Lisette seule a le droit de sourire

Quand je lui dis: Je suis indépendant.

Ou bien:

Allons, ma belle,

Paie à ton tour

D'un peu d'amour

Le troubadour.

«Beaupertuis, ajouta-t-il, vous êtes jeune, prêtez l'oreille à votre ancien. Moi aussi j'ai été jeune, très-jeune; personne n'a été plus jeune que moi. La vie sans amour est une pipe sans feu. En voyage, il faut des femmes comme il faut des relais; autrement l'existence est un vrai désert de Saharah. Encore dans le désert trouve-t-on des caravanes de chameaux. Règle générale, le voyageur digne de ce nom se ménage un caprice, par arrondissement; c'est le moins qu'il puisse, faire pour le sentiment et sa dignité d'homme.»

Potard eût parlé longtemps ainsi sans être interrompu dans ses excursions sur les domaines de la galanterie; Beaupertuis ne l'écoutait que machinalement et s'abandonnait à ses popres réflexions. Pour peu qu'on ait suivi ce récit avec quelque soin, on aura pu s'assurer de deux choses: la première, c'est qu'Édouard était un habitué de cette maison: la seconde, c'est qu'il ne s'attendait pas à y trouver le père Potard. De stratagème en stratagème, il était parvenu à donner à ce dernier une explication satisfaisante; mais il lui restait à éclaircir l'autre partie du mystère. A quel titre le troubadour se trouvait il là, entre ces deux femmes? Était-ce comme maître un comme commensal? Quels droits avait-il sur cette jeune fille? Ces idées se pressaient dans l'esprit d'Édouard, et un doute pénible venait s'y mêler. Sous l'empire de cette préoccupation, il essaya de renverser les rôles, et de mettre son ancien sur la sellette.

«Père Potard, lui dit-il, vous êtes en fonds pour les vieux péchés; ce n'est pas d'aujourd'hui que votre réputation est faite; vous avez jonché la France de victimes, on sait cela.

--Merci, Beaupertuis, vous rendez justice à vos maîtres; c'est d'un bon naturel. La jeunesse est si présomptueuse à présent!

--Il me semble pourtant, troubadour, que de tous vos exploits, vous oubliez le plus beau. Sur les grandes routes, on peut ne pas se montrer toujours délicat; mais ici, corbleu! vous roulez, sur du choisi. Je vous en fais mon compliment, c'est la fleur des pois.»

Ces paroles, prononcées avec une légèreté qui cachait mal un profond dépit, opérèrent un changement à vue dans la physionomie du voyageur. D'épanouie qu'elle était, elle devint tout à coup sombre et inquiète.

«Pour l'amour de Dieu, jeune homme, ne parlons pas de ça. Plaisantez Potard pour tout ce qui dépasse le seuil de cette porte, c'est bien; il s'y prêtera, il fera chorus. Potard au dehors sera toujours Potard, Potard le noceur, le balochard, le joyeux compère, toujours prêt à chanter la mère Godichon en troubadour qu'il est. Oui, à mort, Beaupertuis, jusqu'à extinction de chaleur naturelle et d'ut de poitrine! Mais ici, ajouta-t-il avec un accent plein d'amertume, ici rien, s'il vous plaît; rien sur cette maison, rien sur ce que vous avez pu y voir. Le hasard vous y a fait entrer; oubliez tout, je vous en conjure.

--Une si jolie fille, ce sera difficile, père Potard.

--Cessez ce langage, jeune homme, reprit le voyageur en prenant la main d'Édouard et la serrant avec vivacité; cessez ce langage, ou nous nous fâcherons. Vous avez un mystère dans votre vie; moi, j'en ai un aussi qu'un seul homme au monde devra un jour connaître, et cet homme, ce n'est pas vous. Écoutez, voulez-vous que nous restions en de bons termes? ajouta-t-il d'un ton suppliant.

--Mais sans doute, père Potard, répondit le jeune homme, touché malgré lui.

--Eh bien! jurez-moi de rayer cette soirée de votre mémoire, de ne m'en plus parler, de n'en parler à personne au monde.

--Comme vous êtes solennel!

--Le jurez-vous?

--Mon Dieu, très-volontiers.

--Merci, jeune Beaupertuis, vous êtes un galant homme; mais il me faut encore une promesse.

--Laquelle? Vous êtes exigeant aujourd'hui.

--C'est que vous ne chercherez plus à remettre le pied ici. Restons chacun sur nos terres, et point d'excursions, s'il vous plaît. Vos grandes dames en seraient trop jalouses.»

Après avoir prononcé ces mois, Potard se leva pour faire comprendre à Édouard que la séance était terminée, il prit lui-même une lampe et accompagna le jeune homme jusqu'à la porte de la maison, où ils échangèrent un adieu en apparence cordial. Cependant, au moment de se séparer, l'un et l'autre trahirent leur pensée par quelques paroles qui moururent sur leurs lèvres.

«Un mystère! Eh bien! je le saurai malgré toi, vieux satyre, se dit Beaupertuis.

--Ce jeune homme en a trop vu! Il faudra changer de logement,» se dit le prudent Potard.

Quand le troubadour fut remonté, il voulut s'assurer si Jenny était remise de ses frayeurs. La jeune fille n'avait pas quitté sa chambre, et Marguerite venait de s'y asseoir à ses côtés avec son rouet. Potard les trouva toutes les deux fort tranquilles; la physionomie de Jenny avait même quelque chose de plus gai et de plus épanoui que de coutume.

«Eh bien! dit le voyageur en déposant sa lampe sur une chiffonnière, voilà une soirée fertile en événements. Il l'a tout de même échappé belle, ce jeune homme; un coup de pouce de plus et je l'étranglais. J'étais si monté!

--Ce n'est donc pas un voleur? répondit Jenny en retenant avec peine un sourire.

