«Le lendemain, à la pointe du jour, une flottille anglaise, composée d'un vaisseau de soixante-quatre, d'un de cinquante, de deux frégates et de deux autres bâtiments légers, parut à deux portées de canon et au vent; elle était commandée par le capitaine Elphinston et portait sur un de ses vaisseaux le prince William-Henry. L'apparition d'une aussi nombreuse compagnie força M. de La Touche à appareiller au plus vite avec la Gloire et à pénétrer sans délai dans la Delaware, bien qu'il n'eût pas de pilote. La navigation est fort dangereuse dans ce fleuve, à cause des bancs de sable mouvant qui encombrent son lit; nous prîmes en outre le mauvais chenal; l'Aigle toucha deux fois, et la route que nous suivions parut si dangereuse à l'ennemi même qu'il prit le parti de mouiller à deux grandes portées de canon de nous. M. de La Touche en fit autant, et il nous arriva enfin des pilotes.
«Il se tint un conseil de guerre à bord de l'Aigle, dans lequel, vu l'extrême danger de la position, M. le baron de Vioménil prit le parti d'ordonner à tous les officiers passagers sur les deux frégates de s'embarquer sur-le-champ dans des canots et de le suivre à terre. Il ordonna en même temps que les chaloupes fussent employées à porter à terre les 2,500,000 livres dont les frégates étaient chargées. Le premier de ces ordres fut exécuté sans délai, et nous arrivâmes sur la côte d'Amérique le 13, environ à six heures du soir, sans valets, sans chemises, et avec l'équipage du monde le plus leste. Nous nous arrêtâmes d'abord chez un gentleman nommé Mandlau 226, qui nous donna à manger: après quoi M. de Vioménil, qui se décida à passer la nuit dans ce lieu, envoya tous les jeunes gens dans le pays, les uns pour faire rassembler quelque milice, les autres pour trouver des chariots et des boeufs ou des bateaux, afin de transporter le lendemain l'argent que les chaloupes devaient apporter pendant la nuit. Nous partîmes, le comte de Ségur, Lameth et moi, pour remplir cet objet, sous la conduite d'un nègre, et nous fîmes pendant la nuit environ douze milles à pied, pour arriver à une espèce d'auberge assez mal pourvue nommée Onthstavern, appartenant à un Américain nommé Pedikies. Je trouvai le moyen d'y rassembler trois chariots attelés de quatre boeufs, et le lendemain, à quatre heures du matin, je grimpai sur un cheval que l'on me donna à l'essai, pour amener mon convoi d'équipage au général.
Note 226: (retour) Mes recherches pour vérifier ce nom sont restées infructueuses.
«Je n'étais plus qu'à une lieue du bord de la mer, lorsque je rencontrai M. de Lauzun qui me dit que l'argent était arrivé à trois heures du matin et qu'on en avait déjà déposé sur la plage environ la moitié, lorsque deux chaloupes armées, qu'on soupçonnait pleines de réfugiés, avaient paru; qu'elles s'étaient avancées avec résolution vers le lieu où nos bâtiments chargés de nos richesses étaient mouillés: que M. de Vioménil, n'ayant avec lui que trois ou quatre fusiliers, ne s'était pas avec raison cru en état de défense; qu'il avait fait jeter à la mer environ douze cent mille livres qu'on n'avait pas encore eu le temps de débarquer, et que ce général, muni du reste du trésor, l'avait d'abord placé sur quelques chevaux, ensuite sur un chariot, et se sauvait avec vers Douvres; où lui, Lauzun, allait le devancer.
«Cette information m'engagea à changer de route; je résolus d'aller avertir mes compagnons de ce qui se passait; je payai les conducteurs de chariots, et je commençais à galoper de leur côté, lorsque j'entendis des cris dans le bois à côté de moi. J'arrêtai et je vis des matelots et deux ou trois valets qui, se croyant poursuivis par l'ennemi, fuyaient à pied de leur mieux. Ils s'étaient crus coupés en m'entendant galoper devant eux; je les rassurai et j'appris d'eux que M. le marquis de Laval, M. de Langeron, Bozon et quelques autres menaient aussi dans le bois une vie errante et inquiète. Je quittai ces effarouchés en croyant apercevoir un chariot que je pouvais imaginer être celui du baron de Vioménil... Je rejoignis enfin mes compagnons, auxquels j'appris la suite de mes aventures, et ils se décidèrent aussitôt à gagner Douvres, qui paraissait le rendez-vous.
«Nous partîmes de suite pour nous rendre à cette ville, qui est éloignée de dix-sept milles. J'avais pour tout équipage un portefeuille assez gros qui m'incommodait beaucoup à porter, lorsque je rencontrai un matelot de la Gloire qui, effrayé ainsi que les autres, s'était enfui et mourait de faim. Comme le besoin rend tendre, il se jeta à mes genoux ou plutôt à ceux de mon cheval pour me demander d'avoir soin de lui; je l'accueillis en bon prince; je lui donnai d'abord à manger, puis, considérant que j'étais absolument dénué de serviteur, je jugeai convenable de faire de ce malotru complètement goudronné le compagnon intime de mes infortunes. En conséquence, je louai un cheval pour mon écuyer; il s'amarra dessus de son mieux; je lui confiai mon portefeuille, et je commençai à me prévaloir, vis-à-vis de mes camarades, de l'avantage que mon nouveau confident me donnait sur eux.
«Nous étions à moitié chemin de Douvres, lorsque nous rencontrâmes un aide de camp de M. de Vioménil qui nous dit que ce général venait de recevoir avis que les ennemis et la marée s'étant retirés en même temps, il était possible d'essayer de repêcher les barriques d'argent qu'on avait jetées à la mer, et que le général retournait au lieu du débarquement pour présider à ce travail. L'aide de camp ajouta que M. de Vioménil nous chargeait de conduire à Douvres le premier convoi d'argent, qu'il abandonnait à nos soins. Ce convoi nous joignit quelques moments après. Il était d'environ quinze cent mille livres nous le fîmes répartir sur trois chariots expédiés par M. de Lauzun, et nous arrivâmes ainsi fort doucement mais très-sûrement à Douvres, où le général ne nous joignit qu'à onze heures du soir; il était parvenu à sauver le reste de ses millions.
