Durée
                                             de transport.

Paris,  le  lendemain   à  10 h. 30 matin.    21 h. 30
Boulogne,                   6 h. 30 soir.     29 h. 30
Francfort-sur-Mein,        11 h. 01 soir.     33 h.
Londres, surlendemain       4 h. 30 matin.    39 h. 30
Bruxelles,                  5 h. 06 matin.    40 h.
Cologne,                    6 h. 58 matin.    40 h. 58
Berlin,                     8 h. 06 matin.    42 h.

Pour les fruits et primeurs, l'organisation est plus complexe.

Indépendamment des trains de messagerie habituels, la Compagnie met en marche, chaque jour, de six à dix trains spéciaux de denrées qui assurent le transport rapide des fruits et primeurs en provenance de l'Algérie ou du midi de la France, à destination de Paris, de l'Angleterre, de l'Allemagne et de la Suisse. La vitesse moyenne atteint 60 et 65 kilomètres à l'heure sur la majeure partie du parcours, et la durée totale du trajet Marseille-Paris varie de 22 à 24 heures.

La région d'Avignon et de Barbentane, centre de production le plus important du réseau, est desservie par trois groupes de trains qui partent respectivement d'Avignon entre 2 heures et 4 heures de l'après-midi, entre 7 heures et 9 heures du soir, entre 1 heure et 4 heures du matin. Ces trains arrivent à Paris le lendemain entre 10 heures du matin et 1 heure, entre 3 heures et 5 heures de l'après-midi, ou le jour même entre 7 heures et 11 heures du soir.

Des services de correspondance rapides, créés par les Compagnies du Nord et de l'Est et par les chemins de fer allemands permettent aux fruits et légumes expédiés d'Avignon d'arriver à Londres en 37 heures, à Cologne en 40 heures, à Berlin en 68 ou 72 heures.

Pour éviter les effets de la chaleur et de la fermentation en cours de route, le P.-L.-M. a fait construire des wagons spéciaux, largement aérés, avec caisse et toiture à doubles parois, admis à franchir la frontière sans transbordement; 2.900 voitures de ce type sont actuellement en service.

En même temps qu'elle doublait presque la rapidité du transport, la Compagnie réduisait les tarifs dans des proportions dépassant souvent 60% et dont le tableau ci-dessous fait ressortir l'importance.


Tableau montrant un exemple des réductions de tarifs
appliqués par le P.-L.-M. au transport en grande vitesse
des fruits et légumes frais. (On a négligé les centimes.)

Dans ces conditions, le trafic intérieur, le trafic international et le trafic franco-algérien devaient suivre une marche ascensionnelle constante que résument les graphiques ci-dessus. (Les périodes de baisse correspondent, en général, à des années de mauvaise récolte.)

Enfin, l'administration du P.-L.-M. ne s'est point seulement préoccupée de diminuer le temps et le prix du transport; elle a encore envisagé la question de l'emballage qui joue un grand rôle dans le commerce des fruits et des primeurs. Elle a établi des concours d'emballage dans toutes les régions desservies par son réseau: à Marseille à Digne, à Bastia, à Avignon, à Lyon, à Auxerre, à Beaune, à Nice, à Antibes, à Tunis, à Bizerte, etc. Cette initiative a produit d'excellents résultats, car les fruits du Midi nous arrivent plus frais et plus beaux qu'il y a dix ans.

Ils nous arrivent également meilleurs, car la Compagnie a distribué gratuitement dans nos départements méridionaux et en Corse une quantité considérable de boutures de vignes, des milliers de plants de fraises, des semences de tomates et de pommes de terre très appréciées sur certains marchés: elle a encouragé la production de la prune «reine-Claude verte» et de la mirabelle, en donnant un grand nombre de beaux plants de ces deux variétés dans les régions convenant le mieux à la culture du fruit.

Notons enfin que la Compagnie a institué en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, en Suisse, des représentants et des agents commerciaux destinés à servir de trait d'union entre la clientèle étrangère et les producteurs de Provence. Ces agents font connaître à nos cultivateurs les goûts des acheteurs, et, d'autre part, ils indiquent aux marchands de Londres ou de Berlin, par exemple, les sources d'approvisionnement.

Il y a là un ensemble d'efforts admirablement raisonné et un esprit d'initiative qui font le plus grand honneur à la Compagnie P.-L.-M. et dont profitent également le producteur et le consommateur.
F. Honoré.


             Les oeillets de la Côte d'Azur.                     Bouquetières niçoises en costume du pays.

LE STAND DU P.-L.-M. AU CONCOURS GÉNÉRAL AGRICOLE DE PARIS



NOTRE ARMÉE NOIRE

(Voir la gravure de première page.)

Au moment où se pose, de façon impérieuse, la question de l'augmentation de nos effectifs militaires, on va fatalement être amenés à se préoccuper de l'utilisation, meilleure et plus complète, des troupes africaines, de ces tirailleurs sénégalais, qui rendent déjà, au Maroc, de signalés services.

