bataille où l'autre Albert devait lutter—et devait vaincre.

A l'église le souvenir de l'époque espagnole s'exprimait autrement que par cet humble tableau de Folklore. Du fond des obscures voûtes, à travers le lourd jubé de la renaissance, des trésors se devinaient sur l'autel et autour de l'autel. Des tombeaux somptueux, de pompeuses inscriptions, immortalisaient d'illustres capitaines, d'éclatants chevaliers, des gouverneurs au nom sonore. On entendait encore dans le silence retentir leur pas éperonné. Parmi les portraits mélangés des saints et des rois on les revoyait se prosternant dans la chapelle d'Espagne, leurs pourpoints luisaient quand ils passaient sous les ogives flamboyantes... Ils étaient le beau passé, ils restaient un peu le présent de la petite ville endormie. On songeait à eux invinciblement quand on allait, à travers la paix des ruelles, vers le petit port immobile.

La mer tout doucement depuis leur temps s'était retirée. Les sables peuplés d'argousiers avaient entouré, comme un flot nouveau, les murailles. Les murailles s'étaient écroulées; le phare pointu du comte Guy bâti de briques pâles était resté, au bord du chenal, délaissé comme un témoin pensif, et le chenal s'était prolongé à travers les dunes, mélancolique et têtu, bordé d'une file d'arbres obliques. Du port on les voyait accourir, poursuivis par le vent, et remonter le cours des canaux et des rivières qui, du fond des bassins, vont au cœur de la Flandre. Le quai restait désert. Une odeur de marée y flottait aux heures de flux... Et la voici qui flotte encore malgré tout, avec le vent de deuil et le vent de gloire, à cette heure où le voyageur imprudent s'attarde sur les cendres de cette ville—de cette ville où il n'y avait pas de chef-d'œuvre, mais qui était elle-même un poème gris et or, un cimetière mélancolique.

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Le charme de Dixmude était tout différent. Dès l'abord une bouffée de fraîcheur vous y montait à l'âme. Cette petite ville, un peu élevée sur la berge de l'Yser, et d'où jaillissaient, autour du haut clocher, de minces tourelles d'ardoises, semblait légère comme une âme. Et du petit Béguinage fleuri, aux confins de la ville où elle suivait doucement, pour les abandonner bientôt dans les campagnes molles, les petits canaux déserts, cette fraîcheur errait comme un baiser de jeune fille. Elle était pourtant si vieille, la petite ville, si repliée sur elle-même, si tendrement silencieuse, elle qui sortie de la nuit des âges semblait en aimer mieux la lumière du printemps. Partout le paradoxe sous mille formes se répétait: les hôtels aux murs lézardés avaient des rideaux fraîchement blanchis derrière les vitres bien lavées, des glycines débordaient des jardins centenaires, et l'herbe qui poussait entre les pavés des ruelles ne semblait point la marque persistante de l'ennui, mais l'obstination de la vie.

Sauf de rares édifices aux pignons à redans—ces pignons qu'on nomme espagnols en Flandre et flamands en Espagne—les maisons n'avaient pas de style, elles étaient simples et carrées, avec des portes hospitalières et des toits rouges, brunis par le temps. Mais elles s'étaient si bien fondues à l'ensemble, penchées l'une vers l'autre, que, patinées par l'atmosphère de brume et de soleil mouillé, elles semblaient avoir toujours été. Le miracle de cette fusion était si insensible et si doux à Dixmude que l'hôtel de ville gothique, bâti il y a moins d'un demi-siècle sur la grand'place, paraissait à peu près le contemporain de la vénérable église qui se haussait derrière lui pour mieux surveiller la ville.

Jordaens régnait dans cette église. Au-dessus du maître autel ses couleurs les plus éclatantes se mêlaient à l'azur vague de l'encens. Qu'est devenue cette Adoration des Mages? A-t-elle été déchirée par le fer ou tordue par les flammes? Gît-elle encore écrasée sous les pierres croulées de l'autel, sous les débris du tabernacle qui se levait au bord du chœur dans sa grâce élancée et frêle, sous les restes amoncelés de ce jubé de pierre blanche transparent à force d'avoir été fouillé par le ciseau le plus hardi, et qui, dressé à l'entrée de la nef, semblait un léger voile tendu pour tamiser la flamme brûlante du tableau célèbre?