«Nous séjournâmes ce jour-là à Douvres, petite ville assez jolie, qui compte environ quinze cents habitants. J'y fis mon entrée dans la société anglo-américaine sous les auspices de M. de Lauzun. Je ne savais encore dire que quelques mots anglais, mais je savais fort bien prendre du thé excellent avec de la meilleure crème; je savais dire à une demoiselle qu'elle était pretty et à un gentleman qu'il était sensible, ce qui signifie à la fois bon, honnête, aimable: au moyen de quoi j'avais les éléments nécessaires pour réussir.
«Nous ne savions pas encore ce qui était advenu de nos frégates; leur sort nous inquiétait, et je résolus d'aller en reconnaissance sur le bord de la mer avec ma lunette. En arrivant sur une espèce de morne, j'eus la douleur de voir l'Aigle rasée comme un ponton, échouée sur un banc et encore entourée d'embarcations anglaises, qui étaient venues pour l'amariner et la piller. La Gloire, plus heureuse et plus légère, avait touché mais s'était échappée. Je la revis trois jours après à Philadelphie 227, où M. de Vioménil me dépêcha pour porter des lettres à M. de Lauzun et avertir sur la route les commandants des milices provinciales de fournir des détachements pour l'escorte et pour la sûreté du convoi d'argent.
Note 227: (retour) M. de La Touche fut fait prisonnier en défendant l'Aigle, qu'il avait fait échouer; il avait appris aussi que le bâtiment marchand qui portait la dame de ses pensées était tombé entre les mains des Anglais à l'entrée de la Delaware.
«Je marchai assez vivement pendant deux jours pour me rendre à Philadelphie. Il faisait fort chaud; mais la beauté des chemins, l'agrément du pays que je parcourais, la majesté imposante des forêts que je traversais, l'air d'abondance répandue de toutes parts, la blancheur et la gentillesse des femmes, tout contribuait à me dédommager par des sensations délicieuses des fatigues que j'éprouvais en trottant continûment sur un mauvais cheval. Enfin, le 13 août, j'arrivai à Philadelphie, cette capitale déjà célèbre d'un pays tout nouveau. M. de La Luzerne me mena prendre le thé chez Mme Morris, femme du contrôleur général des États-Unis. Sa maison est simple, mais régulière et propre; les portes et les tables, d'un bois d'acajou superbe et bien entretenu; les serrures et les chenets de cuivre, d'une propreté charmante; les tasses rangées avec symétrie; la maîtresse de la maison d'assez bonne mine et très-blanchement atournée; tout me parut charmant. Je pris du thé excellent, et j'en prendrais, je crois, encore, si l'ambassadeur 228 ne m'avait pas averti charitablement, à la douzième tasse, qu'il fallait mettre ma cuillère en travers sur ma tasse quand je voudrais que cette espèce de question d'eau chaude prît fin; «attendu, me dit-il, qu'il est presque aussi malhonnête de refuser une tasse de thé quand on vous la propose, qu'il serait indiscret au maître de la maison de vous en proposer de nouveau quand la cérémonie de la cuillère a marqué quelles sont vos intentions sur ce point.»
Note 228: (retour) M. de la Luzerne.
«M. Morris est un gros homme qui passe pour avoir beaucoup d'honnêteté et d'intelligence. Il est au moins certain qu'il a beaucoup de crédit et qu'il a eu l'adresse, en paraissant se mettre souvent en avance de ses propres fonds pour le service de la république, de faire une grande fortune et de gagner plusieurs millions depuis la révolution. M. Morris paraît avoir beaucoup de sens; il parle bien, autant que j'ai pu en juger, et sa grosse tête semble, comme celle de M. Guillaume 229, tout aussi bien faite qu'une autre pour gouverner un empire.
Note 229: (retour) Le roi d'Angleterre.
M. Lincoln, ministre de la guerre, est aussi fort bien nourri; il a fait preuve de courage, d'activité et de zèle en plusieurs circonstances de la guerre, et surtout devant York-Town. Son travail n'est pas immense, car tous les points importants sont décidés par le Congrès. Cependant M. Lincoln passe pour peu expéditif en fait d'écritures, et il m'a paru qu'on avait déjà songé à lui donner un successeur.
M. Livingston, ministre des affaires étrangères, est aussi maigre que les deux personnages ci-dessus sont étoffés. Il a trente-cinq ans; sa figure est fine et on lui accorde beaucoup d'esprit. Son département sera plus étendu et plus intéressant au moment de la paix, lorsque les États-Unis prendront un rang dans le monde; mais comme toutes les décisions importantes émaneront toujours du Congrès, le ministre des affaires étrangères demeurera, ainsi que ses collègues, un agent secondaire, une espèce de premier commis.
Le président du Congrès de cette année paraît un homme sage, mais peu lumineux; de l'avis unanime des gens qui méritent quelque confiance, le Congrès est aussi composé de personnes fort ordinaires; cela tient à plusieurs causes: 1° à ce que si dans le début de la révolution, les têtes les plus vives et les caractères les plus vigoureux eussent fait partie de l'assemblée générale, ils y eussent primé les autres et fait valoir leurs seuls avis; 2° que les gens de mérite ont trouvé le secret de se faire confier les places, les gouvernements et les postes les plus importants, et qu'ils ont ainsi déserté le Congrès—Les assemblées particulières semblent éviter d'envoyer au Congrès les gens les plus distingués par leurs talents. Elles préfèrent le bon sens et la sagesse, qui en effet valent, je crois, mieux au bout de l'année.
Un des hommes qui m'ont paru avoir beaucoup d'esprit et de nerf parmi ceux que j'ai rencontrés à Philadelphie est un M. Morris, surnommé governor. Il est instruit et parle assez bien le français; je crois cependant que sa supériorité, qu'il n'a pas cachée avec assez de soin, l'empêchera d'occuper jamais de place importante 230.
