Le camp des «Eclaireurs de France» et de leurs camarades
étrangers près de la Grande-Chartreuse.
Phot. Matin.


Eclaireurs dressant leur tente.

La toilette du matin à la fontaine.
--Phot. Ramtaud.

LES «ÉCLAIREURS DE FRANCE» EN DAUPHINÉ

Sous les auspices de la section grenobloise des Eclaireurs de France et de notre excellent confrère le Matin, attentif, toujours, à toutes les manifestations où le sentiment patriotique est intéressé, se tient, en ce moment, une première fête internationale des «Eclaireurs», dans l'une des régions les plus parfaitement pittoresques, les plus variées, les plus attirantes qui soient en France: en Dauphiné.

Par le Matin, nous sommes tenus, au jour le jour, au courant des faits et gestes de ces enfants alertes et débrouillards, accueillis avec une touchante sollicitude qui est allée jusqu'à prévoir le service religieux «pour les différents cultes». Ç'a été d'abord, après la réception officielle à Grenoble, l'installation du camp, à Saint-Pierre-de-Chartreuse, en face de l'Alpe dominatrice, et la joie divine d'édifier de ses mains son toit de toile; puis, dimanche, «une fête du camp», avec les tentes parées de guirlandes et de festons, et une visite à la Grande-Chartreuse, des excursions en montagne, et des jeux, et des sports,--enfin, huit jours de vie d'initiative, d'émulation, de fraternelle solidarité, de vie saine et bienfaisante sous la tente ou «au foin!», tour à tour dans les nobles futaies, du côté de la Chartreuse, et dans l'Oisans et l'Alpe d'Huez plus sévères.




Sophonisbe (Mme Bartet) et Massinissa (M. Albert Lambert). (Acte II, Scène III.)

L'entrevue de Sophonisbe (Mme Bartet) et de Syphax prisonnier (M. Mounet-Sully), en présence de Scipion (M. Raphaël Duflos). (Acte III, Scène V.)


La mort de Sophonisbe. (Acte IV, Scène dernière.)
--Photographies Bert, prises aux répétitions sur la scène de l'Opéra-Comique.

LES GRANDS TRAGÉDIENS DE LA COMÉDIE-FRANÇAISE INTERPRÉTANT «SOPHONISBE», DE M. ALFRED POIZAT

Sophonisbe, tragédie en quatre actes, de M. Alfred Poizat, que La Petite Illustration publie d'autre part, a été remarquablement mise à la scène par la Comédie-Française qui vient de l'inscrire à son répertoire. Mais, avant d'offrir ce spectacle à ses abonnés, elle en aura donné la première représentation devant le Mur d'Orange. Les trois scènes que nous en reproduisons ont été prises au cours des répétitions sur le «plateau» de l'Opéra-Comique où la Comédie-Française a transporté momentanément ses pénates. C'est pendant la seconde guerre punique, à Cirta, Sophonisbe, qui, pour des raisons politiques, dut épouser, naguère, le vieux roi Syphax, n'a pas cessé d'aimer Massinissa, le guerrier numide qui, par dépit, a contracté alliance avec Scipion, le chef de l'armée romaine. Il vient d'entrer victorieux dans la ville comme on annonce à la reine que Syphax, son époux, a succombé sur le rempart. Retrouvant Sophonisbe, il lui exprime son amour et lui fait jurer de l'épouser. Mais Scipion s'oppose, au nom de Rome, à ce mariage et, comme Sophonisbe lui résiste, il commande qu'on amène Syphax qui n'est pas mort mais seulement prisonnier des Romains. Alors, ne pouvant se résoudre à sacrifier un de ses époux à l'autre, Sophonisbe ne voit de solution que dans la mort. Elle boit la ciguë et expire devant Massinissa et Scipion.




Le colonel Repond, commandant de la garde suisse pontificale.

La relève des sentinelles aux portes du Vatican.

Le capitaine Glasson, instructeur des recrues de la garde, démissionnaire.

UNE MUTINERIE AU VATICAN

Notre correspondant de Rome nous écrit:

Rome, 26 juillet.

Un beau soleil de juillet inonde la cour de Sainte-Anne, quartier de la garde suisse pontificale. Près des portes, dans leur pittoresque costume noir, jaune et rouge dessiné par Raphaël, les soldats veillent. Le calme règne sur toute chose et l'on hésiterait à penser que l'on sort à peine d'un pronunciamiento.

En effet, pendant sept jours la rébellion a sévi dans la troupe que commande le colonel Repond, et dont L'Illustration l'an dernier (numéro du 8 juin 1912), à l'occasion de l'assermentation des recrues, disait la belle tenue martiale.

Le mardi. 17 juillet, au moment de prendre la garde, 21 soldats déclarèrent refuser de marcher tant que leur instructeur, le capitaine Glasson, neveu du colonel Repond, ne serait pas licencié. Sur l'ordre de leur major, ils obéirent néanmoins, après avoir reçu l'assurance que le cardinal Merry del Val, chef suprême de l'armée pontificale, serait informé de l'incident.

