«Au-dessus du niveau des basses mers, les eaux chargées de vase n'ont plus été en permanence à la même élévation.» Mais cette objection perd son importance «devant un examen attentif des envasements dans les petits golfes échelonnés le long de nos rivières.»—«On connaît cette loi d'hydraulique générale qui veut que, dans tout liquide en mouvement, contenant des matières solides en suspension, s'il y a diminution de vitesse, il y ait aussitôt dépôt.» C'est là, ajoute-t-il, la cause des barres qui se forment là où le courant des rivières rencontre la marée, et le dépôt s'opère surtout dans les anfractuosités des rivières, où la vitesse de l'eau n'est pas comparable à celle du chenal. L'observation constate que l'élévation de la marée n'est presque pour rien dans les dépôts de cette dernière espèce. «Il est vrai, dit encore M. Kerviler, que plus l'alluvion augmente de hauteur, moins longtemps elle reste soumise à l'action des eaux vaseuses; mais aussi la compression par tassement devient évidemment beaucoup moindre.» Des calculs que l'on devra rechercher dans l'original, et où l'auteur fait entrer le nombre des heures de flot et la pesée des cubes d'un même volume de vase, pris dans la partie supérieure du dépôt et à 9 mètres au-dessous, l'amènent à affirmer que le calcul direct par la proportionnalité des épaisseurs conduit à un résultat voisin de la vérité absolue.
Mais il a trouvé une démonstration plus saisissante dans l'observation d'une coupure verticale de la vasière et de ses stratifications, faite par lui-même en compagnie de M. Paul du Chastellier. «Sur 2 mètres de hauteur, dit-il, où nous les observâmes au-dessus de la couche sableuse des débris de l'âge de bronze, elles paraissaient avoir 3 millimètres d'épaisseur; entre la plupart on apercevait très-nettement de minces couches noires, qui se décomposaient au toucher en débris végétaux très-aplatis.» L'ordre régulier et presque invariable des couches est sable, argile, débris végétaux, ceux-ci représentant le détritus annuel de l'automne. L'épaisseur de chaque couche varie sensiblement; mais, en prenant les moyennes entre les chiffres extrêmes donnés par M. Kerviler, on arrive à un peu plus de 4 millimètres pour les trois dépôts d'une même année, ou de 40 centimètres par siècle, qui, pour 2 mètres et demi (distance entre les deux dépôts historiques), donneraient six siècles environ. L'auteur, qui avait le dépôt sous les yeux, et qui par conséquent pouvait mieux juger dans quel sens il devait forcer la moyenne, s'arrête à 35 centimètres pour l'épaisseur d'un dépôt séculaire, «y compris l'épaisseur supplémentaire des grosses couches de gravier,» ce qui donne sept siècles pour le total, c'est-à-dire à peu près le résultat du premier calcul, avec quelque chose en plus, et nous reporte seulement à une époque contemporaine de la législation décemvirale pour les Romains, au siècle de Périclès pour l'histoire de la grande civilisation hellénique. Si les prises de moyennes laissent toujours dans l'esprit un certain degré d'incertitude sur les conclusions générales, l'accord de ce résultat avec le précédent doit produire une forte impression.
Du reste, il faut le dire une bonne fois, l'usage des instruments de pierre n'est pas par lui-même une preuve de la haute antiquité d'une station. Cet usage existe encore aujourd'hui, dans la Grèce elle-même, pour les instruments d'agriculture appelés alostra, signalés par M. Emile Burnouf à l'Académie des Inscriptions. Le cimetière mérovingien de Caranda, dans l'Aisne, a présenté un mélange considérable d'objets de pierre et de métal. Si leur répartition entre les tombes est mal connue[240], ce sont là pourtant des faits qu'il faut rappeler pour arrêter l'archéologie dite préhistorique dans la voie téméraire où elle s'était engagée. Il n'en est pas moins vrai que l'âge des dolmens, identique en Gaule à celui de la pierre polie habituellement employée, a précédé, chez nos aïeux, l'emploi ordinaire ou même fréquent des métaux quels qu'ils soient. Mais l'existence, mais la nature même des monuments mégalithiques suppose une société régulière, employant des forces réunies considérables pour les honneurs religieux à rendre à ses morts, et plus particulièrement, semble-t-il, aux morts des familles qui les gouvernaient et qui s'étaient illustrées chez elles. La domestication des animaux, l'agriculture, l'horticulture, le tissage de lin, une céramique assez avancée étaient d'ailleurs, au temps de la pierre polie, des arts communément pratiqués en Gaule[241].
«On ne construit pas, dit encore M. Bertrand, on n'entretient pas des stations sur pilotis, sans une forte institution communale… La présence du jade, de la jadéite, de la calais, de l'ambre, dans des pays qui ne produisent aucune de ces matières, prouve l'étendue du commerce… La force des traditions éclate dans l'homogénéité des monuments et dans la constance de certains détails… On a cru que l'âge de la pierre polie représentait une des phases normales et nécessaires du développement de l'humanité dans la voie du progrès, quelque chose d'analogue à ce qu'est, en géologie, un étage bien tranché dans la succession des terrains antérieurs à l'ère récente. Ce point de vue ne peut qu'égarer. Le perfectionnement du travail de la pierre chez les populations septentrionales et occidentales de l'Europe tient uniquement à leur isolement. Il est synchronique et même postérieur au développement bien supérieur de populations du Midi qui n'ont point traversé d'étapes semblables[242].»
Ces lignes, consignées par M. Bertrand dans la Préface où il résume les résultats de ses longues années d'investigations, devraient être désormais l'épigraphe de tous les travaux relatifs à ce qu'on appelle l'âge ou les âges de la pierre.
À quelle race appartenaient les hommes des dolmens? N'avaient-ils pas été précédés sur notre sol par une race différente? Ce sont là deux questions soulevées par l'étude du livre de M. Bertrand et que lui-même n'a pas négligées, mais qui n'appartiennent pas complètement peut-être à l'objet de la présente étude. Cependant elles y tiennent de trop près et sont trop intéressantes en elles-mêmes pour ne pas attirer notre examen.
La question ethnographique concernant les hommes des dolmens, cette question que nos pères avaient à peine posée, tant alors elle paraissait simple, a été vivement agitée dans ces dernières années, où des documents nouveaux ont été produits en nombre considérable. On a même soulevé hardiment la question de l'antiquité réelle des dolmens, au-delà ou en deçà de la limite des temps classiques, dans notre Occident lui-même. Résumons d'abord les opinions récemment produites, et nous chercherons ensuite ce que chacune peut contenir de vérité. Avant tout, voyons ce qu'a dit M. Bertrand, dans le volume qui a été l'occasion de ce Mémoire.
§1.—Opinions diverses sur l'ethnographie et l'époque des constructeurs de dolmens.
M. Bertrand a fait remarquer, non-seulement que les dolmens se trouvent presque tous en dehors du territoire gaulois proprement dit[243], mais encore qu'ils se trouvent en dehors des contrées désignées comme celtiques par les anciens (avant César), et spécialement en dehors des routes commerciales, indiquées par Strabon comme traversant la France actuelle[244]. Il fait aussi observer que, contrairement à ce qui s'est passé dans les contrées Scandinaves, l'inhumation était le mode habituel de sépulture dans notre pays, aussi bien sous les tumulus que sous les dolmens[245]. D'autre part, nos dolmens sont quelquefois recouverts par des tumulus[246], ce qui peut indiquer la pénétration réciproque des deux civilisations; et la transition d'une période historique à une autre est là d'autant mieux marquée que le fer, le bronze et la pierre se trouvent tous les trois sous les tumulus, quoique dans des proportions fort inégales, signalant d'une part la prédominance des Celtes, plus nouveaux venus, sur les anciens habitants, de l'autre des relations encore très-limitées avec les derniers arrivés, les Gaulois armés de fer. M. Bertrand est d'ailleurs disposé à croire que, là où les tumulus sont isolés dans les régions à dolmens, la civilisation celtique a plutôt été apportée par le contact que par l'invasion[247]. Il s'agirait ainsi du simple ascendant d'une civilisation supérieure, exercé par les Celtes du Sud-Est sur les populations de la Transalpine occidentale.