La souplesse merveilleuse avec laquelle ces soldats excellents s'adaptent aux nécessités de leur métier les rend précieux, en campagne. Nuls autres ne sont plus «débrouillards»; et ceux qui, dans les camps marocains les plus inhospitaliers les ont vus entre deux de ces combats où ils montrèrent toujours une si belle crânerie, s'organiser, bâtir leurs cases, toujours les premiers et les plus confortablement installés, ingénieux à découvrir partout d'inattendues ressources, ceux-là conservent d'eux un amusant et bien sympathique souvenir.

Le cliché qui nous a fourni l'illustration de notre première page montre un épisode très particulier de leur existence aventureuse: c'est un débarquement en rade, dans des conditions qui mettent à une rude épreuve leur agilité et leur entrain, et surtout la bonne humeur résignée de leurs inséparables compagnes.

Dans un filet, on a entassé les bagages les plus baroques, hardes, ustensiles de cuisine où le bidon à pétrole, détrônant la classique calebasse, tient une place si importante. Et les tirailleurs se sont hissés sur le tout, s'agrippant aux câbles du palan. Leurs femmes, tout à l'heure, devront se livrer à la même gymnastique, leurs petits au dos. Puis le treuil est mis en marche et descend, plus ou moins doucement, cette grappe humaine dans les embarcations roulant et tanguant le long du bord. Mais plus d'une fois, une houle un peu forte s'élevant brutalement au mauvais moment, bagages et gens sont projetés sans ménagement au fond de la chaloupe,--à moins qu'ils ne prennent une intempestive douche. Et ce sont alors de grands cris, auxquels répondent, sur le pont, les éclats de rire des camarades attendant leur tour de descendre par la même voie.



LA FINLANDE SOUS LA NEIGE

(Voir la gravure de double page, pages 186, 187.)

M. Jean Bouchot, qui est un ami passionné de la Finlande, nous adresse, avec la merveilleuse photographie que nous donnons en double page dans ce numéro, ces jolies notes sur l'hiver finlandais. Et, comme M. Jean Bouchot est également un fervent de la conquête de Vair, il nous dit les conditions favorables que les plaines de neige et les lacs glacés offrent aux expériences de l'aviation:

La douce Finlande, le «Pays des mille lacs», occupe une situation très septentrionale puisqu'elle est comprise tout entière entre le 60° et le 70° de latitude nord. Si nous faisons le tour du monde sur la carte, nous voyons que ce 60° est celui de la Sibérie, de l'Alaska, du Labrador et du Groenland, déserts de glaces et de neige d'où la vie s'est enfuie en partie. Et cependant la Finlande n'est ni le Labrador ni le Groenland, et si la nuit d'hiver, longue de six mois presque, est enfouie sous la neige, le jour étincelant de l'été fait du pays le rival de nos plus riants climats: ce sont les effets du coup de baguette magique du Gulf-Stream.

Si «la Noël sans neige n'est pas une rareté», c'est en ces jours de la fin de février et du début de mars que la couche blanche atteint sa plus grande épaisseur: 70 centimètres, 80 et parfois même un mètre. En ce moment, par exemple, le moelleux tapis revêt toute la terre jusqu'à quelque distance des côtes. C'est encore la nuit d'hiver, la longue nuit qui arrête tout: venue en novembre elle ne cédera sa place qu'aux premiers jours du mois d'avril et pendant tout ce temps les ténèbres dureront dix-huit heures sur vingt-quatre.

Sur la terre, c'est toute une symphonie en noir et blanc. Ici, nous avons le manteau épais, fourré; là, c'est la mantille aux dentelles délicates. Voici des branches qui ploient sous le faix et réalisent l'architecture puissante du climat. Puis voilà des rameaux qui ne sont plus enfouis, mais seulement soulignés: la Nature poudrée à frimas pour les fêtes du grand hiver, la fine verrière gothique près de la conception massive, la toilette de soirée dépouillée de la «sortie de bal».



M. A. Pichon, secrétaire général civil. Le général Beaudemoulin, secrétaire général, chef de la maison militaire. M. Marcel Gras, chef du secrétariat particulier.

LES CHEFS DES MAISONS CIVILE ET MILITAIRE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Cette neige pourtant ne terrasse pas ce qu'elle couvre; elle protège le sol contre le froid dévastateur, et quand, au printemps, le soleil fait fondre la couche blanche, la vie qui s'éveille est intense. Le paysan finlandais, qui est très souvent un poète, dit fort exactement qu'on «entend» croître les pousses nouvelles.

Et voici que cette neige, qu'on redoute depuis les temps primitifs parce qu'elle est un peu l'image d'un linceul, va devenir sans doute la providence d'une nouvelle science, l'auxiliaire des derniers perfectionnements de l'aviation.

Des pilotes militaires suédois, le lieutenant Junger entre autres, ont imaginé un appareil d'aviation muni dé ski et de patins, qui peut se poser sur la neige et sur la glace. On l'expérimente en ces jours à Askrike, en Suède. Que ce soit la rivière d'Uleo, le patinoir d'Helsingfors ou les plateaux de Maanselka le point de contact est si nivelé qu'il paraît idéal et ce sont toujours de merveilleux ports aériens pendant six mois de l'année. L'hiver est la saison rêvée pour le vol «parce que, dit le lieutenant Junger, les surfaces propices à l'atterrissage doublent leur superficie; la neige comble les trous, nivelle les bosses, égalise ce sol, en un mot, tandis que les lacs et les rivières présentent, à perte de vue, une glace libre d'obstacles.»
Jean Bouchot.