Deux heures après, le capitaine Glasson quittait le Vatican en congé illimité.

On eût pu croire que tout était terminé, mais les mutins, conduits par quelques jeunes recrues turbulentes, voulurent davantage. Ils firent remettre au Saint-Père un mémoire demandant, en particulier, la réduction des exercices--pour lesquels ils revêtent une tenue moins somptueuse que leur uniforme de parade--la nomination des officiers parmi les sous-officiers du corps, et enfin l'autorisation de fréquenter les osterie du Borgo, dont l'accès leur avait été interdit par le colonel Repond.


   Le drapeau pontifical et sa garde.

Dimanche matin, au rapport, le colonel ayant annoncé que les rebelles seraient punis, des scènes regrettables se produisirent, et l'on jugea prudent de retirer aux mutins fusils et munitions.

L'anxiété fut grande au Vatican en attendant la décision papale. En ville, les quotidiens romains, enchantés de trouver matière à articles sensationnels, faisaient des prodiges d'imagination: on découvrait des complots anti-italiens, les journaux ministériels annonçaient la disparition de la garde, tandis que ceux de l'opposition prévoyaient la création d'un corps de zouaves pontificaux. Enfin, d'un commun accord, tous annonçaient que le colonel Repond, marié depuis six mois, était en voyage de noce, et que la révolte interrompait une lune de miel...

C'était beaucoup de bruit pour peu de chose. En réalité, la discipline imposée par le colonel suisse, qui commande depuis trois ans la garde pontificale, a été respectée, puisque la révolte s'est passée sans que jamais le service du pape en souffrît. Les sous-officiers et les vieux soldats, de même que les jeunes mutins, avaient promis à leur chapelain, Mgr Corragioni d'Orelli, que tout se passerait sans scandale. Ils ont tenu parole: dimanche après-midi, quelques heures après que la scène la plus tumultueuse de la révolte se fut déroulée dans la cour de la caserne, la garde, in corpore, faisait le service d'honneur pendant une audience que Pie X donnait aux pèlerins américains.

Il a suffi, mercredi matin, d'une lettre de Pie X, exprimant sa douleur de voir la vieille garde, qui s'est tant de fois couverte de gloire au cours des siècles, suivre quelques meneurs et commettre des actes graves d'indiscipline, pour que les soldats se soumissent et acceptassent tranquillement les sentences prononcées par leurs supérieurs.

Le capitaine Glasson, qui a traité sa troupe avec beaucoup trop de dédain et de morgue, a été invité à donner sa démission, et trois des chefs de la mutinerie ont été expulsés.
Robert Vaucher.



La tenue que n'aiment pas les gardes pontificaux; celle, qu'ils portent à l'exercice.

L'uniforme qui leur plaît; celui qu'ils revêtent pour la parade.

Photographies Felici.



CE QU'IL FAUT VOIR

PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER

Les vacances entraînent Paris hors de chez lui. Mais elles ramènent chez lui, par milliers, les étrangers en vacances, et de ce chassé-croisé, il résulte que l'époque de l'année où nos boulevards sont le plus encombrés est justement celle où--théoriquement--«il n'y a plus personne à Paris».

Ces visiteurs trouveront, durant ces deux mois d'août et de septembre, la ville un peu différente de ce qu'elle était à la fin de la saison, avant que s'ouvrît la période des grands «déplacements»; différente aussi de ce qu'elle recommencera d'être à l'automne, quand y sera revenue l'armée indigène... c'est-à-dire ce que les courriéristes mondains appellent «Tout Paris».

Ils n'y connaîtront ni la fièvre des premières représentations, ni les fortes émotions sportives de l'été, ni le tapage des «grandes ventes», ni l'amusement des vernissages à la mode, ni le plaisir de risquer la syncope dans les cohues des grands magasins... Mais ils jouiront d'un autre Paris; et de cette ville désertée par l'élite de ses résidants ordinaires, ils auront une vision qui a son charme. Car Paris sans Parisiens est aussi une chose à voir.

C'est même une chose ravissante. Avez-vous vu Nice l'été, après y avoir subi les bousculades élégantes de l'hiver? C'est une surprise et un enchantement. La ville est comme enveloppée de torpeur. En même temps que la chaleur de l'été, le silence est tombé sur elle. Les hôtels se sont vidés; les musiques se sont tues, et la gaieté des choses n'a plus rien d'international. C'est une gaieté simple ment niçoise.

Les rues sont presque désertes; et sur les chaussées où les verdures des platanes répandent une ombre douce, des enfants jouent; et ce sont, ô miracle, des enfants de Nice, qui ne parlent ni anglais, ni allemand, ni russe, ni même parisien. Au long des boutiques, sur les trottoirs, des chaises sont posées, et sur ces chaises somnolent ou bavardent des familles de marchands qu'aucune clientèle n'importune. On regarde tout cela... et l'on s'aperçoit que cette ville est pleine de belles filles, d'enfants admirables qu'on ignorait, et dont la grâce et la gaieté s'harmonisent si joliment avec celles du décor charmant qui les encadre. Dépouillée de ses attraits d'hiver, qui la chargeaient comme une parure de bijoux faux, Nice se révèle délicieusement, dans la nudité de son charme véritable.

