Marguerite, avec la dignité de la vertu que n'atteignent point les injures, leva la tête, et avec l'accent d'un doux reproche, s'écria: «Alpinolo! tout autre que vous eut pu me faire cette demande; mais de votre part, je ne l'attendais pas.»
Alpinolo éclata en sanglots, et se jeta aux pieds de Marguerite en lui demandant pardon. Il raconta ses doutes, il entendit les explications de sa maîtresse, et la conclusion de leur entretien fut qu'il irait aussitôt avertir frère Buonvicino. Le lendemain ne s'était pas écoulé, et le moine était déjà chez Marguerite. Il lui conseilla de prendre les devants et de revenir sans délai à la ville; elle suivit ce conseil, et se renferma dans son palais pour se laisser ignorer jusqu'au retour de son mari.
Cependant Luchino revint bientôt à la charge, plein d'une insolente confiance. Il approche de Montebello, et tout n'y est que silence; les fenêtres sont closes, aucune bannière ne flotte sur les tours. Un violent soupçon commence à torturer l'âme de Luchino, et Grillincervello de se prendre à rire. II lance son âne en avant, fait quelques pas, puis revient en disant: «La porte est fermée; c'est le visage de bois. «Ils avancèrent néanmoins, et lorsqu'ils furent à la ferme ils demandèrent au paysan si la dame Pusterla n'était pas au logis.
«Elle est partie.--Quand?--Hier au soir, Excellence. --Oui est-elle allée?--Les actions de mes maîtres ne me regardent pas.--Tout n'était-il pas disposé pour qu'elle demeurât ici plusieurs jours?--Plusieurs mois aussi, Excellence.--D'où vient donc cette subite résolution?--Les actions de mes maîtres ne me regardent pas. Mon devoir est d'obéir, Excellence.»
Il importait, à Luchino que personne ne s'aperçût qu'on lui avait fait injure; aussi montra-t-il qu'il prenait la chose gaiement, qu'il s'en réjouissait même, et donna-t-il à entendre que ce départ n'était rien qu'un accord, une intelligence entre Marguerite et lui. Mais cette nécessité de feindre ne fit qu'attiser le feu de sa colère, et, plein de ressentiment, il jura de se venger de ce qu'il appelait un outrage. Il était encore excité par les lazzi du bouffon, qui ne voulait point paraître dupe de la feinte de son maître, et par le vil courtisan Ramengo, qui, ayant ses raisons de haïr Marguerite, savait, avec un art extrême, animer contre elle les passions du prince, dans l'espoir d'amasser sur la tête de l'innocente un orage terrible. L'espérance du scélérat ne fut point trompée. L'amour, disons mieux, le voluptueux caprice de Luchino, ainsi contrarié, se changea en une animosité violente, et, dès lors, avec une résolution atroce, il se proposa de perdre l'infortunée. Les occasions ne manquent pas à l'homme puissant de nuire à son ennemi, et trop souvent les victimes s'offrent d'elles-mêmes à ses coups, ou sont conduites au sacrifice par leurs propres amis. C'est ce qui arriva dans cette circonstance.
Alpinolo, avec l'impétuosité sans frein qui lui était naturelle, ne se borna point à remplir la mission dont il avait été chargé par Marguerite. Elle lui avait même enjoint d'épargner à son mari la connaissance d'une injure qu'elle se sentait assez forte pour repousser, tandis qu'elle savait que son mari n'était pas assez grand pour la supporter en homme, ni assez puissant pour la laver par un juste châtiment. La prudence lui avait appris à ne point révéler les maux irrémédiables; Alpinolo, au contraire, pensait que découvrir la plaie, c'était la guérir. A peine eut-il donc envoyé Buonvicino près de Marguerite, que, sans en avertir personne, il sortit de la ville et fit route vers Vérone.
Lorsqu'il y arriva, il fut témoin de la pénitence publique accomplie par Mastino della Scala, seigneur de la ville. Excommunié par le pape pour avoir égorgé, dans les rues de Vérone, l'évêque Bartolomeo della Scala, Mastino avait d'abord voulu se rire des foudres du saint-siège; mais, voyant que l'anathème avait pour sa prospérité les plus fâcheuses conséquences, il se résolut à expier son crime dans la forme que lui prescrivait le saint-père, et à rentrer dans le giron de l'Église.
