Title: Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second
Author: active 16th century seigneur de La Mothe-Fénelon Bertrand de Salignac
Release date: November 12, 2011 [eBook #37987]
Most recently updated: January 8, 2021
Language: French
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DE
BERTRAND DE SALIGNAC
DE LA MOTHE FÉNÉLON,
AMBASSADEUR DE FRANCE EN ANGLETERRE
DE 1568 A 1575.
PUBLIÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS
Sur les manuscrits conservés aux Archives du Royaume.
TOME DEUXIÈME
ANNÉE 1569.
PARIS ET LONDRES.
1838.
Des Ambassadeurs de France
EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE
PENDANT LE LXVIe SIÈCLE
Conservés aux Archives du Royaume,
A la Bibliothèque du Roi,
etc., etc.
ET PUBLIÉS POUR LA PREMIÈRE FOIS
Sous la Direction
DE M. CHARLES PURTON COOPER.
PARIS ET LONDRES.
1838.
INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES
DES AMBASSADEURS DE FRANCE
EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE
PENDANT LE XXVIe SIÈCLE.
Paris.—Imprimerie PANCKOUCKE, rue des Poitevins, 14.
AU TRÈS-NOBLE
HENRI PETTY FITZMAURICE
MARQUIS DE LANSDOWNE
LORD PRÉSIDENT DU CONSEIL
DE SA MAJESTÉ
LA REINE DE LA GRANDE-BRETAGNE.
CE VOLUME LUI EST DÉDIÉ
AVEC L'AGRÉMENT DE SA SEIGNEURIE
PAR
SON TRÈS-HUMBLE, TRÈS-OBÉISSANT ET TRÈS-DÉVOUÉ
SERVITEUR
CHARLES PURTON COOPER.
—du IIIe de juing 1569.—
(Envoyée par Jehan de Bouloigne.)
Plainte faite par l'ambassadeur à Élisabeth contre la saisie de ses dépêches, et la conduite des députés envoyés par elle en Allemagne.—Il demande formellement, au nom du roi de France, qu'elle porte secours à la reine d'Écosse et lui fasse rendre sa couronne.—Explications données par Élisabeth, au sujet des reproches qui lui sont adressés.—Promesses qu'elle fait de continuer avec la France les relations les plus amicales.—Nouvelle de la mort de M. d'Andellot.—Rumeur causée à Londres par des accusations d'empoisonnement sur M. d'Andellot, et de tentatives d'empoisonnement sur l'amiral de Coligny, M. de La Rochefoucault et de Montgommery.—Effet produit par la nouvelle, encore incertaine, que le duc de Deux-Ponts a passé la Loire.
Au Roy.
Sire, j'ay esté, durant ces festes de Pentecoste, devers la Royne d'Angleterre à Grenuich, pour trois principales occasions; l'une, pour luy compter l'estat de voz affères, ainsy que, par voz lettres du xıııȷe du passé, il vous a pleu me le commander; l'aultre, pour luy remonstrer aulcuns mauvais déportemens de ses ministres en Allemaigne; et la troisiesme, pour le faict de la Royne d'Escoce. Je luy ay commancé mon propos par me plaindre grandement à elle de l'interception et divertissement, que le maistre de la poste de Canturbery a ozé fère, d'ung vostre paquet et d'ung paquet de Mr. de Gordan, des mains du postillon qui me les aportoit, luy remonstrant qu'il les avoit transportez en lieu, où l'on me les avoit retenuz deux jours, et puys m'avoient esté renduz par ung des gens de son principal secrétaire, Me. Cecille, en si mauvais estat qu'encor qu'ilz apareussent aulcunement cloz, ilz ne monstroient toutes foys qu'on leur eust gardé le respect deu aulx lettres et cachet d'ung si grand prince; ce qui me faisoit croyre que l'indignité n'estoit procédée d'une telle princesse comme elle, ny de son commandement, ains de la malicieuse curiosité et extrême passion de ceulx qui, en plusieurs aultres mauvaises sortes, avoient, ceste année, miz souvent la dicte Dame en hazard de perdre le bien de la paix et amytié de Vostre Majesté et celle de vostre royaulme: dont la suplioys humblement qu'elle m'en vollût fère avoir rayson.
A quoy elle, monstrant n'estre aulcunement contante, m'a respondu que, à la vérité, c'estoit chose qui n'estoit advenue de son sceu, et bien fort à son regrect, mais que Milaris Coban venoit de luy bailler des lettres de son mary, qui est gouverneur du quartier, où cella a esté faict, par lesquelles il luy donnoit compte du tout, et comme le postillon estoit un homme nouveau, lequel venant, sans passeport, en la compaignye d'aulcuns Angloys qui estoient passez en mesmes temps de Flandres pour servyr d'espyes, s'estoit avec eulx randu si suspect, qu'on les avoit toutz foillez et visitez ensemble; dont me prioyt d'excuser, pour ceste foys, la détention de mon dict paquet, et qu'elle ne lairoit pourtant de me fère avoir réparation du tort qu'on m'y pourroit avoir faict.
Je luy ay répliqué que les paquetz de Vostre Majesté avoient accoustumé de servir de passeport et de seureté à ceulx qui les pourtoient, dont ne restoit aulcune bonne excuse pour ceulx qui m'avoient si fort offancé, lesquelz, continuans ainsy de plus en plus se porter toutjour fort mal envers Vostre Majesté, seroient en fin cause de vous fère monter au cueur ung juste desir de rescentiment, et que leur entreprinse avoit esté bien fort vayne en cest endroict, car je ne leur eusse que trop volontiers communiqué ceste dépesche, à laquelle je m'asseuroys qu'ilz n'eussent prins le playsir, que j'espéroys que la dicte Dame auroit, d'y veoir les affères de Vostre Majesté en très bonne disposition, la priant d'avoir agréable d'en ouyr le récit.
Et ayant la lettre en la main, je luy leuz incontinent toute cette partie qui concernoit le bon estat de voz dictes affères, et la calompnye et menterye de ceulx qui en parloient aultrement, et l'asseurance de vostre amytié envers la dicte Dame avec la correspondance que vous desiriez d'elle: laquelle monstra avoir le tout fort agréable, et fut une chose qui vint bien à propos pour aulcunes matières, qui estoient lors en termes en ceste court; lesquelles se menoient diversement sellon la diversité des novelles, que les ungs et les aultres représentoient de la guerre de France; à l'occasion de quoy elle s'arresta davantaige sur le discours de la dicte lettre et m'y fyt plusieurs demandes, ausquelles je miz peyne de satisfère: puys luy diz que, de tant que vous ne vouliez garder aulcune malle impression ny réserver rien sur vostre cueur contre elle, vous la priez de vous esclaircyr d'une chose qu'on vous avoit mandée d'Allemaigne, c'est que ses agentz par dellà faisoient de si mauvaiz offices et si contraires à vostre service que, quant elle vous auroit déclairé la guerre, ilz ne se monstreroient plus ouvertement voz ennemys qu'ilz faisoient, provoquans et incitans les princes protestans d'Allemaigne de fère et continuer la guerre en vostre royaulme, et employent le nom et le crédict d'elle, pour leur trouver des deniers; et, que mesmes l'on vous avoit mandé que Quillegrey, et ung aultre des siens, qui se tient à Francfort, estoient sur le point de leur faire fornyr quatre vingtz ou cent mille tallartz, avec promesse de plus grand somme, quant la flotte de Londres seroit arrivée en Hembourg: ce que vous ne vouliez ny pouviez croyre que procedât aulcunement d'elle, estant chose qui répugnoit grandement à la paix, et aulx promesses, et sèremens, que vous avez juré, de procurer le bien et évitter le mal loyaulment l'ung de l'aultre, et trop contraire à l'honneur de la parolle qu'encores freschement elle vous avoit donnée de la continuation de son amytié, mais que c'estoient aulcuns mal affectionnez, transportez de passion, qui abusoient ainsy de son authorité, et ne se soucyoient d'allumer, par ce feu couvert qui estoit plus cuysant que si la flamme en paroissoit, une guerre entre vous, pourveu qu'ilz vinsent à boult de leurs intentions, ce que vous la priez très instantment de fère cesser.
