CCe DÉPESCHE

—du xiie jour d'aoust 1571.—

(Envoyée jusques à Calais soubz la couverte du Sr Acerbo.)

Mission de Mr Foix pour conclure la négociation du mariage, ou former un traité d'alliance.—Nouvelles d'Écosse.—Succès des révoltés en Irlande.—Confirmation de l'accord fait avec l'Espagne sur les prises.

Au Roy.

Sire, ceulx qui veulent bien et qui portent beaucoup d'affection au mariage de Monsieur sont bien marrys que Vostre Majesté n'ayt, tout d'un train, envoyé Mr de Monmorency pour en conclurre le propos, car leur semble que la matière y est à présent bien disposée, et craignent que tant de remises, à la fin, n'y aportent de l'empeschement, néantmoins se resjouyssent grandement de la venue de Mr de Foix, comme de celluy qu'ilz ont en la meilleure opinion du monde, et dont nul aultre n'eust sceu venir à qui ilz adjouxtent plus de foy, ny qui leur soit plus agréable que luy; et j'espère, Sire, que, trouvant les choses au bon estat que, grâces à Dieu, elles sont, il ne s'en retournera sans les vous raporter ou conclues, ou fort aprochées de leur conclusion. Car encores despuys ma dépesche du xxiie du passé, j'ay miz peyne de leur donner beaucoup de pied et de fondement en ce, mesmement, que vous ay lors mandé par mon secrétaire touchant satisfaire à l'honneur, à la conscience et à la seureté de Monseigneur au poinct de la religion; mais je sentz bien, Sire, que, si l'on change de propos, et mesmes, si Mr de Foix use de alternative, à sçavoir ou du mariage ou de confédération, comme il semble que Mr de Valsingam en a escript quelque mot, que ceulx cy tiendront l'ung et l'aultre pour rompuz.

L'on a envoyé le jeune Coban pour le recepvoir à Douvre et le conduyre jusques icy, et milord de Boucaust et sire Charles Havart sont ordonnez pour l'accompaigner en ceste ville, et puys pour nous mener là où sera la dicte Dame, laquelle est desjà en son progrez.

L'on a dépesché coup sur coup deux gentishommes en Escoce, avec mille marcz chacun, au comte de Lenoz, qui est en tout quatre mil escuz, affin qu'il ayt de quoy meintenir son authorité; laquelle ilz craignent que le comte Morthon la luy veuille du tout emporter, et mesmes souspeçonnent que le Sr de Vérac, qu'ilz disent estre meintenant en liberté, ayt quelque pratique avecques luy. Tant y a que la Royne d'Escoce, de ce peu qu'elle pouvoit avoir en ses coffres, a faict mettre deux mil trois centz quatre vingtz douze escuz en mes mains pour envoyer à ceulx de Lillebourg, ce que j'espère, Sire, les leur faire tenir le plus tost et le plus seurement qu'il me sera possible, mais les pouvres officiers et serviteurs de la dicte Dame demeurent cependant fort mal pourveuz. L'on a ordonné, despuys deux jours, que son ambassadeur sera transporté à Ely, qui est cinquante mille loing d'icy; à quoy je me suys opposé, et ne sçay encores si l'on y aura de l'esgard. L'on luy a dict que, le xxviiie du présent, doibt estre tenu un parlement en Escoce pour ordonner aulcuns depputez affin de les envoyer par deçà, et que lors sera procédé tout ensemble et à sa liberté et à la résolution des affaires de sa Mestresse; mais il semble que sa dicte Mestresse, avec rayson, ne veult plus confyer l'accommodement de ses affaires ny la conclusion du tretté à la Royne d'Angleterre ny à ses ministres, si elle mesmes ou ses expéciaulx depputez ne sont présens.

Fitz Maurice prospère en Yrlande, il a deffaict trois centz Anglois des garnysons de dellà, et surprins quelque lieu d'importance. Ceulx cy ont tiré, despuys huict jours, vingt cinq chariotz chargés d'armes de la Tour, pour y envoyer. Milord Sideney faict si grande difficulté d'y retourner qu'il semble que milord Grey enfin y passera. J'entendz que le faict de Flandres, quant aulx merchandises, est accordé, ainsy que l'ambassadeur d'Espaigne mesme me l'a confirmé, mais il semble que l'exécution de l'accord conciste en beaucoup de particullaritez qui pourront encores avoir quelque trêt. Après l'arrivée de Mr de Foix, nous vous escriprons toutz deux plus amplement. Sur ce, etc.

Ce xiie jour d'aoust 1571.

CCIe DÉPESCHE

—du xixe jour d'aoust 1571.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)

Arrivée de Mr de Foix à Londres.—Audience.—Insistance de Mr de Foix pour que l'on s'accorde avant tout sur l'article de la religion.—Intrigues de l'Espagne afin d'empêcher le mariage.—Détails particuliers sur la négociation.

Au Roy.

Sire, la favorable réception que le jeune Coban a heu charge de faire à Mr de Foix à Douvre, et puys milord de Boucaust et sire Charles Havard à Londres, et celle que finalement la Royne d'Angleterre et les principaulx de sa court luy ont faicte, quant il est arrivé vers elle à Hatfeild, ont montré que sa venue estoit bien fort agréable par deçà, et que l'occasion, pour laquelle l'on a estimé qu'il y passoit, estoit très desirée de l'universel de ce royaulme; ce que luy mesmes a encore mieulx cogneu par les honnestes propos de ceste princesse, et le luy a esté davantaige confirmé par l'expression des parolles et de l'indubitable démonstration de ceulx de son conseil, de sorte qu'il a trouvé que l'affaire estoit en très bons termes.

Dont pour le conduyre au poinct que Voz Majestez et Monseigneur desiroient, et affin de l'y acheminer par la voye que luy avez baillé en son instruction, après qu'avec beaucoup de dignité et d'une fort bonne façon, il a heu satisfaict aulx premiers offices de salutation et présentation de voz lettres, lesquelles ont esté fort gracieusement receues de la dicte Dame, il luy a vifvement incisté qu'elle debvoit ottroyer à Monseigneur, venant par deçà, l'exercice de sa religion, et que, sans l'offance de sa conscience et grand intérest de son honneur, ny mesmes sans quelque note d'infamye, il ne s'en pouvoit aulcunement départyr, ny Voz Majestez; et les saiges seigneurs de vostre conseil, après avoir dilligemment examiné ce qu'elle avoit naguières respondu, (qu'elle craignoit de ne pouvoir meintenir à Mon dict Seigneur son exercice, s'il le s'attribuoyt), ne vous voyent y avoir rien de plus expédiant que de faire que la tollérance d'icelluy, pour plus de seurté, luy fût ottroyée par chapitre exprès, comme les aultres articles du contract: ce qu'il luy a comprouvé avec plusieurs graves et fort prudentes considérations, et avec toute la vive action qui a esté nécessaire pour luy faire clairement cognoistre qu'il n'estoit ny honneste, ny utille, ny aulcunement possible, qu'il se fît aultrement.

A quoy la dicte Dame, après avoir beaucoup aprouvé la saincte intention de Mon dict Seigneur, et avoir, par ung bel ordre de beaucoup de bonnes parolles, infinyement loué ce qu'il vouloit avoir considération de Dieu, de sa conscience et de la conservation de son honneur sur toutes choses, elle a allégué les raysons qui, de son costé, luy sembloient estre pareillement considérables pour sa conscience, pour son estimation et pour la paix de son royaulme; et qu'elle estoit très contante que nous deux, avec trois ou quatre des principaulx de son conseil, advisissions de quelques honnestes moyens pour mutuellement satisfaire et à elle et à Mon dict Seigneur, et s'est arrestée principallement sur deux poinctz: l'ung, à rejecter le doubte du dangier de Mon dict Seigneur, comme chose qu'on ne pouvoit avoir nullement comprinse, ny d'aulcuns propos qu'elle eust jamais tenuz (ains avoit esté tout au contraire), ny pareillement de l'estat présent de ce royaulme, car ne falloit doubter que Monsieur n'y fût crainct, aymé et aultant révéré de ses subjectz que nul souverain prince et absolu le pourroit estre en nul aultre estat de toute la terre habitable. Et l'aultre poinct a esté de craindre que, d'icy à six ou sept ans, elle fût mesprisée de Monsieur, qui ne sera lors qu'en fleur de jeunesse et elle ung peu plus advancée en l'eage, ce qui luy seroit ung trop certain racourcissement de ses jours, ou qu'au moins elle passeroit, de là en avant, ceulx qui luy resteroient comme dans un sépulchre de larmes.