Une fois réconcilié avec le pape, Mastino reculait devant la conclusion d'un traité avec Luchino Visconti, qui, au reste, ne la désirait pas davantage. Celui-ci n'avait envoyé Pusterla à Vérone que pour l'éloigner de Marguerite, et parce qu'il croyait que son nouvel ambassadeur, peu affectionné pour lui, traînerait les choses en longueur, et ne terminerait point d'alliance entre les Scala et les Visconti.
Les négociations en étaient là, lorsque Alpinolo entra à Vérone et vint y trouver Pusterla. L'ambition seule, et le désir de plaire au maître avaient conduit celui-ci à se prêter aux desseins de Luchino. On pense quelle fut son indignation lorsque Alpinolo, avec les couleurs sombres que lui fournissait l'exagération de son esprit, lui peignit les tentatives de Luchino. Rien n'est plus cruel que d'éprouver l'ingratitude de ceux qu'on a servis aux dépens de l'équité. Franciscolo le ressentit; d'autant plus exaspéré contre le prince qu'il était tout à l'heure mieux disposé pour lui, et découvrant un nouvel outrage dans ce qu'il avait regardé comme une reparution des outrages passés, il résolut aussitôt d'abandonner son poste. Il prit donc le chemin de Milan, plein de noires pensées, et de l'espoir non-seulement d'éviter l'injure, mais encore de s'en venger.
Oeuvres philosophiques du père André, de la Compagnie de Jésus, avec Notes et Introduction, par M. Victor Cousin. 1 vol. in-18.--Paris, 1843. Charpentier. 3 fr. 50 c.
La vie de l'auteur d'un Essai sur le Beau, justement estimé, le Père André, de la Compagnie de Jésus, était demeurée presque complètement inconnue avant la publication de l'intéressante notice que M. Victor Cousin a mise en tête de la nouvelle édition de ses oeuvres choisies. Deux courtes biographies, l'une de l'abbé Guyot dans l'Éloge historique qui précède les Oeuvres posthumes (Paris, 4 vol., 1766), l'autre du père Tabaraud, ancien oratorien, dans le tome II de la Biographie, universelle, ne contenaient, sur les instructives agitations de son existence, que des renseignements vagues et insuffisants; des documents nouveaux nous ont apporte des lumières inattendues, et, «en ajoutant des détails authentiques et douloureux à ce que nous avait appris le père Tabaraud», dit M. Cousin, «ils transforment à nos yeux le père André en un personnage digne de l'attention et de l'intérêt de l'histoire par les longues disgrâces, absurdes et cruelles, qu'il souffrit dans le sein de la Compagnie comme cartésien à la fois et comme janséniste; par l'attachement éclairé et courageux qu'il garda toute sa vie à une grande cause proscrite; par le rare talent d'écrivain ingénieux, délicat, élevé, quelquefois éloquent et pathétique, que nous revoient les pages, jusqu'ici inconnues, échappées à sa plume pendant une persécution de près de cinquante années.»
Ces nouveaux documents viennent de deux sources différentes. En 1839, M. Leglay, archiviste du département du Nord, acheta, chez un libraire de Lille, un manuscrit qui contenait quatre-vingt-trois lettres inédites du père André, embrassant une période d'environ quinze années (de 1707 à 1722), adressées à Malebranche, à un jésuite nommé Larchevêque, et à M. l'abbé de Marbeuf, de l'Oratoire. M. Cousin, devenu possesseur de cette correspondance, en publia des extraits dans le Journal des Savants (janvier et février 1841), sur deux points intéressants: 1º la persécution trop peu connue du père André; 2º les matériaux qu'il avait amassés pour composer une Vie de Malebranche.
