L'Illustration, No. 3692, 29 Novembre 1913


(Agrandissement)

Ce numéro contient:

1º LA PETITE ILLUSTRATION, Série-Théâtre n° 21: Le Secret, de M. Henry Bernstein;

2º Un Supplément économique et financier de deux pages.



LA FRANCE EN ASIE MINEURE Une visite de l'état-major de notre première escadre de la Méditerranée aux écoles françaises d'Adana. L'amiral Nicol sort de l'école des filles, accompagné par la directrice, soeur Mélanie. Phot. Mavropoulo.--Voir l'article, page 407.

L'échéance de la fin de décembre étant une des plus importantes de l'année, nous demandons à ceux de nos lecteurs dont l'abonnement expire à cette date de vouloir bien ne pas attendre pour le renouveler les derniers jours du mois. En nous adressant le plus tôt possible leur renouvellement (France et colonies: 40 francs; Étranger: 52 francs), ils épargneront un surmenage excessif à nos employés au moment des fêtes de Noël et du Jour de l'An, et ils éviteront en même temps tout retard dans la réception des premiers numéros de 1914.

NOTRE NUMÉRO DE NOËL

Le numéro de Noël de L'Illustration a éveillé de tout temps la curiosité et la sympathie du public. Mais c'est surtout dans ces dernières années qu'une faveur croissante des amateurs d'estampes et des bibliophiles a fait, de son apparition très attendue, une sorte d'événement artistique.

Cette vogue flatteuse nous créait des devoirs et nous obligeait chaque année à augmenter le luxe et le volume de cet album, à inventer des présentations nouvelles de nos gravures, à varier les procédés de reproduction, à faire de notre «Noël» une manière de résumé des perfectionnements des arts graphiques à notre époque.

Et chaque année aussi notre tâche devenait plus difficile, car, au problème de la qualité, s'ajoutait celui non moins ardu de la quantité. En huit ans, le tirage du numéro de Noël a doublé. Il dépassera cette fois le chiffre de 200.000 exemplaires.

Depuis plusieurs mois les feuilles, au fur et à mesure de leur impression, viennent s'entasser dans les immenses réserves de la maison G. de Malherbe, à Vaugirard, où elles forment aujourd'hui un monceau de 325 mètres cubes, pesant 268.000 kilos. Deux cents ouvrières procèdent au collage de 9 millions de gravures tirées à part. Il y a deux semaines, l'assemblage et le brochage ont été mis en train, et l'expédition des numéros commencera mercredi prochain 3 décembre, à raison de 20.000 à 25.000 par jour, ce qui demandera neuf ou dix jours pour épuiser le tirage.

Il est matériellement impossible d'activer davantage la sortie d'une édition de pareille importance, car chaque numéro doit être vérifié après brochage, et nous prions nos abonnés de ne pas nous adresser de réclamations avant le 10 décembre, en cas de retard dans la réception de leur numéro. Ils ne nous en voudront pas de leur demander un peu de patience, quand ils sauront quel désintéressement nous impose la fabrication de cette prime, dont le prix de revient, supérieur à 500.000 francs, dépasse de plus de 150.000 francs toutes les recettes réalisables par l'abonnement, la vente et les annonces.

Ce sacrifice est si réel que nous avons dû, cette année, refuser la fabrication de 75.000 exemplaires que d'importantes firmes d'Allemagne, d'Argentine, et un grand journal de New-York nous avaient demandé d'imprimer en allemand, en espagnol et en anglais: nous ne pouvions admettre pour ces éditions étrangères la perte que nous nous résignons à subir sur l'édition française.

Cet empressement de l'étranger, confirmé par les demandes qui nous arrivent de tous pays, est à l'honneur de l'industrie et du goût français, et nos lecteurs et amis nous permettront de tirer vanité du fait qu'aucune publication similaire n'est attendue avec autant de faveur et d'impatience que l'album annuel de L'Illustration française. Un libraire de Vienne n'offrait-il pas par une annonce, en janvier dernier, 2.000 francs pour 100 exemplaires du Noël de 1912 qu'il n'a pu, du reste, obtenir, l'édition ayant été épuisée dès son apparition.

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* *

Le «clou» du Noël de 1913 sera une étude magnifiquement illustrée sur le MUSÉE JACQUEMART-ANDRÉ, ce somptueux palais, cette merveilleuse collection, comparable seulement à la collection Wallace de Londres, dont l'Institut de France vient d'hériter et dont il ouvrira les portes au moment même où paraîtra notre numéro.

Vingt-six gravures remmargées, dont sept grandes planches, accompagnent le texte qu'ont écrit pour L'Illustration M. Henry Boujon, secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts et membre de l'Académie française, et M. Emile Bertaux, chargé de cours à la Sorbonne et conservateur du nouveau musée.

La peinture des anciens maîtres est encore représentée dans notre album par deux oeuvres d'une grâce incomparable, et peu connues, puisqu'elles appartiennent à des collections privées, celles des barons de Bothschild de Londres et de Vienne: Le Baiser envoyé de Greuze, et un portrait intime de la Marquise de Pompadour par Boucher.

Parmi les artistes vivants, Marcel Baschet, de l'Institut, J. A. Muenier, Helleu, Edmund Dulac, Antoine Caïbet, Pierre Duménil, Mossa, F. Waldraff et Clément Mère ont apporté à L'Illustration--Noël de 1913 la plus brillante collaboration.

De Marcel Baschet, c'est un très séduisant profil de Jeune Fille au pastel; de J. A. Muenier, le Réveil, qui fut le succès du dernier Salon; de Paul Helleu, un admirable type d'American beauty.

Edmund Dulac, un des plus appréciés et le plus fidèle des collaborateurs de nos Noëls, a transposé cette année en savoureuses aquarelles des Chansons françaises du vieux temps: la Petite lingère, l'Amoureux transi, Cadet Rousselle, Ma Lison.

Pour célébrer la Jeunesse, et le passé où elle s'épanouissait librement, deux poètes se sont associés; les vers d'André Bivoire encadrant les aquarelles d'Antoine Calbet, c'est, en quatre pages, toute une évocation de la vie antique, des âges d'or.

Et voici, en contraste, les Deux Notre-Dame, Paris et Chartres, les admirables cathédrales gothiques: à leur fervente célébration n'ont pas moins heureusement collaboré le pinceau habile de Pierre Duménil et la plume érudite de Péladan.

