JE T'AI BIEN LONGTEMPS ATTENDU.

                 ROMANCE
        Paroles de M. Henri Blaze.
        Musique de M. Allyre Bureau.

        Au joli mois de renouveau
        Et des pâquerettes mignonnes
        Tous deux ensemble au bord de l'eau
        Nous devions tresser des couronnes
        Je l'ai bien longtemps attendu
        Hélas, hélas! Et tu n'es pas venu
        Nulle couronne n'est tressée.
        Et voilà la saison passée
        Voilà la saison passée.

        Que de fois tu m'avais promis
        De venir aux moissons prochaines
        Cueillir avec moi des épis
        De beaux épis mûrs dans les plaines
        Je t'ai bien longtemps attendu
        Hélas hélas et tu n'es pas venu
        Nulle gerbe n'est amassée
        Et voilà la saison passée
        Voilà la saison passée.

        Tu m'avais promis bien souvent
        Encor de venir à l'automne
        Faire de l'herbe au petit champ
        Hélas maintenant l'herbe est jaune
        Le temps est passé, l'heure sonne
        Le bonheur s'est évanoui
        Viens sur ma tombe pauvre ami
        Si tu veux faire une couronne
        Si tu veux faire une couronne.

                                   Procédés d'E. Duverger.


Monument élevé par les Écossais à la mémoire des Prisonniers Français.

Il y a trente ans environ, quatre ou cinq mille prisonniers français furent parqués au fond d'une petite vallée des environs d'Edimbourg, nommée Valleyfield. Ils y restèrent du 2 mars 1811 au 2 juin 1814, et trois cents y moururent. Le bassin de Valleyfield, entouré de collines boisées, et arrosé par la rivière Esk, avait été transformé en une prison provisoire. Une forte grille en bois en faisait le tour; à l'extérieur s'élevaient, en face l'un de l'autre, deux vastes et solides corps de garde défendus par une nombreuse garnison; et des sentinelles, les armes chargées, veillaient nuit et jour de distance en distance. L'intérieur se divisait en trois parties, comprenant deux casernes et un hôpital. Ce fut dans cet étroit espace que nos malheureux compatriotes passèrent trois ans et trois mois, sans pouvoir en sortir, n'ayant d'autres délassements que le jeu; aussi quelques-uns d'entre eux s'abandonnèrent à leur passion pour le jeu avec une sorte de frénésie, et vendirent pour la satisfaire tout ce qu'ils possédaient, même leur dernière chemise. Leur ration se composait, quatre jours par semaine, de poisson et de pommes de terre, les trois autres jours on leur donnait du bœuf et du mouton. L'uniforme de la prison était jaune, mais la plupart des prisonniers conservaient leurs uniformes avec le plus grand soin, et ils s'en paraient les jours de fêtes. Deux fois par semaine on leur permettait de tenir une sorte de marché dans l'intérieur de la prison; les plus industrieux fabriquaient des tabatières avec des os sculptés, ou des boîtes avec des brins de paille tressés, et ils réalisaient souvent avec le produit de cette vente des bénéfices considérables. Lorsqu'ils obtinrent leur mise en liberté, trois cents manquèrent à l'appel, qui étaient morts de privations et de chagrin sur la terre d'exil. Les habitants

de Valleyfield et des environs ont élevé dernièrement, à mémoire de ces prisonniers de guerre français, le petit monument que représente la gravure ci-jointe. La noble et touchante inscription gravée, sur ce monument, et dont nous donnons la traduction littérale, nous dispense de tout commentaire:

THE MORTAL REMAINS
OF 300 PRISONERS OF WAR
WHO DIED
IN THIS NEIGHBOURHOOD
BETWEEN THE 2ND OF MARCH 1811 AND THE 20TH JUNE 1814
ARE INTERRED NEAR THIS SPOT.

CERTAINS INHABITANTS OF THIS PARISH
DESIRING TO REMEMBER
THAT ALL MEN ARE BRETHERN
CAUSED
THIS MONUMENT TO BE ERECTED
AT VALLEYFIELD NEAR EDINBURG.

«Les restes mortels de 300 prisonniers de guerre, qui sont morts dans ce voisinage, entre le 2 mars 1811 et le 2 juin 1814, sont ensevelis près de ce lieu.