Vers la fin de 1811, M. Mancel, conservateur de la bibliothèque de Caen, découvrit, dans un ballot de papiers manuscrits qu'on se disposait à vendre à la livre, la majeure partie îles manuscrits, autographes et inédits de railleur de l'Essai sur le Beau (dix); plus, trois cahiers contenant la correspondance du père André avec les jésuites Guimond, Hardouin, Porée et Dutertre, lors de sa persécution comme malebranchiste; avec Fontenelle (dont seize lettres autographes de ce dernier) et avec Malebranche. Ces précieux manuscrits appartenaient à une demoiselle Peschet, légataire d'une demoiselle de La Boltière, héritière elle-même d'un avocat littérateur de Caen nommé Charles de Quens, élève du père André; leur authenticité ne saurait donc être contestée, car le père André mourut à Caen en 1764, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. Achetés par M. Mancel, ils ont été déposés à la bibliothèque publique de Caen, et M. Mancel, le conservateur, aidé de ses collaborateurs, MM. Trébulien et Leflaguais, les étudie, afin de reconnaître ce qui mérite d'en être publié. Toutefois, ils ont eu la complaisante attention de communiquer à M. V. Cousin la correspondance du père André avec plusieurs de ses confrères et de ses supérieurs de la Compagnie de Jésus, pendant le temps qu'il lut persécuté comme partisan de la nouvelle philosophie de Descartes et de Malebranche. Cette correspondance, suite et complément nécessaire de celle que M. Leglay avait retrouvée à Lille, et qui avait déjà été imprimée en partie dans le Journal des Savants, a permis à M. Cousin de réunir toutes les lumières qui peuvent éclairer ce triste et intéressant épisode de l'histoire du cartésianisme.
Une différence grave, qu'il importe de signaler, distingue la nouvelle correspondance de la première. «Dans celle-ci, dit M. Cousin, le père André écrit à des amis qui pensent comme lui, à Malebranche, à l'oratorien de Marboeuf, disciple de Malebranche, ou à M Larchevêque, qui parait avoir partagé ses sentiments; il leur ouvre son coeur, il se complaît à leur montrer son goût vif et constant pour la nouvelle philosophie; ses études secrètes et obstinées, son pieux et fidèle attachement à leur commun maître et son dédain courageux pour leurs communs ennemis. Ici la scène est toute différente. Ce n'est plus le père André parlant à son aise à des amis et à des hommes étrangers à sa compagnie; c'est le père André dans le sein même de cette compagnie, aux prises avec ses supérieurs, entouré d'ombrages, de menaces et de tracasseries, obligé de cacher ses études, de dissimuler ses amitiés et ses opinions sans les trahir; perpétuellement placé entre une circonspection qui pourrait ressembler à de l'artifice et une franchise bien voisine de la révolte; réclamant sans cesse la justice, prodiguant les explications et les apologies; abandonné peu à peu par ceux de ses confrères qui paraissaient d'abord plus ardents que lui dans la môme querelle; se débattant en vain contre de sourdes intrigues ou contre une persécution déclarée; gêné et tourmente dans les plus petits détails de sa vie; renvoyé de ville en ville et de collège en collège; tour à tour accusé de cartésianisme et de jansénisme, en butte à une inquisition qui ne se relâche jamais; une lois même livré au bras séculier, emprisonné à la Bastille, et traînant ainsi une vie inquiète et agitée pendant toute la première moitié du dix-huitième siècle. On voit ici l'intérieur de la Compagnie de Jésus, sa forte hiérarchie, le mystère dont s'y enveloppe l'autorité, ses ménagements astucieux ou ses coups d'éclat, des esprits d'une souplesse infinie et des coeurs de fer, une politique toujours la même sous les formes les plus diverses, et, au milieu de tout cela, dans cette nombreuse société, toutes les variétés de la nature humaine, bien des mécontents, quelques hommes excellents, beaucoup de gens faibles, plus d'un lâche, l'empire de l'habitude et de la routine, le monde enfin tel qu'il est et sera toujours. Ajoutez que nous avons ici tous les noms propres, que les masques sont ôtés, et qu'on voit comparaître dans cette affaire les principaux personnages du jésuitisme de cette époque. On peut donc, se promettre plus d'une révélation inattendue et piquante; c'est en quelque sorte la chronique philosophique de la fameuse compagnie et comme un chapitre inédit de son histoire intérieure, dans la dernière période de sa domination et de son existence légale en France.»
Outre cette longue introduction de 200 pages, dont M. Victor Cousin a rédigé lui-même, avec un certain art, le piquant sommaire, et qui, connue on le voit, offre un intérêt d'actualité, le nouveau volume dont M. Charpentier vient d'enrichir sa bibliothèque philosophique contient l'Essai sur le Beau, composé de dix discours, et douze antres discours académiques sur l'âme, sur l'union de l'âme et du corps, sur la liberté, sur la nature des idées, sur l'idée de Dieu, sur l'amour désintéressé, etc. «Ces discours, dit M. Cousin, tout en se sentant un peu trop de l'occasion à laquelle ils durent naissance, portent la vive empreinte de la pensée et de la langue du dix-septième siècle. On y reconnaît partout le philosophe cartésien, le disciple de saint Augustin et de Malebranche. Mais, il faut l'avouer, et dans l'Essai sur le Beau et dans les discours, on est bien loin de soupçonner la netteté, la force et la verve qui paraissent à chaque ligne des lettres que nous avons publiées. Elles placent André parmi les meilleurs écrivains, et, dans la Compagnie de Jésus, immédiatement après Bourdaloue.»
