130: «On dit qu'ils ont une lisière longue d'une aulne et large de quatre doigts, et que dans cette lisière ils mettent des balles de plomb ou quelques pièces de fer, avec quoi ils frappent les vendeurs de vieux chapeaux ou ceux qu'ils veulent chastier.» Relation véritable de ce qui s'est passé au meurtre d'un jeune garçon...

131: Loret fait raconter par le patient lui-même toutes les indignités qu'il eut à subir avant sa mort:

«..... Helas! ils me martirent,
Leurs rigueurs à tous coups s'empirent;
Ils m'ont mené, me malmenant,
Du capitaine au lieutenant,
Et maintenant on me ramène
Du lieutenant au capitaine;
Ils m'ont fait mainte indignité,
Moqué, tiraillé, souffleté.
Bref, la nation judaïque
Ne fut guère plus tyrannique
Quand elle tourmenta jadis
Le createur du Paradis.»

132: Un autre bon prêtre donna les derniers soins à la victime. Il en est parlé dans le rapport manuscrit que des chirurgiens dressèrent de l'état du cadavre, et qui a été retrouvé par M. Moreau dans un volume de la Bibliothèque de l'Arsenal. Voici l'extrait qu'il en donne (Bibliogr. des Mazarinades, III, pag. 11 no 2997): «Premièrement, ils reconnurent qu'il avoit esté lié d'une grosse corde par le milieu, de son corps, dont les marques en estoient encore toutes recentes, et particulièrement le nœud de ladite corde qui avoit enfoncé dans son corps de la profondeur d'une grosse noix. Un honneste ecclesiastique de ses amis, nommé M. Butel, s'estant rencontré lorsqu'on le visitoit, s'offrit à lui rendre les derniers devoirs de charité, qui furent de l'ensevelir; ce que s'estant mis en devoir d'exercer, luy ayant levé la teste pour mettre sa coiffe, une partie de sa cervelle tomba dans ses mains, qui fut un spectacle d'horreur et de compassion à tous les assistans. Il remarqua sur son corps quantité de meurtrissures, provenantes des grands coups de lisière qu'ils lui avoient donnés, comme aussi la plaie d'un coup de hallebarde qu'il receut au dessus de la cuisse, de la largeur de quatre doigts, et plusieurs piqueures de poinçons aux genoux.»

Loret donne aussi quelques détails qui s'accordent bien avec ceux qu'on vient de lire:

Un d'entre eux, le plus perverty,
Le frappa de façon cruelle
Et luy fit sortir la cervelle.

133: «Ce meurtre, dit M. Moreau, causa une très vive émotion dans Paris. La Justice dut en connoître, mais je ne sais pas quel arrêt fut rendu.» Nos recherches n'ont pas été plus heureuses. Il dut y avoir de longs débats, au milieu desquels, en ces temps de troubles de toutes sortes, la vérité et la justice eurent certainement peine à se faire jour. Loret, presque toujours si bien renseigné, et qui, en qualité de voisin assez proche, puisqu'il logeoit rue de l'Arbre-Sec, devoit avoir été édifié mieux que personne sur les détails du drame de la Tonnellerie, donne lui-même à penser qu'il y eut dans toute cette affaire beaucoup de contradiction et d'obscurité. Mais, dit-il,

... De ce noir evenement
On parle si diversement,
Que certes l'on ne sait que croire
D'une si malheureuse histoire.

134: M. Leber possédoit deux exemplaires de cette pièce, qui, selon lui, et son éloge n'est pas exagéré, «est une critique enjouée et fort piquante du barreau, des mœurs et de diverses personnes». (V. Catal. de sa biblioth., nos 4226, 5625.—V. aussi Catal. Monmerqué, no 1569.) Cette satire fit grand bruit dans le monde de la basoche. On y répondit et on l'imita. La pièce qui servit de réplique a pour titre: la Reponse aux Grands jours et plaidoyers de M. Muet, par quelques mal contents du Chastelet, 1622, in-8o. Quant aux imitations qui parurent dans l'année qui suivit, voici le titre de celles que nous avons pu retrouver: les Assizes tenues à Gentilly, par le Sr Balthazar, bailly de S.-Germain-des-Prez (Paris), 1623, in-8o;—les Estats tenus à la Grenouillère les 15, 16, 17, 18, du present mois de juin (Paris,) 1623, in-8o.—M. Veinant, qui a été dans ces recherches notre guide obligeant, pense qu'une autre pièce, les Actions du temps, 1622, pourroit aussi se rapporter à cette sorte de cycle moqueur et parodiste. Quelques petits livrets parus huit ou neuf ans auparavant semblent s'y rattacher aussi et en être les précédents. Ce sont: les Conférences d'Antitus, Panurge et Guéridon, S. L. N. D., in-8o;—les Grands jours d'Antitus, Panurge, Guéridon et autres, S. L. N. D., pet. in-8o;—Continuation des Grands jours interrompus d'Antitus, Panurge et Guéridon, S. L. N. D. (1614), in-8o.—La plupart de ces pièces se trouvoient chez le duc de la Vallière et chez Méon. V. Catal. de sa bibliothèque, no 3470.

135: Fameux cabaret dont il est parlé avec détail dans le curieux livre: Visions admirables du pèlerin du Parnasse, etc., Paris, 1635, in-12.

136: Les gens de justice, avocats et procureurs, passoient alors pour des piliers de taverne et de brelan:

Mais vous ne dites pas qu'ils sont fort desbauchez,
Et que tout leur estude est de jouer aux billes,
A la boule, à la paulme, aux cartes et aux quilles.

Puis les bons compagnons, comme le viel Lymière,
Le gros Grouart, Bricot, La Joue et La Rivière,
Dont le ventre à la suisse et le rouge museau
Temoignent qu'à leur vin ils ne mettent pas d'eau.

(La Responce à la misère des clercs de procureur, etc.,
par mad. Choiselet et consorts, ses disciples
,
Paris, 1638, in-8o, p. 8.)

137: Cette connivence des fripiers et des voleurs appelés Rougets ou Manteaux-rouges duroit, à ce qu'il paroît, depuis long-temps. Il est déjà parlé, dans une pièce de 1614, de ces effets volés, jetés par les détrousseurs de nuit dans les caves des fripiers, leurs receleurs:

Ceux qui vous font gagner sont des tireurs de laine,
Desquels ceste cité est de tout temps si pleine.
Si de vos caves estoyent les soupirails bouschez,
Tant de manteaux de nuict n'y seroient tresbuchez
Car, à ce que je voy, ils sont si bien hantez,
Que jamais, ô araignes! vos toiles n'y tendez.
...............
Tous les habitz qu'avez viennent de ces penduz.

(Discours de deux marchands fripiers et de deux maistres tailleurs, etc., avec le propos qu'ils ont tenu touchant leur estat. Paris, 1614, in-8o, p. 6.)]

138: Presque tous les fripiers des halles étoient juifs, mais cachoient avec soin leur religion. V. la pièce qui précède, Recit naïf et veritable, etc., pag. 181.