Et c'est ainsi que va s'offrir aux foules étrangères, pendant deux mois, notre paisible Paris d'été. Des théâtres où l'on ne s'écrase pas; des carrefours où se croisent, à tour de roues, des auto-taxis débonnaires; des restaurants où l'on est assuré de trouver libre la place qu'on voulait prendre; des jardins publics, un bois de Boulogne où l'on ne rencontre que des oiseaux, des cantonniers qui arrosent, et des amoureux qui n'ont pas le moyen de quitter Paris; enfin, des musées pleins de fraîcheur, où l'on a tout le loisir de rêver, sans être dérangé par personne, devant le tableau qu'on aime. Ah! les flâneries d'été, dans nos musées!

*
* *

Il faut voir celui du Petit Palais; non seulement parce qu'il est un des plus adorable ment situés de Paris, et parce qu'il possède d'exquises richesses (il n'est pas un musée, je crois, où Carpeaux, Dalou, Ziem, Henner Carriès, soient plus splendidement représentés) mais parce qu'une attraction nouvelle s'y offre à nous depuis quelques jours.

On sait qu'il existe chez nous un prodigieux musée secret: c'est le Garde-Meuble national. Cet établissement, où ne sont admis que les fonctionnaires chargés de l'administrer et le personnel préposé à la surveillance et à l'entretien des objets qui y sont déposés, contient des trésors véritables dont le public ne soupçonnerait pas l'existence si, de temps en temps permission n'était donnée de tirer ces trésor, de leur prison et de nous en laisser voir quelque chose.

Cette fois, c'est à l'intervention de l'actif et ingénieux conservateur du Petit Palais, M. Henry Lapauze, que nous devons ce plaisir. M. Lapauze a obtenu de M. le sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts que lui fussent prêtées, pour être placées sous les yeux des visiteurs du Petit Palais, quelques-unes des plus belles tapisseries que possède le Garde-Meuble. Il s'agit de la série dite de la Galerie de Saint-Cloud, et qui est la reproduction, exécutée en 1685 par les Gobelins, de tableaux composés une dizaine d'années auparavant par Mignard pour le château de Saint-Cloud.

Le château de Saint-Cloud venait d'être acheté, à cette époque, au contrôleur d'Hervard pour servir de maison de campagne au duc d'Orléans, frère du roi. Et six tableaux avaient été commandés à Pierre Mignard, pour le plafond de la galerie principale du château: les Saisons, et deux scènes mythologiques: Latone et le Parnasse. Ces tableaux sont aujourd'hui détruits. Soyons donc reconnaissants au ministre Louvois de la bonne idée qu'il eut d'en ordonner aux Gobelins la reproduction; car ces «copies» sont des chefs-d'œuvre.

On les a placées dans la grande salle des Médaillons, qu'elles emplissent de leur lumière somptueuse. Elles resteront là jusqu'à la fin de la saison: mais c'est maintenant qu'il faut aller les admirer,--avant que s'achève cette paix délicieuse des vacances qui, dans les musées comme dans les promenades, ajoute une poésie à la beauté des choses.

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Et puis, ce qu'il faudra voir encore, dans le courant de ce mois, ce sera le Grand Palais, --après le Petit. Cher Grand Palais! On se demande ce que deviendraient, s'il n'existait pas, les organisateurs d'Expositions. Il n'a même pas un mois pour se reposer! A peine la Nationale et les Artistes Français l'avaient-ils évacué qu'une armée toute fraîche de charpentiers et de menuisiers s'est précipitée sur sa carcasse vide, pour y aménager une exposition nouvelle qui s'ouvre ces jours-ci, et qui sera, paraît-il, fort amusante: l'exposition de l'Emballage; une exposition internationale, qui remplira la moitié de l'énorme édifice.

Et l'autre moitié?

Eh! mon Dieu, c'est encore uns exposition qui l'occupera, et que nous verrons s'y installer quelques semaines plus tard: l'exposition annuelle des petits fabricants parisiens, dite «concours Lépine», et à laquelle sera conservé le nom de son fondateur. La caserne qui naguère lui servait d'abri n'est plus libre, et voilà le concours Lépine obligé de déménager. Alors, il fait comme fout le monde: il s'en va vers l'ouest! Nous le suivrons avec plaisir dans cette direction.
Un Parisien.



AGENDA (2 au 9 août 1913).

Congrès.--Le sixième congrès international d'aéronautique se tiendra à Gand du 4 au 8 août.

Expositions artistiques.--Paris: Galerie Georges Petit: l'exposition des petits maîtres de 1830 est prolongée pendant tout l'été.--Province: expositions des Beaux-Arts à Vichy, Langres, Douai, Brest.--Étranger: à Malines, exposition internationale des Trésors des Gildes, du 10 au 24 août.--Gand, exposition internationale; expositions à Ostende, Spa, Munich.

