LA SŒUR PERDUE

Une histoire du Gran Chaco

(Suite)


CHAPITRE X

ARRÊTÉS PAR UN «RIACHO.»

LES GYMNOTES

Les voyageurs se trouvaient à un mille de distance de leur dernière halte quand les hautes berges du Pilcomayo commencèrent à se déprimer, puis à s'abaisser jusqu'à se mettre presque de niveau avec le fleuve. La colline qu'ils avaient jusqu'alors suivie se continuait sur l'autre bord, comme si elle eût été coupée par le courant qui formait en cet endroit une série de rapides contre lesquels l'eau se brisait en bouillonnant et avec un bruit assourdissant.

Les voyageurs n'y prêtèrent pas attention; ils descendirent la pente et continuèrent à remonter le cours d'eau.

Ils ne tardèrent pas à se heurter contre un obstacle inattendu. C'était une sorte de ruisseau lent, un riacho (2) qui débouchait perpendiculairement dans le Pilcomayo ou en sortait, suivant la saison et les caprices de l'inondation. En ce moment il semblait être immobile, parce que la rivière principale, subitement enflée par l'ouragan, arrêtait le courant plus tranquille de son affluent. Ses eaux étaient jaunâtres et comme mêlées de terre et de sable. Le seul moyen d'en savoir la profondeur était d'y entrer à cheval, mais l'expérience était dangereuse.

Note 2: Le riacho de l'Amérique du Sud est un cours d'eau tributaire d'une grande rivière. Il ressemble au bayou de la Louisiane. En temps d'inondation son courant change de direction et revient sur lui-même.

Il ne fallait pas songer à tourner pour le franchir au-dessus de sa source, ni à chercher un gué en le remontant. Le riacho était droit comme un canal, et les cavaliers pouvaient le suivre des yeux à travers la plaine sur une étendue de plus de dix milles présentant toujours la même largeur et probablement la même profondeur que sous la tête de leurs chevaux.

Que faire? remonter jusqu'à la source aurait exigé une demi-journée tout entière. Cypriano était trop impatient pour y songer et Gaspardo lui-même paraissait médiocrement disposé à un retard. Essayer de passer à l'endroit où ils se trouvaient semblait être une entreprise hasardeuse; il leur faudrait peut-être nager. Cependant cette alternative ne les eût pas arrêtés si le bord opposé avait offert une pente douce ou quelque point facile qui permit aux chevaux d'aborder. Mais il n'en était pas ainsi; au contraire, la berge s'élevait perpendiculairement à plus de deux pieds au-dessus de l'eau, et, sous l'eau, cette sorte de muraille pouvait être encore plus profonde. Les voyageurs étaient dans l'impossibilité d'évaluer la profondeur à cause de la coloration de l'eau, conséquence de la tormenta, et il n'existait ni courant ni rides pour les aider à se former une opinion même approximative.

Ils restaient indécis sur leurs selles. S'il avait été seul, Cypriano, dans son impatience, aurait lancé son cheval en plein cours d'eau, mais Gaspardo avait mis la main sur la bride en lui disant: «Patience! il est bon de réfléchir, même avant de faire une folie.»

Ils demeurèrent ainsi pendant plus de dix minutes, tantôt jetant les yeux sur le ruisseau, tantôt se regardant les uns les autres.

«Gracias a Dios! que Dieu soit loué! s'écria tout d'un coup le gaucho.»

Il proféra cette exclamation d'un ton si satisfait et avec un tel soupir de soulagement que ses jeunes camarades comprirent que le problème était résolu et que le moyen de passer était découvert.

«Qu'avez-vous imaginé, mon bon Gaspardo? demanda Cypriano, toujours le plus prompt à interroger.

--Regardez là-bas, dit Gaspardo? en montrant de la main l'endroit où l'affluent réunissait ses eaux à celles du fleuve. Que voyez-vous là-bas, senoritos?

--Rien de particulier, quelques grands oiseaux blancs avec de longs becs, qui ressemblent à des grues.

--Certainement, ce sont des grues, et même des grues soldats, des garzones (3). Eh bien! qu'en pensez-vous?

Note 3: Le garzon est la plus grande des grues de l'Amérique du Sud. Il possède une hauteur de cinq pieds; ses jambes sont longues et grêles; son bec pointu est immense; il a sous la gorge un sac rouge comme un pélican et son plumage est presque d'un blanc de neige.

--Qu'elles nagent?

--Nager! pas le moins du monde. Le garzon ne nage jamais. Elles passent à gué, senoritos; oui! à gué.

--Eh bien! après? fit Ludwig.

--Comment! après? Je suis étonné que vous, naturaliste, un savant qui avez appris à raisonner, vous ne liriez pas la conclusion d'un fait aussi clair.

--Quelle conclusion? demanda naïvement le jeune savant.

