--Il n'est que trop vrai, général!
--Un moment, s'écria tout à coup M. Norris père, saisissant le bras du général Fladdock; n'avez-vous pas fait la reversée dans le Screw?
--Oui, en effet.
--Est-il possible? s'écrièrent les jeunes miss, quel heureux hasard!»
Le général ne paraissait pas comprendre pourquoi son passage à bord du Screw causait une si vive sensation; et il ne fut pas beaucoup plus au fait quand M. Norris lui présenta Martin en disant:
«Un de vos compagnons de voyage, je crois?
--Un de mes compagnons! répéta le général; non pas, que je sache!»
Il n'avait jamais vu Martin; mais celui-ci l'avait vu, et le reconnut, dès qu'ils se trouvèrent face à face, pour le passager qui, les mains enfoncées dans ses poches, humait sur le pont l'air de la liberté.
Tous les yeux étaient fixés sur Martin; il n'y avait pas d'évasion possible; il fallait que la vérité se fit jour.
«Je suis venu dans le même vaisseau que le général, dit Martin, mais non dans la même cabine. Forcé à une stricte économie, j'avais pris une des places de l'avant.»
Si le général se fût vu transporté en personne près d'un canon chargé, avec ordre d'y mettre le feu sur-le-champ, il n'eût pu tomber dans une consternation plus grande qu'en entendant ces paroles: «Quoi! lui, Fladdock!--Fladdock en grand uniforme de la milice nationale!--Fladdock, le général!--Fladdock, le benjamin des grands seigneurs d'outre-mer!--lui, soupçonné de connaître un quidam juché sur l'avant d'un paquebot, payant pour son passage la modique somme de quatre louis dix schillings! et trouver un pareil drôle établi dans le sanctuaire de la mode, dans le giron de l'aristocratie de New-York!» Il en porta la main à la garde de son épée.
Le silence de mort planait sur les Norris. Si cette histoire venait à transpirer, ils étaient à jamais compromis, perdus, grâce à l'imprudence d'un patent campagnard, eux dont l'étoile brillait d'un éclat à part dans les hautes sphères de New-York! Ils voyaient bien graviter d'autres soleils au-dessus et au-dessous, mais pas un ne se compromettait jusqu'à sortir de son orbite, ou jusqu'à échanger un mot ou un rayon avec les soleils voisins; et, cependant, à travers ces sphères intimes circulerait l'effroyable nouvelle que les Norris, déchus de leur antique splendeur, trompés par des dehors distingués, avaient reçu un homme sans le sou, un inconnu! O aigle tutélaire de l'immaculée république! n'avais-tu tant vécu que pour cette infamie!
«Permettez-moi, dit Martin, rompant enfin ce terrible silence, permettez-moi de prendre congé de vous: je sens que je cause ici autant d'embarras au moins que je m'en suis attiré à moi-même; mais, avant de sortir, je dois disculper mon introducteur, qui, en me présentant dans cette société, ignorait à quel point j'étais indigne d'un tel honneur.»
Il salua et sortit, de glace à l'extérieur, tout de feu au dedans.
«Allons, allons, du M. Norris père, encore pâle et parcourant des yeux l'assemblée; il y a cela de bon que ce jeune homme a été initié ce soir à une élégance de manières, à un raffinement de mœurs, à une hospitalité de bon goût, auxquels il était étranger dans le lieu de sa naissance. Espérons que cette circonstance éveillera en lui le sentiment moral.»
Si le sentiment moral (cette denrée tout à fait transatlantique, car, à en croire les hommes d'État, les orateurs et les pamphlétaires indigènes, l'Amérique en a le monopole) implique un bienveillant amour pour tout le genre humain, jamais Martin n'en avait été plus dépourvu. Tandis qu'il arpentait les rues, suivi de Mark, ses dispositions immorales étaient au contraire en pleine activité, lui soufflant d'énergiques et sanguinaires exclamations, que, fort heureusement pour son honneur, personne n'entendait. Il avait cependant retrouvé assez de sang-froid pour rire des ridicules incidents de la soirée, lorsqu'il entendit derrière lui un pas pressé, et se retournant, il aperçut son nouvel ami tout hors d'haleine.
M. Bevan passa son bras sous celui de Martin, le supplia de marcher moins vite, et après un silence de quelques minutes, lui dit enfin:
«J'espère bien que vous me disculpez, mais dans un autre sens.
--Quoi? que voulez-vous dire? demanda Martin.
--J'espère que vous ne me soupçonnez, pas d'avoir en rien prévu la fin de notre visite?
--Non, certes, répliqua Martin. Et je vous suis d'autant plus obligé de votre intérêt, que je vois de quelle étoffe sont faits ici vos honorables citoyens.
--De la même étoffe que la plupart des honorables citoyens des autres pays, je pense. Seulement, mes compatriotes ont de plus le tort de farder la marchandise par de belles paroles.
--Cela se peut, du Martin.
--Je gagerais, poursuivit son ami, que si vous assistiez à une scène du même genre dans une comédie anglaise, vous ne la trouveriez ni improbable, ni chargée.
--Je le crois aussi.
--Sans doute parmi nous la chose est plus ridicule que partout ailleurs, poursuivit son compagnon, mais la faute en est à nos éternelles professions de foi. Quant à ce qui me conrerne, j'ajouterai que je savais parfaitement que vous n'étiez pas au nombre des passagers riches, des passagers de l'arriére; j'avais vu la liste, et vous n'y étiez pas.
--Je vous sais d'autant plus de gré de votre accueil, dit Martin.
--Norris n'en est pas moins, dans son genre, un très-bon homme, je vouss assure.
--Vous trouvez? dit sèchement Martin.
--Oui; il a d'excellentes qualités. Si vous ou tout autre vous fussiez, adressé à lui comme à un être supérieur, réclamant ses bons services, in forma pauperis, il eût été toute bonté, toute considération.
--Je ne me suis pas expatrié et n'ai pas fait trois mille lieues pour prendre un pareil rôle,» répliqua Martin.
Lui et son ami continuèrent à marcher sans se rien dire, absorbés chacun dans ses propres pensées.
C'en était fait chez le major du thé ou du souper, bref, du repas du soir, de quelque nom qu'on le nomme en Amérique, lorsque Martin et son compagnon arrivèrent. Cependant la nappe, surchargée d'un renfort de taches, couvrait encore la table. A l'un des bouts siégeait madame Jefferson Brick, flanquée de deux autres dames. Toutes trois, évidemment en retard, enveloppées de châles et de chapeaux, venaient de rentrer, et dégustaient leur thé à la terne clarté de trois chandelles inégales plantées dans trois chandeliers dépareillés.