Sports.--Courses de chevaux: le 3 août, Vichy (Grand Prix), Caen, le Havre; les 4, 5 et 6, Caen; le 6, Deauville, (prix du Cinquantenaire); le 7, Boulogne-sur-Mer; le 8, Deauville, Boulogne-sur-Mer; le 9, Bernay, Boulogne-sur-Mer.--Automobile: les 4 et 5 août, meeting de la Sarthe; le 4, coupe internationale des motocyclettes et motocycles; le 5, Grand Prix de France, coupe de la Sarthe; les 9 et 10 août, meeting du Mont-Ventoux.--Athlétisme: du 9 au 24 août, circuit pédestre de l'Ouest (300 kil. à pied), prix Dubonnet; le 11 août et jours suivants, tournoi du Havre, organisé par le Havre-Athlétic-Club.--Cyclisme: à la piste municipale (Vincennes), le 3 août: grand prix Peugeot, course de primes; le 10 août, championnat des transports, challenge du Bol d'air; championnat de la Seine (amateurs)--Lawn-tennis: tournois du mois d'août: le 2 août, Pornic; le 3, Ostende, Etretat; le 4, Caux, Trouville, Lion-sur-Mer; le 10, Pornichet; le 11, Houlgate, le Havre, Saint-Moritz, Zermatt.--Yachting: le 3 août, régates de la baie de la Somme, à Saint-Valéry-sur-Somme.--Aviron; le 10 août, à Juvisy, championnats de Paris.--Natation: le 3 août, dans le bassin d'Asnières, championnats interclubs.--Tir aux pigeons; à Aix-les-Bains, les 3 et 4 août: prix de la Villa des Fleurs.



DOCUMENTS et INFORMATIONS

Le fumier et la fièvre aphteuse.



La désinfection systématique des fumiers est une des précautions officiellement recommandées aux éleveurs dont les troupeaux sont atteints de fièvre aphteuse; mais c'est là une opération assez difficile à effectuer, et dont les résultats pratiques sont incertains. Aussi le conseil a-t-il été souvent formulé de ne jamais épandre ces fumiers dangereux, mais de les brûler à la ferme, pour éviter qu'ils puissent propager au loin les germes dont ils sont infestés.

Cependant un vétérinaire de Berlin. M. P. Lœffler, vient d'instituer à ce propos toute une série d'expériences dont les conclusions sont vraiment inattendues. Il a établi de façon certaine que l'agent pathogène de la fièvre aphteuse ne résistant pas à une température de 50 degrés, et, d'autre part, le fumier mis en tas et abandonné à la fermentation atteignant très vite une température de 70 degrés, il suffit d'amasser les litières des bêtes aphteuses, de les presser, de les recouvrir d'une couche de terre de 10 centimètres d'épaisseur, puis de les laisser en repos pendant cinq ou six jours pour leur conférer une véritable stérilisation. Nul doute que cette pratique ne se généralise bientôt dans les régions où sévit la redoutable épizootie.

La légion étrangère et le droit international.



Un intéressant travail sur la Légion étrangère et le droit international nous est présenté par M. Charles Poimiro sous la forme d'une thèse de doctorat (Berger-Levrault, 5 fr.). Cette substantielle étude qui passe au crible les critiques et les sophismes allemands doit être signalée à notre publie qui y trouvera un utile complément juridique à l'article que nous avons consacré à l'organisation de la légion dans notre avant-dernier numéro.

Le thème favori des attaques allemandes est que le fait de l'existence de notre légion étrangère constitue une inconvenante et permanente provocation à l'égard des autres nations. M. Poimiro réfute, avec un calme et clair bon sens, ces critiques.

La France, remarque-t-il, est le pays de l'Europe le plus hospitalier aux étrangers qui abandonnent leurs foyers soit pour des raisons politiques, soit par convenance personnelle, soit encore simplement pour tenter la fortune. Ignorant notre langue et nos traditions, brusquement déracinés de leur pays d'origine et transplantés au milieu d'un peuple dont ils ne connaissent ni les usages, ni les mœurs, ni les coutumes, ni le genre particulier, ils risquent, s'ils ne trouvent pas rapidement leur voie, de constituer chez nous un élément dissolvant et perturbateur. Il est bien évident que l'État français ne peut s'intéresser à ces immigrants d'une façon particulière et leur accorder, en plus du droit d'asile, l'aide et l'assistance qu'il ne peut même pas assurer à ses nationaux.

La légion donne donc une solution à ce double problème d'humanité et d'ordre intérieur en utilisant les éléments étrangers au mieux de leurs intérêts, de l'intérêt français et même de l'intérêt international.

Il est puéril, en effet, de soutenir que la légion constitue une prime à la désertion. Les déserteurs réfugiés en France ont quitté bien souvent un pays moins exigeant quant au service militaire. Les engagements à la légion sont souscrits pour une durée de cinq années, et le service militaire obligatoire d'aucune nation n'astreint les jeunes gens à une présence aussi prolongée sous les drapeaux. Et, si les légionnaires sont traités de même manière que les Français, ils ne touchent aucune prime d'engagement. Il serait donc difficile de pousser plus loin la correction. On peut même se demander s'il n'y a point quelque excès dans ce scrupule, car il serait tout à fait juste qu'on assimilât, quant à la prime, les légionnaires aux soldats de notre infanterie coloniale.