--La plus simple du monde, à savoir que comme le dit la chanson, si les canards l'ont bien passé, nous passerons nous aussi le riacho. Les grues ont de longues jambes, c'est vrai, mais où un garzon peut passer, un cheval n'est pas obligé de nager. Non, muchachos! nous traverserons à l'endroit où ces gros oiseaux blancs sont en train de s'amuser. Nous pourrions même peut-être le faire ici, mais cela serait moins sûr. Il y a évidemment une barre de sable entre le riacho et la rivière et voilà pourquoi les grues sont à l'eau. J'ajoute que, si elles y sont, ce n'est pas pour le simple plaisir d'y prendre un bain de pieds. Il est probable que l'orage a troublé les poissons et les a ramenés du large contre la barre. Les grues, les trouvant là à leur portée, y sont venues à leur tour. Tout s'enchaîne à merveille, vous le voyez, et nous n'avons nous-mêmes rien de mieux à faire que de mettre à profit le résultat de l'expérience faite par les grues.»

Le gaucho avait raison. Les garzones étaient activement occupés à pêcher; les uns plongeaient leur bec sous l'eau, d'autres, la tête renversée, montraient sous leur gorge de vastes poches écarlates gonflées par le poisson qu'ils s'efforcaient d'engloutir.

«C'est pitié de les déranger de leur dîner, dit Gaspardo, surtout après le service qu'elles nous ont rendu en nous montrant le gué. Por Dios! Il nous faut pourtant le faire, il n'y a pas moyen de l'éviter. Allons, senoritos, descendons, nous demanderons en passant pardon à mesdames les grues de la liberté que nous prenons à leurs dépens.»

En disant ces mois, Gaspardo se dirigea vers le confluent des deux cours d'eau, suivi par ses compagnons qui n'avaient fait, comme on le pense, aucune objection au discours du brave gaucho.

Au bout de deux cents pas, ils arrivaient au territoire de pêche des grues.

Ces grands oiseaux, effrayés par l'approche de créatures si différentes de celles qu'ils voyaient ordinairement, se hâtèrent d'avaler le contenu de leurs poches écarlates, puis, agitant leurs grandes ailes au-dessus de l'eau, s'élevèrent dans les airs en protestant par leurs cris contre le dérangement qu'on leur causait!

Pendant un moment, ils tournèrent au-dessus de la tête des cavaliers en poussant leurs notes perçantes, comme s'ils avaient espéré disputer aux cavaliers le passage du ruisseau. Cependant, quand les chevaux se mirent à l'eau, ils comprirent que pour le moment leur pèche était finie, et, cessant leurs bruyantes démonstrations, ils partirent l'un après l'autre en quête d'une retraite plus tranquille.

Le passage était tel que Gaspardo l'avait supposé; c'était une barre entre le fleuve principal et son tributaire. Ni en aval ni en amont les chevaux n'auraient pu passer à gué, et même sûr la barre, au point le plus profond, leurs sangles baignaient dans l'eau.

La distance à parcourir était de plus de cent mètres, car c'était à cette place que le riacho avait sa plus grande largeur.

Ils avaient franchi les deux tiers du passage et se félicitaient déjà d'être bientôt arrivés sur l'autre rive, quand tout d'un coup les chevaux firent halte en frémissant de la tête aux pieds.

Au même instant, chacun des trois cavaliers ressentit une commotion étrange et tellement simultanée, que leurs exclamations s'échappèrent de leurs trois bouches à la fois comme d'un seul gosier..

Gaspardo seul reconnut la cause de ces chocs imprévus.

«Caramba! s'écria-t-il, c'est une raie électrique. Non pas une, mais peut-être un millier! Il y en a tout autour de nous, je le vois bien au frémissement des chevaux. Donnez de l'éperon, senoritos! donnez de l'éperon, ou nos bêtes paralysées n'atteindront jamais le bord!»

Ainsi apostrophés, les jeunes gens piquèrent de toute la force de leurs talons, et leurs montures s'avancèrent encore, mais avec inquiétude et une visible irrésolution. Parfois elles essayaient de reculer en dépit des coups d'éperon.

Les cavaliers n'échappaient pas à cette influence. Le fluide subtil courant le long des membres des chevaux, pénétrait dans le système nerveux des hommes et leur causait de violentes secousses. Tous les trois se sentirent d'autant plus troublés, que la force ne pouvait rien contre l'obstacle bizarre qui s'opposait à leur marche en avant. Gaspardo seul conservait encore assez de présence d'esprit pour parler et agir.

«Éperonnez, criait-il, éperonnez! si nous ne gagnons pas le bord rapidement, les gymnotes auront raison de nous et de nos bêtes. Nos chevaux s'enfonceront dans l'eau comme des pierres et nous-mêmes, si nous n'échappons pas à l'influence de ces infernales bêtes, nous ne pourrons passer ni à gué ni en nageant. En avant donc, senoritos! Jouez de la cravache et des éperons comme s'il s'agissait du salut de nos Ames!»

Ludwig et Cypriano n'avaient pas besoin d'être excités. Ils sentaient parfaitement l'imminence du péril et ne comprenaient que trop que chaque minute le décuplait. Tous deux poussaient leurs montures autant que le leur permettait leur énergie défaillante.