139: Il était alors lieutenant criminel. C'est le même qui est appelé Lugoli dans les Galanteries des rois de France, par Sauval, in-12, tom. I, pag. 323, et à qui la reine Marguerite fit faire le procès d'Aubiac.

140: Sans doute tout près de la cour du Roi François, qui étoit en effet une cour des Miracles, succursale de celle dont l'emplacement a gardé le nom. Cette cour du Roi François existe encore presque entière dans la rue Saint-Denis, no 328. Elle doit, dit-on, son nom aux écuries de François Ier, qui l'occupèrent d'abord.

141: Les échevins disposoient de ces offices de charbonniers, et les vendoient à de pauvres gens, qui les exerçoient à leur profit. Il est parlé de ce trafic des petits métiers dans le Caquet de l'accouchée (première journée du Recueil général, ad fin.) V. la note de notre édition.

142: Nom équivoqué, qu'il n'est pas difficile de deviner sous l'interversion de ses deux syllabes, si l'on pense à l'office du baron de Malva et à la population soumise à sa police.

143: Semmoneur d'enterrement ou crieur de corps morts, comme dit Tallemant (édit. IV, pag. 345). V. une note de notre édition du Roman bourgeois, pag. 225.

144: C'est encore une affaire de cette succession de la reine Marguerite de Valois dont il est parlé dans la huitième partie du Recueil général des caquets de l'accouchée, et que les grandes dépenses de la princesse avoient rendue si difficile à liquider. La construction de l'immense hôtel qu'elle avoit fait bâtir rue de Seine, et dont les jardins occupoient l'espace compris entre le quai et la rue Jacob, la rue de Seine et la rue des Saints-Pères, avoit été la principale de ces dépenses. Henri IV avoit été effrayé de l'étendue et du luxe de cette demeure la première fois qu'il alla y visiter cette reine Margot, qui, depuis leur divorce, étoit toujours restée son amie. En partant, il la pria d'être plus ménagère. «Que voulez-vous? lui dit-elle, la prodigalité est chez moi un vice de famille.» Quand elle fut morte, on voulut tirer profit de ces vastes bâtiments; mais ils étoient dans un quartier encore mal habité ou désert, et l'on ne put leur trouver pour locataires que des femmes comme celles dont on parle ici. Plus tard, cette habitation princière se réhabilita. Le président Séguier y logeoit en 1640, et Gilbert des Voisins en étoit propriétaire en 1718. Les jardins avoient de bonne heure été diminués d'étendue; ce qu'on en avoit pris avoit servi à l'élargissement du quai Malaquais et à la construction des hôtels voisins, dont quelques uns subsistent encore.

145: Dénomination qui s'explique par les mots qui suivent, et qui rappellent la marque qu'on met sur les ânes.

146: Il s'agit ici, soit des officiers de justice, qui durent trouver leur profit dans les procès entre les locataires et les propriétaires, conséquence naturelle de l'incendie des maisons du Pont-au-Change; soit des marchands d'encre, qui étoient nombreux autour de l'église Saint-Bon, et auxquels le même incendie et la destruction des boutiques renommées des marchands leurs concurrents avoient dû, en effet, envoyer bon nombre de pratiques.

147: Il y avoit alors à Paris plusieurs Italiens qui s'occupoient, comme celui dont on parle ici, de travaux hydrauliques. Olivier de Serres, dans son Théâtre d'agriculture (in-4o, II, 555-557), s'étend longuement, par exemple, sur les travaux de Balbani, qui vers le même temps construisit une magnifique citerne dans l'hôtel de Sébastien Zamet.

148: Le fameux opérateur de la place Dauphine, dont Tabarin étoit le valet. V. nos notes sur la Seconde après disnée du caquet de l'accouchée.

149: V., sur cette expression argotique souvent employée alors pour désigner les voleurs, Études de philologie comparée sur l'argot, par M. Francisque Michel.

150: Refrain d'une complainte faite à propos du supplice de Guillery. On y jouoit sur le surnom du fameux brigand, qui se trouvoit aussi être le nom que le peuple donnoit au moineau franc.

151: Chalange, fameux partisan dont il est parlé dans les satires de Régnier et dans la Chasse aux larrons de J. Bourgoing, avoit fait rendre par le connétable de Luynes, à la condition d'en partager avec lui les profits, un édit contre les procureurs, dont toute la basoche s'étoit émue. Il en est dit un mot dans les Caquets de l'accouchée (V. les notes de notre édition); mais l'Anti-Caquet s'en explique plus longuement. «Tu te plains de Chalange, y est-il dit, et tu ne cognois pas le plaisir qu'il a fait au plat pays lorsqu'il a fait l'edit des procureurs. Il est cause que les clercs, n'ayant plus d'esperance d'estre receus, ils se sont retirez en leur pays; il s'en est engendré une pepinière d'esleus, grenetiers, sergens, receveurs du taillon et autres menus offices, pour lesquels achepter ils ont fait boursiller leurs parents et amis, qui sont à present secqs comme bresil.» (L'Anti-Caquet, 1622, in-8o, p. 12-13.)

152: Aventure qui pourroit être la même que celle à laquelle il est fait allusion à la fin du petit livret reproduit plus haut: les Singeries des femmes de ce temps.

153: Canif. Une rue de Paris porte encore ce nom, qu'elle devoit à une enseigne de coutelier.

154: Mode du temps, dont le nom venoit de l'air d'une danse fameuse alors. Tout bon courtisan devoit

Avoir gands à la Cadenet.
.........
A la guimbarde le colet.

(Pasquil de la Court, pour apprendre à discourir, à la suite de le Satyrique de la Court, 1624, in 8o, p. 29.)

155: V. encore, sur cette frayeur que l'apparition de Mansfeld avec son armée sur les frontières de Lorraine jeta dans Paris et par toute la France, une note de notre édition des Caquets de l'accouchée.

156: Grondé, admonesté. Ce verbe, très peu usité, avoit grommeler pour diminutif.

157: C'est le jardin dont nous avons parlé tout à l'heure, et qu'on avoit sans doute transformé en jardin public et en bal champêtre, en même temps que l'on avoit donné aux appartements de l'hôtel les locataires et la destination que vous savez. On le désignoit sous le nom de: Allée de la Reine-Marguerite. La population y étoit la même que celle du logis. Dans le Ballet nouvellement dansé à Fontainebleau par les dames d'amour. Paris, 1625, in-8, pag. 1, l'une des héroïnes, la dame Guillemette, est appelée gouvernante des Allées de la feue royne Marguerite. Elle est conduite au bal par une commère des mêmes quartiers, «la petite Jeanne des fossez S.-Germain des Prez.»

158: Bouffon de la reine Marguerite, qui, à la mort de la princesse, eut la misère pour dernier salaire de ses turlupinades. V. les Caquets de l'accouchée, et Sauval, Galanteries des rois de France. Edit. in-12, 3e partie, pag. 70. «Il prenoit la qualité de maître de requêtes de la reine Marguerite et de son orateur jovial.»

159: Type caricature créé en haine et en moquerie des Espagnols, dont, comme Polichinelle, il exagéroit encore sur sa physionomie le nez proéminent et la mâchoire saillante. De ganassa, qui est ce mot mâchoire en espagnol, on lui avoit fait le nom cité ici, et dont notre mot ganache est encore aujourd'hui une altération transparente. Le Livre des singularités, par Philomneste (G. Peignot), pag. 105.