Dans ce numéro de Noël, il y a, enfin, un Conte de Noël: la Vierge Sarrasine. Ce récit, à la fois naïf et raffiné, est l'oeuvre d'un grand écrivain, Jules Lemaître. Et il est illustré, par Gustav Adolf Mossa, d'images précieuses comme des miniatures de missel.

Pour présenter L'Illustration-Noël de 1913, F. Waldraff et Clément Mère ont composé une couverture et un frontispice qui sont d'excellents exemples des recherches nouvelles en matière d'art décoratif.

Ainsi, du commencement à la fin de ce numéro, chaque page, chaque gravure, chaque ornement a été l'objet de soins attentifs. Le goût du grand public s'affine de plus en plus et ne supporte plus aucune médiocrité, aucune banalité. Nous avons voulu que rien de médiocre ou de banal ne s'introduisît dans l'ensemble que nous composions à l'intention de nos lecteurs. Nous croyons avoir réussi.



COURRIER DE PARIS

ADIEUX AUX DÉCORS DU PASSÉ

Il suffit de quitter Paris pendant plusieurs mois pour s'apercevoir, à la rentrée, des énormes changements qui chaque année s'y opèrent en notre absence avec une rapidité et une audace surprenantes. Ils nous frappent et nous blessent chaque fois en nous laissant un fonds de triste colère. Sans doute, quand le mal se fait devant nous, sous nos yeux, nous sommes atteints, mais pas de la même façon... tandis que, si nous le trouvons accompli à notre retour, il nous semble --circonstance aggravante--que l'on ait profité de notre éloignement pour le commettre avec plus d'effronterie et de malice.

Voici les Champs-Elysées. Jamais je n'ai mieux senti qu'en les revoyant la semaine dernière la transformation qu'ils ont commencé depuis dix ans de subir.

A peine appréciable d'abord, entamée avec mesure et timidité, puis, mettant bientôt dans sa marche un sans-gêne assuré de toutes les protections, l'oeuvre néfaste est aujourd'hui--sinon totalement et en fait--du moins moralement achevée et couronnée. Les Champs-Elysées ont vécu, et ce qui existe à la place est tout autre chose qui ne les rappelle en rien. L'avenue des Champs-Elysées est morte, et c'est maintenant le boulevard des Champs-Elysées. Pendant quarante-cinq ans de notre vie qui portent le nom d'hier, ce beau chemin fut une allée d'honneur, une avenue de parc impérial, vaste, déserte à certains moments, et qui, même avec de la foule, ne paraissait jamais tout à fait remplie, une voie spacieuse, solennelle, fière et jolie, et dont les arbres étaient la note dominante. On pouvait croire qu'il n'y avait pas de maisons... Et, quand elles se révélaient, c'était mieux que des maisons: des hôtels, qui se tenaient un peu en arrière, comme exprès, bien rangés au second plan. On eût dit qu'ils montaient la garde.

Une majesté charmante, une grâce paisible et toute particulière ennoblissaient cette promenade. Elle respirait le calme et le luxe tranquille. Même à ses heures de plus vive animation, elle n'était pas bruyante et désordonnée. On la comprenait. Elle avait un sens qui s'imposait dans la clarté des grandes lignes. On pouvait s'imaginer qu'elle avait été faite d'un coup, qu'elle était la réalisation, lointaine et soudaine, d'un dessein bien préparé, tellement elle offrait, dans son ensemble, sa perspective, et le fondu de toutes ses parties, une harmonieuse distinction. Monter et descendre cette belle voie «appienne» de verdure, d'où étaient absentes l'image et l'idée des tombeaux, et qui ne s'imposait que comme le riant décor de la vie, de la vie aimable, enivrante, facile, toute droite, et de pente douce, avec un portique de gloire et des horizons rassurants à ses extrémités... constituait une des plus profondes joies quotidiennes pour le Parisien voluptueux de sa ville. Les Champs-Elysées étaient le centre et le jardin de sa pensée. Il ne craignait pas de faire un détour--en allant à son devoir ou à sa folie--pour goûter le plaisir de les suivre ou de les traverser, d'en attraper au moins un bout. C'était une espèce de bain rafraîchissant qu'il prenait chaque fois dans une incroyable détente. Ces Champs-Elysées-là n'éveillaient aucune idée commerciale. Les seules boutiques de l'avenue--dont on n'avait pas le coeur de lui faire un reproche, tant leur modestie s'affirmait touchante et gentille--étaient ces petites constructions de bois découpé où des marchandes en bonnet et à fichus de laine noire... qui avaient l'air un peu parentes des «femmes aux chaises» des églises (n'étaient-ce pas les mêmes?), vendaient des sucres d'orge verts et des biscuits roses, des toupies lie de vin couleur d'oeuf dur et des fouets de postillon dont les pompons de laine semblaient avoir été pris au trousseau des bébés qui les agitaient innocemment. Rien n'était plus facile que de s'isoler et de s'asseoir à l'écart pour lire, ou penser, si le spectacle de la chaussée sillonnée de brillants équipages vous semblait une fatigue ou une dissipation trop prolongée. Enfin, les Champs-Elysées donnaient bien l'impression d'une promenade réservée, d'un salon, d'un palais de verdure, d'une route magnifique et souveraine tracée au milieu de Paris pour procurer à ceux qui s'y engageaient une satisfaction de la plus haute et de la plus rare qualité.