Note 230: (retour) Il s'agit ici de Gouverneur Morris, dont j'ai déjà cité les Mémoires, ante, p. 68. Il fut plus tard ambassadeur en France.
Les dames de Philadelphie, quoique assez magnifiques dans leurs habillements, ne sont pas généralement mises avec beaucoup de goût; elles ont dans leur coiffure et dans leurs têtes moins de légèreté et d'agréments que nos Françaises. Quoiqu'elles soient bien faites, elles manquent de grâce et font assez mal la révérence; elles n'excellent pas non plus dans la danse. Mais elles savent bien faire le thé; elles élèvent leurs enfants avec soin; elles se piquent d'une fidélité scrupuleuse pour leurs maris, et plusieurs ont beaucoup d'esprit naturel.»
MM. de Lauzun, de Broglie, de Ségur, vinrent rejoindre l'armée française à Grampond, à quelques jours de distance, ainsi que tous leurs compagnons de voyage. Leur grande préoccupation, dès ce moment fut de savoir si l'on ne terminerait pas la campagne par une entreprise quelconque contre l'ennemi. Mais les ordres de la cour, remis par M. de Ségur, étaient formels. Si les Anglais évacuaient New-York et Charleston, ou seulement l'une de ces places, le comte de Rochambeau devait embarquer l'armée sur la flotte française, pour la conduire à Saint-Domingue, sous les ordres du général espagnol don Galvez. Or on annonçait alors l'évacuation de Charleston. Le comte de Rochambeau avertit donc M. de Vaudreuil qu'il eût à se mettre à sa disposition pour embarquer l'armée à Boston. Elle partit en effet le 12 octobre de ses cantonnements de Grampond. Sept jours après elle était à Hartford, où l'on séjourna quatre ou cinq jours. Là, M. de Rochambeau rendit publique sa résolution de retourner en France avec M. de Chastellux et la plus grande partie de son état-major.
Mais M. de Vaudreuil n'était pas prêt. Il déclara même qu'il ne le serait qu'à la fin de novembre, et qu'il ne pourrait embarquer que quatre mille hommes, y compris leurs officiers et leur suite. Le comte de Rochambeau proposa alors au baron de Vioménil et à son frère de se mettre à la tête des deux brigades d'infanterie et d'une partie de l'artillerie pour les conduire aux Antilles. Il laissa le corps de Lauzun avec l'artillerie de siège, qui était restée détachée à Baltimore, au fond de la baie de Chesapeak, sous les ordres de M. de La Valette, et il chargea le duc de Lauzun du commandement des troupes de terre qui resteraient en Amérique aux ordres du général Washington.
Le 4 novembre l'armée se porta de Hartford à Providence, où elle prit ses quartiers d'hiver, et le 1er décembre le baron de Vioménil, resté seul chef de l'armée, fit lever le camp de Providence pour se rendre à Boston. Le 24 décembre, il mit à la voile, et la flotte, après avoir couru bien des dangers, vint aborder le 10 février 1783 à Porto-Cabello, sur la côte de Caracas, où elle devait se joindre au comte d'Estaing et à l'amiral don Solano 231.
Note 231: (retour) «Lorsque l'armée partit, à la fin de 1782, dit Blanchard, après deux ans et demi de séjour en Amérique, nous n'avions pas dix malades sur cinq mille hommes. Ce nombre, inférieur à celui des soldats qui sont ordinairement à l'hôpital en France, indique combien le climat des États-Unis est sain.»
De son côté, le comte de Rochambeau, après avoir dit adieu à ses troupes, retourna à New-Windsor voir une dernière fois le général Washington, et alla s'embarquer sur une frégate qui l'attendait dans la baie de Chesapeak. Les Anglais, qui étaient prévenus de son embarquement, envoyèrent quelques vaisseaux de New-York pour arrêter la frégate qui le portait; mais le capitaine, M. de Quénai, sut déjouer ces tentatives, et Rochambeau arriva à Nantes sans difficulté.
Aussitôt après son arrivée en France, le général de Rochambeau se rendit à Versailles, où le roi le reçut avec beaucoup de distinction. Il lui dit que c'était à lui et à la prise de l'armée de Cornwallis qu'il devait la paix qui venait d'être signée. Le général lui demanda la permission de partager cet éloge avec un homme dont les malheurs récents ne lui avaient été appris que par les papiers publics, mais qu'il n'oublierait jamais et priait Sa Majesté de ne point oublier que M. de Grasse était arrivé, sur sa simple réquisition, avec tous les secours qu'il lui avait demandés, et que, sans son concours, les alliés n'auraient pas pris l'armée de Cornwallis. Le roi lui répliqua sur-le-champ qu'il se souvenait très-bien de toutes ses dépêches; qu'il n'oublierait jamais les services que M. de Grasse y avait rendus concurremment avec lui; que ce qui lui était arrivé depuis était une affaire qui restait à juger. Il donna le lendemain au comte de Rochambeau les entrées de sa chambre; peu de temps après, le cordon bleu de ses ordres au lieu du cordon rouge, et le commandement de Picardie qui devint vacant un an après.
Les officiers généraux, les officiers subalternes et les soldats du corps expéditionnaire reçurent aussi des titres, des pensions, de l'avancement ou des honneurs 232. Par une inexplicable exception, dont M. de Lauzun se plaint amèrement dans ses Mémoires, sa légion seule n'obtint aucune faveur. La disgrâce dont fut frappé ce brave colonel après la mort de son protecteur, M. de Maurepas, n'était que la conséquence forcée d'un de ces revirements si communs à la cour à cette époque. M. de Lauzun n'en parut du reste pas trop surpris. Mais en étendant indistinctement à tous les officiers et soldats de la légion l'injustice commise envers son chef, le gouvernement français donna une preuve nouvelle de l'influence que pouvaient avoir sur ses décisions la jalousie et l'intrigue. Peut-être pourrait-on faire remonter au mécontentement de Lauzun en cette circonstance, mécontentement qui trouvait un aliment dans les idées libérales qu'il venait de puiser en Amérique, la cause du peu de soutien qu'un prêta à l'autorité royale lorsque, dix ans plus tard, elle était battue en brèche. On sait que Lauzun, devenu duc de Gontaut-Biron, fut général en chef d'une armée républicaine destinée à combattre les Vendéens. On sait aussi que la sincère ardeur avec laquelle il accepta les réformes nouvelles ne la sauva pas de l'échafaud.
