The Project Gutenberg eBook of Mémoire sur l'origine Japonaise, Arabe et Basque de la civilisation des peuples du plateau de Bogota

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Title: Mémoire sur l'origine Japonaise, Arabe et Basque de la civilisation des peuples du plateau de Bogota

Author: chevalier de Charles Hippolyte Paravey


Release date: April 2, 2011 [eBook #35754]

Language: French

Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/35754

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*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉMOIRE SUR L'ORIGINE JAPONAISE, ARABE ET BASQUE DE LA CIVILISATION DES PEUPLES DU PLATEAU DE BOGOTA ***

Note sur la Transcription:

Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe a été harmonisée.


MÉMOIRE
DE M. DE PARAVEY,
SUR L'ORIGINE
DES PEUPLES DU PLATEAU DE BOGOTA.


DESSIN DE DIVINITÉ JAPONAISE.

DESSIN DE DIVINITÉ JAPONAISE.

Extrait de l'Ouvrage de Fisscher, Matériaux pour servir à l'Histoire du Japon (en Hollandais) Amsterdam 1833.—Comparer ce Dessin avec le Calendrier Aztèque publié par Mr. de Humboldt, et inséré dans le no 41, tom: VII p. 395 des Annales, et avec les Figures mexicaines au corps écrasé, publiées dans le no 55, tom: X p. 52.


MÉMOIRE
SUR

L'ORIGINE JAPONAISE, ARABE ET BASQUE

DE LA CIVILISATION
DES PEUPLES DU PLATEAU DE BOGOTA,
D'APRÈS LES TRAVAUX RÉCENS
DE MM. DE HUMBOLDT ET SIÉBOLD.

Par M. DE PARAVEY.


PARIS,

DONDEY-DUPRÉ, LIBRAIRE, RUE VIVIENNE, No 2.

THÉOPHILE BARROIS, RUE DE RICHELIEU, No 14.

1835.


ÉPERNAY, IMPRIM. DE WARIN-THIERRY ET FILS.


ORIGINE JAPONAISE,
ARABE ET BASQUE
DE LA CIVILISATION DES PEUPLES DU PLATEAU
DE BOGOTA,
DANS L'AMÉRIQUE DU SUD.

Extrait du No 56 des Annales de Philosophie chrétienne.

Etat de la question sur les travaux de MM. Siébold et de Paravey, relatifs à l'origine japonaise des Muyscas.—Réfutation de MM. Klaproth, Saint-Martin et Eyriès.—Traces de colonies sabéennes, phéniciennes, arabes et égyptiennes dans le Fo-Kien, chez les Japonais, les Basques et les Muyscas.—Analogies positives entre les noms de nombre,—les noms de jours,—de dignités civiles et sacrées,—les noms de lieux,—les formes du culte, et les termes astronomiques, chez ces divers peuples.—Tableau des mots japonais retrouvés dans le pays de Bogota, chez les Muyscas.—Quelques idées sur la manière dont l'Amérique a pu recevoir sa civilisation du centre de l'Asie et par l'ouest, et sur les variétés qu'offrent les races d'hommes que l'on y trouve.

Nous recevons de M. de Paravey le Mémoire suivant, que nous publions avec plaisir, parce qu'il s'agit d'une question obscure, difficile, et que peu de savans ont encore essayé d'éclaircir. Nous recommandons aux réflexions et aux études de nos lecteurs, les vues nouvelles que ce Mémoire jette sur les premières communications entre les peuples les plus éloignés; tout ce qui tend à éclaircir les nuages amoncelés sur l'enfance des peuples, tourne à l'avantage de nos livres, et doit être reçu par les catholiques avec une sorte de respect.


Les Annales de Philosophie Chrétienne ont déjà publié,[1] ainsi que plusieurs autres recueils périodiques, une note assez concise, lue par M. de Paravey, en 1829, à la Société Asiatique de France. Dans cette note, M. de Paravey s'attachait à réfuter un rapport de MM. de Saint Martin, Klaproth et Eyriès,[2] où l'on prétendait nier les analogies incontestables qui existent entre les Japonais et les peuples du plateau de Cundin-Amarca ou de Bogota, dans l'Amérique du sud.[3]

Ces analogies avaient été établies en premier lieu par l'illustre M. de Humboldt;[4] elles avaient été résumées et admises par le judicieux Maltebrun, dans son excellent Précis de géographie universelle,[5] où il donne une analyse rapide, mais parfaite, du chapitre consacré par M. de Humboldt à cet important sujet; enfin dès 1826, M. de Paravey, étudiant la nature intime des cycles des dix jours et des douze heures et du cycle multiple de soixante ans, qui se forme de la combinaison, deux à deux, des caractères de ces dix jours et de ces douze heures, avait ajouté à ces analogies[6] de nouveaux détails positifs, confirmant tous les aperçus de M. de Humboldt; et dans les noms des jours Muyscas, Ata, Bosa, Mica, Mhuyca, Hisca, avait trouvé non-seulement les idées qu'offrent les caractères du cycle de douze en chinois, mais encore des débris de l'alphabet primitif, donnant les chiffres orientaux, A, B, C, D, He.