«Quelques habitants de cette paroisse, désirant rappeler que tous les domines sont frères, ont fait élever ce monument à Valleyfield, près d'Edimbourg.»



Bulletin bibliographique.

Bibliothèque dramatique de M. de Soleinne; Catalogue rédigé par P.-L. Jacob, bibliophile. Tome I.--Paris, 1843. In-8º.

Dans le dernier des excellents rapports qu'en sa qualité d'inspecteur-général des monuments historiques, M Mérimée adresse chaque année à M. ministre de l'intérieur, il déplore l'impuissance où le gouvernement se trouve, faute de fonds suffisants votés par les Chambres, d'acquérir les objets d'art d'un certain prix ou les précieuses collections qui sont mis en vente, et qu'on a ainsi le regret, la douleur de voir passer à l'étranger ou être dissémines. Jamais pareille douleur ne put être plus légitime, regrets plus amers, qu'en voyant annoncer la vente, article par article, d'une bibliothèque toute spéciale et admirablement complète, qu'un homme éclairé, infatigable et prêt à tous les sacrifices, a passé sa vie entière à former dans un temps dont les conditions ne se reproduiront jamais, pour qui aurait la résolution de consacrer sa vie et sa fortune à entreprendre la même œuvre. Encore un peu, et il ne restera plus rien de l'espèce de monument qu'avait élevé M. de Soleinne; il ne restera qu'une volonté méconnue, celle qu'il a maintes fois manifestée à ses amis, la volonté que sa collection ne fût pas dispersée après sa mort; il ne restera enfin que le Catalogue que nous allons examiner tout à l'heure, et qui, nous le craignons bien, lui eût paru aussi étrange que la vente qu'il annonce lui aurait semblé sacrilège.

Comment procède-t-on à cette vente et comment la famille de M. de Soleinne, qui n'ignore pas sa volonté constante et tant de fois par lui exprimée, a-t-elle pu se déterminer à prendre ce parti? C'est ce que le rédacteur du Catalogue s'est chargé d'expliquer et de justifier dans une préface. Nous ne savons si c'est la faute de l'avocat ou celle de la cause, mais, les explications nous ont paru bien peu satisfaisantes et la justification bien incomplète. «M. de Soleinne, y est-il dit, n'avait point d'enfants, en eût-il eu d'ailleurs, il ne leur eût pas laisse la libre disposition de sa bibliothèque.» En vérité, après cette déclaration ou cet aveu, il fallait renoncer à espérer nous persuader que des collatéraux pussent consciencieusement se croire un droit que la confiance d'un père n'eût point délégué à un fils.

«Il avait eu, reprend le rédacteur, le projet de léguer cette bibliothèque au Théâtre-Français et d'attacher une rente perpétuelle pour son entretien et pour sa continuation. C'était là un projet favori dont il fit part plus d'une fois à ses amis et a plusieurs secrétaires du Théâtre-Français.» Voila un dessein connu de la Famille, et un dessein favori. Savez-vous pourquoi elle ne le respecte pas, et pourquoi, au dire de la préface, M. de Soleinne, qui fut, comme chacun sait, surpris par une mort foudroyante, ne l'a pas réalisé? C'est que M. le baron Taylor, cet ardent régénérateur de notre scène française, remit ses pouvoirs de commissaire-royal auprès du Théâtre-Français, et qu'alors il ne pouvait plus y avoir, il n'y avait plus, sous la surveillance d'un autre, de suffisantes garanties de bonne administration. Que M. le rédacteur et que la famille au besoin se rassurent! Celui qui écrit ces lignes a beaucoup connu M. de Soleinne et l'a vu beaucoup plus habituellement qu'eux, M. de Soleinne, qui appréciait parfaitement les homme, n'a jamais pris au sérieux l'administration de M. le baron Taylor, et, mieux renseigné que l'auteur de cette préface, qui, pour le besoin de sa cause, lance des accusations que rien ne justifie, il savait parfaitement, au contraire, que ce n'est que depuis que M. le baron Taylor est passé à quelque autre régénération, que les archives de la Comédie. ont été classées; que la rentrée du registre de La Grange, prête depuis quinze ans, a été poursuivie et obtenue; que les registres de la Thorillière, qui n'en sont jamais sortis, ont été soigneusement inventorié et qu'enfin l'ordre a commencé à succéder au chaos. Voila ce que savait M. de Soleinne, homme sérieux et réfléchi, qui ne se formait jamais une opinion sans voir, et ne se prononçait que sur ce qu'il savait.