Les trois dames causaient entre elles à haute voix; mais, à l'aspect des survenants, elles se turent et affichèrent une réserve excessive. Pendant qu'elles échangeaient tout bas quelques remarques, la température de l'eau bouillante qui emplissait la théière descendit de vingt degrés sous l'influence de leur souffle glacial.
«Êtes-vous allée à l'assemblée, madame Brick? demanda l'ami de Martin avec un clignement d'yeux moqueur.
--Non, j'étais au cours, monsieur.
--Ah! pardon, j'oubliais. Vous n'assistez jamais, je crois, à l'assemblée?
Ici la dame qui occupait la droite de madame Brick toussa pieusement comme pour dire: Moi, j'y assiste. Elle y était, en effet, fort assidue, et ne manquait pas un seul des sermons de la semaine.
«Le prêche était remarquable sans doute?» demanda M. Bevan s'adressant à cette dernière.
Elle leva les yeux d'un air béat, en répondant: «Oui.» Elle avait été on ne peut plus édifiée des points de doctrine acerbes et mordants qui s'appliquaient à tous ses amis et connaissances, et qui leur disaient leur fait sans appel et de la façon la plus énergique. De plus, son chapeau ayant éclipse tous les autres chapeaux de la congrégation, elle avait lieu d'être complètement satisfaite.
«Quel cours suivez-vous en ce moment, madame? dit l'ami de Martin revenant à madame Brick.
--Un cours sur la philosophie de l'âme, tous les mercredis.
--Et les lundis?
--Celui sur la philosophie du crime.
--Et les vendredis?
--La philosophie des végétaux.
--Vous oubliez les jeudis, ma chère, le cours de philosophie gouvernementale, fit observer la troisième dame.
--Non, c'est tous les mardis.
--C'est juste, s'écria l'autre, les jeudis sont réservés à la philosophie de la matière.
--Vous voyez, monsieur Chuzzlewit, que nos dames ne manquent pas d'occupation, reprit M. Bevan.
--Non, certes, «entre d'aussi graves études au dehors, et les soins du ménage au dedans, leur temps doit être bien employé.»
Martin demeura court; évidemment l'éloge ne prenait pas, quoiqu'il lui fut impossible, de deviner ce qui lui attirait l'expression dédaigneuse qui se peignit sur les trois visages. Aussitôt que les dames eurent quitté la chambre, ce qui ne tarda pas, M. Bevan lui apprit que ces philosophes femelles avaient en grand mépris les tracas domestiques; il y avait cent à parier contre un que pas que de ces érudites n'était en état de faire le plus simple ouvrage de femme, encore moins de façonner une robe ou un bonnet pour ses enfants.
«Décider si, en fait d'instruments tranchants, les aiguilles ne leur siéraient pas mieux que la controverse, est une autre question; mais ce dont je puis répondre, c'est que tout en s'exerçant sur autrui, elles ont soin de ne se pas blesser elles-mêmes. Les assemblées dévotes et les Cours instructifs sont nos bals et nos concerts. Elles y vont pour échapper à la monotonie, pour passer en revue les toilettes, puis reviennent au logis.
--Par logis, entendez-vous une pension, une maison comme celle-ci?
--Oui, souvent. Mais je vois que vous n'en pouvez plus. Bonsoir; demain matin, nous causerons de vos projets. Vous devez, déjà voir qu'un plus long séjour ici vous serait inutile; il faut pousser plus avant.
--Peut-être pour trouver pire, dit Martin.
--J'espère que non; mais à chaque jour suffit sa peine, comme vous savez. Bonsoir.»
Ils échangèrent une cordiale poignée de main et se quittèrent.
Dès que Martin fut seul, l'excitation causée par le changement de lieux et par la nouveauté des objets tomba soudainement. Il se sentit si abattu, si épuisé, que l'énergie nécessaire pour monter l'escalier et se traîner jusqu'à son lit lui manqua. Quel changement douze à quinze heures n'avaient-elles pas opéré dans ses espérances, dans ses projets les plus chers! étranger à ce sol, à cet air, il n'avait pas foulé l'un, respiré l'autre un jour entier, que déjà son entreprise lui semblait avortée; toute téméraire, toute hasardeuse qu'elle lui fut apparue à bord, elle avait pris à terre un aspect bien autrement sombre. Les pensées qu'il appelait à son aide, loin de le soulager, prenaient les formes les plus tristes, les plus décourageantes; l'éclat même du diamant qu'il portait au doigt se noyait dans les larmes, et n'avait plus pour lui un seul rayon d'espoir.
Il demeurait assis auprès du poêle, absorbé dans sa rêverie, sans prendre garde aux pensionnaires qui rentraient un à un, avalaient quelques gorgées d'eau à même d'une grande cruche blanche placée sur le buffet, et tournoyant un moment, comme fascinés, autour des crachoirs de cuivre, gagnaient pesamment leur lit; enfui, Mark Tapley arriva et secoua Martin par le bras, le croyant endormi.
«Mark! s'écria Martin en tressaillant.
--Moi-même, monsieur, dit le joyeux serviteur mouchant la chandelle avec ses doigts; tout va bien. Votre lit n'est pa des plus larges, monsieur, et il ne faudrait, pas avoir grand'soif pour boire avant déjeuner toute l'eau destinée à votre toilette, et avaler l'essuie-main par dessus le marché. Mais vous dormirez cette nuit sans qu'on vous berce.
--Il me semble être encore en mer; la maison tourne, dit Martin chancelant, je suis écrasé.
--Pour moi, je me sens aussi gai que jamais, et ce n'est pas sans cause, Dieu merci! je devais naître ici. Oui, sur ma lui! Prenez donc garde oû vous mettez le pied monsieur.»
Ils montaient l'escalier qui les couduisit au faite de la maison, dans la chambre préparée pour Martin. Elle était aussi exiguë que possible, éclairée par une demi-fenêtre meublée d'un lit pareil à un coffre sans couvercle, de deux chaises, d'un morceau de tapis de la grandeur de ceux qui servent à essayer les souliers dans un magasin de chaussures, d'un petit miroir cloué au mur, d'une table étroite, soi-disant de toilette, avec un bol à eau et une cuvette que l'on aurait pu prendre pour une tasse et un pot au lait.