Note 232: (retour) Voir la deuxième partie de cet ouvrage.
Parmi les principaux officiers récompensés, le baron de Vioménil fut fait lieutenant général. MM. de La Fayette, de Choisy, de Béville, le comte de Custine, de Rostaing, d'Autichamp, furent faits maréchaux de camp. MM. d'Aboville, Desandroins, de La Valette, de l'Estrade, du Portail, du Muy de Saint-Mesme et le marquis de Deux-Ponts furent faits brigadiers. Tous les colonels en second eurent des régiments; le vicomte de Rochambeau en particulier fut fait chevalier de Saint-Louis et obtint d'abord le régiment de Saintonge, puis celui de Royal-Auvergne, dont son père avait aussi été colonel.
La prise d'York-Town fut décisive pour la cause de l'indépendance américaine. Les Anglais, qui occupaient encore New-York, Savannah et Charleston, se tinrent sur la défensive.
Sur d'autres points, le duc de Crillon prenait Minorque. Le bailli de Suffren, envoyé aux Indes orientales pour sauver les colonies hollandaises, gagnait sur les Anglais quatre batailles navales, de février à septembre 1782.
Dans les Antilles, les Anglais ne conservaient d'autre île importante que la Jamaïque. De Grasse voulut la leur enlever, comme je l'ai dit. Mais attaqué près des Saintes par des forces supérieures commandées par Rodney, il fut battu et fait prisonnier le 12 avril 1782.
La défense de Gibraltar fut un dernier succès pour les Anglais. Un frère de Louis XVI, le comte d'Artois, s'y était porté avec 20,000 hommes et 40 vaisseaux. 200 canons du côté de la terre et 10 batteries flottantes ouvrirent le 13 septembre un feu terrible contre la citadelle, admirablement défendue par sa redoutable position et par le courage du gouverneur Elliot. La place allait être obligée de céder lorsqu'un boulet rouge fit sauter l'une des batteries flottantes. L'incendie gagna les batteries voisines et les Espagnols détruisirent les autres pour ne pas les laisser aux ennemis. Gibraltar resta aux Anglais.
Cependant la dette de l'Angleterre était considérablement accrue. Lord North dut quitter la direction des affaires pour céder la place à un ministère whig qui demanda la paix au cabinet de Versailles. La France, qui n'était pas moins épuisée, accepta ces propositions. Les préliminaires furent arrêtés à Paris, le 30 novembre 1782, entre les plénipotentiaires des puissances belligérantes, au nombre desquels étaient pour les États-Unis Franklin, John Adams, John Jay, et Henry Laurens. Le traité définitif fut signé le 3 février 1783.
Cette nouvelle fut rapidement portée en Amérique. Le 11 mars 1783, de Lauzun partit de Wilmington pour ramener dans leur patrie les derniers soldats français. Ainsi l'indépendance des États-Unis était fondée, et le monde comptait une grande nation de plus.
La France, en aidant l'Amérique à secouer le joug de l'Angleterre, avait fait un acte de haute politique. Mais ce qu'il y eut de plus remarquable à l'époque où elle intervint dans la guerre, c'est que, à la cour comme à la ville, chez les grands comme chez les bourgeois, parmi les militaires comme parmi les financiers, tout le monde fixait une sympathique attention sur la cause des Américains insurgés. C'était une singulière époque que celle qui présentait de pareils contrastes dans les opinions, dans les goûts et dans les moeurs. On voyait alors des abbés écrire des contes licencieux, des prélats briguer des ministères, des officiers s'occuper de philosophie et de littérature. On parlait de morale dans les boudoirs, de démocratie chez les nobles, d'indépendance dans les camps. La cour applaudissait les maximes républicaines du Brutus de Voltaire, et le monarque absolu qui y régnait embrassait enfin la cause d'un peuple révolté contre son roi. Ce désordre dans les idées et dans les moeurs, cette désorganisation sociale, étaient les signes précurseurs d'une transformation à laquelle les Américains devaient donner une impulsion vigoureuse.
J'ai dit comment quelques Français, entraînés par le goût des aventures ou par leur enthousiasme, devancèrent la déclaration de guerre, trop lente à venir à leur gré; comment partit le corps expéditionnaire aux ordres de M. de Rochambeau; comment enfin la bravoure des troupes alliées, ainsi que la bonne entente et l'habileté des chefs, amenèrent pour l'Angleterre des revers irréparables. La moindre conséquence du succès des armes françaises aux États-Unis fut l'affaiblissement de son ennemie séculaire. Un grand nombre des officiers qui, par l'ordre d'un gouvernement absolu ou entraînés par leur engouement des idées nouvelles, avaient été défendre en Amérique les droits méconnus des citoyens, revinrent avec une vive passion pour la liberté et pour l'indépendance.
Le fils d'un ministre, M. de Ségur, écrivait le 10 mai 1782:
«Quoique jeune, j'ai déjà passé par beaucoup d'épreuves et je suis revenu de beaucoup d'erreurs. Le pouvoir arbitraire me pèse. La liberté pour laquelle je vais combattre m'inspire un vif enthousiasme, et je voudrais que mon pays pût jouir de celle qui est compatible avec notre monarchie, notre position et nos moeurs.»
Ces derniers mots indiquent toutes les difficultés que devait rencontrer la réalisation du rêve qui tourmentait l'esprit, non-seulement de M. de Ségur, mais de toute la jeune génération française. Comment concevoir une liberté compatible avec une monarchie absolue dans son essence, avec une position politique toujours menacée par des voisins jaloux et ombrageux, et avec des moeurs imbues de l'esprit de féodalité?