Mais enfin, suivons la préface, M. de Soleinne, dit-elle, avait tourné les yeux vers la Bibliothèque du Roi. Il hésita un instant, en songeant qu'elle reçoit mauvaise compagnie; mais toutefois il persévéra dans cette intention, à condition que sa collection serait séparée des autres de local, d'administration et de destinée.

Il attendait encore pour formuler ses dispositions testamentaires: il voulait savoir d'abord si la Bibliothèque du Roi ne serait pas bouleversée dans un déménagement général, et si on la mettrait du moins à l'abri des chances d'incendie; il hésitait toujours à prendre une décision définitive et irrévocable... lorsqu'il fut frappé d'apoplexie le 5 octobre 1842.»

Croirait-on qu'après ses aveux que nous avons transcrits, après les incroyables excuses que nous venons de rapporter, la préface a le courage d'ajouter: «Les héritiers de M. de Soleinne ont bien vivement regretté qu'il n'eût pas, dans un testament, disposé de cette précieuse collection; ils eussent voulu pouvoir se conformer au vœu de M. Soleinne. En vérité, c'est là le langage d'une comédie de Molière dont M. de Soleinne possédait plus d'un exemplaire. Nous comprenons l'avocat d'un héritier venant dire: «Notre parent est mort, sa fortune est à nous. Il en voulait disposer, il ne l'a pas fait: nous entendons la garder.» C'est un langage franc et net; c'est le droit dans toute sa force et dans toute sa sincérité, personne n'y trouverait rien à reprendre. Mais vouloir nous faire croire à une douleur ainsi jouée et qu'il serait trop facile, à celui qui prétend la ressentir, de faire cesser pour qu'on puisse la croire un seul instant sincère, en vérité c'est faire bon marché de son respect pour l'homme dont on hérite, et du bon sens des lecteurs. Ouvrez-donc vos enchères sans fausse honte; nous allons, nous, ouvrir le Catalogue.

Les premières lignes nous apprennent qu'il devait d'abord être dressé par M. Merlin: mais ce libraire instruit et consciencieux a demandé deux années pour faire ce travail, comme il fait tous ceux dont il se charge, avec soin.. Dans l'impatience d'entendre retentir la voix du crieur public et de voir s'allumer les chandelles du commissaire-priseur, on s'est alors adressé au bibliophile Jacob, qui, lui, n'a demandé que six mois pour fournir un catalogue et un plaidoyer de sa façon. L'œuvre lui a été adjugée. Le premier volume a déjà paru, enrichi de notes qui, suivant la modeste déclaration de leur auteur, «ont été rédigés pour servir de complément au Nouveau Manuel du Libraire, de M. Brunet.»

Nous n'avons jamais lu les romans--de M. le bibliophile Jacob. C'est un tort que nous confessons et qui est d'autant moins pardonnables qu'ils portent sur leur faux titre: Collection des chefs-d'œuvre de l'Esprit humain; nous ne les avons jamais lus, mais nous sommes portés à croire que l'auteur sera difficilement arrivé à y faire preuve de plus d'imagination qu'il en a montré dans ce Catalogue, qui peut laisser à reprendre; sous le rapport de l'exactitude et de la réserve bibliographiques, mas qui doit être considéré comme un livre à part sous celui de l'invention.

Il y a quinze ans qu'un bibliophile académicien, procédant à la vente de sa bibliothèque, eut l'idée, pour donner du prix aux articles qui la composaient, de faire suivre presque tous de petites notes ou il déclarait chacun de ses volumes unique. Cela était bien pardonnable; il en coûte de se séparer de ses livres, et, par ce moyen, on espère qu'il en coûtera plus encore à ceux qui les achèteront. On eut la cruauté dans un recueil, la Revue française, de signaler cet innocent charlatanisme et d'indiquer les bibliothèques diverses dans lesquelles se trouvaient des frères de ces enfants uniques. Avec une collection aussi réellement précieuse que celle de M. de Soleinne, ce procédé n'était pas rigoureusement nécessaire. On n'y a pas cependant complètement renoncé; mais un relevé du genre de celui de la Revue aurait peu d'attraits pour nos lecteurs.