Et luy tins ce propoz, Sire, tant par ce que j'avois des adviz conformes à cella que pour ayder de divertyr une levée de deniers qu'on estoit après à fère icy; à laquelle je sçavoys qu'aulcuns seigneurs de ce royaulme contradisoient.
De quoy la dicte Dame, voulant donner satisfaction à Vostre Majesté, m'a dict que, à la vérité, elle avoit deux agentz en Allemaigne, l'ung nommé Du Mont, homme vieulx, catholique, ancien serviteur du feu Roy son père, qui se tenoit en une sienne mayson prez de Francfort, et l'aultre Quillegrey, gentilhomme anglois, bien affectionné à son service, par lesquelz deux elle entretenoit l'amytié des princes allemans, lesquelz se monstroient très affectionnez de la continuer envers elle, tout ainsi qu'ilz l'avoient toutjour heue ferme et constante envers le dict feu Roy son père, mesmes qu'elle pouvoit compter le duc Auguste, le lansgrave de Esse, les palgraves et aultres principaulx princes de dellà, pour ses fort inthimes amys, et me vouloit bien dire qu'elle, avec eulx, avoient ensemblement pourveu à leurs affères contre ceulx qui vouloient exterminer leur religion; mais qu'au reste, ses agens n'avoient eu jamais charge de fère ny procurer rien en particullier contre Vostre Majesté, et m'asseuroit qu'il n'y avoit esté aulcunement forny argent, au moins par nul moyen qui procédât d'elle, sans lequel je pouvois croyre que ses gens n'estoient pour trouver guyères grandz sommes, et qu'elle vous remercyoit grandement de l'honnorable jugement que vous feziez de son intention, en ce que, quant le dict adviz seroit véritable, vous l'en vouliez tenir deschargée; ce qu'elle vous prioit de croyre, qu'encor qu'on luy représentât plusieurs occasions, qu'elle n'estoit pour en prendre jamais pas une de ceste sorte à couvert contre vous; ains envoyeroit ouvertement la vous notiffier: mais que vous la trouverez fère profession sinon de prudence, au moings d'intégrité, en tout ce qu'elle vous avoit promiz; adjouxtant plusieurs aultres propos assés longs, lesquelz il est bien besoing que Voz Majestez sachent, mais je réserve les vous fère entendre par homme exprès.
Et m'a esté dict que ceste mienne remonstrance a eu desjà quelque effect, mais je métray peyne de le sçavoir mieulx pour vous en asseurer par mes premières. Et pour la fin, je l'ay remercyée au nom de Voz Majestez, de la bonne et vertueuse dellibération qu'elle monstre prendre meintennant ez affères de la Royne d'Escoce pour la remettre en son estat, ainsy que Mr. l'évesque de Ross me l'a particullièrement racompté, la supliant d'y pourvoir si bien, et si à temps, que le retardement n'y puysse plus engendrer de difficulté, et qu'elle se veuille acquérir seule l'honneur de la plus honnorable entreprinse qui soit escheue, de nostre temps, en main de nul prince chrestien, sans excepter celle de l'empereur Charles Ve en la restitution qu'il fit du Roy de Tunes[1], car ce fut pour ung pays mahumétan, en hayne de Barberousse, qui infestoit l'Espaigne, là où ceste cy est une légitime et héréditaire princesse, sa parante, qui ne luy a faict jamais desplaysir, et est venue, en la confiance de sa parolle, recourir à elle, luy requérant, en bonne sorte et avec beaulcoup d'humillité, son promiz secours; oultre que par ce moyen, plus que par nul aultre qui se puysse jamais offrir, elle satisfera grandement à toutz les princes de la terre, mesmement à Voz Majestez Très Chrestiennes, qui luy en aurez obligation; luy voulant bien dire, de la part d'icelles, que, sans l'attante de son dict secours, vous vous fussiez desjà efforcez, quelz affères que vous ayez sur les bras, de pourveoir à ceulx de la dicte Dame, sellon que vous y estiez, par les trettez et par ung honneste debvoir, obligez; qui ne vouliez, en façon du monde, laysser ung si mauvaiz exemple de vous à voz alliez et confédérez, que vous fussiez veuz habandonner la cause de ceste princesse, laquelle tenoit le lieu de la principalle et plus ancienne alliance de vostre coronne.
A quoy la dicte Dame m'a respondu, et semble que ce a esté de bonne affection, qu'encor qu'elle ayt à considérer l'obligation qu'elle a à la justice du murtre du feu Roy d'Escoce, qui estoit son subject, et à la cession que la dicte Dame a faicte du tiltre qu'elle prétandoit de ce royaulme à Monsieur, frère de Vostre Majesté, et à d'aultres différendz, qu'elles ont à démesler ensemble touchant leurs deux royaulmes, qu'elle, néantmoins, pourvoirra si bien à son affère qu'on cognoistra qu'elle luy porte plus d'amytié et de bienveuillance qu'elle ne s'est aymée elle mesmes.
Lequel propos s'est estendu en responses et répliques, touchant la justice sur les princes souverains, comme elle est réservée à Dieu seul; et touchant la cession du tiltre d'Angleterre, comme c'est ung malicieulx artiffice pour irriter la dicte Dame contre la France et contre ceste pouvre princesse, lequel se trouvera manifestement faulx; et en aultres discours, qui excèderoient par trop la mesure d'une lettre, de les adjouxter icy; par quoy les remettray à une aultre foys, et prieray atant le Créateur après avoir très humblement baysé les mains de Vostre Majesté qu'il vous doinct, Sire, en parfaicte santé, très heureuse et très longue vie, et toute la grandeur et prospérité que vous desire.
De Londres ce ııȷe de juing 1569.
A la Royne.
Madame, il vous plairra veoir, en la lettre du Roy, le compte, que je donne à Voz Majestez, de certains propoz que j'ay naguières tenuz à la Royne d'Angleterre et des responces qu'elle m'y a faictes, parmy lesquelles j'ay recuilly de ses discours aulcunes aultres particularitez, que je réserve vous fère entendre par le premier des miens que je vous dépescheray; et vous diray davantaige, Madame, que j'ay adviz qu'on a, secrètement et en grand dilligence, dépesché le Sr. Gilles Grays, avec ung brigantin à rames, devers Me. Oynter, pour luy dire qu'aussitost qu'il aura conduict la flotte en Hembourg, il ayt à la laysser là, et qu'avec les grandz navyres, hommes et tout son aultre équipaige de guerre, il fasse incontinent voyle vers les quartiers d'Escoce; mais je n'ay encores descouvert pour quelle occasion, seulement je présume que c'est pour s'opposer à l'entreprinse qu'on leur a persuadée du capitaine St. Martin, de laquelle je vous ay naguières faict mencion, ou bien pour remédier aulx affères d'Irlande. Je travailleray d'en sçavoir la certitude.
L'on a vollu, ici, calompnier la nouvelle de la mort de Mr. Dandellot, affirmans y avoir lettre, du vıȷe de ce moys, de la Rochelle, qui monstroit le contraire; mais j'entendz que, devant hyer, il vint lettres à ceste Royne de son ambassadeur, Mr. Norrys, par lesquelles il luy en confirme la mort, et luy mande davantaige qu'il y a gens en vostre court, qui poursuyvent leur reccompence pour avoir empoysonné Mr. l'Admyral, Dandellot, de La Rochefoucault et de Montgommery, jouxte la certitude, qui aparoit desjà, de ce qui est advenu du dict Sr. Dandellot, lequel ayant esté ouvert s'est trouvé empoysonné, et que, sur leur vye, il s'ensuyvra bientost la semblable espreuve des aultres; et que le duc de Deux Pontz a passé la rivière de Loyre à la Charité, dellibérant s'acheminer, par Dun le Roy et Bourges, droict à l'exécution de son entreprinse sellon sa première intention, et que Voz Majestez estiez à Orléans pour assembler vostre camp. Lesquelles nouvelles ont diversement esmeu ceste court; dont je prendray garde si elles y produyront rien de nouveau.
