Title: Dictionnaire du bon langage
Author: N.-J. Carpentier
Release date: October 10, 2013 [eBook #43926]
Most recently updated: October 23, 2024
Language: French
Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/43926
Credits: Produced by Anna Tuinman, Hugo Voisard, Mark C. Orton,
Hans Pieterse and the Online Distributed Proofreading Team
at http://www.pgdp.net (This file was produced from images
generously made available by the Bibliothèque nationale
de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
CONTENANT
LES DIFFICULTÉS DE LA LANGUE FRANÇAISE
LES RÈGLES ET LES FAUTES DE PRONONCIATION
LES LOCUTIONS VICIEUSES
LES WALLONNISMES, LES FLANDRICISMES, ETC.
par
l'abbé N.-J. CARPENTIER
DIRECTEUR DE L'ÉCOLE MOYENNE DE St-BARTHÉLEMI A LIÉGE ET INSPECTEUR CANTONAL DES ÉCOLES PRIMAIRES DU RESSORT DE LA MÊME VILLE
Ce n'est pas assez d'apprendre à bien parler et à bien écrire; il faut encore et avant tout désapprendre à mal parler et à mal écrire.
LIÉGE
L. GRANDMONT-DONDERS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE
1860
Les formalités prescrites par la loi ont été remplies.
Tout exemplaire non revêtu de la griffe de l'auteur sera réputé contrefait.
La difficulté de se corriger des vices de prononciation et de langage est un fait généralement reconnu par les hommes de l'enseignement, et par les personnes qui ont fait une étude quelque peu approfondie de la langue française. L'un des plus grands écrivains dont s'honore la littérature française, se fondant sur son expérience personnelle, ne craint pas de dire qu'il est rare que l'on se défasse entièrement de la rouille du provincialisme, à moins que l'on n'ait reçu de bonne heure, là où la langue se parle le mieux, c'est-à-dire dans la capitale, une éducation soignée.
A quoi faut-il attribuer cette infériorité du provincial dans l'usage de la langue?
Nous pensons qu'une des causes principales de ce fait, sinon la principale, est que, jusqu'à présent, l'on ne s'est pas assez attaché, dans l'enseignement de la langue maternelle, à signaler les taches qui en ternissent la pureté dans la bouche ou sous la plume de ceux qui la parlent ou l'écrivent. Cette partie négative, et pourtant essentielle, d'un cours complet de langue française a été, il faut le dire, singulièrement négligée dans nos écoles primaires et nos établissements d'instruction moyenne. Sans doute les bons traités de prononciation, les bonnes grammaires et les bons dictionnaires ne nous manquent point. Grâce à ces guides éclairés, nous parvenons à connaître les règles du bon langage; mais n'est-il pas vrai que ces manuels, pour la plupart, oublient trop qu'ils s'adressent à des personnes qui ont à se corriger des défauts originels de terroir? Ce n'est pas assez, à notre sens, d'apprendre à bien parler et à bien écrire; il faut encore, et avant tout, désapprendre à mal parler et à mal écrire.
Nous nous sommes proposé de combler cette grave lacune de l'enseignement. Nous nous adressons donc aux wallons et aux flamands, voire même aux lecteurs que notre Dictionnaire pourrait rencontrer en France, et nous les avertissons de prendre garde à certains défauts de prononciation qu'ils semblent ne pas soupçonner; nous leur signalons une foule d'expressions, de termes, de tournures, que réprouve le bon langage, ou que condamne un goût sûr et sévère: nous cherchons, en un mot, à les déprovincialiser, s'il nous est permis de parler ainsi.
Mais ce n'est que la moitié de notre tâche. Voulant donner à notre ouvrage un caractère de généralité qui en fasse un véritable manuel, même pour les personnes qui ont reçu une éducation complète, nous avons passé en revue les difficultés de la langue française. Nous avons désiré qu'à l'aide de notre Dictionnaire on pût trouver la solution prompte et catégorique des doutes qui se présentent journellement touchant le genre des noms, la signification de certains mots risqués, la prononciation, la synonymie, la paronymie et les règles les plus controversées de la lexicologie et de la syntaxe.
C'est assez dire que notre ouvrage offre, à chaque page, deux parties bien distinctes: une partie négative, destinée à signaler les vices et les fautes de langage, et une partie positive, qui traite sommairement des difficultés qui sont de nature à embarrasser dans la conversation et dans la rédaction.
