[11] Voyez Mémoires de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres, vol. XXVIII, p. 505 à 525.
[12] Ce sont les Nian-eul-szu, ou les 22 historiens, dont les ouvrages forment une collection de plus de 600 volumes chinois, et qu'il ne faut pas confondre avec les Annales intitulées Thoung-kian-kang-mou, qu'on connaît en Europe par le maigre extrait que le P. Mailla en a donné en 12 volumes in-4o.
[13] Le célèbre Ma-touan-lin, si estimé par M. Rémusat, a aussi donné cette
relation dans son Wen-hien-tong-kao avec de légères variantes, et c'est là que
M. De Guignes l'a traduite; elle se trouve également répétée, dans la célèbre
encyclopédie chinoise, intitulée Youen-kien-touy-han, où nous l'avons trouvée
à Londres en 1830; et dans le Pian-y-tien, ou géographie des peuples
étrangers; et tous ces ouvrages, fort estimés, existent à Paris.
(Note de M. de Paravey).
[14] King-tcheou est une ville du premier ordre, située sur la gauche du grand Kiang dans la province actuelle de Hou-pe. Cette date répond d'ailleurs à l'an 499 de J.-C.
[15] Fou-sang, en chinois et selon la prononciation japonaise, Fouts-sôk, est l'arbrisseau que nous nommons Hibiscus rosa chinensis.—Voir ces Caractères dans la Dissert de M. de Paravey, ci-dessus, p. 102.
M. de Paravey, à leur égard, fait observer encore, que le P. Gonçalvès, dans son Dict. portugais-chinois, fort estimé, traduit ce nom Fou-sang par Papoula cornuda, ou aussi Argémone du Mexique. Ce savant missionnaire y voyait donc une plante ou un arbuste d'Amérique; et cette seule observation pourrait prouver que le Fou-sang propre répondait à quelque partie du Mexique.
[16] De Guignes a assez mal rendu ce passage de cette manière: «Les plus coupables sont mis dans la prison du nord, et transférés ensuite dans celle du midi, s'ils obtiennent leur grâce; autrement ils sont condamnés à rester pendant toute leur vie dans la première.»
[17] De Guignes traduit ces derniers mots par «on le juge ensuite.»
[18] Ces lois pénales sont celles que l'on a suivies de tout tems en Chine et dans les pays de l'Asie qui ont dépendu de la Chine. (De Par.)
[19] De Guignes a mal lu Y-chi.
[20] Les années 1, 11, 21, 31, 41 et 51 du cycle de 60 ans portent le caractère kia; les années 2, 12, 22, 32, 42 et 52 ont le caractère y.
[21] Ping, 3, 13, 23, 33, 43 et 53; ting, 4, 14, 24, 34, 44 et 54.
[22] Ou, 5, 15, 25, 35, 45 et 55; ki, 6, 16, 26, 36, 46 et 56.
[23] Keng, 7, 17, 27, 37, 47 et 57; sin, 8, 18, 28, 38, 48 et 58.
[24] Jin, 9, 19, 29, 39, 49 et 59; kouei, 10, 20, 30, 40, 50 et 60.
[25] M. Klaproth reconnaît donc ici l'existence au Fou-sang, du cycle de 60 ans des Chinois; mais le recueil du P. Souciet montre qu'il existe aussi aux Indes; et dans le Journal asiatique de Paris, M. de Paravey a montré qu'il commençait dans l'Inde et en Chine précisément en la même année. Les Bouddhistes de l'Inde ou du nord de l'Asie-Centrale avaient donc pu le porter dès lors au pays de Fou-sang, en Amérique et au Mexique. (De Par.)
[26] Dans l'Inde, on le sait, ce sont surtout les bœufs qu'on attelle aux chars, et, au Kamtchatka, ce sont les rennes, espèce de cerfs, qui tirent les traineaux. (De Par.)
[27] De Guignes traduit: «Les habitans élèvent des biches comme en Chine, et ils en tirent du beurre.»