A quoy luy ayantz toutz deux fort satisfaict par l'asseurance qu'elle debvoit prandre des excellantes vertuz et perfections qui sont en Mon dict Seigneur, et encores plus par l'estime de celles qu'il trouvera, de jour en jour, plus grandes et plus aymables en elle, le propos s'est adonné à la recordation d'aulcunes choses qui avoient passé, durant le temps de Mr de Foix par deçà[12]; et ainsy l'audience s'est gracieusement achevée.

Et, le lendemain, nous ayantz la dicte Dame envoyé quatre principaulx seigneurs de son conseil, il leur a esté par Mr de Foix encores plus vifvement et plus copieusement déduict, qu'il n'avoit faict à elle, ce qui mouvoit Voz Majestez Très Chrestiennes, et Monsieur, et tout vostre conseil, à ceste ferme résolution de la religion, et comme il estoit impossible, s'il n'estoit pourveu à Mon dict Seigneur de l'exercice de la sienne, vennant par deçà, qu'on passât plus oultre, et que pourtant ilz advisassent de quelques si bons et si seurs expédiantz en cest endroict que les deux parties en peussent avoir contantement. Ilz ont faict des responces sur le champ qui ont, à la vérité, tesmoigné le singulier desir de tout ce royaulme envers Mon dict Seigneur, mais une très grand difficulté à l'accommodement de ce poinct pour le préjudice de leur religion et pour la trop grande confiance que les Catholiques en prandroient; et néantmoins qu'ilz en confèreroient avec leur Mestresse pour plus résoluement nous y respondre. Dont nous estantz, le jour d'après, rassemblez au logis de la dicte Dame, ilz nous ont respondu, qu'elle ne pouvoit, sa conscience, son estimation et son estat sauvés, nous accorder nostre demande en la façon et aulx termes qu'elle estoit, et qu'elle ne pouvoit ny vouloit penser qu'en eschange d'une si grande sincérité et candeur, qu'elle et toutz les siens avoient usé en cest endroict, trop plus que à nul aultre party qui se fût encores présenté, Voz Majestez et Mon dict Seigneur luy vollussiez proposer des condicions qui luy fussent ou dommageables, ou impossibles, et que pourtant elle avoit mandé le reste de son conseil, affin d'adviser de quelques honnestes moyens qui fussent pour satisfaire à elle et contanter Mon dict Seigneur.

Cependant n'est pas à croyre, Sire, combien les ministres du Roy d'Espaigne, qui sont icy, s'esforcent par inventions, en partie artifficieuses et en partie vrayes, de donner empeschement à ce propos; car, encores que la Royne d'Angleterre tienne au Roy, leur Maistre, et à ses subjectz, quatre centz mil escuz de clair dans sa Tour de Londres, et plusieurs navyres, et très grand nombre de merchandises par deçà, et qu'ils soyent les oultraigez et intéressez, néantmoins ilz accordent, pour se racointer à elle, de rembourcer encores de nouveau les Anglois d'aultres quatre centz mil escuz, et laysser à la dicte Dame de convenir de ceulx que desjà elle tient avec les Gènevoys, comme elle pourra, et que les subjectz du Roy d'Espaigne se contanteront de reprendre les merchandises en tel estat qu'elles sont; et que pour retacher davantaige son amytié et son alliance avec la mayson d'Austriche, si elle se résoult fermement de prendre party, que le Prince Rodolphe s'y offre, dez à présent, et, si elle veult demeurer en sa première liberté, comme elle a faict les trèze ans de son règne, qu'ilz s'esforceront de luy mettre le Prince d'Escoce en ses mains pour le pouvoir désigner à ses subjectz, quand elle vouldra, et non plus tost, son successeur après elle; et luy feront cependant fiancer une des filles d'Espaigne, et feront en oultre qu'elle ne sentyra de sa vie aulcun moleste du costé de la Royne d'Escoce, ce qu'ilz sont après à le persuader à la comtesse de Lenoz. Et vont aussi par dons, par promesses et par grandes offres, pratiquans ceulx de ce conseil et encores quelques dames, pour traverser le propos de Monsieur; et estiment que la conclusion en est plus prochaine qu'elle n'est; laquelle ilz ont de tant plus suspecte qu'ilz entendent que la noblesse de ce royaulme et les Flamans, qui sont icy, ne parlent de rien plus ouvertement que de se vouloir toutz employer à la conqueste des Pays Bas pour luy. Sur ce, etc.

Ce xixe jour d'aoust 1571.

A la Royne.

Madame, il semble que la Royne d'Angleterre ayt prins pour grand offance qu'on ayt vollu inférer de son dire, qu'il y avoit du péril et du dangier pour Monseigneur vostre filz s'il vouloit user de la religion catholique par deçà, chose qu'elle asseure n'avoir touchée ny prez, ny loing, ains plustost le contraire: c'est qu'elle voyoit les occasions de trouble, qui avoient aparu à la venue du Roy d'Espaigne, cesser toutes en l'endroict de Mon dict Seigneur parce qu'il ne passeroit icy sur ung changement de religion, comme avoit esté allors, ny sur ung nouveau règne comme celluy de sa sœur, qui estoit assés contredict de plusieurs, ains viendroit continuer avec elle, avec tout heur et playsir, un règne très paysible et bien estably, qui avoit desjà duré trèze ans en la personne d'elle seule. Mais ceulx de la noblesse de sa court se sont davantaige irritez du dict propos, ayantz plusieurs des principaulx dict tout librement que en France, en Espaigne et en quel estat qui soit aujourduy au monde, l'on ne sauroit plus honnorablement, ny loyaulment, ny avec plus de fidellité et d'obéyssance, accompaigner leur prince qu'ilz accompaigneront Monsieur, s'ilz ont cest heur que de l'avoir pour roy, ou quelque aultre prince qui sera mary de leur Royne, et qu'ilz sçauront aussi bien et vaillamment mouryr à ses pieds que nation qui soit soubz le ciel; par ainsy, que les ennemys de ce propos aillent trouver quelque aultre invention, car la preuve et la vertu de leurs prédécesseurs convaincront toutjour ceste cy de grand mensonge; et ne pouvoient penser que Voz Majestez et Mon dict Seigneur leur vollussiez faire tant de tont que d'avoir une si mauvaise opinion d'eulx, ny qu'il se trouvast ung si arrogant homme en Angleterre qui osât contradire ou s'opposer en rien à son prince.

A quoy Mr de Foix et moy, pour modérer ceste impression, avons premièrement respondu à la dicte Dame que Voz Majestez et Mon dict Seigneur auroient très agréable ceste sienne déclaration, et avons signifié à quelques ungs des siens que Voz dictes Majestez avoient aultant bonne estime d'eulx que de noblesse qui soit au monde, et que vous prandrez encores de fort bonne part ceste leur abondante affection vers Mon dict Seigneur. De quoy ilz sont demeurez assés satisfaictz; mais ilz ont opinion que une partie de ceste objection soit procédé artifficieusement d'aulcuns de deçà, qui sont souspeçonnez, à cause du Roy d'Espaigne, de ne vouloir l'advancement de ce propos, lesquelz on menace assés ouvertement, et avec démonstration en universel, qu'on ne desire rien tant que de recouvrer ung tel chef, de qui la vertu et la valleur sont infinyment prisées et louées par deçà. Sur ce, etc.

Ce xixe jour d'aoust 1571.

CCIIe DÉPESCHE

—du iiie jour de septembre 1571.—

(Envoyée exprès jusques à la court par Monsieur de Foix.)