Aiment-ils mieux la logique? Voici un exemple de celle du Bibliophile Jacob. Page 119, n. 618, se trouve enregistrée la réimpression d'une Moralité le seul exemplaire connu de l'édition primitive, acheté six sous sur un quai de Rouen par un curé normand, a été acquis avec empressement, moyennant 800 fr., par la Bibliothèque du Roi. «Le savant M. Van Pruet vivait alors» s'écrie le rédacteur du Catalogue; ce qui veut dire, vous le comprenez, que les conservateurs actuels sont des ignorants qui ne sauraient pas apprécier un pareil trésor et se résoudre à un sacrifice pour le posséder. Et plus, sans transition, le rédacteur ajoute: «Nous sommes le premier qui ayons émis des doutes sur l'authenticité de cette édition; nous déduirons ailleurs les motifs de ces doutes, pour démontrer que l'exemplaire unique a été fabrique de nos jours avec de vieux caractères, d'après un manuscrit.» Mais, en vérité, que devient donc dans ce cas la réflexion; «Le savant M. Van Pruet vivait alors!» si vous ne lui faites jouer que le rôle d'un niais qui s'est laissé prendre l'argent de la Bibliothèque, et que la science n'a pas su, à votre avis, mettre en garde contre une mystification?

Ce Bibliophile Jacob nous disait tout à l'heure qu'il avait rédigé ses notes pour servir de complément au nouveau Manuel du Libraire de M. Brunet. Sa manière n'est cependant pas le moins du monde celle de ce bibliographe. Ainsi il dit, lui, habituellement, comme à la page 254 n. 1150: Nous croyons avoir ouï-dire... ou, page 19, n. 124; Je crois avoir lu... ou, page 121, n. 632: N'avons nous pas lu quelque part?... Nous n'en savons rien du tout. Mais M. Brunet a l'habitude de dire: «On lit à telle page de tel ouvrage, etc.» Cela est peut-être un peu positif mais il faut convenir aussi que c'est bien commode.

Le Bibliophile Jacob se borne à dire qu'il est le continuateur de M. Brunet, qu'il enterre par là; c'est infiniment trop de modestie. Il aurait pu ajouter: et de M. Barbier, car il est impossible de dépister plus adroitement les anonymes qu'il ne le fait. Avec lui, il n'est pas de voile qui ne se déchire, pas de paternité qui ne soit recherchée, et trouvée. Quelquefois il attend l'avis de son lecteur auquel il demande (p. 290, n. 1284): «Ne faut-il pas attribuer cette tragédie à mademoiselle F. Paschal?» Quelquefois il est plus sûr de son fait et il vous dit (p. 134, n. 680): «Si Villon n'a pas fait ces vers, il n'y a que Clément Marot qui ait pu les faire.» Vous avez le choix! mais ne sortez pas de là. Comme encore (p. 34, n. 216); «La traduction est certainement ou de Jean Crespin, ou d'Antoine Chaudieu, ou de Théodore de Beze.» Ici vous avez, un peu plus de quoi vous retourner. Là où il vous donne latitude complète, c'est quand il vous dit, comme page 19, n. 124: «Cette traduction doit être de Nicolas Oresme (pourquoi pas!) ou de Christine de Pisan (cela est possible), ou d'un autre.» Cela est encore plus vraisemblable. De même page 134, n. 671: «On peut croire que l'éditeur était Barbazan ou quelque autre.» Y a-t-il quelqu'un d'assez hardi s'appelât-il La Palisse, pour soutenir le contraire?

Personne n'échappe aux distributions d'enfants trouvés par le bibliophile Jacob. Molière lui-même reçoit le sien; page 262, n. 1180: «Nous croyons donc que cette pièce est de Molière,» et il s'agit de cinq actes, par ma foi! Avis donc aux gens qui n'ont pas encore fait relier leur exemplaire de Molière.