Qu'est devenu aujourd'hui ce lieu incomparable? Qu'en a-t-on fait et laissé faire? Un boulevard... qui garde sans doute encore çà et là un peu de la beauté de ses premiers aspects. Mais l'ensemble est atteint et gâché. Les lignes sont rompues. Le commerce, en l'envahissant, lui a retiré son désintéressement et sa fierté. Il en est des Champs-Elysées comme de la place Vendôme et de tant d'autres endroits sur lesquels est venue s'abattre la hideuse réclame, la publicité outrancière par l'affiche, par l'abus des violentes couleurs, des formes excessives, par l'éclairage extravagant et la pétarade des feux,... par tous les procédés nouveaux enfin qui font de nos rues d'aveuglants champs de foire, des Luna-Park et des Magic-City... des décors d'Exposition universelle un jour de fête de nuit. On cherche malgré soi les chevaux de bois à vapeur et les montagnes russes... Je me représente un défunt d'il y a seulement vingt ans, ramené brusquement à la vie... et au rond-point... vers les six heures... Il ne sait pas où il est: il ne reconnaît rien... Il voit des maisons de sept étages à dômes, à coupoles, à minarets, toute une architecture qui semble le résultat classé d'un concours d'incohérence et de laideur, il voit des inscriptions en lettres de feu, fixes, bicolores, multicolores, alternantes, giratoires et en spirales, éclatant et courant le long des maisons, à tous les étages, dans tous les sens, horizontalement, verticalement, en oblique... il voit des théâtres, des cinémas, des terrasses de café, des magasins d'auto, de chemiserie, d'articles anglais... il voit des panneaux de toile où un enfant de deux ans de vingt mètres de haut, tout nu, avec un nombril grand comme une horloge de gare, glorifie un savon... il voit des hôtels cosmopolites d'une telle élévation que l'Arc de triomphe, écrasé par leur voisinage, n'est plus qu'une petite curiosité pour les amateurs de Vieux Paris, moins qu'une porte Saint-Denis ou Saint-Martin... il est alors ahuri, terrifié; «mais qu'est-ce que c'est que tout ça? qu'est-ce qui se passe?» et quand on lui répond: «Il ne se passe rien, c'est la vie ordinaire, courante. Vous êtes dans les Champs-Elysées», il tombe à la renverse et remeurt de saisissement.

Je ne voudrais pas que l'on crût que je méconnais les beautés du progrès, les efforts de l'activité humaine et des temps nouveaux. Je pense qu'il faut être de son époque et qu'il y a là un devoir, douloureux parfois, mais qu'il convient de remplir, et que c'est mal se comporter que de mettre des bâtons dans les roues, et de se livrer à un dénigrement systématique, à des railleries ou à des plaintes faciles au lieu d'encourager un mouvement nécessaire, qui n'existe pas par hasard mais parce qu'il a ses raisons lointaines, ses causes puissantes, irrésistibles, et qu'il vaut mieux en somme essayer de le diriger que de prétendre l'arrêter, ce qui est folie. Mais, ceci accordé, il y a une chose qui me heurte et que je ne comprends pas, c'est la résolution, le parti pris d'abîmer toute beauté acquise et reconnue, consacrée par l'admiration générale, pour les besoins de n'importe quelle entreprise commerciale et industrielle, de toute affaire au bout de laquelle est le gain. Faut-il donc absolument pour que d'honorables commerçants attirent l'attention sur eux et leurs produits et les écoulent mieux, que des lettres d'or et des tableaux démesurés couvrent les murs des édifices sur les places de Notre-Dame des Victoires et Vendôme,... et ailleurs? Pourquoi choisir précisément ces endroits réputés et longtemps respectés? J'entends la réponse des intéressés: Nous ne les choisissons pas, nous les habitons, nous sommes chez nous... Je réplique: Non. Vous êtes chez vous dedans, mais pas dehors. La façade est à tous, elle est à moi. Il y a des servitudes de bruit et de tapage... On n'a pas le droit de faire partir dans la rue des bombes, même inoffensives, ni des pétards... ni de se masser, de se rassembler, ni de hurler sans raison, ni de sonner des cloches, ni de faire scandale de quelque façon que ce soit. Pourquoi n'y a-t-il pas des servitudes pour les yeux comme il y en a pour les oreilles?... pourquoi l'obsession, la persécution par le panneau-réclame et l'inscription fulgurante sont-elles tolérées? Si vingt personnes, dès que je sors, s'attachaient à mes pas, pour me crier pendant des heures le nom d'un bouillon ou d'une oxygénée, je n'aurais qu'à appeler des agents et on les arrêterait... et cependant ce même bouillon et cette même oxygénée ont le droit de s'attacher à mes yeux sur tous les murs et de forcer mes regards, de me suivre, quand je marche, sans que je puisse éviter cet attentat quotidien. Voilà qui est incroyable.

Mais à quoi bon répéter ces choses cent fois dites, et se lamenter!

Il n'y a plus rien à faire qu'à subir, impassible et serein, l'invasion de la voie publique par la laideur. Toutes les protestations, toutes les indignations ne produiront pas d'autre effet que d'augmenter le mal et de le déchaîner... Il faut prendre son parti des affiches, des gratte-ciel, des cacophonies de lumière sur les façades, des imageries canaques sur les pans de murs, de tout enfin, et dire adieu aux beautés de site et de paysage, à toutes les harmonies décoratives d'architecture, de vue, de perspective, qui disparaissent les unes après les autres, spécialement visées et attaquées par la Laideur dans un duel à mort, où elles ne peuvent plus se défendre. Jouissons avec un égoïsme désolé des derniers tableaux, des derniers dioramas, des derniers aspects attachants et chargés de passé que nous donne encore en de certains endroits oubliés ou mal connus Paris saccagé, livré aux apaches de la réclame personnelle, aux barbares de la publicité. Ne nous vantons pas surtout de ces vestiges, conservés par le hasard pieux, car, si nous avions le malheur d'en parler... dès le lendemain, on trouverait un prétexte pour les souiller ou les anéantir. La laideur est à tous les coins de rues, on ne voit qu'elle, débordante, stupide, altière. Avant cinq ans la place de la Concorde commencera d'entrer en agonie.
Henri Lavedan.

(Reproduction et traduction réservées.)



A LA MÉMOIRE D'UN GRAND MÉDECIN

Les élèves, les amis du professeur Georges Dieulafoy ont élevé à ce grand médecin un monument commémoratif qui est à la fois un hommage d'admiration à son caractère, à sa haute valeur professionnelle et un tribut de gratitude pour tous les services qu'il a rendus, au cours de sa belle et calme carrière, à la science et à l'humanité.


           Le monument du professeur
               Dieulafoy à l'Hôtel-Dieu.

Ce monument, inauguré dimanche dernier à l'Hôtel-Dieu, est dû à la collaboration de deux maîtres éminents, M. Charles Girault qui en composa l'architecture, et le médailleur Vernon qui a modelé une très frappante effigie du regretté praticien. Il a ces qualités de convenance, de sobriété, de discrétion que nous louions récemment dans le buste dédié à Lamartine, à Bergues, dans le Nord. Très simple, composé de motifs de décoration d'un pur classicisme, il consiste en une stèle d'harmonieuses proportions sur laquelle s'enlève le médaillon de M. Vernon, et qu'on a scellée contre le mur de la galerie qui, au premier étage de l'immense maison hospitalière, conduit à l'amphithéâtre Trousseau, à cette salle où, pendant tant d'années, d'une parole élégante et persuasive, le professeur Dieulafoy dispensa une science très sûre et les fruits d'une consciencieuse expérience.