«Les dolmens, ajoute M. Bertrand[248], se trouvent dans les îles, sur les côtes septentrionales et occidentales de la Gaule, à partir de l'embouchure de l'Orne jusqu'à l'embouchure de la Gironde. Ils se groupent surtout sur les points et caps s'avançant dans la mer. Dans l'intérieur, on les rencontre en majorité à proximité des cours d'eau navigables; et l'on remarque qu'ils sont plus nombreux généralement à mesure que l'on s'approche de nos principales rivières et de leurs affluents. Les populations qui ont élevé les dolmens doivent donc, ajoute-t-il, avoir remonté les fleuves sur des radeaux ou des barques, ou suivi leurs rives. Cette loi est générale, ou du moins les exceptions sont si rares qu'elles peuvent être négligées.» L'auteur énumère, un peu plus loin[249], les contrées septentrionales, étrangères à la Gaule, où l'on trouve des dolmens nombreux, appartenant en conséquence à une civilisation indigène. Cette énumération nous présente deux groupes assez bien liés: Hollande, Hanovre, Oldenbourg, Holstein, Sleswig, Jutland, Mecklembourg, province de Magdebourg, Prusse occidentale, Suède méridionale, île de Séeland; puis: îles de l'Ecosse occidentale, île d'Anglesey, pays de Galles, partie Sud de l'Angleterre et côte, surtout orientale, de l'Irlande. L'auteur indique rapidement les dolmens trouvés en Asie[250] et consacre un paragraphe spécial à ceux de la province de Constantine[251]; mais il regarde tous ceux-là comme en dehors de ses conclusions, en ce qui concerne la race qui a élevé les nôtres. Sa conclusion, du moins celle qu'il adoptait en 1861, lorsqu'il rédigeait son Mémoire sur les Monuments dits Celtiques, était que les dolmens de l'Occident sont l'oeuvre de populations de race incertaine, nommée par lui hyperboréenne[252], populations arrivées de la Baltique dans les Îles Britanniques; de là elles «étaient venues s'abattre sur l'Armorique et avaient pénétré dans l'intérieur du pays, en remontant le cours des rivières qui s'y jettent[253].» Mais il ajoutait en note, au 1er février 1876: «Nous croyons aujourd'hui que la civilisation de la pierre polie a bien suivi cette route; mais nous serions moins affirmatifs sur la migration des populations. Nous ne croyons plus à une race des dolmens.» Et quelques mois plus tard (7 novembre 1876) il écrivait à l'auteur du présent Mémoire, qui lui avouait se sentir enclin à reconnaître, dans les auteurs des dolmens, des tribus appartenant à la race celtique: «Tu as raison pour les Hyperboréens. Le Huérou disait déjà qu'il prouverait quelque jour que les Celtes et les Hyperboréens se confondaient sous bien des rapports. Tu vois aussi que, sur ma carte, ils sont tous représentés par une même teinte jaune. Mon article Celtes[254] ne porte que sur les premières tribus celtiques connues des Grecs de Marseille. Tu peux donc développer ton idée: tu ne feras que tirer les conséquences légitimes contenues dans les faits. Je suis bien aise de te voir à ce point de vue.»
J'ai dû citer cette communication d'Alexandre Bertrand pour prendre date en son nom, et constater ainsi qu'il avait d'avance donné en quelque sorte satisfaction à notre confrère, M. l'abbé Hamard, lequel, dans la Préface de sa traduction de J. Fergusson[255], s'attache à revendiquer nos dolmens pour la race celtique. Voyons rapidement comment M. Hamard appuie sa pensée.
Il accorde sans peine au savant directeur du Musée de Saint-Germain que les dolmens n'appartiennent nullement aux tribus gauloises proprement dites, et que l'on doit expliquer ainsi leur absence presque totale des départements orientaux de la France. Mais il fait observer avec raison que l'on en trouve partout dans le reste de la Celtique de César, et spécialement un grand nombre dans le coeur de cette Celtique, dans le centre religieux de la Gaule druidique, c'est-à-dire dans le pays des Carnutes, et cela malgré les progrès considérables de l'agriculture, qui a dû en détruire beaucoup. L'auteur ajoute que, les Celtes de la Transalpine centrale et occidentale n'ayant été connus des Romains que fort tard, on ne peut pas juger d'après les historiens de Rome de ce qu'était la civilisation celtique durant les premiers siècles de son établissement dans nos contrées. Il ajoute même, à l'encontre de la construction des dolmens par une race qui serait venue du Nord s'établir chez nous en remontant les fleuves: 1° que toutes les populations, toutes les races ont une inclination bien naturelle à se grouper le long des cours d'eau; 2° que la région montagneuse de la Celtique contient beaucoup de ces monuments.
Puis, quittant le terrain des objections et arrivant aux preuves directes, M. Hamard énonce ce fait, que les dolmens se trouvent (en Europe) surtout là où les langues celtiques se sont conservées jusqu'à nos jours; que la tradition les rapporte aux Celtes; que les figures gravées sur la céramique des dolmens sont analogues à celles des plus anciennes monnaies trouvées dans le même pays et spécialement dans les dolmens d'Arzon. Il dit encore, sur le témoignage de M. H. Martin, que des inscriptions en caractères ogham ont été trouvées en Irlande dans l'intérieur de certains dolmens, et que, pour l'une d'elles, les lignes de caractères se trouvant engagées entre les pierres du monument, il est impossible de la supposer postérieure au monument lui-même. Enfin, ajoute M. Hamard, si les dolmens ne sont pas celtiques, que sont-ils? Avant les Celtes, les Ibères, que l'on croit de race finnoise, ont occupé une partie de nos contrées; or, ni les Ibères, ni les Finnois, n'ont élevé de dolmens dans les contrées qu'ils continuent d'occuper.
M. Fergusson, l'auteur anglais que M. l'abbé Hamard a traduit, va plus loin et cherche à établir les dates, approximatives sans doute, mais non pas seulement relatives, de la construction des dolmens, tant armoricains que britanniques: il les croit postérieurs à l'établissement de l'Empire romain. Comment est-il parvenu à une conclusion si radicalement opposée à tous les sentiments qui avaient été conçus jusqu'ici?
Une observation importante, plus frappante selon moi que tout son système, l'a conduit à penser, indépendamment de tout calcul de siècles, que l'érection de ces dolmens n'occupe pas une place reculée dans l'ordre des migrations successives des populations européennes. Il dit, en effet, qu'un seul groupe de 'monuments mégalithiques existe, en Angleterre (dans le Kent), à l'Est d'une ligne qui serait tracée de l'embouchure de l'Humber à la baie de Southampton, c'est-à-dire dans les pays jadis peuplés par les Belges[256], et que pas un seul monument de cette nature n'existe dans le pays des anciens Belges continentaux[257]. Comme les dolmens sont très-nombreux à l'Est et au Sud-Ouest de cette dernière région, l'auteur conclut que les constructeurs de dolmens furent coupés en deux par l'invasion des Belges avant l'époque où ils se livrèrent à ce genre de constructions, puisque, dit-il, s'il en était autrement, il serait demeuré, dans le territoire occupé par les nouveaux arrivants[258], des monuments de cette espèce, antérieurs à l'occupation belge. C'est dans le même ordre d'idées que s'est placé le traducteur quand il a dit[259]: «Selon toute apparence, les Celtes ne construisaient pas encore de dolmens lorsque les Gaulois les expulsèrent de l'Est de la Gaule; autrement on eût trouvé, dans ces régions, des restes de ces monuments.» Réduites à ces termes, les observations des deux archéologues doivent être prises en sérieuse considération.