160: Nous empruntons cette pièce, intéressante pour l'histoire des modes, au Recueil de pièces en pose les plus agreables de ce temps, composées par divers autheurs (quatriesme partie). Paris, Charles Sercy, MDCLXI. Elle doit avoir été écrite par quelqu'un de la société de Mme de Sévigné. La dédicace à Mlle de la Trousse le feroit du moins penser.

161: Elle étoit fille de François le Hardi, marquis de la Trousse, et de Henriette de Coulange, tante de Mme de Sévigné. Après une existence beaucoup moins frivole que la dédicace qui lui est faite ici et que plusieurs couplets de Bussy pourraient le faire croire, elle mourut saintement aux Feuillantines, où elle s'étoit retirée, en décembre 1685.

162: Cet édit porte la date du 27 novembre 1660; c'est le même dont Molière a dit par la bouche de Sganarelle:

Oh! trois et quatre fois béni soit cet édit,
Par qui des vêtements le luxe est interdit!
Les peines des maris ne seront pas si grandes,
Et les femmes auront un frein à leurs demandes!
Oh! que je sais au roy bon gré de ces descris
Et que, pour le repos de ces mêmes maris,
Je voudrais bien qu'on fît de la coquetterie
Comme de la guipure et de la broderie.

163: Dentelle unie, qui devoit à sa simplicité le nom significatif qu'elle portoit.

164: La mode de ces dentelles d'Italie commença en France à la fin du XVIe siècle (V. Le vray theatre d'honneur et de chevalerie, 2e partie, chap. XL, p. 502), et dura pendant tout le XVIIe. (V. Mémoires de Saint-Simon, édit. in-8o, t. 4, P. 286, année 1704.)

165: Le traité des Pyrénées, signé l'année précédente, avoit mis fin à la guerre avec l'Espagne.

166: Fameux marchand de Paris à cette époque. La vogue de sa maison, consacrée par un passage des Précieuses ridicules, duroit encore en 1692, comme le prouve ce qu'en dit Palaprat dans son Arlequin Phaëton. V. notre Paris démoli, 2e édit., p. 45, chapitre l'Almanach des adresses de Paris sous Louis XIV.

167: Cravate, qui étoit alors un mot nouveau, se mettoit indistinctement au féminin, comme dans la lettre de madame de Sévigné du 22 avril 1672, et au masculin, comme ici. C'est, du reste, avec intention qu'on lui donne ce genre dans cette pièce, où tous les objets de toilette ont un rôle si viril et si belliqueux. On sait, en effet, que la cravate a une origine toute militaire. On en doit la mode et le nom aux soldats croates ou cravates, comme on prononçoit alors, qui servoient dans les armées du roi: ils se garnissoient le cou d'une bande d'étoffe aidant à soutenir sur leur nuque l'amulette qui devoit les garantir des coups de sabre. Ce qui étoit superstition chez eux devint mode et est resté usage chez nous. Dans cette pièce, le cravate de dentelle intervient à la façon guerroyante de son patron, le vrai Croate: nous l'entendrons dire tout à l'heure qu'il a fait deux campagnes sous monsieur le Prince!

168: Louis-Charles-Gaston Nogaret de Foix, duc de Candale, petit-fils du duc d'Epernon, favori de Henri III, avoit été le roi de la mode pendant la minorité de Louis XIV. Il étoit mort, n'ayant que trente-un ans, le 28 janvier 1658; mais les modes auxquelles il avoit donné son nom lui avoient survécu. En 1666, quand parut le Roman bourgeois, on parloit encore des chausses à la Candale. V. notre édition de ce livre de Furetière (Jannet, 1854, in-12, p. 73, note), et les Mélanges d'histoire et de littérature de M. Craufurd, Paris, 1817, in-8, p. 186-187.

169: C'étoit le quartier des brodeuses. Madame Dumont, que le comte de Marsan avoit amenée de Bruxelles à Paris, et à qui il avoit fait obtenir le privilége exclusif des ateliers de dentelles, s'y établit à la fin du XVIIe siècle, et ajouta ainsi à la réputation industrielle de ce faubourg, déjà si bien commencée.

170: Erres, en terme de vénerie, se prend pour les traces du cerf. On dit qu'il va hautes erres quand il suit ses anciennes voies, grandes erres ou belles erres quand il va vite. Au figuré, cette expression signifioit faire grande dépense, aller grand train. Montaigne l'employoit, et Voltaire s'en servoit encore. V. sa lettre à M. de Fourmont, 7 septembre 1731.

171: Sans doute les dentelles de Flandres, dont la réputation commençoit.

172: Sorte de dentelle venue «des bords de l'Ibère», comme il est dit plus haut. Elle devoit sans doute son nom aux dessins morisques ou arabesques dont elle étoit ouvragée.

173: Neige, «dentelle faite au métier, de peu de valeur.» (Dict. de Trévoux.) On connoît le beau galand de neige que Gros-René rend à Marinette.

174: Ce passage est curieux, en ce qu'il nous apprend à quelle époque fut donnée pour la première fois cette pastorale en musique, à trois parties, avec intermèdes, que nous pensions dater seulement de 1672, année où elle fut encore représentée devant le roi, à Saint-Germain-en-Laye. Il faut l'ajouter aux deux ballets royaux l'Impatience et les Saisons, que M. Walckenaer pensoit avoir été les seuls qui furent dansés en 1660 et 1661 (Mémoires sur madame de Sévigné, t. II, p. 490).

175: Elle ne se trouve pas parmi les Ordonnances recueillies du code Henry, etc., par le capitaine Saint-Chamant, Rouen, 1636, in-12. C'est un règlement pour l'armée catholique placée sous les ordres du duc d'Anjou. La date que porte cette ordonnance toute belliqueuse et hostile aux huguenots prouve à elle seule combien l'on avoit eu raison d'appeler boiteuse et mal assise la paix signée le 2 mars précédent. On n'avoit même pas désarmé. C'est à Lonjumeau que la paix s'étoit faite, et c'est d'Etampes, à quelques lieues de là, que le futur vainqueur de Jarnac et de Montcontour datoit l'ordonnance disciplinaire de son armée, prête à rentrer en campagne.

176: Ici le chef catholique semble prendre à tâche d'imiter les prescriptions pieuses des chefs huguenots. Il ordonne le prêche: l'armée catholique va donc avoir, elle aussi, ses écoles buissonnières, pareilles à celles qu'un arrêt du Parlement de 1552 avoit défendues aux Calvinistes. «Quelquefois, dit M. Michelet, ils s'assembloient en plein champ, au nombre de huit ou dix mille personnes; le ministre montoit sur une charrette ou sur des arbres amoncelés; le peuple se plaçoit sous le vent, pour mieux recueillir la parole, et ensuite tous ensemble, hommes, femmes et enfants, entonnoient des psaumes. Ceux qui avoient des armes veilloient à l'entour, la main sur l'épée.»

177: C'est celle qui vient à la suite de celle-ci.