Gaspardo le premier finit par atteindre le bord; il fut suivi de près par Cypriano. Mais quand tous deux, se retournant, jetèrent les yeux sur Ludwig, ils s'aperçurent que celui-ci était resté en arrière d'eux, à quelques mètres de la rive; son cheval tremblait comme une feuille et refusait d'avancer. Le cavalier commençait à perdre la tête en voyant l'inutilité de ses efforts. Tout d'un coup sa monture cessa de bouger. Le gaucho et Cypriano la virent peu à peu enfoncer. Evidemment Ludwig était hors d'état de la retenir,

Cypriano fit mine de descendre de cheval et de se jeter à l'eau pour aller au secours de son cousin.

«Gardez-vous-en bien, s'écria le gaucho. Vous n'arriverez qu'à périr avec lui. Il y a mieux à faire pour le salut de Ludwig.»

En même temps il détachait son lazzo de sa selle et le faisait tournoyer autour de sa selle. Le nœud coulant tomba juste sur les épaules de Ludwig. Le jeune homme enlevé de sa bête abordait, cinq minutes après, sain et sauf sur le rivage.

Sans perdre un instant, le gaucho relâcha le lazzo, le détacha promptement des épaules de Ludwig, le fit siffler encore, et le lança sur le cheval, dont l'arrière-train était déjà sous l'eau.

Cette fois, la boucle largement ouverte tomba sur le cou de l'animal en entourant dans sa première moitié la haute selle espagnole qu'il portait; Gaspardo, assurant solidement le lazzo autour de son poignet et de son avant-bras, fit faire demi-tour à sa propre monture du côté opposé à la rive, et l'encourageant de la voix, il la lança d'un élan vigoureux en avant.


CHAPITRE XI

LE POISSON QUI FAIT DU FEU

Il y eut une lutte violente au milieu du riacho; elle dura peu. Le cheval de Ludwig reprenait courage en se sentant secouru; il fit un effort de vigueur pour aider à celui qui était tenté en sa faveur; ses jambes de derrière, dégagées, reprirent bientôt leur fonction, et il finit par prendre terre à son tour.

Le bord de ce cours d'eau bourbeuse présentait un étrange tableau; les trois chevaux frissonnant semblaient près de défaillir, et leurs cavaliers n'étaient guère dans un meilleur état.

Le plus âgé des trois conservait encore un peu de force, mais il était loin de se sentir aussi solide et aussi alerte que d'habitude. Jamais il n'avait subi une si violente attaque des gymnotes, et il ne pouvait s'expliquer leur puissance extraordinaire qu'en l'attribuant à l'électricité de la tempête, qui sans doute avait surexcité en elles l'énergie du fluide.

C'était là en effet l'explication la plus plausible du fait; la raie électrique, parfois complètement inoffensive, est d'autres fois l'animal le plus dangereux qu'il soit possible de rencontrer au sein des eaux.

Les chevaux furent quelque temps avant de se remettre de l'influence et des souffrances causées par les décharges galvaniques des gymnotes. Les cavaliers et Gaspardo lui-même avouaient qu'ils se sentaient très-mal à leur ai$e. Cependant le gaucho finit par retrouver sa vaillante humeur. Le succès de sa double pêche au lazzo, la première qu'il eût faite en ce genre, l'avait ragaillardi, et il communiqua un peu de son entrain à ses deux compagnons. Ils reprirent sans délai leur voyage, et, tout en continuant à suivre les bords du Pilcomayo, Gaspardo donnait à ses jeunes compagnons toutes les observations à sa connaissance relativement aux singuliers animaux auxquels ils avaient eu tant de peine à se soustraire.

«Les gauchos, dit-il, les appellent des raies: cependant j'ai entendu le senor Ludovico (il désignait ainsi le père de Ludwig) leur donner le nom de gymnotes (4). Je suppose que c'est celui qui est connu des naturalistes.

Note 4: La gymnote possède une merveilleuse puissance électrique. Les chevaux e! les bestiaux qui passent à gué les marécages ou ruisseaux peuplés par ces singulières créatures succombent souvent sous leurs chocs galvaniques. L'incident que nous rapportons est en parfaite concordance avec les phénomènes observés.

--C'est vrai, répondit le jeune Ludwig en s'intéressant aux paroles de Gaspardo. C'est là en effet leur nom scientifique.

--Avez-vous jamais vu de près un de ces vilains diables? demanda Gaspardo.

--Non, répliqua Ludwig, mais j'ai souvent entendu mon père en parler.»

A ces mots de «: père», un nuage passa sur les traits du jeune homme; il était évident qu'il ne pensait déjà plus aux gymnotes.