Retour de Mr de Foix en France.—Négociation sur les articles touchant l'exercice de la religion, l'administration du royaume, et le couronnement.

Au Roy.

Sire, la ferme résolution que Mr de Foix a déclairé à la Royne d'Angleterre et aulx siens: que Voz Majestez Très Chrestiennes, et Monseigneur, et les saiges seigneurs de vostre conseil, avoient prinse de ne se pouvoir faire, en façon du monde, que Mon dict Seigneur, venant par deçà, n'eust l'exercice de sa religion pour luy et ses domestiques; et ce que, d'abondant, il a proposé que l'administration du royaulme luy fût ottroyée conjoinctement avec la dicte Dame, ensemble le couronnement, ont esté trois poinctz, qu'encor qu'ilz ayent semblé dangereux et suspectz, il les leur a néantmoins si bien justiffiez, et monstré, par beaucoup de graves et bien fort aparantes raysons, qu'ilz estoient très justes et esloignez de toute simulté et d'offance, qu'enfin l'affaire a esté dextrement conduict aulx termes que luy mesmes vous dira[13]; qui m'asseure, Sire, que les trouverez très honnorables pour Vostre Majesté. Sur ce, etc. Ce iiie jour de septembre 1571.

CCIIIe DÉPESCHE

—du viie jour de septembre 1571.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Explication sur l'avis donné au roi que l'on songeait à renouer la proposition du mariage entre Élisabeth et le prince de Navarre.—Efforts tentés en Angleterre pour rompre le mariage du duc d'Anjou.—Saisie de l'argent envoyé en Écosse par l'ambassadeur.—Accusation portée contre le duc de Norfolk à ce sujet.—Demande de l'ambassadeur, afin que l'argent lui soit rendu.—Arrivée de don Juan en Italie pour conclurre la guerre contre les Turcs.—Nouvelles des Pays-Bas.—Le duc de Norfolk conduit à la Tour; prière de l'ambassadeur afin que le roi intercède en sa faveur.—Accord du comte d'Arguil avec le comte de Morton.

Au Roy.

Sire, il me souvient que quant le jeune Coban, n'estant encores conclue la paix en vostre royaulme, fut envoyé devers l'Empereur pour renouveller le propos de l'archiduc Charles, l'on me donna adviz qu'en mesmes temps Mr le cardinal de Chatillon, pour le traverser, avoit faict mettre en avant, par le Sr de Trokmorthon, le party de Monsieur le Prince de Navarre avec la Royne d'Angleterre, remonstrant que les princes protestans d'Allemaigne en seroient plus contantz que de cest aultre, et qu'il n'y avoit nul plus grand subject ny de meilleure extraction que le dict Prince en toute la Chrestienté; et que, oultre les estatz de la Royne de Navarre, sa mère, qui estoient grandz, et, oultre les biens de Vendosme qui estoient honnorables, et dont de ceulx qui sont en Flandres les ungs estoient assis sur la mer en lieu non guières moins commode que Callais, le dict Sieur Prince avoit obtenu de nouveau ung jugement en la chambre impérialle contre le Roy d'Espaigne de plusieurs aultres biens et sommes, qu'il disoit monter à plus de deux millions d'or. Néantmoins le propos, à cause de l'eage et de la taille, n'avoit esté auculnement suyvy, et n'ay point sceu, Sire, que, despuys la paix conclue, et despuys le propos de Monseigneur, frère de Vostre Majesté, il ayt esté faict aucune mencion du dict Sieur Prince ny pour la Royne d'Angleterre, ni pour aulcune de ses parantes. Et quand Mr de Foix a parlé icy que Vostre Majesté vouloit donner Madame en mariage au dict Sieur Prince, et que despuys j'ay asseuré que cella estoit comme conclud, je n'ay cogneu, en signe ny en parolle, qu'on ayt faict aultre démonstration que de l'aprouver bien fort, et de louer infinyement le moyen qu'aviez trouvé par là d'assurer si bien ceulx de la nouvelle religion qu'ilz n'auront jamais occasion de rien mouvoir dans vostre royaulme.

Tant y a, Sire, que je prendray garde si l'adviz qu'on vous a donné là dessus a aulcun fondement, bien me semble que le conseil de deçà n'est si peu judicieulx qu'il veuille faire délaysser à ceste Royne l'ung ou l'aultre de deux grandz apuys qui luy sont proposés, pour suivre ce troisième bien foible, qui ne luy pourroit guières ayder, et qui seroit pour faire unyr les aultres deux contre elle. Dont ne fault doubter qu'elle ne cerche de s'accommoder en quelque bonne sorte avec Vostre Majesté, et, si elle ne le peult faire, qu'elle vouldra retourner, commant que soit, à l'intelligence du Roy d'Espaigne; mais, pour le présent, sa principalle entente, et des siens, est de parachever le propos de Mon dict Seigneur. Et encor que, de l'autre part, l'on offre à la dicte Dame de luy faire de grandz advantaiges, et à plus tollérables condicions que les nostres, ou au moins de mettre les choses d'Escoce en sa main, et que beaucoup de dons et de présens ayent desjà couru en cella avec encores de plus grandes promesses pour l'advenyr, et que soubz main, l'on ayt admonesté les Protestans de penser ainsy de ceste grandeur de Monsieur comme d'une authorité qui se va dresser contre eulx et contre leur religion, ces mauvais offices néantmoins n'ont peu encore avoir lieu, et ceulx qui les ont faictz, bien que ne leur en ayons opposez de semblables, n'ont sceu dissimuler leur dolleur qu'ilz n'ayent monstré avec larmes qu'ilz ne sçavent où ilz en sont. Ce que je laysse, Sire, à Mr de Foix de le vous discourre plus au long par le récit de plusieurs particullaritez qui sont advenues pendant qu'il a esté par deçà. Lequel aussi vous racomptera l'accidant des deux mil escuz que j'envoyois en Escoce, pour l'occasion desquelz l'on a despuys resserré davantaige le duc de Norfolc, comme s'il en estoit coulpable, et miz en la Tour ses deux secrétaires. Et parce que j'ay esté allégué, il y a heu deux seigneurs de ce conseil qui m'en sont venuz parler; ausquelz j'ay dict tout librement que Vostre Majesté, ayant entendu la perte des dix huict mil escuz et des monitions que Chesoin admenoit en Escoce, et la vollerie qu'on avoit faicte au Sr de Vérac, vostre agent, arrivant par dellà, d'avoir prins ses pacquectz, ses coffres, son argent et l'avoir arresté luy prisonnier; et ne sachant que les deux tiers de l'argent fût entré dans Lillebourg, comme on l'avoit entendu despuys, vous m'aviez commandé, Sire, de faire tenir au dict Vérac, ou à quelcun pour luy, le plus dextrement que je pourrois, mil escuz, ensemble une aultre petite partie que Mr de Glasco envoyoit par dellà; et de tant que c'estoit une chose qui concernoit vostre service, laquelle ne debvoit estre désagréable à la Royne, vostre bonne sœur, non plus qu'elle ne luy pouvoit estre en façon du monde dommageable, je prioys iceulx du conseil de faire envers elle que les dicts deux mil escuz fussent, par l'ordre mesmes de la dicte Dame, apportez au dict de Vérac, ou qu'elle me vollust donner saufconduict pour les luy envoyer, ou au moins me les faire randre; et, quoy que soit, qu'elle me mandât ce que j'auroys à en escripre à Vostre Majesté; dont, Sire, j'en attandz, d'icy à deux jours, la responce. Et parce que Mr de Foix est bien instruict de tout ce faict, je vous suplieray seulement, Sire, d'en parler, ou d'en respondre, à l'ambassadeur d'Angleterre, quant il vous en parlera, conforme à ce dessus, et me commander comme il vous playrra que j'en use; se continuant, au reste, toutes aultres choses icy, comme Mr de Foix les a layssées: que le Sr de Quillegrey partira bientost pour aller sollaiger Mr de Valsingam, et que milord de Burgley suyvra, si quelque accidant ne survient.