--Au contraire, c'est un très-galant homme, le fils d'un de nos fabricants de châles; premier crédit; fameux papier!

--Le fils d'un fabricant! s'écria la jeune fille en relevant la tête. En êtes-vous bien sûr, bon ami?

--C'est connue je le dis, ma petite.

--D'un fabricant de châles! ajouta-t-elle, redevenue rêveuse et inquiète.

--Châles, soieries et nouveautés, reprit Potard; de gros faiseurs qui ont maison à Londres et aux États-Unis, les Beaupertuis.

--Les Beaupertuis, bon ami; et ce jeune homme est un Beaupertuis?

--Édouard Beaupertuis, ma petite, un charmant enfant que, j'ai connu en voyage; pauvre chanteur, mais beaucoup de moyens. Mais qu'est-ce que tu as donc, Jenny? on dirait que tu vas passer. Comme te voilà pâle!

--Ce n'est rien, bon ami; l'émotion de tout à l'heure, l'idée que tel homme, pouvait être, un voleur...

--Un voleur de cœurs, ma mignonne; c'est son genre d'industrie. Il paraît que le gaillard s'en acquitte à merveille.

--Vous plaisantez toujours, dit la jeune fille de plus en plus troublée; un voit que vous fréquentez les mauvais sujets, non ami.

--Allons, voilà que tu me grondes. Eh bien! tu as raison, je ne devrais pas tenir de ces propos. Que veux-tu, petite? à cinquante ans on ne se refait pas.

--C'est donc un coureur que votre Beaupertuis? reprit la jeune fille, qui semblait craindre l'effet de ses scrupules et désirait prolonger cette confidence.

--Un coureur? pas précisément, Jenny; il paraît au contraire qu'il entretient une grande passion, une passion volcanique.

--Vraiment!...

--Oui; et c'est pour cela qu'il montait la garde dans l'escalier. Règle générale, une passion véritable est la compagne des factions infiniment prolongées.»

A ces mots les deux femmes, par un mouvement spontané, se regardèrent et jetèrent ensuite les yeux sur Potard, comme si elles eussent craint un piège. Celui-ci continua de l'air le plus naturel du monde:

«Au fait, l'objet en vaut la peine.

--Mon Dieu, bon ami, dit Jenny avec la mort dans l'âme, comme vous nous faites soupirer après les choses. Au fond, qui se soucie de votre Beaupertuis? ajouta-t-elle avec un peu d'emportement.

--Allons, petite, ne te fâche pas; j'ai voulu plaisanter. Les femmes sont si curieuses! Voici l'affaire en quelques mots: le Beaupertuis a une intrigue avec une grande dame.

--Une grande dame! s'écria Jenny, frappée au cœur.

--Une dame de Bellecour, poursuivit Potard. Il est entré avec moi dans les plus grands détails: une dame à panaches, un morceau de choix. Il faut dire qu'il est très-bien, ce jeune homme!»

La jeune fille ne put pas en entendre davantage; elle était à bout des efforts qu'elle avait faits pour se vaincre. Son visage se décomposa, un frisson violent se déclara dans tous ses membres, ses dents se choquèrent avec une vivacité convulsée et elle tomba étendue sur le parquet, mourante et sans mouvement. Marguerite courut chercher de l'eau fraîche, et Potard, en donnant les premiers soins à la malade, dit à demi-voix:

«Je m'en doutais: il y a quelque chose là-dessous. Pourvu que je suis arrivé à temps!»

(La suite à un prochain numéro.)



Mont-de-Piété-de-Paris,

L'administration du Mont-de-Piété de Paris vient de publier le compte rendu de ses opérations pour l'exercice 1842. Les résultats sont plus importants encore que ceux de l'année 1841, que nous avons fait connaître à nos lecteurs dans le numéro de l'Illustration du 29 avril 1843.

Toutes les opérations concernant les prêts sur nantissement sont accomplies soit directement, au chef-lieu, à la succursale ou dans les bureaux auxiliaires, soit par l'entremise des commissionnaires. En voici le tableau sommaire:


[Note du transcripteur: Les données de ce tableau sont trop atrophiées, dans le document source, pour pouvoir en assurer la transcription sans erreur.]

MOYENNE DES OPÉRATIONS DIRECTES.

Engagements.              25 fr.
Renouvellements           50
Dégagements               17

MOYENNE DES OPÉRATIONS PAR COMMISSIONNAIRES.

Dégagements               16 fr.
Renouvellements           24
Dégagements               16

Les engagements effectués en 1842 présentent, sur ceux de l'année précédente, un accroissement de 73,557 articles et une augmentation en sommes de 1,863,557 fr. Cependant ces deux chiffres ne sont pas l'expression d'une progression suivie. En effet, l'année 1841, comparée à l'année 1840 offrait dans les dépôts un abaissement de 114,025 articles, et, dans les sommes prêtées, de 988,744 fr. Pour assigner un chiffre à une progression qui est réellement sensible, il faut grouper les quatre années de 1839 à 1842, et l'on trouve qu'un peut pour attribuer à chacune, en moyenne, sur 1938, un accroissement de 47,816 articles, représentant la somme de 1,568,473 fr.

La somme totale des engagements en 1842 est la plus élevée qui se soit encore produite au Mont-de-Piété, elle a dépassé vingt-cinq millions. La moyenne des prêts effectifs, qui était, en 1840 de 15 fr. 21 c., en 1841, de 15 fr. 85 c., a été, en 1842, de 16 fr. 41 c., soit 50 c. de plus par article.

La moyenne générale des dégagements a été de 16 fr.

Si aux entrées du Mont-de-Piété, soit 1,120,394 articles pour 25,318,134 fr.

Nous ajoutons les sorties, y compris les renouvellements, soit 1,368,296 articles pour 24,037,620 fr.

Nous obtenons, comme mouvement du Mont-de-Piété, 2.788,690 articles pour 49,655,751 fr.