On nous demandera peut-être pourquoi nous avons cru devoir écarter la forme du manuel proprement dit, pour adopter celle du dictionnaire.
Si l'on veut bien tenir compte de notre but, on comprendra sans peine pourquoi nous avons accordé la préférence à cette dernière forme. Nous avons eu en vue, en effet, non-seulement les élèves, mais encore les personnes qui ont terminé leur éducation. Or, si les élèves peuvent s'accommoder d'un manuel et s'en servir avec fruit, il n'en est pas ainsi des gens du monde qui demanderont surtout à trouver dans notre ouvrage un répertoire utile qu'ils puissent consulter à toute heure et sans difficulté. Il y a plus: si même nous n'avions eu en vue, en rédigeant notre Dictionnaire, que les élèves de nos établissements d'instruction publique, il nous eût été difficile, sinon impossible, d'adopter un ordre logique quelconque, par exemple, un plan calqué sur les grandes divisions de la grammaire. Car enfin nous écrivons non seulement pour les élèves des écoles primaires, mais encore pour ceux qui fréquentent les cours de l'enseignement secondaire ou moyen. Or, tel plan qui eût été parfaitement approprié au degré d'instruction et d'intelligence de ceux-ci, aurait présenté pour ceux-là d'inévitables inconvénients.
Ces considérations justifient pleinement, ce nous semble, le choix que nous avons fait de l'ordre alphabétique. D'ailleurs les numéros par lesquels nous avons eu soin de distinguer nos remarques, permettront aux maîtres qui feront usage de notre Dictionnaire d'y joindre les avantages qui résultent d'une méthode plus logique et mieux adaptée aux besoins divers d'un enseignement gradué.
On nous reprochera peut-être d'avoir signalé certaines fautes de prononciation ou de langage, trop communes ou trop populaires. Ce reproche tombe de lui-même, si l'on veut bien ne pas oublier que nous écrivons pour les enfants des écoles primaires aussi bien que pour les élèves des établissements moyens ou pour les hommes instruits, et que, en définitive, le français est une langue à peu près étrangère pour tout le monde.
On n'est guère plus fondé, croyons-nous, à nous faire un grief de nos répétitions fréquentes. Qui ne sait, en effet, que la répétition est l'âme de l'instruction? Qui ignore que les élèves surtout ne savent bien que ce qu'on leur a fait répéter à satiété et sous toutes les formes? Nous en appelons ici à l'expérience de nos confrères dans l'enseignement.
Nous ne prétendons point donner notre Dictionnaire comme un code du langage de tout point irréprochable. Nous sommes des premiers à reconnaître toutes les difficultés inhérentes à la rédaction d'un ouvrage de ce genre; et partant nous conviendrons sans peine qu'il est loin encore d'avoir ce degré de perfection dont il est susceptible, et qu'une critique éclairée pourra y découvrir plus d'une lacune et y signaler peut-être des inexactitudes.
C'est pourquoi nous sommes disposé à tenir compte des observations que l'on voudra bien nous communiquer. Ces observations même nous les appelons de tous nos vœux, convaincu que nous sommes que pour arriver à faire un bon ouvrage classique, ce n'est pas trop du concours des lumières de tous ceux qui s'intéressent au sort des lettres et aux progrès de l'enseignement.
Dictionnaire de l'Académie.
Dictionnaire universel de la langue française, par M. Bescherelle, aîné.
Nouveau Dictionnaire universel de la langue française, par M. J. Poitevin.
Dictionnaire flamand-français, etc., par l'abbé Olinger.
Dictionnaire wallon-français, etc., par J. Cambresier;—item, par L. Remacle, 2 vol.;—item, par Hubert;—Dictionnaire étymologique wallon, par Ch. Grandgagnage.
Grammaire française, par l'abbé J.-J. Péters;—item, par Poitevin, Noël et Chapsal, Napoléon Landais, Girault-Duvivier, Mauvy, etc., etc.
Cours de Prononciation, etc., par Fréd. Hennebert;—item, par L. Remacle; item, par Joseph de Malvin-Cazal;—item, par le R. P. Mansion, de la Compagnie de Jésus, etc., etc.
Synonymes français, par l'abbé Girard.
Dictionnaire synonymique de la langue française, par J.-Ch. Laveaux.
Dictionnaire des synonymes de la langue française, par M. Lafaye.
Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue française, par J.-Ch. Laveaux, édition de Ch. Marty-Laveaux.
Dictionnaire raisonné des difficultés et exceptions de la langue française, par Th. Soulice et Sardou.
Dictionnaire des difficultés de la langue française, par C.-V. Boiste, édition de Ch. Nodier.
Remarques sur le Dictionnaire de l'Académie, par B. Pautex.
Les Omnibus du langage, par D. Lévi Alvarès et C.-L. Merle, dernière édition de Paris.
Dictionnaire wallon-français, à l'usage des habitants de la province de Luxembourg, par J.-B. Dasnoy.
Du bon Langage et des locutions à éviter, par Mme la comtesse Drohojowska.
Belgicismes ou les vices de langage et de prononciation les plus communs en Belgique, corrigés, etc., par Joseph Benoit.
Le Complément des grammaires et des dictionnaires français, par le même.
Nouveau manuel de la pureté du langage, par F. Biscarat, édition de A. Boniface.
Le Langage vicieux corrigé, par B. Jullien.
Flandricismes, Wallonnismes et expressions impropres de la langue française, par un ancien professeur (M. Poyart).
Dictionnaire des locutions vicieuses, etc., par M. D. R.
Manuel de la conversation ou traité de la pureté du langage; Bruxelles, chez Deprez-Parent.
Les Omnibus liégeois.
Les Omnibus montois, par L. Dethier, typographe.
A, prép.—Ne dites pas: le cheval à mon père, le livre à mon frère, la fête à maman, etc.; dites, le cheval de mon père, le livre de mon frère, la fête de maman.—La barque à Caron fait exception à cette règle. (Acad.)
2. Ne dites pas: un ami à moi, à lui; dites, un de mes amis, un de ses amis; on disait autrefois, et bien gracieusement, un mien ami, un sien ami.
3. Ne dites pas: nous étions à dix à table; nous avons soupé à huit; dites, nous étions huit à table; nous étions huit à ce souper, ou nous avons soupé au nombre de huit.
4. Ne dites pas: il a mis son fils aux Jésuites; dites, chez les Jésuites, et mieux, au collége des Jésuites. (Wall. et Fland.)
5. Ne dites pas: je demeure à la rue Hors-Château; à quelle rue demeurez-vous; dites, je demeure dans la rue Hors-Château, ou simplement, je demeure rue Hors-Château; dans quelle rue demeurez-vous.
6. C'est à vous de parler, c'est à vous qu'il appartient, qu'il convient de parler, et, c'est à vous à parler, votre tour de parler est venu. (Acad.)
Cependant les bons écrivains n'ont pas toujours observé cette distinction: Dieu me l'a donné, c'est à moi à en prendre soin. (Bernardin de Saint-Pierre.)
7. La préposition à s'emploie entre deux noms de nombre, lorsque le sens permet d'augmenter le premier; ainsi on dit: il a fait cinq à six lieues; il a perdu quinze à vingt francs; il a invité trente à quarante personnes; il a perdu quinze francs et demi; il a fait cinq lieues et un quart; perdu quinze francs et demi, seize francs; invité trente et une, trente-deux personnes, etc.—Mais lorsque le sens ne permet pas d'augmenter le premier des deux nombres, c'est la conjonction ou qu'il faut employer; on dira donc: il a perdu quinze ou seize centimes; il a invité trente ou trente et une personnes, etc.
Aa.—Les deux a se prononcent et sont brefs: A-aron, Isa-ac, Ba-al.
Abaisser.—Ne dites pas: abaissez-vous pour ramasser ce qui est tombé; dites: baissez-vous.
Abasourdir, v. a., rendre sourd, étourdir: prononcez l's dure.
Abattoir, s. m., endroit où l'on tue les bestiaux; le mot abattage, dans ce sens, n'est pas français.
Abattue, dans le sens de remise, abri, n'est pas français.
Abbaye, s. f., couvent régi par un abbé, prononcez: Abé-î et non abai-ïe.
Abbé, s'écrit avec deux b, et fait au féminin abbesse: on ne prononce qu'un b dans abbaye, abbé, abbesse, abbatial.
Abîme, s. m.: on écrit aussi, mais plus rarement, abyme, abymer.