LA MAISON DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

L'un des premiers soins de M. Raymond Poincaré, en s'installant à l'Elysée, a été de constituer ses maisons civile et militaire.

Tout d'abord, le nouveau président a eu l'excellente idée de rétablir le poste de secrétaire général, chef de la maison militaire, supprimé par son prédécesseur, et de confier à un général ces délicates fonctions: le général Antoine Beaudemoulin, sur la désignation du ministère de la Guerre, recueille, après un long interrègne, la succession des généraux Brugère, Hagron, Bailloud, Tournier, etc., qui avaient laissé aux vieux familiers du palais présidentiel de si parfaits souvenirs.

Le général Beaudemoulin, Limousin d'origine, appartient à la cavalerie. Général de brigade du 23 mars 1911, il commandait, avant d'être appelé auprès du chef de l'État, la 7e brigade de dragons, à Epernay. Il a, dans l'arme, la réputation d'un cavalier des plus brillants.

Le secrétaire général civil de la présidence est M. A. Pichon, maître des requêtes au Conseil d'État, qui était déjà, depuis un an, chef du cabinet de M. Raymond Poincaré au quai d'Orsay. M. Pichon a déjà une longue expérience des devoirs qui lui incombent, ayant été précédemment chef adjoint, puis chef de cabinet des ministres du Commerce, des Travaux publics, et de la Justice, avant de passer aux Affaires étrangères, où sa bonne grâce, sa parfaite urbanité lui avaient conquis l'universelle sympathie.

Enfin, M. Marcel Gras, qui remplissait auprès de M. Raymond Poincaré, au cabinet du quai d'Orsay, les fonctions de haute confiance de chef du secrétariat particulier, les conserve auprès du nouveau président. M. Marcel Gras est docteur en droit et diplômé de l'École des sciences politiques. Il a été, l'an dernier, lauréat de l'Académie des sciences, qui lui décerna le prix Audiffred. Il y a cinq ans déjà qu'il est le collaborateur de M. Raymond Poincaré, comme secrétaire, d'abord, et tous ceux qui ont pu éprouver naguère l'amabilité de son accueil, son tact parfait, se félicitent de le retrouver à l'Elysée.



UNE LETTRE DU TSAR A M. RAYMOND POINCARÉ


Le comte Isvolsky, ambassadeur de Russie, et le baron
Schilling, envoyé extraordinaire, se rendant à l'Elysée pour remettre au
nouveau Président les insignes de l'ordre de Saint-André et une lettre
autographe du tsar.

La remise au président de la République de l'ordre impérial russe de Saint-André, qui a eu lieu cette semaine, a revêtu un caractère et une signification que n'ont point, à l'habitude, les cérémonies de ce genre; on doit lui attribuer l'importance d'une manifestation, entre toutes précieuse et éclatante, de l'alliance franco-russe. En conférant à M. Raymond Poincaré la décoration la plus ancienne et la plus illustre de l'Empire, réservée presque exclusivement aux souverains et aux membres des familles régnantes, le tsar Nicolas II avait donné au chef de l'État une haute marque d'estime et d'attachement, qui était allée au coeur même de la nation: il a voulu spontanément lui ajouter encore un témoignage personnel d'ardente sympathie, par une lettre autographe qu'il lui a fait remettre, en même temps que les insignes.

Les mots affectueux, bien éloignés des formules protocolaires, par lesquels débute cette lettre, montrent tout aussitôt les sentiments de particulière cordialité qui l'ont inspirée: «Monsieur le Président, Grand et Bon Ami, écrit le souverain, je viens vous adresser mes félicitations et mes meilleurs voeux à l'occasion de votre élection à la présidence et de votre entrée dans l'exercice de vos hautes fonctions.» Puis, avec une sincérité frappante, et, si l'on peut dire, une vivacité, qui apparaît à chaque phrase, le tsar, se félicitant de la durée de l'alliance, «consacrée par vingt ans d'existence féconde», déclare qu' «elle constitue la base de la politique étrangère qu'il a tracée à son gouvernement».

Cette lettre, qui devait avoir un si profond retentissement dans toute la France a été portée, le mardi de cette semaine, à M. Poincaré, par M. le baron Schilling, directeur de la chancellerie du ministère des Affaires étrangères, que le tsar avait envoyé spécialement pour cette mission, et par M. Isvolsky, ambassadeur de Russie. Tous deux furent introduits auprès du chef de l'État, qu'entouraient M. Briand et M. Jonnart. M. Isvolsky remit à M, Poincaré le collier et la croix de Saint-André et prononça une allocution chaleureuse, à laquelle le président répondit en affirmant qu'il «veillerait soigneusement, durant sa magistrature, à maintenir et à resserrer l'alliance entre les deux pays».




(Agrandissement)




Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés
en titre ne nous ont pas été fournis