Parmi les officiers qui combattirent à côté des Américains, un très-grand nombre, à la vérité, furent plus tard hostiles à toute idée de réforme en France et ne craignirent même pas de porter les armes contre leur patrie pour combattre la Révolution. C'est qu'ils n'avaient pas prévu tout d'abord les conséquences de leurs actes, et cette contradiction dans leur conduite est une nouvelle preuve de la puissance des idées répandues en France et sous l'impulsion desquelles ils avaient pris les armes, quinze ans avant, en faveur de la liberté.
Dès les débuts de l'insurrection des colonies, Voltaire et Franklin s'étaient rencontrés à Paris. Le vieux philosophe français avait béni le fils du sage et docte Américain. Tous deux personnifiaient bien l'esprit qui animait leurs pays et qui devait y causer une révolution. Tous deux formaient des voeux également sincères pour leur patrie. Mais le voisinage du vaste Océan, l'immense étendue du continent, et surtout l'absence des classes privilégiées et des prolétaires, protégèrent en Amérique les semences de la liberté. En France, dans ce pays devenu libéral avec une forme monarchique et des moeurs féodales, sur ce sol couvert d'une population très-nombreuse mais très-hétérogène quant aux droits et aux devoirs; au milieu de ces voisins avides de venger leurs défaites ou de s'enrichir de dépouilles ennemies, la liberté ne put planter de faibles racines que dans un terrain inondé de sang et tourmenté par tous les éléments de la haine et de la discorde.
Bien des esprits clairvoyants annonçaient les événements qui se préparaient en France 233. Pourtant la majorité ne pensait pas qu'une transformation accomplie sous l'influence de la liberté et de la justice, pût être autrement que paisible et exemple de violence. Mieux en avait jugé le docteur Cooper, qui comprenait bien l'état de la vieille société française 234.
Note 233: (retour) Il n'est pas besoin de recourir aux oeuvres des profonds penseurs de cette époque, à celles de Jean-Jacques Rousseau entre autres, pour trouver des prophéties sur le mouvement qui était sur le point d'éclater en France. Les publications les plus ordinaires et les plus ignorées de nos jours sont remplies de prévisions dans ce sens. Je citerai entre autres: le Procès des trois Rois, pamphlet anonyme publié à Londres en 1783. Discours sur la grandeur et l'importance de la révolution d'Amérique; couronné aux jeux floraux; Toulouse, 1784. Très-remarquable pour le temps et le lieu où ce discours fut écrit.
Note 234: (retour) Voir la note, page 65 du présent ouvrage.
Les souverains d'Europe surtout ne voyaient dans le concours qu'ils prêtaient aux Américains qu'une manière de rétablir l'équilibre européen troublé par la suprématie maritime de l'Angleterre. Aucun d'eux ne songeait que ce vent de liberté qui remuait les masses populaires de l'autre côté de l'Océan soufflerait bientôt sur leur continent, y renverserait des trônes et ébranlerait l'ordre social jusque dans ses fondements.
Ce que les hommes politiques depuis Choiseul et Vergennes prévirent encore moins, c'est le développement rapide et sans précédent que devaient prendre les États-Unis, placés dans des conditions physiques, morales et intellectuelles exceptionnellement favorables 235, sous la protection de la liberté politique et religieuse, non-seulement inscrite dans les codes, mais profondément enracinée dans les moeurs. Les colonies anglaises, pensait-on, devaient faire contre-poids aux possessions que l'Angleterre avait enlevées à la France. Leur influence ne se borne plus depuis longtemps déjà au continent américain. Ce n'est plus seulement la mère patrie dont elles contre-balancent la puissance. L'Europe entière doit compter désormais avec elles dans les destinées du monde.
Note 235: (retour) L'abbé Raynal a étudié la question de l'avenir probable des États-Unis dans son livre: des Révolutions d'Amérique. Il prévoit même l'époque où cette puissance se sera emparée de l'Amérique méridionale.
APPENDICE
On a vu que, pour soutenir la lutte contre l'Angleterre, les colonies révoltées se virent dans l'obligation d'émettre du papier-monnaie; cette création eut le sort de tous les papiers d'État émis en trop grand nombre, ces assignats ne tardèrent pas à se discréditer.
Ce fut en 1775 que les colonies confédérées firent leur première émission, qu'elles devaient garantir en raison de leur importance et de leur population. Cinq millions de dollars furent lancés cette même année. Afin d'assurer la régularité de ces émissions, vingt-huit citoyens, y compris Franklin, signèrent les billets; malgré cela, une certaine hésitation se manifestant, le Congrès pressa les divers États de prendre les mesures nécessaires pour leur circulation et les engagea au besoin de décréter le cours forcé.
Voici le libellé et la figure de ces divers assignats. Émises soit comme billets nationaux, soit comme billets des États particuliers, chacune de ces valeurs, dont l'importance variait de 1 fr. 75 (un tiers de dollar) à 400 fr. (80 dollars), portait un timbre et une devise.
A cause de sa concision, la langue latine, se prêtant à rendre avec plus de force les sentiments que l'on voulait exprimer, fut employée pour ces devises.
En se rappelant que toutes ces devises se rapportaient à la lutte que les colonies soutenaient contre l'Angleterre, l'interprétation en devient plus facile. La dernière est très-curieuse quand on se rappelle que c'est précisément la Caroline du Sud qui a été la première à soulever l'étendard de la révolte en 1860, et quia commencé la guerre civile (avril 1861) aux États-Unis.
Nous ne terminerons pas cet énoncé sans remercier M. le directeur du Magasin pittoresque de l'obligeance qu'il a eu de mettre ces dessins à notre disposition pour cette édition Française.
TABLE DES MATIÈRES
Introduction
Avis de l'Éditeur
I
Préliminaires.—Caractère de la guerre.—Droits du peuple et du citoyen.—De l'influence de la Révolution américaine sur l'Europe.—Part que la France prend à la guerre de l'indépendance.—But que se propose l'auteur en publiant ce livre.