Des bords de l'Yser où sont nos tranchées, quelle silhouette tragique est celle de Dixmude découronnée, mutilée, calcinée! On songe au canal d'Handzaeme qui glissait le long de l'auberge du Perroquet pour caresser ensuite le charmant hôtel des gouverneurs castillans, et dont Gilsoul a peint la douce vie! On se demande ce qui subsiste de la curieuse prison dont la façade ressemblait à celle d'un calme couvent, et ce qu'est devenue au Béguinage la maison blanche de la Grande Demoiselle et la petite église posée de guingois au fond de la cour, parmi les lilas et les roses.

LÉON CASSEL—LA MAISON DU PASSEUR, SUR L'YSER ET L'YPERLÉE MAISON HISTORIQUE (PEINTURE)

RUINES DE LA MAISON DU PASSEUR

App. à S. A. R. Mme la Comtesse de Flandre.

VICTOR GILSOUL—L'YSER A DIXMUDE (PEINTURE)

Ph. Paul Becker.

App. à Mme Le Marinel.

VICTOR GILSOUL—VIEILLES MAISONS A DIXMUDE, QUARTIER COMPLÉTEMENT DÉTRUIT (PEINTURE)

L'expert allemand qui suit méthodiquement l'incendiaire et qui fait son rapport sur les œuvres d'art détruites certifiera qu'en dehors du Jordaens, chef-d'œuvre dûment catalogué, il n'y a rien à regretter à Dixmude, ville que les professeurs d'architecture n'ont pas classée, et dont les monuments ne sont pas figurés par des numéros dans des manuels! Malheureux qui n'a compris la beauté que sur fiches! La grâce propre d'une petite ville, son émouvant visage, son silence, le parfait accord de ses pierres et de son âme, la ligne traditionnelle de ses maisons, ses œuvres d'art montées naturellement du sol et qui sont devenues nécessaires dans un ensemble harmonieux, tout cela lui échappe. Et, de même, lui échappera autour de la cité à jamais détruite la grave beauté des grandes fermes de la Renaissance, avec leurs vastes granges, leur forme traditionnelle, leur corps de logis surélevé—ces belles fermes dont le spécimen le plus parfait est la ferme de Bogaerde, si largement assise là-bas, entre la dune et les prairies, non loin de Furnes.

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Au moins, sur la grand'place de Furnes, l'archéologue, même allemand, ne pouvait s'empêcher d'admirer. Avant l'insulte des bombes elle formait un des plus beaux ensembles architecturaux du monde. Il n'y avait là qu'une ou deux maisons qui ne fussent pas célèbres. Ce n'était pas la grâce altière et dorée de la grand'place de Bruxelles, ni la magnificence—à la fois orgueilleuse et tendre—d'Ypres, la sublime déchue, ni le grand poème mélancolique de Bruges, c'était quelque chose de plus intime qui ne détonnait point dans une villette exigüe et modeste, qui l'achevait au contraire, la faisait complète et parfaite et sans rien lui ôter de sa simplicité. Imaginez un vaste carré bordé de boutiques de briques grises s'achevant en pignons étagés, avec, autour des croisées, des colonnettes et des guirlandes. Des monuments d'une exquise élégance faisaient à droite et à gauche le coin des rues. Et tout près, par dessus les toits, deux églises se regardaient, Saint-Nicolas, à la tour carrée, Sainte-Walburge qui n'était guère qu'un chœur gothique levé vers le ciel comme une châsse.

Au pied de celle-ci, sous un beffroi charmant, le palais de justice bâti en 1613 par Sylvanus Boulin contenait la chapelle de la Chatellenie et son beau jubé de chêne sculpté. Un beau portrait de Louis XIV surmontait dans la salle des Pas-Perdus la grande cheminée de Jérôme Stalpaert. Une vieille porte reliait cette salle aux salons de l'hôtel de ville, tapissés de cuir de Cordoue.