Vous savez qu'on n'avait jamais pu trouver que des signatures de Molière; M. de Soleinne le croyait comme nous. Eh bien! pas du tout; le Bibliophile Jacob n'a eu qu'à mettre le nez dans cette bibliothèque, où M. de Soleinne n'avait bien su voir, pour découvrir aussitôt une foule d'autographes de notre premier comique; page 295, n. 1296, il en trouve trois; page 251, n. 1147, il imprime en grandes majuscules: «VOICI DONC ENFIN UN AUTOGRAPHE DE MOLIÈRE.» En vérité le Bibliophile Jacob nous paraît avoir entrepris de régénérer la bibliographie comme l'a fait, pour la Comédie Française, cet autre régénérateur, M. Taylor.

Mais nous avons dépassé l'espace qui nous était accordé. Nous n'avons plus qu'un avis à donner à M. le Bibliophile Jacob. Dans le cas où la famille de M. de Soleinne, pour charmer sa douleur, se déterminerait à donner cette collet lion à la bibliothèque de l'Arsenal, qui possède déjà la collection théâtrale de M. de Paulmy, nous prévenons le rédacteur de ce Catalogue qu'il doit éviter une erreur dans l'adresse. La bibliothèque de l'Arsenal n'est pas, comme il le dit page XIV de la préface, l'ancienne bibliothèque du comte de Provence, mais celle du comte d'Artois. Si ce n'est lui, c'est donc son frère. T.

Le Livre des Mères de famille et des Institutrices sur l'éducation pratique des Femmes; par mademoiselle Nathalie de Lajolais; deuxième édition. Ouvrage couronné par l'Académie française.--Paris, 1843. Didier. 1 vol. in-18. Prix; 3 fr. 50 c.

Le livre des Mères de famille et des Institutrices sur l'éducation pratique des Femmes, dont la deuxième édition forme un joli volume in-18, renferme cinq parties distinctes:

La première qui comprend vingt-trois chapitres traite des caractères de certains penchants à peu près communs à l'enfance, et de la manière dont il faut redresser ou diriger ces penchants défectueux.

La seconde, sous le titre d'Éducation physique, tend à faire ressortir la nécessité et les moyens de perfectionner les sens. Par ces moyens, l'auteur entend: les soins de propreté, l'observation des règles d'hygiène, selon la nature du tempérament, divers exercices corporels, l'étude de la musique et du dessin, l'application de l'intelligence à divers jeux usités dans les récréations.

La troisième entre dans tous les détails de l'éducation intellectuelle; elle indique le mode de culture le plus convenable, c'est-à-dire le plus approprié à la nature et au degré d'intensité de chaque faculté. L'intelligence comprend: l'esprit, la mémoire l'imagination, le jugement, la volonté.

La quatrième embrasse l'éducation de l'âme. Après avoir présenté l'analyse des facultés innées, elle marque la direction qu'il faut donner nécessairement à ces facultés, qui sont: le sens moral, l'amour du beau, le sentiment de l'infini, la raison ou l'amour du vrai, la conscience ou le sentiment de la justice.--La religion, intimement liée à l'éducation de l'âme, fait la matière spéciale d'un chapitre dans cette quatrième partie.

La cinquième et dernière résume tout ce qui a rapport directement à l'instruction des femmes. L'instruction y est considérée sous un double point de vue: celui de l'instruction essentielle et celui de l'instruction complète ou perfectionnée.

Le chapitre de l'enseignement des sciences présente chaque branche de connaissances divisée en deux parties distinctes, savoir: la science positive, matérielle ou sensible, et la science spéculatrice ou morale. Pour l'une, sont indiqués les bons livres élémentaires à mettre entre les mains des enfants, les livres utiles aux mères et aux institutrices, et la marche progressive à suivre dans l'enseignement; pour l'autre est indique l'esprit dans lequel chaque connaissance doit être acquise, afin que toutes réunies, les sciences convergent vers un point d'unité propre à élever puissamment l'esprit et le cœur.

Dans le dernier chapitre du livre, les arts sont traités de manière à ce que l'artiste et l'amateur puissent appliquer à leur travail ou à leur étude spéculative une méthode raisonnée.