Abîmer.—Ce mot signifie gâter, et non salir, souiller, comme en wallon; vous pouvez donc dire: mon chapeau a été abîmé par la pluie; mais ne dites pas: mon pantalon est abîmé par la boue; vous direz dans ce cas: mon pantalon est crotté, éclaboussé, sali, couvert de boue.
Able, s. f., ablette, petit poisson; prononcez able (a bref.)
Able, terminaison qui a l'a long seulement dans les substantifs de deux syllabes: diable, fable (diâble, fâble), excepté table, qui a l'a bref. L'a est bref dans tous les autres cas: aimable, blamable, formidable, etc.—Les wallons sont exposés à supprimer l'l et à changer le b en p; les flamands de leur côté, prononcent trop souvent bèle au lieu de ble: ainsi les premiers diront: fâpe, tape, diâpe, aimape, estimape; les derniers diront fâbèle, tâbèle, diabèle, aimabèle, estimabèle. Il faut donc prononcer toutes ces lettres finales et particulièrement l'l, et les prononcer sans intercaler un e entre le b et l'l, et l'important, c'est d'y exercer impitoyablement les élèves dès leur plus tendre enfance.
Abloucner, attacher, serrer avec une boucle: ce mot n'est pas français; dites, boucler: bouclez vos jarretières. (Wall.)
Aboutonner, attacher avec des boutons: ce mot n'est pas français, dites boutonner. (Wall.)
Aboyer.—On ne doit pas dire: aboyer quelqu'un ou sur quelqu'un, mais aboyer à, contre ou après quelqu'un. Un chien qui aboie aux voleurs, contre tous les passants, après tout le monde; tous ses créanciers aboient après lui. En parlant des petits chiens, on emploie ordinairement le verbe japper: le chien ne fait que japper.
Abraham, n. pr.: prononcez Abrahame.
Abre, Abrer; Adre, Adrer; Avre, Avrer (terminaisons en): l'a est long dans ces terminaisons, sabre, sabrer, cadre, cadrer, navre, navrer. Cette règle s'applique aux dérivés de ces mots, auxquels il faut ajouter les analogues madré, madrée.
Abréviations.—Les principales abréviations sont les suivantes:
J.-C. Jésus-Christ.
N. S. Notre Seigneur.
N. S. J.-C. Notre Seigneur Jésus-Christ.
S. S. Sa Sainteté (le Pape).
S. P. Saint Père (le Pape).
S. M. Sa Majesté.
S. M. I. Sa majesté impériale (un empereur).
S. M. I. et R. Sa majesté impériale et royale.
S. M. B. Sa majesté britannique (le souverain de la Grande-Bretagne).
S. M. C. Sa majesté catholique (le souverain d'Espagne).
S. M. T. C. Sa majesté très-chrétienne (le souverain de France).
S. M. T. F. Sa majesté très-fidèle (le souverain de Portugal).
S. H. Sa Hautesse (le Sultan).
S. A. Son altesse. (Se dit d'un prince du sang ou d'un prince régnant).
S. A. I. Son altesse impériale. (Idem).
S. A. R. Son altesse royale. (Idem).
S. A. S. Son altesse sérénissime.
S. Exc. Son excellence. (Se dit d'un ministre, d'un ambassadeur).
S. Em. Son éminence (se dit d'un cardinal).
Mgr. Monseigneur. (Se dit d'un évêque, prince, etc.)
M. Monsieur.
Me Maître. (Se dit des notaires, avoués, avocats).
MM. Messieurs.—Mme ou Me Madame.
Mlle Mademoiselle.—Md Marchand.
Mde Marchande.—Ngt Négociant.
Acacia, s. m., arbre: prononcez acacia et non acazia.
Acalender, mot wallon; dites: cette boutique est bien achalandée, et non: acalendée.
Accessit, s. m.—Le t se prononce au singulier et au pluriel: l'Académie écrit au pluriel deux accessit, et fait remarquer que plusieurs écrivent des accessits: nous admettrions volontiers cette dernière orthographe.
Accourir, Apparaître, Disparaître et Résulter, prennent indifféremment avoir ou être: j'ai accouru, je suis accouru pour la fête; un spectre lui avait apparu, lui était apparu; mon argent a disparu, est disparu; qu'a-t-il résulté de là? qu'en est-il résulté? (Acad.)—Mais paraître, comparaître et reparaître ne prennent qu'avoir, ainsi que périr, contrevenir et subvenir: la troisième livraison de ce livre a paru; satan et ses anges ont péri par orgueil; on a subvenu à ses besoins. (Acad.)—C'est donc une faute de dire: ce livre est paru; cet ouvrage est paru depuis quinze jours.