Enfin, comme l'a fait justement remarquer M. L. Rolland, dans la Revue algérienne et tunisienne de législation et jurisprudence, «les déserteurs ne seraient sans doute ni plus ni moins nombreux si la légion n'existait pas. Il y aurait simplement un peu plus de vagabonds et de gens sans aveu.»

Relevons aussi, dans le livre de M. Poimiro, des chiffres intéressants sur la composition ethnique de nos régiments étrangers:

Au 1er janvier 1913, le 2e régiment comprenait: 2.169 Français, 985 Allemands, 354 Alsaciens-Lorrains, 39 Belges, 327 Suisses, 255 Italiens, 128 Espagnols, 87 Tunisiens, Algériens, Marocains, 61 Russes, 11 Luxembourgeois, etc., sur un total de 5.133 hommes.

En janvier 1912, sur les 5.300 hommes du 1er régiment étranger, il y avait 50% de Français, 18% d'Allemands, 7% d'Alsaciens-Lorrains, 7% de Belges. 6% de Suisses, 3% d'Italiens.

Ces contingents sont assurés à l'aide d'enrôlements volontaires, dont le nombre oscille chaque année autour de 2.000. En 1907, ils étaient de 1.704; en 1908, de 2.595; en 1909, de 2.397; en 1910, de 2.118. Cela représente une moyenne de 1.200 engagements étrangers par année et nous accordons à peu près 280 naturalisations dans le même laps de temps, ce qui est une très jolie proportion. Ajoutons que, si les candidats à la légion sont toujours aussi nombreux, l'autorité militaire se montre de plus en plus difficile pour les conditions physiques exigées des futurs légionnaires.

La destruction des baleines sur la côte occidentale d'Afrique.



D'après une note de M. Gruvel, communiquée à l'Académie des sciences par M. Edmond Porrier, la pêche des baleines et des grands cétacés prend des proportions considérables, inquiétantes même, sur les côtes de l'Afrique occidentale et, notamment, dans les parages de notre colonie du Gabon.

En 1910, M. Gruvel signalait l'abondance des cétacés dans cette région; les armateurs français ne firent aucun profit de l'information, mais dès 1911, une société norvégienne arrivait à Cap Lopez avec un navire usine de 6.000 tonneaux et deux bateaux chasseurs d'environ 180 tonneaux chacun. En même temps, des Portugais s'installaient à Mossamédès.

La dernière campagne a été si fructueuse que les bénéfices n'ont jamais été inférieurs à 20% du capital engagé; ils ont parfois atteint 100 pour 100, et même 400 pour 100 pour une société.

Étant donné que, pour couvrir les frais d'exploitation d'un bateau chasseur et de sa part du navire usine, il faut 80 ou 100 grand baleinoptères, on peut se faire une idée du nombre d'animaux détruits que représentent de tels bénéfices.

Les principaux produits sont: l'huile, dont la meilleure qualité vaut aujourd'hui 600 francs la tonne; la poudre de viande déshuilée, qui se vend 200 francs; les fanons, dont le prix est tombé de 35 à 12 francs le kilo.

En apprenant ces résultats, toutes les sociétés qui travaillaient dans la mer du Nord, dans l'Antarctique ou en Australie, se sont ruées vers l'Afrique. Actuellement, 30 sociétés, la plupart norvégiennes, sont parties ou en partance pour la côte africaine; elles disposent de 90 bateaux chasseurs.

Dès lors, si on ne prend pas des mesures immédiates, la destruction sera totale dans deux ou trois ans.

L'immigration en Allemagne.



Au cours de ces dernières années, l'empire allemand a subi, au point de vue démographique, une transformation aussi radicale qu'inattendue: de pays d'émigration, il est devenu pays d'immigration.

Ce fait ressort avec évidence d'un rapport de M. Olaine, consul général de France à Francfort.

En 1881, l'émigration allemande atteignait son maximum: 220.902 émigrants, soit 4,80% de la population totale de l'empire à cette époque. En 1910, ce chiffre était tombé à 25.531, soit à 0,39 de la population.

En même temps se produisait le phénomène inverse, et le nombre des immigrants en Allemagne augmentait régulièrement, ainsi que le montre ce tableau:

           Hommes. Femmes.  Total.

1890...   244.093 189.168   433.264
1895...   270.908 215.282   486.190
1900...   464.274 314.463   778.737
1905...   599.320 429.240 1.028.560
1910...   716.994 542.879 1.259.873

Ainsi, la population de l'Allemagne augmente, non seulement du fait de sa forte natalité, mais encore par l'apport étranger. En 1907, sur 1.342.294 résidants étrangers, on comptait 515.176 Autrichiens, 286.761 Russes, 147.034 Italiens, 100.709 Hollandais, 04.829 Suisses, 40.718 Hongrois et 35.535 Français.