Le rapport lu par M. Jay à l'Académie Française, le 17 juin dernier, sur les ouvrages les plus utiles aux mœurs, contenait le passage suivant:

«Il me reste à vous faire connaître l'ouvrage que votre commission a jugé digne de partager le prix. C'est un livre sur l'éducation des jeunes filles, par mademoiselle Nathalie de Lajolais. De grands esprits se exercés sur ce sujet, qui intéresse au plus haut point la société et ceux qui sont chargés de sa direction; Fénelon lui-même est descendu des hauteurs de son génie pour traiter ce même sujet avec la sagesse et l'onction pénétrante qui le caractérise. Mais la société n'est pas immobile: le temps amené dans les mœurs, dans les habitudes sociales, des modifications inévitables qui exigent de nouvelles études et de nouvelles appréciations. Les principes généraux restent les mêmes; mais l'application, les méthodes, subissent des transformations qu'il est utile de suivre et de déterminer.

«Tel a été le but de mademoiselle Nathalie de Lajolais. Ce n'est point de la théorie, c'est de la pratique, et cette pratique est le fruit de sa propre expérience; elle indique les moyens les plus propres à guider les jeunes personnes des les premiers pas dans la vie intellectuelle, à éclairer leur esprit, à fortifier leur raison, à leur faire aimer les devoirs de la religion, enfin à les rendre capables de surveiller un jour elles-mêmes un ménage, une jeune famille et de fixer le bonheur au foyer domestique.

«Je regrette que l'étendue du rapport dont votre commission m'a chargé ne me permette pas d'entrer dans plus de détails sur l'ouvrage de mademoiselle Nathalie de Lajolais. Le style est ce qu'il doit être, correct, naturel, et souvent gracieux. La récompense que je vous propose de lui décerner ne sera de votre part qu'un acte de justice.» X.

Histoire de la Confédération suisse; par Jean de Muller, Robert Gloutz-Blozheim et J.-J. Hottinger, traduite de l'allemand, avec des notes nouvelles, et continuée jusqu'à nos jours, par MM. Charles Monnard et Louis Vulhemin. Jusqu'ici 13 vol. in-8; l'ouvrage en aura 16.--Paris, Th. Ballincore, éditeur.