Tous ces travaux pouvaient être ignorés des membres de la commission du Journal asiatique; mais quand M. Siébold, de Nangasaki même, au Japon, où il avait été envoyé par M. le baron Van der Capellen, gouverneur de Java, prenait la peine d'adresser, au jardin des plantes, à Paris, un nombre assez considérable de graines rares ou inconnues, avec leurs noms japonais; quand cet étranger envoyait en même tems à la Société Asiatique de France, un mémoire important, où il discutait l'origine des Japonais, où il donnait des détails entièrement nouveaux sur la Corée, l'île Ieso, les îles Kouriles, et ce vaste pays de Santan, qui, au sud de l'Amour-Inférieur, borde la Manche de Tartarie, et que les meilleures cartes ne montrent, ni sous son nom véritable, ni dans ses divisions actuelles; quand il y faisait voir que le cycle des dix jours des Muyscas de Bogota, se trouvait, avec la plupart de ses prononciations et sa terminaison en ca ou ka, encore usité en ce moment au Japon pour la période de dix jours; quand enfin il demandait que ce mémoire, si important et si précieux, par le lieu même où il avait été composé, et qui heureusement vient enfin d'être imprimé, mais en allemand, fût inséré dans le Journal de la Société Asiatique de France, il semble qu'il devait s'attendre, dans ce journal, à autre chose qu'à une réfutation mal fondée. En effet, comment qualifier autrement une réfutation, où l'on se permet de traiter le savant et judicieux Maltebrun, de compilateur; où l'on reproche[7] à ce dernier d'avoir, p. 212, t. V de son excellent Précis, discuté la marche des tribus asiatiques de race mongole, du nord de la Perse vers l'Amérique, marche admise cependant par M. de Humboldt, et où l'on finit par conclure, p. 405, «que la méthode suivie par l'auteur est en général trop hypothétique, pour que la Société Asiatique puisse publier son travail, qui y imprimerait, pour ainsi dire, le sceau de son approbation

Ce fut spécialement contre ces conclusions que M. de Paravey vint s'élever dans la lettre qu'il lut à la Société Asiatique, un peu avant son départ pour Londres, en 1830; il s'attachait dans cette lettre, à l'origine japonaise des Muyscas, niée par MM. Klaproth, Saint Martin et Eyriès. Il prenait les vingt-trois mots muyscas cités par M. Klaproth,[8] et il les montrait, soit dans le vocabulaire de Thunberg pour le japonais, soit dans la grammaire japonaise du père Rodriguez[9]. Enfin, il donnait sur une feuille très-peu étendue, les caractères cursifs et hiéroglyphiques du calendrier des Muyscas, publié par M. de Humboldt, caractères montrés à des savans japonais, à Nangasaki même, par M. Siébold, et reconnus par eux comme identiques avec leur écriture cursive. M. de Paravey comparait un à un, à ces caractères muyscas, les formes cursives des caractères chinois et japonais du cycle des heures, et montrait entr'eux une identité d'autant plus évidente, qu'en Chine et au Japon, un même caractère s'abrévie par fois de dix manières diverses, quand on le trace dans la forme cursive ou à pinceau non-levé.

Il semblait que ce travail de M. de Paravey aurait pu être admis dans le journal qu'il a contribué à fonder; mais cette même commission, qui avait écarté les travaux de M. Siébold, écarta les réclamations et le travail de M. de Paravey, sous le prétexte futile, puisque la lithographie existait, que l'imprimerie royale ne possédait pas les caractères cursifs, soit muyscas, soit japonais, dont il offrait le tableau comparatif.

Mais du moins la lecture de ce travail avait été permise. Dans le moment même, le savant consul américain, M. Warden, en adressa ses félicitations à l'auteur; divers recueils périodiques sollicitaient la permission de l'imprimer; et la courte analyse que leur en donna M. de Paravey, fut jugée assez importante à la Société Royale Asiatique de Londres, à laquelle il en fit hommage en arrivant en Angleterre, pour être citée avec tous les beaux ouvrages que possède sa riche bibliothèque orientale, dans son catalogue imprimé de 1830.

L'illustre et magnifique auteur[10] de l'ouvrage sur l'Amérique, comparable à celui de la grande expédition d'Egypte, dont le peintre Aglio a été l'habile éditeur, et qui offre dans sept grands volumes in-folio, tous les manuscrits aztèques et autres, et tous les monumens connus de l'Amérique ancienne, ayant lu cette notice de M. de Paravey, la lui fit demander par son libraire, M. Rich, si instruit lui-même sur l'Amérique antique et moderne. Enfin, divers journaux de Londres en parlèrent, et la citèrent en totalité ou en partie.

Cependant cette notice était fort incomplète, privée qu'elle était encore de ses pièces justificatives, qui sont les listes des mots muyscas et japonais, retrouvés presque entièrement identiques par M. de Paravey, et le tableau des hiéroglyphes cursifs, également employés par ces deux peuples pour leur calendrier et leurs noms de nombre.

Ce sont ces pièces justificatives que les Annales vont donner en ce moment; mais en revoyant son travail, M. de Paravey l'a complété, et ne se borne pas à montrer, comme il l'a fait dans sa première notice, les rapports de tradition, de culte, de langue, d'agriculture, de gouvernement, de calendrier, qui existent entre les Japonais et le peuple dominateur du plateau de Cundin-Amarca, ou de Bogota; M. de Paravey porte ses vues plus loin encore, et discute si les Japonais eux-mêmes, aussi intrépides navigateurs que nos Basques des Pyrénées, n'ont pas reçu comme ces derniers, et comme les peuples de Bogota, des colonies sabéennes, phéniciennes, ou arabes antiques.

