Les boiternières sont porteuses d'une boîte très bien garnie de bijoux tous plus beaux les uns que les autres. Chaque objet est coté suivant la valeur que la boiternière veut lui donner; au milieu, habituellement, il y a une montre cotée 350 francs; ce jeu se joue ainsi: elles ont un cornet en cuir, dans lequel elles roulent plusieurs dez que l'on jette au hazard; la boiternière, pour vous exciter à jouer, vous fait jouer un coup pour rien, alors vous gagnez, car les dès sont préparés pour réussir, mais lorsque vous jouez pour tout de bon, elle substitue aux dès avec lesquels vous avez joué des dès pipés en sens contraire, et si la boiternière vous laisse gagner, ce n'est qu'une amorce pour mieux vous flouer.

Messieurs, méfiez-vous, la boiternière, si elle n'est pas toujours jolie, a tout au moins une toilette très-attrayante, un air agaçant et comprenant fort bien la gaudriole, mais ces plaisanteries se tournent toujours aux dépens des mesières (des messieurs).

LES RIFAUDEURS.

Les rifaudeurs sont une secte bien à craindre, ils s'affublent en mendiants, vont demander l'hospitalité, et dans la nuit, jettent des boulettes incendiaires, s'esbignent et s'en vont.

FAIRE LE GREC.

Ce sont de ces filous qui rodent les cafés à deux, et qui, sans avoir l'air de se connaître, se connaissent fort bien, l'un d'eux vous lie conversation et finit toujours par vous offrir une partie de cartes; son collègue se place derrière vous, à certain signe, soit en portant la main au chapeau, soit aux yeux, soit au nez, enfin à des signes convenus entr'eux, votre adversaire connaît tout votre jeu, son collègue qui fait le Grec le lui dit.

Ne souffrez jamais personne derrière vous quand vous jouez.

LE VOL AU BONJOUR

Ce genre de vol s'exploite le matin de bonne heure. Le bonjourier met la main sur tout ce qu'il trouve, gare aux voisines qui vont les unes chez les autres et laissent la porte entr'ouverte; il faut peu de temps au bonjourier pour travailler.

LE VOL A L'ESCARPE.

Sont ceux qui rôdent la nuit, assassinent le monde, les jettent à l'eau, ceci me rappelle un tour assez plaisant fait par M.***, commissaire de police. Une nuit, à 3 heures du matin, une fruitière descendait du côté du marché des Innocents, elle suivait le long du canal et entendit comme une masse tomber dans l'eau; elle entendit se débattre et ne douta plus de l'affreuse vérité, c'était un homme que l'on venait de jeter à l'eau; elle ne dit rien et se cacha derrière un tas de pierres, elle entendit le dialogue suivant entre deux escarpes: pour 16 ronds, ça ne valait pas la peine de nettoyer un gons, peut-être, répondit l'autre, et 15 balles demain quand nous le retirerons, ils s'en allèrent. Plus morte que vive, la fruitière sortit de sa cachette et alla faire sa déclaration chez le commissaire du quartier.

En effet, le lendemain deux hommes se présentent chez M.*** pour recevoir la récompense accordée par la loi à ceux qui retirent un cadavre de l'eau. Sur leur réclamation, le commissaire leur compta leur argent, c'est-à-dire 14 fr. 20 c., ce n'est pas le compte, dit l'un, si, répondit avec sangfroid l'intelligent commissaire, avec les 16 ronds que vous lui avez pris hier avant de le balancer dans la grande tasse, les deux escarpes se trouvèrent décontenancés, et le commissaire, profitant de son influence, obtint l'aveu du crime qu'avaient commis les deux escarpes.

LE VOL A LA CLAVETTE.

Le vol à la clavette s'exécute par le trou qui se trouve pratiqué à la devanture des boutiques pour l'introduction des boulons qui servent à la fermer, si vous ne mettez que le boulon et non la clavette qui sert à le retenir, les voleurs le retirent et introduisent par le trou un fil de fer crochu, et parviennent à attirer à eux soit un bout de dentelle, ou le coin d'un foulard; une fois qu'ils en tiennent un petit bout, le reste est bientôt à eux.

LE VOL AU RADIN.