Au surplus, la pratique d'accord que je vous ay mandée, qu'on commançoit avec l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, se continue toutjour, mais assés froidement, et la met on en termes, par des personnes qui s'en meslent, sans fère semblant d'y estre employez; mais il y aparoit une telle jalouzie et compétance des entremetteurs, que je ne voy que cella preigne encores ung si droict chemyn qu'il s'en puysse espérer, de long temps, la conclusion. Une chose, à la vérité, y concourt des deux costez, c'est ung desir d'accorder et évitter la guerre, et n'y a que la formalité et le poinct de la réputation, et quelque partie de la restitution qui y met le retardement. Je bayse très humblement les mains de Vostre Majesté, et prie Dieu qu'il vous doinct, Madame, en parfaite santé, très longue vie et toute la prospérité que vous désire.
De Londres ce ııȷe de juing 1569.
—du Xe de juing 1569.—
(Envoyée par Jehan Valet jusques à Calais.)
Prise de la Charité et passage de la Loire par le duc de Deux-Ponts.—Intelligence des Anglais avec ce prince.—Désir qu'ils ont de profiter des succès remportés par les Allemands en France, pour tenter de recouvrer Calais.—Nouveaux préparatifs de guerre.—Assurance est donnée à l'ambassadeur qu'ils ne sont pas dirigés contre la France.—Crainte que la flotte de la Rochelle, dont le retour n'est point annoncé, ait été retenue pour le service des protestants.—Mise en liberté des mariniers espagnols.—Assurance est donnée à l'ambassadeur, par lettre du roi, que M. d'Andelot n'est pas mort par le poison.—Projet de convention pour la restitution des prises.—Noms des commissaires anglais qui ont été désignés pour se rendre à Rouen.
Au Roy.
Sire, la dépesche que j'ay faict à Voz Majestez, devant ceste cy, est du #305;#305;ȷe du présent, et, despuy, m'ayant esté donné quelque adviz que la prinse de la Charité, et le passaige de l'armée du duc de Deux Pontz par dellà la rivière de Loyre, commançoient de remectre en vigueur dans ce conseil la querelle de Callais, et encores d'aultres partiz (que j'ay eu occasion d'avoir fort suspectz, pour me venir devant les yeulx), que l'avance, qu'ilz ont faicte d'aulcuns deniers à l'entreprinse des princes d'Allemaigne, n'a volontiers esté sans y conclure quelque marché pour eulx, et qu'il y a aparance que le dict Duc ne s'est hazardé d'entrer si avant en pays, sans estre bien asseuré de leur intelligence; j'ay travaillé, par le prétexte de négocier, avec les seigneurs du susdict conseil, d'aulcunes particularitez (comme de la prinse de mon paquet;—de la pleincte que j'ay dernièrement faicte à la Royne, leur Mestresse, touchant le mauvais office de ses agentz en Allemaigne;—de ma réplicque sur les responces qu'ilz ont données à mes précédantes remonstrances, laquelle, tout exprès, je leur ay de nouveau baillée par escript;—et du faict de la Royne d'Escoce); de tirer principallement quelque notice de ceste aultre affère, dont ay aprins, Sire, que, à la vérité, il a esté par aulcuns miz en avant de se prévaloir de la présente occasion des adversitez de vostre royaulme, et qu'il ne failloit qu'ilz s'attendissent d'en avoir jamais une aultre plus à propos, pour pouvoir fère leurs besoignes en France. Mais, ou soit pour la naturelle inclination, que ceste Royne a à la paix; ou pour la recordation du Hâvre de Grâce; ou pour n'estre les principaulx seigneurs accordans à la guerre, ou pour n'avoir bien prest ce qui leur faict besoing pour la commancer, ou encores, qui est plus à croyre, pour estre le playsir de Dieu d'ainsy disposer meintennant les personnes et les présens affères de ce royaulme, la dellibération n'est passée si avant que je vous en veuille encores mettre en peyne, et je travailleray cependant, aultant qu'il me sera possible, de la divertir du tout.
Seulement, Mr. l'admyral d'Angleterre, sur une grande crierye et remonstrance qu'il a faicte, comme il estoit bien adverty qu'après avoir, à mon instance, et pour satisfère à Vostre Majesté, nettoyé, de leur costé, la mer de pirates, l'on armoit meintennant navyres et vaysseaulx à force, par toutz les portz et hâvres de vostre royaulme, pour remplir vostre mer, de dellà, de nouveaulx pillartz, et ayant touché aussi quelque mot du passaige de voz gallères par deçà, il a obtenu commission de pourvoir dilligentment à tout ce qu'il verra estre requiz, concernant le faict de sa charge, pour garder que les pays et subjectz de la dicte Dame ne soyent ny offancés, ny surprins. Et ainsy, luy et Me. Cecille ont esté, despuys trois jours, à Gélingan donner ordre de rabiller et mettre promptement en équipage toutz les grandz navyres de guerre, pour s'en pouvoir servir au besoing; et Me. Ouynter, qui est desjà de retour, avec cinq de ceulx qu'il avoit mené en Hembourg, se tient à Haruich, sur l'emboucheure de la Tamize, avec tout son équipage, sans rien licencier, et les monstres généralles continuent se fère par ce royaulme, avec quelque aprest d'armes, en quoy, à la vérité, ilz procèdent de la plus grande aparance et démonstration qu'ilz peuvent, pour donner expectation de quelque grande chose aulx leurs et aulx estrangiers; mais je ne descouvre, pour encores, qu'ilz ayent en main aulcune déterminée entreprinse contre Vostre Majesté; tant y a que, comme je ne vous veulx donner allarme de ce costé que le plus tard que je pourray, bien qu'on s'esforce de me la fère desjà prendre bien grande, aussi vous supliè je, Sire, de n'en demeurer en tant de confiance que ne commandiez toutjour aulx gouverneurs et capitaines, d'icelle partie de vostre frontière qui regarde ce royaulme, de ne la laysser desgarnye, et qu'ilz ayent à prendre toutjour garde aulx surprinses qui s'y pourroient fère, qui sera ung vray moyen pour mieulx conserver la paix.
Du reste, l'on m'a faict aparoir, touchant l'interception de mon paquet, que, à la vérité, le postillon, qui le pourtoit, estoit passé en la compaignye d'un gentilhomme angloix, nommé Trassan, qui avoit demeuré absent unze ans hors du pays, et avec d'aultres escolliers angloix, qui venoient de Louvain, qu'on a souspeçonné estre toutz envoyez pour servir d'espyes par deçà, lesquelz ont esté despuys miz en pryson. Et, de ma remonstrance touchant les mauvaiz offices que les agentz de ceste Royne faisoient en Allemaigne, aulcuns du dict conseil m'ont asseuré que ce que la dicte Dame m'en avoit respondu estoit vray; aultres m'ont dict que, pour n'avoir eu cognoissance de toutes ces despesches d'Allemaigne, ilz ne me vouloient asseurer de rien, ce qui monstre qu'il en est quelque chose, mais qu'il est secrètement conduict; tant y a que j'ay quelque adviz que, despuys ma dicte dernière audience, cest ordre de fornyr xl mille {lt} esterlin, par les marchans de Londres, ès mains de Quillegrey, dont j'ay faict mencion en mes précédantes, et l'emprunct de cent mille {lt} esterlin, sur les bien aysez de ce royaulme, a esté aulcunement révoqué, et qu'en lieu de ce, a esté seulement donné commission au maire de ceste ville d'empruncter sur le crédict de la chambre de Londres, qui est comme sur la mayson de ville de Paris, par lettres du privé scel, xviiȷ ou xx mille {lt} esterlin, qui est soixante quinze mille escuz, et rien davantaige; sinon qu'on est après à fornyr vingt huict mille florins de plus pour retirer deux obligations de pareille somme, qui a esté naguières employée en quelque lieu d'Allemaigne, au nom de la dicte Dame; que touchant les aultres particullaritez, dont j'ai faict instance, pour asseurer la mer et le commerce par deçà aulx Françoys, et leur rendre leurs biens et navyres, qui y sont arrestez, et fère cesser le traffic de la Rochelle, qu'il m'y sera si bien satisfaict que j'en demeureray contant. Dont retournant, ceste après diner, trouver la dicte Dame et iceulx seigneurs, sur l'occasion de vostre dépesche du xxvııȷe du passé, que j'ay receu le ve d'estuy cy, et sur celle du ıȷe du présent, que le Sr. de Vassal, ung des miens, me vient, tout présentement, de bailler, je mettray peyne d'avoir une finalle résolution de toutes ces choses, et de confirmer la volonté de ceste princesse et de ces seigneurs, tant qu'il me sera possible, en la continuation de la paix.