L'inauguration eut lieu en présence d'une assistance choisie où l'on remarquait, autour de M. Liard, vice-recteur de l'Université de Paris, de M. Mesureur, directeur de l'Assistance publique, de M. Bayet, directeur de l'enseignement supérieur, et de M. le sénateur Strauss, toutes les sommités de l'art médical. Mme Georges Dieulafoy, veuve de l'éminent professeur, assistait également, avec les membres de sa famille, à cette cérémonie.

Successivement, M. le professeur Widal, président du comité de souscription, qui, au nom des élèves du maître, fit remise du monument à la clinique médicale de l'Hôtel-Dieu, puis M. le professeur Landouzy, doyen de la Faculté de médecine, firent, de leurs différents points de vue, l'éloge de Georges Dieulafoy. M. Mesureur, enfin, traça de ce collaborateur éminent de l'Assistance publique un portrait fidèle et délicat. Et, aux apologies qu'avaient prononcées les deux précédents orateurs de «cet artiste scientifique», il demanda à ajouter l'expression de la reconnaissance du grand service qu'il dirige «pour le bienfaiteur, pour l'ami des pauvres et des malades, pour l'éducateur enthousiaste de la jeunesse».




La maison d'un grand seigneur en Albanie.           Les cabanes qu'habitent les paysans.
Photographies F. de Jessen.     

LE FUTUR PRINCE D'ALBANIE

Notre confrère danois M. F. de Jessen--dont on n'a pas oublié l'intéressante collaboration à ce journal, naguère--est, à l'heure actuelle, l'un des journalistes qui connaissent le mieux la question albanaise. Dans une récente correspondance qu'il nous adressait, il rapportait que comme, en mai dernier, il se préparait à s'aller renseigner sur place et à explorer l'Albanie entière, il avait rencontré, à Vienne, une délégation qui justement se préoccupait de l'organisation du futur État, de son gouvernement, et surtout du choix de son souverain. Et Soureya bey Vlora, ancien député de Bérat au Parlement ottoman, qui la conduisait de chancellerie en chancellerie, lui exposait alors les voeux du gouvernement dans les termes suivants, qui revêtent presque l'allure d'une annonce:

«Nous cherchons un prince. Il doit connaître les méthodes de gouvernement en vigueur dans les monarchies constitutionnelles. Il doit être simple dans ses habitudes et d'un commerce facile. On ne peut, pour le moment, lui accorder qu'une liste civile modeste. Quant à la religion, sans être absolument fixés, nous préférerions qu'il fût de religion protestante. Nous aimerions, de plus, qu'il possédât une certaine fortune. Mais il serait inutile aux candidats de se présenter s'ils n'avaient l'agrément de Vienne et de Rome.»

Le prince Guillaume de Wied, qui ne peut ignorer ce programme de concours imposé aux candidats au trône d'Albanie, croit être l'homme rêvé. Il a fait agréer «par l'Europe», disent les journaux, sa candidature. Et il attend l'appel de l'Albanie.

Le prince Guillaume, né le 26 mars 1876, à Neuwied, capitale de la principauté de Wied, dans la régence de Coblentz, Prusse rhénane, est capitaine prussien affecté à l'état-major général de l'armée. Il est de grande et d'ancienne lignée, et l'Almanach de Gotha enregistre l'apparition authentique, dans l'histoire, de la maison de Runkel, dont sont les princes de Wied, avec Sigefroi III, en 1226 Son frère aîné, Frédéric, sixième prince de Wied, est actuellement le chef de la famille et haut seigneur à Neuwied. La reine Elisabeth de Roumanie est sa propre tante,--et peut-être cette deuxième parenté ne fut-elle pas étrangère à l'accueil que trouva, en certains lieux, sa candidature.

La photographie reproduite ici, qui fut prise à une réunion sportive, à Bucarest précisément, montre le prétendant favori sous l'aspect d'un gentleman de belle mine. Quant à la simplicité et à la bonne grâce que réclamait le gouvernement de Valona, on n'en saurait juger sur image. Par ailleurs, le futur prince--voire roi d'Albanie--s'il est dûment prévenu qu'il ne saurait escompter une très forte liste civile, doit encore avoir été avisé qu'il ne saurait être bien exigeant non plus sur la question du logement. Il apparaît qu'il trouvera difficilement un palais digne de son antique noblesse, dans ce pays où les paysans habitent des chaumières misérables, et où les grands eux-mêmes n'ont pour asile qu'une maison bien simplette, et peu décorative. Mais il est d'âge à bâtir,--puisque aussi bien les jouvenceaux de la fable en reconnaissaient le droit même à l'octogénaire.


L'élégant gentilhomme allemand qui veut régner sur la fruste Albanie. Photographie H. Ghinsberg, montrant le prince et la princesse Guillaume de Wied dans l'enceinte d'un champ de courses de Bucarest.




La première escadre de la Méditerranée manoeuvrant devant
Djounieh, sur les côtes du Liban.
--Phot J. Lind.

L'ESCADRE FRANÇAISE DANS LE LEVANT

La croisière de la première escadre dans la Méditerranée se poursuit dans les meilleures conditions, et nos marins voient se renouveler, dans chacun des ports qu'ils touchent, les manifestations de sympathie que nous enregistrions la semaine dernière, en rendant compte de leur escale à Alexandrie d'Égypte.

Le 5 novembre, après avoir salué au passage Aboukir et les souvenirs qu'il évoque, puis Chypre, d'assez loin, l'amiral de Lapeyrère arrivait à Mersina.

Un navire allemand y était mouillé, le Goeben, avec lequel on échangea les courtoisies d'usage, tout en lui montrant une manoeuvre magistrale.

Mersina, en soi, n'offre pas un grand intérêt. Mais c'est le port d'Adana, dont le nom se voile encore du tragique souvenir des massacres d'Arméniens.

L'amiral Boué de Lapeyrère chargea son chef d'état-major, l'amiral Nicol, d'aller jusqu'à cette ville, chef-lieu de vilayet. Aussitôt après les visites officielles, l'amiral, qu'accompagnaient M. Lorgeou, consul de France, et Mme Lorgeou, se rendait aux établissements scolaires français, qui sont toujours dans tout l'Orient les meilleurs auxiliaires de notre influence.