M. de Paravey avait déjà cité quelques mots; mais ces mots étaient remarquables et décisifs: il faisait remarquer que le nom des Sabéens, ou Sabiens, peuple commerçant et navigateur de la Chaldée ancienne, se retrouve encore au Japon, dans le nom de la langue de ce peuple, appelée, suivant Rodriguez, page 75 et 134, le Sewa[11] ou Seba, par opposition au koye, qui est le nom de la langue chinoise et savante, cultivée aussi par les Japonais, comme l'est le latin chez nous. Or, ce nom de Seba ou Chiba se retrouve aussi dans le nom de la langue parlée par les Muyscas ou Moscas, langue nommée le chib cha, ou la langue chib (car, cha, en muyscas, et sa, en japonais, ou sja, signifient hommes); et il se retrouve également dans les noms muyscas des lieux nommés Suba et Zipaquira, cités aussi par M. de Humboldt.[12]

Ces noms de saba, sabi, sabiens, se retrouvaient donc à Bogota, et ils se sont conservés également au Japon, dans les mots sobai, nom des marchands,[13] comme l'étaient les Phéniciens et les Sabéens; dans le mot sobainin, nom de celui qui a une charge ou un emploi, tels qu'en eurent les Sabéens civilisateurs; et enfin dans le nom sobo, du blé noir ou blé sarrasin, blé des Arabes, ou des peuples du pays de Saba.

Mais outre ces rapports déjà indiqués par M. de Paravey, M. de Humboldt (page 224, t. II) cite le nom d'Iraca, comme celui du lieu, à l'est de la capitale des Muyscas, où était le sanctuaire du soleil, et le séjour du grand pontife de Bogota, le célèbre Bochica, aussi appelé Nemque-Theba. Or il ne faut pas ici de grands efforts de mémoire pour se rappeler que le séjour des Sabéens, la Chaldée, est aussi nommée l'Irac, l'Irac-arabique; et que la Bible samaritaine a donné ce même nom al Iraq ou Lilaq, à l'antique et célèbre ville de Babel, bâtie peu après le déluge, ville encore appelée Hillah ou Hillach en ce moment même, et où existent d'immenses ruines et des briques couvertes d'hiéroglyphes trop peu étudiés jusqu'à ce jour.

Nemque-Theba, nom de Bochica, le civilisateur des Muyscas, écrit Nemeque-Theba, offre, aussi-bien que Tur-Mequé, lieu d'un marché célèbre qui s'y tenait tous les trois jours, dit M. de Humboldt, le nom de meque, c'est-à-dire de la Mecque, ou Mecah, marché célèbre aussi en Arabie et lieu sacré où l'on adorait le soleil et la lune, dès les tems les plus anciens, comme le faisaient également et les Sabéens de la Chaldée, et les Muyscas de Bogota.

Et quant aux rapports avec les Basques,[14] peuple dont les mots sont reconnus pour être arabes, hébreux ou phéniciens,[15] M. de Humboldt a paru lui-même soupçonner ces rapports, quand (pag. 237, t. II) il met les noms de nombre basques, en regard avec ceux des muyscas, et observe que ces deux peuples procédaient également par vingtaines dans leur numération, disant pour quarante, deux vingts, pour soixante, trois vingts, comme nous-mêmes, nous disons encore quatre-vingts pour octante ou huit fois dix.

Or, vingt s'exprime par oguei en basque, et en muyscas ce nombre se dit gué, qui signifie une maison, contenant sans doute vingt personnes communément. Cette identité de son est remarquable, mais elle n'est pas la seule; car un, qui se dit fito en japonais, d'où on peut facilement tirer fato, et fata, et bata, ce qui signifie homme, être humain, (comme le signifie aussi tse, premier caractère cyclique en japonais et en chinois,) se dit ata en muyscas, et bat en langue basque: il y a donc encore ici analogie de sons dans ce nombre, chez les trois peuples.

Il en est de même pour le nombre bi ou deux chez les Basques, bis des Latins, prononcé bo, bus, bos, et donnant le bosa des Muyscas, nom du nombre deux, et le fouta des Japonnais, nombre deux également; puisque l'on sait qu'au Japon et partout, le B se change en F, le T en Ts, de sorte que fouta a pu devenir foutsa, boutta, boso; Ni, d'ailleurs, exprime aussi deux en japonais,[16] et ce ni est évidemment le bi des Basques et notre bis, le N et le B se permutant.

Ainsi l'on a déjà trois noms de nombre pareils chez ces trois peuples si éloignés, et les deux derniers tiennent évidemment au primitif alphabet hébreu, chaldéen, sabéen, type de tous les autres, et commençant, on le sait, par A et B, Ata, Bosa.