178: S'il eût fallu renvoyer de l'armée tous les vagabonds, on l'eût sans doute singulièrement décimée, car on n'étoit pas loin du temps où elle ne se recrutoit de fantassins que parmi les garnements dont Brantôme nous a laissé ce portrait: «C'estoient, pour la plupart, des hommes de sac et de corde, meschants garniments eschappés à la justice, et surtout force marqués de la fleur de lys sur l'épaule, essorillés, et qui cachoient les oreilles, à vrai dire, par de longs cheveux herissés, barbes horribles, tant pour ceste raison que pour se monstrer plus effroyables à leurs ennemys.» (Brantôme, édit. du Panthéon littéraire, t. 1, p. 580.)—Un peu auparavant, il nous avoit montré l'armée de Louis XII, aussi bien que celle de François Ier, «composée de marauts, belistres, mal armés, mal complexionnés, faict-néants, pilleurs, mangeurs de peuple.» (Ibid., 578-579.)

179: L'ordonnance de 1586, art. 3, renouvela cette prescription sévère.

180: Ordinairement, le connétable seul avoit le droit de faire pendre sans procès. (Brantôme, Vie d'Anne de Montmorency.) Quand il falloit que les prévôts en vinssent à ces extrêmes rigueurs, ils devoient se faire assister de dix notables avocats du plus prochain siége. Alors la condamnation à mort pouvoit être sans appel. (Jean des Caurres, Œuvres, liv. v, chap. 6.)

181: Sous Henri II, la désertion, même simple, étoit considérée comme crime de lèse-majesté, et punie du dernier supplice. (La Chesnaye, Dict. milit., au mot Déserteur.)

182: Louis XII vouloit qu'on ne logeât les troupes que dans les villes closes (ordonn. du 15 janvier 1514, art. 3); mais ce règlement ne pouvoit être exécutoire en campagne. D'autres ordonnances militaires, telles que celle du 15 février 1566 et celle du 1er juillet 1575, permirent donc, non seulement de loger dans les villages, mais même décrétèrent la peine de mort contre tout fourrier qui accepteroit de l'argent des habitants d'un bourg pour les exempter du logement de sa compagnie.

183: Les logements pris, le fourrier devoit, sous peine du fouet, inscrire sur la porte les noms des soldats logés. (Règl. milit. de Villers-Cotterets, 29 décembre 1570.)

184: On s'étonnera de ce que, dans cette ordonnance pour la sauvegarde des églises, chapelles et oratoires, il n'est rien dit contre le vol et la vente des ornements et vases sacrés. Le duc d'Anjou auroit peut-être craint, en se montrant sévère sous ce rapport, de donner un démenti indirect aux ordres que, dès le commencement de la guerre, le roi son frère avoit envoyés à certains gouverneurs de province, pour qu'ils eussent à s'entendre avec les évêques et autres gens d'église sur l'argent à tirer de ces saintes richesses. Mon ami M. Anatole de Montaiglon veut bien me communiquer à ce sujet une lettre adressée en 1562 par Charles IX à M. de Matignon, et dont il a pris copie d'après l'original conservé à Rouen, dans la collection Leber. (V. Catal., no 5735.)

«Monsieur de Matignon, ce m'a été un grand desplaisir d'entendre que les choses de la Basse-Normandie commencent à se brouiller si fort que je l'ay veu par vostre lettre du IXe de ce moys, et entendu encore plus particulièrement par ce que le porteur m'en a dict de vostre part, ne faisant point de doubte que le feu qui va ainsi saultant de lieu en lieu et de ville en ville ne procède de plus loin, et que ce ne soyt à la suscitation ou par un complot faict et accordé avec ceux qui ont commencé les premiers. Et pour ce que je considère bien qu'il ne vous est pas possible de pourveoir ne pareillement de contenir longtemps les villes de ces pays-là en mon obéissance sans quelque force, je ne sçauroys que bien fort louer l'ouverture que vous me faictes d'en faire fournir la despense sans que je mecte la main à ma bourse, laquelle, comme vous sçavés, n'est que trop chargée d'ailleurs, estant bien d'advis, quant à laditte force, que vous la faictes d'une cornette de cent harquebuziers à cheval, si mieulx vous n'aymez cc. harquebuziers à pied, dont je vous remet le choix et l'election. Mais il faut que, au même temps que vous les ferez lever, vous accordez avec les evesques du pays et aultres gens d'eglise du paiement de leur solde, pour lequel effect je ne trouveray poinct mauvais qu'ils s'aydent de l'argenterie des châsses et reliques qu'ils ont en leurs eglises, actendu qu'il va en cela de la conservation d'eulx et de leurs biens, aussy bien que de celle de mon autorité et obeissance, et qu'ils sont touz les jours en dangiers, parmy tous ces troubles, que aultres s'en saisissent, pour convertir contre eulx-mêmes ce qu'ils peuvent aujourd'huy employer à leur entière seureté. Il est vray qu'il sera bien necessaire d'adviser quel ordre et police ils auront à tenir en cela pour garder qu'il n'y ait personne qui en abuse et qui en convertisse chose, quelle qu'elle soyt, à aultre usaige que au paiement des d. forces, suivant ce que vous en ordonnerez par chacun moys. Vous en confererez et accorderez avec eulx, et me ferez service de me tenir ordinairement adverty du progrez que prendront les choses de la dicte Basse-Normandie, et de la provision que vous y sçaurez bien donner, selon la necessité du temps, pour y maintenir mon obeyssance et les pays en repos et trancquilité. Priant Dieu, mons. de Matignon, qu'il vous ayt en sa garde.—Escript à Monceaux, le XVIIe jour de may 1562.

Charles.

Bourdin.

185: Ce livret a été publié plusieurs fois, et n'en est pas pour cela moins rare: c'est ce qui nous engage à le donner ici. M. Ch. Magnin pense que la première édition, devenue tout à fait introuvable, dut suivre de près la mort de Cyrano de Bergerac, arrivée en 1655. (Hist. des marionnettes. Paris, 1852, in-8o, p. 136.) En 1704, il en parut une autre, celle-là même dont nous suivons le texte, d'après l'exemplaire qui a appartenu à Ch. Nodier, et que M. Le Roux de Lincy, son possesseur actuel, a bien voulu nous communiquer. M. Ch. Magnin parle d'une troisième édition, donnée en 1707, et d'une autre parue de nos jours, aussi d'après celle de 1704.

186: Jean Brioché ou Briocci, ainsi que l'appelle M. Magnin (Id., p. 135), qui voit en lui un compatriote de Mazarin, avoit son théâtre de marionnettes à l'extrémité nord de la rue Guénégaud, en face d'une petite tour en encorbellement sur la Seine, qu'on appeloit le Château-Gaillard (V., à ce mot, le Paris ridicule de Cl. Le Petit), et dont le dernier reste, le cul-de-lampe de la tour même, n'a disparu que dans ces derniers temps, avec l'escalier de l'abreuvoir, auquel il attenoit. Boileau a parlé de

..... cette place où Brioché préside

au vers 104 de sa 7e épître, parue en 1677. Alors ce n'étoit plus Jean qui faisoit jouer les marionnettes, mais son fils, François ou Fanchon Brioché, comme Brossette l'appelle, d'après le nom que lui donnoit le peuple.