«Moi, dit Gaspardo, j'en ai vu beaucoup. Près de l'endroit où j'allais à l'école, il y avait une espèce de mare qui était pleine de raies électriques, et nous autres enfants nous nous en amusions beaucoup, quoique nous en eussions très-peur. Vous allez voir que ce n'était pas sans raison. Je me souviens qu'un jour j'assistai à un triste spectacle. Un vieux bœuf, qui n'avait plus qu'un œil, s'était laissé choir dans cette mare. Les enfants ne doutent de rien; j'avais eu la chance d'accrocher, avant que la pauvre bête ne fût à vau-l'eau, une corde à l'extrémité de ses cornes; nous nous mimes une douzaine au moins à tirer sur cette corde, persuadés que nos efforts suffiraient à ramener le pauvre animal du gouffre où il était tombé. Naturellement nous n'y parvînmes pas. Le malheureux bœuf n'en eut pas pour longtemps. Je le vois encore, après s'être débattu un instant, s'abîmer tout d'un coup sous l'eau, comme s'il eût été frappé d'un coup de foudre invisible. Jamais je n'oublierai le regard de détresse qu'il nous jeta avant de disparaître; ils ont de si bons regards, les bœufs; mais ce que j'oublierai encore moins, c'est le châtiment inattendu que nous reçûmes du propriétaire du bœuf, dont nous espérions des remerciements, châtiment dû, nous dit-il, à la maladresse de nos efforts.

«C'était le maître d'école lui-même, un homme pratique, qui ne se payait ni de bonnes paroles ni même de bonnes intentions. «Vous vous êtes tous conduits comme des imbéciles, s'écria-t-il, en essayant de faire une chose tellement au-dessus de vos forces. Il fallait crier au secours, venir me chercher. Je n'étais pas loin et mon bœuf serait encore en vie. Savoir ce qu'on peut et ce qu'on ne peut pas, connaître la mesure de ses forces est indispensable à tout âge, et pour que vous vous souveniez de cette utile maxime, je vais vous appliquer à chacun quelque chose qui vous la fixera dans la mémoire.»

«Nous reçûmes tous une demi-douzaine de férules. Jamais correction ne fut administrée avec une plus grande impartialité. Chacun en eut son compte.

--C'était un méchant homme ce maître d'école, s'écria Cypriano...

--Un peu rude, j'en conviens, répondit Gaspardo, mais c'était surtout un homme sensé et judicieux. Ces férules m'ont sauvé de bien des sottises dans ma vie, et, s'il faut tout dire, elle vous a été utile à vous-même. Je me la suis rappelée à propos dans notre caverne, tout à l'heure, quand il s'agissait d'abattre à coups de fusil notre second tigre. L'affaire était chanceuse. C'est grâce à la mémorable leçon de notre vieux maître que j'ai donné la préférence à notre fusée sur une décharge d'artillerie dont reflet n'était pas certain. Pour en revenir à nos raies électriques, je ne me doutais pas, à l'époque où s'est passée l'histoire que je viens de vous raconter, que j'aurais à me tirer d'affaire avec elles aujourd'hui et dans une circonstance aussi sérieuse que celle d'où nous sortons. Soyez sûr, mon cher Ludwig, que le souvenir du bœuf et de la leçon énergique subie à cause de lui m'a inspiré heureusement tout à l'heure, quand je me suis servi de mon cheval comme d'un remorqueur pour le vôtre.

--Pauvre Gaspardo, dit Cypriano, c'est pourtant vrai que nous voici tenu de bénir le vieux maître d'école auquel il a dû un enseignement si difficile à oublier.»

La conversation continua sur les raies électriques.

«Vous dites que vous avez vu des raies électriques, cousin, demanda Ludwig. A quoi ressemblent-elles?

--Le gaucho peut vous le dire mieux que moi.

--A quoi ressemblent-elles, Gaspardo?

--Ma foi, muchachos, si l'on me demandait de faire une description de ces vilaines bêtes, je répondrais qu'elles ne ressemblent à rien. L'animal le plus laid de la création pourrait être vexé de leur être comparé. S'il y a de l'eau en enfer, c'est d'animaux comme ceux-là qu'elle doit être peuplée.

--Tout cela ne nous apprend pas à quoi ressemble une raie électrique, interrompit Ludwig, auquel l'amour de l'histoire naturelle faisait désirer une description plus précise.

--Non certainement, répliqua le gaucho, mais ce n'est pas une chose aisée que de décrire un poisson qui n'est peut-être pas un poisson, quoiqu'il passe son temps sous l'eau.

--Quant à être un poisson, c'est un poisson, fit le jeune naturaliste, tout aussi bien que les autres raies, mais quelle est sa forme, sa couleur, sa dimension?

Mayne Reid.

(La suite prochainement.)




LES TORTUES DE MER A PARIS.--Décapitation d'une grosse tortue.



LA SŒUR PERDUE

PAR MAYNE REID


                Le vieux mâle gisait inanimé.                         De petits hiboux occupaient le sol en
                                                                commun avec lesquadrupèdes.


Chacun d'eux penché sur le sol.                         La construction en était toute primitive.