Au collège des pères jésuites, tout pavoisé aux couleurs nationales, où se trouvait momentanément, en tournée d'inspection, le E. P. Chanteur, supérieur provincial, en résidence à Lyon, les religieux et leurs quatre cents élèves, la petite colonie française groupée autour d'eux, firent à l'amiral et aux officiers qui l'accompagnaient un accueil triomphal. L'amiral Nicol donna connaissance aux maîtres, aux disciples et à leurs hôtes français d'une éloquente lettre dans laquelle le commandant en chef de la première escadre leur adressait le salut de la France. Des acclamations enthousiastes accueillirent sa lecture, et tous les enfants entonnèrent l'Hymne au drapeau.

Puis l'amiral Nicol, toujours accompagné du consul de France, et guidé par le E. P. Chanteur, rendit tour à tour visite au pensionnat des religieuses de Saint-Joseph de Lyon et à l'hôpital français dirigé par des soeurs du même ordre. Les représentants de la France retrouvèrent, ici et là, la même réception chaleureuse.

Dans la soirée, l'amiral et les officiers qui l'accompagnaient s'embarquaient à la gare pour rejoindre, par la nouvelle ligne Adana-Toprak-Kalé, la première division de l'escadre, arrivée à Alexandrette.

Cependant, la deuxième division visitait tour à tour Latakieh qui a donné son nom au blond tabac parfumé, puis, longeant la côte du Liban, Djounieh et sa baie magnifique.

La région est peuplée de catholiques maronites, nos loyaux amis depuis les Croisades. La journée passée dans cet aimable petit port est peut-être celle qui, de tout ce voyage, laissera dans la mémoire de ceux qui l'ont vécue le plus durable souvenir, tant fut empressée, affectueuse, débordante de cordialité, et pittoresque aussi, l'hospitalité qu'ils trouvèrent parmi cette population fidèle et plus particulièrement auprès du patriarche.

Le prélat les reçut solennellement, entouré de ses évêques; puis il fit servir, en l'honneur des officiers français, un déjeuner magnifique, arrosé des généreux «vins d'or» des vignes du Liban.

L'empressement de leurs hôtes ne laissa pas à nos marins un moment de répit. Après une intéressante station aux archives du patriarcat, où sont conservés des autographes de vingt rois de France, ce fut la tournée à travers des écoles, des collèges, des asiles. «Partout, écrit l'un des officiers de l'escadre, c'était la même joie profonde de nous voir; c'étaient le même enthousiasme juvénile, les mêmes acclamations parties du coeur, presque les mêmes discours où la France était exaltée.»


A Adana: le contre-amiral Nicol visitant le collège des
Pères Jésuites. A sa droite, le P. Chanteur, supérieur provincial;
à sa gauche,M. Lorgeou, vice-consul de France.
Phot. Mavropoulo.




Une gare du Bagdad: Oulou Kichla, la plus élevée de la
ligne (1.467 m.). A remarquer l'orthographe française de l'inscription.

LE CHEMIN DE FER DE BAGDAD

Les négociations depuis quelque temps engagées entre la France et la Turquie d'abord, puis entre l'Allemagne et la Turquie et à propos desquelles Djavid bey, ministre des Finances du cabinet Saïd-Halim, séjourne à Berlin, en attendant de venir à Paris, ont appelé à nouveau l'attention générale sur la grosse question des concessions de chemins de fer en Asie Mineure, et en particulier sur la plus importante d'entre elles: le «Bagdad». Peut-être n'est-il pas inutile de saisir cette occasion de préciser exactement l'état actuel des travaux.

De Haïdar-Pacha, sur la rive asiatique du Bosphore, en face de Constantinople, le «chemin de fer ottoman d'Anatolie» va jusqu'à Konia, l'ancienne Iconium, à 750 kilomètres dans l'intérieur[1].

Note 1: L'aviateur Daucourt, se rendant de Paris au Caire, vient précisément de parvenir à Konia, par la voie des airs, le jour même où est écrit cet article.

C'est à Konia que commence le Bagdad proprement dit, ou, pour l'appeler de son nom officiel: la «Compagnie impériale ottomane du chemin de fer de Bagdad». Aujourd'hui les trains (un train mixte par jour dans chaque sens) circulent jusqu'à la station de Karabounar, à 303 kilomètres plus loin au sud-est, au milieu des montagnes du Taurus, et non pas, comme on le dit généralement, au pied.

Le Taurus n'est, en effet, du côté du nord, que le prolongement presque insensible des hauts plateaux de Lycaonie, situés à plus de 1.000 mètres d'altitude (Konia, 1.028, Eregli, 1.050). Jusqu'au point culminant de 1.467 mètres en deçà de la station d'Oulou Kichla, on ne rencontre presque aucun ouvrage d'art: vers le sud, au contraire, la chaîne s'abaisse rapidement vers la mer et présente, quand on la regarde de la plaine d'Adana, l'aspect d'un formidable rempart.

Les rampes deviennent très raides, à la descente: il y en a de 26mm par mètre qui interdisent l'emploi de trains pesant plus de 100 tonnes. On a exécuté assez vite les tranchées, hauts remblais et courts tunnels qui séparent Oulou Kichla de Karabounar pour arriver à la cote 770; mais là les difficultés ont commencé. Laissant à l'ouest les fameuses portes de Cilicie par où passèrent Alexandre le Grand, les envahisseurs arabes et les Croisés, la voie s'engage dans l'étroite gorge du Tchakit, affluent du Seihun, jusqu'à ces derniers temps inaccessible et qui nécessitera 12 kilomètres de tunnels, ponts et viaducs. Le premier tunnel, celui de Belemedik, long de 1.700 mètres, est à moitié foré, mais les autres sont à peine commencés et l'ensemble ne sera pas terminé avant un an et demi.


Carte de la traversée du Taurus.

L'une des photographies ci-jointes donne une idée des conditions dans lesquelles s'effectue le transport des matériaux dans un ravin aux bords escarpés et profond de 1.000 mètres: il a fallu tout d'abord établir dans le roc une route provisoire qui vaut, pour le pittoresque, les plus renommées des Alpes.


Route construite pour permettre les travaux dans les
                                gorges du Tchakit.

Après une interruption d'une vingtaine de kilomètres, le service reprend sur un second tronçon au sud du Taurus, depuis la station de Dorak jusqu'à celle de Mamouret, au pied de l'Amanus ou Aima Dagh, à travers la fertile plaine d'Adana, où l'on cultive les céréales et le coton. Sur une dizaine de kilomètres, entre Yenidje et Adana, la voie nouvelle se confond avec celle de l'ancienne ligne française de Mersina à Adana, rachetée en 1901.