187: «N'étoit-ce pas plutôt le voisin, le compère de Polichinelle?» dit M. Ch. Magnin, qui cite ce passage. (Id., p. 140.)

188: Cette aventure de Brioché en Suisse est ainsi racontée dans les Nouveaux mémoires d'histoire, de critique et de littérature, par M. l'abbé d'Artigny, t. 5, p. 123-124. «L'ignorance a toujours été la mère de l'admiration et la source des préjugés les plus faux et les plus dangereux. Combien de fois n'a-t-elle pas attribué à la magie diabolique les effets de l'adresse et de l'industrie des philosophes, des mathématiciens, des artistes, les tours des charlatans, des joueurs de gobelets et de gibecière? On sait l'aventure de Brioché: Après avoir long-temps amusé Paris et la province avec ses marionnettes, il passe en Suisse, et ouvre son théâtre à Soleure. La figure de Polichinelle, son attitude, ses gestes, ses discours, surprennent, épouvantent les spectateurs. On tient conseil, et, après une longue et mûre délibération, on conclut tout d'une voix que Brioché est à la tête d'une troupe de diablotins. En conséquence, il est dénoncé au magistrat, qui le fait emprisonner. On travaille à son procès. M. Du Mont, capitaine aux gardes suisses, arrive à Soleure pour y faire recrue. La curiosité le prend, comme beaucoup d'autres, de voir le prétendu magicien. Il reconnoît Brioché, qui étoit dans des transes mortelles; il le console, et lui promet de travailler à son élargissement. M. Du Mont va trouver le magistrat; il lui explique le mécanisme des marionnettes, et l'engage à mettre Brioché hors de prison. Si le joueur de flûte de M. Vaucanson avoit alors paru à Soleure, auroit-on douté qu'il n'y eût quelque diable caché dans cet automate?»

189: C'est-à-dire la foule des laquais à livrées de toutes couleurs qui formoient le public le plus assidu des chanteurs du Pont-Neuf (V. Tallemant, in-12, t. 10, p. 188) et des joueurs de marionnettes (V. Furetière, Roman bourgeois, p. 117 de notre édition, Paris, Jannet, 1854, in-12). Cette diversité, ce bariolage des livrées, étoient si remarquables, que le P. Labbe voulut y trouver l'origine du mot valet. Il venoit, selon lui, de varius, variolus, «comme qui diroit variolet!» Mais notre étymologiste n'a pas fait attention que le mot valet est bien plus ancien que la mode des livrées de diverses couleurs. Jusqu'au milieu du XVIIe siècle, les laquais portoient cet habit de nuance uniforme et peu voyante qui les avoit fait appeler grisons. C'est seulement en 1654, après une des échauffourées dont ils étoient souvent cause, et dans laquelle une bande d'entre eux tua M. de Tilladet, capitaine aux gardes, qu'il parut une déclaration royale ordonnant «qu'ils seroient dorénavant habillez de couleur diverse, et non de gris, afin qu'il fût possible de les reconnoître.» (Lettre de Gui Patin, du 26 janvier 1654.)

190: Néologisme qui ne fit pas fortune, et qu'on ne retrouve qu'à la page 342 du Qu'en dirait-on? pamphlet de la Beaumelle.

191: Le singe de Brioché, qui n'a jamais été si complètement pourtraict au vif, s'appeloit Fagotin. Molière le montre accompagnant les marionnettes dans leurs représentations nomades (Tartuffe, act. II, sc. 4). La Fontaine rappelle ses bons tours dans sa fable la Cour du Lion (liv. VII, fable 7), et Furetière lui a fait jouer un rôle important dans sa jolie nouvelle allégorique l'Amour esgaré. (V. Roman bourgeois, notre édition, p. 176, etc.)

192: Ce détail prouve que la scène eut lieu plus d'un an avant la mort de Cyrano, puisque la défense faite aux laquais de porter l'épée se trouve aussi dans la déclaration royale de 1654, rendue à propos du meurtre de M. Tilladet, et que nous avons citée tout à l'heure. Ce règlement contre les laquais décidoit, dit Gui-Patin (loc. cit.), «que, pour empêcher de tels abus, ils ne porteroient plus d'épée, ni aucune arme à feu, sur peine de la vie.... Cette déclaration, ajoute-t-il, a été envoyée au parlement pour être vérifiée et publiée. Cela a été fait. Elle est affichée par tous les carrefours et publiée par la ville; mais je ne sais combien de temps elle sera observée.» Elle le fut fidèlement, et la tranquillité publique s'en trouva bien. Les laquais firent toujours du désordre, mais n'allèrent plus jusqu'à l'assassinat. On lit dans les Annales de la cour et de Paris, pour les années 1697 et 1698, in-8, t. 2, p. 106, à propos d'une esclandre de laquais dans les Tuileries: «Ces malheureux donnent de temps en temps quelque scène au public; et c'étoit encore bien pis quand ils portoient des épées: il n'y en avoit point qui ne fît tous les jours quelque insolence; et l'on eut grande raison quand on leur en interdit le port.»

193: Cette pièce est l'une des plus curieuses, et pourtant des moins connues qui aient été faites sur le bandit saintongeois. Elle complète pour plusieurs détails, et rectifie, pour plusieurs autres, le petit livret qui, pendant plus de deux siècles, en popularisa l'histoire, et le même dont un érudit de Niort, M. Fillon, a donné en 1848 une édition annotée, sous ce titre, qui ne change presque rien à l'ancien: Histoire véridique des grandes et exécrables voleries et subtilitez de Guillery, depuis sa naissance jusqu'à la juste punition de ses crimes, remise de nouveau en lumière. Fontenay, imprimerie de Robuchon, 1848, in-8. A 50 exemplaires. Ce n'est, comme je l'ai dit, et comme M. Fillon le déclare lui-même, qu'une réimpression de la pièce dont je parlois, et qui, à cette même époque de 1848, avoit encore à Épinal ses éditions populaires sous le titre de: Histoire de Guillery, Pellerin, in-18, 22 pages (V. Nisard, Histoire des livres populaires ou de la Littérature du colportage, in-8, t. 1, p. 534). M. Fillon n'a ajouté qu'un épisode, c'est «l'anecdote drôlatique du trésorier de Saint-Michel-en-l'Herme, que la tradition, dit-il, a pris soin de conserver.» Il s'est aussi servi, dit-il encore, de la relation donnée par Fr. Rosset dans ses Histoires tragiques; mais c'étoit sans doute pour n'en rien tirer de nouveau, car nous avons lu ce récit, qui est la XIXe histoire du livre de Rosset dans l'édition de Lyon, 1701, in-8o, p. 349, etc., et nous n'y avons trouvé que la reproduction, mot pour mot, du livret populaire. Collin de Plancy, dans ses Anecdotes du XIXe siècle, Paris, 1821, in-8o, t. II, p. 267, avoit déjà donné un long extrait de ce chapitre des Histoires tragiques, et l'auteur d'un article du Mercure de France traitant du même sujet, reproduit par Merle dans l'Esprit du Mercure, etc., Paris, 1808, in-8, t. I, p. 27-29, l'avoit aussi suivi de tout point. Quant à la pièce que nous donnons, et qui, je le répète, est si bonne à lire après, l'autre, personne n'en a dit un mot. L'auteur de l'article Guilleri, dans la Biographie universelle, et après lui M. Fillon, la citent seulement, avec ce titre inexact: Prise et lamentation du capitaine Guilleri, in-8.