Mais l'auteur anglais ne s'en tient pas là. Il croit que le contact et l'exemple des Romains ont seuls donné aux habitants de l'Armorique l'idée d'élever des monuments de pierre, au lieu d'employer seulement la terre ou le bois, les Armoricains n'ayant eu d'ailleurs aucun penchant à imiter le style architectural des conquérants, avec lesquels leur contact ne fut jamais bien intime, pas plus que les Indiens d'aujourd'hui n'ont l'idée d'imiter l'architecture anglaise[260]. Le silence complet de César et de Pline sur les monuments mégalithiques lui persuade qu'il n'en existait pas de leur temps, dans nos contrées[261]; et, selon lui encore, la présence d'une croix sur le demi-dolmen de Kerland, en Bretagne, est une preuve que le monument lui-même fut élevé après la prédication du christianisme[262]. Ce qui est plus frappant, c'est la trouvaille de tuiles gallo-romaines et de produits de la crémation, avec des têtes de flèches en pierre, sans nulle trace de métal, dans un dolmen sous tumulus, à Crubelz[263]; c'est encore la trouvaille, faite dans un tumulus peu éloigné de ce dolmen, de deux statuettes de Latone, en terre cuite, et de monnaies de Constantin II (347-40), à 30 centimètres au-dessous du dépôt ordinaire d'objets en pierre[264]. «Beaucoup d'autres monnaies romaines, ajoute l'auteur[265], ont été découvertes dans les monuments français; mais on ne tient aucun compte de leur témoignage. Dans celui de Manné er Hroëk,… à 800 mètres environ de Locmariaker, l'on a trouvé, près de la surface, onze médailles romaines, depuis Tibère jusqu'à Trajan, et cela sans aucune trace de sépulture secondaire.» Cet usage se rapportait sans doute à des rites superstitieux, et l'auteur fait observer à ce sujet qu'on ne trouve, parmi les monnaies ainsi enfouies, aucun type appartenant ni aux peuplades gauloises ou bretonnes, ni à l'époque purement chrétienne, «ce qui eût dû arriver, semble-t-il, si leur présence (celle des monnaies) était vraiment accidentelle[266].» La date de ces monnaies, appartenant toutes au temps de l'Empire romain, est certainement un indice précieux. Enfin, il existe à Saint-Germain-sur-Vienne, près de Confolens (Charente), un dolmen de grande dimension, reposant sur des colonnes de style roman, composées chacune de trois parties séparées et appartenant manifestement, d'après leur ornementation, au XIe et au XIIe siècle. Alors encore les habitants de cette contrée avaient donc eu l'idée ou d'élever ou tout au moins de décorer un dolmen[267].
Il est vrai et même manifeste que c'est là une exception. Mais l'auteur croit pouvoir généraliser sa pensée et attribuer les dolmens à l'ère chrétienne, en comparant ceux de notre Bretagne avec ceux des Îles Britanniques et surtout de l'Irlande. Il y a, selon lui, une ressemblance frappante entre les sépultures du Manné-Lud et de Gavr'innis (Morbihan) et celles de certains monuments irlandais[268]. Et comme «il est certain, ajoute-t-il, que les monuments de la Boyne ont été érigés dans les quatre premiers siècles de l'ère actuelle, il s'ensuit que ceux de Locmariaker ne peuvent pas appartenir à une époque notablement différente[269].»
Il semble qu'on doive conclure de ces observations que M. Fergusson attribue les dolmens aux Celtes. Il n'en est rien cependant, parce qu'il croit reconnaître la trace d'une racé différente dans la coïncidence fréquente entre la présence des dolmens et la finale ac des noms topographiques, tant dans la France occidentale que dans l'Ouest de l'Angleterre[270], Il dit que, dans ce dernier pays, les dolmens, presque tous réunis dans le Cornouailles, le pays de Galles et les îles d'Anglesey et de Man, appartiennent à la race des anciens Silures, qu'il considère comme ibérienne[271]; en Irlande aussi, il croit à l'existence d'une ancienne, migration espagnole[272]; et, quant à la France, il pense qu'entre la basse Loire et les Cévennes cette race, étrangère aux Celtes, a conservé, pendant tout le moyen-âge, un goût artistique d'un caractère spécial, d'après le style de ses églises[273].
§2.—Examen de ces opinions.
Il est clair que la question serait grandement simplifiée dans son ensemble, s'il fallait accepter les conclusions chronologiques qui viennent d'être exposées; mais il s'en faut bien qu'elles soient démontrées. Si, en effet, on étudie les divers passages où l'auteur cherche à découvrir la date approximative des monuments irlandais[274], on reconnaîtra le vague singulier de ses raisonnements, l'incertitude extrême de ses hypothèses, plus ou moins directement établies sur ce que le traducteur appelle l'«inextricable fouillis» des annales de l'Irlande[275]. Reste, il est vrai, le fait, mentionné plus haut, d'une inscription en caractères ogham engagée dans un monument mégalithique de ce pays. M. Fergusson dit, en effet[276], que cette écriture alphabétique, bien rudimentaire, ne peut guère être regardée comme ayant existé beaucoup avant l'ère chrétienne, au IIIe siècle de laquelle l'écriture alphabétique proprement dite a pénétré dans ce pays, bien que, jusqu'au VIe au moins, elle y ait été fort peu usitée[277]. Tout cela est encore assez vague; puis M. Fergusson, qui s'intéresse beaucoup aux monuments irlandais et parle avec détail de ceux du Nord-Ouest, ne dit pas un mot du fait rapporté par M. H. Martin; et M. Brash, auteur d'une dissertation spéciale sur les inscriptions en ogham au Congrès de Norwich, n'en avait pas parlé davantage. Il semble donc qu'il convienne d'apporter ici une certaine réserve, en considérant que la nature même de ces caractères peut quelquefois faire illusion à l'aspect de capricieuses entailles ou d'inégalités naturelles dans les pierres en question. Je suis aussi très-inégalement frappé des ressemblances entre certaines sculptures rudimentaires, bretonnes et irlandaises, qui ont été mentionnées par M. Fergusson; nulle part cette ressemblance n'est manifeste et décisive.
Peu importe, d'ailleurs, tel ou tel fait particulier, puisqu'il est bien constaté, nous l'avons vu tout-à-l'heure, que le dolmen de Crubelz a été érigé au temps de l'Empire romain. Je n'en dirai pas autant du demi-dolmen de Kerland: la présence d'une croix ne signifie très-probablement pas autre chose que la prise de possession par le christianisme d'un monument païen; c'est au XIXe siècle, si je ne me trompe, qu'une croix a été placée sur le grand menhir du Champ-Dolent, près de Dol. Le fait du dolmen de Confolens est plus significatif en lui-même; mais, encore une fois, il est tellement exceptionnel dans l'âge féodal, qu'on n'en peut tirer aucune conclusion générale. Le silence de César et de Pline, outre que c'est un argument purement négatif, appartient à des temps incomparablement moins curieux que le nôtre de ce qui concernait les races alors appelées barbares. Celles-ci n'intéressaient César qu'au point de vue politique; Pline avait une vraie curiosité d'érudit, mais il n'avait pas, que je sache, voyagé lui-même dans les pays à monuments mégalithiques; or ses compatriotes s'en préoccupaient fort peu.
On doit donc conclure de tout ceci que, si l'usage d'ériger des dolmens n'avait pas disparu sous la domination romaine, rien ne prouve qu'il n'ait pas existé avant elle et même longtemps avant elle. Rien absolument ne permet de donner une date au commencement de cet usage; mais était-il celtique, et quel état social supposait-il? Voilà ce qu'il s'agit maintenant d'examiner.
Divide, defini, concede, negato, probato,
disait la logique des écoles. Ces cinq éléments essentiels d'une discussion serrée seront tous nécessaires dans la démonstration à faire; car il faut s'entendre sur ce qu'on doit appeler des Celtes, bien distinguer à quels Celtes on veut attribuer des dolmens, afin d'éviter tout malentendu sur la concession que l'on réclame et l'erreur qu'on veut écarter. Personne ne le conteste, en effet: les tribus celtiques que M. Bertrand nous montre apportant l'usage du bronze dans la Transalpine, vers le temps de la fondation de Rome, ont trouvé ce pays peuplé; mais rien ne prouve que des tribus de même race ne les aient pas précédées dans cette région, comme elles-mêmes y précédèrent les Gaulois, qui étaient aussi [Grec: Keltichou ganous], dit Plutarque[278], et que les anciens finirent par confondre avec les Celtes proprement dits.