«J'imagine qu'ils se polissent la figure avec un torchon sec, en ce pays, dit Mark. Pour ma part, je les crois atteints de drophobie, monsieur.
--Tâchez, de me tirer mes bottes, dit Martin se jetant sur une chaise. Je suis brisé '....je suis mort, Mark!
--Vous chanterez sur un autre ton demain matin, reprit Mark, et même ce soir; goûtez-moi seulement un peu de cela!»
Il lui présenta un immense gobelet, rempli jusqu'aux bords de glaçons transparents, au travers desquels une ou deux minces tranches de citron nageants dans un liquide doré, d'un aspect délectable, se montraient à l'œil ravi.
«Qu'est cela?» demanda Martin.
Mark, sans répondre, plongea un roseau dans ce mélange, produisant un agréable tumulte dans tous ces fragments de glace, et il indiqua, par un geste expressif, que le tout devait être aspiré à travers ce canal par le buveur enchanté.
Martin prit le verre, appliqua ses lèvres au roseau, leva ses yeux en extase, et ne s'arrêta plus que le liquide un fût absorbé jusqu'à la dernière goutte.
Il y a peu de temps, tout en tendant hommage, dans ce même journal, aux généreux efforts, à la rare persévérance, et, nous sommes heureux de pouvoir l'ajouter, tout en constatant les succès manifestes des hommes courageux et dévoués qui ont fondé des colonies agricoles pour les jeunes détenus, nous exprimions le regret que rien d'analogue n'eût été fait encore pour les enfants pauvres, qui n'avaient point, eux, encouru les sévérités de la justice; nous ne dissimulions pas la crainte que la nécessité d'un baptême en police correctionnelle, pour être admis dans les seuls établissements fondés jusque-là, ne fût envisagée par le pauvre comme une injustice, et ne devint même, une bien involontaire provocation au crime. Nous savions bien que l'on faisait valoir que le nombre des jeunes détenus, dans la France entière, est assez, limité, tandis que le nombre des enfants pauvres est considérable, puisque dans la seule ville de Paris, d'après le relevé du dernier exercice dont les comptes aient été publiés par l'administration des hospices, l'exercice 1841, 12,628 garçons et 12,660 filles, au-dessous de douze ans, avaient été secourus par les bureaux de bienfaisante, et que ce chiffre total de 25,288 indigents déclarés pourrait facilement être doublé, si l'on y ajoutait les enfants indigents qui ne sont pas secourus, parce qu'ils ont dépassé cet âge, et ceux dont les parents n'ont pu se résigner à afficher leur misère et celle des leurs. Nous savions bien que l'on croyait trouver dans ces chiffres effrayants, et dans celui de 1,850,000 qui représente à peu près le nombre total des indigents en France, une excuse pour ne pas oser aborder une lutte corps à corps avec la misère, tandis que la réformation de la situation morale et matérielle des jeunes condamnés, dont le nombre est beaucoup plus restreint, n'avait rien qui décourageât une généreuse et philanthropique ardeur. Nous connaissions tous ces motifs allégués; mais (le dirons-nous) ils étaient bien loin de nous paraître plausibles. Ne pas tenter, parce qu'il est difficile de faire, est un déplorable parti; et ne secourir que le vice, parce qu'il est beaucoup plus long de venir en aide à l'effort une honnête, est le plus mal entendu de tous les calculs.
Ce sentiment a été heureusement partagé par des hommes dévoués et pratiques. Sous la présidence de M. le comte Portalis, et par les soins d'un homme actif et entreprenant pour le bien, M. Allier, s'est formée pour le département de la Sein, qui renferme tout à la fois les misères qui lui sont propres et celles que les autres départements lui expédient en grand nombre, une Société pour le patronage dans les ateliers, et la fondation de colonies agricoles en faveur des jeunes garçons pauvres. Ce projet est d'une mise à exécution toute récente. Conçu il y a quelque temps, il a été différé parce qu'on a estimé, en apprenant les désastres de la Guadeloupe, qu'il fallu il laisser la bienfaisance publique s'exercer d'abord en faveur d'infortunes auxquelles toutes les autres devaient momentanément céder le pas. Aujourd'hui que les listes de souscription en faveur des malheureux de la Pointe-à-Pitre ont dépassé toutes les espérances, et qu'elles paraissent avoir à peu près atteint leur chiffre définitif, les auteurs de ce projet ont pensé qu'il n'y avait plus, pour eux, de scrupule à avoir de faire à leur tour appel à l'humanité et à la générosité publiques pour venir en aide aux misères de la mère-patrie. Toutefois ils ont voulu que la bienfaisance fût mise à même, par un commencement d'exécution, d'apprécier l'œuvre pour laquelle elle allait être sollicitée. Le 8 juillet dernier, à l'aide de dons recueillis en silence, ils sont entrés dans la voie où le succès et la reconnaissance nationale les attendent; le 26 août suivant, ils installaient le cadre d'un établissement qui deviendra immense; et, au moment où nous écrivons, vingt-deux orphelins pauvres ou enfants d'indigents ont été réunis par leurs soins, et sont élevés sous leurs yeux.
Vue générale de la colonie agricole de Petit-Bourg, du
côté du parc, département de Seine-et-Oise.
A huit lieues de Paris, sur la rive gauche de la Haute-Seine et à mi-côte, se déroule une propriété magnifique qui, créée par Louis XIV pour une de ses favorites, madame de Montespan, était de nos jours, et après avoir passé par bien des mains, devenue le lot d'un fermier de la roulette, M. Perrin, puis d'un spéculateur de bourse, M. Agnado. Le château de Petit-Bourg, après avoir été, comme on le voit, dans le principe et à la fin, le théâtre des jeux de l'amour et du hasard, est appelé aujourd'hui à être le berceau d'une grande et noble entreprise. Par suite du travail qui s'opère dans les existences et dans notre société, cette résidence princière, séjour successif de la volupté vénale et de la fortune tristement acquise, eût bien certainement été morcelée, et détruite, si l'association et l'œuvre de charité, ces deux puissances qui grandissent, ne fussent venues la sauver, en en prenant possession au nom des pauvres. Son air salubre, les terres labourables qui l'entourent, les potagers précieux qu'elle renferme, les immenses emménagements auxquels peuvent se prêter le château et ses communs, tout l'a fait considérer par les fondateurs de la Société nouvelle comme une terre promise, pour eux qui vont avoir à refaire bon nombre de jeunes constitutions compromises depuis leur enfance par un air malsain; qui vont avoir des agriculteurs, des jardiniers à former et des ateliers de toute sorte à ouvrir. Douze cents à quinze cents enfants pourront, sans qu'il soit besoin de constructions nouvelles, trouver place dans ce généreux asile; et pour qu'il suit mis à même de les accueillir, pour qu'il devienne un établissement-modèle auquel, espérons-le, les imitateurs ne manqueront pas, il ne lui faut plus aujourd'hui qu'un peu de cet intérêt et de ce concours publics qui n'ont pas manqué jusqu'ici à des fondations intéressantes sans doute, mais, nous ne craignons pas de le dire, moins utiles et moins vastes par les résultats qui en doivent suivre.