194: Le nom véritable du chef de bande ne se trouve pas davantage dans le livret réimprimé par M. Fillon; seulement une note curieuse de cet érudit nous donne la raison du sobriquet qu'il prit. Dans les légendes poitevines, saintongeoises et vendéennes, il existoit, bien avant le temps de Guillery, un type de chasseur ou de brigand nocturne connu sous le nom, presque semblable, de Guallery. On appeloit Chasse Guallery ses courses dans les bois, après lesquelles on trouvoit toujours quelque cadavre au fond des taillis. Plusieurs ballades furent faites sur Guallery et sa chasse. M. Fillon (p. 27-30) en cite une qu'il entendit chanter à Saint-Cyr en Talmondois, et dans laquelle Guallery, déjà moins redouté, est mis en scène, non pas tant comme un chasseur d'hommes que comme un dépisteur habile de lièvres et de perdrix. Son nom, toutefois, au commencement du dix-septième siècle, devoit avoir encore gardé tout son sinistre caractère, et il n'est pas étonnant que le noble Breton, se faisant bandit, voulût en prendre un qui le rappelât, et se donnât celui de Guilleri. Il en résulta entre les deux personnages une confusion inévitable, et dans laquelle on est surtout tombé au sujet de la chanson si populaire encore, surtout en Saintonge, avec ce refrain: Toto carabo, compère Guilleri. On pense qu'il s'agit de Guilleri le brigand; mais M. Fillon prouve fort bien qu'il doit être question de Guallery le chasseur fantastique, puisque trente ans avant l'arrivée du bandit dans le Bas-Poitou, on avoit imprimé une plaquette anonyme intitulée: Le vray pourtraict du Huguenot, MDLXXIX, petit in-8, 12 pages, où se trouve, page 7, cette allusion à l'un des épisodes de la chanson: «Comme Guallery, ils se casseront la jambe, si mieux n'aiment le col.»

195: Le duc de Mercœur, qui commandoit en Bretagne, et le dernier qui tint pour la Ligue. «En ce temps-là, lit-on dans le livret publié par M. Fillon (p. 7), le duc de Mercœur tenoit encore la Bretagne, et avoit amassé autour de lui force gens de toute sorte. Guillery s'alla enrôler sous ses étendards, où il ne fut pas long-temps sans conquérir réputation.»

196: Scinis, le brigand tué par Thésée.

197: Dans l'Histoire de la vie et grandes voleries, etc., il n'est parlé d'abord que «d'une quarantaine des plus résolus mauvais garçons», dont Guilleri se fait le chef.

198: Il avoit trois ou quatre retraites en Bas-Poitou, Bretagne et Saintonge, les plus sûres dans les forêts de Machecoul, des Essarts, de la Chastenerie. Id., p. 8.

199: Dans le livret populaire, cette aventure forme le chapitre 3e, qui a pour titre: «Comme il vola un paysan en lui faisant prier Dieu.» Le récit est le même à peu près; seulement la scène ne se passe pas sur la grande route de Nantes, mais sur «le grand chemin qui va de Nantes à La Rochelle». Le bonhomme se rendoit à cette dernière ville.

200: Le château de Saint-Hermine étoit la baronie de Jacques Desnouches, chevalier, seigneur de la Tabarière, baron de Saint-Hermine, mari de Anne de Mornay, fille de l'illustre Duplessis Mornay. Fillon, notes.

201: L'affaire du château de Mareuil est racontée, p. 12-13, dans le livret publié par M. Fillon.

202: Bessay, selon M. Fillon, appartenoit alors à Jonas de Bessay, chevalier, baron de Saint-Hilaire, seigneur de la Voute de Boisse, gouverneur de Talmond, mari de Louise Chasteigner, fille du seigneur de Saint-Georges.

203: C'étoit celle du bois des Essarts.

204: Dans l'Histoire de la vie et grandes voleries, etc., il est parlé de ce luxe de Guilleri et de ce «cuir d'Espagne volé sur mer, près des Sables-d'Olonne, à la prise d'un vaisseau enlevé par ses gens, qui exerçoient aussi la piraterie, et avoient alliance avec les forbans de plusieurs pays.» Fillon, p. 13.

205: Guilleri fit souvent de ces mauvais partis aux prévôts. Il y a deux chapitres à ce sujet dans l'Histoire de la vie et grandes voleries...: savoir: Comme Guilleri prit prisonniers les prévosts de Niort et de La Rochelle.—Comme Guillery rencontra le prévost de Fontenay avec ses archers.

206: Nous n'avons trouvé qu'ici ces détails sur les excursions lointaines de Guilleri et de sa bande. Il est certain qu'ils furent alors redoutables par toute la France, et qu'on les trouve nommés avec les Rouget, Barbet, Grisons, et autres bandits qui désoloient le royaume sur ses points les plus opposés.

207: M. de Parabère, gouverneur de Niort, commandoit l'attaque, qui est ici racontée avec plus de détails que dans le livret de M. Fillon.

208: «... Guilleri, ne craignant ni Dieu ni diable, ayant exhorté ses gens à la défense, sortit le premier, monté sur un cheval, le pistolet en main, passa au travers les ennemis et se sauva.»

209: C'est le frère du grand Guillery, dont il est parlé au commencement de cette pièce. Quant à lui, il s'est sauvé, comme nous venons de le voir; d'après l'Histoire de la vie et grandes voleries.., il s'en va dans les environs de Bordeaux, y vit quatre années environ en riche gentilhomme, puis, découvert par un marchand qu'il avoit autrefois volé, il est pris et rompu sur la place publique de La Rochelle.

210: «Dire sa ratelée, c'est dire à son tour librement tout ce qu'on sait, tout ce qu'on pense de quelque chose.» (Leroux, Dict. comique.) C'est faire comme le jardinier, qui, lorsqu'il a bien promené son rateau par le jardin, finit par placer dans un coin sa ratelée d'ordures.

211: Sabrenaud se disoit pour un mauvais ouvrier, un gâcheur d'ouvrage. On en avoit fait le verbe sabrenauder, qui s'employoit encore au XVIIIe siècle.

212: C'est-à-dire s'est campée les poings sur les hanches comme en disant: Ecoutez-nous.

213: Le chaperon étoit la marque de la petite bourgeoisie; il consistoit, au XVIIe siècle, en une bande de velours placée sur le bonnet.

214: V., sur les noms qu'on donnoit à ces damoiselles par usurpation, Les XV joies de mariage, P. Jannet, 1853, in-8o, p. 168.