Contrairement à ce qui avait été décidé dans le premier projet, la ligne principale ne touche pas Alexandrette; il aurait fallu pour cela lui faire longer sur un certain parcours les bords du golfe. Abd-ul-Hamid, craignant de la voir facilement couper par un bombardement ou un débarquement, exigea qu'elle demeurât à une demi-journée de marche de la mer.

A Toprak Kale se détache un embranchement de 60 kilomètres, dont l'inauguration vient d'avoir lieu et qui mène à la petite ville dont les Allemands veulent faire un grand port: ils en ont obtenu la concession.

D'autres travaux très importants sont nécessaires pour franchir l'Amanus, entre autres un tunnel long de plus de 5 kilomètres, celui de Bagtché, où dernièrement une explosion tuait vingt ouvriers. Le forage est lent, et il s'écoulera deux années au moins avant que le premier train parti de Constantinople atteigne Alep.

Un troisième tronçon en exploitation va de Radjoun, à l'est de l'Amanus, à Alep (95 kilomètres) et se confond à 15 kilomètres au nord de la ville avec un dernier venu de Djerablis (l'ancienne Europos) sur l'Euphrate (105 kilomètres).

On a déjà jeté un pont provisoire sur le fleuve et, dans le courant de 1914, 100 ou 200 kilomètres nouveaux seront ouverts dans la direction de Ras el Aïn, et 100 autres le long du Tigre, entre Bagdad et Samara: on estime qu'en 1917 Bagdad sera reliée à Constantinople.

Le tracé définitivement adopté court en ligne droite de l'ouest à l'est, de la vallée de l'Euphrate à celle du Tigre avec trois courts embranchements projetés vers Marach, Aïn Tab et Ourfa: de Tell-Helif, un autre beaucoup plus important passe par Diarbékir pour aller rejoindre à Arghana le nouveau réseau français d'Arménie.

Le tronçon principal s'infléchit vers le sud en suivant sensiblement le cours du Tigre, dessert Mossoul, et passe sur la rive droite où il reste jusqu'à Bagdad.

Là il l'abandonne pour reprendre la vallée de l'Euphrate, passe à Kerbela et à Nedjef, les deux villes saintes du chiisme, et ne s'en écarte un peu qu'avant d'atteindre Bassora, terminus actuel de la concession allemande, les Anglais ayant tenu, on le sait, à se réserver le principal rôle dans le choix du point d'aboutissement au golfe Persique et dans la construction du dernier tronçon.


LE RÉSEAU FERRÉ ASIATIQUE.--Chemin de fer de Bagdad et
autres lignes construites, en construction ou en projet.

Les grands navires peuvent d'ailleurs remonter jusqu'à Bassora, et c'est là que l'on s'embarque pour Bombay.

Instrument civilisateur de premier ordre, le chemin de fer de Bagdad nous paraît devoir servir beaucoup plus au pays dans lequel il est construit qu'à celui qui le construit.

S'il n'est pas destiné à transporter d'Europe en Mésopotamie, ou inversement, les marchandises lourdes qui continueront à prendre la voie de mer moins coûteuse, il peut, par contre, favoriser merveilleusement le développement d'une région immense qui fut jadis l'une des plus riches du monde et des plus avancées en civilisation, au temps des empires de Ninive, de Babylone et de Bagdad. Il ne dépend que du gouvernement turc de l'utiliser.

Aujourd'hui, partout où l'on travaille, les Allemands sont nombreux; mais, l'oeuvre achevée, ils s'en vont et l'on est contraint de reconnaître, sans parti pris, que le souvenir qu'ils laissent ne contribue pas à faire aimer le nom allemand.

Comme dans leurs colonies, ils se révèlent maladroits et inaptes à comprendre ceux auxquels ils commandent; à certains, la cravache paraît facilement indispensable; à d'autres, soucieux avant tout des intérêts de la Compagnie, il arrive de réduire les salaires convenus pour un travail qu'ils estiment insuffisant; or l'indigène peut admettre la violence, mais jamais l'injustice chez l'Européen. Quand, sur le quai d'une gare dont le nom est écrit non pas seulement en caractères français, mais même avec une orthographe française, où le chef de gare parle français et turc, mais ignore l'allemand, on voit passer des trains construits, il est vrai, en Allemagne, on se doute à peine, si l'on n'est pas prévenu, que le Bagdad est une oeuvre--«la grande oeuvre»--allemande.

Mais l'Allemagne n'est pas seule en Asie Mineure: la France et l'Angleterre, venues avant elle, prirent toutes deux Smyrne comme point de départ et pénétrèrent profondément dans l'intérieur.

La France a le réseau Smyrne-Cassaba qui envoie l'une de ses branches vers l'est jusqu'à Afioun-Kara-Hissar (420 kilomètres) où elle rejoint le Bagdad, mettant ainsi le cours de l'Anatolie en relations directes, sinon pour l'instant rapides, avec la mer, l'autre vers le nord à Panderma (275 kilomètres) sur la mer de Marmara, voie stratégique de premier ordre puisqu'elle fait communiquer Constantinople avec Smyrne et toute la côte sans passer par les Dardanelles.

L'Angleterre vient de prolonger jusqu'à Egherdir (500 kilomètres), au bord du lac du même nom, sa ligne de la vallée du Méandre qui longtemps s'arrêta à Dineir (Ottoman Smyrna and Aïdin Railway).

L'Italie, continuant sa politique méditerranéenne, a jeté son dévolu sur Adalia au sud du Taurus: deux compagnies de navigation y font escale en attendant que quelque jour une ligne en parte au nord sur Bourdour et Isparta.

Mais toutes ces lignes même réunies n'égalent pas l'importance du réseau que le dernier accord franco-turc vient de concéder à la France après entente avec la Russie:

1° Sur le littoral de la mer Noire et en Arménie:

De Samsoun à Sivas par Amasia, d'où un embranchement se détache sur Kastamouni;
De Sivas à Erzingan et Erzeroum;
De Sivas à Kharpout et Arghana (jonction avec le Bagdad);
D'Arghana à Bitlis et à Van;
D'Erzeroum à Trébizonde;

Soit au total, sans parler de prolongements ou de raccordements ultérieurs possibles, environ 2.000 kilomètres;


              L'ascension par le rail des hauts plateaux d'Asie
                       Mineure: un train près d'Eski-Cheïr.