Accroc, s. m., déchirure (le cinq des wallons); obstacle, embarras; on ne prononce pas le c final et on ne fait sentir qu'un des deux c: acrô (ô long).
Accroche, dans le sens d'agrafe, n'est pas français.
Acculé.—Ne dites pas des souliers acculés; dites des souliers éculés, pour signifier des souliers qui s'abaissent par derrière sur le talon.—On dit aussi: éculer ses souliers, ses bottes s'éculent.
A ce que.—Ne dites pas: j'arrangerai cette affaire de manière à ce que tout le monde soit content; dites simplement, de manière que tout le monde soit content.
Achéron, s. m., t. de mythol., fleuve des enfers: prononcez achéron et non akéron.
Acheter, v. a.—Ne dites pas: j'ai acheté ma maison pour dix mille francs; j'ai vendu mon cheval pour huit cents francs; mais dites: j'ai acheté ma maison dix mille francs; j'ai vendu mon cheval huit cents francs. (Wall.) Mais on dira bien: ce négociant a acheté hier pour mille francs; j'ai vendu des meubles pour deux cents francs.
Achever, v. a.—Prononcez achever, ach'ver et non ach'fer; il en est de même de échevin, cheville, écheveau, etc.—Voyez la lettre v.
Aclaircir, Raclaircir, ne sont pas français; c'est éclaircir qu'il faut dire.
Acolyte, s. m., clerc qui a reçu un des quatre ordres mineurs, nommé l'ordre des acolytes; ce mot ne figure pas dans les dictionnaires dans le sens de enfant de chœur; cependant, vu son usage fréquent dans notre pays, nous n'oserions pas le condamner absolument.—Choral, dans ce sens, n'est pas français.
Acte, s. masculin et non féminin; prononcez: ac-te, en faisant sentir le t et non ake; acte de foi, prononcez de même pacte, tact, compact, entr'acte, etc.
Actualité, s. f.—question palpitante d'actualité: cette expression, dit M. Francis Wey, est un des fruits de la révolution de Juillet; avant 1833, il n'était pas question de cette horrible façon de parler.
Addition.—Écrivez et prononcez les deux d.—Lorsqu'une consonne est doublée dans le même mot, ou se trouve à la fin d'un mot et répétée au commencement du mot suivant, les flamands n'en font ordinairement sentir qu'une; c'est une faute qu'ils doivent soigneusement éviter: ainsi ils prononceront: adition, alusion, aluvion, acessit, colaboration, peti table, aide-camp, au lieu de ad-dition, al-lusion, al-luvion, ac-cessit, col-laboration, petite table, aide de camp.
Adéquat, adj., entier, total, complet: prononcez adekoua.
Adjectif:—(prononcez ad-jectif, et non at-jectif ni ag'-jectif). Les wallons placent quelquefois abusivement l'adjectif devant son substantif; ainsi ils disent: un neuf chapeau, un blanc pantalon, une propre chemisette, etc.; il faut dire: un chapeau neuf, un pantalon blanc, une chemisette propre.
Certains adjectifs pourtant peuvent ou doivent précéder le substantif; l'essentiel est donc de bien les connaître; par ex.: on dit très-bien: une belle maison, un petit livre, un homme grand et un grand homme, etc.
Ad libitum, loc. adv., à volonté: prononcez ad libitome.
Administration, s. f.: ne dites pas: on a porté hier l'administration à M. Pierre; M. Pierre a reçu hier l'administration; dites: on a administré hier M. Pierre, M. Pierre a été administré hier; ou bien, on a porté hier le viatique, l'extrême-onction, les derniers sacrements à..... M. a reçu hier le viatique, l'extrême-onction, les derniers sacrements. (Fland.)
Adorer, v. n.—Ne dites pas: j'adore la musique; j'adore les asperges, les petits pois; dites: je raffole de la musique, je suis friand des asperges, des petits pois.
Ad patres, loc. lat., signifiant littéralement, vers les pères: aller ad patres, mourir; envoyer ad patres, faire mourir: prononcez patrèsse.
Age, s. masculin.—Ne dites pas: c'est à nos âges surtout qu'il faut éviter les excès; dites: c'est à notre âge surtout.... Cette faute est assez commune.