REVUE LITTÉRAIRE

LES LIVRES D'ÉTRENNES

II

Parmi tous ces livres gaufrés et dorés que le jour de l'an fait naître, il en est un que je trouve particulièrement recommandable, c'est le Magasin d'éducation et de récréation, fondé, il y a quelques années, par M. J. Hetzel, avec la collaboration spéciale de Jean Macé et de Jules Verne. Le Magasin d'éducation en est arrivé maintenant à sa neuvième année, à son dix-huitième volume, et la plupart des ouvrages qu'il a publiés, Les Anglais au pôle nord, Les Enfants du capitaine Hatteras, Le Pays des fourrures, de Jules Verne, La Roche aux Mouettes, de Jules Sandeau, Les Contes du château, de Jean Macé, et les délicieuses historiettes de P.-J. Stahl, ses contes et récits de morale familière, sont rapidement devenus populaires. Je ne sais rien de plus intéressant et de plus curieux que de feuilleter, sous la lampe, ces volumes où la gravure vient en aide à l'imagination, où le dessin explique et anime le texte, où les yeux sont charmés avant l'esprit. Les enfants seraient trop heureux si ces beaux livres, ces récits qui les captivent, qui les amusent, ces images qui les séduisent, si tout cela était fait pour eux seuls. Mais les parents,--ces grands enfants,--y trouvent aussi leur compte. Il y a, dans le Magasin d'éducation, comme dans toute la bibliothèque d'Hetzel, des catégories de lectures pour tous les âges.

D'abord, le premier âge, qui se plaira, par exemple, à cette capricieuse histoire de La Famille Chester, que P.-J. Stahl a écrite en collaboration avec W. Hugues, ou encore à La Comédie enfantine et aux jolis dessins de Froment, adorables comme des fresques antiques ou comme les meilleurs tableaux d'Hamon. En ce genre, La Boîte au lait, tableau de la «première commission» de Fanchette, est tout à fait une chose exquise. Les hésitations de Fanchette portant la boîte au lait à tante Rose, ses stations, ses tentations, sa gourmandise bientôt punie, tout cela est rendu avec une délicatesse infinie, et c'est là une véritable œuvre d'art.

Le deuxième âge et la jeunesse ont les récits didactiques de Jean Macé et de Viollet-le-Duc, l'Histoire d'une maison, entre autres, où l'éminent architecte explique avec beaucoup de clarté et d'esprit comment on s'y prend pour conduire un logis de la base au faite. Il faut placer aussi dans cette catégorie les romans de Lucien Biart ou du capitaine Mayne-Reid, les aventures de terre et de mer dont les lecteurs de l'Illustration ont pu mieux que personne mesurer le mérite, puisqu'ils connaissent La Sœur perdue, ce vigoureux tableau de mœurs exotiques.

Les parents enfin, ceux qui lisent ces livres par-dessus les épaules et la tête de leurs enfants, ont pour eux Le Tour du monde en 80 jours et Le Pays des fourrures, et la Géographie de la France et les Sciences usuelles, mises à la portée de tous par M. Louis du Temple, un capitaine de frégate qui écrit avec une lucidité étonnante. Elle est riche, on le sait, cette collection Hetzel, et les dix-huit volumes du Magasin d'éducation forment, à eux seuls, une bibliothèque véritable, la plus instructive et la plus attachante. Quelle richesse d'inventions, quelle dépense d'imagination et de talent! Comme ce Magasin est supérieur à notre pauvre Journal des Enfants qui faisait jadis notre joie! On y sent à chaque page la main d'un artiste et d'un lettré. Cet homme-double, c'est Hetzel, le plus fin moraliste, l'écrivain délicat, l'homme qui sait le mieux ce qui plaît le plus à ces critiques sévères; les enfants. Hetzel a vraiment créé tout un genre de livres, et n'eût-il pas droit à la renommée littéraire la plus brillante (il en a fait don à P.-J. Stahl), qu'il mériterait encore d'être béni des lettres pour avoir fondé en France un genre moral et familier, mais artistique, que la France ne connaissait pas.

Cette fois, outre les deux volumes annuels de ce Magasin d'éducation dont la collection entière, les deux séries, formeraient la plus magnifique étrenne et la plus intelligente qu'on pût donner, Hetzel publie plusieurs excellents ouvrages que j'ai grand plaisir à signaler et d'une façon toute spéciale.