2° En Syrie:

Prolongement vers le sud de la ligne à voie normale d'Alep à Rayak (appartenant à la Compagnie Damas-Hamah et, prolongements) jusqu'en Palestine à Ramleh ou Lydda sur l'autre ligne française de Jaffa à Jérusalem.

Quand il sera terminé, et après l'achèvement sans doute plus rapide du Bagdad entre le Taurus et Alep, il sera possible d'aller en wagon de Constantinople, c'est-à-dire de Paris à Jérusalem et peut-être un peu plus tard de Paris au Caire.

Qui sait si la génération qui nous suivra ne verra pas mieux encore: la construction d'une des lignes qu'indique notre carte, le long du golfe Persique, à travers l'Afghanistan jusqu'aux Indes? Qui sait si dans cinquante ans un immense ruban de rails ne se déroulera pas ininterrompu de Calais à Calcutta, comme il se déroule déjà de Lisbonne à Pékin?
Henri Vimard.




Le plafond de l'École coloniale,
par M. Claude Bourgonnier.
--Phot. Vyzavona.

A LA GLOIRE DE LA FRANCE COLONIALE

Le plafond que M. Bérard, sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts, a commandé à M. Bourgonnier, pour la bibliothèque de l'École coloniale, a été mis en place ces jours derniers. L'artiste a glorifié la France dans une composition d'une belle et patriotique inspiration. Sous la figure d'une femme qui se détache fièrement sur le drapeau aux trois couleurs dont les plis se déroulent harmonieusement dans le ciel, la France voit s'incliner devant elle les représentants des races qui peuplent son empire colonial, rendant hommage à son génie: Arabes aux burnous d'éclatante blancheur, Noirs d'ébène de nos possessions africaines, Asiatiques aux yeux bridés de l'Extrême-Orient. A droite, l'Histoire écrit sous la dictée de la Vérité.

S'inspirant des traditions vénitiennes, M. Bourgonnier a groupé, dans un angle de sa composition, les fondateurs et directeurs de l'École coloniale: MM. Étienne, ministre de la Guerre; Dislère, président du Conseil d'administration de l'École coloniale; de Mouy, son vice-président; Doubrère, son directeur; Yvon, son architecte; Hubert, Frank Puaux, membres du Conseil. Dans cette bibliothèque où travaillent, sans cesse, les futurs administrateurs de nos possessions lointaines, l'idée était heureuse d'évoquer les bienfaits de la France colonisatrice. M. Claude Bourgonnier l'a noblement réalisée.



UNE ÉCOLE MODERNE
DANS LE VIEUX PARIS

C'est le sort des quartiers de l'ancien Paris, si chers à ceux qui aiment les visages du passé, de se modifier chaque année, et de perdre un peu de leur aspect d'autrefois. Faut-il toujours le déplorer? Si leur transformation inspire des regrets légitimes, elle apparaît souvent heureuse, à ne considérer que le bénéfice de la propreté, qui est l'élégance et la raison des villes modernes. Du moins conviendrait-il que les maisons condamnées à disparaître ne périssent point tout entières, et qu'un souvenir précis en restât. Combien de fois souhaiterait-on, au hasard des promenades, de voir rappeler, sur les édifices nouveaux, les monuments et les décors de jadis par des plans qui seraient comme les testaments des vieilles pierres!

Ce voeu, un jeune et très distingué architecte, qui porte avec honneur un nom célèbre, M. Pierre Sardou, l'a compris et réalisé. Chargé de la construction d'une école maternelle, rue Paul-Dubois, il a eu l'excellente idée de faire graver dans la pierre dure polie, sur le mur de clôture, au coin de la rue Dupetit-Thouars et de la rue Gabriel-Vicaire, un plan de l'Enclos du Temple et de ses alentours à la fin du dix-huitième siècle, exactement en 1793, au moment où Louis XVI et la famille royale étaient incarcérés dans la Tour.

Soumis, tout d'abord, à l'approbation de M. Bonifier, directeur des services d'architecture de la Ville, et du comité des Inscriptions parisiennes, le projet séduisit M. F. Hoffbauer, l'éminent vice-président de la commission du Vieux-Paris, dont la collaboration fut précieuse à M. Pierre Sardou. Tous deux, s'aidant des travaux des multiples historiens de la capitale, et des collections du musée Carnavalet, mises à leur disposition par M. Georges Cain, purent établir le tracé du célèbre Enclos, qui permet d'évoquer, devant le bâtiment tout neuf de l'école maternelle, le Marché, sur l'emplacement duquel elle se dresse, le palais du Grand Prieur de France, la Tour, dont une représentation très exacte en bas-relief est figurée dans l'angle du plan, l'église du Temple, si curieuse avec la disposition de sa rotonde, inspirée par l'église Saint-Jean de Jérusalem, les charniers, la Tour de César, le Cloître, la Geôle, restes du moyen âge, la Rotonde, élevée en 1789 et démolie sous le Second Empire, la Fontaine, où, pendant la tragique journée du 3 septembre 1792, on lava la tête de la princesse de Lamballe pour la montrer à la reine, enfin toute cette profusion d'hôtels particuliers, de cours et de maisons qui, à l'époque révolutionnaire, couvraient environ 125 hectares, et formaient une véritable cité de 4.000 habitants: il ne subsiste d'elle aujourd'hui que de rares vestiges, la cour de la Carderie et une partie de l'hôtel de la Trésorerie.

L'école même, officiellement inaugurée cette semaine, est une construction gaie et claire, où la brique domine. Comme décoration principale, M. Pierre Sardou a adopté des sgrafitti figurant des treilles qui supportent des guirlandes de feuillage. Dans le préau, de semblables motifs encadrent des peintures aux sujets agrestes, dues à M. Marcel Magne: la montagne et ses troupeaux, la forêt, les champs, la mer et ses pêcheurs. Ainsi l'architecte a voulu mettre sous les yeux des petits Parisiens les couleurs joyeuses des fleurs, des fruits, de la verdure, le ciel libre et les grands horizons.


L'école maternelle de la rue Paul-Dubois, construite par M. Pierre Sardou sur l'emplacement de l'ancien marché du Temple. Sur le mur de clôture, en pan coupé, est gravé dans la pierre un plan de l'Enclos et de ses alentours tels qu'ils étaient en 1793.--Phot. Trosley.