En ce qui concerne la répartition par métiers, on comptait, en chiffres ronds, 800.000 travailleurs manuels, dont 440.800 appartenant à l'industrie et 279.940 ouvriers agricoles.

Revanche féminine.



Il est impossible désormais de maintenir à l'actif de la femme le record de la loquacité! Un grave statisticien de Bruxelles, M. Charles Dubudont, établit nettement, à l'aide de chiffres qu'il a mis quarante années à rassembler, que l'homme moderne prononce en moyenne, dans l'espace de cinq minutes, vingt mots de plus que la femme.

Il déclare que la femme moderne est plus encline à écouter qu'à parler, ce qui est devenu l'inverse pour l'homme.

Jusqu'à sa dernière page, jusqu'à la feuille détachée qui contient ces photographies que nous avons cru devoir publier à part, ce numéro est consacré--à peu près entièrement--à la guerre des Balkans, la seconde, la vraie, serait-on tenté de dire tant elle semble devoir, plus que la première, transformer la carte balkanique.

Ainsi, à l'heure où la vie heureuse remplace partout ailleurs la vie laborieuse, en ces jours de départ joyeux pour les plages, les montagnes et les châteaux, alors qu'il nous serait surtout agréable de donner à nos lecteurs le sourire des actualités, aimables et reposantes, de la mer et des champs en fête, nous sommes dans l'obligation de leur imposer des visions de combats et de carnage, de pays dévastés, de villes incendiées, de populations massacrées et mutilées sur la route de troupes en débâcle et revenues, semble-t-il, à la folie sanguinaire des hordes primitives.

Il nous faut bien, hélas! tenir compte, avant toutes autres choses, des grands événements humains, des terribles réalités de l'histoire, dont, plus tard, aux dates correspondantes, on recherchera les témoignages émouvants dans les gravures de L'Illustration. Et, au moment où s'ouvre la conférence de Bucarest, notre journal doit à son public de lui mettre sous les yeux les documents les plus tristement caractéristiques de cette guerre fratricide.

Nous ferons, dans nos prochains numéros, selon nos habitudes et notre goût, une plus large place aux actualités moins cruelles, aux scènes jolies et douces de la vie d'été. Mais il nous a paru, cette semaine, tant nous avions été impressionnés nous-mêmes par les courriers de nos correspondants de Macédoine, que nous ne devions point, pour une fois, mêler des spectacles de joie mondaine aux révélations de tant de deuil.



L'UNION LATINE EN ROUMANIE

Une manifestation de haute fraternité latine dans un pays dont les sympathies nous sont âprement disputées par l'influence allemande, ne saurait passer inaperçue de l'attention française. C'est à Braïla, il y a une quinzaine de jours, qu'eut lieu cette manifestation--dont M. Jacques Vuccino, conseiller du Commerce extérieur de la France, nous communique la photographie reproduite ici--à l'occasion du départ des régiments locaux et sur l'invitation que les comités de deux importantes sociétés, l'une française (le Cercle de culture française «Voltaire»), l'autre italienne, avaient fait afficher sur tous les murs. L'affiche, aux couleurs françaises, italiennes et roumaines, portait en épigraphe le célèbre quatrain d'Alexandrie: Ginta latina.


Manifestation de fraternité latine
à Braïla (Roumanie).

Et lorsque, au milieu d'une foule énorme, les régiments se rendirent à la gare de Braïla, les drapeaux français et italiens encadraient en tête du cortège l'étendard roumain de la société «Carpati», tandis qu'un transparent portait cette inscription: «Vive la race latine!» C'est la première fois, croyons-nous, que les circonstances ont permis aux drapeaux des deux grandes nations latines de se trouver l'un à côté de l'autre pour encadrer celui de leur sœur cadette.

LA CARTE DES AMBITIONS BULGARES

Peu à peu, nous arrivent les documents qui trahissent l'étendue des ambitions bulgares en Thrace et en Macédoine et révèlent une préméditation certaine dans l'offensive générale, le 30 juin, des Bulgares contre leurs alliés balkaniques.

Un de ces témoignages est le curieux document dont un de nos correspondants, M. de Jessen, nous adresse un exemplaire et qui vaut bien une reproduction.

Cette carte du «Royaume de Bulgarie»--c'est l'inscription qu'elle porte--imprimée à Sofia, fut d'abord vendue à Cavalla pour quelques sous, puis donnée aux enfants des différentes écoles, enfin distribuée gratuitement un peu partout. Elle donne à la Bulgarie tout ce que les Serbes ont conquis en Vieille-Serbie et en Macédoine, et tout ce que les Grecs ont gagné en Epire. Ses frontières ouest s'étendent au delà de Skoplje (Uskub), jusqu'à Prizrend, Dibra et le lac Okhrida avec Monastir (Bitvolja). Salonique et toute la péninsule chalcidique sont bulgares. Pas de frontière Enos-Midia. Les Turcs demeurent enfermés dans leur ligne de Tchataldja. Quant à l'archipel, si Thasos devient bulgare, aucune des autres îles ne demeure entre les mains hellènes.