Le père André avait écrit une Vie de Malebranche, remplie d'une foule de faits curieux et importants pour l'histoire de la philosophie au dix-septième siècle. Malheureusement, le détenteur actuel de ce précieux manuscrit s'obstine, par égoïsme ou par un misérable esprit de parti, à priver le public d'un écrit qui lui était destiné, et dont la perte ne peut pas même servir le plus violent ennemi des doctrines de Malebranche, puisque désormais rien ne peut abolir les oeuvres de ce grand homme. M. V. Cousin publie à ce sujet un grand nombre de renseignements curieux, empruntés au manuscrit de Lille; puis il termine par une allocution que nous sommes heureux de reproduire, car elle nous prouve qu'il a compris enfin que la suppression ou la mutilation des oeuvres posthumes d'un philosophe devait soulever contre son auteur tous les honnêtes gens de tous les partis.
«Avant de quitter cet important sujet, dit-il, nous voulons adresser encore une fois, avec toute la force qui est en nous, notre publique et instante réclamation à celui qui possède encore aujourd'hui les matériaux de ce grand ouvrage; qu'il sache qu'il ne lui est pas permis de retenir ce précieux dépôt tombé entre ses mains, encore bien moins de l'altérer. Tout ce qui se rapporte à un homme de génie n'est pas la propriété d'un seul homme, mais le patrimoine de l'humanité. Malebranche aujourd'hui, élevé par le temps au-dessus des misères de l'esprit de parti, n'est plus l'ami de Port-Royal et le confrère de Quesnel; ce n'est pus que le Platon du christianisme, l'ange de la philosophie moderne, un penseur sublime, un écrivain d'un naturel exquis et d'une grâce incomparable. Retenir, altérer, détruire la correspondance d'un tel personnage, c'est dérober le public, et, à quelque parti qu'on appartienne, c'est soulever contre soi les honnêtes gens de tous les partis.»
Les Poésies du duc, Charles d'Orléans, publiées sur le manuscrit original de la bibliothèque de Grenoble, conféré avec ceux de Paris et de Londres, et accompagnées d'une préface historique, de notes et d'éclaircissements littéraires; par M. Aimé Champollion-Figeac (de la Bibliothèque Royale). 1 vol. in-18.--Paris, 1843. Belin-Leprieur. 3 fr. 50,
«Charles d'Orléans, père de Louis XII, tournait la ballade et le rondeau avec assez de facilité.» Telle est la dédaigneuse mention que Laharpe accorde en passant, dans son Cours de Littérature, à ce prince poète, proclamé plus tard par M. Villemain de plus heureux génie qui soit né en France au quinzième siècle, et à qui on est redevable d'un volume de poésies, le plus original de cette époque, le premier ouvrage où l'imagination soit correcte et naïve, où le style offre une élégance prématurée. «Il n'est pas d'étude, ajoute avec raison M. Villemain, on l'on puisse mieux découvrir ce que l'idiome français, manié par un homme de génie, offrent déjà de créations heureuses. Il y a dans Charles d'Orléans un bon goût d'aristocratie chevaleresque, et cette élégance de tour et cette fine plaisanterie sur soi-même, qui semblent n'appartenir qu'à des époques très-cultivées. Il s'y mêle une rêverie aimable, quand le poète songe à la jeunesse qui fuit, au temps, à la vieillesse. C'est la philosophie badine et le ton gracieux de Voltaire dans ses stances à madame Du Delfant. Le poète, par la douce émotion dont il était rempli, trouva de ces expressions qui n'ont point de date, et qui, étant toujours vraies, ne passent pas de la mémoire et de la langue d'un peuple.»