Colonie agricole de Petit-Bourg.--Vue générale du côté du
préau, au moment de la récréation des colons.
Nous venons de visiter cet établissement et nous voudrions que les hommes riches ou aisés de la France entière qui peuvent lui venir en aide, pussent, comme nous l'avons fait, l'admirer dans son ensemble et l'examiner dans ses intelligents détails. Là où l'ordre est si bien établi, où il est si exactement suivi et maintenu, une journée et son emploi vous font connaître l'emploi de l'année tout entière. Il faut voir ces enfants recueillis dans leurs prières, silencieux et actifs dans leurs travaux, heureux et animés dans leurs récréations, passant d'un exercice à un autre par des marches et des évolutions symétriques qui maintiennent l'ordre, et que les colons exécutent avec une discipline militaire... faisant entendre à l'unisson des chants qui renferment toujours quelque pensée morale. Quand l'heure du travail a sonné, les jeunes agriculteurs se rendent aux champs, les jeunes jardiniers au potager, les jeunes menuisiers et les jeunes tailleurs à l'établi. D'autres ateliers s'ouvriront bientôt, et dans deux ans peut-être, si dès aujourd'hui et sans retard Petit-Bourg est mis à même, par le concours que le gouvernement ne saurait lui refuser, et par celui que les personnes bienfaisantes lui accorderont à coup sûr, de recevoir un nombre d'enfants en rapport avec le personnel d'instituteurs, de comptables, de surveillants qu'exige la présence de vingt-deux enfants comme celle de mille dans deux ans peut-être le produit du travail de ces artisans improvisés mettra l'établissement dans la position de se suffire à lui-même, et de former une masse de réserve au profit de chaque colon, assez forte pour permettre de lui donner, à sa sortie de l'établissement, un trousseau, les outils de la profession qu'il aura apprise et un pécule.
Bien qu'aujourd'hui l'espace soit surabondant, il est, dans une prévision qui ne peut manquer de se bien prochainement réaliser, ménagé comme il devra l'être quand l'établissement sera porté au complet. Les vingt-deux colons occupent une salle de 30 mètres carrés à peu près, qui leur sert à la fois de classe, de réfectoire et de dortoir. Là, des poteaux et des traverses, qui se placent et s'enlèvent avec une facilité et une rapidité égales, reçoivent et supportent les hamacs qui servent de lits aux enfants. Un hamac plus élevé que les autres est celui du surveillant, qui, d'un coup d'œil, peut observer tout le dortoir. Tous ces détails sont parfaitement bien combinés; quelques-uns sont empruntés à Mettray, d'autres ont été très-ingénieusement et très-heureusement modifiés par M. Allier. --La nourriture est saine et abondante. Le pain est fait avec le plus grand soin, et dans le service, comme partout dans cet établissement, il règne un luxe, le seul qui soit demeure dans ce château naguère aux lambris dorés, le luxe de la propreté.
Nous avons visité l'infirmerie, qui, installée dans un bâtiment à part, et merveilleusement distribuée pour l'isolement des maladies contagieuses, est placé sous la surveillance de sœurs de charité, tout nous a paru là, comme ailleurs, entendu avec beaucoup d'intelligence. Mais, le jour de notre visite, il manquait à l'infirmerie une chose fort rare à ce qu'il paraît à Petit-Bourg, des malades.
Les enfants peuvent être reçus dans la colonie dès l'âge de huit ans; à seize ils ne sont plus admis. Un contrat d'apprentissage est passé entre la famille et l'administration pour assurer à celle-ci la direction du jeune colon pendant un nombre d'années fixe. Un des nombreux élèves qui vont avoir chacun leur atelier dans l'établissement commence à lui être immédiatement appris, après le choix qu'en ont fait la famille et l'enfant. Les instructions religieuses de l'aumônier et l'enseignement de l'instituteur marchent de concert avec l'apprentissage.
Les jeunes colons sont convenablement vêtus. Le costume quotidien de l'hiver se compose d'un pantalon gris en étoffe de laine, d'une blouse écossaise rouge et blanche en fil, d'une ceinture de cuir, de chaussons de laine foncée et de sabots: l'été, le pantalon de laine fait place au pantalon de toile grise; les jours de fête, un habillement complet en drap bleu de roi, avec boutons de cuivre, et un chapeau de cuir, métamorphosent les jeunes travailleurs en marins.
Colonie agricole de Petit-Bourg.--Salle servant à la fois
de dortoir, de réfectoire et de salle d'étude.
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Colonie agricole de Petit-Bourg.--Costume de dimance, hiver et été, des jeunes colons. |
Colonie agricole de Petit-Bourg.--Costumes de travail, hiver et été, des jeunes colons. |
Voici donc une institution dont le but est généreux, dont le plan semble merveilleusement conçu, dont les effets peuvent être incalculables pour l'amélioration de la situation des classes pauvres. Que lui faut-il pour se consolider, prospérer, grandir, et voir s'ouvrir devant elle tout l'avenir qui lui semble réservé? Rien autre chose qu'une sympathie qui ne saurait lui manquer, la sympathie et l'appui du gouvernement et de toutes les personnes que leur bienfaisance et leur humanité ont portées comme lui a ne pas les refuser à une classe infiniment moins intéressante que celle des enfants pauvres et honnêtes: les jeunes détenus. Toutes comprendront, et l'État avec elles, que se mettre dans la nécessité de répondre au père d'une nombreuse famille indigente: «Nous ne pouvons vous aider; nous ne pouvons nous charger d'un de vos enfants tant qu'il ne se trouvera pas parmi eux un petit voleur, est une imprudence bien grave, et, comme nous le disions au commençant, une dangereuse provocation. Quand, pour voir accueillir une pétition où un père demande du pain pour ses enfants, il ne faut que l'apostille de la police correctionnelle, il est à craindre qu'elle ne se fasse pas attendre. Chacun le sentira; et à Paris, qui compte tant de pauvres nés dans ses murs, dans les départements qui lui en envoient en outre un si grand nombre, toutes les fortunes grandes, moyennes et médiocres apporteront leur large offrande, leur tribut mesuré, et leur sympathique obole à la colonie naissante. Petit-Bourg est sûr de trouver tous les appuis que Mettray a rencontrés, et bien d'autres encore. Comme Mettray, Petit-Bourg aura à faire graver en lettres d'or sur son fronton le nom du comte d'Ourches ou de quelque autre opulent bienfaiteur. Il aura aussi à inscrire sur ses tables les noms de milliers de souscripteurs; et c'est dans ce livre de la reconnaissance qu'on apprendra aux colons à épeler.