C'est, ai-je dit, La Famille Chester, de P.-J. Stahl. Cette histoire de «deux petits orphelins», qui ne sont autres que deux malheureux rats de Londres, eût fait sourire J.-J. Grandville. Les dessins sont de Frœlich et ils sont ravissants. C'est l'Histoire d'une maison, de Viollet-le-Duc, avec des illustrations et des figures qui mettent ce grand art de l'architecture à la portée de tous. C'est le joli volume de Lucien Biart, Entre frères et sœurs, où toutes les menues connaissances scientifiques indispensables à la conversation sont enfermées avec beaucoup de talent. C'est, encore une fois, La Sœur perdue, de Mayne-Reid, c'est enfin l'œuvre de Jules Verne, qui se trouve augmentée de deux volumes, Le Tour du monde en 80 jours et Le Pays des fourrures. Lorsqu'on parle de Jules Verne, il suffit de donner le titre de son nouveau livre; il a son public, sa spécialité, son originalité, et personne auprès du public n'a plus de vogue que lui. Le fait est que ses récits, où la fantaisie se mêle si agréablement à la science, sont des plus attachants. Je sais des lecteurs qui en sont fanatiques. Le Tour du monde en 80 jours et Le Pays des fourrures auront certainement, ou, pour mieux dire, ont maintenant le succès des précédents ouvrages de l'auteur, Cinq semaines en ballon, ou encore De la Terre à la Lune. M. Verne a évidemment mis à profit, pour écrire et décrire son Pays des fourrures, les récits intéressants de M. Hayes, mais il a peint d'une touche toute personnelle ces paysages du pôle, cette mer de glace, ces icebergs, et de telle façon qu'on ne saurait les oublier. Ce dernier livre est l'un de ses bons livres, Il vaut tout ce que l'auteur a fait de mieux et l'Académie pourra fort bien le couronner, comme elle a couronné les précédents ouvrages et le Magasin d'éducation tout entier.

J'ai dit quel petit chef-d'œuvre c'était que La Boite au lait, de M. Froment; il faut ajouter qu'Hetzel publie, dans le même genre, d'adorables albums, comme Les Commandements du grand papa, illustrés par Lorentz Frœlich, et Les Aventures de Mademoiselle Minette, qui se recommandent tout particulièrement au public par le nom de l'artiste qui en a signé les dessins. C'est Coinchon, un brave garçon, garde national de marche au 19 janvier, et tué, comme Henri Régnault, devant le mur de Buzenval. Coinchon a fait pour Mademoiselle Minette des études de chats et de chattes absolument réussies. Il y avait un vrai talent chez le malheureux jeune homme. On ne saurait trop louer ces livres-albums, dont le texte est de P.-J. Stahl, et il faut avoir, pour écrire les légendes de ces dessins, un talent d'écrivain d'une trempe parfaite. Cela n'a l'air de rien, ces quelques lignes mises au bas d'un croquis de Frœlich ou de Froment, et, pour les tracer, il faut posséder à la fois les qualités les plus rares, la finesse, la simplicité, l'émotion, une certaine tendresse, la science de l'enfance, toutes choses qui ne se peuvent trouver, on l'avouera, que chez des natures d'élite.

Hetzel a donc donné, cette année comme les années précédentes, des œuvres de choix, et il en prépare déjà de nouvelles, l'Histoire d'un âne, par Stahl, l'Île mystérieuse, par J. Verne, Une Mère, par M. Legouvé, et la Petite sœur, par M. de Laprade. Et c'est plaisir de voir tous les bons esprits et les cœurs haut placés aider dans son entreprise l'homme qui a su faire ainsi une révolution dans la librairie et créer une bibliothèque pour les jeunes esprits, qui seront plus heureux que notre génération sacrifiée et pénétreront peut-être par la porte au seuil de laquelle nous aurons usé nos efforts, dans cette société équilibrée où le bonheur, dit-on (pourquoi ne l'espérerait-on pas?) sera mieux réparti entre tous, l'injure de la patrie étant depuis longtemps vengée.

Ce ne sont pas là d'ailleurs les seuls livres d'étrennes qu'il nous faut encore signaler. M. Gaston Tissandier a, depuis un an, fondé une sorte de revue illustrée des sciences qu'il appelle La Nature. La première année est finie et forme déjà un beau volume d'une utilité et d'un intérêt absolus. MM. Dehérain, Flammarion, C.-M. Gariel,--un esprit supérieur, un de nos anciens compagnons de classe,--Amédée Guillemin, E. Margollé, etc., composent la rédaction de ce recueil que je n'ai point qualité pour analyser ou critiquer, mais dont je signale avec plaisir l'apparition et dont je constate le succès.

M. le marquis de Cherville a publié aussi (chez Didot) un bien joli volume. On connaît son Histoire d'un trop bon chien. Cette fois, M. de Cherville nous conte l'Histoire naturelle en action. Il est chasseur, il est campagnard, il adore les animaux, tout en les abattant d'un coup de Lefaucheux; mais, à dire vrai, le gibier et lui n'en sont pas moins bons amis. La preuve en est dans la façon dont il en parle. On n'a pas plus d'esprit et pas plus d'émotion juste et non affectée que n'en a M. de Cherville en ces pages qui instruisent et qui amusent, et qui méritent d'être relues. L'Histoire naturelle en action est un des plus instructifs recueils de nouvelles qu'on ait publiés depuis longtemps.