LES STATUES DE PARIS II

Alfred de Musset
Place du Théâtre-Français.
Gustave Larroumet
Place du Théâtre-Français.
Amiral de Coligny
Oratoire.
Béranger
Square du Temple.
Gutenberg
Rue Vieille-du-Temple.
Louis XIV
Hôtel Carnavalet.
Nicolas Leblanc
Arts-et-Métiers.

Denis Papin
Arts-et-Métiers.
Boussingault
Arts-et-Métiers.
Louis XIII
Square des Vosges.
Pascal
Tour Saint-Jacques.
Goldoni
Square de l'Archevêché.
Charlemagne
Place du Parvis-Notre-Dame.
Barye
Ile Saint-Louis.

Th. Renaudot
Rue de Lutèce.
Beaumarchais
Rue Saint-Antoine.
Étienne Marcel
Jardin de l'Hôtel-de-Ville.
Voltaire
Square Monge.
Jacques Villon
Square Monge.
J. Aubry et
P. de Viole

Square Monge.
Gabriel de Mortillet
Square des Arènes.

Gérard
Square de la Sorbonne.
Cuvier.
Jardin des Plantes.
Chevreul
Jardin des Plantes.
Bernardin de Saint-Pierre
Jardin des Plantes.
Buffon
Jardin des Plantes.
Lamarck
Jardin des Plantes.
Le Dante
Jardin du Collège de France.

Claude-Bernard
Jardin du Collège de France.
Budé
Collège de France.
Champollion
Collège de France.
Louis Blanc
Place Monge.
J.-J. Rousseau
Place du Panthéon.
P. Corneille
Place du Panthéon.
Étienne Dolet
Place Maubert.

Pelletier et Caventou
Boulevard Saint-Michel.
Auguste Comte
Place de la Sorbonne.
Dr Péan
Boulevard de Port-Royal.
L'abbé de l'Epée
Institut des Sourds-Muets.
Baron Larrey
Val-de-Grâce.
Eustache Lesueur
Jardin du Luxembourg.
Bailly
Jardin du Luxembourg.

Phot. René Millaud.

LES STATUES DE PARIS--III

Phidias
Jardin du Luxembourg.
Eugène Delacroix
Jardin du Luxembourg.
Th. de Banville
Jardin du Luxembourg.
Henry Murger
Jardin du Luxembourg.
Watteau
Jardin du Luxembourg.
Sainte-Beuve
Jardin du Luxembourg.
Chopin
Jardin du Luxembourg.

Gabriel Vicaire
Jardin du Luxembourg.
Ferdinand Fabre
Jardin du Luxembourg.
Le Play
Jardin du Luxembourg.
Scheurer-Kestner
Jardin du Luxembourg.
George Sand
Jardin du Luxembourg.
Leconte de Lisle
Jardin du Luxembourg.
Comtesse de Ségur
Jardin du Luxembourg.

Ratisbonne
Jardin du Luxembourg.
Paul Verlaine
Jardin du Luxembourg.
Bernard Palissy
Square Saint-Germain-des-Prés.
Bossuet, Fénélon, Fléchier, Massillon.
Fontaine St-Sulpice.
Bichat
École de Médecine.
Brouardel
École de Médecine.
Vauquelin.
École de Pharmacie Avenue de l'Observatoire.

Parmentier.
École de Pharmacie Avenue de l'Observatoire.
Maréchal Ney
Avenue de l'Observatoire.
Francis Garnier
Avenue de l'Observatoire.
Voltaire
Quai Malaquais.
Pierre Puget et Nic. Poussin
Portail École des Beaux-Arts.
Condorcet
Quai Conti.
Diderot
Boulevard Saint-Germain.

Broca
Boulevard Saint-Germain.
Dante n
Boulevard Saint-Germain.
Emile Augier
Place de l'Odéon.
Tarnier
Rue d'Assas.
César Franck
Square Sainte-Clotilde.
Prince Eugène
Jardin de l'Hôtel des Invalides.
Valentin Hauy
Institut des Jeunes Aveugles.

François Coppée
Place Saint-François-Xavier.
Claude Chappe
Boulevard Saint-Germain.
Alphonse Daudet
Champs-Elysées.
Armand Silvestre
Cours-la-Reine.
Alfred de Musset
Cours-la-Reine.
Guy de Maupassant
Parc Monceau.
Gounod
Parc Monceau.

Phot. René Millaud.

LES STATUES DE PARIS--IV

Ambroise Thomas
Parc Monceau.
Pailleron
Parc Monceau.
Chopin
Parc Monceau.
Lavoisier
Place de ta Madeleine.
Jules Simon
Boulevard de la Madeleine.
SHAKESPEARE
Avenue de Messine.
Jeanne d'Arc
Place Saint-Augustin.

BALZAC
Avenue de Friedland.
Berlioz
Square Berlioz.
Sedaine
Square d'Anvers.
Diderot
Square d'Anvers.
Maréchal Moncey
Place Clichy.
Charles Fourier
Boulevard de Clichy.
Gavarni
Place Saint-Georges.

Ranc
Mairie du IXe.
Voltaire
Mairie du IXe.
Rollin
Collège Rollin.
Charles Garnier
Opéra.
Frederick Lemaître
Faubourg du Temple.
Baron Taylor
Boulevard Saint-Martin.
De JEAN
Place Pasdeloup.

Ledru-Rollin
Place Voltaire.
Sergent Bobillot
Boulevard Richard-Lenoir.
Charles Floquet
Avenue de la République.
Baudin
Avenue Ledru-Rollin.
Dr Philippe Pinel
Boulevard de l'Hôpital.
Jeanne d'Arc
Boulevard Saint-Marcel.
Charcot
Salpêtrière.

Ernest Rousselle
Boulevard Blanqui.
Charlet
Square Denfert-Rochereau.
Raspail
Square Denfert-Rochereau.
Trarieux
Square Denfert-Rochereau.
Arago
Boulevard Arago.
Dr Ricord
Boulevard de Port-Royal.
Th. Roussel
Rue Denfert-Rochereau.

Michel Servet
Place de Montrouge.
Leverrier
Observatoire.
Dr Emile Dubois
Crèche de la Santé, rue d'Alésia.
Garibaldi
Square Cambronne.
Pasteur
Avenue de Breteu.
Rosa Bonheur
et trois autres médaillons, à Grenelle.
La Fontaine
Ranelagh.

Phot. René Millaud.