II
Sources et documents.—Archives de la Guerre.—Archives de la Marine.—Journal de Claude Blanchard,—Journal du comte de Ménonville.—Mémoires de Dupetit-Thouars. —Journal de Cromot du Bourg.—Relation du prince de Broglie.—Journal d'un soldat.—Mémoire adressé par Choiseul à Louis XV.—Mémoires du comte de M*** (Pontgibaud).—Mes campagnes en Amérique, par Guillaume de Deux-Ponts.—Mémoires de Lauzun.— Loyalist letters.—Papers relating to the Maryland Une. —Carte des opérations.
III
Fondation des colonies dans l'Amérique du Nord.—Tentatives de colonisation faites par des Français: Coligny, Gourgues, etc., en 1567.—Progression rapide de la population.—L'énormité des taxes imposées par l'Angleterre à ses colonies les poussent à la résistance.
IV
Causes réelles de la guerre.—Les causes réelles sont toutes d'ordre moral. Déclaration des droits du citoyen. —Principes de gouvernement établis par l'empire romain et adoptés par l'Église romaine.—Saint Augustin enseigne la doctrine de la conscience nationale.—Influence de la religion sur les formes de gouvernement.—Calvinisme. —Presbytérianisme.—Tendances démocratiques et agressives.—États Généraux des Provinces Unies.— Buchanan.—Zwingle.—Chrétiens et citoyens, analogie de ces deux situations.—De la Réforme en Angleterre.—Cromwell, Déclaration des droits en Angleterre. —Presbytérianisme en Amérique.—Réunion à Octorara, en Pennsylvanie.—Colons français.—La Persécution religieuse en France, cause de l'émigration en Amérique. —En résumé, les colonies de l'Amérique se peuplèrent primitivement de tous ceux qui voulurent échapper aux persécutions politiques et religieuses de l'Europe.
V
Du rôle de la France dans cette guerre.—Rivalités de la France, de l'Espagne et de l'Angleterre lors de la découverte de l'Amérique.—Le Canada.—Exploration de Marquet, de Joliet, de La Salle et du P. Hennequin.— Fondation de la Louisiane.—Céleron.—Les Anglais envahissent le Canada, 1754.—Washington parait pour la première fois et contre les Français.—Louis XV déclare la guerre à l'Angleterre.—Diversion faite sur le continent par la guerre de Sept Ans.—Montcalm.—Perle du Canada.—Politique de Choiseul.—De Kalb.—Lettres de Montcalm à de Berryer, attribuées à de Choiseul.—Intrigues contre Choiseul.
VI
Débuts de la guerre.—Débuts heureux des Américains.— Washington.—Caractère de Washington.—Relation du prince de Broglie.—Ouvrages dramatiques sur Washington. —Congrès à Philadelphie, 1776.—Sympathie française pour cette guerre.—Franklin à Paris.
VII
Lafayette et Washington.—Départ de Lafayette pour l'Amérique.—Présentation à Washington.—Vive affection de celui-ci pour Lafayette.—Différence de la Révolution américaine et de la Révolution française.— Liste des guillotinés.—Influence des idées que la noblesse rapporte d'Amérique.—Influence de la guerre américaine sur le caractère et la carrière de Lafayette.
VIII
Des Français qui devancèrent le traité conclu plus lard entre la France et l'Amérique.—Incompatibilité des premiers arrivants français avec le caractère américain.—Officiers qui avaient précédé Lafayette.—Offres pour les fournitures de guerre.—Barbue-Dubourg.—Silas Deane.— Beaumarchais.—Noms des officiers français ou étrangers qui précédèrent ou suivirent Lafayette—Lettre de Beaumarchais. —Howe débarque à Maryland, 1777.—Les Américains perdent la bataille de Brandywine.—Le Congrès évacue Philadelphie.—Les Anglais sont battus le 19 septembre et le 7 octobre à Saratoga.—Burgoyne est obligé de capituler.—Washington reprend l'offensive.— Défense du fort Redbank par Duplessis-Mauduit.—Traité d'alliance conclu par Louis XVI avec les Américains le 6 février 1778.—Ce traité est dû à l'influence de Lafayette. —Les Anglais déclarent la guerre à la France.
IX
Continuation et résumé des opérations.—Opérations navales entre la France et l'Angleterre.—En Amérique, Clinton abandonne Philadelphie devant les forces de Washington et du comte d'Estaing.—Diversion dans le Sud.—Exactions des Anglais dans la Caroline et la Géorgie.—Les Américains reprennent ces deux États, 1778.—Opérations de Clinton, de Washington et de Bouille.—Lafayette quitte l'Amérique en 1779.—Il y retourne en 1780, précédant des secours de toute nature.—Succès de d'Estaing. —Échec des troupes alliées devant Savannah.— Anecdote sur Rodney, amiral anglais.—La diversion de Clinton dans la Géorgie réussit par suite de l'échec de Savannah.—Au milieu de ces événements, Lafayette revient d'Europe.—Trahison d'Arnold.—Rochambeau. —Coalition contre l'Angleterre.—Déclaration de guerre à la Hollande.—Opérations simultanées de Washington et de Rochambeau.—Lafayette dans la Virginie.
X
Influence de Lafayette, composition des forces françaises.— La position des Américains devient très-précaire.—L'arrivée de Lafayette en France active les secours.—Hésitations pour le choix du commandement.—On s'arrête à Rochambeau.—Composition de la flotte.