On ignore comment se disait en langue chib ou chibcha, c'est-à-dire, chez les Muyscas, une rivière, un ruisseau ou torrent; mais en japonais, ce nom est gawa ou kawa.[17] En basque, le nom des torrens se dit gave, et la ville si pittoresque de Pau est célèbre, non-seulement par sa vue si magnifique des Pyrénées, mais aussi par son gave rapide, qui semble rouler des diamans; il y a donc encore ici identité de mots entre les deux langues. Or, d'où pourrait venir ce rapport, si ce n'est des colonies parties également de la Chaldée, premier séjour des hommes après le déluge, et d'où Hérodote rapporte que sont sortis les Phéniciens, tige des Carthaginois et des Basques.

En persan ancien et moderne, c'est-à-dire, vers la Chaldée, ab ou av, est le nom de l'eau, et de là le nom de Darius ou Darab, exposé, dit-on, sur les eaux, dans son enfance; l'aqua des latins n'en est qu'une modification régulière, le V se changeant en gu et qu. Enfin, jusque dans la Nouvelle-Zélande elle-même, où existe un peuple au visage aquilin, aux formes d'athlète, au caractère énergique, intrépide sur mer, comme les Basques et comme les Japonais, peuple chez qui certainement ont aussi pénétré les Arabes et les Sabéens,[18] ce nom gave ou gawa se retrouve; car une rivière s'y dit awa, d'après le célèbre capitaine d'Urville, page 31, 2e partie, de ses utiles et nombreux vocabulaires de l'archipel océanique.[19]

M. de Paravey cite donc encore ici un nom qui se retrouve à-la-fois en Europe, dans l'Océanie et dans les îles du Japon, et dont l'origine est purement chaldéenne ou persanne, et il pense que pour l'histoire des peuples, des mots pareils équivalent aux médailles les plus authentiques.

Quant au nom même de la nation des Muyscas ou Moscas, il observe que leur nom diffère très-peu de celui que portent encore les Basques en Europe et chez leurs voisins; et il remarque en outre que M. de Humboldt cite (p. 225) le nom Pesca, comme celui d'une des quatre familles principales de Bogota, familles antiques, ayant le droit d'élire le grand pontife d'Iraca; mais les Basques ou Vascons, entr'eux et dans leur langue, se nomment aussi Escualdonac, Escualdoniens; on voit donc qu'ils se glorifient de leur origine chaldéenne, chalédonienne, et que peut-être le peuple vif et spirituel de l'ancienne Calédonie ou de l'Ecosse actuelle, ne leur est pas étranger.

Au reste, d'autres noms encore sont communs aux Basques et aux peuples de Bogota; en basque, on trouve fréquemment les noms de Marca et de Comarca, terme qui en portugais offre le sens de Seigneurie, District, et l'empire de Bogota se nommait, on le sait, Cundin-Amarca; dans la Nouvelle-Grenade, était l'ancien peuple que Maltebrun nomme Angamarca. Au Pérou il y avait un lieu nommé Caxamarca, célèbre par la mort de l'inca Atahualpa; les Antilles, ou pays des Caraïbes, ont été nommées aussi insulæ Camercanæ, nom qui rappelle la Camargue, pays des Phocéens.

M. de Paravey, à cette occasion, fait observer que les Basques, non moins habiles sur mer que les Phocéens, sont cités pour avoir été les premiers naviguer dans les mers du nord et vers l'Amérique, et qu'à Terre-Neuve, la terre de Baccaléos porte encore le nom basque et italien de la morue. Il cite l'histoire de Bayonne, qui montre cette ville antique, si florissante dans sa navigation lointaine, que le roi d'Angleterre, plus d'une fois, s'abaissa jusqu'à la supplier de lui prêter ses flottes.

Il rappelle que le code des lois maritimes d'Oléron, antique ville non loin de Pau, dans les Basses-Pyrénées, est aussi célèbre de nos jours, que le fut celui des Rhodiens dans l'antiquité, et qu'un commerce actif a toujours eu lieu et subsiste encore entre cette ville d'Oléron et Cadix, primitive colonie phénicienne.

Enfin, il remarque que l'art de travailler le fer et les métaux est aussi cultivé chez les Basques que chez les Japonais; et cite, dans les îles Lieou-kieou, au sud-ouest du Japon, des peuples aux traits arabes, au turban, aux habits rayés comme les Arabes, comme eux portant la barbe, et qui n'ont pu y venir de la Chine, où ce costume n'existe pas, non plus que la barbe.

Et ici il rapporte qu'il a connu à Londres des anglais instruits, qui, ayant été de Canton dans le Fo-kien, sur la côte sud-est de la Chine, y ont vu le peuple nommé Tchin-Tcheou, peuple navigateur et intrépide, formant sur cette côte sud-est une population en regard du Japon, très-nombreuse, et de plus de 20 millions d'habitans, et qui diffère en tout des Chinois, soit par son dialecte, que l'on nomme la langue tchin-tcheou ou chin-cheou, soit par ses traits aquilins, soit par son intrépidité, analogue à celle des Japonais et des Basques.[20]

Enfin, il renvoie à la relation du voyage de deux Arabes à la Chine, relation dont le manuscrit existe à Paris, traduite et publiée par le docte abbé Renaudot, et qui nous peint les Chinois à l'époque de l'an 851 de notre ère, comme étant encore à demi-barbares, et mangeant de la chair humaine, mais qui dès-lors étaient visités par des nuées de marchands arabes, juifs et sabéens, venant exploiter les riches produits du sol fertile du prétendu empire céleste; et il peint ces Arabes comme étant en si grand nombre, que dans les ports de la Chine se trouvait, en tout tems, un cadi de leur nation, chargé de leur rendre la justice.