Ce qui donne lieu de penser qu'il y eut effectivement, en Gaule, plusieurs migrations successives de diverses tribus d'une même race, c'est que les Celtes se sont conservés purs jusqu'à nos jours, précisément dans les contrées où durent subsister en grand nombre les anciens habitants du pays, les invasions ultérieures ne pouvant les refouler plus loin:
Sistimus hic tandem NOBIS ubi defuit orbis,
c'est-à-dire dans la presqu'île de Bretagne, dans la partie occidentale de la Grande-Bretagne, qu'on appelle très-improprement pays de Galles, puisqu'elle n'a jamais été peuplée de Galli, et dans l'Irlande (sauf les colons anglo-écossais des temps modernes); ajoutons-y l'Ecosse du Nord-Ouest et du Nord, où les Scots d'Irlande ont émigré en grand nombre dans le commencement du moyen-âge, et dont on ne reconnaît plus les anciens habitants, les Pictes. L'étroite communauté de langage entre les habitants de l'Irlande et ceux des Highlands, la fraternité certaine de langage entre eux et les indigènes des deux Bretagnes, l'invraisemblance extrême d'une invasion ultérieure de tous ces pays par une même population qui aurait partout établi l'usage exclusif de sa langue, ne permettent pas de dénier à tous ces peuples l'appellation de Celtes, dans le sens non-seulement linguistique, mais ethnographique du mot. Pour rejeter cette conclusion, il faudrait refuser le nom de Celtes aux Irlandais et aux Bretons eux-mêmes, en d'autres termes nier leur communauté de race avec les populations celtiques de la Cisalpine et du bassin du Rhône; il faudrait, par conséquent, nier que les noms géographiques de ces dernières contrées et les mots conservés de leur ancien langage doivent s'expliquer par ce que nous appelons aujourd'hui les langues celtiques[279], si non même exclure de la famille ainsi appelée tous les noms qui indiquent la présence des Gaulois proprement dits, depuis la mer Noire jusqu'à la Marne. Il n'est pas un linguiste qui ne recule devant des conséquences telles que celles-là.
Chez nous donc, à l'Ouest de la Seine et des. Cévennes, on peut admettre que, depuis les premiers temps de la pierre polie en Occident, le fond de la population n'a pas été renouvelé. Les hommes du bronze y purent obtenir, par la supériorité de leurs armes, de leurs connaissances ou de leurs croyances, une prédominance incontestée; mais ils se fondirent plus ou moins avec des hommes issus de la même race et dont la langue ne différait pas complètement de la leur. C'est cet ordre de rapports que nous avons cru reconnaître dans la distinction entre les tombes aristocratiques et plébéiennes de la Gaule occidentale. C'était probablement des rites de l'ancienne race que provenait l'usage d'ensevelir, avec les morts, des armes de pierre, usage dont nous avons cru reconnaître encore la trace vers la fin de l'Empire romain. De même, l'usage de l'ensevelissement sous les dolmens subsista dans cette région; s'il est très-exceptionnel en Écosse et dans l'Angleterre proprement dite, où il ne se rencontre d'ailleurs que dans les comtés occidentaux[280], c'est que les Scots émigrés, devenus chrétiens, changèrent leur mode de sépulture, et que les plus anciens habitants de l'Angleterre avaient été de bonne heure refoulés vers l'Ouest par les Belges, qui n'élevaient pas de dolmens, pas plus que n'en avaient élevé les Pictes. Que des coutumes considérées comme sacrées aient subsisté, malgré les modifications successives apportées par des événements politiques à la condition du pays, depuis des temps inconnus jusqu'au commencement du Bas-Empire, il n'y a là rien de surprenant[281]. Le changement complet des rites funéraires par suite de la prédication de l'Évangile y a seul mis fin; ainsi s'expliquent à la fois la très-longue durée possible de l'érection des dolmens et le caractère primitif de la plupart des objets qu'ils recouvrent. Mais la découverte de Saint-Nazaire ne permet pas d'étendre cette remarque jusqu'à nier la prolongation de l'usage commun d'instruments non métalliques, jusqu'à un temps peu éloigné de l'arrivée des Romains en deçà des monts.
Maintenant faut-il admettre que la race celtique a occupé tous les pays à dolmens? C'est une question bien différente de la première, bien plus compliquée et dont l'affirmative est beaucoup moins vraisemblable. Ce n'est pas, en effet, seulement dans l'Europe occidentale et dans le Nord de l'Europe centrale que se trouvent ces monuments. C'est par milliers qu'on les rencontre en Algérie[282]; ils se retrouvent en Asie[283], et jusque dans l'Inde, où l'on en construit encore aujourd'hui[284]. Ne faut-il pas dès lors renoncer à soutenir que des races diverses n'ont pu se rencontrer, sans le savoir, pour imaginer et employer une telle forme de sépulture, bien simple après tout, bien peu difficile à imaginer, provenant du type naturel de la chambre sépulcrale, imitation rudimentaire de l'habitation des vivants[285], et qui fut souvent recouverte d'un tumulus[286]? De même, les cercles de pierre se retrouvent à la fois dans l'Afrique française et dans les Îles Britanniques[287], bien qu'on n'en voie à peu près nulle part dans les contrées intermédiaires. Il y a plus: on trouve à la fois en Danemark et en Algérie des ensembles de monuments mégalithiques singulièrement semblables entre eux[288].
La question générale de l'origine des dolmens paraît donc être insoluble et à jamais insoluble, si l'on veut en faire une question d'ethnographie spéciale. Il n'est pas même démontré que ceux de l'Allemagne du Nord et ceux de l'Europe occidentale appartiennent à une même race; aussi l'opinion que l'arrivée des Belges a coupé cette race en deux avant qu'elle ait commencé à élever de tels monuments[289] n'est-elle rien moins que démontrée. Il serait étrange qu'après avoir été définitivement séparées les unes des autres, les populations voisines de la Baltique et de la mer du Nord et celles des bords de l'Océan eussent séparément conçu de semblables créations, uniquement parce qu'elles formaient, quelques générations auparavant, une population de même race et contiguë. Mais, d'autre part, rien ne prouve que les Celtes arrivés les premiers dans l'extrême Occident, les populations proto-celtiques, si l'on veut employer ce mot, de préférence à celui de préceltiques, ne soient pas venues d'Orient par le versant de la Baltique et de la mer du Nord, comme ceux qui nous apportèrent le bronze vinrent par le bassin du Danube. Peut-être aussi furent-elles réellement séparées en deux groupes au temps où l'usage des dolmens commençait à se répandre chez elles; de là les dolmens trouvés dans les montagnes du Luxembourg, au coeur du pays belge. Dans tous les cas, une grande réserve nous est prescrite par la saine critique. Gardons-nous des erreurs, si nous ne pouvons, avec certitude, arriver ici à la pleine vérité.
§3.—Les prédécesseurs des hommes des dolmens, en Gaule.
Dans tous les cas, la période des plus anciens dolmens ne peut remonter, dans nos contrées, plus loin que l'usage de la pierre polie, et M. Al. Bertrand démontre qu'il y a eu solution de continuité, tout au moins en Gaule, entre cet âge et celui de la pierre taillée[290]. Nulle part, en effet, le mélange ou la ressemblance des instruments de l'une et de l'autre catégorie ne correspond au mélange ou à la ressemblance des instruments de bronze avec ceux de pierre polie; nulle part on ne trouve un indice de la transition supposée[291]. D'autre part, l'instinct de l'art, le talent merveilleux avec lequel les hommes de la pierre taillée reproduisaient, sur des os ou des bois de renne, des figures du règne organique, la figure du renne lui-même, comme l'auteur en met sous nos yeux des exemples saisissants, montrent chez eux l'existence d'une civilisation réelle, quoique très-différente de celle qui existait dans la Gaule au temps des guerres puniques[292]. Peut-être est-ce par le fait d'une tradition doctrinale, comme l'a pensé M. Bertrand, que les Celtes de la pierre polie n'ont laissé aucun monument des arts représentant la vie organique[293]; d'autre part, les contemporains de l'âge du renne[294] dans nos contrées ne paraissent avoir connu ni l'agriculture, ni l'usage de nos animaux domestiques. Sans doute, ces conditions d'existence, applicables seulement à des populations errantes et peu nombreuses, puisqu'elles vivaient de chasse, ont amené, bien plus facilement que pour des populations compactes, où leur disparition, ou leur complète et rapide absorption par les proto-Celtes,—si même on ne doit les considérer comme antédiluviennes.
Nous ne chercherons donc pas ici à reconnaître une transition que tout indique n'avoir point existé. Il y a eu assurément un progrès accompli d'une époque à l'autre, mais non pas un progrès résultant du développement spontané d'une même race. Alors, comme aux temps postérieurs, une population plus civilisée a apporté, par voie de migration, un état meilleur; seulement, elle ne l'a probablement cette fois apporté que pour elle-même, tandis que la civilisation du bronze a été communiquée à une population antérieurement existante au lieu d'arrivée de l'émigration. Mais, dans l'un et l'autre cas, la lumière est venue d'un foyer toujours allumé et situé vers l'Orient; nulle part nous ne pouvons apercevoir des hommes de l'âge de pierre passant par leurs propres efforts à l'âge des métaux, et ce résultat négatif, mais si important, est en effet la conclusion suprême du livre entier de M. Bertrand.