215: Les femmes de distinction, quand elles sortoient, portoient un masque de velours noir. Boileau, par une note sur le vers 322 de sa Xe satire, nous apprend qu'il en étoit encore ainsi pendant sa jeunesse. On peut voir, sur cet usage, de longs détails dans le Palais Mazarin de M. L. de Laborde, p. 314, note 367. C'étoit surtout la marque distinctive des femmes dont nostre espousée veut singer les manières. «Que ne diray-je pas des chirurgiens... (lisons-nous dans la Troisième après-disnée du Caquet de l'Accouchée, 1622 in-8o, p. 15). Quant à leurs filles, il ne leur manque que le masque qu'on ne les prenne pour damoiselles.»

216: Il étoit aussi ridicule pour les filles bourgeoises de se faire appeler madamoiselle que pour les femmes mariées de la même classe de prendre le titre de madame. Entre autres pièces publiées à ce propos contre ces dernières, nous connaissons un livret de la dernière moitié du XVIIe siècle: Satyre sur les femmes bourgeoises qui se font appeler madame, in-8o.

217: Pour: Notre-Dame.

218: Nous avons pensé d'abord qu'il s'agissoit ici du satin à fleurs que les damoiselles seules devoient porter, et dont plusieurs marchandes se paroient pourtant, au grand scandale des bourgeoises. «Si, lisons-nous dans la sixième partie des Caquets de l'accouchée, une marchande porte le satin à fleurs de velours cramoisy, faut-il en murmurer? etc.» Mais il est plus probable que ce mot florets doit s'entendre ici pour les touffes de fleurs et de verdure que la Mijolette s'étoit mises dans les cheveux. Ainsi s'explique le nom de royne des brandons que lui donnent plus loin les paysannes.

219: Encore un objet de la toilette modeste des bourgeoises; elles devoient s'en tenir au simple collet monté. S'il s'élevoit peu à peu jusqu'à devenir un collet à cinq étages, il encouroit le blâme des matrones.

220: L'auteur entend parler ici des paysannes, et il les désigne par leur coiffure, qui, surtout en Normandie et en Picardie, consistoit en un couvre-chef «morceau de toile empesée et tortillée dont elles entouroient leur tête.» Dict. de Trévoux.

221: Ce mot doit se prendre ici dans le sens qu'il avoit souvent alors, surtout à Lyon, où l'on n'appeloit pas autrement les rameaux verts du dimanche qui précède Pâques, et qu'on nommoit pour cela dimanche des brandons.

222: L'origine de cette locution remonte à une anecdote racontée par Suétone dans la Vie de Vespasien (cap. 23), et ainsi mise en françois par Moisant de Brieux: «Le muletier de Vespasien, sous pretexte que l'une des mules estoit deferrée, arresta long-temps la litière de l'empereur, et par là fit avoir audience à celuy auquel il l'avoit promise sous l'asseurance d'une somme d'argent, mais dont l'odeur vint frapper aussitost le nez de ce prince, qui l'avoit très fin pour le gain: en sorte, dit Suétone, qu'il voulut partager avec son muletier le profit qu'il avoit eu à ferrer la mule.» Origines de diverses coutumes et façons de parler, Caen, 1672, p. 101. Dans la traduction du Guzman d'Alpharache, par Chapelain, 1re part. liv. II, chap. 4, on trouve cette phrase: «Un serviteur malin, menteur et ferre-mule

223: Nous n'avons rien trouvé sur cette locution proverbiale, ni dans le livre de Moisant de Brieux, ni dans celui de Fleury de Bellingen, ni dans les Matinées senonoises de l'abbé Tuet, ni dans les Dictionnaires des proverbes de La Mésengère et de M. Quitard, pas même dans la Fleur des proverbes et l'Encyclopédie des proverbes de M. G. Duplessis; et nous avouons franchement n'avoir pu, avec nos seules lumières, en découvrir l'origine. La variante qui se trouve ici, et qui nous prouve qu'au XVIIe siècle on ne disoit pas, comme aujourd'hui, faire danser l'anse du panier, mais bien la faire courir, la faire cheminer, n'étoit pas de nature à nous rendre cette étymologie plus facile.

224: Les facéties du temps faites à propos des chambrières reviennent toujours sur ces accointances des maîtres avec leurs servantes. Lisez, par exemple, le Banquet des chambrières fait aux estuves le jeudi gras:

Un jour Monsieur descendoit à la cave
Avecque moy, qui suis sa chambrière,
Lequel, marchant dessus ma robe brave,
Sur les degrez me fit choir en arrière, etc.

225: Tout étoit bon pour les chambrières:

Autant le beau comme le laid,
Et le maistre que le valet,
Étoient reçus de la Doucette.

(Les Folastries de la bonne chambrière à Janot, Parisien, recitées au bouc de Estienne Jodelle.)

226: Temps opposé au carême, où il étoit permis de manger de la chair.

227: Ces pique-niques comptoient parmi les plus chers amusements des servantes. Voici ce que dit, dans les Ruses et finesses decouvertes sur les chambrières de ce temps, Babeau aux yeux friands:

.......... J'ai du porc frais,
Une andouille et quatre saucisses,
Que malgré nos maistresses chiches
Mangerons. As-tu rien, Perrette?

V. aussi les Doux entretiens des bonnes compagnies, 1634, in-12, chanson 57.

228: Demi-ceinture ou boucle d'argent, joyau très recherché des chambrières: leur ambition ne va pas au delà. «Quand nous avions servy sept ou huict ans, dit l'une d'elles dans le Caquet de l'Accouchée, 1622, in-8, p. 9, et que nous avions amassé un demy-ceint d'argent et cent escus comptant, tant à servir qu'à ferrer la mule, nous trouvions un bon officier sergent en mariage ou un bon marchand mercier.» Peut-être ce demy-ceint étoit-il un supplément de gage qu'on donnoit aux servantes, comme plus tard une aune de toile et en sus le prix du vin. (La Maison réglée, Amsterdam, Marret, 1697, chap. 4, Appointements des domestiques.) Chez les maîtres pris de la colique housset, selon l'expression de Tallemant, c'est-à-dire coureurs de servantes, elles avoient bien d'autres menus profits.

229: Les servantes étoient les joueuses les plus assidues à la blanque de la foire St-Germain. On fit sur leurs pertes à cette loterie, leur adoration de tous les temps, la pièce qui a pour titre: Apologie des chambrières qui ont perdu leur mariage à la blanque. Voici les plaintes de l'une des perdantes:

..... Je me suis obligée
Pour cinq testons à ma maîtresse,
Qui me cause au cueur grand' detresse,
Pensant gaigner mon mariage
Comme toy; oultre mis en gaige
Ma bonne robbe et mon corset,
Et de chemises encor sept.

230: Petite chambrière. Ce mot se perdit à la fin du XVIIe siècle, après avoir été fort en usage au commencement.