Ainsi, les Arabes, les Chaldéens, les Juifs, les Sabéens, affluaient alors à la Chine par mer, et sans doute pénétraient aussi au Japon, et se mêlaient à ses habitans indigènes et de race tartare, tandis que par terre ils arrivaient également dans les contrées ouest de la Chine, remplies même en ce jour de musulmans,[21] qui de ces contrées lointaines font parfois encore le pélerinage de la Mecque.

Or, ce qui s'était fait alors, avait dû se faire aussi au tems où les Arabes de Saba en Arabie-Heureuse, de la Mecque et de l'Irak, sous le nom d'Ismaélites et de Nabathéens, étaient encore idolâtres.

Ce fut alors qu'ils portèrent leur culte des astres, leur langue, leur calendrier, leurs cycles, et en Chine sur la côte sud-est, et au Japon, et en Corée.[22]

Ce fut alors que leurs nombreux navires durent éprouver des tempêtes dans les mers si orageuses de la Chine et du Japon, et être jetés sur la côte ouest des deux Amériques. Valentyn, Kæmpfer (t. 1, p. 59) et Kotzebue tout récemment, citent des jonques japonaises qui ont été portées en Amérique par des tempêtes, ou y ont été envoyées en découverte, y ont séjourné, et ont su, de nos jours même, revenir de là au Japon.

Ainsi, et seulement ainsi, a pu arriver dans l'Amérique du Sud, et sur le plateau de Cundin-Amarca, l'antique Bochica, fils et image du soleil, Sua, et aussi nommé Sué, c'est-à-dire, l'homme blanc, nom que reçurent pareillement Quesada et ses compagnons, quand ils découvrirent ces contrées; nom qu'on applique encore aujourd'hui, à Bogota, aux européens ou asiatiques du Caucase.

C'est de la même manière qu'a dû arriver dans le Mexique le célèbre Quetza Cohuatl, civilisateur des Aztèques, homme également dit blanc, vêtu de noir, et portant sur ses habits des croix rouges, et dont l'infortuné Montezuma croyait les Espagnols issus, quand ceux-ci vinrent attaquer son empire. C'est encore de la même manière que put arriver dans l'Amérique du sud Amalivaca qui civilisa les Tamanaques.

D'autres civilisateurs purent aussi venir du centre de l'Asie, mais par terre en grande partie, soit en gagnant l'Amérique, par le Kamtchatka et les îles du détroit de Béringh, soit par la Corée, les îles Kouriles, et les îles Aléoutes, qui se prolongent jusques vers le nord de la Californie.

Ce fut par cette voie de terre, que, dès l'an 499 de notre ère, c'est-à-dire, 1000 ans environ avant Colomb, des bouddhistes[23] de Samarcande se rendirent au Fou-sang, pays déjà connu à cette époque, et qu'ils voulaient convertir. Ils passèrent par le Tahan, ou la pointe nord-est de l'Asie, et après une assez longue navigation qui est parfaitement décrite, et qui mène précisément sur la côte nord-ouest de l'Amérique, comme le montrera M. de Paravey dans un mémoire particulier qu'il prépare pour cet important sujet, ils atteignirent une contrée riche en or, mais encore privée de fer, contrée à demi-civilisée, offrant des vignes, située à plus de 2000 lieues à l'est des côtes de Corée, et qui ne peut être que l'Amérique, comme l'a très-bien vu M. de Guignes le père, qui a traduit le premier et publié[24] cette curieuse description du pays de Fou-sang.

M. de Paravey n'ignore pas que M. Klaproth a prétendu réfuter M. de Guignes à cette occasion, et qu'il a affirmé[25] que le Japon, si voisin de la Chine, était le vrai lieu atteint par ce voyage des Bouddhistes de Samarcande, ou du Ky-Pin.

Mais M. de Paravey réfutera à son tour M. Klaproth, en prouvant que la vigne existe indigène, et de tout tems, dans l'Amérique du Nord, objection principale que faisait cet orientaliste à M. de Guignes, et qui le porte à conclure, on ne sait comment, que ce pays, situé à 20 mille lys ou 2000 lieues Est de la Chine, répond au Japon: le Japon, en effet, est aussi nommé Fou-sang, ou pays de l'arbre, du rosier fabuleux sur lequel le soleil se lève; mais il était parfaitement connu des Chinois à l'époque de cette curieuse relation, et jamais ils ne l'ont placé à 2000 lieues à l'est des côtes de la Chine.

Si des Bouddhistes ou des chrétiens nestoriens partaient de Samarcande, et, guidés par des Tartares, sur leurs traîneaux rapides, se rendaient en Amérique, par le Nord-Est de l'Asie, après une courte traversée, et cela, dès l'an 499 de notre ère; si des Carthaginois, comme le dit Diodore de Sicile, y avaient pénétré par l'Ouest, aussi-bien que des Phéniciens et des Espagnols, des Basques même, dès avant notre ère; alors s'expliquent naturellement ces immenses constructions et ces bas-reliefs si curieux de Culhuacan ou Palenqué, dans le Guatimala, présentant des offrandes de fruits, des sacrifices d'animaux, et même d'hommes, comme le faisaient les Phéniciens et les Carthaginois; alors s'expliquent aussi les Croix qui ont pu, aussi bien que celles trouvées dans l'Inde, à S. Thomas, être sculptées par eux sur ces curieux monumens.