Par contre, il faut remarquer avec quelle admirable générosité le cartographe bulgare a tracé les limites de l'Albanie. Le nouvel État ne recevait pas seulement le district de Novibazar, pris dans le butin serbe et monténégrin, mais il s'accroissait également d'un large territoire au nord de la Grèce, de sorte que l'Albanie prenait accès sur la mer Egée... L'Autriche elle-même n'aurait, certes, point osé tant ambitionner pour la principauté naissante.

On imagine combien cette carte était de nature à blesser Grecs, Serbes, Turcs et Roumains qui, par leur quadruple envahissement, viennent de si terriblement réduire les frontières tracées avec quelque insolence sur cet extraordinaire document.


(Agrandissement)
La Carte des ambitions bulgares.--Document communiqué par M. F. de Jessen. Reproduction en noir d'une carte en couleurs imprimée à Sofia.--La Bulgarie y fait une immense tache verte, de Tchataldja à Okhrida, du Danube à la Chalcidique et à Salonique.--Nous avons simplement souligné les frontières qui y sont tracées, et inscrit en caractères romains les noms des différents pays.




(Agrandissement)



A ce numéro s'ajoute un supplément de deux pages sur LES MASSACRES EN MACEDOINE



LE DOSSIER DES MASSACRES D'OTAGES PAR LES BULGARES


Mme Jean Leune et M. Georges Bourdon, du Figaro, découvrent, aux environs de Livounovo, les corps de sept notables de Serès, massacrés et mutilés.


Signatures apposées sur la lettre d'envoi des documents de cette page par les trois témoins de la découverte des corps des notable de Serès massacrés près de Livounovo. M. Bernard Laporte du New-York-Herald, ne figure pas dans la photographie ci-dessus prise par M. Jean Leune.

    
Deux autres des notables de Serès que
les Bulgares avaient emmenés comme otages.

Photographies Jean Leune.--Voir l'article à la page suivante.


Cadavres de victimes grecques.
Un mutilé (pied coupé) parmi les victimes de Doxato. Les massacres qui ont précédé l'évacuation de Cavalla par les Bulgares: cadavres de victimes musulmanes.

Photographies communiquées par M. F. de Jessen.

LE MASSACRE DES OTAGES DE SERÈS

Le compte rendu, par M. Jean Leune, de l'horrible découverte qu'il a faite le 21 juillet, avec deux de ses confrères, aux environs de Livounovo, ne nous est pas encore parvenu. Mais nous avons reçu ses photographies, et le commentaire en avait paru dès le 24 juillet dans le récit télégraphié par M. Georges Lourdon au Figaro, et que nous reproduisons ici:

Une horrible découverte a été faite, avant-hier soir, par quatre d'entre nous. Je citerai leurs noms, car il importe que nul ne puisse suspecter l'exacte relation que j'en vais faire. Ce sont M. et Mme Leune et M. Laporte. Celui-ci, Français, représente ici le New-York Herald. M. Leune, jeune homme de vingt-deux ans, licencié d'histoire et qui prépare une thèse de doctorat, a suivi, en vue de celle-ci, toutes les opérations de l'armée grecque depuis dix mois et il les a suivies infatigablement dans les conditions les plus pénibles, en compagnie de sa jeune femme, une Grecque de Constantinople. Couchés tous deux sous la tente, dans la neige, et le sac au dos, suivant à pied le chemin de l'armée, M. Leune, petit-fils d'un célèbre universitaire, n'a rien dit dans les correspondances qu'il a envoyées à L'Illustration ni des fatigues que sa femme et lui ont endurées, ni de la popularité qu'elles leur ont gagnée parmi toute l'armée, mais, pour l'avoir surprise, je ne me retiendrai pas de porter témoignage en faveur de compatriotes.

Donc, avant-hier, sur des indications qu'on nous avait données, nous nous dirigeâmes tous quatre à quelques kilomètres au nord de Livounovo, à droite de la route qui suit la Strouma, en partant du lit desséché d'un affluent de cette rivière dont les cartes ne donnent pas le nom. On nous avait dit: «Vous trouverez dans un champ de maïs et dans les environs de ce champ les cadavres de quelques-uns des otages de Serès.» Peut-être vous souvenez-vous, en effet, de cette nouvelle que donnèrent les journaux qu'en quittant Serès, sous la menace de l'armée grecque, les Bulgares avaient emmené un certain nombre d'otages, dont on ne savait ce qu'i's étaient devenus. Leurs cadavres, c'étaient leurs cadavres, dont on nous indiquait la place. Nous cherchâmes longtemps; nous avions les points de repère, la rivière desséchée, le bouquet d'arbres, le chemin, un vallonnement entre deux monticules. Enfin, l'un de nous fit: «Nous approchons.» Une acre odeur de putréfaction nous saisit aux narines, cette odeur chaude, pénétrante, persistante et ignoble à faire défaillir, de fermentation des chairs, dont j'ai déjà éprouvé, à Casablanca, l'atroce nausée. Elle nous guide; nous découvrîmes un cadavre, puis un autre, et quel cadavre!