Nous ne voyons, d'ailleurs, aucun moyen de déterminer l'époque où l'une des civilisations de la pierre s'est substituée à l'autre; rien même ne démontre que l'usage de la pierre polie ait exclu chez une même population celui de la pierre habilement taillée, pour les instruments dont l'emploi ne réclamait pas l'une plutôt que l'autre, pas plus que la connaissance du bronze n'a subitement exclu l'usage de la pierre. Si la pierre polie se trouve seule dans les dolmens, c'est que les dolmens étaient la sépulture de personnages d'une certaine importance, et qu'on y enterrait avec les morts des objets d'une destination sacrée[295].
Terminons enfin par un dernier appel à la prudence, puisque nous avons vu combien est fausse la voie dans laquelle on s'est longtemps obstiné, et dans laquelle plusieurs s'obstinent encore à maintenir les investigations de la science. À l'exemple de M. Al. Bertrand, je m'imposerai une extrême réserve sur tout ce qui touche aux relations qu'on a voulu établir entre l'archéologie préhistorique et la géologie; comme lui, plus que lui peut-être, je serais trop peu compétent pour m'étendre sur une pareille matière, me bornant à rappeler que les savants sont encore assez loin de s'entendre tous sur les évolutions climatologiques de la période présente, sur les conditions de la présence du rhinocéros et du renne dans nos contrées. M. Bertrand incline même à croire, d'après des observations modernes faites dans la grande presqu'île scandinave, que le départ de ce dernier animal pourrait bien avoir eu pour cause la propagation de la race bovine[296]; et M. l'abbé Hamard a cité un passage de César qui constate l'existence du renne, dans le bassin du Rhin, au temps de la conquête des Gaules[297]. Ceci ne veut pas dire que les glaciers n'aient pas eu en Europe, depuis même qu'elle est peuplée[298], beaucoup plus d'extension qu'aujourd'hui, mais seulement qu'il faut se garder avec soin de conclusions qui ne dérivent pas rigoureusement des faits observés. Qu'on me permette donc d'énoncer ici quelques principes auxquels il est nécessaire d'être fidèle.
Le premier et le plus important peut-être, c'est d'exclure de toute argumentation archéologique tout objet qui peut absolument sans doute être considéré comme un caillou façonné par l'homme, mais qui peut tout aussi bien, sinon mieux, avoir conservé sa forme naturelle ou avoir éclaté par suite de causes purement physiques. Le second c'est que, reconnût-on pour des pierres taillées à éclats non-seulement quelques-uns des types, mais tous les types proposés, il faudrait encore refuser nettement d'en tirer la conséquence qu'on a voulu induire du rapprochement de ces types, savoir qu'ils se seraient succédé l'un à l'autre dans un ordre invariable, et cela dans tous les pays. Il n'y a là ni un fait acquis (bien au contraire), ni même, disons-le bien haut, une hypothèse vraisemblable. Il faudrait soumettre l'homme à un instinct de développement rigoureusement fatal, analogue à l'instinct permanent des animaux, pour admettre à priori que les différentes familles humaines ont successivement et parallèlement donné à la pierre chacune des formes signalées, sans franchir d'intervalle, ou sans admettre une transition en sens contraire, parfois au moins aussi naturelle que l'autre, ou enfin sans arriver de plein saut à une forme moins grossière. Et pour entrer plus avant dans la question, fût-on, ce qui n'est pas, dépourvu de toute donnée historique sur l'origine du genre humain, de tout souvenir de son premier âge; fût-on réduit à raisonner sur de simples analogies, il faudrait encore reconnaître cette vérité: Si les populations atteintes par les témoignages de l'histoire ou accessibles dans leurs migrations à ceux de l'archéologie ont marché d'Orient en Occident, pourvues déjà d'une civilisation réelle, quoique imparfaite; si la connaissance et le goût de l'imitation de la nature par l'art sont manifestes chez celle même que nulle tradition historique ne nous laissait entrevoir, il n'existe aucune raison de croire qu'un état complètement différent, dépourvu des lumières de l'intelligence et des conditions de la société, ait jamais été celui des premiers habitants de nos contrées ou de toute autre. Si un type d'instruments est parfaitement grossier, j'allais dire informe, il n'existe aucune raison d'affirmer qu'il soit l'oeuvre d'êtres humains; s'il porte des traces certaines d'une industrie intelligente, on n'a pas le droit de le rapporter à un état bestial. Ce qu'on peut et doit admettre, c'est que les premiers émigrés en Europe trouvèrent, dans un climat relativement sévère et probablement beaucoup plus sévère qu'aujourd'hui, à cause des forêts qui la couvraient, des obstacles considérables à la conservation de la civilisation matérielle qu'ils apportaient avec eux. Ils furent, en conséquence, obligés d'employer à lutter contre ces obstacles et à conserver leur vie la presque totalité de leur intelligence et de leur activité. Leur course aventureuse, rapide peut-être, peut bien n'avoir pas laissé d'établissements derrière elle; on n'a pas ici des stations échelonnées comme celles du bronze; ces hommes avaient perdu toute communication avec la mère-patrie orientale, toute tradition métallurgique aussi, car, nous l'avons vu, la fabrication du bronze fut longtemps liée par une nécessité rigoureuse à des communications directes ou indirectes, mais incessantes avec l'Asie, qui contient les seules mines d'étain alors connues: l'exploitation de celles de Cornouailles ne put exister qu'après la découverte de l'art si difficile, si laborieux à conquérir, de la navigation maritime. Une fois perdue, l'industrie du métal ne fut jamais retrouvée dans l'Europe occidentale par cette première race, ni même par celle qui la suivit, jusqu'à l'arrivée des Phéniciens et des Étrusques d'un côté, des Celtes proprement dits de l'autre. Les Phéniciens furent peut-être les premiers auteurs de l'exploitation des mines d'étain britanniques; les Celtes introduisirent l'étain asiatique dans la vallée du Danube et peut-être aussi dans celle de l'Oder.
Ainsi deux mots résument, en ce qui concerne l'histoire générale des origines, les conclusions qu'on peut raisonnablement tirer des faits établis. L'homme est un être social: c'est la maxime d'Aristote; l'homme est un être enseigné: c'est une maxime plus moderne, mais non moins générale dans son application. Si nos études, bien dirigées, apportent un solide appui à ces deux grands principes d'observation philosophique, les esprits les plus sévères ne pourront désormais les considérer comme des amusements frivoles. Qu'il me soit permis, en terminant, de leur adresser un appel, pour qu'ils apportent en plus grand nombre un concours actif à nos études d'observation et à nos efforts pour en tirer de solides conséquences.
[1: M. Alexandre Bertrand, directeur du Musée de Saint-Germain.]
[2: Revue des Questions historiques, avril 1875.]
[3: Dès 1877, la première édition était épuisée.]
[4: Sauf l'ordre respectif des deux premiers; mais cette anomalie apparente résulte des questions d'ensemble traitées dans le premier et qui en font une sorte d'introduction à tout l'ouvrage.]
[5: Forme grecque du nom des Galli.]
[6: De la valeur des expressions [Grec: Keltoi] et [Grec: Galatai], dans Polybe, p. 10-20.]
[7: Voyez Arch. celt. et gaul., p. 288, 298, 332-3, 393-4.]
[8: Ibid., p. 414, 417.]
[9: Ibid., p. 418.]
[10: Ibid., p. 407-12.]
[11: De la valeur des expressions, etc., p. 21-3; cf. Arch. celt. et gaul., p. 396-7.]
[12: De la valeur des expressions, etc., p. 24-8.]
[13: Ibid., p. 23.]
[14: Strabon, V, 1 (t. I, p. 342, 349-50 de l'édition Tauchnitz); cf. Scylax, cité par Kaempf, Umbricorum specimen, p. 30.]
[15: Pages 267-71.]
[16: Je dis plus ou moins nationale, parce que l'auteur fait observer plus loin (p. 401-2) que toutes les monnaies gauloises sont de grossières imitations de types connus, grecs ou romains. C'est ce que M. Charles Lenormant avait déjà signalé, du moins pour certaines d'entre elles.]
[17: Tumulus de Monceau-Laurent, de la Vie-de-Bagneux, de la Combe-Bernard, de la Combe-à-la-Boiteuse. Le tumulus du bois de Langres, précédemment fouillé, est dans le même département.]
[18: Arch. celt. et gaul., p. 283; cf. 284.]