L'ambassadeur d'Espaigne a publié l'arrivée de don Joan d'Austria en Itallye, avec grand expectation de toute la Chrestienté qu'il exploictera encores cest esté plusieurs notables faictz d'armes sur le Turc. Ung allemant qui se faict appeller le comte de Lumey est arrivé, despuys huict jours, lequel est eschappé, à ce qu'on dict, par grand fortune, des mains des Espaignolz qui cerchoient de le prandre, parce qu'il favorisoit les partz du prince d'Orange. Je verray ce qu'il négociera par deçà; et sur ce, etc.

Ce viie jour de septembre 1571.

PAR POSTILLE.

Despuys la présente escripte, l'on a mené le duc de Norfolc à la Tour; et de tant, Sire, qu'il semble qu'on le travaille, et qu'on le veult recercher de sa vie, à cause que son secrétaire m'a vollu moyenner la conduicte de ces deux mil escuz au Sr de Vérac, vostre agent en Escoce, de quoy je ne sache qu'il soit en rien consent ny sçavant, je supplie très humblement Vostre Majesté d'employer, en quelque bonne sorte, sa faveur envers la Royne d'Angleterre, à ce que le dict duc et ses hommes ne souffrent aucun mal pour cella. Et, au surplus, Sire, j'entendz que l'accord, que milord de Burgley nous disoit estre faict en Escoce, est entre le comte de Morthon et le comte d'Arguil, lequel il a tiré de sa part, au préjudice toutjour de la cause de la Royne d'Escoce.

CCIVe DÉPESCHE

—du xiie jour de septembre 1571.—

(Envoyée jusques à Calais par Clearc, archier de la garde escoçoyse.)

Procédure contre le duc de Norfolk.—Danger de Marie Stuart.—Nouvelles d'Écosse; avantages remportés par les partisans de la reine.—Conclusion de l'accord sur les prises entre les Anglais et les Espagnols.—Entreprise des partisans de la reine d'Écosse sur Stirling.

Au Roy.

Sire, quant Mr de Foix est party d'icy, la Royne d'Angleterre a monstré qu'elle estoit en dellibération d'envoyer devers Vostre Majesté ung des seigneurs de son conseil pour vous aller justiffier les responces qu'elle nous a faictes, et les conduyre, s'il estoit possible, à quelque bonne conclusion du propos du mariage, ou au moins confirmer par là l'amytié qu'elle cerche de faire avec vostre couronne; mais despuys il semble qu'elle ayt remiz ceste despêche jusques à ce que le Sr de Valsingam luy ayt mandé comme aura esté prins le rapport de Mr de Foix. Cependant elle et ceulx de son conseil font une extrême dilligence d'enquérir contre le duc de Norfolc s'il a point continué ses intelligences avec la Royne d'Escoce, despuys qu'il luy a esté deffandu, et s'il en a heu quelque une avecques moy, mais il semble que beaucoup plus l'on le recerche s'il a poinct mené nulle pratique avec le duc d'Alve, et néantmoins ung chacun estime que tant plus l'on l'esclayrera, plus il sera cogneu loyal subject de sa Mestresse; et s'est on esforcé de prouver que les deux mil escuz, qui alloient en Escoce, venoient de luy, mais la vérité se manifeste de plus en plus qu'ilz sont procédez de moy, comme je n'ay différé de les advouher, et d'asseurer que Vostre Majesté m'avoit commandé de les faire tenir au Sr de Vérac pour son entretennement par dellà; ce qui justiffie, quant à ce poinct, fort grandement le dict duc, bien que je ne fays doubte qu'on ne resserre davantaige la Royne d'Escoce, et qu'on ne preigne quelque colleur de cecy, ainsy qu'assez souvant l'on l'a bien prinse d'aultres bien légières choses, pour retarder ses affaires; mesmes que milord de Burgley m'a mandé que la Royne, sa Mestresse, estoit dellibérée de ne souffrir qu'aulcun demeurast icy pour la Royne d'Escoce, ny qu'il se trouvast homme en Angleterre qui ozât parler pour elle. Dont, sur la première occasion, que Vostre Majesté me commandera d'en porter quelque parolle, je mettray peyne de m'en résouldre en une ou aultre façon.

J'entendz que le jeudy, vingt huictiesme du passé, il y a heu une grosse escarmouche entre ceulx de Lillebourg et du Petit Lith, où la deffaicte a esté grande de chacun costé, mais l'advantaige est demeuré à ceulx de Lillebourg, qui ont prins le coronnel des gens de pied du comte de Lenoz; et le dict de Lenoz s'est retiré à Esterling, ayant layssé chef dans la place le milord Lendsey. L'on dict que milord de Humes avoit aussi esté prins de rechef, et blessé en la dicte escarmouche, mais qu'il est eschappé. J'entendz que ceulx du dict Lillebourg sont allez courre jusques à St André, où le Sr de Vérac estoit dettenu et qu'ilz l'ont admené avec eulx. Les comtes d'Arguil, de Casselz, d'Eglinthon et milord Boid ont faict leur convention avec le comte de Morthon, soubz colleur de laquelle l'on nous a vollu donner entendre que la paciffication estoit establye en tout le pays; mais je voys bien, Sire, qu'à ceste heure, plus que jamais, vostre assistance et vostre authorité sont requises au dict pays.

Si, d'avanture, le Sr de Valsingam prend espérance des propos que Vostre Majesté luy tiendra, il y a grand apparance qu'après ses premières lettres à ceulx cy, milord de Burgley passera incontinent en France, avec lequel j'estime, Sire, que, mieulx qu'avec nul aultre de ce royaulme, Vostre Majesté pourra conclurre les choses qu'elle a à démesler avec ceste princesse. Le différand des Pays Bas, en ce qui concerne les merchandises, est accordé tout ainsy que je l'ay dict à Mr de Foix; ne reste plus que ung peu de cérémonie, à qui sera couché par le contract qui debvra rendre le premier, car en effect les Anglois demeurent saysis et satisfaictz de tout ce qu'ilz ont vollu, et le Sr Fiesque s'en va en dilligence trouver le duc d'Alve pour le luy faire ratiffier, avec lequel l'on a heu une bien estroicte et bien privée communication en ceste court premier qu'il soit party. Sur ce, etc.

Ce xiie jour de septembre 1571.

Despuys la dicte escarmouche, est venu nouvelle que ceulx de Lillebourg, en nombre de quinze centz hommes, sont allez essayer une fort hazardeuse entreprinse sur ceulx qui estoient logez dans la ville d'Esterlin, qui leur a réuscy si bien qu'ilz ont faict une grande exécution, et entre autres choses on dict qu'ilz ont donné ung coup de pistollé au comte de Lenoz dans son lict, lequel à peyne en eschappera.

CCVe DÉPESCHE

—du xvie jour de septembre 1571.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr Gosselin.)

Confirmation de l'entreprise sur Stirling.—Communication faite par Burleigh.—Mort du comte de Lennox.—Le comte de Mar nommé régent.—Rigueurs exercées contre Marie Stuart.—Assurances d'amitié données par Burleigh au nom d'Élisabeth.—Explications de l'ambassadeur.—Effet produit à Londres par l'arrestation du duc de Norfolk.—Hésitation des Anglais à l'égard de l'Écosse.—Nécessité pour le roi d'envoyer dans ce pays d'importans secours.

Au Roy.

Sire, ce que je vous avois mandé de l'hazardeuse entreprinse, que ceulx de Lillebourg avoient faicte pour surprendre dedans Esterling plus de soixante seigneurs comtes, lordz, évesques, abbés ou aultres principaulx de la noblesse, qui estoient là assemblez pour tenir ung parlement contre leur Royne, est très véritable, et n'a l'on ouy de longtemps rien de plus mémorable que cella, si l'yssue eust correspondu à son commancement; mais la chose enfin est devenue aulx termes que Vostre Majesté verra par les deux adviz cy encloz[14].