Le vol au radin se trouve effectué par de petits garçons, sous les ordres de grands bandits. L'hiver est très favorable à ce genre de vol, ils profitent de 4 à 5 heures de l'après midi, c'est l'heure habituelle où les commerçants sont dans l'arrière boutique à dîner, ils s'introduisent à quatre pattes et se glissent dans toutes les sinuosités ombrées où la lumière darde le moins; ils arrivent enfin au comptoir et se blotissent dessous; quelquefois même une pratique entre, et vous la servez, le petit voleur touche presque vos pieds, et vous ne vous en apercevez pas; il profite du moment le plus favorable, et s'enfuit avec votre radin, (le tiroir de votre comptoir), si le tiroir, à son grand désapointement, est fermé, il empoigne ce qu'il trouve.

LE VOL A LE VENTERNE.

Le vol à la venterne est également exécuté par des enfants. L'été souvent on laisse ses fenêtres ouvertes le soir, quelquefois même l'on se couche ainsi, rien n'est plus dangereux pour les personnes qui habitent rez-de-chaussée et premier, de grands hommes ont avec eux des gamins qu'ils enlèvent par les pieds à bout de bras, du moment où ils peuvent atrapper le dernier barreau, ils sont bientôt chez vous; quelquefois même, quand c'est trop haut, ils ont une corde au bout de laquelle se trouve un crampon, ils le lancent, et grimpent à la croisée le long de cette corde. Ce genre d'industrie s'appelle marcher à la venterne.

LE VOL AU BENJAMIN.

S'effectue habituellement par des marchands de mouchoirs: ils n'ont plus que ces six, ils les sortent de leur blouse, car ils n'ont pas, vous disent-ils, de patentes, le commissaire a voulu leur en faire prendre une, mais ils n'ont pas le moyen, aussi vendent-ils en cachette. Voyons, madame, mes six derniers pour tel prix, vous les regardez et vous offrez le vôtre, ils les reploient, cela est impossible, les remettent sous leur blouse et vous disent: eh bien! Madame, décidément voulez-vous mettre tant, non, ils vous les donnent, mais ils ont changé le paquet qu'ils vous donnent, il n'y en a plus que quatre ou six, mais un tiers plus petit. Cette substitution s'appelle faire le benjamin.

VOL A LA ROULOTTE.

Les roulotiers sont des gens qui sont à la piste des voitures de roulage et des diligences, des voitures de blanchisseuses. La nuit, sur la route, ils coupent les baches de vos voitures et attrapent ce qu'ils peuvent. Quelquefois un roulier traîne pendant une heure son voleur sans s'en apercevoir. Les camioneurs aussi à Paris sont bien susceptibles d'être victimes des roulotiers; aussi ayez des chiens sous vos voitures, et au premier avertissement, regardez.

LE VOL AU CAFEMON.

Le vol au cafemon s'exécute ainsi: un individu vient au café, commande 12 demi-tasses qu'il faut apporter la maison à côté, l'individu attend le garçon dans l'escalier, lorsque celui-ci arrive, il lui dit: combien apportez-vous de demi tasses, 12, dit le garçon, mais je vous en ai demandé 14, donnez-moi cela et courez en chercher deux autres, le crédule garçon y va, et en revenant, trouve dans l'escalier sa corbeille garnie de tout comme avant, seulement il trouve 12 petites cuillères de moins, il a beau demander à tout le monde M. Charles, un grand blond, ou un petit brun, qui doit demeurer au troisième la porte à gauche, personne ne le connaît.

LE VOLEUR AU DIGUE DIGUE.

Il entre une dame bien mise dans un magasin, qui y fait des emplettes magnifiques, elle a presque terminé ses achats, d'autres, ses complices, arrivent, le magasin se trouve de suite garni d'acheteurs et acheteuses, tout-à-coup cette dame tombe des attaques de nerfs, cela s'appelle tomber du digue digue; tout le monde quitte son rayon pour la secourir, elle demande de l'éther, l'on courre en chercher, et pendant ce temps les autres travaillent (les autres vous volent); enfin elle va mieux, mais veux prendre l'air un peu, elle sort, et vous ne la revoyez plus.

LE VOL AU CAROUBLE.