[19: Ibid., p. 418-9.]
[20: Ibid., p. 286, 288-9.]
[21: Ibid., p. 390-91.]
[22: Ibid., p. 291-2.]
[23: Ibid., p. 293-7.]
[24: Ibid., p. 398-301, 304-5.]
[25: Ibid., p. 369, cf. 332.—La Marne est en dehors des premières limites de l'occupation galate.]
[26: Ibid., p. 381.]
[27: Ibid., p. 382.]
[28: Ibid., p. 381.]
[29: L'introduction de l'usage du fer dans les pays scandinaves ne remontant qu'à l'ère chrétienne ou environ, nous n'avons pas à nous en occuper ici.]
[30: Pages 296-7.]
[31: C'est-à-dire les débris de la civilisation des tribus ou des familles qui vivaient dans des habitations élevées sur des pilotis plongeant dans l'eau de ces lacs, à peu de distance de la rive.]
[32: Congrès de Paris, p. 307.]
[33: Ibid., p. 305-6.]
[34: Le comte Gozzadini la considère comme un cimetière, et M. l'abbé Chierici comme une ville; le comte Conestabile hésite entre les deux opinions, faisant observer qu'on y a trouvé des traces d'inhumation, mais en nombre fort restreint.—Voyez Congrès de Bologne, p. 260-2, 278-80, 281-7.]
[35: Congrès de Bologne, p. 250-1, 253, 258.]
[36: Ibid., p. 253.]
[37: Arch. celt. et gaul., p. 359, 362-3; cf. Conestabile, Rapport au Congrès de Bologne, p. 250.]
[38: Congrès de Bologne, p. 249.]
[39: Arch. celt. et gaul., p. 363.]
[40: Ibid., p. 360 et 364-5; cf. Congrès de Bologne, p. 255.]
[41: Congrès de Bologne, p. 245.—Nous reviendrons plus loin sur l'importance de cette station.]
[42: Page 198.]
[43: Arch. celt. et gaul., p. 335; cf. note de la page 275.]
[44: Ibid., p. 334-5, 340.]
[45: Ibid., p. 335-6.]
[46: Ibid., p. 338 et 351.]
[47: Ibid., p. 339 et 351.]
[48: Ibid., p. 335; cf. 350.]
[49: Journal des Savants, mars 1829 (où l'auteur tâtonnait encore), avril 1830, mars et mai 1834, juin 1836, Juin 1841, mai, juillet et septembre 1843, octobre 1844.—Voyez aussi Longpérier, Journal Asiatique d'octobre-novembre 1855, sur l'art de l'Asie occidentale, et surtout la deuxième partie de l'article de M. de Vogué, dans le même recueil, août 1867. N'oublions pas non plus le type tout asiatique de l'homme combattant un monstre debout, signalé à Marzabotto, Congrès de Bologne, p. 252.]
[50: Voyez Ch. Lenormant, Introduction à l'étude des vases peints, pages 60-63.]
[51: Congrès de Bologne, p. 244.]
[52: Arch. celt. et gaul., p. 339, 351; cf. 229.]
[53: Ibid., p. 342.]
[54: Ibid., p. 364-5.]
[55: Desor, Discussion au Congrès de Bologne, p. 278 des Mémoires du Congrès.]
[56: Rapport au Congrès de Bologne, ibid., p. 246-7.]
[57: Ibid., p. 244]
[58: Ibid., p. 251]
[59: Desor, Rapport au Congrès de Bologne, ibid., p. 251.]
[60: Conestabile, Rapp. au Cong. de Bologne, p. 264 des Mém. du Congrès.]
[61: Ibid., p. 267.]
[62: Ibid., p. 264-5; cf. p. 265, 268-72.]
[63: Ibid., p. 266; cf. 268.]
[64: Ibid., p. 267.]
[65: Ibid., p. 265.]
[66: Ibid., p. 272-4 du Congrès.]
[67: Ibid., p. 190 et 274-5.]
[68: Ibid., p.275.]
[69: Ibid., p. 275-6.]
[70: La charrue à soc d'airain, servant à tracer l'enceinte sacrée des villes (Plut., Quest. rom., 27); cf. Varron, De lingua lat., V, 143, et Tite-Live, I, 50-1; II, 14); usage d'un instrument de pierre, dans les rites des féciaux (T.-L., I, 24); horreur du fer, dans ceux des frères Arvales (Marini, Gli atti e monumenti de' fratelli Arvali, proemio, p. XXXI-II, et Tav. XXIII, XXXII, XXXIX, XLIII.]
[71: Dans les poëmes homériques, le fer est connu, mais fort rarement employé: le bronze le remplace, même à la guerre. Ces poëmes portent d'ailleurs, dans leur contexte, des preuves d'une tradition scrupuleusement conservée; et, si l'on rapportait au temps de leur rédaction l'état de choses qu'ils représentent, on ferait descendre bien plus bas encore que le XIIe siècle l'âge du bronze parmi les Grecs. Sur l'antiquité du dépôt de Villanova (Xe siècle), la valeur artistique et industrielle de ses bronzes et la transition à l'âge de fer, on peut lire, dans Les Matériaux pour l'Histoire de l'Homme, 1876 (p. 321-339), l'analyse d'un ouvrage de M. Gozzadini.]
[72: Arch. celt. et gaul., p. 231-5, 241.]
[73: Ibid., p. 242-4.]
[74: Ibid., p. 245.]
[75: Ibid., p. 246.]
[76: Ibid., p. 232-5.]
[77: Ibid., p. 236-8.]
[78: Ibid., p. 209; cf. 220.]
[79: Les Perses, vers 850-5.]
[80: Livre V, ch. 16.—Cité par M. Weil dans son édition d'Eschyle.]
[81: Les Palafittes ou Constructions lacustres du lac de Neuchâtel, p. 79-80, 86-7, 105, 127.]
[82: Ibid., p. 81-4.—M. Gozzadini dit au sujet des mors italiques: «En général, plus l'ornementation des montants est ouvragée, plus les mors sont anciens.» (Matériaux, etc., 1876, p. 334.)]
[83: Ibid., p. 85 et 98-9.]
[84: Ibid., p. 93-4.]
[85: Congrès de Bologne, p. 215.]
[86: Les Palafittes, etc., p. 99-100.]
[87: Congrès de Bologne, p. 356.]
[88: Congrès de Paris, p. 292-3.]
[89: Ibid., p. 293.]
[90: Ibid., p. 295, note.]
[91: M. Desor est revenu brièvement, mais nettement, sur cette question au Congrès de Bruxelles, p. 506-9. Je n'ai malheureusement pu consulter son récent ouvrage, intitulé: Le bel âge du Bronze.]
[92: Congrès de Bologne, p. 343-4.]
[93: Ibid., p. 345; cf. 352.]
[94: Ibid., p. 345-6.]
[95: Ibid., p. 346.]
[96: On appelle Terramares, dit M. Desor (Palafittes, etc, p. 116), «de petites collines… sur les flancs desquelles on exploite une terre ammoniacale mêlée de cendres, appelée terra mara, qui sert d'engrais pour les prés.» Les dépôts qu'on y trouve, avec des pilotis supportant des planchers, comme dans les stations lacustres, sont généralement de l'âge du bronze.—Voy. aussi Congrès de Bologne, p. 178-80, 197, 284-6.]
[97: Congrès de Bologne, p. 348-50.]
[98: L'ambre jaune venait de la mer Baltique; mais on a reconnu des gisements d'ambre roussaire et rouge dans des contrées plus voisines ou plus accessibles de celle-là, en Sicile, dans le Liban et même dans le Bolonais. Voyez les comptes-rendus du Congrès de Bude dans les Matériaux pour l'Histoire de l'Homme, nov. 1876 (p. 465-6; cf. 541-2).]
[99: On a signalé (ibid., p. 445) la découverte récente, auprès de Massa, d'un filon de cassitérite exploité par les Étrusques, mais sans indication de l'époque à laquelle cette exploitation serait attribuée.]
[100: Voyez Chantre, ubi supra, p. 348-50.]
[101: Ibid., p. 350-4.]
[102: Arch. celt. et gaul., p. 207.]
[103: Ibid., p. 209-10.]
[104: Ibid., p. 208.]
[105: Ibid., p. 210-11.]
[106: Congrès de Bruxelles, p. 507.]
[107: Desor, Les Palafittes, etc., p. 55-7, 118-9; cf. 62-3, 72-3.]