Le Mont-de-Piété prête à partir de trois francs et au-dessus. Le tableau suivant indique le nombre et la quotité des prêts.

                    PRÊTS CLASSÉS PAR SÉRIES.

                           Articles           Sommes
        de 3 à 5 fr.       611,700          2,152,852 fr.
        de 6 à 10 fr.      366,909          2,937,380
        de 11 à 20 fr.     171,186          2,684,810
        de 21 à 30 fr.      81,501          2,195,978
        de 31 à 40 fr.      48,785          1,695,396
        de 41 à 50 fr.      37,828          1,766,767
        de 51 à 100 fr.     74,511          5,240,095
        de 101 à 200 fr.    11,849          1,680,233
        de 201 à 500 fr.    11,666          5,264,807
        de 500 à 1,000 fr.     660            485,210
        de 1,001 à 5.000 fr.   143            729,365
        de 5,001 fr. et
                  au-dessus.    26            185,213
                         ____________________________
        total            1,520,394         25,318,134

En 1839, la proportion des engagements effectués directement par le public était sur la totalité de 9 pour cent seulement; elle s'est élevée, en 1840 à 12 pour 100; en 1841, à 17 pour cent; en 1842, à 18 pour 100. Cette augmentation est due à la création de deux bureaux auxiliaires.

Cette amélioration apportée dans le service du Mont-de-Piété est très-avantageuse pour le public. Quelques explications le feront comprendre.

Le Mont-de-Piété de Paris, créé en 1777, ne se composait d'abord que de l'établissement situé rue des Blancs-Manteaux. La plus grande partie des personnes qui se trouvaient dans la nécessité d'y recourir perdaient, à raison de leur éloignement, un temps d'autant plus précieux qu'elles étaient plus pauvres. On autorisa donc l'ouverture de vingt bureaux de commissionnaires qui devaient, moyennant des droits déterminés, servir d'intermédiaires entre les emprunteurs et le Mont-de-Piété. Cet état de choses dura jusqu'à la révolution.

Fermé à cette époque, le Mont-de-Piété fut réorganisé par le décret du 21 messidor an XII et soumis, le 8 thermidor an XIII, à un règlement qui le régit encore aujourd'hui. Ni le décret, ni le règlement ne parlent des bureaux des commissionnaires, ils ne font mention que des succursales à créer. L'intention formelle de la loi était de mettre le public à même de s'adresser directement au Mont-de-Piété, afin de lui épargner les frais de commission. L'insuffisance des fonds nécessaires à l'établissement des succursales obligea cependant l'administration à recourir aux commissaires; mais cette mesure provisoire ne fut prise qu'en attendant que des circonstances plus favorables permissent de s'en passer.

L'esprit de routine, une direction inintelligente, pour ne pas dire plus, la situation précaire du Mont-de-Piété, des influences étrangères à la bienfaisance, ont fait longtemps fermer les yeux sur les abus qui ressortent, pour l'ordre public et pour les emprunteurs, de l'institution des commissaires. Il a fallu près de quarante ans pour s'apercevoir, d'une part, que des industriels qui ne sont mus que par le désir de s'enrichir aux dépens des pauvres, n'offrent, en général, que peu de garantie, et à la société et aux emprunteurs; que leur extrême facilité à recevoir des nantissements favorise trop souvent le vol et la débauche et égare l'imprévoyance; et d'autre part, que les commissions perçues en vertu d'un droit fixe et relatif à chaque opération, quelle qu'en soit la durée, et aussi élevé pour un prêt d'un seul jour que pour un prêt d'une année, sont une charge fort onéreuse pour le publie.

En admettant que tous les Commissionnaires soient d'une probité parfaite, qu'ils ne se permettent pas de prélever des droits qui ne sont pas dus, qu'ils ne spéculent pas sur la misère et les mauvaises passions, qu'ils apportent dans leurs opérations une surveillance consciencieuse et sévère, il n'en est pas moins évident que les emprunteurs auraient un grand avantage à ne pas elle obligés de se servir de leur intermédiaire, qui renchérit considérablement le prêt.

L'administration du Mont-de-Piété l'a compris, un peu tard, il est vrai. En 1839 et 1840 elle a établi deux bureaux auxiliaires de prêt gratuits en ce sens qu'ils ne perçoivent pas de droits de commission, mais seulement le droit général de 9 pour cent par an. Depuis le 1er janvier 1843, le premier mois se paie en entier au taux de 3/4 pour 100. Après le premier mois, le droit se prélève par quinzaine aux taux de 3/8 pour 100.

Les droit des commissionnaires sont ainsi fixés:

2 pour cent pour enregistrement,
2 pour cent pour renouvellement,
1 pour cent pour dégagement,
I pour cent pour perception de boni.

Les opérations directes économisent ces frais aux emprunteurs. Un exemple prouvera combien, sous ce rapport, les bureaux auxiliaires sont utiles.

Soit un prêt de 9 fr. pour quinze jours;

Le Mont-de-Piété prélève                                  5 c.
Le commissionnaire pour engagement et dégagement         30
Total                                                    35 c.

Sur 35 centimes, le commissionnaire prend donc pour sa part 30 centimes. Supposons que ce prêt se renouvelle tous les quinze jours, le prêt aura coûté à l'emprunteur, au bout de l'année:

Pour droits de Mont-de-Piété.  1 fr.   20 c.
Pour droits de commissionnaire. 7       20
Ensemble.                       8 fr.   40 c.

Or, les 7 fr. 20 c. perçus par le commissionnaire représentent plus de vingt-cinq kilogrammes de pain.

Bien que l'emprunteur éprouve un véritable préjudice à employer le commissionnaire, il ne peut cependant s'en passer, attendu que la perte de temps qui serait la conséquence de son recours direct au Mont-de-Piété, entraînerait pour lui un dommage encore plus grand en le privant, s'il est ouvrier, par exemple, du salaire de sa journée.