2. Age, dans le corps ou à la fin des mots, doit se prononcer age et non ache: âge, fromage, rivage, tapage, ménagement, déménagement, etc., et non ache, fromache, rivache, tapache, ménachement, déménachement. (Wall.)—Ache, d'un autre côté, doit se prononcer ache et non age: hache, vache, cravache, il crache, crachement, etc., et non hage, vage, cravage, il crage, cragement. (Fland.)
Aéré, adj., qui a de l'air, qui est en bel air.—Dites: cet appartement est bien aéré; ne dites pas: cet appartement est bien airé.
Affaire (Avoir).—Avoir affaire de, c'est avoir besoin de: j'ai affaire d'argent; j'ai affaire de vous, ne sortez pas.
2. Avoir affaire à quelqu'un, suppose pouvoir, autorité, force, supériorité de la part de ceux à qui on a affaire; et dépendance, infériorité, besoin de la part de ceux qui ont affaire; celui qui veut obtenir une grâce, une faveur, a affaire au ministre ou à ses commis, et non avec le ministre, etc.; il a affaire à un homme dur et méchant, à un homme plus rusé, plus fort que lui.
3. Avoir affaire avec quelqu'un, suppose concours d'affaires, discussions, différends, contestations: un commis a affaire avec le ministre; un associé a affaire avec son associé; il faut éviter d'avoir affaire avec les fripons; j'ai eu affaire avec cet homme-là au tribunal de commerce. Remarquez qu'avoir affaire s'écrit en deux mots (et non avoir à faire) dans les quatre acceptions qui précèdent.
Affiler, Effiler.—Affiler, signifie donner le fil à un tranchant; effiler, c'est défaire un tissu fil à fil: j'ai affilé la lame de mon canif; j'ai effilé ma cravate.
Affligé, adj.: ce mot ne peut pas s'employer comme synonyme d'estropié: c'est un estropié (et non un affligé) qui demande l'aumône.
Agace, s. f., oiseau qu'on nomme plus communément pie; quelques-uns écrivent, agasse. (Acad.)
Agenda, s. m., carnet où l'on inscrit jour par jour ce que l'on doit faire: le plur. est agendas: prononcez aginda et non agène-da.
Ag, Agde, Age, Agme, Agne, Agre, Agru, toutes finales brèves, excepté le seul mot âge. (M. J. Benoit, le Complément des Grammaires, etc.)
Agir.—Ne dites pas: il en a mal agi avec moi; dites: il a mal agi avec moi.
2. Ne dites pas: quand il a s'agi de parler; dites quand il s'est agi; dites de même: il se fût agi, il s'était agi, il se sera agi, il se serait agi, il se fût agi, qu'il se soit agi, qu'il se fût agi.
Agonisant: prononcez agonizant et non agonis-sant.
Ai, au lieu de oi.—Autrefois on écrivait: connoître, paroître, j'aimois, il vendroit, etc.: aujourd'hui on écrit communément: connaître, paraître, j'aimais, il vendrait.
Ai, Aie, Aye, (terminaisons en)—Généralement on fait trop sentir l'i et l'e des syllabes en ai, aie, aye. On prononce par exemple, que j'aiïe, hai-ïe, clai-ïe, gai-ïe, pai-ïe, etc., tandis qu'on doit dire: que j'aî, haî, claî, gaî, paî, (aî long). Il en est de même des mots en oie et en oye, tels que soie, voie, que je croie, etc., qu'il faut prononcer soî, voî, que je croî, etc., (oî long) et non: soi-ïe, voi-ïe, que je croi-ïe. (Wall.)
Aider, v. a.—Aider quelqu'un, c'est lui prêter plus ou moins d'assistance: il faut aider les pauvres; aidez-le à descendre.—Aider à quelqu'un, c'est, le plus souvent, l'assister en partageant ses efforts: aidez à cet homme à soulever ce fardeau.
Aide de camp, s. m.—Ce mot s'écrit sans trait d'union; faites sentir les deux d.
Aides, Aises.—Je connais les aides, les aises d'une maison, pour signifier les corridors, les chambres, les escaliers, la distribution d'une maison, n'est pas français; dites: je connais les êtres, subst. m. pl., et prononcez l'r fortement, ainsi que dans toutes les finales en dre, tre, gre, bre, fre, vre, cre, etc.