[108: Habitations lacustres du lac du Bourget, dans les Mémoires de la Société Française de Numismatique et d'Archéologie, p. 14 du tiré à part.]
[109: Ibid., p. 21.]
[110: Ibid., p. 22 du tiré à part.]
[111: Ibid., p. 21.]
[112: Ibid., p. 9-10.—Il en est de même pour la céramique du lac de Neuchâtel. Voyez Desor, p. 30-4.]
[113: Voyez Arch. celt. et gaul., p. 215-36.—M. Gozzadini considère les mors de Moeringen et de Vandrevanges comme une imitation relativement tardive de ceux de la Haute-Italie ou de l'Étrurie. (Voy. dans les Matériaux, etc., août 1876, l'analyse faite par M. Flouest de l'ouvrage du savant italien sur Quelques mors de cheval italiques.)]
[114: Ibid., p. 198, 223.]
[115: Congrès de Bruxelles, p. 506.]
[116: Das Grabfeld von Hallstatt, von Dr Ed. von Sacken, mit xxvi Tafeln (Wien 1866), p. 1.]
[117: Ibid., etc., p. 1.]
[118: Ibid., p. 3-5.]
[119: Ibid., p. 6-13, 128.]
[120: Ibid., p. 128.]
[121: Ibid., p. 128-9, 132.]
[122: Ibid., p. 129.]
[123: Ibid., p. 129, 132.]
[124: Ibid., p. 128.]
[125: V. supra,—et Al. Bertrand, Arch. celt. et gaul., p. 229.]
[126: Al. Bertrand, Ibid., p. 267, 340, 360.]
[127: Sauf pourtant la pointe d'un certain nombre, qui se termine brusquement par un angle très-ouvert.
De Sacken, ubi supra, p. 26.—Quelques-unes ont des lames de fer et des poignées de bronze; le même fait est signalé en Hongrie.]
[128: Ibid., p. 129.]
[129: De Sacken, ubi supra, p. 35-6.]
[130: Ibid., p. 130-1.]
[131: Das Grabfeld von Hallstatt, p. 130, 134.]
[132: Ibid., p. 190-1.]
[133: Voy. Strabon, l. VII, cité par M. Conzen (die Wanderungen der Kelten), p. 60-1. Cf. Pline et Ptolémée, ibid. Voy. aussi de Sacken, p. 146-9, et Al. Bertrand, p. 258-9, 294. Ce dernier insiste (p. 293, 295-6, 313-5, 324, 329) sur le caractère galatique des antiquités de Hallstatt. On a vu que je ne le nie pas; je nie seulement qu'il soit exclusif.]
[134: Voy. dans la Revue archéologique (déc. 1873, p. 370, p. 8 du tiré à part) l'article intitulé: Note sur quelques bronzes étrusques de la Cisalpine.]
[135: Das Grabfeld von Hallstatt, p. 130; cf. 138.]
[136: Ibid., pl. VIII, IX, XI, XIV, XV, XVIII, XX-XXIV.]
[137: Ibid., pl. XI, XVIII.]
[138: Ibid., p. 130-1, 137-8.]
[139: Ibid., p. 132.]
[140: Ibid., p. 138-9.—Pour la Bohême, figures de bronze avec ornements en plaqué, licornes coulées et figure ailée à l'anse, dans un tumulus près de Hraditscht. (Note 1 de la p. 139.)]
[141: Ibid., p. 142-3.]
[142: Cf. Micali, Storia degli antichi popoli italiani, monumenti, tav. XVII, 6; XX, 10, 16.]
[143: Das Grabfeld von Hallstatt, p. 143.]
[144: Ibid., p. 143.]
[145: Revue arch., juin 1873; article reproduit avec quelque modification dans le choix des détails ou des expressions, dans l'Archéologie celtique et gauloise, p. 309-22.]
[146: Voyez dans la Revue archéol., ubi supra, les pl. XII, XIII, fig. 1 et 8, Arch. celt. et gaul., pl. VII, fig. 7, et Das Grabfeld von Hallstatt, pl. XXII, fig. 2; le seau de Hallstatt a en plus (et M. Bertrand ne l'a pas oublié) de petites figures d'oiseaux. Pour les seaux à côtes, voyez fig. 1 de cette planche XXII et toutes les cistes dessinées dans la Revue.]
[147: V. supra, p. 50-1.]
[148: Bulletino dell'Instituto di Correspond. Archeol., 1875, p. 144-5.—Sur la correspondance des cistes à cordons avec la première époque de Villanova, voyez le même Bulletin, p. 49, 50, 179, 181; cf. 212-4.]
[149: Arch. celt. et gaul., p. 320-1.]
[150: Das Grabfeld von Hallstatt, p. 58.]
[151: Ibid., pl. XIII, 10-15; XIV, 1-17; XV, 1-7, 17.]
[152: Ibid., p. 60.]
[153: Ibid., p. 60.]
[154: Arch. celt. et gaul., p. 360-4.]
[155: Das Grabfeld von Hallstatt, p. 115.]
[156: Ibid., p. 141-2.]
[157: L'âge de bronze, p. 90.]
[158: Ibid., p. 90.]
[159: Voy. Matériaux pour l'histoire de l'homme, 1875, février, sub fine.]
[160: Même recueil, 1876, p. 445.]
[161: M. de Sacken (p. 134) parle d'un gisement d'étain aux environs de Bordeaux; c'est peut-être le même que celui dont parlait M. de Rougemont.]
[162: Sur l'existence de l'étain dans ce pays, connue au temps de l'Empire romain, voy. Pline, XXXIV, 16, dans Pictet (Les origines indo-européennes, § 25); cf. de Sacken, p. 134; et de Rougemont, p. 88.]
[163: Ibid., de Rougemont; sauf pourtant à Massa (V. supra); mais cette indication est vague et sans désignation de temps.]
[164: Ibid., p. 114, les Calètes à l'embouchure de la Seine, les Santons limitrophes des Lémovices, chez qui pouvaient avoir été ouvertes les mines de la Creuse.]
[165: Les premières civilisations, I, p. 156.]
[166: Ibid., note de la page 148.—Les Orig. indo-eur., § 25.]
[167: Das Grabfeld von Hallstatt, p. 134.]
[168: Ibid., p. 133, 134.]
[169: Ibid., p. 133; cf. 141.]
[170: Ibid., p. 141-2.]
[171: Ibid., p. 142.]
[172: Ibid., p. 149-53; cf. 144.]
[173: Ibid., p. 144.]
[174: Ibid., p. 145.]
[175: Ibid., ibid.]
[176: Ubi supra, note de la p. 137.]
[177: Et spécialement dans la partie de la France qui a le moins éprouvé le contact des Romains et des Germains.]
[178: Ubi supra, ibid.]
[179: V. Roget de Belloguet, Ethnogénie gauloise, t. II, sect. III, § 22.]
[180: Avec le bactrien.]
[181: Les Origines indo-européennes, § 388.]
[182: Remarquons, comme réserve d'un bon exemple, que M. de Sacken se refuse (p. 137) à reconnaître des indices d'une religion solaire dans les figures du cercle ou de la roue qui se retrouvent souvent dans l'ornementation de l'âge du bronze. Ce sont, dit-il avec raison, des formes si simples, qu'elles résultent naturellement d'un caprice instinctif du décorateur.]
[183: Arch. celt. et gaul., p. 189-202.]
[184: Ibid., p. 203-214.]
[185: Ibid., p. 190.]
[186: Ibid., p. 191—Et aussi le Hanovre, où des bronzes étrusques pourraient être venus par la Gaule.]
[187: Ibid., p. 101.]
[188: Ibid., p. 192.]
[189: Ibid., p. 189.—Voy. aussi les p. XX-XXIV de la préface du volume.]
[190: Page XX.]
[191: Ibid., p. 192-3.]