Cet hôtel de ville, complétant avec le palais de justice un des angles de la place, ouvrait sa porte d'ombre sur un gracieux perron à colonne. Construit en 1596 il ne se composait que d'un seul pignon; on en ajouta un second à peu près semblable vingt ans plus tard, et une inscription spirituelle, coronabor augendo, répondit du faîte du nouveau bâtiment au pompeux finis coronat opus qui couronnait la façade primitive. Avec les dessins capricieux taillés dans ses murs de briques jaunes, avec sa tourelle terminée par un léger bulbe d'ardoises, avec son porche ouvert sur une cour pittoresque où les paysans, aux jours de marché, dételaient leurs carrioles, ce monument sans prétentions avait une grâce inimitable. Il en était de même, à l'autre bout de la place, de l'ancienne auberge de la Pomme d'Or qui devint au XVIIe siècle la maison des officiers espagnols, et de l'Hôtel de la Noble Rose (la première maison qu'atteignirent les bombes) qui n'avait pas perdu sa destination primitive, et où déjà l'archiduchesse Isabelle avait dîné sous le manteau d'une séculaire cheminée. La Halle aux viandes, le pittoresque corps de garde, en face de l'hôtel de ville, à l'angle du marché aux pommes, la belle maison du Pélican aux délicats meneaux de briques... il faudrait nommer l'une après l'une, décrire l'une après l'une avec amour, toutes les maisons de cette place, bâties sans plan d'ensemble et si proches parentes dans leur spontanéité naïve.

Il faudrait relire surtout, avec piété et avec délices, le roman curieux et frais où Camille Lemonnier a raconté par le menu l'histoire mystique de la ville. Le Petit Homme de Dieu était le meilleur guide pour le poète passant là-bas. Il le reste pour le rêveur qui veut évoquer aujourd'hui l'humble et glorieuse cité. Avec lui ressuscitent et se précisent tous les détails du beau décor. L'ayant lu, on ne pourra baiser les pierres sacrées des ruines sans sentir sous ses lèvres sourdre une âme adorable et claire.

Ceux qui n'ont pas connu Furnes douce et vivante, ceux qui n'ont pas, quittant l'ombre de Saint-Nicolas, erré dans les ruelles désertes, le long des petits couvents et des grands jardins, et des placettes où quelque chose d'indéfinissable semblait, dans le silence, toujours mourir, ceux qui n'ont pas fait le tour des vieux boulevards bordés de canaux et de haies, ceux qui ne se sont pas arrêtés sous les porches, à l'entrée des cours d'auberge, aux carrefours mystérieux, n'ont pas connu dans toute sa déchirante beauté cette petite ville innocente. Du bord des faubourgs, des fenêtres des cabarets, des chemins champêtres, des impasses, de partout l'on voyait groupées différemment, encadrées autrement, éclairées d'une autre lumière les trois tours de la grand'place, dont l'une était carrée comme la foi, l'autre légère comme l'amour, la troisième élancée comme l'espérance.

Dresse-t-elle encore, celle-ci, sa pointe aigüe sur le chœur de Sainte-Walburge, n'a-t-elle pas, à travers la toiture d'ardoise fine, chu dans l'église bombardée, parmi les stalles d'Urbain Taillebert, les statues de la Renaissance, le Christ de la confrérie auquel le jour de leur admission les jeunes gens de Furnes se liaient symboliquement à l'aide d'une corde vénérable. Et que sont-elles devenues les naïves stations sculptées représentant la vie du Christ, que des pénitents en cagoule brune promenaient encore à travers les rues le 29 juillet dernier, au cours de la procession traditionnelle, tandis que roulaient déjà, sur les chemins d'Allemagne, les canons sacrilèges qui allaient à distance tuer ce qui ne devait pas mourir.

Pierre Nothomb.

CH. FOUQUERAY
RUINES DU VILLAGE DE RAMSCAPPELLE GARDÉES PAR NOS FUSILIERS MARINS (AQUARELLE)

CH. FOUQUERAY
RUINES DE L'ÉGLISE DE PERVYSE (AQUARELLE)

TOUR DE L'ÉGLISE DE DIXMUDE
APRÈS LE PREMIER BOMBARDEMENT

Ph. Commdant Lauwers.

NIEUPORT—RUINES DE L'ÉGLISE

Ph. Capit. Gérard.

RENINGHE—INTÉRIEUR DE L'ÉGLISE EN RUINES

Ph. Capit. Gérard.

RENINGHE
TOUT CE QUI RESTE DE L'ÉGLISE


LAMPERNISSE

A un coude de la route, dont les grands arbres sont courbés par le vent de la mer, la tour de Lampernisse apparaît ramassée et farouche.