La flotte de la Rochelle n'est encores de retour, de laquelle devisant hyer avec ung seigneur de ceste court d'où pouvoit venir l'occasion du retardement, veu qu'elle avoit arrivé le vııȷe de may au dict lieu, et qu'on ne met guières à charger grande quantité de sel, et qu'il a despuys faict fort bon vent pour revenir, il m'a dict qu'il souspeçonnoit que ceulx du dict lieu pourroient bien avoir retenu les vaysseaulx de la dicte flotte, pour s'en servir à transporter des hommes à quelque aultre quartier, affin de se pouvoir plus ayséement joindre à leurs aultres troupes, ou bien pour faire quelque aultre entreprinse; mais encores qu'aulcuns de deçà fussent, possible, bien consentans de telle chose, il me pouvoit asseurer que ce n'estoit au moins par dellibération du conseil, et qu'il croyoit que la Royne, sa Mestresse, n'en sçavoit rien.
Ceulx cy ont commancé procéder de quelque modération sur les affères qu'ilz ont avec le Roy d'Espaigne, ayant le maire de ceste ville, despuys deux jours, miz en liberté envyron cent pouvres Espaignolz maryniers, qui estoient dettenuz prisonniers en ceste ville despuys le commancement de ces prinses, et bien qu'on ayt serché, du commancement, de les délivrer soubz caution de dix escuz pour teste, en cas que les choses passassent à quelque ouverture de guerre; néantmoins, après que monsieur l'ambassadeur d'Espaigne a eu remonstré que telle chose s'esloigneroit trop de la bonne paix d'entre Leurs Catholique et Sérenissime Majestez, qui ne debvoit estre mise en tel doubte, et que, mesmes, le duc d'Alve, naguières, luy estant admené plusieurs pouvres maryniers et pescheurs anglois, prins sur la coste de Zélande, les avoit toutz renvoyez sans en retenir ung seul, le dict maire a, par ordonnance de ce conseil, franchement dellivré les dictz Espaignolz, et les a desjà faictz embarquer pour les passer en Flandres. Qui est tout ce que, pour ceste foys, je diray à Vostre Majesté, à laquelle baysant en cest endroict très humblement les mains, je prieray atant le Créateur qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce xe de juing 1569.
L'on me vient présentement d'advertyr qu'il a esté mandé à Me. Oynter de ramener les cinq grandz navyres dans la rivière de Rochestre; s'il est ainsy, c'est signe qu'on ne veult point encores rien entreprendre.
Monsieur le cardinal de Chatillon n'a point esté en ceste court despuys la nouvelle de la mort de son frère, de laquelle l'on dict qu'il porte un extrême regrect; il s'en est allé à quelques beings, qui sont par dellà Oxfort.
A la Royne.
Madame, j'ay miz en la lettre du Roy les principaulx poinctz que, pour ceste heure, j'ay à fère entendre à Voz Majestez, mesmes de ce que, despuys dix ou douze jours, je me suys trouvé bien perplex pour les divers adviz que, coup sur coup, l'on m'a donné comme ceulx cy se préparoient à une déclaration de guerre ou à fère une ouverte entreprinse sur quelque endroict de vostre royaulme, qui n'a esté sans que j'aye miz peyne d'aprofondir le faict, et recercher, jusques dans les volontez et intentions de ceulx de ce conseil, ce que j'en debvois bien croyre, et puys le vous mander, premier que de vous mettre en plus de peyne que celle où je comprens bien que Vostre Majesté est meintennant pour rechasser le duc de Deux Pontz hors de la France.
Sur quoy Vostre Majesté considèrera ce que j'en mande au Roy; mais, oultre que desjà j'ay déposé une partie de la peur qu'on m'en donnoit, je vays encores ceste après diner m'en esclaircyr et confirmer davantaige avec ceste Royne, et avec les seigneurs de ce conseil, sur l'occasion de tretter avec eulx du contenu ez deux dernières dépesches que j'ay freschement receues de Voz Majestez, et, par mes premières, j'espère que je vous résouldray clairement du tout. Au moins espérè je avoir toutjour notice des aultres armemens que ceulx cy pourront fère de nouveau, oultre ceulx qu'ilz ont desjà en mer, premier qu'ilz puyssent estre en estat de les employer à quelque entreprinse. Au reste, je me doubte bien que j'auray à respondre à la dicte Dame sur ce que Mr. Norrys luy a mandé de la mort de Mr. Dandellot comme elle luy a esté avancée par poyson, et a escript que c'est ung Itallien Florentin, lequel en pourchasse inpudentment la récompense à Paris, qui se vante de l'avoir aussi donnée à Mr. l'Admyral et aultres, ce que l'on mect peyne de fère avoir en si grand horreur et exécration à ceste Royne, et aulx plus grandz de sa court, que j'entendz que, despuys cella, l'on a ordonné je ne sçay quoy de plus exprès en l'essay accoustumé de son boyre et de son manger, et a l'on osté aulcuns Italliens de son service, et est sorty du discours d'aulcuns des plus grandz qu'encor qu'il ne faille dire ny croyre que telle chose ayt esté faicte du vouloir ny du commandement de Voz Majestez, ny que mesmes vous le veuillez meintennant aprouver après estre faict, que néantmoins toutz princes debvoient dorsenavant avoir pour fort suspect tout ce qui viendra du lieu d'où telz actes procèdent, ou qui y sont tollérez; et s'esforce l'on, par ce moyen, de taxer et rendre, icy, odieuses les actions de la France; et croy qu'on en faict aultant ailleurs. Mais sur l'asseurance de ce que le Roy m'a escript, par sa lettre du xıııȷe du passé, de la mort du dict Sr. Dandellot, j'asseureray fort que ce qu'on dict du poyson est une calompnie, et que Voz Majestez ne serchent ceste façon de mort, mais bien l'obéyssance de voz subjectz, et de donner ung juste chastiement à ceulx qui présument de la vous dényer.
J'entendz que ung gentilhomme françoys, nommé le Sr. de Jumelles, est despuys hyer arrivé par deçà, vennant d'Allemaigne, par la voye d'Embourg, lequel dellibère passer en France et aller trouver le duc de Deux Pontz, pour luy porter quelque asseurance d'ung nouveau renfort et secours de la part du duc de Cazimir et aultres princes protestans. J'advertiray aulx passaiges de prendre garde à luy, et Vostre Majesté, s'il luy playt, commandera d'y avoir aussi l'œil dans le pays; et je prieray Dieu, etc.
De Londres ce xe de juing 1569.
La Royne d'Escoce se porte bien, et j'attandz, dans trois jours, ung des siens qu'elle dépesche devers Voz Majestez pour avoir la déclaration de Monseigneur vostre filz sur le tiltre qu'on luy objecte qu'elle luy a cédé du royaulme d'Angleterre.
(Plus a esté miz à la lettre de Mr. de l'Aubespine, du dict jour, par postile, que:—ayant ung peu eschauffé les seigneurs de ce conseil sur la pratique de continuer la paix et le commerce d'entre ces deux royaulmes, ilz m'ont envoyé les noms des merchans qu'ilz ont ordonné passer à Roan pour la dellivrance des biens des Anglois par dellà, avec asseurance que la Royne, leur Mestresse, me baillera lettre, signée de sa main, pour fère restituer aulx Françoys leurs biens, qui sont arrestez par deçà, au mesmes jour que le Roy, par lettre aussi signée de sa main, mandera fère la dellivrance aus dictz Angloys; dont vous prie, monsieur, pendant que les choses sont en quelques bons termes, envoyer, du premier, à Mr. le maréchal de Cossé ou à moy, une lettre de Sa Majesté, qui porte en substance ce qui est contenu en ce billet à part et je procureray en avoir aultant de la dicte Dame:
«Qu'il soit le bon playsir du Roy d'accorder une lettre, signée de sa main, portant promesse que tout ce qui est prins ou arresté, des biens des Angloix, en son royaulme, leur sera randu, et la réelle dellivrance leur en sera faicte, au mesmes jour et temps que la Royne d'Angleterre, sa bonne sœur, par aultre lettre aussi signée de sa main, déclairera que ce qui a esté prins et arresté en Angleterre ou qui s'y trouvera, en essence, apartenir aulx Françoys ou que iceulx Françoys monstreront et vériffieront sommairement leur apartenir, leur sera réallement restitué; et que Sa Majesté trouve bon que ce soit le xe de juillet prochain, 1569; et, au reste, que des prinses et pilleries qui ont esté commises, d'ung costé et d'aultre, Leurs Majestez feront mutuellement administrer justice à leurs communs subjectz jouxte la teneur des trettez.»