[192: Les Tibaréniens et les Moschiens des Grecs, dans le voisinage des Chalybes. Voyez Hérodote, III, 94, et, pour la topographie, Strabon, XII, 3. Le savant géographe, né lui-même dans le Pont, place le peuple tibarénien dans la région montagneuse qui domine la côte de Trébizonde, et il dit que les monts Moschiques dominent la Colchide, c'est-à-dire qu'il les identifie soit avec la chaîne du Kolova et du Perenga, soit avec celle du Tholgom et de l'Arsian, un peu au Sud-Est, soit avec toutes les deux ensemble. Mais la grande inscription historique de Téglatphalasar Ier, vers le XIIe siècle avant notre ère, traduite par M. Oppert dans les Annales de Philosophie chrétienne (mars et avril 1865), nous apprend que les Muskaya (Mosques) vivaient alors dans un pays peu éloigné des sources du Tigre, probablement dans la Moxoène des Grecs, au Sud du lac de Van, pays auquel ils auraient laissé leur nom avec une légère métathèse. Il est à croire qu'à cette époque ancienne ils s'étendaient sur un pays assez étendu, puisque la Genèse les indique comme une des souches primitives de la population japhétique.]
[193: Arch. celt. et gaul., p. 194.]
[194: Ibid., p. 195.]
[195: Das Grabfeld von Hallstatt, p. 140.]
[196: Arch. celt. et gaul., p. 195.]
[197: Ibid., p. 196-9.]
[198: Ibid., p. 200.]
[199: Ibid., p. 201.—La ressemblance avec les types communs originaires ne paraît pas avoir subsisté longtemps dans la Suisse actuelle. Si, en effet, M. Édouard Flouest, analysant, dans les Matériaux pour l'histoire naturelle et primitive de l'homme (1875, p. 254), le Bel âge du bronze lacustre en Suisse, de M. Desor, y signale des armes du type primitif qui a prévalu en Europe pendant des siècles, il signale aussi (p. 266-7) le défaut ordinaire, quoique non universel, de ressemblance entre les épées de ces dépôts et celles qui se retrouvent uniformément et en Autriche, et en Allemagne, et en Italie, et en Danemark. La fabrication locale fut d'ailleurs restreinte, dans la Suisse lacustre, aux objets les plus simples (p. 254); d'autres paraissent à l'auteur appartenir aux types de Villanova et Golasecca. Dans le fascicule précédent, M. Montelius, exagérant peut-être la pensée énoncée plus haut, nous dit (Ibid., p. 333) que «les antiquités de l'âge du bronze trouvées en Hongrie et dans les pays avoisinants ressemblent à un haut degré à celles du commencement de l'âge de bronze dans la Scandinavie, tandis que ce n'est pas le cas des antiquités provenant de l'Europe occidentale.»—Cf. 1876, p. 451.]
[200: T. I, p. 139-41; cf. 115.—Il mentionne la note de M. Bertrand dans une note de la p. 157.]
[201: Voy. Fellenberg, cité par M. Desor (ubi supra, p. 72). M. de Rougemont (ubi supra, p. 165) dit que la plus ancienne trace connue de l'emploi du zinc en Grèce remonte au VIe siècle; mais M. de Fellenberg ne reporte qu'au IIIe, postérieurement à la mort d'Alexandre, le plus ancien usage de la cadmie naturelle (alliage de cadmium avec l'oxyde de zinc) pour la formation d'un composé du cuivre.]
[202: Pictet, § 25.]
[203: Ibid., § 24.]
[204: L'âge du bronze, p. 86.]
[205: Ibid., p. 87; cf. 168 et 170-1.—L'auteur ajoute, un peu plus loin (p. 176): «La route du Danube nous expliquerait comment, pendant l'âge du bronze, l'art de réduire le métal en lames au moyen de cylindres était à la fois connu sur les rives de nos lacs romands et en Crimée.» Mais je n'ai pu retrouver ni dans Pictet, ni dans Boetticher (Arica) ce que M. de Rougemont dit de l'étain: que son nom ibérien (ossètke?) s'est répandu au loin.]
[206: T. I, p. 127-9.]
[207: M. de Mortillet (Origine du bronze, p. 6) fait observer que, si le minerai d'étain existe dans la Saxe et la Bohème, c'est presque toujours à l'état de minerai de roche, dont l'exploitation était alors presque impossible, tandis que, dans le Cornouaille anglais, on le rencontre souvent désagrégé dans des alluvions. Il est complètement favorable à l'origine asiatique des plus vieux bronzes de nos contrées et va jusqu'à reporter dans l'Inde le centre de cette exploitation, faisant observer que les poignées indiennes et certaines antiquités bouddhistes sont les seuls similaires orientaux des petites poignées de l'âge du bronze et d'instruments à anneaux mobiles trouvés dans des stations lacustres de la Suisse et de la Savoie (p. 8-9, 12-15).]
[208: Arch. celt. et gaul., p. 209-11.]
[209: On ne trouve pas de fer dans la partie inférieure des Terramares (Ibid., 210); mais on ne peut tirer d'un si petit nombre de faits négatifs une conclusion générale.]
[210: Ibid., p. 211-12.]
[211: Page XXIII-IV de l'Arch. celt. et gaul.]
[212: Nous examinerons ce dernier point dans l'Appendice.]
[213: Arch. celt. et gaul., p. 82-131.]
[214: Ibid., note des pages 82-3.]
[215: Ibid., p. 132-64.]
[216: Ibid., p. 175-81.]
[217: Ibid., p. 84.]
[218: Ibid., p. 85.]
[219: À la p. 107.]
[220: Les corps placés sous les dolmens n'étaient pas brûlés.—Ibid.]
[221: Arch. celt. et gaul., p. 85 et 109.]
[222: Ibid., p, 86.]
[223: Ibid., p. 88.]
[224: Voy. le paragraphe suivant.]
[225: Voyez la pl. IV du volume de M. Bertrand.]
[226: Ibid., et Congrès de Paris, p. 170-9.—Ceux que j'ai nommés, car il y a peu de dolmens dans le Cantal.]
[227: Congrès de Paris, p. 185-90.]
[228: Ibid., p. 192.]
[229: Congrès de Norwich, p. 354.]
[230: Je ne sache pas qu'on en ait jamais élevé aucune.—Voyez d'ailleurs la présence d'armes de bronze et de silex signalée, dans quelques dolmens du même pays, par M. Lalanne (Matériaux, etc., 1875, p. 375-6). Cependant l'auteur de la note ne dit pas expressément qu'elles soient mêlées dans les mêmes sépultures.]
[231: Ibid., ibid.]
[232: Dans la Revue archéol., mars, avril et mai 1877.]
[233: Kerviler, Revue archéol., mars 1877, § I].
[234: Kerviler, Revue archéol., mai 1877.]
[235: Mars 1877.]
[236: Plus d'autres manches trouvés sans leur douille.—Voy. aussi la note 239 ci-dessous.]
[237: Avril 1877.]
[238: Ibid.]
[239: Revue archéol., mai 1877.—M. Kerviler a trouvé depuis, dans les travaux de Saint-Nazaire, un celt emmanché dans une douille en bois de cerf, dont le creusement ne s'explique pas sans l'emploi d'un instrument de métal. Il a été trouvé dans une couche supérieure de près d'un mètre à une autre où a été découverte une petite épée de bronze. (Rev. arch., mars 1878.)]
[240: Il est possible et même probable que les objets en silex trouvés dans ce cimetière (excepté ceux de la chambre funéraire mégalithique) aient eu une destination superstitieuse. (Voy. Matériaux, etc., 1875, p. 108-10, 221-3; cf. 291, et 1876, p. 158.) Mais la persistance de ces dépôts, avec le maintien du choix de la matière communément employée quand la coutume s'en établit, peut faire hésiter, dans d'autres stations, sur l'antiquité réelle de ces objets, surtout quand ils sont trop petits pour avoir eu un emploi dans la vie domestique.—Il y a aussi, à Caranda, quelques débris des temps gaulois et gallo-romains. (Voy. Le Cimetière de Caranda, par M. Millescamps, 1875.) L'auteur cite d'ailleurs d'autres nécropoles des temps mérovingiens où des faits semblables ont été signalés.]
[241: Voy. Al. Bertrand, Arch. celt. et gaul., préface, p. XII et XIII.—Voyez, sur ces derniers faits, les détails étendus et précis que donnent M. Troyon dans la Revue archéologique de janvier 1860, touchant la station lacustre de Concise, et M. Desor (Palafittes du lac de Neuchâtel, âge de la pierre, p. 24-5).]
[242: Arch. celt. et gaul., préface, p. XII-XIV.]
[243: Il doit y avoir deux ou trois fautes d'impression dans l'énumération de la p. 91; voyez la rectification implicite de la p. 108.]
[244: Arch. celt. et gaul., p. 92, 108.]
[245: Ibid., p. 97-8, 103.]
[246: Ibid., p. 85, 103.]
[247: Ibid., p. 109.]