Et les Contes du bibliophile Jacob à ses petits enfants? M. Paul Lacroix a fait tenir dans ces pages et dans ces quelques récits toute l'histoire de France de 1350 à 1695. Chaque épisode choisi par le savant auteur de tant de travaux estimés forme, si je puis dire, le tableau d'un règne ou d'une époque et, de la sorte, le lecteur s'instruit en s'amusant. Il s'instruit sans le savoir, car, c'est un fait, le public n'aime pas qu'on lui dise: venez ici, je vais vous apprendre quelque chose. Il hait d'instinct les magisters. Mais on n'est pas moins pédagogue ni pédant que M. Paul Lacroix, et ses Contes du bibliophile Jacob, avec leurs dessins très-étudiés et très-vrais de M. Philippoteaux méritent, eux aussi, une place d'honneur.

Est-ce tout? Certes non. Je dois signaler encore Les Merveilles de la science, de M. Louis Figuier. C'est un livre plein de faits, groupés avec art et rendus visibles,--j'allais dire palpables,--par des dessins. M. Figuier nous apprend là tout ce qu'il faut savoir sur le verre, le cristal, les poteries, les porcelaines, la soude, le savon, les potasses. Et tout cela est intéressant comme un roman. A propos de M. Louis Figuier, je suis bien en retard avec lui, ou du moins avec ses Vies des savants illustres qu'il publie en volumes in-18 (ce sera l'édition définitive); je devais depuis de longs mois l'annoncer.

Je ne reviendrai point sur La Comédie de notre temps, texte et dessins par Bertall. Je tiens seulement à ajouter, en manière de post-scriptum, après la notice de l'autre jour, que le livre fait son chemin et que l'auteur y a trouvé son plus grand succès. L'éditeur, M. Eugène Plon, nous a adressé depuis un joli volume signé Mustapha, et qui s'appelle Voyage autour de ma tente. Ce sont de petits croquis militaires d'une valeur rare. Ce pseudonyme de Mustapha cache, je crois, M le capitaine Lung, l'auteur d'un très-beau travail sur le Masque de fer. Ce sont là des souvenirs du temps où le soldat avait le droit de rire. «Recueillons-les, semble dire Mustapha, et amusons-nous-en encore jusqu'au jour où il nous sera permis de rire des autres.»

M. Plon est encore l'éditeur d'une magnifique publication, aujourd'hui terminée, le Musée des Archives nationales, où l'on retrouve catalogués, analysés, reproduits très-souvent en fac-similé, les incomparables trésors historiques conservés à la rue du Chaume. Tout le inonde n'a pas le loisir d'aller visiter le musée des Archives et surtout d'en étudier les richesses. Eh bien, là, on retrouve le Musée lui-même, on le possède dans ces pages savantes qui composent, à dire vrai, un monument littéraire et historique tout à fait unique. Passer des sceaux à l'aspect étrange et des signatures bizarres des premiers rois à l'écriture des Henri IV et des Louis XIV, pour s'arrêter à Bonaparte, après avoir regardé les morceaux de papier déchiré trouvés sur le cadavre de Pétion, quel réve! quelle fantastique réalité! Or, c'est cela, ce sont ces surprises et cette science que ce beau volume, le Musée des Archives nationales, tient en réserve. Il ne nous suffira pas de l'avoir loué ainsi, rapidement, nous y reviendrons à coup sûr.

Il en est, il en sera de même des Fables de La Fontaine, que vient d'éditer M. Jouaust. La Fontaine illustré par Millet, Stevens, J.-L. Brown, Detaille, Emile Lévy, etc., et illustré de façon à ce que le dessin original de l'artiste soit reproduit, si je puis dire, dans sa réalité même, voilà l'étonnement que nous réservait ce maître ès-bibliophilie. Il a réussi et nous prédisons, dés à présent, un vif succès à ces Fables de La Fontaine, que nous rangeons dans la catégorie des livres d'étrennes, quoique le livre n'ait pas besoin, pour être apprécié, d'être un livre d'actualité.

Jules Claretie.



BIBLIOGRAPHIE

La pluie et le beau temps, météorologie usuelle, par Paul Laurencin.--A lire le titre de ce charmant petit volume, on pourrait croire à une œuvre fantaisiste, mais le sous-titre est là pour rectifier cette impression première et déterminer le domaine dans lequel l'auteur introduit le lecteur à son grand profit.

C'est donc de météorologie qu'il s'agit, c'est-à-dire de ces phénomènes curieux dont l'atmosphère est le théâtre et qui influent sur ce que, dans le langage familier, on appelle le Temps. L'ouvrage, publié par J. Rothschild, éditeur, et orné de 110 gravures et cartes, est divisé en vingt chapitres, où M. Laurencin, en un style clair, précis et d'une élégante simplicité, traite successivement de la composition de l'air, de la chaleur et des courants atmosphériques, de l'eau dans l'atmosphère, de la pluie, de ses bienfaits et de ses méfaits, des orages, du cyclone, de l'arc-en-ciel, des climats, des saisons, etc., etc., et montre finalement que tous les phénomènes de la pluie et du beau temps dérivent d'une cause unique: la chaleur solaire, et que, jusqu'à un certain point, on peut prévoir les variations atmosphériques. Cette possibilité de se rendre compte des chances probables de pluie et de beau temps, pour une époque déterminée, intéresse aussi bien l'homme de plaisir que l'homme de travail. Aussi sommes-nous convaincus que La pluie et le beau temps, ce résumé aussi succinct que substantiel de toutes nos acquisitions touchant la science météorologique, recevra de tout le monde l'accueil qu'il mérite à tous les titres, c'est-à-dire le plus favorable et le plus empressé.