[28] Il y a dans l'original To-Phou-thao. De Guignes ayant décomposé le mot Phou-thao, traduit: «On y trouve une grande quantité de glayeuls et de pêches.» Cependant le mot Phou seul ne signifie jamais glayeul, c'est le nom des joncs et autres espèces de roseaux de marais, dont on se sert pour faire des nattes. Thao est en effet le nom de la pêche, mais le mot composé Phou-tao signifie en chinois la vigne. A présent il s'écrit avec d'autres caractères, mais ceux employés ici sont l'ancienne orthographe du tems des Han, qui a prévalu jusqu'au 10e siècle de notre ère. La vigne n'est pas une plante originaire de la Chine, les grains en ont été importés par le célèbre général Tchang-kian, envoyé en 126 avant notre ère dans les pays occidentaux. Il parcourut l'Afghanistan de nos jours et la partie nord-ouest de l'Inde, et revint en Chine après 13 ans d'absence. Le terme Phou-thao n'est pas originaire de la Chine, de même que l'objet qu'il désigne, il n'est vraisemblablement que la transcription imparfaite du mot grec βὁτρυς. Les Japonais le prononcent Bou-dô; ils donnent ordinairement à la vigne le nom de Yebi-kadzoura, composé de yebi, écrevisse de mer, et de kadzoura, nom général des plantes grimpantes qui s'attachent aux arbres voisins.
Dans le texte, M. Klaproth, malgré tout ce qu'il dit dans cette note, devait traduire, comme nous l'avons fait dans notre mémoire, les mots Pou-tao, qu'il prononce Phou-thao, par raisins, et non pas par le mot vignes, qui chez nous, entraîne l'idée de culture. Les bois de l'Amérique du nord et du nord-ouest abondent en raisins sauvages, comme le dit le Samanéen; mais on n'a pas trouvé en Amérique des vignes cultivées, et ce texte, en effet, n'en parle pas. (De Par.)
[29] De Guignes traduit: «Pendant leurs prières ils exposent l'image du défunt.» Le texte parle du chin ou génies, et non pas des âmes des défunts.
[30] C'était aussi l'antique usage en Chine et dans l'Indo-Chine. (De Par.)
[31] Dans l'original tchu-kia, c'est-à-dire «quitter sa maison ou sa famille» ou «embrasser la vie monastique.»—De Guignes n'a traduit que le commencement de ce paragraphe.
[32] Extrait du no de juillet-août 1831 des Nouvelles annales des voyages, 2e série, tome XXI, p. 53.
[33] Un mot seul, quand il est bien choisi, vaut parfois une démonstration. Dans le dictionnaire de la langue du Mexique, par le P. Molina, dictionnaire conservé au British museum à Londres, nous avons trouvé que le mot Lama, ou Llama, exprimait le nom des médecins chez les Mexicains; et personne n'ignore qu'au Thibet et en Tartarie les Lamas, ou prêtres bouddhistes, sont en même tems les médecins de ces contrées si peu connues, par où l'on devait, des Indes, se rendre au Fou-sang. (De Par.)
Planche 50
Annal. de Phi. chrét. IIIe Série. Nº. 90. t. XV. p. 449. Lith. Desportes à l'Ins. des S. M.
EST L'AMÉRIQUE.
A monsieur le directeur propriétaire des Annales de philosophie chrétienne.
Monsieur,
En attendant qu'il se trouve en France un ministère qui sente la haute importance de la Perse, de l'Inde et de la Chine, et qui veuille organiser convenablement cette Société asiatique, dont j'ai été, avec MM. de Sacy et de Chézy, un des fondateurs; en attendant qu'on alloue des fonds convenables à cette Société, qu'on lui donne un local spécial et un bibliothécaire; qu'on la dote pour président d'un homme, qui, comme lord Aukland, directeur de la Société asiatique de Londres, puisse, par sa richesse et son influence, grouper et utiliser tous les orientalistes instruits, mais divisés entre eux, qui existent à Paris et en France, je me plais à donner à votre Journal, parce qu'il n'est soumis à aucune commission, à aucune coterie, qu'il a fait déjà beaucoup de bien, depuis 17 ans qu'il existe, et qu'il en fera encore, mes Essais divers, fort imparfaits, je le sens, mais dont la réunion formera un jour une masse de faits aussi nouveaux que positifs.