Mais il suffit ici d'avoir indiqué rapidement le but des recherches de M. de Paravey, et pour en revenir à son travail, sur le mémoire de M. Siébold, on observera encore que ce docte voyageur, comme M. de Humboldt, comme tous les bons esprits, suppose que c'est par la pointe nord-est de l'Asie, que l'Amérique a reçu la masse de sa population sauvage, et évidemment de race mongole; on observera en outre qu'il admet de telles communications entre le Japon et ce continent de l'Amérique, qu'il donne, dans son ouvrage récemment imprimé[26], et nonobstant les opinions contraires qu'il n'ignore pas, le Maïs, ou blé de Turquie, comme existant de tout tems au Japon et en Asie-Orientale, aussi bien qu'en Amérique, ce qui est aussi l'opinion de M. de Paravey; les Toltéques le portant avec eux, comme le dit M. de Humboldt en décrivant leur migration du nord au sud.

Les communications soupçonnées par le savant auteur des Vues des Cordillères, entre les Muyscas et les Japonais, se vérifient donc de mille manières: outre les mots muyscas, puisés dans le mémoire de M. Klaproth, d'après le P. de Lugo, M. de Paravey a aussi transcrit tous les mots chib ou chibcha, que cite M. de Humboldt; ce sont ces mots que l'on va, d'après lui, comparer au japonais, en commençant par la série des dix nombres, ou des dix jours qui se comptent au Japon, en ajoutant ka à chaque nom de nombre, comme le font également les Chinois et certains peuples du Caucase; et en observant que cet augment appelé ici la numérale des jours, suffirait déjà seul pour démontrer des rapports et une origine commune.

Avant de donner ces tableaux, d'après M. de Paravey, on croit devoir remarquer que, dans les langues orientales, les voyelles se changent sans cesse les unes dans les autres, et même souvent ne se marquent pas et sont suppléées par le lecteur. On croit devoir aussi citer Thunberg, qui (p. 179, t. II) apprend qu'au Japon le B se change souvent en M et en F, et vice-versâ, le K en F et en B (bien que ces lettres ne soient nullement de même organe), le D en T, le R en L parfois, et enfin le H en F.

Et pour prévenir jusqu'aux moindres objections, on croit devoir avertir que, si le ch manque en japonais, comme le dit Thunberg (p. 178, t. II), tandis qu'il termine fréquemment les mots muyscas, dit M. de Humboldt (p. 229), les Japonais (dans Thunberg, au moins) ont le j, aussi-bien que le chinois, et le dj, comme dans le mot djogoun, et le sj, dans lequel le s et le ch se changent facilement.

La lettre L, en général, manquant d'ailleurs également aux deux peuples, est un autre rapport d'organe assez surprenant, et qui exclut une origine chinoise pour les Muyscas, puisque chez les Chinois, à l'inverse du Japon, c'est au contraire la lettre R qui n'est pas usitée, du moins dans certaines provinces.

M. de Humboldt a démontré que la lunaison se divisait en trois décades, en Chine, au Japon et chez les Muyscas, où les intercalations, avaient lieu comme chez les Grecs. Il a prouvé aussi (p. 264), que le cycle de soixante ans des Chinois et des Japonais, divisé en quatre indictions de quinze ans chacune, usitées en Europe au tems de Constantin, existait chez les Muyscas, et manquait chez les Aztèques. Et cette période de soixante ans, cet artifice de séries périodiques, est encore d'une origine purement chaldéenne ou sabéenne, au Japon, en Chine et à Bogota, puisque ce sont ces périodes chaldéennes de soixante heures, soixante jours, soixante ans,[27] qui ont donné naissance à la division astronomique en minutes, secondes, tierces, etc., division dite sexagésimale.

Mais si, d'après les détails que donne M. de Humboldt, le cycle de dix jours était, chez les Muyscas aussi-bien qu'au Japon, l'élément formateur des mois de trente jours et des cycles de soixante ans, il importait fort, comme le firent M. Siébolt et M. de Paravey, de comparer ce cycle de dix jours des deux côtés. Or, le voici chez ces deux peuples:

EN MUYSCAS, LANGUE CHIB.

Humboldt, p. 230.

EN JAPONAIS, LANGUE SEW A.

Rodriguez, p. 19.

Le 1er jourAta Fifitoi.
Le 2e jourBoz-haFouts-ka ou Bouts-ka.
Le 3e jourMi-caMi-ka.
Le 4e jourMhuy-caIok-ka.
Le 5e jourHis-caIts-ka.
Le 6e jourTaMouï-ka.
Le 7e jourCuhup-qaNanou-ka.
Le 8e jourSuhuz-ha [28]Io-ka ou Tats-ka.
Le 9e jourA-caKon-o-ka.
Le 10e jourUbchihi-caToo-ka ou To-ka.