Passeront en France, pour tretter sur le relaschement des biens arrestez des Angloix, Richart Patrik, Thomas Waker, et Françoys Benysson, marchandz de Londres.)
—du XVe jour de juing 1569.—
(Envoyée par Olyvier Champernon jusques à Calais.)
Nouvelles instances des protestants pour faire déclarer la guerre.—Entrevue de l'ambassadeur et d'Élisabeth.—Efforts de l'ambassadeur pour convaincre la reine qu'il n'y a point de ligue formée contre sa religion.—Déclaration d'Élisabeth qu'elle est certaine du contraire, mais qu'elle-même s'est liguée avec les princes protestants pour la défense de sa religion, et qu'elle n'a nul besoin de recourir aux armes.—Elle manifeste le désir de voir terminer les troubles de France par une nouvelle pacification.—Elle laisse entendre que le roi est trahi, et annonce que de nouvelles levées se font en Allemagne.—Heureux retour et désarmement de la flotte de Hambourg.—L'ambassadeur déclare qu'il a confiance dans le maintien de la paix, mais que l'on n'en doit pas moins se préparer à la guerre.—Refus fait à l'ambassadeur de lui laisser visiter l'ambassadeur d'Espagne.—Promesse d'Élisabeth de se montrer favorable à la reine d'Écosse.—Remontrances de l'ambassadeur pour assurer l'entière liberté du commerce avec la France, et faire interdire tout commerce avec la Rochelle.—Réponse du Conseil aux remontrances.
Au Roy.
Sire, suivant ce que, le xe du présent, j'ay escript à Vostre Majesté de certain adviz qu'on m'avoit donné que la Royne d'Angleterre vouloit rentrer en demandes sur le faict de Callais, et en atacher bien ferme une pratique, jusques à déclaration de guerre, par l'apuy des princes protestans, lesquelz on me disoit luy avoir promiz qu'ilz ne poseroient les armes qu'elle n'en eust quelque satisfaction, de tant que, sur le nom et crédit d'elle, il leur avoit esté forny de l'argent pour leur présente entreprinse; et entendant aussi qu'aulcuns remonstroient très instantement à la dicte Dame que, puysque les différans de la religion estoient sur le poinct d'une descizion par ung général faict d'armes, estant le duc de Deux Pontz desjà oultre la rivière de Loyre, qu'il estoit temps, pendant qu'il avoit l'avantaige, et que l'ocasion se offroit à elle, en faisant ses besoignes, de pouvoir aussi, sans aulcun dangier, moyenner une victoire, à tout le moins, ung bien asseuré establissement en sa religion, qu'elle se résolût ou de secourir, à ce coup, ouvertement, la cause, ou de se préparer aulx entreprinses des catholiques; desquelz elle sçavoit que la ligue estoit conclue et jurée, qui ne fauldroit de luy retumber bien tost sur les braz; et que, oultre ses persuasions, l'on luy en imprimoit encores d'aultres de la division et désordre qu'on luy asseuroit estre parmy voz principaulx capitaines et chefz d'armée; et qu'il n'estoit possible que vostre royaulme, en cest estat, peult tout à la foys résister aulx estrangiers et à ceulx de la Rochelle; j'ay bien vollu, Sire, pour m'esclarcyr de ce faict, après avoir, au contraire de tout ce dessus, miz peyne de disposer le mieulx que j'ay peu la dicte Dame et les principaulx d'auprès d'elle, luy aller expressément dire que Voz Majestez, par leurs lettres du xxvııȷe du passé et du xıȷe du présent, me commandiez de luy donner compte, non seulement de l'estat de voz présens affères, mais de ne faillir ordinairement l'advertir de l'entier succez qu'il plairra à Dieu vous y donner, soit bien, soit mal, estimant qu'ainsy le requiert le debvoir de vostre commune amytié, et que vous luy voulés monstrer par là de quelle confiance vous proposez vivre avec elle.
Et, ainsy, luy ay racompté que le duc de Deux Pontz a prins la Charité, non par deffault d'y avoir pourveu de bonne heure, ny que Mr. d'Aumalle n'ayt faict toute dilligence de la secourir, mais par le manquement d'aulcuns capitaines qui estoient dedans; et luy en ay racompté la façon sellon le contenu de voz lettres, et que Mr. d'Aumalle est desjà au devant de l'ennemy à Bourges et le marquiz de Bade joinct à luy avec deux mille chevaulx; et que Mr. de Nemours est prest de s'y joindre, avec d'aultres bonnes forces qu'il admène du Lyonnois, ayant recuilly, en chemyn, les deux mille chevaulx et quatre mille hommes de pied qui vous viennent d'Itallie; que Monsieur, frère de Vostre Majesté, s'est desjà aproché au Blanc, en Berry, avec ung renfort de trois mille cinq cens chevaulx et deux mille harquebuziers esleuz, de sorte que Vostre Majesté va mettre ensemble une des plus fortes et puyssantes armées qu'on ayt, long temps y a, veu en l'Europe; que Mon dict Seigneur, oultre ce dessus, a layssé bonnes forces en Guyenne pour empescher que ceulx de la Rochelle ne se puissent mettre en campaigne, ny rien entreprendre, ny les Viscomtes passer oultre pour se venir joindre au dict duc de Deux Pontz, comme on luy avoit promis qu'ilz feroient; et que, s'en allant Vostre Majesté à Orléans, pour estre plus près de voz forces, la Royne s'est advancée vers Mon dict Seigneur, vostre frère, pour résouldre, avec luy et avec les principaulx capitaines du camp, du temps, du lieu et de la façon qu'on combattra le dict duc; qu'au reste le cours de ceste guerre monstre bien meintennant que les catholiques n'ont poinct de ligue faicte entre eulx, car s'ilz en avoient, il est sans doubte que le pape auroit desjà dressé armée, soubz la conduicte de quelque prince d'Itallye, pour marcher contre les Allemans; que l'empereur eust gardé les dictz Allemans de sortir de leur pays, ou seroit meintennant en armes contre eulx; que le Roy d'Espaigne auroit, dez l'entrée du printemps, envoyé le duc d'Alve, comme Vostre Majesté avoit faict Mr. d'Aumalle, avec une puissante armée, sur les terres des princes protestans, ainsy qu'eulx ont bien ozé entrer en Flandres et en la Franche Comté; mais qu'elle voyoit bien que chacun y alloit pour son particullier, et que Vostre Majesté soubstenoit seul tout ce faiz, qui ne combatiez que pour le recouvrement de l'obéyssance de voz subjectz, laquelle Dieu vous feroit bien tost avoir: car c'estoit icy leur extrême remède; et j'espérois, Dieu aydant, que les premières nouvelles seroient d'une continuation de vostre victoire, aussi bien sur le dict duc, comme elle avoit esté heureusement commancée et poursuyvye sur les aultres.