Ministres, et vous législateurs, si vous avez laissé à la bienfaisance et au dévouement privés le soin et la gloire de fonder une telle œuvre, vous voudrez avoir du moins le mérite qui vous peut maintenant revenir: celui de l'avoir fait prospérer. C'est une sage dépense à inscrire au budget, qu'une large allocation pour un établissement dont les fondateurs se sont dit: «Il y a mieux à faire que de réformer: il faut prévenir (4).»
[Note 4: Nous sommes heureux d'apprendre que déjà près de mille souscripteurs se sont fait inscrire, les uns pour des sommes une fois versées, d'autres pour des dons qui se renouvelleront annuellement pendant quatre ans. Les conseils généraux des départements ne peuvent oublier cette institution dans la répartition du prochain budget qu'ils auront à fixer, et le conseil municipal de Paris, qui vient par un vote tout récent d'augmenter le fonds qu'il allouait déjà précédemment pour encouragement à l'amélioration des races de chevaux, ne fera pas moins, nous l'espérons, pour l'amélioration morale de la race humaine.
Outre les souscriptions en argent, des dons en nature ont été également adressés à la colonie naissante. M. Dailly, maître de poste à Paris, lui a envoyé, indépendamment de son offrande pécuniaire, un fort bon cheval de ses écuries; H. Lemarchand, négociant, un lit complet; M. Mugnier, trois chèvres; M. Poinsot, propriétaire de la ferme Chabrol, une ânesse; M. Gandillot, manufacturier, un Christ en bronze et deux beaux lits en fer creux; M. Ottin, curé de Montmartre, un tableau représentant Jésus sur la Croix; d'autres envois sont également parvenus, d'autres enfin sont annoncés.]
Cours complet de Météorologie, de L.-F.. Kaemtz, professeur de physique à l'Université de Malle, traduit et annoté par Ch Martins, professeur agrégé d'histoire naturelle à la Faculté de Médecine de Paris; avec un appendice contenant la représentation graphique des tableaux numériques; par L. Lalanne, ingénieur des ponts et chaussées. 1 vol. in-18 (avec de nombreuses planches), de 600 pages.--Paris, 1843. Paulin. 8 fr.
La météorologie est peut-être de toutes les sciences celle qui offre l'intérêt le plus vif et le plus général. En effet, les phénomènes dont elle donne et dont elle cherche l'explication, frappent incessamment nos sens. Que d'hommes, même lettrés, n'ont aucune idée, par exemple, des principales métamorphoses ou combinaisons des agents chimiques! car ce curieux travail de la nature se fait sans éclat, sans bruit, sans odeur, souvent même il échappe à l'examen le plus attentif. Mais les révolutions de l'atmosphère, petites on grandes, à chaque heure du jour et de la nuit, malgré nous, il nous faut les voir, les toucher, les sentir et les entendre; de plus, elles nous causent des sensations douces ou fortes, agréables ou pénibles; elles exercent sur tout notre être une irrésistible influence. Partout et toujours elles attirent aussi vivement l'attention de l'ignorant le moins curieux d'en connaître les causes et les effets, que celle du savant observateur qui s'efforce sans cesse d'en pénétrer les intéressants mystères.
La météorologie remonte donc comme science à la plus haute antiquité; elle précède même la physique proprement dite. Toutefois, bien qu'étudiée depuis des milliers d'années, bien que née la première peut-être, elle n'est pas aussi avancée que les autres sciences, ses sœurs cadettes. M. Kaemtz en explique ainsi la cause principale dans son introduction: Le nombre des observations sur les modifications de l'atmosphère est sans doute considérable, mais ce sont des observations dans le sens le plus restreint de ce mot. Nous observons le phénomène qui s'offre à nous, mais nous ne pouvons le modifier et le varier à notre gré; nous ne saurions même le reproduire à volonté; en un mot, nous ne pouvons recourir à l'expérience. Nos moyens et nos forces vont beaucoup trop limités pour qu'il nous soit possible de produire les moindres modifications dans l'atmosphère. Nous en sommes réduits à enregistrer des faits; et, comme l'a très-bien dit W. Herschel nous ressemblons à un homme qui entendrait çà et là quelques fragments d'une longue histoire racontée à des intervalles éloignés par un narrateur diffus et peu méthodique. Réduite à l'observation, la météorologie ne pouvait donc pas marcher d'un pas égal à celui des autres branches de la physique.»
Cependant, malgré les obstacles contre lesquels elle s'est vue obligée de lutter, la météorologie a fait des progrès notables depuis la fin du siècle dernier; aujourd'hui, elle commence à s'asseoir sur des bases solides; l'ouvrage que M. le professeur Kaemtz a publié à Malle en 1840, sous ce titre: Vortesungen über Meteorologie (Lectures sur la Météorologie), et que M. Charles Martins a eu l'heureuse idée de traduire en français, outre qu'il en propagera et qu'il en facilitera l'étude, contribuera, nous n'en doutons pas, à en hâter le développement.