P.

Au nombre des étrennes les plus belles et les plus utiles, les plus intéressantes et les plus instructives, nous devons placer en première ligne un magnifique volume: le Jardin d'acclimatation illustré.

L'auteur, M. Pierre Pichot, le sympathique directeur et rédacteur en chef de la Revue britannique, a eu le talent de vulgariser la zoologie, et son remarquable ouvrage, apprécié des savants, est écrit dans un style clair et facile, qui le met à la portée de tout le monde.

Ce splendide livre renferme 25 gravures coloriées et d'innombrables vignettes; ce n'est pas seulement un excellent guide du Jardin d'acclimatation; l'auteur a poursuivi un but plus élevé et a réussi à faire un traité complet de zoologie.

Le Jardin d'acclimatation illustré se trouve chez Hachette et au bois de Boulogne, à la librairie du Jardin d'acclimatation. Son prix est plus modique qu'on ne pouvait s'y attendre pour une publication aussi importante. (Broché, 15 fr.; richement relié, 20 fr.)

Il y a deux mois, nous avons vu plusieurs fabricants de machines à coudre faire grand bruit avec les récompenses qu'ils avaient obtenues à l'Exposition de Vienne. Sans vouloir diminuer en rien la valeur attachée aux médailles de progrès et à celles de mérite, que ces maisons ont affichées, il nous sera permis de leur opposer une maison qui a été l'objet de distinctions tout exceptionnelles, dont elle s'est peu vantée. C'est la Compagnie Wheeler et Wilson, de New-York (qui a son siège à Paris, chez M. H. Séeling, 70, boulevard Sébastopol).

Cette importante Compagnie, en outre des médailles de progrès et de mérite qui lui ont été décernées, a seule été recommandée par le jury international pour le grand diplôme d'honneur. Et dernièrement M. Nathaniel Wheeler, président de cette Compagnie, a été décoré de l'ordre de François-Joseph, comme récompense de services éminents rendus à l'industrie de la machine à coudre,--la seule décoration accordée à Vienne à un fabricant de machines à coudre.

Cette double distinction place évidemment la Compagnie Wheeler et Wilson au-dessus de toutes les compagnies rivales, et comme à Paris en 1867, où l'unique médaille d'or pour ce genre de fabrication lui a été décernée, elle a remporté la victoire sur tous ses concurrents.



LA NATURE

REVUE DES SCIENCES EN 1873

La nouvelle publication que M. G. Tissandier a fondée cette année, avec le concours de nombreux écrivains scientifiques, a obtenu de la part du public l'accueil dont elle était digne. Nous sommes persuadé que le premier volume qui vient de paraître, et qui comprend le tableau du progrès en 1873, comptera parmi les livres les plus appréciés de l'époque du jour de l'an. Les principaux collaborateurs de La Nature: MM. le Dr. Bertillou, H. Blerzy, Ch. Boissay, Bontemps, P.-P. Dehérain, C. Flammarion, W. de Fonvielle, C.-M. Gariel, F. Garrigou, J. et M. Girard, A. Guillemin, Dr. Joly, S. Meunier, E. Margollé, E. Menault, Vignes, Zurcher, etc., sont trop connus du public pour que nous ayons à faire l'éloge de leurs travaux. Nous préférons emprunter à La Nature la description fort intéressante de la nouvelle bouée de sauvetage à lumière inextinguible, dont un de nos compatriotes, M. Silas, est l'inventeur.


Nouvelle bouée de sauvetage lumineuse (système Silas).
Gravure extraite du journal la Nature.

Cette bouée est formée, comme l'indique la gravure contre, d'une sphère métallique contenant du phosphure de calcium. Un homme tombant à la mer pendant la nuit, on jette à la surface de l'eau la bouée Silas. L'eau pénètre dans la sphère creuse, décompose le phosphure de calcium donnant naissance à un dégagement abondant d'hydrogène phosphoré. Ce gaz s'échappe par un tube supérieur, mais il a la propriété remarquable de brûler spontanément au contact de l'air, sans que l'eau puisse l'éteindre. Une flamme vive, brillante éclaire le naufragé et le guide tandis qu'il serait irrévocablement perdu si nulle lumière n'apparaissait au milieu des ténèbres!

La Nature abonde en faits de ce genre, elle nous donne l'exposé complet des événements scientifiques récents, des découvertes importantes, ses belles et nombreuses illustrations en font une publication éminemment attrayante, et digne à tous égards des plus grands éloges.



EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:

Le commerce est le lien des nations.