Lequel propos, Sire, Vostre Majesté comprend assés pourquoy je le luy ay tenu en ces termes, sans que je l'expéciffie davantaige; et certes, la dicte Dame s'y est trouvée si bien disposée qu'après beaucoup de mercyemens de la faveur et démonstration de confiance que uzés envers elle, elle m'a respondu que je debvois croyre, sans aulcun doubte, qu'elle sentoit ung plus grand plésir que aulcuns, possible, ne pensent de ce que Voz Majestez avoient miz ung bon ordre et une bonne provision à bien asseurer leur estat et l'estat de leurs présens affères, desquelz elle ne vouloit ny la décadence, ny la ruyne; ains, quant il y en adviendroit, qu'elle n'en auroit guières moins de desplaysir que s'il mésadvenoit aulx siens propres, vous priant de croyre que vous ne la trouverez jamais contraire à la cause de vostre authorité; mais que, aultant que la dicte cause n'est séparée de celle de la religion, et qu'elle n'a jamais comprins que ceulx de la Rochelle vous veuillent desnyer ny contradire l'obéyssance qu'ilz vous doibvent, elle desireroit qu'en lieu d'une victoire, il vous succédât une bonne pacification avec voz subjectz, entendant, mesmement, qu'il se prépare nouvelles levées en Allemaigne pour renforcer le duc de Deux Pontz, ainsy que ung gentilhome, qui est naguières venu de dellà, l'affirme; et qu'elle estime que, demeurant ainsy les deux causes de la religion et de la rébellion meslées, et, jusques à ce que vous aurés miz peyne de les séparer, vous ne viendrez à boult ny de l'une ny de l'aultre, au moins tant qu'il y aura des princes protestans en estat; et, quant à la ligue des catholiques, qu'elle sçayt très certainement qu'elle est jurée et conclue, mais qu'avec les aultres princes de sa religion elle a très bien pourveu en son faict, tant y a que, pour son regard, elle ne s'est vollue mouvoir ny ne se mouveroit contre Vostre Majesté, tant qu'elle vous estimera combattre pour demeurer maistre dans vostre royaulme; aussi qu'il luy semble que la dicte ligue vous revient plus à dommaige que à proffict, car ne faict doubte que les aultres princes catholiques n'ayent promiz beaulcoup de choses à Voz Majestez Très Chrestiennes qu'ilz ne vous tiennent meintennant, et que ce leur est assés de veoir le feu bien allumé en vostre estat, qui l'esteinct d'aultant au leur, et d'y adjouxter toutjour matière pour plus fort l'embraser, finissant ainsy son propos par des parolles que je n'ay peu bien entendre, expéciffiant ce mot de trayson.
Je l'ay grandement remercyé de sa bonne et droicte intention envers Voz Majestez et de ses advertissemens, la supliant me dire qu'est ce qu'elle a vollu entendre par ce mot de trayson, car, pour évitter toute tache d'ung si détestable crime, j'estois obligé de réveller à Vostre Majesté ce que j'en orroys dire, et aussi qu'il luy pleût me dire si elle avoit nulle certitude qu'il se préparât une aultre descente d'Allemans en vostre royaulme.
Elle m'a respondu qu'elle m'avoit, quant au premier, parlé si clairement que, joinct ce que je voyois du cours de ceste guerre, je pouvois assés comprendre ce qu'elle vouloit dire; et, pour le regard du second, qu'elle ne me pouvoit encores bien asseurer de ce qui en estoit, mais qu'elle feroit examiner encores ce gentilhomme venu freschement d'Allemaigne, et puys me manderoit ce qu'on auroit aprins de luy. Le dict gentilhome est le Sr. de Jumelles, duquel, en mes précédantes, je vous ay faict mencion.
Après, j'ay faict ung bien exprès mercyement, avec offre, de vostre part, à la dicte Dame pour sa démonstration d'avoir trouvé mauvais ce qui avoit apareu de la levée des Flamans et des rafreschissemens qu'on disoit vouloir porter à la Rochelle, la supliant, puysqu'elle avoit bien pourveu à interrompre ces deux mauvais exploictz, qu'elle vollût aussi fère cesser celluy, dont je luy avois naguières parlé, de ses agentz en Allemaigne.
A quoy m'a respondu que moy mesmes me pourray bien tost esclarcyr de ce faict au retour de Quillegrey, qui sera de brief par deçà, et qu'elle luy commandera de me venir donner compte de ce qu'il a dict et faict concernant vostre service en Allemaigne.
Et ainsy, Sire, il semble que ceste princesse est pour se laysser encores quelque temps conduyre à n'entreprendre rien ouvertement contre Vostre Majesté; mesmes, j'entendz que, despuys ma dicte audience, il a esté escript une lettre par les seigneurs de son conseil, au nom d'elle, à Me. Ouynter, comme elle luy gratiffie le debvoir qu'il a faict à bien conduyre la flotte de ses merchans en Hembourg, et d'y avoir layssé deux de ses grandz navyres pour la reconduyre, estant bien ayse que, à l'aller et au retour, il n'ayt eu aulcun mauvais rencontre, et qu'il ayt ainsy gracieusement tretté les pescheurs flamans qu'il a trouvez en mer, qui se sont venuz soubzmettre à luy, et de leur avoir notiffié la charge qu'elle luy avoit donnée de les conserver plus tost que de leur nuyre; qu'au reste, il ayt à reconduyre les cinq vaysseaulx, qu'il a ramenez, dans leur arsenal accoustumé de la rivière de Rochestre, et licencier les hommes, après leur avoir faict bailler argent par le trésorier de la maryne, qui a commission de les payer: ce qui monstre, Sire, qu'ilz n'ont, à présent, aulcune entreprinse en main; et m'ont donné quelque satisfaction, par escript, à la façon de Me. Cécille, sur une réplique que j'avois baillée à leurs responces, dont Vostre Majesté verra le tout. Tant y a qu'on remonte beaulcoup d'artillerye dans la Tour, qu'on en charge ung nombre sur des vaysseaulx, ensemble de bouletz, pouldres, corseletz, piques et aultres monitions de guerre; et bien qu'on dyse que c'est pour porter à l'isle d'Ouyc, Porsmue et ez isles de Gerzé et Grènezé, où à la vérité l'on édiffie de nouveaulx fortz, néantmoins ce temps me faict toutjour souspeçonner quelque malle entreprinse de ceulx cy, pour la pratique qu'ilz ont avec ceulx qui sont en armes dans vostre royaulme, Allemans et Françoys. Dont vous suplie très humblement, Sire, ne laysser vostre coste de deçà desgarnye; et je suplieray le Créateur, etc.
De Londres ce xve de juing 1569.
J'entendz qu'il a esté envoyé ung passeport au Sr. de Sethon en Escoce pour venir icy, et semble qu'il veult passer en France. Le Sr. de Bortyc, escuyer de la Royne d'Escoce, partira jeudy prochain pour aller trouver Vostre Majesté.
A la Royne.
Madame, le doubte en quoy l'on m'avoit miz que la Royne d'Angleterre se vouloit déterminer à la guerre, ainsy que, par mes précédantes, je le vous ay mandé, a esté cause dont j'ay esté, naguières, devers elle à Grenuich, pour sonder, par divers propos, ce qu'elle en avoit en opinion; et de tant que le sommaire des dictz propos, avec sa responce, est en la lettre que j'escriptz au Roy, laquelle responce je suplie Vostre Majesté vouloir entendre, car elle me l'a faicte fort considéréement et avec grand affection, je ne la réciteray, icy, de nouveau, seulement je y adjouxteray, Madame, qu'ayant toutjour miz peyne d'entretenir ceste princesse en quelque craincte de guerre, aussi bien qu'en une grande espérance de paix du costé de France, sellon qu'elle se vouldroit bien ou mal déporter envers Voz Majestez, il a succédé qu'avec la naturelle inclination qu'elle a d'évitter affères et despence, et par l'assistance d'aulcuns principaulx d'auprès d'elle, nous avons diverty, jusques à ceste heure, la déclaration de guerre où l'on s'est tant esforcé de la fère entrer. Je ne sçay dorsenavant que pourra produyre le temps, ny si la multiplication des affères de vostre royaulme et l'entreprinse qu'a faict le duc de Deux Pontz d'entrer si avant en pays, et les aprestz qu'on dict qui se font en Allemaigne pour le renforcer, et ce, qu'on ne voyt mouvoir que fort froidement les aultres princes catholiques à ceste entreprinse, fera monter quelque nouvelle entreprinse au cueur de cette princesse; car vous sçavés, Madame, ses prétentions, et je vous puys asseurer qu'elle est merveilleusement persuadée et sollicitée de les poursuyvre meintennant. Elle a de l'argent et est après à lever encores ung emprunct, elle a ses navyres aulcunement prestz, assés d'armes, d'artillerye et monitions de guerre prestes, la monstre s'est, despuys ung moys, faicte en ce royaulme, ses intelligences sont establyes avec les princes d'Allemaigne et avec ceulx de la Rochelle, et, dict on qu'il y a une levée de reytres preste pour elle, quant elle vouldra; mais l'espérance que j'ay, après Dieu, est en la prospérité et bon succez de voz affères, d'où je sens bien que de là dépendra toutjour le mouvement de ce royaulme, et je mettray bien peyne, aultant qu'il me sera possible, que vous n'en ayés du tout point de mal, au moins qu'il vous en viègne le moins que fère se pourra.