On dirait d'une sentinelle avancée à l'entrée du champ de bataille. Par delà, c'est la plaine infinie de l'Yser avec des tas de décombres, d'où émerge parfois la silhouette déchiquetée d'un clocher. Jadis ce furent des villes et des villages, Nieuport et Dixmude, Pervyse, Ramscappelle, Oostkerke,—noms inconnus hier, illustres aujourd'hui. Les toits rouges et les murs blancs des fermes tranchent sur le vert émeraude des prairies. Les rangées d'arbres, décimées et appauvries, conduisent les routes vers le pays occupé. Le miroir des inondations brille au loin, bleu ou gris selon les aspects changeants du ciel immense. Constamment les fumées blanches ou noires des obus picotent le paysage de taches mouvantes. Le canon gronde, assourdi ou proche. Et cependant, dans les pâturages humides, les vaches, paisiblement, ruminent.

Devant son église éventrée, au milieu du cimetière dévasté, parmi les pauvres maisons ruinées du hameau, la tour de Lampernisse évoque l'image de la Niobé, debout encore et menaçante parmi les cadavres de ses enfants.

Seule elle est restée, presqu'intacte, à peine écornée par la mitraille qui fait perpétuellement rage autour d'elle.

Elle est représentative du type de ces vieilles tours en briques de la région maritime, flanquée de contreforts massifs, accostée de la tourelle d'un escalier en pas de vis, percée de hautes fenêtres en ogive et couronnée d'un clocher d'ardoises, entre de minuscules poivrières.

C'est l'expression rustique de cette altière architecture dont les Halles d'Ypres étaient, naguère, le plus admirable spécimen et qui rappelle, dans les constructions civiles et religieuses, le caractère guerrier de la grande époque communale.

Tour guerrière, elle semblait prédestinée aux assauts qu'elle a subis.

Ses abords sont d'un tragique intense. La désolation du petit cimetière est sans nom. On enjambe des gravats et des troncs d'arbres. Pêle-mêle, dans les énormes entonnoirs creusés par les obus de vingt et un, les humbles croix brisées voisinent avec les ossements et les bières déchiquetées.

Près des sépultures villageoises, des tombes fraîches de soldats tombés au champ d'honneur sont ornées avec un soin touchant de fleurs et de dessins faits de cailloutis et de bricaillons.

L'une d'elles ne réunit pas moins de quarante-deux chasseurs alpins, tués par un même obus, lancé traîtreusement, par une nuit obscure de décembre, dans la nef latérale de l'église.

L'on pénètre sous la tour par une haute porte en ogive. Les nervures de la voûte, qui forment un narthex, où débouchent l'escalier de la tour et la logette du baptistaire, s'amortissent sur des culs-de-lampe ornés de têtes naïves. L'une, un jeune homme imberbe aux cheveux bouclés, est d'un style excellent qui rappelle celui de ces admirables talons de poutres du XVe siècle, provenant d'Ypres, que l'on pouvait voir à l'Exposition d'art ancien, à Gand, en 1913.

Le narthex s'ouvre directement sur l'église par un arc élevé, barré par le jubé et les orgues datant du XVIIIe siècle.

Le vaisseau, accosté de bas côtés étroits, se prolonge en trois nefs égales, plus hautes et plus claires, débordant latéralement, à la façon d'un transept. Il se produit ainsi une alternance de pénombre et de lumière plus saisissante encore dans l'état actuel de délabrement de l'église.

Les arcs des travées sont supportés par des colonnes de pierre, massives, aux chapiteaux frustes d'un galbe écrasé, qui en font remonter la construction au XIVe siècle.

Les voûtes sont en bois apparent, portées par des corbeaux naïvement historiés. Tandis que les nefs latérales se terminent carrément, à la nef centrale s'ajoute une abside polygonale, entre les deux sacristies.

A l'obus fatal de Décembre, qui éventra la nef de droite et renversa l'un des piliers, en ont succédé d'autres, crevant la toiture, faisant éclater les vitraux, arrachant des murailles les boiseries et les confessionnaux.

Tout cela formait un fouillis pathétique sur le dallage jonché d'une paille souillée du sang des victimes et des débris de leurs équipements... Seule la petite chaire de vérité, sauvée depuis de désastres futurs, se dressait comme un défi ironique à la barbarie teutonne, la chaire d'où si souvent étaient tombées des paroles de paix et de fraternité universelle...