Avec votre esprit judicieux, vous avez senti la force de mes Tableaux de l'origine des lettres, dont jamais le Journal asiatique de Paris n'a voulu dire un seul mot; qu'avait approuvés cependant le célèbre docteur Young, et dont s'est servi M. Princeps.
En 1844 vous avez donné ma Dissertation sur l'Amérique, ou le Fou-sang[34]. Vous publiez avec raison, les analyses d'ailleurs utiles et bien faites des travaux sur l'Orient que donne tous les ans M. Mohl, dans le Journal asiatique, et je vous remercie d'avoir rappelé en note, sur celle de 1845, que moi aussi, j'avais traité la question délicate et importante de ce lieu célèbre du Fou-sang[35].
M. Walcknaër m'a dit que M. Rémusat avait traduit pour lui, les textes chinois sur le Fou-sang; j'ignore si M. Walcknaër, ce géographe érudit, a exprimé une opinion à cet égard; j'ignore aussi ce que pense à ce sujet le savant vicomte de Santarem, mais ce que je sais, ce que je vous prie de publier, c'est que M. Newman, cité par M. Mohl, n'a publié, en 1845, sa Dissertation à Munich, qu'après m'avoir vu, à Londres en 1830-1831, à son retour de la Chine, et après avoir su par M. Huttman, alors secrétaire de la Société asiatique de Londres, que je m'occupais d'un travail étendu sur cette relation du Fou-sang, dont j'avais retrouvé en Angleterre le texte chinois, accaparé à Paris par M. Klaproth.
Il en est de même de M. d'Eichthal, cité par M. Mohl. A la Société asiatique, (septembre 1840) et à la Société de géographie aussi, M. d'Eichthal a pu, en 1840, entendre une note que j'ai lue sur ce pays, et voici les calques que j'y ai présentés des figures de Bouddha et de Siva, reconnues par moi, le premier, au Yucatan, dans le bel ouvrage de M. de Waldeck, sur les ruines d'Uxmal[36]. Vous avez vous-même alors, vu ces divers calques et ces dessins, et M. Burnouf fils y a reconnu comme moi, et d'après moi, les figures de Bouddha et de Siva.
Comment se fait-il que M. Mohl ait ignoré ces faits très publics à cette époque? comment se fait-il qu'il les ait attribués à M. d'Eichthal, sans me nommer? J'ignore tout-à-fait pourquoi[37].
Je ne connais encore ni le Mémoire de M. d'Eichthal, ni la Dissertation de M. Newman, qui date seulement de 1845, la mienne étant de 1843 et 1844 dans votre journal, et je suis le premier à vous prier, monsieur, de les faire traduire ou analyser; car le sujet est fort important, je le répète.
Déjà Bernardin de Saint-Pierre, dans ses Harmonies de la nature, avait indiqué ces migrations vers l'est, des peuples de l'Inde et de l'Océanie, arrivant ainsi vers l'Amérique du nord et le Pérou, et M. l'amiral de Rossel, navigateur célèbre, savant aimable et loyal, avait cité les îles Sandwich, comme point de relâche antique, entre les Indes, la Chine et l'Amérique, ainsi que cela se renouvelle en ce jour.
M. de Saint-Pierre[38], avait parlé aussi de nombreux rapports trouvés par un auteur déjà ancien, entre le Malais et le Péruvien. Et mes nombreux extraits du Dictionnaire de la langue Qquichua du Pérou, dictionnaire conservé à la Bibliothèque du roi à Paris, ont confirmé ces rapports avec le Malais parlé à Java. M. d'Eichthal est donc entré dans une bonne voie; mais j'avais la priorité, et M. d'Avezac, à qui j'ai souvent parlé de ces matières, a pu l'en entretenir aussi et lui signaler mes lectures.