Avant l'établissement des bureaux auxiliaires, la comparaison des opérations faites directement par les emprunteurs avec les opérations faites par l'entremise des commissionnaires, donne les résultats suivants:

Engagements directs              9 pour 100
Par commissionnaires            91
Renouvellements directs         40 pour 100
Par commissionnaires            60
Dégagements directs             44 pour 100
Par commissionnaires            56

Les deux bureaux auxiliaires ont déjà changé cette proportion. En 1842, elle est, savoir:

Engagements directs             18 pour 100.
Par commissionnaires            82
Renouvellements directs         44 pour 100.
Par commissionnaires            56
Dégagements directs             52 pour 100.
Par commissionnaires            48

La somme totale perçue par les commissionnaires est, pour Cette dernière année, de 41,285 fr. 64 c.

La création de bureaux auxiliaires en nombre suffisant fera disparaître complètement les inconvénients attachés aux bureaux des commissionnaires. Placés à la portée de tous, ils présenteront les mêmes facilités d'engagement et de dégagement aux emprunteurs, qui gagneront en outre les droits du commission.

L'expérience des deux bureaux auxiliaires établis a engagé l'administration à demander l'ouverture d'un troisième.

Cette mesure se généralisera promptement, nous l'espérons du moins, et pourra faire jouir de ses avantages tous les quartiers de Paris. C'est un service que le conseil d'administration du Mont-de-Piété est appelé à rendre à la population pauvre.

Les ressources du Mont-de-Piété lui permettent d'y consentir les avances nécessaires. Nous disons les avances, parce que les deux bureaux, loin d'être à charge à l'administration, ont produit pour 1842 et les deux premiers mois de 1843 un excédent de recettes de plus de 23.000 francs.

D ailleurs, jamais la situation financière du Mont-de-Piété n'a été meilleure. Le solde de compte des profits et pertes présente, en bénéfices à verser dans la caisse des hospices pour l'exercice de 1842, une somme de 334,152 fr. 11 c.

En approchant cette somme de la moyenne que présentent les bénéfices d'exploitation pendant les cinq dernières années, de 1837 à 1841 compris, on trouve, sur cette moyenne, une augmentation de 677,109 fr. 17 c.

Voici la récapitulation de ces cinq années:

        1837, bénéfices:        176,766 fr. 63 c.
        1838                    198,712     52
        1839                    195,511     86
        1840                    331,215     58
        1841                    429,979     85
                              ___________________
          Total               1,335,216 fr. 24 c.
La somme des bénéfices de 1842 montant à     334,152 fr. 41 c.
Et la moyenne des cinq années à              267,013     24
Il y a en faveur de 1842 un excédent de       67,109 fr. 17 c.

Si aux bénéfices ci-dessus énoncés, soit 334,152 fr. 41 c.

On ajoute la somme payée dans l'année aux hospices pour la liquidation des bonis de 1837, soit 85,128 fr. 74 c.

On trouvera un chiffre total de 119,881 fr. 15 c. d'excédant de recette sur la dépense.

Le Mont-de-Piété peut donc faire les avances qu'exige l'établissement des bureaux auxiliaires. La suppression des bureaux de commission sera tout à la fois un hommage rendu à la morale et un immense service rendu aux classes nécessiteuses.



ARITHMÉTIQUE PITTORESQUE, PAR CHAM.


Manière de retenir un Nombre.         Première Leçon.                             Calcul de tête.



       Unité.               Une moitié de vin (de 20).    Centaine.                      Addition.



Soustraction.                                                 Multiplication.


Division.                                                 Règle d'Alliage.


                      Fractions.                                                        Extraction de la Racine carrée.


La table de multiplication.                      Règle de Trois.                                     Règle d'intérêt.



Des mesures et l'unité
de grandeur.                                    Règle de Société.                             Une Puissance carrée.      
















Bulletin bibliographique.

Du pouvoir de l'État sur l'Enseignement, d'après l'ancien droit public français; par M. Troplong, conseiller à la Cour de cassation, membre de l'Institut.--Paris, 1844. Charles Hingray, 1 vol. in-8. 7 fr. 50.

En retraçant dans ce mémoire, lu à l'Académie des Sciences morales et politiques, les principes de notre ancienne constitution sur le droit d'enseigner, M. Troplong n'entend rien préjuger sur la question toute moderne de la liberté d'enseignement. Il a seulement voulu traiter un point d'histoire qui a joué un grand rôle dans les écrits des casuistes et des jurisconsultes d'autrefois, et qui se lie à ses études favorites sur la marche et les progrès de notre droit public et privé.

Cette déclaration faite, M. Troplong entre immédiatement en matière par un aperçu des principes et des faits dans le dernier état de l'ancien droit. Les bornes qui nous sont imposées nous interdisent malheureusement de le suivre pas à pas dans cette savante et lumineuse dissertation, depuis les lois romaines jusqu'à nos jours. Le résumé suivant, emprunté à son dernier chapitre, fera mieux comprendre d'ailleurs que notre analyse toute l'importance du beau travail dont l'Académie des Sciences morales et politiques avait écouté avec tant d'intérêt la longue lecture, et dont la publication a obtenu un si légitimé succès.

«L'enseignement, dit M. Troplong, est, d'après les principes essentiels de l'ancien droit public, un droit de la couronne. Il est reconnu et proclame que l'un des principaux objets du gouvernement est de veiller à l'éducation de la jeunesse, et que c'est là un des points les plus importants à la conservation de la monarchie. De là le droit acquis à la puissance publique, de diriger l'éducation des collèges existant en dedans ou en dehors des universités, de la maîtriser dans des voies conformes aux principes du gouvernement. De là cette maxime si souvent consacrée par les édits et les arrêts, que nulle école, grande ou petite, ne peut s'établir en France que par le bon plaisir du roi.