Le Français est devenu touriste, et la Suisse est une des contrées qu'il préfère. Il visite et parcourt les profondes Vallées, il gravit les monts escarpés, il franchit les cols sauvages, il s'arrête à Lausanne; Lausanne la ville des oisifs et des lettres, la ville des heureux qui savent l'être par la contemplation rêveuse ou le recueillement studieux. J'étais donc Lausanne depuis quelques jours, et je me promenais, avec l'obligeante permission du maître sous les ombrages magnifiques de Mon-Repos, cette villa pour moi si bien nommée. J'achevais, dans ces paisibles allées, la lecture du treizième volume de l'Histoire suisse, qui en aura seize quand M. Monnard aura terminé la part dont il s'est chargé, le volume que j'avais en main était le dernier des trois que nous devait son collaborateur M. Vulhemin. J'admirais que d'un centre littéraire si modeste fût sortie une œuvre aussi considérable que celle à laquelle ces deux savants ont consacré tant d'années. «Mais quel appui, me disais-je, soutient cette vaste publication? Seize volumes in-8 très-compacts sur l'histoire d'un petit peuple. Muller, Gloutz-Blozheim. Hottinger traduits tout entiers, puis trois volumes de M. Vulhemin sur l'époque de la Réformation et des guerres de religion, jusqu'en 1712. et trois volumes de M Monnard des cette époque jusqu'à nos jours! Et ces ouvrages sont trop sérieux pour obtenir un succès de fantaisie; ils ne peuvent s'adresser qu'aux lecteurs graves... «Eh bien! ces lecteurs se sont trouvés, et cette patriotique entreprise sera conduite à bonne fin, et il viendra prochainement un jour où les conservateurs de bibliothèques découvriront avec peine, un exemplaire de l'œuvre monumentale qui fait honneur à la ville qui la voit s'accomplir.» Comme je me livrais à ces réflexions, je rencontrai au détour d'une allée un vieillard à la figure expressive; il y avait une rare finesse dans sa bouche et dans son regard. Je le saluai, et, encouragé par un sourire bienveillant et quelques paroles pleines de courtoisie, j'entrai en conversation. Nous fûmes bientôt sur le sujet dont j'étais plein: le volume que je portais en fut l'occasion naturelle. Après m'être répandu en éloges sur la consciencieuse fidélité des traducteurs, sur la science, le charme et l'originalité des trois derniers volumes dont M. Vulhemin est l'auteur, je revins aux réflexions que m'avait suggérées l'importance même de l'ouvrage. Que d'avances nécessaires! quels généreux sacrifies pour rendre possible une telle publication. «A qui, monsieur, les Suisses en sont-ils redevables?» Le vieillard ne répondit rien à ma question et me dit en souriant: «Venez dîner demain chez moi avec les auteurs.--Chez qui, monsieur, aurai-je l'honneur de dîner?--Chez. M. Perdonnet; ici, à Mon-Repos, à cinq heures, et soyez exact, s'il vous plaît.» Le lendemain, à cinq heures précises, nous, étions à table, et je passai une des plus agréables soirées dont il me souvienne. Savoir, politesse, nobles sentiments, admiration sincère pour les hommes que la France admire; avec cela une profonde connaissance de la Suisse, un ton d'indépendance républicaine sans jactance: voilà ce que je trouvai dans la société quelques hommes d'élite que la France littéraire fera bien de réclamer comme siens. Il y a plaisir d'être juste envers des hôtes si polis et si bienveillants. Je reconnus bientôt que le patron du grand ouvrage publié par MM Monnard et Vulhemin était M. Perdonnet lui-même. Il me pardonnera de signaler ici un acte de munificence éclairée, digne de servir d'exemple. Sans doute le succès de l'entreprise limitera le service du riche à une avance de fonds; mais sont-ils nombreux les riches qui veulent bien aller jusque-là? Ce trait est une page pour le livre. L'histoire de la Suisse a été souvent celle des généreux sacrifices; et à celui de tout les auteurs de leur temps, de leurs forces, de leur vies, sans attendre d'autre prix que la reconnaissance de leurs concitoyens, il convient de joindre celui de leur ami, qui les aide à mettre, en lumière des travaux si dignes de l'attention de l'Europe.




Corps de garde de la Bastille.

Plan de la place de la Bastille.


Amusement des Sciences,

SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSÉES DANS L'AVANT-DERNIER NUMÉRO.

I. La figure que nous donnons ici est la coupe longitudinale de la table et de l'appareil employés pour maintenir le seau à l'état d'équilibre.

A est la tablette qui forme le dessus de la table; CBD est le. bâton auquel ou suspend le seau par son anse HF, de telle sorte que cette anse soit inclinée et que le milieu du seau soit en dedans du rebord de la table. GFE est un autre bâton que l'on a coupé d'une longueur telle qu'en l'appuyant contre l'angle intérieur G du seau, contre son bord supérieur F et contre une entaille pratiquée un E au-dessous du premier bâton CD, il maintienne l'axe, du seau vertical. Il est facile de voir que ces dispositions donneront lieu à un équilibre parfait.

Car d'abord, en supposant l'anse I H maintenue dans la position inclinée qu'on lui a donnée, le seau, ayant son axe vertical, serait en équilibre, et pour donner une fixité complète à cette position de l'anse par rapport au seau, le bâton G F E suffit évidemment. Il ne reste donc plus qu'une condition à remplir: c'est que le bâton C D ne tende pas à basculer ni à glisser le long de la table A. Or, on y a satisfait évidemment en ayant eu soin d'incliner assez le seau pour que son axe, qui est vertical, ne tombe pas en dehors du bord de la table.

On peut exécuter, d'après le même principe, quelques autres tours du même genre.

Soit, par exemple, un crochet recourbé DFG, comme on le voit sur la gauche de notre figure, portant un poids G. Ce crochet ainsi chargé sera tenu en équilibre, si on pose au-dessous de son extrémité supérieure un petit bâton ou un bout de planche de telle sorte que la verticale, passant par le point de suspension du poids G, tombe en dehors du rebord de la table par rapport au point où pose le crochet. Ainsi, le petit bâton, qui, sans cela, aurait pu tomber, est maintenu par le poids même dont on le charge à l'aide du crochet.

