Avenir, mot puissant qui charme ou désespère,

Que la bouche en tremblant commence sur la terre,

Que ta pensée achève aux cieux.

Aura-t-elle le bonheur de voir tous ses souhaits exaucés? Nous n'oserions pas l'affirmer; elle-même a paru en douter dans une des pièces de vers intitulée Poésie et Sommeil:

Quand de sa main séduisante et naïve,

La jeunesse, en riant, penchait mon front rêveur,

De l'avenir, pour moi, l'image la plus vive

Etait le bouton d'une fleur.

S'écartant par degrés, les voiles qui te couvrent

Laissaient voir le bonheur à mon regard charmé,

Comme les pétales s'entr'ouvrent

Pour montrer de la fleur le disque parfumé.

Ce bonheur, c'était la tendresse:

Je rêvais un amour par l'hymen couronné,

Amour profond, pur, plein d'ivresse!

Cet amour. Dieu me l'a donné.

Je rêve encor!... Plus ardent, plus austère,

L'avenir, de la gloire est pour moi le flambeau.

La gloire! et je suis femme!... Ah! fuis! noble chimère...

Mais que ton prestige était beau!

Si la noble chimère a cru devoir obéir à cet ordre, qu'elle se hâte de revenir; madame Bayle-Mouillard--nous en prendrions au besoin l'engagement pour elle--ne la forcera pas une seconde fois à s'éloigner.

Et fugit ad salices, et se cupit ante videri.

Mais aussi n'aurait-elle pas raison de désobéir?



Orfèvrerie.

Les arts charment nos moments de loisirs.--Parler des arts, les rechercher, s'y connaître, est devenu de nos jours une prétention généralement répandue. Je dirai plus, c'est un besoin; aussi avons-nous vu bien des réputations imméritées avant que des hommes de goût et des apôtres des arts aient sacrifié leurs veilles et leur fortune à éclairer le public. Honneur au commerçant qui ne craint pas d'affronter les préventions de la mode et qui force le pays, malgré lui, à s'enrichir de chefs-d'oeuvre! honneur à l'artiste qui sait plier son génie aux détails des objets de commerce! honneur enfin à l'ouvrier qui a su se rapprocher de l'artiste ou devenant plus habile! Toutes ces réflexions nous ont été suggérées au simple aspect d'un dressoir du salon de la maison Morel. On va voir des bazars, ou court à des expositions pour y chercher des choses curieuses, des chefs-d'oeuvre: là, chaque chose est curieuse, chaque objet est un chef-d'oeuvre.


Vase commandé à M. Morel par l'empereur de Russie, pour prix de courses.

Modèle d'épée pour le corps diplomatique.

Prenons pour exemple ce vase commandé par l'empereur de Russie pour être offert comme prix de course. Quelle perfection de ciselure! quelle richesse d'ornementation! Un génie tenant un écusson sur lequel doit être gravé le chiffre du vainqueur, me paraît une idée neuve et préférable à l'antique Renommée offrant une palme ou une couronne. D'ailleurs ici la gloire doit être modeste: ce n'est pas un éclatant fait d'armes, ce n'est pas un travail savant et pénible que le monarque doit récompenser; c'est tout simplement un cavalier qui, grâce à son sang-froid et à sa hardiesse, stimule la vigueur de son cheval et atteint le but désigné avant ses concurrents. C'est un art utile que celui de l'équitation, et les souverains l'ont encouragé dans tous les temps de la même manière. Nous trouvons dans l'antiquité que les prix de course étaient des vases ou des coupes sculptés par les artistes les plus célèbres de l'époque. Les anses, qui s'élèvent des deux bras du génie et qui vont se recourber à l'orifice du vase où elles s'attachent par deux têtes de chimères; les serpents qui ornent la portion supérieure et les têtes de chevaux qui rappellent sa destination, tout cela forme un gracieux ensemble, sans nuire au galbe élégant et sévère du vase. A la vue de ce beau travail, on croirait presque Benvenuto revenu parmi nous.

Voici une épée sortie des mêmes ateliers, et dédiée au corps diplomatique. Tout en admirant le fini du travail du pommeau, l'heureuse idée de la légende: «Dieu protège la France!» qui enlace les trois écussons rappelant trois époques chères au pays. Ou pourra ne pas approuver complètement l'auteur d'avoir mis le chiffre du roi sur la plaque de la garde. C'est trop personnel. Les représentants de la France ne doivent porter que les armes de la France.--Quant à la garde, ce serait une très-jolie anse pour un vase; mais le dessin nous semble trop tourmenté et trop léger pour une épée.



Amusements des Sciences.

SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSÉES DANS LE DERNIER NUMÉRO.

1. Ce problème est fort ancien. On le proposait déjà dans les écoles grecques vers le commencement de l'ère chrétienne, et il nous a été transmis en vers grecs parmi les épigrammes du recueil connu sous le nom d'Anthologie. Voici la traduction en vers latins de l'énoncé que nous avons donné précédemment en français;

Una cum mulo portabat asella,

Atque suo graviter sub pondere pressa gemebat,

Talibus at dietis mox inerepat ipse gementem:

Mater, quid luges, tenerae de more puellae?