Si, dans un temps plus reculé, ce droit est demeuré suspendu et comme assoupi; si l'Église a été alors en possession de répandre les lumières et l'enseignement, il n'est résulte de là qu'un déplacement provisoire et passager du droit d'enseigner, que l'occupation accidentelle d'une fonction qui ne doit jamais vaquer; mais non pas une prescription de nature à dépouiller l'État d'une prérogative imprescriptible.

«Bientôt, en effet, l'État reparaît et il revendique l'enseignement comme sa propriété, comme son droit. L'Église entend ce langage; elle se soumet; elle accepte la sécularisation des universités comme un fait social inévitable; elle continue à laisser dans ces écoles respectées la pépinière de ses jeunes disciples. En même temps, l'instruction publique prend, sous la main du pouvoir civil, une organisation plus uniforme et plus régulière. Les universités, relevant immédiatement du gouvernement central, reçoivent des édits et des arrêts une impulsion réformatrice plus immédiate, plus constante, plus efficace. Au milieu d'elles s'élève l'université de Paris, avec le titre de mère de toutes les autres, avec le droit d'intervenir dans tous les débats qui intéressent l'enseignement public, avec un patronage qui établit entre les universités du royaume une communauté d'intérêts, un esprit de corps, un principe d'unité et de hiérarchie.

«Les universités sont privilégiées pour l'enseignement académique; elles conservent, sous le gouvernement de la puissance séculière, les fonctions exclusives et le monopole légal dont elles ont été investies pendant le règne de la puissance ecclésiastique. Car il est à remarquer que, dans les phases diverses que le droit d'enseigner a subies depuis l'empire romain jusqu'à la révolution de 1789, il est invariablement resté une fonction publique, une délégation du pouvoir dominant, et, par conséquent, un privilège attaché à certains corps, et, en dernier lieu, aux universités. L'État et l'Église n'ont pas en deux manières de le considérer dans l'ancien régime; et la liberté d'enseignement est une idée moderne dont notre ancienne société n'eut jamais conscience.

«Cependant une compagnie célèbre par sa vocation pour l'enseignement, ayant apporte en France ses collèges, ses statuts, ses plans nouveaux, des tentatives sont faites par elle pour partager avec les universités établies les études académiques; et, sous prétexte d'une, agrégation impraticable, elle demande à être elle-même une université. Ce n'est pas la liberté, pour tous qu'elle réclamé; c'est une extension de privilège, une participation au monopole légal, une communication du pouvoir de l'État. Bientôt les évêques élèvent la même prétention pour les séminaires que leur ont donnés le concile de Trente et les ordonnances de nos rois. Cette tentative était périlleuse pour les universités; il y allait de leur existence. Tout aurait été université, excepte les universités mêmes; et le droit de la puissance publique, qu'elles résumaient et représentaient, si parfaitement et avec tant de fidélité, courait risque d'être surpris, fausse, renversé. Mais le gouvernement veillait; les magistrats étaient à leur poste, et la prorogative de la puissance publique resta dans son intégrité.

«Ce conflit des séminaires et des universités est le dernier auquel nous fasse assister l'histoire de l'ancien droit public. La solution qui le termina est l'éclatante démonstration de ce principe, que depuis que l'État est arrive à une organisation fixe et régulière, l'enseignement a été, dans notre ancienne constitution, un droit régulier, et, ce qui est la même chose, une branche de la puissance publique, un élément du pouvoir social.

«Je m'arrête ici, dit M. Troplong en terminant; oubliant les tentatives impuissantes de la révolution, je m'arrête, dis-je, sur le seuil de l'empire, qui recueillit les traditions des anciennes universités, pour construire sur leurs débris une université embrassant son unité vigoureuse toutes les parties du territoire et tous les degrés de l'enseignement. Il ne m'appartient pas de rechercher dans cette Académie si un droit nouveau doit sortir de la charte de 1830 et prendre la place de celui dont je viens de donner l'exposé, sans m'écarter de l'histoire et sans que le respect que nous devons avoir ici pour l'entière indépendance du présent nous empêche d'être juste pour le passé; je me bornerai à dire, à l'honneur de l'ancien système d'enseignement, que c'est dans cette université de Paris, fille aînée, mais fille toujours mineure de nos rois; que c'est aussi dans les autres universités du royaume, ses rivales en émulation pour les sciences et en dévouement à la couronne, que se sont préparés pour le service de l'État et pour la gloire des lettres tant de magistrats illustres, de prélats éminents, de savants et de génies incomparables, qui ont porté si haut l'éclat et la réputation du nom français.»

Voyages autour du Monde et Naufrages célèbres. Voyages dans l'Amérique espagnole pendant les guerres de l'indépendance; par le capitaine G. Lafond (de Lurcy), membre de la Société de géographie. Tome 1er. Un beau volume in-8 sur jésus, avec gravures.--Paris, 1843. Chez Pourrat frères.

Voici le commencement d'un fort bel ouvrage, en tête duquel M. de Lamartine, en réponse à la dédicace de l'auteur, a bien voulu mettre ce gracieux passe-port: «J'aime passionnément les voyages; c'est la philosophie qui marche. Les vôtres m'ont instruit et charmé. Vous savez voir, sentir et peindre; comment ne pas vous suivre à travers le monde?» Qui donc ne voudra, comme M. de Lamartine, être instruit et charmé par les récits de ce voyageur qui sait si bien voir, sentir et peindre? La fortune de l'ouvrage est donc assurée; et franchement, tout en faisant la part de ce qu'il faut mettre sur le compte d'une indulgente courtoisie de la part du grand écrivain, c'est un livre à la fois agréable et intéressant que celui du capitaine Lafond, dont nous avons sous les yeux le premier volume. Nous avions le projet d'en esquisser nous-mêmes une analyse générale; mais il nous semble que nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter textuellement à son premier chapitre l'exposition de son sujet et de son plan; nous y trouverons l'avantage de donner en même temps ainsi un échantillon du style de l'auteur.