Avant la publication de cet ouvrage, il n'existait point dans notre langue de cours complet de météorologie qui résumât l'état de nos connaissances actuelles sur cette branche si importante des sciences physiques. C'est pour combler cette lacune que M. Charles Martins, professeur agrégé d'histoire naturelle à la Faculté de Médecine de Paris, s'est décidé à traduire les Vortesungen über Meteorologie de M. Kaemtz, professeur de physique à l'Université de Halle. «Ce livre, dit-il dans sa préface, m'a semblé le meilleur de tous ceux qui ont paru à l'étranger. L'auteur se trouvait, en effet, dans les conditions les plus favorables pour faire un bon cours de météorologie. Observateur habile et infatigable, il a entrepris et continué à Halle, presque sans aide, une série barométrique, thermométrique et psychrométrique, qui comprend près de dix années consécutives. Non content d'étudier les changements de l'atmosphère dans les plaines de l'Allemagne, il a séjourné sur le Rigi, en Suisse, à 1810 mètres au-dessus de la mer, du 247 mai au 24 juin 1832, et sur le Faulhorn, à 2671 met ces, du 11 septembre au 3 octobre de la même année. En 1833, il observa de nouveau sur le Rigi pendant le mois de juin, et du 11 août au 17 septembre, sur le Faulhorn. Dans l'été de 1837, il fixa sa résidence à Deep, près Trenton, sur les bords de la Baltique, pour apprécier l'influence de la mer et contrôler la série météorologique comprenant une année d'observations faites à Speurade, en Danemark, par M. Neuher.»
Ces détails prouvent que l'auteur avait étudié par lui-même et dans les circonstances les plus variées le cours régulier des phénomènes atmosphériques. Il ne lui restait plus qu'à connaître les travaux des autres et à consulter des documents immenses, mais épars, dispersés dans des livres écrits sur les sujets les plus divers et souvent les plus étrangers à la météorologie. Ici encore, l'auteur était armé de toutes pièces; car, avant d'écrire son cours, il avait publié un grand Traité de Météorologie, plein d'érudition et de recherches originales (Lehr bach der Meteorologie, 3 vol. in-8, 1834 à 1836). Cet ouvrage, pour lequel toutes les sources ont été consultées et mises à profit, est certainement le traité le plus complet qui existe; mais le nombre considérable de faits qui y sont accumulés, l'usage fréquent des notations algébriques, le manque de divisions et de subdivisions, enfoui peut être un livre, plutôt utile à consulter que facile à lire. Toutefois, on comprend combien un pareil travail a du contribuer à la perfection de celui qui l'a suivi. Non content de pratiquer la météorologie et de l'étudier dans les livres, M Kaemtz a professé cette science pendant plusieurs années à l'Université de Halle, et l'expérience du professeur s'est ajoutée à celle du savant et de l'observateur. C'est ainsi préparé que M. Kaemtz a écrit Cours de Météorologie, qui offre un résumé élémentaire, mais complet de cette science. Nommé professeur à l'Université de Dorpat depuis quelques années il a pu se livrer à l'étude des basses températures, des aurores boréales, et de tous les phénomènes optiques de l'atmosphère qui sont si caractérisés dans les régions du Nord.
Le traducteur des Varlesungen über Meteorologie n'était pas moins capable de bien remplir la tâche difficile qu'il s'impose volontairement dans le double intérêt de la science et de ses compatriotes. M. Charles Martins est un des plus savants professeurs de la Faculté de Médecine de Paris. Dans les deux voyages de la Recherche en Norwège et au Spitzberg pendant les années 1838 et 1839, il a eu l'avantage de prendre part à tous les travaux météorologiques de la commission scientifique dont il faisait partie. Il a manié les instruments, observé les aurores boréales, les halos, les anthélies, les phénomènes crépusculaires dans toute leur beauté; il a pu apprécier l'influence du climat sur la limite des neiges perpétuelles, les glaciers qui en descendent et la végétation qui les entoure. Durant l'hiver qui a séparé les deux expéditions, il a fait à Paris, avec le commandant Delcros, une série météorologique d'heure en heure, jour et nuit, correspondant à une partie de la série hivernale de MM Lottin, Lillishonk, Bravais et Silvestroem, à Bosekop, en Finnark, sous le 70° de latitude. Enfin, dans le but de comparer les phénomènes des contrées boréales avec ceux d'un climat analogue des latitudes moyennes résultant d'une grande élévation au-dessus du niveau de le mer, il a habité avec M. Bravais, du 16 juillet au 8 août 1841, cette même auberge du Faulhorn où M. Kaemtz avait déjà passé deux étés. Aussi M. Ch. Martins ne s'est-il pas contenté de traduire avec un style toujours clair et facile le cours de météorologie de M. Kaemtz, il l'a enrichi presque à chaque page de notes curieuses qui en font pour ainsi dire un ouvrage original. D'une part, il y a ajoute les extraits des travaux français et étrangers les plus remarquables qui ont paru depuis la publication de son livre ou qui lui avaient échappé; d'autre part, il l'a complété en révélant au monde savant un nombre considérable de faits nouveaux ou inédits qu'il a observés le premier ou que lui a communiqués l'amitié désintéressée de M. A. Bravais.
Le Cours complet de Météorologie est divisé en neuf chapitres, Le premier, intitulé Considérations sur la marche de la Température en général, traite du thermomètre, de la propagation de la chaleur, des saisons, de l'influence de la latitude sur la température, de la température des couches supérieures de l'atmosphère; le second et le troisième sont consacrés aux vents et aux météores aqueux. Dans l'un, nous apprenons à connaître la direction des vents, leur vitesse, leurs causes, leurs différences dans les diverse régions du globe, leur variabilité, leur mode de propagation et leurs propriétés physiques L'autre s'occupe des gaz et des vapeurs qui composent l'atmosphère, de la rosée et de la gelée blanche, du brouillard, des nuages, de la pluie, de la neige et de bizarres figures de ses flocons, etc.; le quatrième a pour titre: Distribution de la Température à la surface du Globe; le cinquième: Poids de l'Atmosphère; dans le sixième, l'auteur passe en revue les Phénomènes électriques de l'Atmosphère, la lumière électrique, la formation des orages, les éclairs, le tonnerre, la gelée, les trombes, les causes des orages; le septième contient l'analyse des Phénomènes optiques de l'Atmosphère autres que les Aurores boréales, qui remplissent le huitième tout entier; enfin le neuvième renferme de curieux détails sur les Phénomènes problématiques, tels que les pluies de sang, de soufre, de blé, d'animaux; le brouillard sec, les étoiles filantes, les aérolithes, etc.