Vous parlant ici de ma Dissertation sur le Fou-Sang qui, avant d'être imprimée, avait motivé en 1831, celle de M. Klaproth[39], comme je l'ai exposé dans mon mémoire; permettez-moi, monsieur, de la corriger par quelques notes nouvelles et fort importantes. J'avais dit que les navires du Kamtchatka, construits en ce lieu par les Bouddhistes venus là du Caboul, devaient les porter en Amérique, vers les bouches de la Colombia: mais, écrivant loin de mes livres, et sans globe terrestre, j'avais remonté, en 1844, le point de leur arrivée un peu trop haut vers le nord.
Le bel ouvrage de M. Duflot de Mofras, sur l'Orégon[40], ouvrage que je viens de lire et d'analyser, m'a conduit au port excellent de San-Francesco, au sud de la Colombie, pour ce point d'arrivée des Indiens bouddhistes, du Caboul.
D'après l'échelle de 1,500 lys, comptés par les Chinois entre la Perse et la ville de Sy-ngan-fou, comme aussi évalués entre cette ville, et la pointe sud du Kamtchatka, ou du Ta-han, la distance de 20,000 lys entre le Kamtchatka et le Fou-sang, mesurée sur un globe terrestre, arrive précisément en ce point, et M. de Mofras[41] dit que les vents du nord-ouest régnent une grande partie de l'année à San-francesco et y amènent facilement quand on vient de la côte nord-est d'Asie.
Là, les navires entraient sans périls, au lieu que la barre de la bouche de la Colombia, est très difficile à franchir, du moins pour de grands navires; mais cependant aussi, cette entrée naturelle du beau pays de l'Orégon a dû être connue des anciens.
En effet, dans la figure, des Américains à demi-vétus, à demi-policés du Fou-sang, que donne le Pian-y tien, et aussi l'Encyclopédie chinoise, et que nous reproduisons ici avec une explication (voir ci-après notre planche 50 et l'appendice C), on voit cet indigène, traire une jeune biche à mouchetures blanches, et son faon est également moucheté. J'avais en vain cherché cette nature de biches mouchetées en Amérique, mais en relisant M. de Humboldt, j'ai vu que le Cervus mexicanus de Linnée était aussi moucheté, comme nos chevreuils d'Europe, et surtout était ainsi dans sa jeunesse: et cette espèce de cerfs se trouve en Amérique et au Mexique, en troupeaux immenses, dit M. de Humboldt[42], aussi bien qu'un grand cerf, pareil aux nôtres, et souvent entièrement blanc, cerf qui se voit dans les Andes, où il vit en troupes également.
Ce dernier rappelle donc les biches blanches et privées, dont les Indiens de l'Himalaya tiraient leur lait, nous dit Philostrate, dans sa Vie d'Apollonius de Tyane; car, ces individus étant bouddhistes, ils devaient se priver de viandes et vivre de fruits et de laitages.
La relation du Fou-Sang, parle aussi de bœufs aux cornes fort longues, et domptés par les naturels de cette contrée; or, M. de Humboldt dit[43] que les bisons du Canada peuvent se soumettre au joug, et produisent avec nos bœufs d'Europe.
Ces bisons pèsent jusqu'à 2,000 livres et plus, mais leurs cornes sont petites; tandis qu'on a trouvé, dit-il, vers Cuernavaca, au sud-ouest de Mexico, dans des monumens en ruine, des cornes de bœuf monstrueuses.
Il rapporte ces cornes à celles du bœuf musqué, du nord extrême de l'Amérique; mais M. de Castelnau, vers l'Amazône et le Paraguay, dans sa courageuse exploration, vient de retrouver ces bœufs aux cornes fort longues, outre une autre espèce aux petites cornes, qui erre avec elle et dans les mêmes steppes.
La relation du Fou-sang est donc justifiée encore en ce point, et il y a eu certainement quelque faute dans le texte, quand on y dit, que sur ces longues cornes, ces bœufs portent des poids de 20 HO poids de 120 livres chaque, c'est-à dire un poids total de 2,400 de nos livres!!! On devait dire qu'ils pesaient par tête, au moins 2,400 livres, et non pas que cette charge énorme était posée sur leurs cornes; ce qui serait impossible.