«La grande révolution opérée par la découverte de Colomb, et la conquête du continent américain par une poignée d'aventuriers intrépides, livrés à eux-mêmes et dépourvus de presque tout appui de leur gouvernement, sont certainement les deux événements les plus extraordinaires de l'histoire; ils ont changé la face du monde, et, par une influence plus directe, ils ont élevé la puissance espagnole à son plus haut degré, et préparé en même temps sa décadence et sa ruine.

«Jusqu'à la fin du quinzième siècle, l'Espagne, partagée en plusieurs États indépendants, voyait les grandes ressources qu'elle avait reçues de la nature épuisées par les divisions intestines et une lutte de sept cents ans contre l'islamisme. L'union des deux couronnes d'Aragon et de Castille, par le mariage de Ferdinand et d'Isabelle, forma un faisceau de ses forces, et dès ce moment l'Espagne prit un essor imposant et glorieux, dont les annales des peuples offrent peu d'exemples; la découverte de l'Amérique donna à cet empire une étendue qui surpassa celle de Rome antique, et des richesses prodigieuses qui servirent de base à la grandeur et à l'éclat de cette monarchie, et contribuèrent à en faire la puissance prépondérante de l'Europe. Mais cette extension immodérée de pouvoir fut le signal de sa décadence. Elle avait prodigué, sous Charles-Quint, le sang de ses habitants dans des guerres longues et sanglantes; elle s'affaiblit sous Philippe II par l'expulsion violente d'un million de sujets industrieux et par l'émigration incessante d'une autre partie de la population vers l'Amérique. La soif de l'or lui lit abandonner l'agriculture et les arts industriels, qui le procurent lentement, pour l'exploitation des mines, bientôt ne produisant plus de quoi acheter les métaux d'Amérique, elle cessa d'en être enrichie. Alors se multiplièrent les fautes de l'administra lion coloniale. La métropole appesantit de plus en plus son joug sur ses colonies, et les força enfin de recourir aux armes pour s'en affranchir.

«La conquête vit naître un système de propriété qui doit fixer notre attention La fameuse bulle du pape Alexandre VI, qui traça sur le globe la ligne de démarcation, et attribua exclusivement à Ferdinand et Isabelle, et à leurs descendants, toutes les régions découvertes et à découvrir à l'occident des Açores, fut le titre primordial sur lequel l'Espagne fonda ses droits. Elle l'expliqua avec l'esprit féodal de l'époque, qui touchait au moyen âge, et ses souverains se considérèrent comme ayant un droit absolu, non-seulement sur les terres dont leurs sujets faisaient la découverte, mais encore sur toutes les populations indigènes, qui furent parquées et distribuées comme un vil bétail. Ce fut l'origine des fiefs, ou encomiendas, qui furent cependant établis pour protéger les Indiens contre l'oppression des premiers conquérants, et ce système odieux, modifié, atténué, se perpétua pendant des siècles» malgré la volonté de la cour de Madrid, à laquelle l'intérêt des colons opposa longtemps des obstacles presque insurmontables. Ainsi les infortunes des Indiens commencèrent avec la complète; mais, quelque grandes qu'elles fussent, elles diminuèrent pourtant insensiblement jusqu'au montent où sonna l'heure de l'indépendance; nous examinerons le sort et les vicissitudes de cette race persécutée, avec tout l'intérêt que l'on doit au malheur.

«On connaît les faux et inhabiles principes de cette administration qui privait les colons de toute liberté, même des fonctions municipales si chères aux Espagnols de l'Europe, et ce système odieux de prohibition et de monopole qui fermait rigoureusement aux étrangers l'entrée des colonies pour en assurer l'approvisionnement à la métropole. La domination du clergé s'étendait comme un vaste réseau sur toute la surface, de l'Amérique. Malgré les efforts du gouvernement pour mettre un frein à ses empiétements, il avait fini par faire passer dans ses mains la majeure partie de la propriété territoriale. «Les couvents dit l'historien Moore étaient en possession de la presque totalité des terres des Indiens, qui les abandonnaient avec la plus grande facilité par des legs testamentaires en l'honneur de quelques saints de prédilection; et quant aux domaines des villes, on peut assurer que les deux tiers au moins étaient tombés entre les mains des communautés religieuses.» Ces criants abus sont incontestables, ces reproches sont fondés, et cependant il n'est pas moins vrai que les colonies espagnoles d'Amérique offraient dans leur ensemble le spectacle le plus magnifique et le plus imposant par leur étendue et leur puissante organisation. On ne peut voir sans un sentiment d'admiration tant de peuples répandus sur ce vaste continent, soumis au même sceptre, aux mêmes lois, aux mêmes usages, et formant comme un grand et puissant empire obéissant à la même impulsion; la langue espagnole y était parlée sur un espace de plus de dix-neuf cents lieues, depuis les îles Chiloë jusqu'à l'extrémité de la Californie.

«Les apologistes de l'Espagne prétendent que malgré les monopoles exclusifs que cette puissance s'était attribués, sa sollicitude pour ses colonies se manifestait par la paix profonde dont elles jouissaient, par la facilité de s'y créer de grandes et rapides fortunes. «L'Amérique espagnole, disaient-ils, prospérait sous les auspices de la mère patrie, exempte du froissement et des dévastations des guerres qui déchiraient les autres nations, développant à l'ombre d'une paix profonde, tous les genres de bonheur compatibles avec les lumières de ses habitants, et offrant l'image immense et paisible d'une grande et opulente famille.» Ce tableau est sans doute séduisant, et peut être vrai jusqu'à un certain point; mais il avait indubitablement ses ombres Les griefs des colons devaient être graves, et les abus dont ils se plaignaient réels, puisqu'ils ont saisi la première occasion favorable pour s'en affranchir par les armes.