Le vol au carouble, ou vol à l'aide de fausses clés, s'exécute presque toujours d'après le consentement de personnes qui vous sont attachées par domesticité ou par d'autres qui y sont reçues souvent. Ce sont ceux desquels vous vous méfiez le moins qui donnent aux caroubleurs l'empreinte de votre clé, et d'après l'empreinte prise sur la cire, ils en font une pareille. Alors l'on convient du jour et de l'heure où le vol doit s'effectuer, et ceux à qui vous contez votre mésaventure ont souvent partagé dans le vol.

Méfiez-vous surtout de laisser la clé de votre chambre en dehors sur la porte, car les caroubleurs montent dans les maisons et tirent doucement votre clé, et la posant sur toute face sur de la cire amodelée, rien n'est plus facile d'en faire une pareille; si un léger bruit vous donne l'éveil, vous les trouvez à votre porte, ils vous demandent très gracieusement après M. ou Mme un tel.

LE VOL AU COMMIS.

Un individu vient dans un magasin et demande à voir ce que l'on a de plus beau en cachemire, il en achète un et dit que l'on le lui envoie immédiatement, le patron de la maison remet le cachemire à son commis, ainsi que la facture, le commis accompagne le Monsieur qui le conduit dans une des belles rues de la Chaussée d'Antin, et lui dit, au moment où il frappe à la porte d'un magnifique hôtel, remettez-le moi, que j'aie le plaisir de le présenter en entrant, ce que le commis fait sans difficulté; la porte s'ouvre, il fait entrer le commis le premier, et la referme avec vîtesse; le temps que le portier ait dit: qui demandez-vous, et qu'il n'ait tiré le cordon, le voleur est loin.

LE ROSSIGNOLEUR A LA FLANC.

Le rossignoleur est celui qui porte avec lui une quantité de crochets semblables à ceux dont se servent les serruriers, et qui monte au hasard dans une maison; il frappe à la porte, et si personne ne répond, il se met en exécution. Ce vol s'appelle à la flanc. Méfiez-vous des gens qui ne sont pas de la maison et que vous voyez rôder dans les escaliers, demandez-leur hardiment ce qu'ils veulent, ils vous demanderont un centre à la flanc, (un nom au hasard), et se cavaleront, car le pentre sera réchauffé; ils vous demanderont un nom au hasard, ils s'en iront, car vous vous serez douté de quelque chose.

ALLER AU FRICFRAC.

Ce genre de vol s'effectue dans le même genre que le rossignoleur à la flanc, à l'exception qu'après s'être assuré de l'absence des personnes, il sorte de dedans leur pantalon une pince en fer, et soulève votre porte ou la casse. Le voleur au fricfrac est reconnaissable, il n'a qu'une main à son service et marche raide, car la barre de fer dans son pantalon le gêne à marcher, et une de ses mains est occupée à la retenir.

TABLE.

Dictionnaire d'Argot. 1

Dialogues argot et français. 33

Nomenclature et explication des vols dont chaque jour tout le monde est victime. 59

Le Vol à l'écornage. 59
Le Saut à la mécanique. 63
Le Vol au rendez-moi. 65
Soliceure à la pogne. 68
Les careures en gargues. 71
Vol à la marque. 73
Vol au conoblement. 76
Vol au poivrier. 77
— à l'attrapage. 78
— à la fourline. 79
— à l'étalage. 81
— à la ramastique. 80
— au racolage. 82
— à la charité. 84
— au tiroire. 86
La Boiterniére. 88
Les rifaudeurs. 90
Faire le Grec. 91
Le Vol au bonjour. 93
Le Vol à l'escarpe. 94
Le Vol à la clavette. 97
Le Vol au radin. 99
Le Vol à la venterne. 101
Le Vol au benjamin. 103
Vol à la roulotte. 105
Le Vol au carouble. 107
Le Vol au digue digue. 109
Le Vol au cafemon. 111
Le Vol au commis. 113
Le Rossignoleur à la flanc. 115
Aller au fricfrac. 117

FIN.

Moulins, imp. de P.-A. Desrosiers.

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Note du transcripteur: l'orthographe et la grammaire du livre original ont été reproduits ici.