Cependant, malgré tout leur mérite littéraire, malgré leur importance historique, et, bien que leur auteur eût été le père d'un roi de France, les poésies de Charles d'Orléans, si peu comprises et si mal jugées par Laharpe, sont restées presque entièrement ignorées pendant plusieurs siècles. Il y a 109 ans, en 1734, l'abbé Sallier, bibliothécaire des manuscrits du roi, fut le premier critique qui songea à les retirer de l'oubli où elles avaient été si longtemps enfouies. Il en fit le sujet d'un mémoire lu à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et il en publia même quelques fragments. Plus tard, l'abbé Gouget, dans sa Bibliothèque française, tome IX, consacra quelques pages au père de Louis XII. Depuis, M. de Pauluy, les auteurs des Annales des Muses et de la Bibliothèque des Romans, M. Anguis, M. Villemain, M. F. Michel, M. Ferriat-Saint-Prix, M. Sainte-Beuve, M. Ch. Lenormant, M. Michelet (Histoire de France, tome IV), ont écrit sur sa vie et sur ses oeuvres diverses notices biographiques et critiques; mais jusqu'ici il n'avait été publié qu'une très-incomplète et très-imparfaite édition des poésies de Charles d'Orléans (Grenoble, 1805). L'année dernière en a vu paraître deux éditions nouvelles: l'une d'après les manuscrits de Paris, par Mario Guichard (Bibliothèque d'élite), l'autre d'après les manuscrits de Grenoble et de Paris, celle qui nous occupe en ce moment.
Les poésies de Charles d'Orléans nous ont été conservées par onze manuscrits: celui de Grenoble, que M. Champollion-Figeac regarde comme le plus authentique et le meilleur de tous incontestablement; celui qui se trouve dans la bibliothèque de Carpentras; les trois de la Bibliothèque Royale de Paris; deux à la bibliothèque de l'Arsenal, et quatre que possèdent les bibliothèques de Londres. (On sait que l'infortuné fils de Valentine de Milan, fait prisonnier à la bataille d'Azincourt, passa vingt-cinq années en Angleterre.) Dans la notice historique qui précède l'édition qu'il vient de publier, M. Champollion-Figeac explique pourquoi il préfère aux dix autres le manuscrit de Grenoble, exécute par les soins d'un secrétaire du prince, homme très-versé dans les lettres, et écrit par le frère de ce secrétaire, Nicolas Astezan, aussi attaché en la même qualité à la maison du duc.--Il l'a suivi très-exactement pour son texte; toutefois, après l'avoir collationné avec les deux manuscrits de Paris, il a adopté, dans quelques vers, des variantes tirées de ces derniers manuscrits. Enfin, comme le manuscrit de Grenoble ne contenait que les poésies composées jusques et y compris l'année 1453, M. Champollion a suivi, pour les poésies postérieures, le manuscrit de Colbert (Bibliothèque Royale), conféré, complète et corrigé au moyen du manuscrit de la Vallière (Idem). Il a relégué dans les notes «celles sur lesquelles un peu de goût lui laissait quelque incertitude.»
Jeanne d'Arc, par M. Alexandre Dumas, suivie d'un appendice contenant, une analyse raisonnée des documents anciens et de nouveaux documents inédits sur la pucelle d'Orléans, par J.-A. Buchon; avec une introduction par M. Charles Nodier, de l'Académie Française.--Paris, 1843. 1 vol. in-18 de 450 pages. Gosselin (Bibliothèque d'élite), 3 fr. 50 c.
«Voici un de ces livres qu'il faut lire comme il a été écrit, avec la foi,» dit M. Alexandre Dumas, au début de son introduction. Que l'auteur des Demoiselles de Saint-Cyr nous permette de donner au lecteur de Jeanne d'Arc un avis tout contraire. Si M. Alexandre Dumas raconte avec esprit, en revanche, comme historien, il ne doit inspirer aucune confiance. Non-seulement il n'étudie pas l'histoire, mais quand il la connaît par hasard, il la défigure à plaisir, il en fait des feuilletons plus ou moins spirituels, et comparables, pour la véracité, aux fameuses Impressions de Voyage. Au lieu de lire son roman de Jeanne d'Arc avec une foi entière, il faut le lire avec la plus prudente méfiance. Les éditeurs l'ont si bien senti, qu'ils ont eu le soin de mettre l'antidote à côté du poison. Aux lecteurs qui ne demandent qu'un récit animé et intéressant, la Jeanne d'Arc de M. Alexandre Dumas; à ceux qui veulent s'instruire en s'amusant, l'introduction de M. Charles Nodier et l'appendice de M. Buchon. Cet appendice contient, en effet, une analyse raisonnée des documents anciens et de nouveaux documents inédits sur la pucelle d'Orléans. Il forme les deux tiers de ce volume, dont il devient ainsi la partie principale. Les curieux documents que publie M. Buchon renferment toute l'histoire de Jeanne d'Arc, car ils se divisent en neuf chapitres: 1º enfance de Jeanne d'Arc; 2° ses premières inspirations avant son départ de Greux; 3º sa présentation au roi et son admission; 4° ses services jusqu'au couronnement de Reims; 5° ses services après le couronnement et sa prise à Compiègne; 6º son emprisonnement et sa remise aux Anglais; 7º son procès et ses interrogatoires; 8º sa condamnation et son exécution; 9º la réhabilitation de sa mémoire.