Aigle, s'emploie au féminin, 1o dans le sens d'enseigne militaire: les aigles romaines, (les enseignes des légions romaines); 2o dans le sens d'armoiries: l'aigle impériale (les armes de l'empire d'Autriche qui sont une aigle à deux têtes).—Dans tout autre sens, aigle, s'emploie au masculin: l'aigle fier et courageux, un aigle femelle;—c'est un aigle, c'est-à-dire, un homme qui a un esprit supérieur.
Aiguë, (tréma), fém. de aigu: voyez gu, guë.
Aiguière.—Prononcez: aighière; de même aiguiérée, anguille. Voyez gu.
Aiguiser, v. a.—Prononcez l'u et l'i séparément: aighuiser et non aighouiser, ou aighiser. Il en est de même de: aiguille, aiguillade, aiguillée, aiguillon, aiguillonner, aiguisement et de tous les dérivés du mot aigu. Voyez gu.
Aile ou Ale, s. f., espèce de bière anglaise: prononcez èle:—L'Académie écrit aile.
Aill.—La syllabe aill est longue au milieu des mots qui expriment une action, une chose plus ou moins méprisable ou ridicule, tels que brailler, bretailler, bretailleur, se chamailler, éraillure, haillon, railler, railleur, rimailler, rimailleur. Elle est brève dans les mots qui n'ont aucune signification désagréable: ailleurs, caillou, maillot, paillette, tressaillir, vaillant, vaillance: le mot poulailler a l'a long, parce qu'il dérive de l'ancien substantif féminin poulaille.
2. Les substantifs en aille, tous du genre féminin, ont généralement l'a long ainsi que leurs dérivés: bataille, batailler, (excepté bataillon); paille (les dérivés paillasse, paillasson exceptés); taille, tailler, etc.; excepté limaille, médaille, représaille.—Versailles, Noailles, la Fouraille, Aywaille, etc., ont aussi l'a long.
3. Les substantifs en ail, tous du genre masculin, ont au contraire l'a doux: ail, bail, corail, détail, éventail, travail, et leurs dérivés; il faut y ajouter les noms propres: Montmirail, Gail, etc. (Hennebert.)
Aimer. Ce verbe exige la préposition à devant un infinitif: ne dites pas: cet enfant aime de jouer, cet élève aime de lire: dites, cet enfant aime à jouer, cet élève aime à lire.
2. Ne dites pas: mon professeur aime à ce que mes devoirs soient bien écrits; dites: mon professeur aime que mes devoirs soient bien écrits.
3. Aimer mieux, devant un infinitif rejette toute préposition: il aime mieux jouer, il aime mieux étudier. Cependant on peut dire également: cet enfant aime mieux jouer qu'étudier, et cet enfant aime mieux jouer que d'étudier. (Acad.)
Aux temps composés, mieux précède le participe passé: j'ai mieux aimé.
4. Prononcez émer et non èmer: il en est de même de tous les mots où ai, première syllabe, est suivi d'une syllabe sonore: aisé, j'aidai, etc.
Ain.—L'n des substantifs terminés en ain ne se lie pas avec la voyelle du mot suivant: le pain est fort cher (et non le pain n'est fort cher); cet homme est vain et fier (et non vain n'et fier).
Aine, eine et ène.—Prononcez vène et non vain-ne:—huitaine, dizaine, douzaine, vaine, certaine, lointaine, veine, il mène, il amène, etc. (Wall.)
Ainsi.—Est-ce bien vrai? Oui, c'est ainsi: on dit plutôt, dans le style familier: c'est comme cela ou comme ça, forme abrégée de cela.
2. Ainsi n'est pas toujours synonyme de donc: ne dites pas: vous voilà ainsi, vous partez ainsi; dites: vous voilà donc, vous partez donc.
Air, s. m.: air frais, air chaud, air froid: v. avoir l'air.
Airer, pour aérer est un barbarisme: lieu aéré, aérer une pièce et non lieu airé, etc.
Ajamber, Ajambée, ne sont pas français; dites: enjamber, enjambée.
Ajoute.—Ce mot n'est pas français, et doit être remplacé par allonge, rallonge, ou addition, suivant le sens: mettre une allonge ou une rallonge à une jupe; la table est trop petite, mettez-y une allonge ou une rallonge; l'auteur a fait à son livre de nombreuses additions.—Prononcez allon-ge, et non: allon-che. Voyez les mots prononciation et finales.