«Quant au clergé, ses richesses, son influence et sa puissance sont des faits incontestables; mais la conversion et la demi-civilisation de huit à dix millions d'Indiens ne fut-elle pas son ouvrage? et si sa domination fut réelle et exorbitante, elle fut du moins douce et modérée. N'est-ce pas lui qui apprit à ces peuples sauvages, qu'il allait chercher à travers mille périls au fond des forêts, ce christianisme qui enseigne l'abnégation de soi-même, l'oubli «des offenses, l'amour de son semblable et l'immortalité de l'âme? Ne lui a-t-il pas fait comprendre tout ce qu'il y a de sublime dans cette religion qui consacre l'égalité, versé un baume salutaire sur les plaies de l'humanité souffrante, et la soutient au bord de la tombe en lui montrant le ciel? Toutes les sectes ont plus ou moins de penchant au prosélytisme: elles ont leurs conquêtes, dont les héros sont les martyrs; mais si l'on compare les effets de l'introduction du christianisme en Amérique par le clergé catholique avec les travaux des missionnaires méthodistes protestants dans les îles de la mer du Sud, on est frappé de la différence des résultats.

«Le fait le plus saillant qui résulté de ce rapprochement est celui-ci: M. de Humboldt, dont le nom fait autorité, a constaté que, depuis cent cinquante ans, la population indigène du Mexique et de la plupart des autres contrées de l'Amérique espagnole a pris de notables accroissements, et que sa condition morale et matérielle s'est sensiblement améliorée; d'un autre côté, il résulte du rapport unanime des voyageurs, que pendant vingt à vingt-cinq ans d'apostolat, les missionnaires anglais et américains sont parvenus à anéantir presque complètement la population de plusieurs Iles de la mer du Sud. Tous attribuent cette effrayante destruction au passage de la vie primitive de ces insulaires, vie pleine d'abondance et de gaieté, à une existence austère et monotone, qui n'a pu cependant arracher de leurs cœurs leurs vices natifs, et leur a, de plus, donné l'hypocrisie. Les méthodistes devaient porter leurs dogmes sévères et décolorés sous les glaces du pôle, et renoncer à les voir fructifier sous des climats ardents. Le clergé catholique a suivi en Amérique des principes diamétralement opposés: c'est par sa modération, son indulgence; c'est en s'identifiant aux faiblesses, aux goûts et aux passions de ses néophytes; c'est par des fêtes, des pompes religieuses animées, par des jeux analogues au climat et aux goûts des Indiens, qu'il a assuré son ascendant sur eux, autant que par son zèle à les protéger et à défendre leurs intérêts. Ce clergé d'ailleurs, malgré sa puissance, a été le premier à donner le signal de l'indépendance, sacrifiant ainsi ses richesses et son existence à l'amour de la patrie; tant il est vrai que ce mot magique de liberté! produit partout les mêmes résultats: chez les individus comme chez les nations, on le regarde comme le premier des biens.

«Pendant huit années consécutives de séjour en Amérique, j'ai suivi les phases diverses de cette révolution, dans laquelle j'ai même joué un rôle, ayant commandé fort jeune des bâtiments des républiques du Guayaquil, du Pérou et du Chili. Devenu depuis armateur et négociant, j'ai été à portée de connaître les chefs des gouvernements et les généraux des années indépendantes, et à entretenir des rapports plus ou moins intimes avec eux. Je fus donc témoin des événements de cette époque, mêlée de grandeur et de crimes, de faits, de choses et d'hommes prodigieux; où cette terre qui, depuis trois siècles, n'avait point retenti du bruit des armes, a produit tout à coup des guerriers aux dévouements sublimes qui couraient combattre et mourir pour la patrie, et des hommes politiques dont les luttes passionnées pour le triomphe de la liberté n'étaient peut-être qu'une illusion, mais du moins une illusion noble et glorieuse, car ils mouraient aussi pour elle.

«Si dans ce long drame on a vu parfois d'ignobles cabecillos se jeter sur cette révolution comme sur une proie pour se la disputer et se l'arracher tour à tour, s'ils n'ont aspiré au pouvoir que pour assouvir leur cupidité, il n'est pas moins vrai que les chefs véritables et les masses furent pures, et montrèrent un héroïque dévouement à leur patrie. Bolivar, Sucré, Balcarse et tant d'autres, moururent pauvres après avoir sacrifié leur fortune à la cause de l'indépendance; O'Higgins, Rivaduvia, La Hera, Santa-Cruz, sont connus par leur noble désintéressement et San-Martin, après avoir disposé des mines du Pérou, n'emporta de Lima que l'étendard de Pizarre, qui lui fut décerné par la reconnaissance publique. J'exposerai les principaux traits de la vie de tous ces personnages, ainsi que des généraux Causerat, Valdés, Espartero, Camba, etc., qui défendirent glorieusement la cause malheureuse et désespérée de la mère patrie; je parlerai aussi de ces officiers français qui vinrent prêter à l'Amérique indépendante l'appui de leur courage et de leur expérience; les amiraux de notre marine, tels que Poussin, Rosamel, de Moges, La Susse, Casy, etc.; les officiers supérieur! Bruat, Turpin, Rosamel, Chamluprat et autres, sur lesquels repose en partie maintenant l'espoir de notre influence maritime trouveront aussi une place dans cet ouvrage, et de légitimes hommages au caractère qu'ils déployèrent aux yeux de ces peuples nouveaux qui avaient pris notre révolution pour modèle, et pour lesquels le nom seul de Français était un titre de recommandation.