Des Sociétés civiles et commerciales, commentaire du Titre IX du Livre III du Code civil; par M. Troplong, conseiller à la Cour de cassation, membre de l'Institut (ouvrage qui fait suite à celui de M. Touillier). 2 vol. in-8,--Paris, 1843. Charles Hingray. 15 fr.
Le zèle et l'activité de M. Troplong ne se ralentissent pas. Il continue, avec une persévérance égale à son talent, l'important ouvrage que Touillier n'avait pas eu le temps de terminer. Quelques années encore, et il aura l'honneur de poser la dernière pierre de ce vaste et colossal édifice élevé à la science du droit. Aujourd'hui il publie le commentaire du Titre IX du Livre III du Code civil, du Contrat de Société. Ce commentaire, qu'il ne nous est pas donné d'apprécier ici, obtiendra sans aucun doute, alors même qu'il leur serait inférieur, un succès plus grand que ceux de la Prescription, de la Vente, des Hypothèques, etc.; car les matières qu'il traite ont un intérêt plus actuel et plus général, M. Troplong y a réuni en effet la société civile et la société commerciale, et à cette époque ou l'association a pris et s'apprête à prendre des développements si imprévus, un pareil travail a tout à la fois pour but de résoudre la grave question que fait naître la législation existante et de préparer les réformes nécessaires de l'avenir. Peut-être cependant, nous devons l'avouer, M. Troplong montre-t-il, en divers passages, une affection trop vive pour le présent. «Convaincu, dit-il, que notre loi sur les sociétés civiles et commerciale est le fruit d'une longue expérience; qu'elle a été mûrie par les épreuves les plus décisives, par les combinaisons pratiques les plus variées et les plus ingénieuses; qu'elle est la formule de tout ce que le passé a accumule de faits considérables en économie et en industrie, j'ai foi en sa sagesse; et quoique je reconnaisse en elle quelques défauts secondaires, je ne me laisse pas aller à des désirs de changements plus rétrogrades que progressifs; je me contente d'en appeler à la jurisprudence pour tous les cas où il est permis de corriger des contours vicieux, des traits sans harmonie.»
A l'appui de cette opinion, M. Troplong a réimprimé, en tête de ces deux volumes, une savante et curieuse dissertation qu'il avait lue jadis à l'Académie des Sciences morales et politiques, et dans laquelle il a fait l'histoire de l'esprit d'association depuis les Romains jusqu'à nos jours. Nous n'analyserons pas cette remarquable dissertation, qui, selon les propres expressions de son auteur, renferme quelque chose de plus sérieux qu'un ornement scientifique. Qu'il nous suffise, pour donner une idée de son importance et de son but, d'en citer un court fragment: «La vérité est, dit M. Troplong, que le législateur du Code civil et du Gode de commerce, en réglant les conditions des sociétés par actions, ne s'est pas aventuré dans une région inconnue; qu'il n'a pas hasardé une innovation dont l'avenir seul a pu révéler les avantages ou les inconvénients. L'expérience avait été faite; depuis des siècles l'institution marchait; elle avait eu ses moments de crise à côté de ses heures de prospérité; elle était passée par les principales épreuves qui peuvent éclairer la prudence du législateur. Il est utile de constater ces précédents, qui mettent nos codes dans leur véritable cadre, parce que naguère, après certaines surprises de l'agiotage, les esprits émus s'en sont pris trop légèrement à la loi des erreurs des hommes. Au lieu de faire le procès aux intrigants devant la police correctionnelle, on a fait le procès au Code devant les Chambres... Dans tout cela on oubliait bien des choses, mais surtout l'histoire, dans laquelle on aurait vu que le passé n'est pas aussi petit, aussi dépourvu de grandes tentatives commerciales et de grands faits économiques que l'on se l'imagine... Chez ce peuple romain qui avait remué l'univers, dans ce Moyen-Age qui créa tout par l'association, dans cette Europe d'autrefois qui sut coloniser le Nouveau-Monde, sillonner les mers les plus lointaines de sa marine marchande, trouver l'assurance et le crédit, défricher, dessécher, canaliser; dans tout ce passe, si riche d'entreprises et de découvertes, soyons convaincus que la jurisprudence fut sans cesse alimentée par de grandes applications de l'esprit d'association; qu'elle en a connu l'importance et le but économique, et que, par une généralisation savante de faits industriels très-nombreux et très-compliqués, elle est arrivée à asseoir le contrat de société sur ses véritables rapports intérieurs et extérieurs, à calculer avec exactitude la force relative des valeurs que ce contrat met en action, à donner au personnel une organisation sagement étudiée, et qui, se prêtant avec souplesse aux exigences de tous les cas, réunit tour à tour les avantages de l'égalité et ceux de la hiérarchie.»