On voit, dans ce qui précède, la solution d'un problème de mécanique appliquée, paradoxal en quelque sorte: «Un corps tendant à tomber par son propre poids, l'empêcher de tomber, en y ajoutant un poids précisément du côté où il tend à tomber.» Tout l'artifice consiste à faire réellement agir le poids que l'on ajoute en sens contraire de celui où il est ajoute.

II. Il est évident que pour que la chose soit possible, il faut que ces femmes vendent au moins à deux différentes fois et à différents prix, quoiqu'à chaque fois elles vendent toutes ensemble au même prix; car, si celle qui avait le moins de perdrix en a vendu un très-petit nombre au prix le plus bas et qu'elle ait vendu le surplus au plus haut prix, tandis que celle qui en avait le plus grand nombre en avait vendu la plus grande partie au plus bas prix et n'a pu en vendre qu'un petit nombre au plus haut, il est clair qu'elles auront pu faire des sommes égales. Il s'agit donc de diviser chacun des nombres 10, 25, 30, en deux parties telles que, multipliant la première partie de chaque par le premier prix, et la seconde par le second, la somme des deux produits soit partout la même.

Ce problème est indéterminé et susceptible de dix solutions différentes. Il est d'abord nécessaire que la différence des prix de la première et de la seconde vente soit un diviseur exact des différences 15, 20, 5, des trois nombres de perdrix donnés. Or, le moindre diviseur de ces trois nombres est 5; c'est pourquoi les prix doivent être 6 et 1 décimes, ou 7 et 2 décimes, ou 8 et 3 décimes, etc.

En supposant que les deux prix soient 6 et l'on trouve sept solutions différentes, comme on le voit dans le tableau suivant:

        Première vente           Deuxième vente        Prod. lot.

        1re femme 4 perdrix à 6 dec.  6 perdrix à 1 dec. 30 dec.
        2e        1                  24                  30
        3e        0                  30                  30

        Ou bien:
        1re femme 5                   5                  35
        2e        2                  23                  35
        3e        1                  29                  35

        Ou bien:
        1re femme 6                   4                  40
        2e        3                  22                  40
        3e        2                  28                  40

        Ou bien:
        1re femme 7                   3                  45
        2e        4                  21                  45
        3e        3                  27                  45

        Ou bien:
        1re femme 8                   2                  50
        2e        5                  20                  50
        3e        4                  26                  50

        Ou bien:
        1re femme 9                   1                  55
        2e        6                  19                  55
        3e        5                  25                  55

        Ou bien:
        1re femme 10                  0                  60
        2e         7                 18                  60
        3e         6                 24                  60

Si l'on suppose que les deux prix soient 7 et 2, on aura encore les trois solutions suivantes:

        Première vente           Deuxième vente        Prod. lot.

        1re femme 8 perdrix à 7 dec.  2 perdrix à 2 dec. 60 dec.
        2e        2                  23                  60
        3e        0                  30                  60

        Ou bien:
        1re femme 9                   1                  65
        2e        3                  22                  65
        3e        1                  29                  65

        Ou bien:
        1re femme 10                  0                  70
        2e         4                 21                  70
        3e         2                 28                  70

Il serait inutile d'essayer 8 et 3 et tout autre nombre; on n'en pourrait tirer aucune solution.

NOUVELLES QUESTIONS À RÉSOUDRE.

I. On demande combien de combinaisons comporte l'opération qu'on appelle donner au jeu de piquet.

II. On demande le nombre de manières dont il est possible que le sort repartisse les membres de notre Chambre des Députés dans les bureaux dont se compose cette Chambre.

III. On demande: 1° un moyen certain de reconnaître les balances frauduleuses, qui paraissent justes vides aussi bien que chargées de poids inégaux; 2º le principe sur lequel ces balances sont fondées; 3º une méthode certaine pour se faire donner un poids exact, quel que soit l'état de la balance employée.



Rébus.

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.

Après l'Hymen, l'Amour s'enfuit.