Il est remarquable ici, observe M. de Paravey, que la finale ka, numérale des jours en japonais, se trouve aussi dans presque tous ces noms en muyscas, soit sous la forme ca, qa, ou sous celle de l'aspirée ha.

Il est non moins remarquable que le premier jour, Ata en muyscas, et Fifitoi en japonais, ou même encore Tsouitats, variante que donne M. Klaproth,[29] soient également des deux côtés privés de cette finale ca, ou ka, qui termine les autres nombres.

Et quant aux identités, celles des 2e, 3e, 5e, et 9e jours sont trop évidentes pour être discutées; kon-OKA, en japonais pour le 9e jour, renfermant aca ou oka, qui en est l'abréviation en muyscas.

Le 1er jour lui-même, qui a pu se dire ito, aussi bien qu'ata, en muyscas, n'est qu'une abréviation du Fif-ITO-i, japonais, et se trouve également compris dans Tsou-ITA-ts, autre nom du 1er jour.

Le 10e jour, ubchihica, diffère fort, il est vrai, du too-ka, japonais; mais (p. 20) Rodriguez nous apprend ici que dix pièces de monnaie s'expriment par ippiki, en japonais, et que ce nom s'emploie comme finale des nombres pour compter de dix en dix. Ubchihi-ca, écrit ipchiki, pourrait donc en dériver, puisqu'il exprime ici dix, ca étant d'ailleurs le nom du jour, ou sa numérale dans ubchihica. Cependant, M. de Humboldt traduit ce nom par lune brillante, et la lune se dit tsou-ki, et a pu se dire touki, tooki en japonais; il y a donc eu ici traduction de l'idée.

Il en est de même pour le nombre six, qui est ta en muyscas, et signifie récolte, dit M. de Humboldt; mais en japonais, mougui, devenu facilement mou, signifie également blé, céréale récoltée; il y a donc encore eu évidemment traduction ici. M. de Paravey soupçonne que le 4e, le 7e et le 8e jour offrent également des traductions des symboles hiéroglyphiques qui répondaient à ces nombres; mais il manque de dictionnaires japonais, où il puisse chercher le son des idées qui répondent à ces hiéroglyphes chez les Muyscas.

Il existe dans toutes les langues plusieurs mots très-différens pour exprimer la même idée, ou des idées très-voisines, et ici les Muyscas ont conservé les sons japonais, dans les 1ers, 2e, 3e, 5e et 9e jours, tandis qu'ils ont pris pour les autres nombres d'autres mots, mais des mots équivalens des idées complexes qu'ils offraient; idées expliquées par M. de Humboldt, quand il nous apprend que ce cycle servait aussi à compter, outre les trois décades du mois et les phases de la lune, les mois eux-mêmes, les époques des récoltes, des labours et des autres travaux de l'année.

Déjà (p. 238), en supposant que ata doit signifier eau, et remarquant que son hiéroglyphe est une grenouille, suivant les Muyscas eux-mêmes, M. de Humboldt observe que la grenouille, ou le tétard, type de l'homme naissant, suivant les Egyptiens et les Chinois, de l'enfant,[30] du commencement, du nombre un par conséquent, répond, comme il est très-vrai, au premier caractère Tse de l'un des cycles chinois usités au Japon, celui des heures, lequel sert aussi bien à compter que celui des jours.

En effet, ce nom ata ou ada est encore celui de la grenouille chez les Abazes du Caucase, et s'est même conservé chez nous dans le nom de têtard, qui a des rapports éloignés, mais certains avec le Thoth, nom du premier mois égyptien.

Dans le nom tsouïtats, du premier jour des Japonais, entrent les deux mots, Souï, eau et tats, dragon, ou têtard, animal des eaux et à quatre pattes.

Mais fifitoi, autre nom du premier jour japonais, offre fitoi ou Fito, homme, et la particule Fi, privative, suivant Rodriguez, de sorte que ce nom exprime alors pas encore homme, non homme, enfant naissant, enfant, dont le type naturel est le têtard de grenouille en hiéroglyphe, symbole mal compris par Diodore de Sicile, lorsqu'il fait dire aux sages égyptiens que, dans les tems anciens, les hommes étaient sortis du limon de leur fleuve sacré, le Nil; or cet enfant naissant est, avec le caractère figuratif des eaux célestes d'où il semble descendre, l'hiéroglyphe Tse, du nombre un, dans le cycle chinois et japonais des heures et des jours.

Il y a donc eu ici encore traduction de ce symbole à double sens. Aussi tous ceux qui ont quelque notion de l'écriture toute symbolique des Chinois, savent que le caractère yng, femme enceinte, où se voit la femme et son ventre proéminent, s'écrit indifféremment avec la clef tse des enfans, ou la clef mong[31] des grenouilles ou têtards.

Déjà dans son Essai, publié en 1826, M. de Paravey avait montré ces frappantes analogies entre les cycles chinois et japonais, et celui des Muyscas: déjà il avait observé, notamment, que l'hiéroglyphe du cinquième jour, Hisca, qui offre le soleil et la lune en conjonction, suivant les Muyscas, était également celui de la cinquième heure, chin, en chinois, heure signifiant aussi conjonction du soleil et de la lune.

De telles analogies sont démonstratives, ce semble, puisqu'elles forment une série suivie, et supposent des idées astronomiques et symboliques fort compliquées, que le hasard seul ne peut produire chez des peuples distincts. On peut consulter M. de Humboldt à ce sujet.