XI
Reprise du récit des opérations.—Départ de la flotte sous le commandement de Ternay.—Heureux débuts.—Conduite prudente de Ternay.—Reproches que cette conduite lui attire.—Insubordination et indiscipline des officiers de la marine française.—-Arrivée sur les côtes de Virginie.—Débarquement des troupes françaises,— Plan de Washington contre New-York.—Rochambeau et de Ternay hésitent à exécuter ce plan.—Lettre de Rochambeau à Lafayette, et son appréciation du caractère des soldats français.—Lettre de Lafayette à Washington au sujet de l'armée française.—Préparatifs de Rochambeau à Rhode-Island.—Diversion tentée par Washington.—Recommandations pressantes à Rochambeau d'entrer en Campagne.—Lettre de Washington et de Lafayette à ce sujet.—Départ de Rochambeau.— Incident.—Entrevue à Hartford.—Trahison d'Arnold, exécution du major André. Inaction des Anglais devant Rhode-Island.—Visite des Indiens à Rochambeau.
XII
Continuation du récit.—Départ du vicomte de Rochambeau sur l'Amazone pour la France.—Lauzun demande à servir sous Lafayette.—Lauzun prend son quartier d'hiver à Lebanon.—Insubordination des troupes américaines.—Rochambeau et Washington manquent d'argent et de vivres—Rochambeau envoie Lauzun auprès de Washington.—Vive amitié de Washington pour Lafayette.—L'état des armées alliées oblige le Congrès à envoyer un des aides de camp de Washington en France. —Le capitaine Destouches est envoyé en Virginie pour combattre Arnold.—Lafayette et Rochambeau sont détachés pour le môme objet.—-Composition de cette expédition.—Critique.—Mécontentement chez les officiers.—Destouches échoue dans sa tentative de débarquement. —Lafayette est obligé de rétrograder.— Washington lui confie la défense de la Virginie.—Washington était-il maréchal de France?
XIII
Envoi de renforts, opérations militaires.—Arrivée de l'Amazone avec le vicomte de Rochambeau à Brest.— Changement qu'il trouve dans la situation.—Le Roi fait repartir M de la Pérouse avec 1,500,000 livres.—Le vicomte de Rochambeau reste à Versailles.—Par suite des circonstances on restreint l'envoi des renforts.—Force des secours envoyés.—Le vicomte de Rochambeau repart sur la Concorde.—Le gouvernement français met 6,000,000 de livres à la disposition de Washington.—Reprise du Récit du Journal inédit (de Cromot du Bourg).—Description de Boston et des pays environnants.—Le comte de Rochambeau apprend que l'escadre anglaise est sortie de New-York.—Il apprend de son fils que de Grasse viendra dégager Barras.—Entrevue à ce sujet entre Washington et Rochambeau.—Plan de campagne. —Lettres interceptées.—Cela sont les intérêts des alliés. —Retour de Rochambeau à New-Port.—Dispositions qu'il prend avec Barras.—Réunion d'un conseil de guerre.— L'opinion de Barras de rester devant Rhode-Island prévaut. —Lettre de Rochambeau à de Grasse pour lui préciser les positions respectives de La Fayette et de Washington.— Il lui demande des secours en hommes et en argent.— Détails (de Cromot du Bourg) sur le parcours de l'armée. —Vioménil arrive à Providence.—Mouvement des troupes alliées.—Projet de Rochambeau de rester à New-Town.—Washington le prie d'aller plus loin.— Arrivée et prise de position à Bedford.
XIV
Opérations contre Clinton et Cornwallis.—Washington ouvre la campagne le 26 juin.—Jonction avec Rochambeau. —Situation des troupes anglaises devant New-York. —Washington résout de les attaquer.—Relation de Lauzun sur cette attaque.—Mouvements et attaques diverses du 5 au 21 juillet.—Reconnaissance faite par toute l'armée.—Relations de Rochambeau et de Cromot du Bourg à ce sujet.—Les alliés obtiennent comme résultat de retenir Clinton devant New-York, et de faire rétrograder Cornwallis.
XV
Campagne de Virginie.—Rochambeau reçoit, le 14 août, des nouvelles de la Concorde.—De Grasse lui fait savoir qu'il se rend dans la baie de Chesapeak avec 26 vaisseaux, 3,500 hommes et 1,200,000 livres.—Le général Clinton, par les renforts qu'il reçoit d'Angleterre, se trouve à la tête de 15,000 hommes.—Les alliés n'en ont que 9,000 à lui opposer.—Marche de Cornwallis.—Habileté de La Fayette.—Ce dernier croit un moment que les Anglais quittent la Virginie pour renforcer New-York.— Lettres de La Fayette et de Washington; celle de ce dernier est interceptée.—Heureux effet qu'il en résulte.— Washington renonce à attaquer New-York.—Les alliés dirigent leurs efforts sur la Virginie.—La Fayette s'attache à empêcher Cornwallis de gagner la Caroline.— Leur plan de campagne définitivement arrêté, les généraux alliés se mettent en marche.
XVI
Arrivée de de Grasse dans la baie de Chesapeak.—Les alliés passent l'Hudson—Force de l'année.—Noms des divers commandants.—L'Hudson étant traversé, Washington organise la marche de ses troupes.—Il se tient à une journée de marche en avant.—Lauzun vient ensuite.—La brigade du Soissonnais ferme la marche. —Washington laisse au général Heath le soin de défendre l'État de New-York et la rivière du Nord.—Récit des mouvements du 23** août au 3 septembre.—L'armée défile le 4 septembre à Philadelphie, devant le Congrès. —Description, par Cromot du Bourg, de la ville de Philadelphie, de Benezet et autres personnes remarquables. —Les généraux alliés apprennent que les amiraux anglais Hood et Graves ont fait leur jonction.—Inquiétude que leur donne cette nouvelle.—Néanmoins les alliés continuent leur marche.—En arrivant à Chester, Rochambeau apprend de Washington que de Grasse est arrivé dans la baie de Chesapeak avec 28 vaisseaux et 3,000 hommes.— Joie que cette nouvelle répand partout.
XVII
Sage réserve de La Fayette.—La Fayette marche sur Williamsburg, où il se fait joindre par Saint-Simon.— Cornwallis se trouve serré de toutes parts.—Il fait une reconnaissance devant Williamsburg, mais se trouve dans l'impossibilité de l'attaquer.—Mesures que La Fayette prend pour lui couper la retraite.—De Grasse presse La Fayette d'attaquer.—Malgré de pressantes sollicitations La Fayette préfère attendre.—Washington et Rochambeau hâtent leur marche.—Mouvements du 6 au 13 septembre. —De Grasse attaque et rejette l'escadre anglaise.