Les chevaux que cite cette relation semblent seulement avoir manqué en Amérique; mais les Patagons, vrais Tartares, sont toujours à cheval, et rien ne prouve qu'ils n'aient sauvé chez eux quelques-uns des chevaux que virent les bonzes indiens au Fou-sang, et que les navires du Kamtchatka y avaient peut-être apportés de Tartarie.
Je vous donnerai quelque jour, un mémoire sur les peuples du nord extrême de l'Asie, à grands navires et à nuits presque nulles en été.
Plus savant cent fois que M. Klaproth, M. de Guignes le père a déjà indiqué par quelques mots, dans son mémoire sur le Fou-sang, ce peuple aux grands navires, et dont le nom Ku-tou-moey, c'est-à-dire à nuits très-courtes en été, indique la position vers le cercle arctique.
Il en est question dans l'ouvrage intitulé: Wen-hien-tong-kao du docteur Ma-tuon-lin; j'en ai extrait ce qu'il en dit.
J'ai montré ailleurs que le passage d'Europe vers l'Amérique, au nord de la Sibérie, avait dû être alors praticable, cette mer se comblant par les détritus des grands fleuves qui y tombent, et par cela même se glaçant de plus en plus chaque jour; car, on le sait, les mers profondes ne gèlent pas. Tout ceci offre des questions nouvelles et importantes, et votre Journal, utile et grave, fera bien de les traiter successivement.
Agréez, etc.
Saint-Germain, ce 24 avril 1847,
Cher de PARAVEY,
Du corps royal du génie et l'un des fondateurs
de la Société royale asiatique.
[34] Voir t. IX, p. 101 (3e série) des Annales.
[35] Voir notre n° 87, ci-dessus, p. 219.
[36] Voir une figure de ce Bouddha dans notre planche.
[37] Voyez à ce sujet notre lettre à l'Académie, ci-après appendice A, et l'appendice B.
[38] Études de la nature, étude XI et note 49, édition 1836, 1er volume.
[39] Cette dissertation de M. Klaproth a été aussi insérée dans les Annales à la suite de celle de M. de Paravey, t. IX, p. 116, année 1844.
[40] Paris, 1844.
[41] Note 28, t. I, p. 171, Tableaux de la nature, traduction d'Éyriés.
[42] Tome I, note 28.
[43] Voir Tableaux de la nature, p. 90 et 157, note 5.
RELATIF AU MÉMOIRE DE M. D'Eichthal CITÉ PAR M. Molh.
2.—Preuve donnée dès 1840 de l'introduction du culte de Bouddha en Amérique, par le moyen des Indiens du Caboul.
A Monsieur le président de l'Académie des sciences,
En l'an 458 de notre ère, des Bonzes indiens, partant du centre de l'Asie, ont-ils été en Amérique par le Kamtchatka et le nord-ouest du nouveau-monde, pour y convertir les peuples qui y existaient, et dont ils connaissaient dès lors l'existence?
C'est ce qu'à affirmé le docte M. de Guignes le père[44], dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, où il a donné la traduction du voyage de ces Bonzes indiens, tiré des grandes Annales de la Chine.
C'est ce que M. Klaproth et M. de Humboldt ont nié postérieurement, s'appuyant sur quelques doutes du savant père Gaubil, qui n'avait pas assez étudié cette question. C'est ce que je viens affirmer; ce dont je n'ai jamais douté, m'étant entretenu à ce sujet avec le savant amiral M. de Rossel, et ayant étudié à fond le mémoire de M. de Guignes, sur ce voyage et les navigations des Chinois vers le célèbre pays oriental qu'ils nomment le pays du Fou-sang (et qu'ils mettent à 2,000 lieues à l'est des côtes de leur empire et de la Tartarie). Mais comme mes simples assertions ni celles des autres ne seraient pas plus admises que ne l'a été le beau travail de M. de Guignes le père; comme à l'Académie des sciences on veut des faits et non des phrases; j'apporte ici des monumens d'une partie de l'Amérique centrale, encore à peu près inconnue, au moins sous le rapport des antiquités, monumens que j'ai montrés à la Société asiatique de Paris, à M. Burnouf fils et à M. le chevalier Jaubert, et qu'ils ont reconnus avec moi purement bouddhiques.