Ce remarquable ouvrage est terminé par un appendice sur la Représentation graphique des tableaux météorologiques et des lois naturelles en général. M. Léon Lalanne, ingénieur des ponts et chaussées, a représenté d'une manière graphique, dans cet appendice, 42 tableaux numériques, sur 113, d'après le système de deux coordonnées rectangulaires et d'après un autre système à trois coordonnées dont il a le premier généralisé l'usage et dont il expose les principes. «Ces représentations graphiques, dit M Ch. Martins, sont un service immense rendu à la météorologie, car elles ont le triple avantage de peindre aux yeux les résultats numériques, de représenter les lois dont ils sont l'expression, et de faire voir, par l'irrégularité de certaines courbes, quelles sont celles qui ne représentent pas les lois naturelles et réclament un nombre d'observations plus considérables.
Catalogue général des livres composant les bibliothèques du département de la Marine et des Colonies; par M. Bajot, conservateur-général, inspecteur des bibliothèques,--Paris, de l'Imprimerie royale. 1838-43. 5 vol. grand in-8.
L'utilité des bibliothèques spéciales n'est pas douteuse. Un ouvrage rare sur une matière spéciale, possédé par un établissement qui n'a que peu de livres sur la même matière acquerrait un bien plus grand prix encore et serait appelé à rendre de plus fréquents services, s'il se trouvait transporté dans un dépôt qu'il viendrait souvent compléter. Mais ce déplacement, qui serait si utile, serait bien difficile à exécuter, car il faudrait, pour la réalisation de ce projet, obtenir le concours et la bonne intelligence d'administrations diverses, et l'entreprise est, nous le croyons bien, au-dessus des forces humaines. Les conservateurs des dépôts spéciaux font donc sagement de ne point attendre ces fusions qu'on leur a fait entrevoir comme des mirages, et de poursuivre, autant que les ressources de leurs établissements le leur permettent, le complément de leurs collections, sans compter sur les trésors qu'ils voient demeurer inutiles dans les mains de leurs confrères. En vain les rapports aux ministres, les rapports aux chambres viendront longtemps encore réclamer les mesures nécessaires pour mettre en valeur les richesses enfouies. Que les bibliothécaires ne comptent que sur leur zèle propre pour donner à leurs dépôts l'ensemble qui leur peut manquer.
M. Bajot conservateur-général des bibliothèques de la Marine, a entrepris un immense et remarquable travail dont les frais ont été portés au budget pendant plusieurs années successives et dont les commissions de la Chambre des Députés ont pressenti l'importance. Ce travail a été conçu avec beaucoup d'intelligence; il s'exécute avec un zèle, une persévérance et un savoir egalement rares. Cette publication se divisera en deux parties: le Catalogue et la Bibliographie.--Le Catalogue, aujourd'hui terminé, est l'inventaire, dans un ordre systématique, de tous les ouvrages renfermés dans les bibliothèques du département de la Marine, que ces ouvrages aient ou n'aient pas la marine pour objet. Il sert d'inventaire à chacune des bibliothèques des ports ou de Paris que possède le ministère de la Marine, et indique, par des initiales différentes, toutes les bibliothèques de ce département où se trouve l'ouvrage que l'un veut consulter, et le numéro d'ordre qu'il porte dans chacun de ces dépôts. Cette ingénieuse combinaison a, on le comprend, épargné l'impression de neuf catalogues, puisqu'un seul et même peut ainsi servir aux dix dépôts.--La Bibliographie se composera exclusivement, et dans l'ordre chronologique, de tous les livres de marine, qu'ils existent ou n'existent pas dans ces, bibliothèques.--Par le Catalogue, le département de la Marine connaît ses richesses en général: par la Bibliographie, il est averti des articles spéciaux qui lui manquent Cette indication excitera et dirigera le zèle et les recherches des bibliothécaires et des hommes dévoués, en même temps qu'elle sera utile aux hommes de travail, auxquels il est bon de faire connaître non-seulement tout ce que l'on possède, mais aussi ce que l'on devrait posséder, afin qu'ils cherchent par eux-mêmes à trouver ce qu'on est dans l'impossibilité de leur offrir.
L'œuvre de M Bajot doit lui mériter la reconnaissance de tous les bibliographes.--Puisse-t-elle aussi, lui donner des imitateurs.
Delille, les Jardins, nouvelle édition illustrée par Thénot. Un beau volume grand in-8. 33 gravures dont 15 sur acier. 15 livraisons à 1 fr.--Paris, 1843. Chapsal.
«Au moment où l'attention publique se porte plus que jamais vers tout ce qui a rapport à l'horticulture, nous avons cru, dit l'éditeur du volume que nous annonçons, devoir donner une nouvelle édition illustrée du poème qui a le plus contribué à ce mouvement, en réunissant sous une forme attrayante et ingénieuse les divers préceptes de l'art de composer les jardins, et en frappant du sceau du ridicule ce que le mauvais goût de quelques artistes du dernier siècle y avait fait introduire.
Les illustrations des Jardins, que rien en apparence ne rattache au poème, s'y trouvent cependant liées par un double but. D'abord, en reproduisant d'après nature et avec la plus grande exactitude possible les parcs et jardins les plus remarquables des environs et même de l'intérieur de Paris, M. Thénot essaye de prouver par des exemples que, contrairement à l'opinion de presque tous les écrivains qui se sont occupés des Jardins, les préceptes donnés par Delille pouvaient être et ont été en effet souvent mis en pratique, quelle que fût d'ailleurs l'étendue du terrain. D'un autre côté, il a voulu faciliter leur application aux artistes à venir en leur montrant les résultats des travaux exécutés par leurs devanciers. C'est également dans ce but qu'il a ajouté à la suite des notes un appendice sur l'art de corriger les défauts d'un terrain de peu d'étendue, et de dissimuler des perspectives lorsque l'emplacement n'en offre pas de véritables. Cet appendice résume avec clarté tout ce que les progrès de l'horticulture, depuis la mort de Delille, et les patientes recherches des botanistes voyageurs modernes ont ajouté dans ces derniers temps aux moyens déjà connus du vivant du poète.
Histoire, maritime de France; par Léon Guérin, avec 31 belles gravures sur acier, d'après les dessins de Gudin, Isabey, Abey, Tony Johannot, Marckl, Raffet, 2 gros vol. in-8 de 600 pages. Paris, 1843. Abel Ledoux, Prix: 7 fr.