Tant y a que milord de Burgley m'a envoyé dire par le Sr de Quillegrey, son beau frère, que asseuréement le comte de Lenoz y a esté tué, et qu'aussitost le comte de Mar a esté créé régent, mais qu'on ne sçayt encore s'il aura accepté la charge; m'a mandé davantaige que, à cause de quelques pratiques qu'on a découvertes du duc de Norfolc, la Royne d'Angleterre a dellibéré de faire observer de plus près que jamais la Royne d'Escoce, et ne permettre que, de quelques jours, elle ayt aulcune intelligence par messaiges, ny par lettres, avec personne du monde, et par ainsy qu'elle me faisoit renvoyer ung pacquet, que naguières j'avois escript à la dicte Royne d'Escoce, bien que je le luy heusse dépesché par saufconduict; et, quant aulx choses d'Escoce, qu'elle avoit mandé à son ambassadeur qu'après le retour de Mr de Foix il en allast tretter avec Vostre Majesté, à quoy pensoit qu'il ne feroit faulte; au regard de ce qui estoit advenu des deniers que j'envoyoys en Escoce, qu'elle en avoit prins ung peu de souspeçon, mais qu'elle s'asseuroit tant de la parfaicte amytié de Vostre Majesté qu'elle en demeuroit hors de toute deffiance, et s'asseuroit aussi que ne prendriez sinon de bonne part la dilligence que, pour la conservation de son estat, elle mettoit de vériffier les pratiques que Ridolphy avoit menées contre elle, où il avoit toutjour, dez le commancement, vollu pourvoir que ne fussent communiquées à moy, vostre ambassadeur, ès quelles la dicte Royne d'Escoce et le dict duc se trouvoient à ceste heure meslez. Et adjouxtoit de soy, le dict de Burgley, qu'il ne voyoit pas pour cella qu'il deubt venir rien de réfroydissement au bon propos, et que l'ung de quatre seigneurs: savoir, du comte de Betfort, de milord de Boucost, de mestre Smith ou de luy; avoient esté proposez pour aller devers Vostre Majesté sur la correspondance du voyage de Mr de Foix, après qu'on auroit receu responce du Sr de Valsingam, bien que la Royne, sa Mestresse, ne vouldroit estre veue aller recercher ce dont l'advantaige, réservée aulx dames, requiert qu'elle soit recerchée.

J'ay respondu, Sire, à chacun poinct sellon que j'ay estimé convenir à la grandeur de Vostre Majesté, et à l'entretennement de vostre commune amytié avec ceste princesse, et au desplaysir que vous aurez si la Royne d'Escoce est maltrettée, ensemble au regrect qui vous touche de ces désordres qui continuent entre les Escossoys, avec un desir infiny d'y remédier, ce que je n'estendz icy aultrement pour éviter longueur; et que je percistoys, quant aulx deux mil escuz, de les demander et d'estre prest d'aller satisfaire la dicte Dame comme je les ay baillez, et de n'avoir jamais heu pratique avec le duc de Norfolc ny avec nul des siens; que, touchant le propos du mariage, Mr de Foix avoit emporté les responces, ès quelles il n'avoit garde d'y rien empyrer, mais bien luy avoit semblé expédiant que quelcun des seigneurs de ce conseil deust aller remonstrer à Vostre Majesté combien toutz eulx les estiment raysonnables.

Or espérè je, Sire, de veoir bientost la dicte Dame et vous mander ce que là dessus elle m'aura vollu plus ayant discourir; cependant, pour vous mieulx tesmoigner des durs déportemens qu'on use envers la Royne d'Escoce et des profondz souspirs qu'elle en adresse à Vostre Majesté, et pour vous faire veoir aussi quel est l'estat présent de son royaulme et comme l'on continue de le vouloir toutjour broiller, qui néantmoins monstre d'attandre sa ressource de la faveur de Vostre Majesté, et que icelle luy viendra à ceste heure plus opportune et plus utille que jamais, je vous envoye l'extrêt de la dernière lettre, du viiie du présent[15], que j'ay receue de la dicte Royne d'Escoce; avec une aultre lettre qu'elle m'a secrectement escripte, le mesmes jour, de sa mein, et deux lettres du Sr de Vérac du vingtiesme et trentiesme du passé, avec celle que, du dict mesmes xxxe, le Sr de Ledinthon a escript à Mr de Roz. Sur toutes lesquelles, après les avoir bien considérées et consultées, et les avoir communiquées à Mr de Glasco, comme la Royne, sa Mestresse, le desire, je vous supplie très humblement, Sire, y vouloir prendre une bonne et bien honnorable résolution, et faire appeller l'ambassadeur d'Angleterre affin de luy en faire aultant entendre comme Vostre Majesté jugera qu'il en sera expédiant pour n'altérer l'amytié de sa Mestresse, et justiffier les honnestes debvoirs dont vous avez toutjours usé vers elle en cest endroict. Et sur ce, etc.

Ce xvie jour de septembre 1571.

A la Royne.

Madame, il semble que l'accidant du duc de Norfolc et celluy du comte de Lenoz facent desirer davantaige à ceste princesse, et aulx siens, la conclusion du propos encommancé, affin de mieulx asseurer l'estat de ce royaulme: car, ainsy qu'on a ramené le dict duc à la Tour, le peuple de Londres, lequel on a toutjour estimé luy estre le moins affectionné du royaulme, a néantmoins accouru de toutes partz pour le veoir et le saluer, et pour dire tout hault qu'il estoit plus homme de bien et plus loyal subject de leur Royne que ceulx qui l'accusoient, et qu'ilz prioient Dieu de conserver son ignocence et de confondre ceulx qui cerchoient sa mort. D'ailleurs, ilz voyent que les choses d'Escoce ne leur succèdent ainsy qu'ilz desireroient, et qu'il leur est besoing, s'ilz y veulent rien establyr à leur dévotion, d'y aller à plus grandes et ouvertes forces, et à plus de fraiz qu'ilz n'y employent; dont semble qu'ilz s'en trouvent assez perplex. Je croy bien qu'ilz feront, à ceste heure, des nouvelles dellibérations ès dictes choses d'Escoce, et qu'ilz envoyeront pratiquer le comte de Mar, et, possible, dépescheront quelques gens de guerre de dellà, par prétexte de venger la mort du dict de Lenoz; mais les lettres du Sr de Vérac monstrent que si, de la part de Voz Majestez Très Chrestiennes, arrivoit, sur ceste conjonction de temps, quelque personnaige d'authorité et de grande qualité vers les Escossoys, avec quelques moyens de vostre faveur, que les ungs et les aultres se réduyroient facillement à l'intelligence de France, et viendroient à paciffication entre eulx, au grand honneur de Voz Majestez et grande réputation des affaires du Roy, non seulement en ceste isle, mais par toute la Chrestienté. Je ne vous diz rien, Madame, de l'extrémité en laquelle la Royne d'Escoce, vostre belle fille, s'estime estre réduicte, car ses propres lettres vous en parleront assés; seulement vous supplie très humblement me commander l'office qu'il vous playt que je y face, conforme à ce que vous sçavez commant la Royne d'Angleterre le prendra. Et sur ce, etc.

Ce xvie jour de septembre 1571.

CCVIe DÉPESCHE

—du xxie jour de septembre 1571.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Mauvais état des affaires de Marie Stuart en Écosse.—Nécessité pour Élisabeth de se maintenir en paix avec la France.—Demandes faites par l'ambassadeur.—Efforts de l'amiral Coligni pour rompre le mariage du duc d'Anjou et marier le prince de Navarre en Angleterre.—Conférence de l'ambassadeur avec l'ambassadeur d'Espagne.

Au Roy.