Et, quoy que soit, ilz ne pourront, quel présent apareil qu'ilz ayent, estre si soubdains en leurs entreprinses, que je ne vous donne toutjour, tout à temps, advertissement de ce qui debvra sortir d'icy, pour y pouvoir remédier. Et, à présent, grâces à Dieu, les choses vont encores assés bien, ainsy que je le mande en la lettre du Roy, avec espérance de les fère encores mieulx porter, s'il ne survient mutation, chose qui est fort ordinaire en ceste court; mais je vous donray plus grand confirmation du tout par ung des miens, que j'envoyeray bien tost devers Voz Majestez, ne voulant cependant, Madame, obmettre de vous dire que pour taster en quelle disposition est ceste princesse sur les affères des Pays Bas, esquelz j'entendoys qu'on trettoit accord, je luy ay demandé congé de pouvoir fère ung honneste debvoir de visitation envers l'ambassadeur d'Espaigne, affin de n'estre veu manquer, de ma part, à ce que l'étroicte amytié et alliance d'entre noz deux maistres nous oblige mutuellement l'ung à l'aultre; ce que la dicte Dame a vollu différer de m'accorder: mais, enfin, elle m'a octroyé de l'envoyer visiter par ung des miens, en ce que je luy donroys charge dire au dict sieur ambassadeur que la deffance, qu'elle m'en a faicte jusques icy, a esté pour avoir trop de quoy se plaindre de luy, mais qu'elle me le concède meintennant pour ne fère tort à mon office: et ainsy, je l'ay envoyé visiter avecques toutes bonnes parolles, qui néantmoins ont esté dictes en présence du gentilhomme qui le garde.
J'ay aussi, de la part de Voz Majestez, vifvement insisté à la dicte Dame qu'elle veuille poursuyvre sa bonne et vertueuse dellibération sur le restablissement de la Royne d'Escoce. A quoy elle m'a promiz d'y mettre la main à bon escient, et qu'elle n'attend que quelques depputez, qui doibvent venir d'Escoce, pour y commancer. Ung navyre, d'un certain merchant escouçoys, nommé Cabran, qui alloit porter des armes, de l'artillerye et des monitions de guerre au comte de Mora a coru en fons, près de Neufchastel. De quoy aulcuns, icy, sont bien marrys, aultres en sont bien ayses, et samble que les affères de la Royne d'Escoce vont plus en amandant que empirant, qui est tout ce que, pour le présent, je diray à Votre Majesté. Et sur ce, etc.
De Londres ce xve de juing 1569.
L'ambassadeur de France a la Royne d'Angleterre, touchant les responces qui lui ont esté faictes sur sa dernière remonstrance, du xxve d'apvril 1569.
Je n'ay peu, ny vollu, doubter que Vostre Majesté n'ayt pareille estime de l'amytié du Roy, Mon Seigneur, que le Roy l'a toutjour eue de la vostre, estant les deux cogneues importer grandement au proffict et utillité de l'ung et de l'aultre.
Ce qui m'a faict ozer franchement requérir Vostre Majesté qu'il vous pleût donner ung semblable tesmoignage de vostre amytié envers le Roy, au proffict de ses subjectz, que le Roy au proffict des vostres en a, naguières, par son ordonnance, du xıııȷe d'avril dernier, donné ung bien exprès de celle qu'il vous porte;
Ayant Sa Majesté Très Chrestienne espéciallement, et oultre la généralle mencion de ses alliez et confédérez, mandé qu'on ayt à asseurer la mer et le commerce par tout son royaulme, nomméement aulx Anglois, et leur rendre, et restituer, tout ce qui se trouvera avoir esté prins et arresté sur eulx despuys ces troubles;
Là où l'ordonnance, que Vostre Majesté a faicte, du xxvıȷe d'avril ensuyvant, bien qu'on m'allègue qu'elle pourvoit suffizamment aulx Françoys, ne porte toutesfoys rien de plus expécial pour leur asseurer la mer et le commerce par deçà, que pour ceulx mesmes qui sont excluz d'y venir, tant elle est généralle pour toutz navigans;
Ny ne pourvoit aulcunement à la restitution des biens, qui ont esté ostez aus dictz subjectz du Roy et menez en ce royaulme;
Et aussi peu leur diminue l'opinion que, pour l'occasion des violences et mauvais déportemens d'aulcuns Anglois, et d'aultres, qui ont faict leur retrette en Angleterre, ilz se sont imprimez de quelque ropture de paix, despuys six moys, du costé de ce royaulme; mesmes que, nonobstant la dicte généralle ordonnance, l'on ne laysse de les piller encores toutz les jours, ce qu'ilz estiment n'adviendroit, s'il estoit mandé d'asseurer nomméement la mer et le commerce aulx Françoys.
Dont semble que, nonobstant ce qu'on m'a respondu que les œuvres et non parolles estoient requises en cest endroict, qu'il y a aussi besoing de quelques bonnes parolles de déclaration, de Vostre Majesté, pour les Françoys, comme il y en a desjà, de la part du Roy, pour les Anglois; affin d'oster aulx ungs et aulx aultres toute ceste opinion de guerre, que les malles œuvres, exécutées contre les subjectz du Roy, et trop tollérées, et dissimulées aulx aultres, leur a imprimé; et pour obvier aussi au mal que, si l'on en demeure encores là, il s'en pourra ensuivre d'ung costé et d'aultre.
Et y a besoing aussi d'une déclaration et promesse en la parolle de Vostre Majesté, que ce qui a esté osté, emporté ou aultrement arresté, par deçà, aulx subjectz du Roy, leur sera randu, ainsi que la justice vous en sera requise, jouxte les chapitres de la paix, et que ceulx qui s'en trouveront saysiz, ou coulpables, y seront contrainctz par la voye de la mesme justice;
Acceptant l'offre de punition et chastiement contre ceulx qui, au partir de voz portz, vont courir jusques dans ceulx du Roy, qui s'esforcent d'allumer la guerre entre ces deux royaulmes, suyvant lequel offre vous plairra commander qu'il soit décerné prinse de corps contre ceulx que, sur juste plaincte, je nommeray cy après à Vostre Majesté.
Et, au regard de ce qu'on met en doubte de pouvoir persuader aulcuns Anglois de passer en France, pour aller assister à la dellivrance des biens de voz subjectz par dellà, comme Vostre Majesté le trouve bon et qu'il en vienne, au semblable, de France par deçà, je ne sçay où l'on fonde ceste difficulté; car il y en va et vient assés, toutz les jours, sans empeschement aulcun, et ceulx de voz subjectz qui conversent bien en France, n'y reçoipvent que toute faveur et gracieuseté.
Quant aulx choses nécessaires, qu'on va de vostre royaulme quérir à la Rochelle, il vous plairra accepter simplement, et sans condition, l'offre que le Roy vous faict d'accommoder de mesmes Vostre Majesté, et voz subjectz, en telz aultres endroicts de son royaulme, qui présentement luy obéyssent, qu'il vous plaira choysir, avec tout bon et favorable trettement.