Mais ces analogies numériques sont bien loin d'être les seules entre les Japonais et les Muyscas.

Si l'on examine les noms qui expriment les dignités civiles et sacrées, on retrouve d'abord des deux côtés un pontife suprême et un chef militaire, comme aussi une division en quatre familles principales, et en familles nobles, et familles du peuple.

Ici, M. de Paravey s'occupe de ces noms de dignités, et de ces quatre familles, et trouve de nouveaux rapports assez sensibles entre ces deux peuples.

Les trois dignités principales étaient celles de Zaque, de Zippa, de Tithua, chez les Muyscas.

Celle de ZAQUE était la première, c'était le titre du souverain de Hunca, capitale fondée par Hunca-Hua, et portant évidemment son nom, Hunca, qui rappelle celui des Incas du Pérou, et le nom King qui, en chinois comme en anglais, signifie roi; Cun-din-Amarca était le nom de cet empire, dont il fut, dit M. de Humboldt, le premier zaque, ou souverain, tandis que Bochica, à Iraca, se trouvait être, lui, le pontife suprême, et ce qu'est au Japon le Dairi.

Dans tous ces noms entrent, comme on voit, Hun ou Cun; or, il est très-remarquable qu'en japonais, encore actuellement, goun, ou coun, signifie seigneur, chef; et kouni, royaume, seigneurie, qui n'est qu'une modification du koue chinois, qui signifie royaume, pays du roi, king.

Le nom de djo-goun, usité au Japon, dès l'an 87 avant J.-C., signifiait le chef suprême, le premier des seigneurs; djo, ayant le sens de premier, supérieur.

On peut donc supposer que dans Hunca, ou la ville royale, Hun, aspiré, s'est écrit Gun ou Cun; et on le peut d'autant mieux que l'empire se nommait en son entier Cun-din-Amarca, ou le royaume Cun (Kouni en japonais) d'Amarca, nom carthaginois et basque, on l'a déjà dit, nom illustré par la célèbre famille des Annibal, famille des BarcaMarca, et qui, outre tous les lieux en Amarca déjà cités, se retrouve encore dans le nom Mayoc-Marca de la tour de l'inca à Cuzco dans le Pérou et dans celui de Cat-Amarca du pays de Rio-de-la-Plata.[32]

Quant au titre particulier de ZAQUE, M. de Paravey cite Rodriguez (p. 116), donnant le titre de seike, comme celui des gouverneurs des trois états principaux du Japon: les autres gouverneurs se nommant kami ou grands, nom, qui en Muyscas, se rend également par khouma, d'après M. Klaproth lui-même.

Soukouy, en japonais, signifie d'ailleurs s'asseoir sur le trône; sakkara est le nom du trésor royal; Fisaki est le nom de l'impératrice, ou de la femme du zaque; et enfin, toujours en japonais, sougo[33] est le titre de commandant militaire des provinces.

Le nom de ZAQUE, pour celui de souverain, de gouverneur suprême, n'était donc pas inconnu au Japon, et il y existe encore dans les titres de Seike, et de Fi-SAKI, impératrice, aussi-bien qu'en Amérique dans le nom des Ca-ciques.

La seconde dignité des Muyscas était celle des ZIPPA, chefs des provinces. Or, en chinois, pa est le titre de vice-roi; pe est le titre de prince, prononcé pac au Japon, et c'est de là que viennent, on le sait, les titres turcs de pacha, et de beg ou bey.

Enfin, on l'a déjà indiqué, sobe désigne un homme en charge, un chef en japonais, et est très-voisin de zippa, étant formé de so ou sa, homme, en japonais, et de pe ou pac, chef, prince.

La troisième et dernière dignité était, à Bogota, celle des TI-THUA, chefs des bourgs et tribus; or, en japonais comme en chinois, on sait que tay signifie grand et chef, et que tayou, est un des titres d'honneur du djogoun, titre appliqué encore aux chefs des tribus du nord-est extrême de l'Asie, et du nord-ouest de l'Amérique.

On a d'ailleurs en japonais, gilo, pour le titre de chefs des bourgs et de ceux qui font payer le tribut comme le faisaient les tithuas à Bogota: gito a pu très-facilement se transformer en tito, titua.[34]

Enfin il existait au Japon comme à Bogota, quatre familles principales et les plus distinguées parmi les quatre-vingts familles primitives, dont les noms sont conservés, et forment la noblesse japonaise.

M. de Paravey fait observer ici que cette tradition de quatre-vingts familles primitives, est purement arabe; car d'Herbelot affirme qu'au lieu de supposer huit personnes dans l'arche qui s'arrêta sur le mont Djioudi, en Mésopotamie, les Arabes et le Coran en font sortir quatre-vingts, qui repeuplèrent en premier lieu cet antique centre de toute civilisation, la Chaldée, la Babylonie et l'Assyrie.[35]

Quoi qu'il en puisse être sur ces quatre-vingts familles, voici, d'après M. de Humboldt et le P. Rodriguez, les noms des quatre premières chez les Muyscas, où elles élisaient le grand pontife d'Iraca, ou le Dairi de Bogota; et chez les Japonais, où elles possédaient les principales charges.