Chez M. le baron Van der Cappellen, près Utrecht, en Hollande, j'ai vu, rapportés des Indes par lui, des dessins en grand du temple de Bourou-Bouddhou, à Java: temple antique, circulaire, orné de milliers de petites niches élégantes, où figure le célèbre dieu indien Bouddha, assis avec les jambes croisées et surmonté, dans le haut de chaque niche, de la tête monstrueuse et déformée de Siva.
Je pourrais montrer les mêmes idoles dans l'antique Égypte et à Axum, en Abyssinie; mais, en parcourant le bel ouvrage du peintre habile, M. Waldeck, élève distingué de David, envoyé au Yucatan, par le généreux et malheureux lord Kingsborough, j'ai été frappé de voir, sur la façade du sud du vaste palais quarré des ruines d'Uxmal, ruines que M. Waldeck a dessinées près de Mérida, huit niches du Bouddha indien, figuré assis comme à Java dans les Indes, et avec le front décoré de grossiers rayons, et de voir en outre, une tête humaine monstrueuse et applatie, qui surmonte la niche quarrée et la cabane ou maison où est assis ce Bouddha indien. On peut voir cette figure dans le dessin que je donne ici. La ressemblance de ces Bouddha du Yucatan avec la figure des Bouddha de Java, publiée dans Crawfurd, Archipel indien (t. II, p. 206), est telle, que M. Burnouf a cru d'abord mes calques du palais antique d'Uxmal, au Yucatan, calques faits d'après la pl. XVII de M. Waldeck, d'origine purement Indienne et Siamoise, et non Américaine.
M. Burnouf sait que le culte du monstrueux Siva accompagne, même à Siam, et dans le Népaul, le culte plus doux de Bouddha; et que souvent leurs images sont accouplées, comme au temple de Bourou-Bouddhou de l'antique Java, archipel indien: et comme dans l'Égypte antique, on accouple partout Typhon et le jeune Horus.
Retrouver, au centre de l'Amérique, ces deux figures accouplées aussi, copiées exactement, et ornant au nombre de huit la façade sud d'un temple orienté, démontre ce me semble entièrement la vérité du voyage au Fou-sang (en 458 de Jésus-Christ), traduit du chinois par M. de Guignes, et attribué à cinq bouddhistes partis du Ky-pin ou de la Cophène, c'est-à-dire du pays de Caboul dans les Indes.
Dans les Annales de philosophie chrétienne, t. XII, p. 441, où l'on donne une analyse des Antiquités du Mexique, par Dupaix; on cite les recherches qu'il fit à Zachilla, capitale de l'ancien royaume des Zapotèques, et qui lui offrirent, sur un rocher, l'empreinte d'un pied gigantesque, empreinte où M. de Paravey voit une imitation de celle que l'on va vénérer sur le pic d'Adam, à Ceylan, et dont les peuples d'Ava et du Pégu, au culte bouddhique, ont aussi des imitations analogues; en outre, le colonel Dupaix trouva en ce lieu, une idole assise, les mains croisées sur la poitrine, et qui ne pouvait être qu'une des figures de Sakia ou Bouddha, comme celle que l'on donne ici.
Là, suivant le Voyage des Samanéens, traduit depuis, par M. Rémusat, fut le centre du bouddhisme, et des monstrueuses idolatries de l'Inde, altérations déplorables du culte pur, fondé dans l'Indo-Perse, par Sem, où nous voyons le célèbre Heou-tsy des chinois[45].
Là, on faisait deux planètes imaginaires de Ragou et Cetou, tête et queue du dragon, nœuds de la lune, cause des éclipses et lieu des conjonctions; et ces dragons sont figurés en grand, sur la façade ouest du palais d'Uxmal au Yucatan, étant entrelacés et formant des nœuds, et ayant des plumes au lieu d'écailles, c'est-à-dire étant aériens. Tout ceci tient à une ancienne astronomie hiéroglyphique, où les spirales du soleil, dans sa marche apparente d'un tropique à l'autre, étaient rendues par un dragon ou par un vaste boa, chose toute naturelle comme image.