En quoy la communication du contract, faict avec ceulx de la Rochelle, laquelle Vostre Majesté m'a promise, semble estre bien nécessaire affin de fère pourvoir voz dictz subjectz des mesmes accommodemens, ou des plus semblables qu'il sera possible de trouver, là où ilz yront; et n'y a lieu de craindre que, descouvrant la teneur du dict contract au Roy, il coure sur le marché de ceulx qui l'ont faict, car ce n'est rien qui convienne à sa grandeur: mais, quant bien il y debvra courir quelque intérest, Vostre Majesté, s'il luy playt, ne l'estimera tant qu'elle ne mette en beaulcoup plus grand compte l'amytié du Roy et le contantement qu'elle luy pourroit donner en cella, qu'il ne peult avoir que bien fort suspect et odieulx le dict commerces de la Rochelle, m'ayant mandé que les aultres commerce de son royaulme ne pevuent compatir avecques celluy là, dont vous prie le fère cesser, et joyr de celluy que libérallement il vous offre.
Responce du Conseil d'Angleterre à certain escript de l'ambassadeur de France envoyé au dict Conseil le xxxe de may 1569.
Le dict escript contenoit certains et divers articles, sur la plus part desquelz responce a esté faicte, et toutesfoys il a esté trouvé bon de répliquer ce qui s'ensuyt:
Que, ayant la Majesté de la Royne, à l'instance du dict ambassadeur, faict publier une proclamation, du xxvıȷe d'avril, pour le révoquement de toutz les pirates, dedans laquelle le dict ambassadeur, comme il se peult veoir par sa responce, vouldroit qu'il y eust déclaration plus expécialle pour les subjectz du Roy et qu'il y fût faicte expresse mencion des Françoys;
Si la dicte proclamation a esté bien considérée, il y a suffizante provision ordonnée pour la seureté tant des subjectz du Roy de France que des aultres princes, trafficans et hantans les mers, tellement qu'on ne peult penser comme le dict ambassadeur vouldroit que en cella on pourveût mieulx, si ce n'est qu'on réytérât de nouveau la dicte proclamation en aultre forme de langaige et parolles, chose qui pourroit causer argument de négligence, et qui contreviendroit nomméement aulx coustumes et usaige de ce royaulme, où on n'a de coutume de publier toutz les jours de nouvelles proclamations, comme on faict en aultres pays, où, pour l'usage, cella est trouvé bon; et toutesfoys, quelque deffault que le dict ambassadeur trouve estre en la dicte proclamation, si est ce que, estant suffizante et l'intention de Sa Majesté bonne et droicte, comme elle est, il trouvera, par exécution, prompt remède à toutes les particullières complainctes qu'il fera.
Le second poinct auquel il veult estre respondu, c'est en ce qu'il demande qu'on choysisse deux personnes pour aller d'icy en Normandie, et que deux aultres viennent de dellà icy, pour procurer la délivrance des biens des subjectz arrestez et dettenuz de toutz les deux costés, laquelle chose a toutjour esté trouvée raysonnable; mais les troubles, qui sont en France, sont manifestement cogneuz estre si dangereux pour les Anglois, mesmement pour fère séjour en Normandie et aultres lieux, où journelle persécution est faicte, que, jusques icy, on n'a sceu induyre deux personnes, propres pour ce faict, à prendre ceste charge, pour craincte de leurs vies et deffiance de prompte justice. Néantmoins on esprouvera de nouveau, sur l'asseurance que le dict ambassadeur offre bailler pour leur seureté, s'il se pourra recouvrer deux personnes, encores qu'ilz ne soyent telz comme ilz doibvent estre, mais telz qu'on les pourra trouver, qui puissent estre persuadez d'aller en Normandie exposer les plainctes des subjectz de la Royne à ce que, ainsy qu'ilz feront raport de la justice et restitution qui se fera en Normandie et aulx aultres endroicts de France, on face le semblable en ce royaulme à ceulx qui y seront envoyez de la part du Roy; et incontinent qu'on pourra trouver les dictz personnaiges, le dict ambassadeur en sera adverty. Cependant il seroit bon que le dict ambassadeur considérât, comme on luy a souvantes foys dict, la différence des griefs et plainctes des deux costez, car la complaincte, de la part d'Angleterre, est que, journellement, les marchans anglois, leurs navyres et biens, sont prins et arrestez en France par les gouverneurs des places où ilz arrivent, et, de l'aultre costé, les plainctes des Françoys sont des navyres et merchandises qui ont esté prinses sur mer, partie par les Françoys, de leur propre nation, à cause de leurs guerres civilles, et partie, ainsy que l'on dict, par quelques Anglois, adhérans aus dictz Françoys, d'ung costé ou d'aultre. Pour à quoy obvier, la Majesté de la Royne, tant par sa proclamation que aultrement, a deffandu à toutz ses subjectz de se mettre en mer, excepté ceulx qui sont advouhez d'elle mesme, et les merchans et pescheurs; et est notoire au dict ambassadeur en combien de places de ce royaulme, à sa requeste, on a faict, despuys naguières, restitution de grande quantité de biens, qui ont esté trouvez aulx portz et hâvres, ou de la valleur d'iceulx, sur les preuves qui ont esté faictes comme ilz appartenoient aulx Françoys. Il y a heu si facille et prompte restitution que, sur l'arrest des navyres des subjectz du Roy d'Espaigne, y en ayant heu quelques ungs que les Françoys disoient estre à eulx, encores qu'ilz eussent esté premièrement arrestez comme apartenans aulx Espaignolz, ilz leurs ont esté toutesfoys promptement délivrez, combien [que] despuys il ayt [été] trouvé qu'ilz apartenoient aulx subjectz du Roy d'Espaigne. Et aussi le dict ambassadeur entendra qu'il n'y a aulcuns biens des subjectz du Roy de France qui soient détenuz ou arrestez en tout ce royaulme par le commandement de Sa Majesté, ny de la cognoissance de son conseil, ny par authorité advouhée d'aulcun officier, excepté seulement en une petite place, où il y a eu séquestration de certains vins, à la requeste de Thomas Baker de Brighthempton, ce qui est notoire au dict ambassadeur par les plainctes que le dict Baker luy a faictes d'une manifeste injustice qu'on luy fit, l'an passé, en Bretaigne; là où, d'autre part, il y a tant de complaincte des subjectz d'Angleterre pour leurs navyres et biens, arrestez tant à Bourdeaulx que à Brest, Roan et Calais, qu'il semble qu'on ne doibve avoir aulcune espérance d'esgalle et franche restitution; et n'y a ordre qui peult tant contanter les subjectz d'Angleterre, comme une mutuelle restitution des deux costez, en quoy le travail du dict ambassadeur ne pourroit estre que bien loué, et y sera faict le semblable de la part de la Majesté de la Royne et de son conseil.
Le dernier article de l'escript du dict ambassadeur est que les merchans anglois qui ressortent à la Rochelle présentement, pour leurs commoditez desquelles ilz ont desjà faict marché, soyent divertiz de leur traffic pour l'exercer en aultres lieux de la France, à cause de quoy le dict ambassadeur a requis d'avoir communication du marché que les dictz merchans anglois ont faict avecques ceulx de la Rochelle, affin qu'on peult veoir et penser de pourvoir pour le semblable, s'il estoit possible, en aultres places pour la commodité des dictz Anglois.
Pour responce à cella, l'ambassadeur ne doit ignorer que la nature des merchans ne soit telle de fère leur traffic, d'eulx mesmes, sans persuasion ny commandement, aulx places où ilz peuvent trouver les commoditez qu'ilz desirent, et à meilleur marché. Par ainsy, d'aultant qu'il a esté toutjour trouvé que nulle part de la France a jamais sceu accommoder les Anglois de sel, sinon la Rochelle et aultres places circonvoysines, les dictz merchans anglois y ressortent, seulement pour ceste commodité, comme ilz ont dict, quant on les en a enquis. Et n'y a aultre remède en cella, sinon que, si le Roy peult trouver aultre place, commode pour la trafficque d'eulx et leurs navyres, et où les dictz Anglois puissent estre bien trettez, et avoir le sel à moindre et pareil priz qu'à la Rochelle, il n'y a nul doubte que, le marché qu'ilz ont faict pour ceste année finy, ilz ne soyent contantz d'y aller, et pour plus grand contantement du Roy, si aultrement ilz ne le veulent fère, ilz y seront induictz par les bons et raysonnables moyens qu'il convient à chacun prince d'uzer envers ses subjectz merchans.