«L'histoire des événements de la guerre de l'indépendance d'Amérique a été rédigée d'après les documents fournis par plusieurs généraux et chefs des deux armées: elle formera une série de chapitres d'un grand intérêt. J'ai été lié avec la plupart des officiers qui, expatriés de la France par les orages politiques vinrent demander à l'Amérique un asile au prix de leur sang; je raconterai les fortunes diverses des Brantzea, Delibe, Vix-Soyer, Raulet, Soulanges, Beauchef, Bouchard, et de tant d'autres. Je donnerai la relation de mon voyage au Choco, contrée presque inconnue, aux côtes ouest de la Colombie. Enfin, je consacrerai quelques pages au commerce, en donnant des notices précises qui pourront aider nos armateurs dans les opération qu'ils dirigeront vers les contrées dont les immenses ressources se développent chaque jour au sein de la paix; je tracerai rapidement aussi une description des rôles et des vents dominant; désirant ne rien oublier de ce qui pourra guider les navigateurs dans leurs explorations. Dans un chapitre spécial de chaque volume, je donnerai une notice sur les ports de l'Amérique Espagnole, sur les vents et courants qui règnent sur ces côtes, et des notes sur les marchandises d'importation et d'exportation des divers États de ce grand continent.»

Cette citation, plus longue qu'elles ne le sont d'ordinaire dans l'Illustration, nous a semblé porter son excuse dans la manière simple et pleine de sens avec laquelle y sont exposées les causes de cette indépendance de l'Amérique espagnole, qui est un des grands événements de notre siècle, et dont l'histoire nous est contée par un témoin parfaitement qualifié pour cela, comme on dirait de l'autre côté de la Manche. Ces premières pages du livre du capitaine Lafond renferment d'ailleurs un véritable prospectus de tout l'ouvrage, mais prospectus sans forfanterie et sans emphase, ce qui n'est point un vulgaire mérite.

Quant à la division des matières entre les volumes, le premier s'occupe plus spécialement du Mexique et de la Californie, y compris la grande question du percement de l'isthme entre les deux Océans; le second nous entretient de la Colombie et du Pérou; un troisième sera consacré au Chili et aux Iles Marquises, nous y reviendrons.



Modes de Longchamp

De cette semaine seulement datent les nouveautés du printemps: le beau temps avait, il est vrai, favorisé la promenade de Longchamp: quelques toilettes s'y étaient montrées; mais que pouvait-on voir au milieu de ce pêle-mêle d'équipages, de fiacres, de milords perdus dans la poussière? Ce n'est vraiment que lorsque les Champs-Elysées sont restés en possession de leurs promeneurs ordinaires, et que les jolies Parisiennes se sont reconnues dans leur vrai monde, qu'enfin nous avons pu admirer toutes les fraîches créations de la semaine de Longchamp.

Voici quelques-unes de ces jolies parures:

Cette dame est coiffée d'un chapeau de gros de Naples blanc, sur lequel sont des raies en agréments de paille, et une plume couchée; sa robe est en soie caméléon garnie d'effilés. Le petit garçon a une veste turque à manches demi-longues et un petit loquet grec. Ce costume est charmant pour un enfant de quatre à huit ans. Il est l'œuvre de M. Cior fils, qui sait très-bien babiller les enfants selon leur âge.

Cette robe est encore de soie glacée. Les robes changeantes sont si coquettes! Celle-ci vous paraît bleue; elle vous plaît, vous la suivez des yeux. Sa couleur bleue disparaît au soleil: c'est une robe lilas, puis grise, rose, etc.

L'autre, la robe ci-dessus, est faite à revers, elle est demi-décolletée, elle laisse voir un fichu à très-petit col et à devant couvert de broderies; son grand volant est bordé et surmonté d'un plissé de ruban en ruche; le chapeau de paille est garni de rubans cerise et blanc. Les chapeaux sont d'Alexandrine, les robes de mademoiselle Duguet.

Le costume de la petite fille se compose, comme toujours, d'une robe courte et d'un pantalon: la robe est à corsage ouvert en pointe, le chapeau de paille garni de deux choux de rubans.

On fait de très-jolies capotes de paille à fond d'étoffe: elles sont ornées de rubans nuancés; on y ajoute souvent une grosse fleur comme à celle-ci.

Mais ce qui sied bien, ce qui est élégant, c'est ce chapeau de crêpe, recouvert en dentelles, dans lesquelles viennent se cacher à moitié de charmantes et fines fleurs.

Les promenades à la campagne rendront la vogue à la douairière; pour la ville, on préfère dans ce moment une ombrelle un peu plus grande que les marquises, mais dans la même forme. Elles se font en blanc doublé de rose ou en soie glacée, lilas rose; presque toutes sont bordées d'un effilé.

Nous le répétons, pour robes, pour chapeaux, pour ombrelles, les nuances claires sont seules adoptées, par harmonie sans doute avec la verdure et le beau soleil du printemps.

Les toilettes de ville se distinguent de jour en jour davantage des toilettes pour la campagne: on s'est lassé d'une trop longue et trop uniforme simplicité, Paris, la ville de la riche élégance, ne s'exposera pas plus longtemps à perdre le sceptre de la mode. Ces toilettes mesquines, ces pauvres chapeaux de paille garnis d'un triste velours noir, ces trop modestes robes de guingan et de jaconas sont proscrites aujourd'hui.

Alexandrine, Beaudrant, Maurice Beauvais, sont chargés de combiner les effets des fleurs, des dentelles, des plumes et des rubans. Le temps de l'élégance est revenu. La soie nuancée, rayée, brochée, fait presque toutes nos robes; les plus légers barèges varient seuls ce grand luxe d'étoffes riches.

Toutes ces toilines écossaises, ces nankins et ces frais coutils, qui font de gracieuses robes, soit lacées du corsage, soit très-montantes ou amazone, sont réservés pour toilette de campagne; c'est à peine si le matin on ose les porter à la ville. A la campagne, c'est tout différent, cette simplicité est charmante.--La dentelle craint les buissons et les ronces.--Pourquoi porterait-on des fleurs à côté de celles des parterres et des jardins?



Rébus

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS

L'homme entouré de peines a la philosophie pour soutien.