Sire, en l'absence de Mr de Foix, qui est desjà devers Vostre Majesté, j'ay receu seul la dépesche qu'il vous a pleu adresser à nous deux, du xe du présent, à laquelle, quant au poinct des choses d'Escoce, j'estime, Sire, que, par les miennes dernières, lesquelles sont du séziesme de ce dict mois, et par l'extraict de plusieurs aultres lettres et adviz, que avec icelles je vous ay envoyé, Vostre Majesté aura veu comme le Sr de Vérac a parlé au comte de Morthon, et que, quelques jours après, il a esté conduict sauvéement à Lislebourg; comme le duc de Chastellerault, le comte de Humteley, milord de Humes et les sieurs de Granges et Ledinthon, qui sont ceulx qui ouvertement maintiennent la cause de leur Royne, et ouvertement s'advouhent à vostre protection, se trouvent en plusieurs grandes nécessitez et difficultez de pouvoir plus soubstenir ceste guerre; comme les comtes d'Arguil, de Casselz, d'Eglinthon et milord Boid se sont disjoinctz d'avec eulx pour s'accorder avec le comte de Morthon; comme milord de Lindsey est demeuré avec forces dans le Petit Lith; comme, nonobstant tout cella, ceulx de Lillebourg ont faict l'entreprinse de Esterling, en laquelle le comte de Lenoz et celluy qui avoit mandé des cartelz de combat au Sr de Granges, avec plusieurs aultres, ont esté tuez; et finalement comme, incontinent après le décez du dict de Lenoz, la régence a esté offerte au comte de Mar. Vous avez veu aussi, Sire, comme l'on a donné icy ordre de resserrer la Royne d'Escoce, et de luy oster la pluspart de ses serviteurs, avec le prétexte de l'occasion qu'on a heu de ce faire, et de ne vouloir qu'on parle plus icy aulcunement pour elle. Sur toutz lesquelz accidentz, Sire, j'attandray, encores quelques jours, ce qu'il vous playrra me commander; car, parce qu'ilz sont nouveaulx, Vostre Majesté advisera, possible, d'y faire une nouvelle dellibération et de changer quelque chose en celle que, naguières, elle m'a mandé.

Quelques ungs estiment, Sire, qu'encores que vous vous acquictiez droictement vers l'obligation que vous avez à la paciffication des Escossoys, voz confédérez, et que vous y alliez avec moyens convenables à vostre grandeur, pourveu qu'aultrement ilz ne soient à l'injure de la Royne d'Angleterre, ni contre les trettez, qu'elle ne s'en pourra avec rayson altérer, ains se confirmera possible davantaige en vostre amytié, et se hastera de tant plus tost conclurre l'intelligence qu'elle cerche de faire avec Vostre Majesté. Laquelle je vous oze bien prédire, Sire, que, si elle est remise à quelque longueur de négociation, et que ceulx, qui nous y sont contraires, voyent qu'on se puysse aultrement prévaloir des choses d'Escoce, et que vous demeuriez en tant soit peu de suspens de la reddition de la Rochelle, qu'il leur sera facille de l'interrompre du tout; joinct que ceulx cy cerchent desjà bien fort de se racoincter avec le Roy d'Espaigne. Il est vray que, de tant que les offances qu'ilz luy ont faictes sont grandes et notoires, et que les fugitifz de ce royaume sont retirez devers luy, et qu'il a ouy Estuqueley sur les choses d'Yrlande, aussi qu'on sçayt bien que le Pape ne permétra jamais qu'il entende à rien contre la Royne d'Escoce, et qu'en nul de ses pays la forme de la religion de ceulx cy n'a tollérance, joinct que les propres subjectz de ce royaulme ne sont en bonne unyon, et les principaulx d'entre eulx sont assés mal contantz, ung chacun juge que, par nécessité, ceste princesse aura de persévérer aulx traictez de paix avec la France, et se unyr davantaige à l'intelligence de Vostre Majesté.

Or, Sire, j'yray bientost trouver la dicte Dame pour luy toucher aulcuns poinctz de vostre susdicte dépesche, et pour avoir responce de trois particullaritez que j'ay desjà proposées à ceulx de son conseil: sçavoir, de n'innover rien au traictement de la Royne d'Escoce; de vouloir entendre à quelque expédiant sur la paciffication des Escossoys; et d'avoir satisfaction des deux mil escuz qu'ilz m'ont arrestez. Dont vous manderay incontinent ce qu'elle m'y aura respondu; et n'adjouxteray rien plus, pour ceste heure, icy, de ce propos, sinon que la Royne d'Angleterre, despuys l'entreprinse d'Esterlin, a mandé aulx gardiens de sa frontière de faire les monstres, et que, dans le moys d'octobre, elle leur envoyera de l'argent.

Quant à l'aultre poinct, Sire, concernant le Prince de Navarre, j'estime aussi que, par la responce que je vous y ay faicte, du viie de ce mois, Vostre Majesté aura cogneu que c'est ung propos vieulx, qu'on n'a pas beaucoup suyvy, et que, despuys celluy de Monsieur il a esté délayssé, sans qu'il se puysse, à présent, cognoistre qu'il soit remiz en termes. Et monsieur l'ambassadeur d'Espaigne, de luy mesmes, sans que j'aye faict semblant d'en rien sçavoir, m'a dict, despuys deux jours, que don Francès luy a escript bien chauldement de France comme s'estant Mr l'Admiral aperceu que les deux mariages de Monsieur avec la Royne d'Angleterre et de Madame avec le Prince de Navarre pourroient avec le temps réuscyr fort préjudiciables à sa religion, qu'il s'esforceoit meintenant de les interrompre, et d'en moyenner ung nouveau pour le dict Prince par deçà, dont il estoit après d'en aproffondir la vérité; néantmoins, quant à la Royne d'Angleterre, il demeuroit fort fermement persuadé que, si elle ne se maryoit avec Monsieur, qu'elle n'en espouseroit point d'aultre; et qu'encores ses adviz concouroient toutz, despuys le partement de Mr de Foix, qu'elle estoit retournée à sa première dellibération de ne se marier jamais, et que, de ce que le dict dom Francès luy a allégué une fille, ou sœur, ou niepce, de feu Madame Catherine, pour le dict Prince de Navarre, qu'il estoit après à s'en enquérir, et m'advertiroit de ce qu'il en pourroit aprendre. Ce que je luy ay gratiffié grandement, et l'ay beaucoup remercyé de sa bonne vollonté, luy disant, quant au Prince de Navarre, que j'entendois que le mariage de Madame avec luy estoit desjà tout conclud; et, quant à celluy de Monsieur, qu'on nous avoit fort avant satisfaictz sur toutes condicions, en aussi ample forme comme le contract de la feue Royne Marie avec le Roy, son Maistre, le portoit, et encores plus largement quant à la coronation et gouvernement du royaume, mais, quant à la religion, l'on ne nous y avoit aussi bien respondu comme nous demandions; bien nous y avoit l'on baillé une forme de responce, laquelle ceulx cy estimoient qui pourroit satisfaire à l'honneur et à la conscience de Monsieur, dont j'étois, à ceste heure, attendant comme Vostre Majesté l'auroit prinse, et que je le pouvois asseurer qu'en ce qui avoit esté traicté jusques icy du dict mariage; il y avoit toutjour esté, de chacun costé, faict une fort expresse mencion de meintenir droictement la paix avec le Roy, son Maistre, de quoy il a monstré d'estre bien fort contant. Or, Sire, ce qu'on parle d'une parante ou niepce de la Royne d'Angleterre, laquelle elle pourroit advantaiger en faveur du dict Prince de Navarre, il y a longtemps que je cerche, pour aultre respect, de sçavoir si elle en a pas une, mais l'on n'en sçait nommer une seule du costé paternel; et vous puys asseurer, Sire, que milord de Burgley, s'il ne peult esteindre le tiltre que la Royne d'Escoce et son filz prétendent à la succession de ceste couronne, qu'il ne tiendra pas la main que celluy d'un tiers soit advancé au préjudice des filz de Herfort; par ainsy, je suys toutjour après à sonder si cest advertissement, touchant le Prince de Navarre, a nul fondement. Sur ce, etc.

Ce xxie jour de septembre 1571.

CCVIIe DÉPESCHE

—du xxvie jour de septembre 1571.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Claude.)

Refus d'audience.—Explications données par Burleigh à l'ambassadeur sur les affaires d'Écosse.—Acceptation de la régence par le comte de Mar.—Assemblée de Stirling.—Accusations portées contre le duc de Norfolk et contre Marie Stuart.

Au Roy.