XVIII
Les alliés devant Williamsburg.—Les succès de de Grasse permettent à Lauzun de rembarquer ses troupes.— Mouvement du corps de M. de Vioménil.—Ce corps s'embarque à Annapolis sur l'escadre de M. de la Villebrune, et arrive le 26 septembre à Williamsburg.—Lauzun se rend auprès de Washington.—Celui-ci l'informe que Cornwallis a envoyé sa cavalerie à Gloucester.—Le général américain Weedon est posté pour le surveiller. —Manque d'initiative de ce général.—Lauzun lui est dépêché.—Lauzun informe Rochambeau du peu de cas qu'il fait de la milice.—Rochambeau lui fait passer de l'artillerie et 800 hommes.—De Grasse et Barras bloquent la baie de Chesapeak.—Choisy prend des mesures énergiques du côté de Gloucester.—L'armée alliée devant Williamsburg.
XIX
Investissement de Yorktown.—Le 28 septembre l'armée se met en mouvement pour investir Yorktown.—Saint-Simon.—Les Anglais évacuent leurs avancées.—Brillant engagement de de Choisy.
XX
Suite des opérations devant Yorktown.—Du 4 au 12 octobre, M. de Vioménil commande les travaux du siège d'Yorktown.—Composition quotidienne des forces d'investissement. —Les redoutes anglaises gênent l'attaque.
XXI
Siège et prise des redoutes de Yorktown.—M. de Vioménil veut donner l'assaut.—Rochambeau l'en dissuade.— Sang-froid de ce dernier dans une reconnaissance qu'il fit. —L'attaque est décidée.—Régiment de Gâtinais.—Détails sur les forces prenant part à l'assaut.—Les troupes françaises et les milices américaines rivalisent d'ardeur.— Lafayette et de Vioménil.—Le colonel Barber,—Les redoutes sont enlevées.
XXII
Prise de Yorktown. Capitulation de Cornwallis.—La position de Cornwallis devient insoutenable.—Il envoie le 17 un parlementaire à Washington.—Capitulation signée le 19.—.Chagrin des officiers anglais.—Ordres barbares du ministère anglais.—Cruautés révoltantes des officiers anglais.—Pertes des deux côtés.—Conduite noble du gouverneur Nelson.
XXIII
Suite de la capitulation de Yorktown.—Lauzun est chargé de porter en France la nouvelle de la capitulation.— Enthousiasme que la prise d'Yorktown répand à Philadelphie. —Le Congrès se rassemble.—Décisions prises comme marques de reconnaissance envers Washington, Rochambeau et de Grasse.—G. de Deux-Ponts part en France porter des détails sur la capitulation.—Satisfaction et promesses du Roi.—La mort de Maurepas en empêche la réalisation.—Chute à Londres du ministère North.—La capitulation d'Yorktown décide de l'indépendance américaine.—Clinton se contente de mettre une faible garnison à Charleston.—Il rentre à New-York.—Dumas est chargé de détruire les retranchements de Portsmouth.—Départ de de Grasse pour les Antilles.
XXIV
Suspension des hostilités.—Les troupes alliées se disposent à prendre leurs quartiers d'hiver.—Le baron de Vioménil rentre en France.—Rochambeau est placé de manière à pouvoir secourir les provinces les plus menacées par l'ennemi.—La Fayette part pour la France.
XXV
Défaite de l'amiral de Grasse. Proposition de paix.—Armistice tacite sur le continent.—Premiers succès de l'amiral de Grasse sur les Anglais aux Antilles.—L'amiral anglais Rodney le rejoint le 12 août 1782.—De Grasse est battu et fait prisonnier.—L'Angleterre propose à l'Amérique de reconnaître son indépendance.—Le Congrès refuse la paix.—Il veut qu'elle s'applique également à la France.—Par suite des événements des Antilles, Rochambeau remonte vers le Nord.—Entrevue de Rochambeau et de Washington.—Ils tentent d'empêcher qu'aucun renfort ne sorte de New-York.
XXVI
L'armée française devant New-York.—Mouvement rétrograde de l'armée française.—Le général Carleton offre de nouveau une paix séparée à l'Amérique.—Position de l'armée française devant New-York.
XXVII
Renforts envoyés en 1782.—Le gouvernement français se dispose à envoyer de nouveaux renforts en 1782.—Les croisières anglaises empêchent ce convoi de partir.—La Gloire seule part avec 2 millions de livres et des officiers. —Ce vaisseau échoue sur les côtes de France.—Il cherche un refuge dans la Loire.—Il revient à Rochefort. —Départ de ce port avec l'Aigle.—Arrêt aux Açores. —Combat avec un vaisseau anglais.—Les deux navires français arrivent à l'entrée de la Delaware.
XXVIII
Récit du prince de Broglie.—Récit du détail sur son voyage jusqu'à son arrivée à Philadelphie.—Aperçus sur le Congrès et la société américaine.
XXIX
Fin de la guerre. Traité de paix.—Les officiers français rejoignent l'armée à Crampond.—Ordres de la cour. —Les Anglais évacuent Charleston.—L'armée française s'embarque le 12 décembre 1782 à Boston.—Rochambeau revient en France.—Réception que lui fait le roi. —Honneurs qui lui sont accordés.—Récompenses accordées à l'armée.—Lauzun et ses troupes sont entièrement oubliés.—Préliminaires de paix à Paris le 30 novembre 1782.—Traité-définitif le 3 février 1783.
XXX
Conclusion.—Influence de la participation de la France sur la Révolution de 1789.—Changements que la reconnaissance de l'indépendance américaine amène sur le continent européen.
Appendice
Assignats américains.—Dessins des assignats.—Explication des devises.—Valeur des diverses émissions.
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.