Ainsi, on écrivait en Chinois, ancien Babylonien, Soleil mangé par le dragon ou le serpent, pour éclipse du soleil; Lune mangée par le dragon, pour éclipse de lune.[46] Mais on savait calculer les éclipses, et le peuple grossier, croyait seul, en faisant du bruit, faire fuir ce dragon imaginaire, ce boa à plumes, c'est-à-dire aérien.
Retrouver la peinture en grand de ces superstitions chinoises et indiennes à Uxmal, dans l'Yucatan; y voir retracé avec toute évidence le Bouddha de Java, île qui offre aussi, à Suku, un téocalli ou temple antique et pyramidal, pareil à celui d'Uxmal en Amérique, dessiné par M. Waldeck (voyage au Yucatan), m'ont paru des faits importants et décisifs, qui, signalés par l'Académie dans son Compte-rendu, avertiront les Américains instruits et leur montreront que leur pays et leurs ruines, sont dignes de recherches plus complètes, et veulent d'autres explorations que celles faites jusqu'à ce jour, et qui sont presque nulles.
Justifier le docte auteur de l'Histoire des Huns, appuyé ici du savant géographe Buache, contre les objections mal fondées de M. Klaproth, m'a aussi paru fort important, et je ne crois pas que l'on puisse nier maintenant les navigations des Indo-Tartares vers l'Amérique, et cela, près de 1000 ans avant Colomb.
Je joins ici un de mes calques, et je pourrais à Uxmal, à Palenqué et à Tulha, montrer encore d'autres rapports avec l'Inde, si j'avais plus d'espace pour les indiquer.
Paris, 20 juillet 1840.
Cher de PARAVEY.
[44] T. XXVIII, p. 513.
[45] Voyez nos documens hiéroglyphiques, emportés d'Assyrie et conservés en Chine, p. 25. Paris, 1838, chez Treuttel et Wurtz, et au bureau des Annales, (no 6, rue Babylone) qui ont d'abord publié ce Mémoire dans le t. XVI, 1838, p. 123 et p. 124, note.
[46] En chinois, voir ici Jy 日, chy 蝕, Eclipse de Soleil, et youe 月 蝕 chy, Eclipse de Lune, ou astres engloutis peu à peu, sena de chy 食 (dict. chin. n° 9505), caractère mis sous la clef tchong 梋, celle du serpent, qui combinée avec chy signifie: manger peu à peu, comme avalent les boas.
A NOTRE LETTRE A L'ACADÉMIE.
Nouvelles preuves de l'introduction du culte du Bouddha en Amérique, ou dans le pays du Fou-sang.—Quel fut le premier pays converti à ce culte dans le nouveau monde?
Une des contrées de l'Amérique qui fut convertie la première par les Samanéens du Caboul, arrivant par la pointe sud du Kamtchatka, au port excellent du San-Francisco, en Californie, au nord de Monterey, a dû évidemment être le pays du Rio-Colorado, vaste fleuve qui, dans ces régions même, coule du nord au sud, et vient tomber dans la pointe nord de la mer Vermeille.
Or, précisément dans les traductions utiles des auteurs espagnols de M. Ternaux Compans, on voit Castanéda placer vers le Rio-Colorado, dans une petite île, un sanctuaire du lamaïsme ou du bouddhisme.
Il y mentionne, dans un lac sur cette île, un personnage divin nommé, dit-il, Quatu-zaca, et qui, habitant une petite maison, était censé ne manger jamais.
On lui offrait du maïs, des mantes de cuir de cerf, des tissus de plumes en très-grande quantité; et dans ce lieu même se fabriquaient aussi (ce qui prouve une colonisation) beaucoup de sonnettes ou de grelots en cuivre.
Le nom même de ce Lama déifié ou de cette idole Quatu-zaca, offre le nom tartare et indien Xaca, ou Che-kia en Chinois, Sacya en sanscrit, nom du célèbre dieu Bouddha; remarque que nous faisons le premier; et Quatu a pu indiquer son origine du Catay.
Castanéda ajoute que les peuples de ces contrées étaient fort doux, ne faisaient jamais la guerre, et (s'abstenant de chair) vivaient seulement de trois à quatre sortes de fruits très-bons.