Sire, ayant envoyé demander audience à la Royne d'Angleterre sur l'ocasion des choses que, le xe de ce moys, Vostre Majesté m'a mandé de tretter avec elle concernans la Royne d'Escoce et son royaulme, et ayant, par mesmes moyen, escript à milord de Burgley, icelluy de Burgley, de soy, m'a respondu plusieurs choses assez gracieusement, et a curieusement leu l'extraict d'une aultre lettre que la Royne d'Escoce m'avoit escripte; lequel j'ay desiré qu'il le vît bien au long, parce que les raysons et justiffications de tout ce qu'on impute à ceste pouvre princesse y sont fort bien et fort sagement déduictes, et a communiqué, à mon instance, le dict extrêt à sa Mestresse, et luy a aussi monstré ma lettre avec les poinctz raysonnables que je y requiers.

Laquelle a esté longtemps à dellibérer sur le tout avecques luy, et puys m'a faict mander par luy mesmes qu'elle se trouvoit de longtemps si offancée de la Royne d'Escoce, et les récentes injures, qu'elle vériffioit à ceste heure contre elle, luy renouvelloient si fort la playe, qu'elle en avoit au cueur, qu'elle ne pouvoit plus comporter qu'on luy parlât, en façon que ce fût, ny d'elle ny de ses affaires, et s'esbahyssoit assez comme je les voulois mesler avec ceulx de Vostre Majesté; et de tant qu'elle jugeoit bien que le pacquet, que vous m'aviez dépesché du xe de ce mois, ne pouvoit estre d'aulcune chose, qui eust esté négociée pendant que Mr de Foix estoit icy, parce qu'il estoit encores en chemin, affin de n'en ouyr point parler d'aultre, elle me prioit de temporiser mon audience jusques à ce que j'eusse encores receu ung aultre pacquet, et qu'elle avoit mandé à son ambassadeur vous dire, Sire, qu'elle n'avoit rien faict en l'endroict de la Royne d'Escoce, ny des siens, qui ne fût avecques honneur, avec debvoir et avec rayson, et qu'après que vous l'auriez ouy là dessus, elle espéroit que vous demeureriez bien contant: me voulant bien dire icelluy de Burgley, comme de luy mesmes, que de rien, que je sceusse proposer à ceste heure pour la dicte Royne d'Escoce ny pour les Escouçoys, je n'en raporterois aulcune meilleure responce que celle là; et qu'au regard des dicts Escouçoys, toutz les principaulx d'entre eulx se trouvoient desjà si unys à recognoistre l'authorité de leur jeune Roy que ce seroit troubler leur estat, si l'on s'y opposoit, et que, si Vostre Majesté vouloit, à ceste heure, soubstenir le duc de Chastellerault et le comte d'Honteley, qui seuls meintennoient le party de la Royne d'Escoce, vous vous monstreriez ennemy du repoz public du pays.

Il ne me deffault, Sire, que leur pouvoir bien répliquer à toutes ces responces; mais, parce que je ne serois ouy bien à ceste heure, encor que je parlasse en vostre nom, je ne veulx tant préjudicier à la grandeur et dignité d'icelluy que de l'employer en vain, et pourtant je ne m'advanceray de plus en parler, jusques à ce que Vostre Majesté, après avoir ouy le Sr de Valsingam, m'ayt commandé sa plus ample vollonté là dessus.

Cependant, Sire, j'entendz que le comte de Mar, par le confort de ceste princesse, a accepté la régence du pays, et qu'il a esté confirmé à icelle par l'assemblée du parlement qui estoit lors à Esterlin, dont, incontinent après, il a faict exécuter à mort deux de ceulx qui se sont trouvez coulpables de l'entreprinse du dict Esterlin; lesquelz ayant confessé qu'ilz avoient esté à ce induictz par les Amilthons pour faire mourir le comte de Lenoz, en revenche de l'archevesque de St André, icelle assemblée, tout d'ung consentz, a renouvellé leur sèrement de vanger, contre les Amilthons et contre le comte d'Honteley, la mort du feu Roy d'Escoce et des deux derniers régentz. Et suys adverty, Sire, que la Royne d'Angleterre a envoyé faire de fort grandes offres au dict de Mar, jusques à luy promettre armée pour assiéger Lillebourg, et que cependant elle luy fornyra la soulde de cinq cens hommes, et que mesmes il semble qu'elle fera couler iceulx cinq centz hommes de Barvyc à Esterlin à la file, affin qu'elle employe son argent à la soulde des siens, et que ce luy soit aultant de pied en l'Escoce, ne faisant doubte que ceulx de Lillebourg, s'ilz ne sentent bientost quelque rafreschissement, qu'ilz ne se trouvent en une fort grande extrémité. Et de tant que, par la déposition du filz du comte Dherby et de ceulx qui sont prisonniers avecques luy, il semble qu'on tire quelque indice de certaine dellibération qui avoit esté faicte d'enlever la Royne d'Escoce hors des mains du comte de Cherosbery, et de la conduyre en Galles pour la proclamer Royne d'Angleterre, et qu'à cella le duc de Norfolc ayt esté consentant, il n'est pas à croyre combien la Royne d'Angleterre s'esforce de le faire meintennant bien sentyr à toutz deux; mais l'ung et l'aultre, à ce qu'on dict, s'en justiffient fort bien, et croy qu'à ceste heure ce qui nuict le plus au dict duc est la privaulté qu'on se souvient que Ridolfy a heue en sa mayson et en celle du comte d'Arondel, pendant qu'il a esté par deçà; duquel Ridolfy l'on a fort suspect son voyage de Rome à Madry, et le séjour qu'il faict, de présent, en la cour d'Espaigne. Sur ce, etc.

Ce xxvie jour de septembre 1571.

CCVIIIe DÉPESCHE

—du dernier jour de septembre 1571.—

(Envoyée jusques à Calais par ung gentilhomme escouçoys.)

Dépêche de Walsingham.—Réception faite par le roi à l'amiral Coligni.—Mission de Quillegrey en France et en Allemagne.—Négociation des Pays-Bas.—Combat devant Douvres entre la flotte du duc d'Albe et celle du Prince d'Orange.—Nouvelles d'Écosse.

Au Roy.

Sire, arrivant la Royne d'Angleterre, le xxvie de ce moys; à Richemont, elle y a achevé son progrez de ceste année, et y est encores, et dict on qu'elle y fera assés long séjour, non sans qu'elle ayt desjà assés souvant souhayté de sçavoir si Mr de Foix estoit arrivé devers Voz Majestez Très Chrestiennes, et si elles demeuroient bien satisfaictes des responces qu'elle a faictes à luy et à moy, mais son ambassadeur luy a escript, du xve du présent, qu'il n'estoit poinct nouvelles de son retour, et mesmes luy a l'on asseuré qu'il estoit encores le xviiie à Paris, de quoy elle a monstré n'estre trop contante. Icelluy sieur ambassadeur, à ce que j'entendz, luy a fort curieusement mandé, du dict quinziesme, la réception de monsieur l'Admyral jusques à luy expéciffier que vous lui avez dict, Sire, qu'il fût aultant bien venu que gentilhomme qui soit arrivé en vostre court despuys vingt ans; et que la Royne, vostre mère, luy avoit faict l'honneur de le bayser; et que vous l'aviez mené en la chambre de Monseigneur vostre frère, qui se trouvoit ung peu mal disposé, où le mariage de Madame avec Monsieur le Prince de Navarre avoit esté conclud, et la paciffication de vostre royaulme de plus en plus confirmée; et que, incontinent après, vous aviez dépesché Mr de Biron devers la Royne de Navarre, laquelle, avec le dict Prince, son filz, estoient allez aulx beins de son pays de Béarn. Choses que les aulcuns d'icy ont heu assés agréables, mais il y en a plusieurs qui n'en ont monstré aulcun semblant de plésir, et ont dict tout hault qu'il estoit à craindre que l'accommodement des affaires de la France et le trop bien asseuré repoz d'icelle ne fût le travail et le trouble d'Angleterre.