Alargir, barb.: alargir une robe, un habit: dites élargir.
Albinos, s. m. et f., race d'hommes blafards.—Prononcez albinoce.
Alcoran, s. m., livre sacré des Mahométans.—Ne dites pas: l'Alcoran, mais le Coran. En effet, il est à remarquer que al en arabe correspond à notre article le, la; d'où il suit que vous ne pouvez pas plus dire l'Alcoran, que la labible, le lelivre, la laplume.
Alentour, autrefois préposition, est devenu adverbe; on dira donc: je me promène autour du parc; j'étais dans le parc, et mon ami se promenait alentour. Alentour ne peut avoir de complément et doit toujours s'employer adverbialement.
2. Ne dites pas: il travaille autour, à l'entour de sa maison, de son devoir; dites: il travaille à sa maison, à son devoir.
Alentours, s. m. pl., n'a pas de sing., et signifie les lieux circonvoisins: les alentours de Liége sont très-pittoresques.
A l'envi, expression adverbiale qui signifie avec émulation, à qui mieux mieux: c'est une faute très-commune que d'écrire à l'envie.
Alexandre, Alexandrine, Alexandrie; l'x est dure dans ces mots: Alekçandre et non Aleg-zandre.
A l'honneur.—Ne dites pas: Liége a érigé une statue à l'honneur de Grétry; dites en l'honneur de Grétry.
Aller.—L'Académie admet je vais et je vas, mais elle ajoute que cette dernière forme s'emploie rarement et seulement dans le langage familier.
2. Je fus, tu fus, il fut, etc., pour j'allai, tu allas, il alla, etc., se disent très-bien, quoi qu'en pensent Lévy, Boinvilliers, Chapsal, Poitevin, Girault-Duvivier, etc.: cette forme est consacrée par l'autorité de l'Académie et de plusieurs bons écrivains, notamment Corneille, Me de Sévigné: il ne peut donc rester l'ombre de doute sur cette question. Voyez la grammaire de M. l'abbé Péters, no 584, où l'auteur fait justice des raisons spécieuses de ses contradicteurs.
3. Employez: a été, lorsque vous croyez qu'on est de retour: Pierre a été à l'église, mais il n'y est resté qu'un instant. Employez: est allé, lorsque vous croyez qu'on n'est pas de retour. Mon père est allé à Paris, et il y séjournera trois mois. Le wallon ici est un bon guide.
4. Ne dites pas: Monsieur le baron a été ici (chez nous); dites: Monsieur le baron est venu ici.
5. Ne dites pas: je me suis en allé; on les a fait en aller; dites: je m'en suis allé; on les a fait partir. Ne dites pas: je m'y vais, mais j'y vais.
6. Ne dites pas: mon frère va sur vingt ans; dites: mon frère aura bientôt vingt ans, ou est dans sa vingtième année.
7. Ne dites pas: aller, voyager, revenir sur la terre, sur l'eau; dites: aller, voyager, revenir par eau, par terre: j'ai été à Namur et j'en suis revenu par eau.
8. Ne dites pas: il a voulu me faire aller; dites: se jouer de moi, se moquer de moi, me plaisanter, me faire poser, m'en faire accroire, selon le sens.
9. Ne dites pas: j'ai plusieurs endroits à aller; dites: je dois aller dans plusieurs endroits; j'ai plusieurs endroits à voir, à visiter; il faut que j'aille dans plusieurs endroits.
10. Allez! Allez! formule aussi inconvenante que: vous en avez menti; dites: vous plaisantez sans doute; parlez-vous sérieusement ou pour plaisanter; apparemment vous plaisantez.
11. Aller avec veut être suivi d'un régime: ne dites pas: vous partez, je m'en vais avec; dites: je m'en vais avec vous: avec est une préposition et non un adverbe. (Wall.)
12. Ne dites pas: comment va? comment vous va? comment va-t-il? dites: comment va votre santé? comment vous en va? et mieux, comment vous portez-vous? (Acad.) Ne dites pas non plus: Comment va-t-il avec vous? dites: comment vous portez-vous? (Fland.)
13. Par raison d'euphonie, on supprime ordinairement la particule y devant le futur irai, iras, ira, etc. Ira-t-il à Rome? Il ira? Mais ce ne serait pas une faute de l'exprimer.