231: Justice d'église dont le chef étoit l'official. Il statuoit sur les actions en promesses ou dissolutions de mariage, et aussi sur les affaires du genre de celle-ci. Les intérêts à donner aux parties étoient réglés par le juge royal.—D'après ce qu'on vient de lire, il étoit donc possible aux chambrières de tirer profit de leur faute! Le père devenoit responsable en cas de flagrant délit, ou bien seulement par suite d'un aveu de sa part, quand on l'avoit mené devant l'official. Il devoit même, comme on le voit, des intérêts à la mère. Cette jurisprudence procédoit, je crois, d'une ordonnance de Henri II. Voyant les avortements se multiplier d'une manière effrayante, il avoit décrété que toute femme cachant sa grossesse seroit punie de mort. Pour compléter et surtout pour atténuer l'édit, on avoit ensuite encouragé les femmes à l'aveu, par les dommages et intérêts dont il est parlé ici. Les chambrières durent être des premières à en prendre leur part, comme auparavant elles avoient été les premières, sinon les seules que la terrible ordonnance contre les grossesses clandestines avoit frappées. «Il me souvient, dit Henri Estienne, Apologie pour Hérodote, d'avoir vu pendre, à Paris, assez souvent des chambrières, pour ce crime, mais nulle d'autre qualité.»

232: Même plainte, et plus vive encore, dans le Caquet de l'accouchée, à l'endroit cité tout-à-l'heure: «A present, pour nostre argent, nous ne pouvons avoir qu'un cocher ou un palfrenier, qui nous fait trois ou quatre enfans d'arrache-pied, puis, ne les pouvant plus nourrir pour le peu de gain qu'ils font, sommes contraintes de nous en aller resservir, comme devant, ou de demander l'aumône; on ne voit autre chose par les ruës.»

233: Elle étoit sœur de l'électeur de Brandebourg. Avant de mourir, Bethlem Gabor, qui n'avoit pas d'enfants, ordonna que Catherine lui succéderoit; mais son ordre ne fut pas exécuté.

234: Bethlem Gabor tenoit d'autant plus à ses titres que, né d'un simple gentilhomme, il se devoit tout à lui-même.

235: A peu d'années de là, Bethlem Gabor, en guerre avec l'empereur Ferdinand II, et agissant de concert avec les troupes ottomanes, devoit, après une heureuse campagne, prendre pour lui-même ce titre de roi de Hongrie; mais il l'abdiqua bientôt, se contentant de garder ses conquêtes.

236: Être poupin, c'étoit avoir le visage et la taille mignonne.

237: On voit bien ici que c'est une Angloise qui parle. L'usage des faux cheveux, peu à peu délaissé en France, depuis l'époque ou Guil. Coquillard en avoit parlé, ne s'étoit jamais perdu en Angleterre, du moins chez les femmes (V. Fr. Junius, Comment. de Comâ, cap. 1.)

238: La première fois qu'il est parlé de la poudre pour les cheveux à cette époque, c'est dans le Journal de l'Estoille: il y est dit qu'en 1593, on vit se promener à Paris des religieuses frisées et poudrées.

239: «Manière de parler figurée qui signifie suer... le mal de Naples.» Leroux, Dict. comique.

240: Maladie du cuir chevelu, suite ordinaire d'un autre mal. S.-Amant a dit:

Que la tigne, que la pelade,
Se jette dessus ma salade.

241: C'est une mode qui ne datoit alors que de quelques années. V. Tallemant, édit. in-8o, t. III, p. 326, et L. de Laborde, le Palais Mazarin, p. 318, note 368.

242: Les vertugadins, si «favorables aux filles qui s'étoient laissé gâter la taille», comme il est dit dans le dictionnaire des jésuites de Trévoux, étoient pour cela nommés ironiquement vertu-gardiens. Les Espagnols, qui furent les derniers à en conserver la mode, les appeloient sérieusement garde-infante.

243: J'ignore ce qui se cache ici; je soupçonne seulement une grosse obscénité. La ribaudie de Soissons étoit déjà proverbiale au XIIIe siècle. Il en est parlé dans le Dit de l'Apostoile.

244: Dans le livre rare avant pour titre: Les amours, intrigues et cabales des domestiques des grandes maisons de ce temps, Paris, 1633, in-8o, p. 218, il est ainsi parlé de l'art d'une camériste pour attifer sa maîtresse: «Tout son crédit procède de ce qu'elle sait bien..... ajuster ses cheveux et appliquer ses mouches, bien preparer le sublimé, le blanc d'Espagne et la pommade, et tant d'autres mixtions, etc.» La sorcière de la Celestine «fabriquoit du sublimé, des fards..., des pommades, des eaux pour le teint, du blanc et autres drogues pour le visage.» (Trad. de M. Germond de La Vigne, in-12, p. 36).

245: Le quintin étoit une toile fort fine et fort claire, dont on faisoit des collets et des manchettes.

246: Une bonne économie. Quand Sganarelle, d'après Panurge, parle de vivre en ménage, il veut dire vivre d'économie (le Médecin malgré lui, acte I, sc. 1). V. encore, sur l'emploi de ce mot, Tallemant, édit. in-12, t. IX, p. 48.

247: C'est une facétie sans doute inspirée par celle de Moncrif, Histoire des chats, etc., dont le succès étoit très grand alors. Quelques détails nous donneroient toutefois à croire qu'elle devança peut-être l'ouvrage de Moncrif, et qu'une première édition, antérieure à celle que nous reproduisons ici, pourroit bien remonter au XVIIe siècle. Alors il faudroit y voir une imitation des plaidoyers de l'Intimé et de Petit-Jean, pour et contre le chien Ciron, dans les Plaideurs.

248: Le Gorgibus des Précieuses ridicules reproche à ses filles la grande quantité de lard dont elles faisoient un usage pareil; et un siècle après, on le sait, le maréchal de Richelieu demandoit au même procédé les apparences de son éternelle jeunesse.

249: Voyez l'Illiade d'Homère. (Note de l'auteur.)

250: Les Plaideurs, acte III, scène avant-dernière.

251: Allusion au livre singulier dont voici le titre: La magnifique doxologie du festu, par M. Sebastien Roulliard, de Melun, advocat au parlement. Paris, 1610, in-8o.

252: C'est la fameuse puce qu'Estienne Pasquier, étant à Poitiers pour les Grands jours, aperçut sur le sein de la belle Catherine des Roches, et au sujet de laquelle il ouvrit une sorte de concours poétique. Tous les célèbres auteurs y prirent part, non seulement ceux qui écrivoient en françois, mais ceux qui faisoient des vers grecs, latins, italiens et espagnols. Aussi le P. Garasse a-t-il dit: «Cette puce a tant couru et sauté dans les esprits fretillans des François, des Italiens, des Flamands, qu'ils en ont fait un Pégase.» (Recherche des recherches, liv. V, ch. 10.) Pasquier fit un recueil de tous ces vers, qu'il dédia à M. Achille du Harlay, président des Grands-jours, et qu'on trouve à la fin de son volume: la Jeunesse d'Estienne Pasquier et sa suite, Paris, Jean Petit-Pas, 1610, in-8o. Le recueil a lui-même pour titre: La Puce, ou jeux poétiques françois et latins composés sur la puce aux Grands jours de Poitiers, en 1579. Il avait déjà paru isolément en 1581 et 1583, sous le titre de: La Puce de madame des Roches.

253: Le biset est un pigeon sauvage un peu plus petit que le ramier, ayant les pieds et le bec rouges.