En dépit des restaurateurs qui n'avaient pas manqué de peinturlurer les voûtes et d'orner le chœur d'un autel de style néo-gothique et de quelques abominables statues polychromes, la nef avait gardé ce caractère si sympathique des vieilles églises des Flandres.

La tourmente du XVIe siècle, dont les horreurs pâlissent à coté de celles de la guerre actuelle, avait dépouillé celles-ci de la plupart de leurs ornements et de leur mobilier. Il fallut bien les remplacer et les générations qui suivirent s'employèrent, de leur mieux, à rendre aux temples leur splendeur primitive.

Il en résulta un disparate pittoresque, naïf et touchant qui fait horreur aux architectes officiels, épris de l'unité de style, mais qui réjouit les artistes et les poètes. L'église apparaît bien comme la maison de tous et de tous les âges et la foi s'y manifeste vivante et continue.

Ainsi, à mon sens, à la sévérité grêle du gothique, la redondance des autels de style baroque, avec leurs lourdes colonnes, leurs chapiteaux surchargés, leurs draperies héroïques, se marie parfaitement. Des Rubens de village les ont ornés, mais comme les autels éclatants d'Anvers et de Gand, ils célèbrent, sur un ton plus humble, le catholicisme triomphant et théâtral qui, manié magistralement par les Jésuites, s'employa, au XVIIe siècle, à oindre les plaies vives et à engourdir les espérances déçues.

Puis les huchiers rustiques s'efforcèrent d'habiller les froides murailles de boiseries et de confessionnaux de chêne. Sous le ciseau du paysan flamand l'élégance des rinceaux français a pris une physionomie à la fois robuste et colorée, qui n'est pas sans charmes. Aux piliers s'accrochent des torchères de bois doré et des obits en losange des seigneurs de l'endroit. L'éclat des cierges et des fleurs en papier doré entoure de gloire la Vierge resplendissante sous son lourd manteau de velours broché et son voile de dentelle arachnéenne...

Agenouillez sur les chaises de paille, quelques femmes en mante noire, et vous aurez l'image mystique et paisible que présentait, aux jours heureux, l'église, aujourd'hui ravagée, de Lampernisse.

Celle-ci s'enorgueillissait d'un Christ célèbre, que j'espère sauvé du désastre, et qui sans doute figura au Petit Palais, avec les reliques du pays de l'Yser.

Dans un des bas côtés, un monument conçu en pseudo-gothique, d'il y a une cinquantaine d'années, évoque le souvenir glorieux du poissonnier Zannekin, tombé en héros, au Mont Cassel, le 23 août 1328, à la tête des milices communales. Ce cénotaphe sanctifie par son voisinage les tombes proches des humbles soldats morts, pour la patrie, aux champs de l'Yser.

A Lampernisse, petit village au nom sonore et doux, Charles de Coster a placé l'épilogue de son livre épique, si cher à nous autres Belges, et qui, évoquant nos luttes sanglantes du XVIe siècle, nous sera dorénavant plus cher encore.

Le curé, le bedeau, l'échevin, le notaire, le fossoyeur, toutes les autorités religieuses et civiles de Lampernisse, trouvent, un beau jour, étendus dans une prairie voisine, les corps nus et inanimés d'Uylenspiegel, l'incarnation de la résistance des Flandres à la tyrannie espagnole, et de Nèle, sa petite amie.

Ils s'apprêtent à les ensevelir en terre bénie. Or, le héros reprend ses sens et leur lance cette fière apostrophe:

«Est-ce qu'on enterre Nèle, le cœur, Uylenspiegel, l'esprit de la mère Flandre!...»

Il ne nous reste de la Flandre maternelle qu'un petit lambeau de terre ravagée. Ses bourgs et ses villages ne sont plus que des ruines fumantes, et pourtant beaucoup d'habitants s'y terrent avec ténacité, ne pouvant se résoudre à les quitter. Face à l'ennemi, nos soldats regardent éperdûment vers l'Est, par delà leurs tranchées, par delà l'Yser... la mère Flandre captive, qui attend d'eux la délivrance.

En Flandre, mai 1915.

Jean de Mot.
Conservateur du Musée
du Cinquantenaire de Bruxelles.