«Ce que nous avons eu l'ambition, peut-être téméraire, d'offrir au public, dit M. Léon Guérin au début de son avant-propos, ce n'est pas seulement une histoire navale où ne se trouveraient que les combats livrés sur mer par les Français: c'est, comme l'indique notre titre, une Histoire maritime de France, renfermant, quoique en abrégé, celle de nos provinces, de nos villes de la côte; celle de la fondation, du progrès ou de la décadence de nos ports sur l'une ou l'autre mer; celle de nos navigations lointaines, de nos découvertes, de nos colonies tant perdues que conservées, et aussi, bien entendu, avec autant d'ampleur que les bornes de cet ouvrage le permettaient: celle de nos guerres, de nos combats, de nos diverses expéditions où la marine a joué un rôle, rattachant le tout à l'histoire générale du pays, comme au trône auquel il n'est rien qui ne doive tendre et venir se ramifier, pour acquérir un intérêt quelque peu philosophique. Une histoire de France par la marine en même temps que par les provinces et les villes maritimes n'avait aucun précédent, et c'est à sa nouveauté, sans doute, plus qu'au mérite de nos travaux, que nous devons l'heureux succès qui a accueilli notre ouvrage.»
Si flatté qu'il soit du succès avec lequel son histoire a été accueillie du public. M. Léon Guérin n'a pas, c'est encore lui qui le déclare, «l'outrecuidante vanité de la croire parfaite, et comment pourrions-nous l'avoir, ajoute-t-il, quand l'étude que nous avons été dans la nécessité de faire pour nous-mêmes, nous a amené à trouver plus d'une grave erreur chez des auteurs non moins consciencieux que nous, et beaucoup plus savants que nous n'avons la prétention de l'être.»
M. Léon Guérin est trop modeste, en vérité, pour que nous ayons le courage de lui adresser des reproches, soit sur son style, peut-être un peu trop négligé, soit sur les erreurs historiques qui auraient pu lui échapper. Nous nous bornerons donc à constater que l'Histoire maritime de France est aussi intéressante que consciencieuse; on y trouve réunis une masse énorme de faits disséminés auparavant dans une multitude d'ouvrages. Le premier volume commence par des détails curieux sur les premiers établissements maritimes des côtes de France et se termine à la paix de Nimegue. Le second comprend la fin du règne de Louis XIV, les règnes de Louis XV et de Louis XVI. M. Léon Guérin s'arrête aux dernières années du dix-huitième siècle. «Il a craint, dit-il, d'enlever à son ouvrage de l'autorité qu'il désire acquérir, en y rattachant d'une manière indissoluble le détail des événements contemporains, peut-être que le récit de faits encore si diversement appréciés et les biographies d'hommes qui, fort heureusement, ne sont pas encore tous descendus dans la tombe, ferait dégénérer l'histoire en mémoires N'y en eût-il pas d'autres, ce serait là, après mûres réflexions, une raison déterminante pour l'auteur de ne pas plus confondre que n'ont fait tous ceux qui ont écrit sur l'histoire de France en général une époque non encore entièrement terminée avec celles qui l'ont précédée.»
La gravure ci-jointe représente un des nouveaux pianos que MM. Collard et Collard viennent de terminer pour la reine d'Espagne et pour sa sœur l'infante. Le registre de ces instruments embrasse sept octaves, car il s'étend de A à A. Les sons en sont riches et puissants; le clavier est doux et facile.--Leur beauté rivalise avec leur qualité. Rien de plus magnifique que les ornements extérieurs qui les embellissent, Les cases sont en beau chêne anglais de premier choix. Les côtés se composent de panneaux décorés de sculptures dorées; trois pieds élégants et massifs, également sculptés et dorés, leur servent de support. Mais la lyre qui cache les cordes des pédales, le pupitre et les bougeoirs attirent surtout les regards par leur richesse.--En un mot, ces instruments font le plus grand honneur à leurs facteurs. Ils ont reçu avant leur départ pour l'Espagne de nombreuses visites. Nous ne craignons pas d'affirmer, avec les juges les plus compétents en pareille matière, que MM. Collard et Collard n'ont plus de rivaux à craindre dans la fabrication des pianos, ni en Angleterre, ni sur le continent.
Le cachemire, la fourrure et le velours sont les plus belles parures de la saison d'hiver; le cachemire surtout, que les Parisiennes ont une manière particulière de draper. Une femme de Paris ne drape pas un châle long aujourd'hui comme elle le drapait il y a cinq ans; à cette époque la pointe était posée droit; maintenant la richesse des bordures a fait une obligation de porter le châle presque carrément afin d'en laisser voir le dessin. Au reste, il est assez difficile d'expliquer ces différences-là, elles ne se décrivent et ne s'apprennent pas, et l'on peut dire, à l'imitation de Brillat-Savarin: Toutes les femmes s'habillent, mais peu savent s'habiller.
Les garnitures de rubans sont fort en vogue; le matin on porte une robe ornée de rubans sur les devants et au bord des manches demi-larges, dans le genre de celle que représente l'Illustration. Le soir, en petite toilette, encore une robe de soie en pékin satiné ou une robe de satin glacé, toute garnie de rubans aux manches, au corsage en forme de V, et à la jupe en tablier.
La passementerie, le velours et le ruban résument toutes les garnitures de robes de la saison.
Les parures du soir sont toutes en étoffes lourdes; l'heure des toilettes de bal n'a pas encore sonné.
Les petits bonnets marquises, les coiffures coquettes sorties des magasins de Lucy Hocquet parent chaque soir la foule élégante des Italiens ou de l'Opéra.
A l'une des dernières représentations de Maria di Rohan, on a principalement remarqué un charmant petit chapeau en velours, appelé Montpensier, avec une seule plume couchée. Mais le grand luxe de l'hiver, ce sont les fleurs naturelles en guirlandes, bouquets à la main et bouquets de corsage; quelquefois même, on remplace les fleurs artificielles d'un bouquet pur des fleurs naturelles.
Le costume de petite fille que nous donnons aujourd'hui est destiné à la parure du salon: la robe est en organdi avec deux petites broderies en laine de couleur; le corsage a un revers bordé de la même broderie; un rang de valencienne le garnit; une écharpe en soie de couleur remplace la ceinture.
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Corps de garde. Colonne de Juillet. 1 Canal Saint-Martin. 2 Rue de la Contrescarpe. 3 Boulevard Bourdon. 4 Cour de la Joiverie. 5 Rue de Charenton. 6 Rue du Faub.-S.-Antoine. |
7 Rue de la Roquette 8 Rue Ancelot. 9 Boulevard Saint-Antoine. 10 Rue Beausire. 11 Rue des Tournettes. 12 Rue Saint-Antoine. 13 Rue de la Cerisaie. |
Les bonnes font danser maintenant l'anse du panier avec un aplomb surprenant.