A mandé davantaige le dict sieur ambassadeur que le propos du mariage de la Royne, sa Mestresse, avecques Monsieur estoit aussi bien subject à mutation par dellà comme icy, non sans qu'il l'eust assés de longtemps préveu, et qu'il n'eust descouvert d'où procédoit l'altération; néantmoins que Voz Majestez Très Chrestiennes, et Mon dict Seigneur, demeurez en la meilleure disposition du monde pour establyr une bien estroicte amytié et intelligence avec la Royne, sa Mestresse; et que, mesmes le dernier escript, qui avoit esté envoyé d'icy, vous avoit assés contantez, et qu'à cest effect il desiroit que quelcun de ce costé, personnaige bien choysy, fût bientost envoyé devers Vostre Majesté.

Et semble, Sire, que la dépesche, que la dicte Dame a despuys faicte à son dict ambassadeur, du xxe de ce moys, tende à estre esclarcye qu'est ce qui aura résulté du dict escript et du rapport de Mr de Foix, et comme sera receu quelcun des siens, si elle l'envoye par dellà, et aussi pour vous toucher aulcunes choses du faict de la Royne d'Escoce et du duc de Norfolc; mais, quant à ces deux derniers poinctz, j'espère, Sire, que vous aurez esté assés préparé d'en respondre au dict ambassadeur, s'il vous en est venu parler, sellon le discours que je vous en ay faict en mes deux précédantes dépesches, sans qu'il soit besoing de vous en faire icy plus de mencion; seulement je adjouxteray à ce pacquet l'original d'une lettre et l'extrêt de deux chiffres, que j'ay receu de la Royne d'Escoce, despuys qu'elle est resserrée, par où Vostre Majesté verra ce qu'elle pense estre très nécessaire de faire promptement pour elle et pour les affaires de son royaulme.

J'entendz que le Sr de Quilegrey s'apreste pour aller sollager le Sr de Valsingam, qui a mandé se vouloir faire curer de certaine difficulté d'uryne qui le travaille fort, où il dict avoir besoing d'ung séjour de trois moys; et semble qu'avec l'ocasion de ce voyage l'on en dresse ung aultre, pour le dict Sr de Quillegrey, d'aller, au partir de France, devers les princes protestans en Allemaigne, dont ne sera que bon de l'observer ung peu sur ce qu'il négociera, pendant qu'il sera en vostre court. Il est venu responce de Bruxelles comme le Sr Thomas Fiesque estoit arrivé devers le duc d'Alve le xve de septembre, et qu'on espéroit qu'il seroit bientost remandé par deçà avec ample pouvoir et ratiffication sur tout ce qui a esté tretté de l'accord des merchandises; dont sera besoing, Sire, qu'à ceste heure vous soyez adverty du dict Bruxelles de ce que pourrez desirer entendre de plus en ceste affaire. L'admyral de Flandres, avec bon nombre de navyres de guerre, est venu combattre et chasser, par deux foys, les vaysseaulx du prince d'Orange jusques à la bouche du port de Douvre, et, sans l'artillerye du chasteau et du balouvart du dict Douvre, qui a tiré contre luy, il les eust poursuyviz jusques dans le mesmes port. L'on me vient de dire tout présentement que ceulx d'Esterlin en Escoce ont mandé, de toutes partz, à ceulx de leur party qu'ilz les viennent trouver, ce premier jour d'octobre, avec leurs armes et vivres pour quarante jours, affin d'aller assiéger Lillebourg. Sur ce, etc.

Ce xxxe jour de septembre 1571.

CCIXe DÉPESCHE

—du vie jour d'octobre 1571.—

(Envoyée exprès jusques à la court par le Sr Bernardo Gary.)

Procédure contre le duc de Norfolk.—Arrestation du comte d'Arondel.—Lord de Lumley mis à la Tour.—Nouvelles d'Écosse.—Nécessité d'envoyer des secours dans ce pays.

Au Roy.

Sire, il n'y a rien en quoy la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil facent, à ceste heure, plus grande dilligence que de s'esclarcyr des souspeçons qu'ilz ont conceues contre le duc de Norfolc et contre d'aultres seigneurs de ce royaulme, et, pour cest effect, ilz en ont faict appeller aulcuns des principaulx en ceste court, où ayantz desjà le comte d'Arondel et milord de Lomeley, son beau filz, compareu des premiers, l'arrest a esté commandé au dict comte avec gardes en sa mayson, et l'on a miz son beau filz dedans la Tour. Il se présume qu'il en prendra de mesmes à ceulx qui s'atandent icy bientost, car la dicte Dame est fort animée contre eulx, et milord de Burgley s'y monstre bien ardent; mais le comte de Lestre a trouvé moyen, sur ceste première fureur, de s'absanter en sa mayson de Quilingourt, où il est encores de présent, et n'y a chose qui se monstre plus aparantment à ceste heure en ce royaulme que la division pleyne de peur et de dangier. La dicte Dame faict haster la cuillette des deniers qui luy ont esté ottroyez par son parlement, et, oultre cella, elle faict, despuys huict jours, travailler secrectement à la monoye pour convertyr les réalles d'Espaigne, qui sont dans la Tour, en monoye d'Angleterre. Elle persévère toutjour en ung apparant desir de conclurre, par ung ou aultre moyen, une bien estroicte intelligence avec Vostre Majesté; et quant, sur la première vostre dépesche que je recepvray, je l'yray trouver, je vous manderay incontinent, Sire, ce que j'en auray plus expressément cogneu. Cependant le Sr de Quillegrey s'apreste pour aller sollager le Sr de Valsingam, et l'adviz, qu'on m'avoit desjà donné, qu'il passeroit puys après en Allemaigne m'a esté de rechef confirmé, et qu'il a charge de pratiquer en l'ung et l'aultre pays des intelligences, et qu'il porte procuration en forme pour conclurre la ligue avec le comte Pallatin, le marquis de Brandebourg, le Lansgrave et aultres princes protestans: en quoy sera bon, Sire, que Vostre Majesté face prendre garde comme les choses passeront.

Au surplus, Sire, les choses d'Escoce sont aulx termes que je vous ay escript du dernier du passé, que ceulx d'Esterlin ont mandé toutz ceulx de leur party pour aller assiéger, au premier du présent, ceulx de Lillebourg, lesquelz ilz ont desjà envoyé sommer. L'on est après icy à faire une dépesche aus dicts d'Esterling, et y a aparance qu'il leur sera promptement envoyé de l'argent, et encores ay je quelque adviz, de fort bon lieu, qu'on prépare d'y envoyer des forces par prétexte de revencher la mort du comte de Lenoz: à quoy semble, Sire, qu'il est temps d'y remédier. La Royne d'Angleterre, au commancement de septembre, avoit escript au comte de Lenoz de faire en sorte que ceulx de son party vollussent adresser une remonstrance à elle, signée de leurs mains, par laquelle ilz luy signifiassent que les grandz troubles et divisions, qui continuoient en leur pays, et ceulx qui aparoissoient en Angleterre, procédoient de l'opinion en quoy elle entretenoit le monde de vouloir restituer la Royne d'Escoce, et que, tant qu'elle la tiendroit en son royaulme, la dicte opinion ne cesseroit, et en demeureroient ceulx qui s'esforcent de relever son authorité toutjour en quelque espérance, chose qui estoit de très grand préjudice aulx deux royaulmes; et, de tant qu'il y avoit desjà ung Roy légitimement estably en la place d'elle, par la propre dimission qu'elle en avoit faict, qu'ilz la vollussent suplier de remettre la personne de la Royne d'Escoce en leurs mains pour ordonner d'elle, et de son entretennement, sellon que les Estatz du pays estimeroient se debvoir faire, soubz bonne seurté qu'ilz donroient ordre qu'elle ne peult mouvoir aulcune chose, en l'ung ny l'aultre royaulme, au préjudice du repos public. Lesquelles lettres estant arrivées à Esterling après la mort du comte de Lenoz, elles ont esté leues en l'assemblée des aultres seigneurs qui s'y sont trouvez, et leur responce est meintenant arrivée; mais je ne sçay encores ce qu'elle contient. Sur ce, etc. Ce vie jour d'octobre 1571.