Dupla tuis, si des mensuram, pondera gesto;

At si mensuram accipias, aqualia porto.

Die mihi mensuras, sapiens geometer, istas?

L'analyse raisonnée du problème a aussi été exprimée en vers latins que voici?

Unam asina accipiens, amittens mulus et unam,

Si fiant aequi, certè utrique antè duobus

Distabant a se. Accipiat si mulus at unam,

Amittatque asina ubam, tune distantia fiet

Inter eus quatuor. Muli at cùm pondera dopla

Sunt asinae, huic simplex, mulo est distancia dopla,

Ergo habet haec quatuor tantùm, mulusque habet octo.

Unam asinae si addas, si reddat mulus et unam

Mensuras quinque haec, et septem mulus habebunt.

C'est-à-dire:

Puisque, le mulet donnant une de ses mesures à l'ânesse, ils se trouvent également chargés, il est évident que la différence des mesures qu'ils portent est égaie à deux. Maintenant, si le mulet en reçoit une de celles de l'ânesse, la différence sera quatre; mais alors le mulet aura le double du nombre des mesures de l'ânesse: conséquemment le mulet en aura huit et l'ânesse quatre. Que le mulet en rende donc une à l'ânesse, celle-ci en aura cinq et le premier en aura sept. Ce sont les nombres de mesures dont ils étaient chargés, et la réponse à la question.

II. Rangez les 21 cartes en trois paquets de 7 chacun, en plaçant successivement ces cartes sur les trois paquets, de manière que si l'on suppose les cartes portant des numéros qui expriment leurs rangs primitifs, le premier paquet renferme les numéros 1, 4, 7, 10, 13, etc.; le second, les numéros 2, 5, 8, 11, 14, etc.; le troisième, les numéros 3, 6, 9, 12, etc.

Demandez à la personne qui a pensé une de vos 21 cartes, dans quel paquet se trouve cette carte, et placez ce paquet au milieu des deux autres; puis, rangeant de nouveau les cartes sur une table en trois paquets, de la même manière que la première fois, faites-vous désigner le paquet on sera tombée la carte pensée. Réunissez, comme précédemment, les trois tas en un seul, en mettant au milieu celui qu'on vous a désigné; puis, distribuant de nouveau les cartes en trois paquets, demandez une dernière fois celui où se trouve la carte pensée. Cette carte occupera le quatrième rang: il vous sera donc facile de la trouver.

Pour dissimuler votre procédé, vous pourrez, intercaler entre les deux autres le tas désigné en dernier lieu; puis jetant successivement vos cartes sur la table avec rapidité, vous saurez que la onzième est celle qu'on vous demande.

Il est facile de se rendre compte de ce procédé. En effet, lorsque l'on a mis une première fois au milieu le tas où se trouve la carte pensée, comme chacun des 3 tas est de 7, elle ne peut occuper qu'un rang marqué par un des nombres

8, 9, 10, 11, 12, 13, 14.

Or, si on range de nouveau les cartes en trois paquets, en leur assignant des numéros déterminés par les rangs qu'elles occupent après leur première réunion, la composition des paquets sera représentée dans le tableau ci-dessous:

        Premier paquet.         Second paquet.         Troisième paquet.

               1                     2                        3
               4                     5                        6
               7                     8*                       9*
              10*                   11*                      12*
              13*                   14*                      15
              16                    17                       18
              19                    20                       21

La carte pensée ne pourra donc occuper que le quatrième ou le cinquième rang dans le premier paquet; que le troisième, le quatrième ou le cinquième rang dans le second paquet; que le troisième, le quatrième rang dans le troisième paquet. Nous marquons par des astérisques ces diverses positions.

Maintenant, si on met au milieu des deux autres celui des trois tas où elle se trouve, elle ne peut occuper évidemment que le dixième, le onzième ou le douzième rang. Or, d'après le tableau précédent, les cares numérotées 10, 11 et 12 occupent chacune le quatrième rang de leur paquet. Si donc on désigne le tas où se trouve la carte pensée, cette carte sera connue.


NOUVELLES QUESTIONS A RÉSOUDRE.

I. Une femme de la campagne porte des oeufs au marché dans une ville de guerre où il y a trois corps-de-garde à passer. Au premier elle laisse la moitié de ses oeufs et la moitié d'un; au second, la moitié de ce qui lui restait et la moitié d'un; au troisième, la moitié de ce qui lui restait et la moitié d'un. Enfin elle arrive au marché avec trois douzaines d'oeufs. Comment cela peut-il se faire sans rompre aucun oeuf?

II. Disposer un appareil au moyen duquel on puisse voir du premier étage les personnes qui se présentent à la porte de la maison sans se mettre à la fenêtre et sans être aperçu.



Problème de Dessin.

Au moyen de quatre traits transformer les deux chiens adossés en deux chiens courant en sens opposé.

(La solution au prochain numéro.)


Rébus.

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.

Un sceptique occasionna souvent, dans des États, l'agitation la plus dangereuse.