Il est donc impossible de ne pas voir ici une antique colonie de Bouddhistes ou de Lamas: colonie qui, ensuite, poussa des rameaux au Mexique, dans le Yucatan, à Bogota et même au Pérou, pays de mœurs fort douces.
Les Mexicains, affreusement cruels dans leurs idolatries récentes, sont, on le sait, une migration du nord-est de l'Asie et du nord-ouest de l'Amérique, mais beaucoup plus moderne; et, avant leur arrivée dans ces belles contrées, il est à croire, comme le dit la relation du Fou-sang, que le culte doux et fraternel des Bouddhistes, débris de la race de Sem, y régnait exclusivement.
Le nom même des Samanéens qui y étaient venus en 458, étant tiré du samscrit saman, qui signifie pacifique, nous dit M. Pauthier[47], et ce nom se retrouvant plus tard au Mexique, où M. Ternaux[48], donne Amanam pour le nom des prêtres et des devins, mot qui évidemment a pu se prononcer d'abord Chamanani, Samanani, Samanéens.
Saint-Germain, 26 avril 1847.
Ch. de Paravey.
[47] Description du Thian-chou, ou de l'Inde.
[48] Vocabulaire mexicain, dans sa traduction des anciens auteurs espagnols.
RELATIF A LA FIGURE PUBLIÉE ICI POUR LA PREMIÈRE FOIS D'UN NATUREL DU FOU-SANG.
À quel pays de l'Amérique a pu appartenir cet homme presque nu que les livres chinois offrent comme habitant du pays du Fou-sang?
Comme on le voit dans la gravure que nous donnons ici, les Chinois supposent que les hommes qui habitaient le pays du Fou-sang étaient presque nus; or, dit-on, les habitans de l'Amérique du nord étaient revêtus d'habits. Cela est vrai pour la plupart de ces pays; mais dans le Voyage à l'embouchure de la Colombia de MM. Clarke et Léwis[49], à 46° 18' nord, ces voyageurs rencontrent les Indiens Chin-ooks, et, dans un village de l'île des Daims, ils trouvent des femmes qui, au lieu de courtes jupes, avaient une simple trousse autour des reins, ou aussi une bande de peau étroite, serrant leur corps en cette partie.
Ils disent (p. 286) que les Indiens de la Colombia, vu la douceur du climat, ont toujours les jambes et les pieds nus, même en hiver; et ne portent que des petites robes lors du froid, ou des tabliers de peau et une sorte de pélerine sur les épaules (p. 310). Les mocassins, pour les pieds et les jambes, n'étant usités que dans le Canada et vers la baye d'Hudson, où le climat est beaucoup plus froid.
Ainsi l'homme du Fou-sang, presque nu dans le dessin antique du Pian-y-tien et de l'Encyclopédie chinoise que nous reproduisons ici, devait habiter vers la Colombia ou vers la Californie, riches et belles contrées d'un climat fort doux et tempéré, pays de cet Orégon que se disputent en ce jour les Espagnols, les Anglais et les États-Unis.
En outre, si l'on ouvre[50] l'Exploration de l'Orégon et de la Californie en 1844, par M. Duflot de Mofras, on voit en effet, ces Indiens y figurer avec les reins ou le milieu du corps seulement couverts, et cela exactement, comme dans la planche ci-contre du naturel du Fou-sang, planche reproduite dès l'an 499 de notre ère, dans toutes les géographies étrangères publiées en Chine et au Japon.
Tout justifie donc mes conjectures. Quant à la biche mouchetée et à son faon, nous avons cité M. de Humboldt, sur le cervus mexicanus de Linnée; et nous indiquons également ici, pour montrer que les naturels savaient en former des troupeaux et les priver, le Voyage en Amérique de M. de Chateaubriand, in 8o, t. Ier, p. 130, où il parle des biches du Canada, charmante sorte de rennes sans bois, et que l'on y apprivoise, nous dit-il.
Cher de Paravey.
(Extrait du no 90 (juin 1847) des Annales de Philosophie chrétienne).
Imp. de Edouard Bautrucke, rue de la Harpe, 90.