Mais la nuit approchait et nous n'avions pas eu le temps de faire en nous les réserves d'énergie nécessaires. Nous décidâmes de remettre au lendemain matin notre sinistre recherche. C'était hier, j'ai les yeux pleins encore de l'épouvantable vision. Nous en avons trouvé sept. Le premier est éloigné du second de deux cents mètres, et trois cents mètres séparent celui-ci des quatre autres, disposés presque parallèlement à quelques mètres de distance, le dernier est juché sur un talus, à uns quinzaine de mètres. Celui-ci a trébuché sans doute; il a perdu sa chaussure et n'est tombé que deux mètres plus loin; cet autre, frappé dans le dos, est tombé sur la face et tout son corps est déjà à demi enfoncé sous ia coulée des pluies dans la terre meuble d'un champ. Un troisième a reçu sur le crâne un terrible coup de fusil, asséné avec une telle force que la crosse brisée a été lancée à un mètre de lui, et, un peu plus loin, dans un buisson, nous retrouvons le fusil auquel s'adapte exactement la crosse, et couvert de sang coagulé auquel adhèrent les cheveux; il est encore chargé de ses cinq balles.

Près d'un autre cadavre, nous trouvons aussi une crosse brisée, mais l'assassin, sans doute, a remporté son fusil. Un cinquième, couché en croix sur le dos, les mains et les doigts crispés dans le sol, montre un visage noir, une bouche ouverte qui semble hurler encore d'épouvante. Il me rappelle ces deux cadavres pétrifié? que l'on voit à Pompéi: membres tordus et bouches ouvertes, comme s'ils n'avaient pas cessé, à travers les siècles, de crier sous la morsure de la lave.

Ayant souci de ménager la sensibilité de ceux qui me lisent, je n'insisterai pas davantage sur l'horreur de ce spectacle. Je ne vous dirai rien de la volonté qu'il nous a fallu pour poursuivre, le nez bouché et les yeux glacés d'horreur, notre sinistre reconnaissance, mais il était nécessaire qu'elle fût accomplie.

Nous avons photographié ces affreux débris et ces photographies seront publiées. On saura que ce sont là, entre autres, des victimes d'une armée régulière et non de comitadjis que l'on désavoue. Car ces notables de Serès furent les prisonniers de l'armée, emmenés par l'armée en retraite. Et les malheureux que nous avons devant nous n'étaient pas des paysans de la contrée où nous les retrouvions, c'étaient des gens de la ville, bien habillés, avec des costumes de drap ou de serge, des bottines neuves, des chaussettes, des chapeaux, enfin des messieurs. Et ils sont bien de Serès, car trois d'entre eux purent être reconnus et identifiés.

La guerre est une œuvre horrible.
Georges. Bourdon.



LES BLESSURES DES BALLES BULGARES

M. Hubert Pernot, professeur de néo-grec à la Sorbonne, nous envoie de Corfou, la lettre suivante:

Corfou, 21 juillet 1913.

Je vous adresse ci-inclus trois clichés d'une gravité particulière.

Sur 490 blessés du combat de Kilkiz, arrivés récemment de Salonique à Corfou et soignés actuellement dans les hôpitaux de cette ville, 7 représentent des blessures que les chirurgiens attribuent à l'emploi de balles dont on a enlevé la partie supérieure et sur lesquelles on a fait une incision en forme de croix pour les rendre plus meurtrières. La balle ordinaire pénètre dans les tissus et en ressort souvent sans aucun dommage pour le blessé. Un exemple caractéristique est celui d'un soldat d'ici que j'ai vu et photographié: la balle lui est entrée sous l'oreille droite; elle est ressortie sous l'œil gauche; il a continué à marcher durant une heure et demie; aujourd'hui il est parfaitement guéri et voit également bien des deux yeux.

Avec les balles en question le cas est tout différent:

La photographie 1 représente l'entrée de la balle, une lésion assez légère et qui, sur la photographie, paraît même plus grave qu'elle n'est en réalité. La photographie 2 représente la sortie, chez le même blessé. Il se nomme Koulouras (Anargyros), né à Hydra, 2e corps d'armée, 7e régiment d'infanterie, 9e compagnie. Il est actuellement soigné par le docteur Sgourdéos, de Constantinople, qui est major volontaire. Ce? deux clichés, comme le suivant, ont été pris par moi.

La photographie 3 représente la sortie du projectile chez Arabatzi (Apostolos), de Bouraza, province de Larissa (5e corps d'armée, 23e régiment, 7e compagnie), blessé à Kilkiz, comme le précédent.

Il va de soi que les soldats, blessés par ces projectile? ailleurs qu'aux membres, ont dû rester sur le terrain, et il est probable que la proportion 7/490 est inférieure à celle des projectiles semblables employés.

1.--Entrée de la balle. 2.--Sortie de la même balle. 3.--Sortie d'un autre projectile semblable.

Blessures causées par des balles bulgares, dites dum-dum, photographiées
dans un hôpital de Corfou par M. H. Pernot.




Note du transcripteur: Les autres suppléments
mentionnés en titre ne nous ont pas été fournis