Souvenirs d'un Voyage à Munich, ou Description des principaux monuments de la ville nouvelle; par Al. Lusson, architecte des travaux publics, ancien commissaire-voyer de la ville de Paris. 1 vol. in-8 de 112 p.--Paris, 1843. M. Al. Lusson est un fanatique admirateur du roi de Bavière. Pendant son séjour à Munich, il a pris un vif plaisir à contempler et à étudier les innombrables monuments élevés «par les soins de ce prince artiste et poète, qui a compris que les sciences et les arts «ennoblissent les peuples et achèvent de les polir.» A son retour à Paris, il a publié sur Munich une brochure de 112 pages, dans laquelle les artistes et les architectes trouveront une description claire, exacte et détaillée de toutes les merveilles de cette ville que les Bavarois appellent l'Athènes du Nord.
On ne s'occupe en ce moment que de costumes de chasse. La mode, qui ordinairement ne permet presque pas de variétés dans les toilettes d'homme, est plus tolérante pour celles qui sont destinées à la chasse.
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Ce dessin représente un chasseur à courre; son habit est rouge; le fouet qu'il tient à la main et le couteau de chasse fixé à son ceinturon de cuir verni sortent des magasins Verdier; sa culotte de daim et ses bottes à revers complètent un costume irréprochable de grande chasse. |
Qu'on ne suit pas étonné de voir une dame en habit de chasse à pied. Autrefois les hommes brodaient au tambour, faisaient de la tapisserie, en un mot, s'occupaient d'ouvrages de femmes pour se rapprocher d'elles; de nos jours, les élégantes se livrent aux exercices de la gymnastique et de la natation, à l'enivrement de la cigarette et aux fatigues de la chasse. Il faut bien que nous cherchions à partager les plaisirs de nos maris et de nos livres, jusqu'à ce qu'il leur plaise de revenir aux nôtres. Chaque sexe fait à son tour un pas vers l'autre, et il y a longtemps que le symbole de la mode est, comme celui de la fortune, une roue.
I. Puisque la marchande est arrivée au marché avec trois douzaines d'oeufs ou 36 oeufs, c'est qu'en passant au troisième corps-de-garde elle en avait le double de 36 augmenté de 1, ou 73; car elle en a laissé la moitié 36 et demi plus la moitié d'un, ou 37. De même, avant le second guichet, elle avait 147 oeufs; et avant le premier 295. Tels sont les nombres qui satisfont à la question.
II. Adossez à la face inférieure du linteau de la fenêtre un miroir que vous inclinerez un peu du côté de l'appartement, en sorte qu'il réfléchisse, à quelques décimètres de l'appui de la croisée, ou sur cet appui même, les objets placés au-devant et près de l'ouverture de la porte du rez-de-chaussée. En vous plaçant près de cet appui et en regardant dans le miroir, vous pourrez voir les personnes qui se présentent à l'entrée de la maison. Mais comme vous ne verriez, de cette manière, que l'image renversée de l'objet, ce qui le rendrait assez difficile à reconnaître; comme d'ailleurs il est fatigant et incommode de regarder de bas en haut, il sera mieux de placer sur l'appui de la croisée, à l'endroit où le premier miroir renvoie l'image, un second miroir plan à peu près horizontal, dans lequel on cherchera. On y apercevra l'image redressée de l'objet, presque comme si on le fixait de haut en bas en se mettant à la fenêtre; seulement il paraîtra à une distance un peu plus grande. Notre figure représente cet arrangement de miroirs et leur usage mis en action.
Le célèbre astronome Hévélins avait inventé, en 1657, un instrument ayant quelque analogie avec l'appareil que nous venons de décrire. Comme cet instrument, destiné à faire apercevoir par réflexion des objets qui auraient été invisibles directement, semblait à son auteur devoir être utile à la guerre, il avait reçu le nom de polémoscope (polemos, combat; scopéô, je vois); mais le polémoscope n'a probablement été jamais beaucoup employé à cet usage, et on y a renonce peut-être plus vite encore qu'aux aérostats, qui avaient eu pourtant quelque influence, au moins morale, comme chacun sait, sur le gain de la bataille de Fleurus.
I. Tirer par-dessus l'épaule un coup de pistolet aussi sûrement que si l'on couchait en joue.
II. Un homme est sorti de chez lui avec une certaine quantité de napoléons pour faire des emplettes. A la première, il dépense la moitié de ses napoléons et la moitié d'un; à la seconde, il dépense aussi la moitié de ses napoléons et la moitié d'un; à la troisième pareillement, et il rentre chez lui ayant dépensé tout ce qu'il avait emporte, et sans avoir jamais changé de l'or pour de l'argent. On demande combien il en avait.
III. Même question, en supposant que c'est seulement à la quatrième, à la cinquième, à la sixième emplette, etc., que tout a été dépensé.
La solution de ce problème est facile.--Placez le journal de côté, joignez le cou du chien dont la tête est en haut avec la queue de celui qui a la tête en bas; tracez une autre ligne parlant du coude de la patte de devant, et prolongez-la jusqu'à la patte de derrière; retournez le papier, et faites de ce côté la même opération.
Quelques erreurs se sont glissées dans l'article que nous avons consacré au statuaire Cortot. Sans attendre qu'on nous les signale, nous nous empressons de les rectifier, et nous les expliquons par la difficulté de réunir en peu de jours les matériaux nombreux et épars d'une biographie inédite. Parmi les oeuvres que nous avons citées, nous avons omis de dire que les unes avaient été exécutées et placées, mais que d'autres étaient seulement à l'état de modèles. De ce nombre sont: la Justice, composée pour l'une des assises du grand escalier de la Bourse; Louis XVI et quatre figures, pour le monument expiatoire de la place Louis XVI. Nous avons confondu à tort cette dernière statue avec celle que M. Bosio a faite pour la chapelle expiatoire de la rue d'Anjou; Cortot n'a exécuté pour cet édifice que le groupe en marbre de Marie-Antoinette soutenue par la Religion.
La Ville de Paris, figure de 8 mètres (vingt-quatre pieds), fut commandée à J.-P. Cortot en même temps qu'un fleuve de 5 mètres (quinze pieds), en bronze, à M. Pradier, pour la fontaine de l'Éléphant; les modèles seuls ont été exécutés.
L'Immortalité a figuré à la porte de la Chambre des Députés, le jour de la translation des cendres de l'Empereur; mais le bronze n'en est pas encore fondu. La statue de Charles X, que plusieurs artistes nous ont dit n'avoir jamais vue, avait été faite par Cortot en 1827, avec la collaboration de M. Caillouette; elle était, avant 1850, à l'Hôtel-de-Ville. Dans notre liste des travaux de Cortot, nous avons oublié de comprendre un bas-relief pour l'arc du Carrousel, exposé en 1824, et deux villes de la place de la Concorde, Nantes et Brest.
Ce fut aux eaux de Vichy que Cortot éprouva les premières atteintes d'une hydropisie symptomatique déterminée par une autre affection dont il souffrait depuis longtemps. M. Drolling, peintre, abandonna ses travaux et ses élèves pour aller donner des soins à son ami mourant, et le ramena à Paris.
A la cérémonie funèbre, le 16 août, les coins du poète étaient tenus par MM. Raoul-Rochette, Bosio, Blondel et Jarry de Maney, professeur d'histoire à l'École des Beaux-Arts. M. Émery représentait la famille. Nous avons donné une analyse fidèle des discours que nous avons entendus et que nous avons sous les yeux, imprimés par Firmin Dudot pour être distribués aux membres de l'Institut.
Ces rectifications prouveront à nos lecteurs que nous n'épargnons rien pour être d'une rigoureuse exactitude.
Un effet de lune.
TROIS CITATIONS CLASSIQUES.